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Lydia Guirous : Nouvelle PomPom Girl de l’Islamophobie décomplexée ?

Au rayon des nouvelles venues opportunistes à tendance caution « beur », je vous présente Lydia Guirous ! Quoi ? Vous ne connaissez pas la toute dernière coqueluche de l’UMP ? Vous devriez, pour commencer, la suivre sur Twitter, puis lire ses différentes interviews qui foisonnent actuellement. Hélas, avec un tel patronyme et un tel faciès, cette personne n’est utile à l’UMP que dans le rôle de l’arabe du moment, une espèce de relève à Rachida Dati pour parler des seuls thèmes qu’une personne de sa catégorie semble avoir le droit d’aborder, à savoir tout ce qui a à voir, de loin ou de près, avec l’Islam, de préférence sous le spectre de l’islamisation rampante, du communautariste islamiste, du halal généralisé et autres faits présentés à la France contemporaine comme étant les causes principales des maux de notre époque. Oui, je sais : ça pue l’arnaque et le plan B mais “ils” veulent qu’on y croit, alors, allons-y et croyons.

guirDonc après NPNS, voici Lydia Guirous. Difficile de ne pas voir de rapport entre un mouvement qui a contribué à racialiser la question du sexisme dit “de banlieue” et les premiers pas de cette figure du militantisme islamophobe beauf tant le concept est similaire : on va prendre une maghrébine un minimum instruite” (comprenez par là “une arabe qui ne fait pas trop caillera et qui a un brushing soigné”), qui adore la France à en crever et surtout qui est tellement consciente de sa chance qu’elle défend sa patrie comme une VRAIE française bien de chez nous ; à l’UMP, Lydia Guirous occupe le poste de secrétaire nationale en charge des valeurs de la République et de la laïcité parce que à Droite, on a comprit que la politique qui touche à ce qui n’est pas “issu du corps traditionnel français”, c’est pour les arabes et des noirs. On ne laisse pas aux arabes et noirs le soin de s’occuper de l’économie ou de la culture : les personnes racisées sont utilisées pour des “trucs de racisés”. Le concept n’a rien de nouveau pour le citoyen averti: les noms de Fadela Amara, Safia Lebdi, Loubna Méliane et autres figures d’origine maghrébines propulsées dans des groupes qui émanent du pouvoir doivent vous dire quelque chose…

Lydia Guirous est ce que la République aime considérer comme un pur produit de l’intégration réussie, garanti 0% islam, 100% « laïcité » de combat et d’exclusion. Admirez : elle est née en Kabylie, arrivée en France à 6 ans, a réussi ses études avant de se retrouver promue chez l’UMP comme nouvelle pompom girl de l’islamophobie d’état. L’exclusion des lycéennes portant le voile ou une robe longue ? Elle est pour, car c’est une provocation. Même son de cloche pour les mamans voilées accompagnant les enfants lors des sorties scolaires, les repas de substitution dans les cantines et l’invisibilité de l’islam dans sa “République”. Par contre, elle ne mettra pas sur le même plan le catholicisme, puisqu’elle considère qu’il a une histoire riche de 2000 ans en France, ce qui est faux, comme une certaine… Marine Le Pen. La laïcité qui ne traite pas toutes les religions à égalité ? Fallait l’inventer. Enfin, tout cela devrait être normal selon elle, au nom du “vivre ensemble”, le nouveau slogan de ceux et celles qui vivent surtout “entre eux”, non pas parce qu’ils sont réunies autour de valeurs fédératrices universelles mais entre privilégiés à des niveaux différents mais à l’intérieur d’une même caste. A écouter Lydia Guirous, tout va bien en France pour tout le monde  à condition de “travailler”. Donc échec = pas travaillé. En aucun cas, Lydia Guirous ne mentionne le fait qu’on ne puisse pas réussir même en ayant travaillé car elle se veut comme preuve vivante de la réussite; Elle y est arrivée ? Vous devez donc y arriver, c’est aussi simple que ça pour elle. Faute d’avoir des arguments, Lydia Guirous a systématiquement recours à des anecdotes personnelles pour expliquer comment s’en sortir… comme si chaque personne était identique, qu’il n’y avait que le travail qui pouvait permettre de s’élever socialement et niant qu’il existe dans notre société une longue liste d’obstacles qui varient d’une personne à l’autre. Rien de bien nouveau pour la Droite décomplexée et son discours moraliste, qui ignore la réalité des mécanismes d’exclusion, du rejet et de la marginalisation. Et avec une maghrébine comme porte parole de ce discours, la voix des principaux marginalisés est invalidée puisqu’on l’a devant vous, cette preuve que le travail paie toujours ! Et comme si cela ne suffisait pas, il faut que Mme Guirous publie un livre pour valider son parcours et s’acheter une crédibilité dans le paysage médiatico-politique. Bon, je dois avouer que n’ayant pas d’insomnies, je n’ai pas eu à lire son pavé dans son intégralité mais le peu qui en ressort est à l’image de son auteure : narcissique, manichéen et niais. Ca s’appelle « Allah est grand et La République aussi ». Un titre bidon  met en concurrence l’Islam et la République sur un mode du  « ok, vous pouvez croire mais à condition de respecter les lois de la tout aussi divine République, quand même !» pour un ouvrage à l’argumentation faible sensé sceller « l’engagement pour la France » de son auteure. Pour une femme qui se dit féministe et qui donc, par définition, sait combien une catégorie d’individus doit lutter contre les stéréotypes et les amalgames pour conquérir sa liberté et sa dignité, Lydia Guirous excelle dans la contradiction en produisant à son tour une série d’amalgames qui contribuent à renforcer l’ambiance “péril islamique français” de son livre. Par ailleurs, faute grave de l’auteure : aucune “solution” concrète et/ ou un minimum subversive n’est apportée pour résoudre les problèmes dont elle parle sans même évoquer leurs origines… Faut de temps, sans doute. Par contre, pour ceux qui sont à la recherche de déclarations d’amour à la France, de séances de self adoration, lisez son livre : l’auteure ne manque pas une occasion d’étaler son “jeune” parcours comme s’il avait quelque chose d’extraordinaire, tout en criant son amour de cette République toujours généreuse et fondamentalement égalitaire qui aurait abdiqué face aux musulmans qui sont tous apprentis intégristes ou déjà intégristes… Lydia Guirous ne manque pas une occasion de se présenter en victime qui s’est sacrifiée, en usant et en abusant des termes à la mode qu’elle oppose entre eux (communautarisme / vivre ensemble, islam / laïcité, ect…) mais en veillant à se présenter toujours comme étant LA résistante. Yamina Benguigui pourrait en faire un film !

J’attends que Mme Guirous, qui, comme d’autres qui l’ont précédée dans le rôle de la Zoubida de Droite, nous explique réellement en quoi ses dires et ses prises de position vont contrer le grand méchant FN ? En quoi amalgamer, mentir, rabaisser et stigmatiser permet de ne pas faire le jeu du FN et « faire avancer les choses » ? En quoi se la jouer « plus française » que la « française », à détourner volontairement le sens des propos de ses adversaires politiques en leur faisant dire ce qu’ils n’ont jamais dit, donne envie à un seul musulman ou une seule musulmane, fussent- ils « modérés », l’envie de la soutenir dans sa lutte ? Lydia, ça fait quoi de devenir la mascotte de revues comme Valeurs Actuelles, Causeur et Dreuz ou de sites comme Riposte Laïque? Ca fait quoi d’avoir, dans ses soutiens les plus fervents, des magazines qui ne cachent rien de leur soutien aux interventions militaires colonialistes au moyen orient, leur homophobie et leur antisémitisme ? Ca fait quoi de n’exister politiquement qu’à travers une critique de la gauche et de son “laxisme” et de n’être instrumentalisée que pour ça ? Je ne m’adresse même pas à la « musulmane » ou à la maghrébine d’origine mais je parle à celle n’a que les termes “république », de méritocratie, de justice et d’égalité à la bouche veut contribuer à “améliorer la situation” et je demande : ça fait quoi d’être uniquement invitée dans les médias comme figure politique de la Droite pour parler de la problématique quartiers / islam / intégrisme et complètement mise de côté pour parler d’économie, d’éducation, de fiscalité ou d’entreprenariat ? Ca va, la conscience, pas trop l’impression de servir les dominants pour mieux écraser les dominés qui eux, ne peuvent parler, que s’ils adoptent une posture d’assimilé blanchi dans le reni de ses origines ?

Ce qui est succulent avec les pompom girls de l’islamophobie comme Lydia Guirous, c’est de lire sur leur visage et au son de leur voix leur douleur quand l’autorité blanche “bien française” leur rappelle qu’elles ne sont pas “comme eux”. C’était le cas lors de son passage sur TV5, lorsque Patrick Simonin l’a présentée comme une « jeune immigrée Kabyle arrivée en France avec un rêve français », ce à quoi l’intéressée a immédiatement répondu « je suis Française! », avec la réactivité qui trahissait sa gêne. Parce que le rêve français dont Lydia Guerous parle sans jamais réellement le définir, c’est ça : être française “sans commentaire”. Mais, très chère Lydia, vous souffrez et vous avez beau couvrir la “République” d’amour et de déclarations passionnées, elle, par le biais d’un journaliste lambda vous renvoie à votre case et à votre caste l’air de dire “vous êtes quand même bien différente”, histoire de vous humilier dans une justification à laquelle vous répondez spontanément comme pour vous prouver à vous même votre francité qui est refusée par ceux qui, en dépit de vos “efforts” et de vos engagement vous voient encore comme une Kabyle… Et là, on a juste envie de demander à Lydia Guirous si “travailler”, comme elle le prétend, ça contribue à ce que des journalistes s’adressent à elle sans avoir à lui renvoyer ses origines en pleine face et en la présentant comme une immigrée, fraîchement débarquée. Comme quoi, ça ne sert à rien de taper tant sur ses semblables qui “fautent” en s’affichant en hijab, babouches et djellabah, mangent halal, ect… Plus tard, Lydia Guirous a été interrogée sur le débat autour de l’interdiction du voile à l’université (quand je vous dis qu’elle n’est “bonne qu’à ça”…) et a eu l’occasion de prendre sa petite revanche lorsqu’elle a  déclaré « Quand je vais en Algérie, je quitte ma mini jupe, les étrangers doivent quitter le voile à l’université ». Waw ! Les femmes voilées sont donc des étrangères ? Un voile est porteur d’une nationalité ? Vous avez le même discours sur la couleur de peau et de cheveux ou ça s’arrête avant ? Du coup, vous, par votre faciès, accepteriez-vous que l’on vous catalogue “étrangère” en niant votre francité comme vous vous le permettez avec les femmes voilées ? Cela peut paraitre secondaire mais cet amalgame là montre à quel point Lydia Guirous a intériorisé l’amalgame nauséabond largement répandu qui veut que la francité soit quelque chose qui “se voit” sur une personne. Et ça sort de la bouche d’une femme qui a été présentée comme une immigrée et qui est loin de représenter physiquement l’image que l’on se fait de la Française “typique”…

Je suis à peu près tout les médias dans lesquels cette femme peut s’exprimer. Non pas par pur sadisme mais parce que, comme c’était le cas avec Benjamin Lancar, j’aime assister aux séances de tapinage médiatique où l’apprenti-e UMPien-ne se veut plus UMP que l’UMP et dans le cas de Lydia Guirous, plus français que le français au point de décider du haut de sa “grandeur” qui est républicain, laïque ou juste bon à se faire virer. Je ne peux m’empêcher d’imaginer les cadres blancs de son parti se frotter les mains en la voyant intervenir et en se disant “elle parle bien, t’as vu, elle est bien!” parce qu’elle sert avec brio les idées de l’UMP. Regardez chacune de ses interventions : elle agit en porte parole de l’UMP sur des thématiques délicates mais qui, dans la bouche d’une arabe, ne peuvent être taxées de racisme. Son passage le plus remarqué est évidemment chez Taddei sur France 3, où à court d’argument, elle a confessé, grosso modo, que l’égalité homme – femme était une utopie (!), mais où elle a également révélé sa méthode; pour exister, il suffit de donner dans le « moi je », signe de son égocentricité et son carriérisme, mais aussi de faire des raccourcis ridicules (critique d’une situation d’une France = “vous savez, être français c’est pas une insulte, c’est pas un gros mot”) pour mieux se placer en détentrice de la vérité, quitte à nier les réalités sociales. A l’écouter, pas d’islamophobie ni de racisme en France. Les attaques contre les mosquées et les agressions, ça ne compte pas ? Ou alors c’est mérité étant donné le contexte de fondamentalisme largement relayé par les médias, donc ça n’a aucune valeur à ses yeux ? On dirait… Et nier ne fait qu’empirer les choses. Car dire qu’il n’y a pas d’islamophobie juste parce qu’on ne l’a pas vécue personnellement, c’est à peu près aussi immonde que ces personnes qui balaient de la main l’existence de l’insulte raciste ou sexiste parce qu’ils ne l’ont pas vécue.

Je ne vais même pas m’eterniser sur les concepts bidons dont parle Guirous, comme le fameux “complexe du colonisé” qui expliquerait que la France aurait capitulé face aux musulmans qui sont tous des salafistes en puissance… Ni même commenter les anecdotes personnelles destinées à lui garantir un statut de victime, tant chéri par des gens comme Valérie Toranian qui adorent les musulmanes opprimées ou ex-musulmanes survivantes de l’islam des cités devenues émancipées grâce à la laïcité salvatrice et tout le tralala… Non. Je ne vais pas m’étendre non plus sur l’arnaque de la lutte contre le grand méchant communautarisme qui n’intéresse Lydia Guirous et sa caste que lorsqu’il est noir, pauvre, rom, arabe et/ou musulman mais qui ne choque pas la soit disant républicaine qu’elle est lorsqu’il est question du communautarisme de l’assemblée nationale ou des élites. Je ne vais pas m’étendre sur les mythiques revendications religieuses – toujours présentées comme émanant de musulmans sans même la moindre preuve – qui n’intéressent pas Lydia Guirous quand il est question de dénoncer la pression de mouvements chrétiens sur les questions relatives aux droits LGBT ou même, j’ose le dire, les revendications clairement assumées du CRIF qui pèsent énormément sur notre soutien inconditionnel à Israël. Je ne vais pas m’étendre non plus sur l’ignorance de Lydia Guirous qui s’interroge naïvement sur les restaurants japonais halal comme si aujourd’hui, en France, le débat portait sur la religiosité ou non de la nourriture au lieu du fait que certaines personnes ont encore du mal à se nourrir aujourd’hui et en France.

Je vais laisser Lydia Guirous se crasher en politique comme ses précédentes. Jouer les pompom girls islamophobes, au bout d’un moment, ça doit épuiser, surtout que ce genre de ressources, ça lasse vite ! Fadela Amara doit surement être pleine de conseils à ce sujet. Laissons là dans ce long moment d’égarement où la fiction l’a emporté sur la réalité, où la caricature est devenue une réalité mais attention… plus dure sera la chute ! Et oui, car, tant qu’on sert les intérêts de quelqu’un et qu’on joue les sténos avec brio, tout va bien, mais le jour où on veut faire péter le plafond de verre et défendre ses propres idées qui sont pas tout le temps celles de la majorité de son groupe, on finit par se faire taper sur les doigts! Je ne regrette qu’une seule chose : ne pas être une souris pour voir comment la pompom girl réagit lorsqu’elle entend Lagarde dire que l’ex roi d’Arabie Saoudite était un féministe discret, ou quand Brice Hortefeux balance une blague bien lourde sur les arabes ou même quand Laurent Wauquiez encourage les maires à violer la loi en refusant de marier des couples homosexuels au nom de cette même vision fantasme et obsolète de la République. Dans ces moments-là, Lydia Guirous, vous croyez qu’elle se révolte, monte sur ses grands chevaux “républicains” et laisse exploser son désaccord ou vous croyez qu’elle se contente juste de sourire bêtement sans trop la ramener pour ne pas risquer sa place ? Je vous laisse imaginer…

PS : Quand on partage les mêmes idées que le FN qu’on prétend combattre, qu’on est islamomaniaque et qu’on publie un livre qui reçoit les louanges d’un site comme Riposte Laïque, on sait de quel côté on se trouve. Et on se dit surtout qu’on a les soutiens qu’on mérite…

Vous trouvez ça tiré par les cheveux ? Pas moi….

Good hair means curls and waves
Bad hair means you look like a slave
At the turn of the century
Its time for us to redefine who we be
You can shave it off
Like a South African beauty
Or get in on lock
Like Bob Marley
You can rock it straight
Like Oprah Winfrey
If its not what’s on your head
Its what’s underneath and say HEY….

 

Vous êtes noir(e) ? Mauvaise nouvelle : vos cheveux appartiennent à l’establishment. Par conséquent, vous devez accepter sans rechigner toutes les blagues lourdes, racistes et déjà entendues des centaines de fois sur vos cheveux qui sont devenus la dernière composante de votre identité que certaines personnes, qu’on imagine généralement non noires et dominantes, utilisent encore pour vous rabaisser.

Petit rappel socio culturel des faits : nos frères mais surtout nos soeurs noir-e-s, parce que lassé-e-s que la parole leur soit systématiquement confisquée, ont décidé de faire péter le plafond de verre pour investir la scène, être visibles et mener leurs propres combats sans avoir à quémander la permission d’une quelconque autorité. Je ne vais pas m’étendre sur l’histoire colonialiste française, la domination d’un nord majoritairement blanc sur un sud majoritairement noir, le chantage presque systématique sur les pays du sud, la Méditerranée qui s’est transformée en cimetière pour des migrants sans soulever la moindre indignation, etc… Je ne vais pas m’étendre non plus sur les dernières polémiques soulevées par des torchons qui ridiculisent la coupe “afro”, cherchant à comparer le mépris de la coupe afro avec le fait de mépriser des chauves (ne cherchez pas le rapport, il n’y en a pas)… Non. Ce qui est interessant, c’est de décortiquer ce qui met mal à l’aise dans ce mouvement afro qui est avant tout visible à travers la chevelure.

Premièrement, il ne faut pas se mentir : en France, on a un référentiel blanc, qu’on veut et qu’on envisage comme immuable, inébranlable qu’il faut préserver car c’est LE modèle. On a beau nous dire que la “République” reconnait tous ses “enfants”, elle a quand même du mal à reconnaitre ceux qui ne sont pas blancs, au point de les qualifier de “venant de la diversité” au lieu de juste les reconnaitre et leur garantir l’égalité des chances dans tous les domaines. En parlant de “diversité”, on crée une seconde catégorie, pour “ceux qui ne rentrent pas dans le moule” parce qu’ils ne sont pas blancs. Ce terme de diversité est à la fois parfait pour compartimenter la société mais également pour dire aux personnes blanches qu’elles n’ont pas à s’inquiéter de voir toutes ces personnes qui ne leur ressemblent pas être aussi considérées comme françaises vu qu’elles seront toujours françaises “mais de la diversité…”. Si nous étions naïfs, on pourrait s’en féliciter, en considérant que la mention “diversité” est une valeur ajouté, une espèce de bonus sauf que dans la réalité des choses, “français issu de la diversité”, ça veut dire “français contrefait” en opposition à un français blanc, non issu de la diversité et donc produit “pur”. Bien entendu, cela n’est en rien mon opinion mais l’opinion qui découle du “faux débat” qui n’a pas encore lieu car le problème n’est pas encore sur la table. Il va sans doute falloir attendre que nos politiques se lassent de leur obsession pour le voile et la jupe longue avant de passer à la couleur de peau…

Aujourd’hui, il est presque largement admis que se moquer de la couleur d’une personne est raciste. Du bobo d’extrême gauche à la députée de droite, on sait très bien que dire du mal de la couleur, c’est mal. Sauf que, lorsque vous êtes noir, que vous soyez originaire des DOM-TOM ou d’Afrique, la République, elle, sans vous le dire, veut votre intégration et, si la couleur de peau ne peut être changée, vos cheveux, eux, appartiennent à la société qui a le droit de vous offenser car elle, dans sa grande prétention, ne comprend pas que les blagues vaseuses sur les cheveux des noir-e-s puissent faire énormément de mal. Ce n’est pas explicitement dit mais sachez que vous devez les lisser pour coller au mieux au “référentiel”, abandonner toute trace d’identité qui rappelle trop “ce qui n’est pas français”, ce qui implique d’abandonner le naturel, les nattes, les perles, ect… Vous trouvez que j’exagère ? Jetez un coup d’oeil aux figures médiatiques en France qui ont, le “malheur” d’être des femmes noires : ce sont majoritairement des visages aux cheveux parfaitement défrisés pour “rentrer dans le moule”. Maintenant, imaginez une jeune femme noire grandissant en France : elle va subir les diktats que toutes les femmes de sa génération subissent en même temps (minceur, chasse à la cellulite et aux vergetures, injonction à la grosse poitrine, etc…) MAIS avec une fixation sur sa chevelure que la société ridiculise, présente comme étant “sauvage”, etc… Ces jeunes femmes peuvent grandir avec la haine de leur naturel, qu’elles vont chercher à estomper au maximum pour rentrer dans le moule de la beauté qui lui, qu’on le veuille ou non, est lié au moule raciste qui promeut le type de cheveux lisse au détriment du cheveu des femmes noires qu’on compare à un dessous de bras sans même se rétracter quand les premières concernées font part de leur douleur. Sans être extrémiste, avec ce type de mentalité, on va bientôt en arriver à considérer les cheveux frisés, crépus ou bouclés comme étant déviant, rebelles et incompatibles avec la République, pendant qu’on y est !

Ce que cache ce mépris, c’est une grande rancoeur. Car, femmes noires, vous le savez, en acceptant votre naturel, on vous en veut. On vous en veut car vous résistez. On vous en veut car vous refusez la domination d’une norme sur l’autre. On vous en veut car vous ajoutez une nuance à l’arc en ciel de normes et cela, on en veut pas. Pourquoi ? Car la noire, dans le grand inconscient de l’homme blanc, doit être encore domptée comme un animal. Regardez comment Grazia (décidément encore un magasine tenu par des intellectuel-le-s) parle des Afroféministes : comme des personnes qui sortent “du bois” pour “envahir” twitter. Je crois qu’il n’est pas exagéré de voir ici la déshumanisation de femmes noires qui luttent car transformées en animaux et jugées “envahissantes”… C’est là la preuve que même lorsque vous mettez en lutte, l’establishment blanc trouve toujours le moyen, à coup d’expressions crapuleuses de vous rappelez à votre “catégorie”.

Difficile pour les esprits de l’establishment de ne pas voir de rébellion dans la coupe Afro. Comme pour le voile, vous êtes un rappel historique qui fait mal. La coupe Afro, ce sont les populations du Kenya qui l’ont porté en premier avec fierté en résistance à l’occupant Italien, ce sont les activistes aux USA, bref, ce sont tous les damnés de la terre qui ont refusé, se sont rebellés et ont résisté. La coupe Afro, pour “les gens d’en face”, c’est un naturel qui semble crier “j’ai une histoire” et pas celle qui plait. Et forcément, tout ça, pour un esprit qui ne s’est pas tout à fait affranchi d’une mentalité coloniale, c’est insupportable, c’est vécu comme une agression, alors que c’est la simple expression de sa propre identité qu’on se réapproprie. Mais tout ça, désolé de décevoir, mais c’est dans la tête des blancs que ça se passe. Une jeune femme qui porte ses cheveux au naturel, croyez-vous sincèrement qu’elle considère ça comme un geste automatiquement politique, avec une portée forcément symbolique ? Vous y voyez toujours une provocation ? Et une provocation par rapport à quoi et à qui ? Dans quel but ? Que faut-il faire pour porter sa coupe afro de façon respectable ? La teindre en bleu, blanc et rouge ? Alors total respect et totale solidarité aux afros qui sont nappy, qui se refusent à suivre des diktats décidés par d’autres et contre elles, qui ont leur propre histoire et veulent tracer leur propre destinée.

Je terminerai en disant que même si je ne suis qu’en “partie” noir, ce problème fait partie de “mes problèmes”. J’ai grandi avec des amies et des membres de ma famille qui ont intériorisé toutes ces injonctions à être “normales”, qui n’ont pas vécu une semaine dans leur vie sans qu’on leur demande de toucher leurs cheveux, qui n’ont jamais trouvé leur bonheur en parfumerie, qui ont connu l’enfer des produits chimiques qui ont failli les brûler et qui se sont prit des remarques sur la couleur de leur peau mais qui, sous prétexte d’humour, ne seraient pas des remarques racistes et blessantes. Si vous ne comprenez (toujours) pas, regardez et rencontrez. La liste de blogs est longue, il y a une véritable pile de ressources disponibles en libre accès sur internet, ce qui est une véritable mine d’infos pour quiconque à envie de comprendre cette problématique… en leur présence, de préférence, pas entre non concerné-e-s. Et à nos soeurs qui luttent… luttez, mesdames !

PS : J’en profite pour préciser à SOS RACISME et toutes les organisation satellites du PS et donc pro-establishment que personne n’a demandé leur aval ou leur soutien donc inutile de venir faire un coup chez les Afrofeministes, je pense qu’elles refuseront toujours d’adhérer à une association qui ne fait que suivre des ordres qui lui ont été donné par un dominant qui veut encore plus dominer les dominé-e-s et dont l’intérêt reste encore dans le flou.

PS 2: Je précise aussi que je ne porte aucun jugement pour celles qui ont décidé de ne pas porter de coupe afro ou de nattes. J’ai grandi en admirant des noir-e-s très différents, de Will Smith à Angela Basset, en passant par Morgan Freeman, Janet Jackson, Naomi Campbell, India Arie, Angela Davis, Jada Pinkett, Alice Walker, Tyra Banks, Janet Mock, etc… Je ne dis pas ça pour la “Black Touch”, pour avoir des “black credentials” ou montrer combien je suis cool avec mes idoles noires mais pour vous montrer que ces modèles sont, dans leur écrasante majorité, des noirs qui ne sont pas issus de la production artistique et/ou médiatique et/ ou intellectuelle française qui est, là encore, en retard.

Triple Alliance ou le discours raciste transphobe décomplexé

the-other-women-dvd-cover-70Des fois, on se retrouve en la possession d’un film qu’on a pas envie de regarder mais qu’on va regarder juste parce qu’on se dit « autant le regarder ». En ce qui me concerne, c’était “ça” ou assister à une fête jugée pourrie d’avance. En y repensant, je me surprends à croire que j’aurais dû assister à cette fête qui ne pouvait pas être plus naze que ce “film”. Comme quoi, on devrait garder certains films vraiment pour les moments d’ennui total. Anyway.

Triple Alliance est l’histoire d’une bourgeoise américaine – Carly, jouée par Cameron Diaz – qui découvre que son mec est en fait marié à une housewife de banlieue prénommée Kate. Ca se complique pour les deux femmes qui ont décidé de lui faire payer lorsqu’elles se rendent compte que ce pauvre mec, également escroc à ses heures perdues, se tape également une mannequin de 20 ans qui s’appelle Amber. Oui, je sais ce que vous pensez et je suis d’accord avec vous : Hollywood fait des films vraiment originaux, youhou ! Ce qui n’aurait dû rester qu’un mauvais souvenir d’un film au pseudo féminisme light dont sont friandes les rédactions des magazines Elle ou Marie Claire est resté pour moi une horreur hollywoodienne qui n’a rien à envier au discours transphobe qu’on peut entendre dans certains médias. Je m’explique : le film n’est pas transphobe ou raciste de façon ultra méga flagrante pour “le grand public” qui a déjà intégré cette transphobie dans son inconscient mais toute personne un peu sensible à ce thème devrait reconnaitre au moins une chose: ce film est un appel au mépris des trans et des racisés façon ignorance crasse.

Lorsque les femmes trompées ont décidé de se venger, elles savent pertinemment que faire avaler des laxatifs et tremper sa brosse à dents dans les toilettes ne suffira pas à calmer leur colère. Elles veulent l’humilier. C’est un beau salaud volage qui mérite de souffrir. Et quoi de mieux pour elles que de faire ça sur le dos des transsexuels ? Quoi de pire pour un macho de merde que de porter atteinte à sa “masculinité” en le forçant à une transition ? Ca commence par un traitement hormonal qu’on va lui faire prendre et qui aura pour conséquence de lui faire gonfler la poitrine et développer les tétons. Hilarant, n’est-ce pas ? C’est tellement drôle que, Mark, le goujat qui fait l’objet de ce complot, déclarera “Gonflés ?! Ces mamelons ont l’air d’avoir nourri un village africain pendant 10 ans!”. Vous en rigolez toujours pas ?! Attendez un peu. Amber veut également se payer la tête de Mark et vous savez comment ? En lui proposant un plan à 3. Mais pas avec n’importe qui, voyons ! Avec Deena, la pote trans caricaturale que toutes les personnes transphobes ont dans leur entourage et qui n’existe dans leur vie que lorsqu’elle n’est utile qu’en tant que trans (vous pouvez remplacer “trans” par noir, rrom, arabe, musulman, voilée, gay, lesbienne, pour vous aider à comprendre). Quant le spectateur la découvre, présentée de façon presque exagérée mais tellement conforme aux fantasmes qu’on ne veut pas casser (c’est à dire perruque blonde, french manucure, 2 mètres de haut et un top léopard qui laisse entrevoir un torse bien poilu), Mark est consterné (pour ne pas dire dégouté) et se laisse prendre tout en criant, sous une Amber qui savoure son coup (de merde) en déclarant “J’étais sûre qu’elle te plairait!”. N’êtes-vous pas morts de rire ?

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Les trois trompées font le point sur leur revanche, se demandant ce qui se passe vu que Mark a toujours une libido d’enfer. Du coup, Kate précise qu’elle donne pourtant des tonnes d’hormones à son mari, ajoutant au passage “autant qu’un transsexuel qui va se faire opérer”. C’est moi ou c’est juste pas drôle ? Notons, au passage, qu’elles décident de faire en sorte que l’une d’entre elles couche avec Mark, mais, n’ayant aucune envie de passer à l’acte, elles souhaitent demander de l’aide à une copine de Amber, chose à laquelle Kate s’oppose. Mais Amber va déclarer que son “amie n’est pas une pute, c’est juste une fille facile”! Vu le public à qui s’adresse ce film, pas sûr qu’on ait décelé le sexisme qui découle d’un tel… raisonnement.

Les filles découvrent les escroqueries de Mark et décident de le suivre aux Bahamas. Et là, horreur : elles constatent que ses conquêtes sont internationales. L’occasion parfaite pour Carly, jouée par Cameron Diaz, d’exprimer son dégoût de le voir batifoler avec une femme mais bon, en gros, elle s’en fout, tant qu’il n’a pas de maitresse en Thaïlande. Bah ouais, ça se serait quand même grave la honte et grave dégueulasse qu’il se tape une trans… car la référence à la Thaïlande, ne peut être qu’une référence à la transexualité, qu’on ne vienne pas nous dire que cette référence est innocente. C’est à la fois raciste et transphobe.

Le racisme de triple alliance ? Oh, y’en a encore pour les asiatiques. Comment ? Simple : Kate – la housewife – dit avoir été jusqu’en Chine pour tenter d’adopter un enfant, tout en précisant que “toute la Chine ne ressemble pas à Hong Kong”. La faute à la pollution, à entendre Carly. Les chinois apprécieront… De quoi éduquer le téléspectateur au cas où il aurait la folle idée d’avoir une image un peu “moderne” de la China. Sans oublier que les rares chinoises qui apparaissent dans le film sont des masseuses un brin autoritaires et silencieuses. Mais après tout, ce n’est qu’un film, voyons! Pourquoi en faire tout un plat, hein.

Au délà de l’intrigue qui est d’une banalité sans nom, de l’humour du film qui n’a même pas réussit à me faire rire une seule seconde et du jeu des actrices qui ne casse rien, Triple Allliance ne trouve aucune grâce à mes yeux. Les 3 femmes finissent par devenir amies, le film célèbre un girl power de bourgeoises qui changent plus de tenues en un film que n’importe quelle américaine moyenne en 1 an et on a le droit à un happy ending pour faire rêver la spéctatrice. Quant à Nicki Minaj, je ne vais pas m’attarder sur sa performance, son changement successif de perruques et ses répliques qui, elles aussi, entretiennent le mythe du second rôle donné à une noire “parce qu’il en faut une”. Merci à Triple Alliance pour votre célébration du girl power de circonstance, du girl power “entre nous”, du girl power qui oscille entre la transphobie et le racisme sans rougir car la fin justifie tout le temps les moyens. Libre à vous de voir ou non ce film, histoire de vous faire une opinion. En ce qui me concerne, si je pouvais épargner ça à quelqu’un….

Pour conclure, je vais anticiper les attaques des râleurs du dimanche qui me traiteront de vrai râleur parce que l’humour de ce film ne m’a pas atteint ou parce que j’exagère dans mes “dénonciations” en vous disant qu’on a quand même le droit de s’indigner. Je ne suis pas trans mais quand même, quand je vois comment cette thématique est traitée dans ce film, je ne peux pas m’empêcher de faire un lien entre ce traitement, ce qu’est la transexualité dans l’inconscient général et la situation globale des trans qui est principalement faite d’exclusion. Le film est plein de valeurs féministes (ou qui devraient plaire aux féministes) mais se construit sur quoi ? Sur des moqueries parfois racistes ou parfois transphobes. Et ça ne choque personne. On a du mal à tolérer les groupes LGBT qui se foutent du féminisme et du racisme tant que leur “cause” avance, n’est-ce pas ? On a du mal à tolérer les groupes religieux qui se foutent des LGBT et du féminisme tant qu’ils avancent. On a du mal à tolérer les groupes pro droits des animaux qui se foutent du féminisme, de la lutte contre le racisme et de la lutte contre l’homophobie. Par contre, personne pour pointer du doigts les productions audiovisuelles pro féministes (même s’il est question de ce que j’appelais le féminisme light) ou les mouvements féministes et leur racisme ou transphobie. Vous me parlerez de “priorité des luttes”. Et je dirai qu’on peut largement faire avancer les droits des femmes sans que les trans aient à subir des moqueries qui ne font qu’en dire long sur ce que les femmes cis pensent inconsciemment des trans.