Triple Alliance ou le discours raciste transphobe décomplexé

the-other-women-dvd-cover-70Des fois, on se retrouve en la possession d’un film qu’on a pas envie de regarder mais qu’on va regarder juste parce qu’on se dit « autant le regarder ». En ce qui me concerne, c’était « ça » ou assister à une fête jugée pourrie d’avance. En y repensant, je me surprends à croire que j’aurais dû assister à cette fête qui ne pouvait pas être plus naze que ce « film ». Comme quoi, on devrait garder certains films vraiment pour les moments d’ennui total. Anyway.

Triple Alliance est l’histoire d’une bourgeoise américaine – Carly, jouée par Cameron Diaz – qui découvre que son mec est en fait marié à une housewife de banlieue prénommée Kate. Ca se complique pour les deux femmes qui ont décidé de lui faire payer lorsqu’elles se rendent compte que ce pauvre mec, également escroc à ses heures perdues, se tape également une mannequin de 20 ans qui s’appelle Amber. Oui, je sais ce que vous pensez et je suis d’accord avec vous : Hollywood fait des films vraiment originaux, youhou ! Ce qui n’aurait dû rester qu’un mauvais souvenir d’un film au pseudo féminisme light dont sont friandes les rédactions des magazines Elle ou Marie Claire est resté pour moi une horreur hollywoodienne qui n’a rien à envier au discours transphobe qu’on peut entendre dans certains médias. Je m’explique : le film n’est pas transphobe ou raciste de façon ultra méga flagrante pour « le grand public » qui a déjà intégré cette transphobie dans son inconscient mais toute personne un peu sensible à ce thème devrait reconnaitre au moins une chose: ce film est un appel au mépris des trans et des racisés façon ignorance crasse.

Lorsque les femmes trompées ont décidé de se venger, elles savent pertinemment que faire avaler des laxatifs et tremper sa brosse à dents dans les toilettes ne suffira pas à calmer leur colère. Elles veulent l’humilier. C’est un beau salaud volage qui mérite de souffrir. Et quoi de mieux pour elles que de faire ça sur le dos des transsexuels ? Quoi de pire pour un macho de merde que de porter atteinte à sa « masculinité » en le forçant à une transition ? Ca commence par un traitement hormonal qu’on va lui faire prendre et qui aura pour conséquence de lui faire gonfler la poitrine et développer les tétons. Hilarant, n’est-ce pas ? C’est tellement drôle que, Mark, le goujat qui fait l’objet de ce complot, déclarera « Gonflés ?! Ces mamelons ont l’air d’avoir nourri un village africain pendant 10 ans! ». Vous en rigolez toujours pas ?! Attendez un peu. Amber veut également se payer la tête de Mark et vous savez comment ? En lui proposant un plan à 3. Mais pas avec n’importe qui, voyons ! Avec Deena, la pote trans caricaturale que toutes les personnes transphobes ont dans leur entourage et qui n’existe dans leur vie que lorsqu’elle n’est utile qu’en tant que trans (vous pouvez remplacer « trans » par noir, rrom, arabe, musulman, voilée, gay, lesbienne, pour vous aider à comprendre). Quant le spectateur la découvre, présentée de façon presque exagérée mais tellement conforme aux fantasmes qu’on ne veut pas casser (c’est à dire perruque blonde, french manucure, 2 mètres de haut et un top léopard qui laisse entrevoir un torse bien poilu), Mark est consterné (pour ne pas dire dégouté) et se laisse prendre tout en criant, sous une Amber qui savoure son coup (de merde) en déclarant « J’étais sûre qu’elle te plairait! ». N’êtes-vous pas morts de rire ?

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Les trois trompées font le point sur leur revanche, se demandant ce qui se passe vu que Mark a toujours une libido d’enfer. Du coup, Kate précise qu’elle donne pourtant des tonnes d’hormones à son mari, ajoutant au passage « autant qu’un transsexuel qui va se faire opérer ». C’est moi ou c’est juste pas drôle ? Notons, au passage, qu’elles décident de faire en sorte que l’une d’entre elles couche avec Mark, mais, n’ayant aucune envie de passer à l’acte, elles souhaitent demander de l’aide à une copine de Amber, chose à laquelle Kate s’oppose. Mais Amber va déclarer que son « amie n’est pas une pute, c’est juste une fille facile »! Vu le public à qui s’adresse ce film, pas sûr qu’on ait décelé le sexisme qui découle d’un tel… raisonnement.

Les filles découvrent les escroqueries de Mark et décident de le suivre aux Bahamas. Et là, horreur : elles constatent que ses conquêtes sont internationales. L’occasion parfaite pour Carly, jouée par Cameron Diaz, d’exprimer son dégoût de le voir batifoler avec une femme mais bon, en gros, elle s’en fout, tant qu’il n’a pas de maitresse en Thaïlande. Bah ouais, ça se serait quand même grave la honte et grave dégueulasse qu’il se tape une trans… car la référence à la Thaïlande, ne peut être qu’une référence à la transexualité, qu’on ne vienne pas nous dire que cette référence est innocente. C’est à la fois raciste et transphobe.

Le racisme de triple alliance ? Oh, y’en a encore pour les asiatiques. Comment ? Simple : Kate – la housewife – dit avoir été jusqu’en Chine pour tenter d’adopter un enfant, tout en précisant que « toute la Chine ne ressemble pas à Hong Kong ». La faute à la pollution, à entendre Carly. Les chinois apprécieront… De quoi éduquer le téléspectateur au cas où il aurait la folle idée d’avoir une image un peu « moderne » de la China. Sans oublier que les rares chinoises qui apparaissent dans le film sont des masseuses un brin autoritaires et silencieuses. Mais après tout, ce n’est qu’un film, voyons! Pourquoi en faire tout un plat, hein.

Au délà de l’intrigue qui est d’une banalité sans nom, de l’humour du film qui n’a même pas réussit à me faire rire une seule seconde et du jeu des actrices qui ne casse rien, Triple Allliance ne trouve aucune grâce à mes yeux. Les 3 femmes finissent par devenir amies, le film célèbre un girl power de bourgeoises qui changent plus de tenues en un film que n’importe quelle américaine moyenne en 1 an et on a le droit à un happy ending pour faire rêver la spéctatrice. Quant à Nicki Minaj, je ne vais pas m’attarder sur sa performance, son changement successif de perruques et ses répliques qui, elles aussi, entretiennent le mythe du second rôle donné à une noire « parce qu’il en faut une ». Merci à Triple Alliance pour votre célébration du girl power de circonstance, du girl power « entre nous », du girl power qui oscille entre la transphobie et le racisme sans rougir car la fin justifie tout le temps les moyens. Libre à vous de voir ou non ce film, histoire de vous faire une opinion. En ce qui me concerne, si je pouvais épargner ça à quelqu’un….

Pour conclure, je vais anticiper les attaques des râleurs du dimanche qui me traiteront de vrai râleur parce que l’humour de ce film ne m’a pas atteint ou parce que j’exagère dans mes « dénonciations » en vous disant qu’on a quand même le droit de s’indigner. Je ne suis pas trans mais quand même, quand je vois comment cette thématique est traitée dans ce film, je ne peux pas m’empêcher de faire un lien entre ce traitement, ce qu’est la transexualité dans l’inconscient général et la situation globale des trans qui est principalement faite d’exclusion. Le film est plein de valeurs féministes (ou qui devraient plaire aux féministes) mais se construit sur quoi ? Sur des moqueries parfois racistes ou parfois transphobes. Et ça ne choque personne. On a du mal à tolérer les groupes LGBT qui se foutent du féminisme et du racisme tant que leur « cause » avance, n’est-ce pas ? On a du mal à tolérer les groupes religieux qui se foutent des LGBT et du féminisme tant qu’ils avancent. On a du mal à tolérer les groupes pro droits des animaux qui se foutent du féminisme, de la lutte contre le racisme et de la lutte contre l’homophobie. Par contre, personne pour pointer du doigts les productions audiovisuelles pro féministes (même s’il est question de ce que j’appelais le féminisme light) ou les mouvements féministes et leur racisme ou transphobie. Vous me parlerez de « priorité des luttes ». Et je dirai qu’on peut largement faire avancer les droits des femmes sans que les trans aient à subir des moqueries qui ne font qu’en dire long sur ce que les femmes cis pensent inconsciemment des trans.

3 réflexions sur « Triple Alliance ou le discours raciste transphobe décomplexé »

  1. Vitany

    Merci pour cet article !

    Ces côtés transphobes et racistes m’avaient beaucoup déplus dans le film (entre autres)…

    Par contre, la remarque sur « heureusement qu’il n’est pas allé jusqu’en Thaïlande », j’ai cru qu’elle parlait de pédophilie, pas de transexualité… Donc qu’elle était soulagée que le gars n’aille pas se taper des petites filles en Thaïlande…

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    1. Paige Auteur de l’article

      Bien vu pour la Thaïlande 😉 Je n’y avais pas pensé.
      Je suis surpris que le film n’ait pas suscité plus de réactions… certainement parce qu’on était peu à le voir!

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