Quand Rokhaya Dit allo…

J’ai longtemps pensé à écrire cet article sans jamais le publier tant « le cas Rokhaya Diallo » est compliqué et révélateur de ce climat froid français. Je me suis rapidement rendu compte qu’il est impossible d’aborder une figure aussi « controversée » auprès de l’establishment sans avoir à se présenter. Disclaimer : je ne suis pas mandaté par Mme Diallo pour parler d’elle, de même que je ne suis pas financé par Dieudonné ou Soral, pathétiques personnages qui feront eux aussi l’objet d’un article, ni même que je n’ai aucun lien avec un quelconque lobby. Je tiens également à préciser, que je ne donne pas tout à fait dans le complot « islamico-socialo-prostitueur-lgbt-féministo-conquérant » et autres inépties dignes de journalistes en manque d’arguments qui refusent aux autres ce dont ils se réclament, à savoir l’indépendance d’esprit. Je ne connais Rokhaya Diallo qu’à travers ses livres, ses articles et ses apparitions médiatiques et je n’ai décidé d’écrire cet article que lorsque je me suis aperçu que son « cas » prouvait la pertinence de ses luttes mieux que n’importe quel ouvrage.

rokhaya dialloSoumise au lobby des proxénètes, Anti Charlie Hebdo, féministe pro-voile, faux nez de Tariq Ramadan, agent des USA, ect…  Une chose est sûre : quand on n’aime pas, on sait très bien dans quel camp ranger une personnalité, quitte à la calomnier et à lui inventer des connexions qui n’existent pas. Quand on ne rentre pas dans le moule, quand on a le malheur d’émettre des critiques saines et constructives mais qui ont le défaut de chambouler les dominants dans leurs idées et leurs idéaux, on devient une Rokhaya Diallo (admirez la rime !).

Tout a réellement commencé avec le « Y’A Bon AwardGate ». Chaque année, des trophées « bananes » sont remis aux hommes politiques, journalistes et artistes qui ont tenu des propos à caractère raciste. En 2012, c’est la méga célèbre Caroline Fourest, star des médias, qui a reçu un prix suite à sa sortie sur les « associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus, lever des fonds pour le Hamas », lors d’une convention du parti socialiste. Le jury, dans sa majorité, vote « Caroline Fourest » mais seule Rokhaya Diallo subit les foudres de l’essayiste qui ne comprend pas sa “victoire”. Dans l’article qu’elle publie sur le Huffington Post, elle ira jusqu’à écrire que « le but de Rokhaya Diallo et de son association (Les Indivisibles) n’est pas de militer contre le racisme » tout en lui inventant des liens suspects avec, je vous le donne en mille, tous les méchants de la terre : les indigènes du Royaume, le département Américain et Michel Collon, le «roi des complotistes»… Tout ça parce que Caroline Fourest, qui se présente comme intellectuelle humaniste féministe antiraciste universaliste démocrate et apôtre du « il faut critiquer » refuse… la critique. Au-delà de la critique, elle refuse juste tout débat en calomniant Rokhaya et sa bande (mais sans nommer les membres du jury), qui, à la lecture de l’article de Fourest, n’est bonne qu’à s’allier avec des extrémistes qui soutiennent l’intégrisme. En réagissant de la sorte, toute discussion est abandonnée puisqu’elle part sur la base d’accusations répugnantes. Marque suprême de Caroline Fourest : elle, la femme blanche si proche des médias et du pouvoir, sait qui est “réellement” raciste et pense être arbitre de cette question. Il y a de quoi rire nerveusement… Petite mention à l’attention de Caroline Fourest et de son fan club : si vos propos sont considérés comme racistes, inutile de pleurnicher. Inutile de parler des “autres” car ce sont vos propos à vous qui intéressent et qui interpellent. Inutile également de faire des amalgames immondes avec des attentats ou de laisser croire que les gens qui ne sont pas d’accord avec vous sont donc prêts à “Payer le ticket de bus à ceux qui rêvent de (vous) emmener en forêt pour (vous) bâillonner ou (vous) lapider”. Inutile de nous “rappeler” combien vous vous battez contre le racisme et donc nous rappeler que vous faîtes partie de la lutte antiraciste alors que nous ne parlons pas de la même chose. Vous pratiquez un antiracisme qui honore le racisme puisque vous ne le voyez qu’à travers sa forme la plus caricaturale et la plus stéréotypée, c’est à dire dans la bouche de l’extrême droite, alors que le but aujourd’hui est de montrer que sa banalisation est telle qu’il peut avoir, des fois, le visage de quelqu’un qui se dit de gauche… et qui se présente comme une intellectuelle humaniste féministe antiraciste universaliste démocrate.
Cet incident, qui aurait pu servir de genèse pour un vrai débat sur le racisme en France à partir de deux perspectives différentes, n’a servi en réalité qu’à isoler Rokhaya Diallo; en effet, quand on est une minorité qui se refuse à suivre la ligne de l’antiracisme “officiel” comme SOS Racisme, l’establishment vous lâche. Ce n’était que le début de la chasse à la Rokhaya.

En 2011, suite à l’incendie des locaux de Charlie Hebdo, Rokhaya Diallo co-signe une tribune contre le soutien apporté au journal. Même si la démarche peut sembler choquante pour certains pour des raisons de “timing”, la tribune vise plus à donner un éclaircissement de la position des signataires vis à vis du contenu de Charlie Hebdo et son rôle dans un contexte de “débat sur l’identité nationale” qu’une apologie du terrorisme. Une fois de plus, seule Rokhaya Diallo est retenue, présentée souvent comme la seule co-signataire de la tribune. Chacun peut la consulter librement sur internet et, une fois de plus, si elle semble inappropriée parce qu’elle “tombe mal”, il faut quand même lire et tenir compte des raisons qui ont justifié la publication de cette tribune. Cet évènement, lui aussi, vient noircir le parcours de Rokhaya Diallo qui est désormais considérée, dans le grand inconscient, comme étant de connivence avec les intégristes, les fanatiques religieux et les terroristes qui mènent des opérations criminelles de ce genre.

Entre temps, il faut bien se l’avouer, Rokhaya Diallo est devenue une figure presque incontournable des médias. Ses apparitions sont très regardées et, n’en déplaise à ses détracteurs, elle est invitée à débattre face à des personnalités qui ne sont pas “faciles” et qui sont plus dans l’injure et le mépris que dans la discussion et l’argumentation. Elle collabore aussi à différentes publication, sur des thèmes très variés (racisme, négrophobie, islamophobie, prostitution, viol, droits civiques, etc…) ce qui permet à la fois de faire connaitre ses idées mais également de comprendre dans quel courant de pensée elle s’inscrit. Mais trop d’indépendance, tue l’indépendance et “ça finit par se payer”….

rokhaya-diallo-en-larmes-sur-rtl-face-600x315-1Après les problèmes de digestion de Caroline Fourest viennent les problèmes d’égo surdimensionnés d’Isabelle Alonso. En effet, fin 2013, en plein débat sur la pénalisation des clients des prostitué-e-s, Rokhaya Diallo et Morgane Merteuil (membre du Strass, le syndicat du travail sexuel) publient une tribune dans Libération. Leur constat est simple : si les débats féministes semblent se concentrer sur les femmes les moins privilégiées, il serait bon de laisser les premières concernées décider pour elles mêmes ce qui est bon pour elles plutôt que de choisir à leur place et contre elles en leur laissant la parole. Sauf que, Isabelle Alonso, elle, ne supporte pas cette simple idée. A son tour, elle publie un article sur son blog. Je pensais y trouver une réponse à cette tribune et j’ai trouvé… plus qu’une réponse. En fait, Isabelle Alonso prouve combien le fossé est grand entre les féministes de l’establishment et celles des minorités car, pour Isabelle Alonso, lorsque deux féministes demandent à ce que la parole des premières concernées soit écoutée, Isabelle Alonso comprend qu’il lui est demandé de se taire et de rester dans sa case… De même, lorsque deux femmes signent une tribune en tant que journaliste pour l’une et travailleuse du sexe pour l’autre, Isabelle Alonso s’adresse en retour à… une musulmane et une prostituée. Après avoir chouiné sur deux paragraphes insupportables à lire, elle ne peut s’empêcher de ramener le débat autour d’elle en demandant “Où suis-je donc allée chercher le droit de me considérer personnellement impliquée par le port du voile ou l’exercice de la prostitution, au point d’émettre une opinion sur les sujets, alors que je me balade cheveux au vent même quand il pleut et que je baise gratis pour peu qu’on m’invite à dîner (…) Non mais de quoi je me mêle! C’est vrai kouâ, merder!”. Oui, je sais, c’est d’un ridicule égocentrique mais c’est également la marque de fabrique de ce texte qui s’enfonce dans la victimisation lorsque son auteure écrit : ” Que Rokhaya et Morgane veuillent bien me fournir la liste des sujets sur lesquelles ma parole serait légitime car issue d’une pratique personnelle et d’une expérience concluante. Et tant qu’elles y sont, qu’elles participent à l’élaboration des épreuves d’obtention d’un CAP de la pensée, Certificat d’Aptitude Personnelle à ouvrir sa gueule, ramener sa fraise et émettre une opinion. Elles pourraient faire partie du jury, ça a l’air de cadrer avec leur vision de la démocratie.” Après avoir balancé une blague de beaufs sur le CAP et, par dessus le marché, traité Merteuil et Diallo d’anti démocrates, Isabelle Alonso montre que lorsque des avis dits “minoritaires” demandent à être entendus, pour elle, cela signifie qu’il lui a été demandé de se taire… ce qui est faux. Maintenant, qui peut avoir envie de débattre avec quelqu’un qui a décidé d’interpréter la tribune de Rokhaya comme une espèce d’affront et qui y répond par un article condescendant ? Qui peut avoir envie de débattre après avoir lu un article qui rabaisse des auteures sans même les citer (ou alors écorcher le prénom de Rokhaya avant de se reprendre… ah, décidément, ces noirs et leurs prénoms! Pouvaient pas s’appeler Roberta?!) ? Et cet article, sur le fond, que dit-il de la position d’Isabelle Alonso ? Du n’importe quoi car elle écrit qu’elle se sent “solidaire par chaque fibre de (son) être avec toutes les femmes atteintes personnellement”. Vraiment ? Solidaire au point de rebondir immédiatement à la seconde où des femmes font un constat largement partagé au sein du mouvement féministe, à savoir que certaines paroles sont niées, voir ignorées ? C’est ça la solidarité d’Isabelle Alonso : penser à la place de toutes les femmes quitte à enfermer les femmes qui ne pensent pas comme elle dans un statut d’anti démocrates communautaristes. Encore un exemple de paternalisme puant, tellement symptomatique de ce féminisme dominant qui se considère comme un club fermé où celle qui ne respecte pas la pensée dominante est accusée de tous les torts. C’est ce féministe soit disant “universaliste” qui met des fils barbelés entre les différentes écoles de pensées, se créant en réalité son propre univers, parfaitement épuré de toute pensée divergente. Chouette.

Les attentats qui ont coûté la vie à la majorité des membres de la rédaction de Charlie Hebdo ainsi qu’à deux policiers ont remis au goût du jour le texte signé par Rokhaya Diallo en 2011. Outre le fait qu’on a donné l’impression qu’il est apparu après les attentats du mois de Janvier 2015, il faut voir avec quelle force on a cherché à la rendre, bizarrement, de loin ou de près, responsable des attaques. Ainsi, Jeanette Bougrab, qui s’est présentée comme la compagne de Charb contre l’avis de la famille de ce dernier, est la première à désigner, indirectement, Rokhaya Diallo (à travers l’association Les Indivisibles et la cérémonie des Y’a Bon Awards) comme complice des attentats. En gros, si vous n’êtes pas Charlie, que vous ne l’avez jamais été, voir même que vous avez été critique vis à vis du journal, en particulier sur le traitement de l’Islam à travers les caricatures, et ben vous êtes accusée de complicité. J’ose une comparaison : lorsqu’une femme battue meure (et c’est malheureusement loin d’être un fait rarissime), accuse-t-on tous les masculinistes les plus endurcis de complicité de féminicide ? Non. Alors pourquoi établir des rapports de responsabilité alors qu’ils n’ont pas lieu d’exister ? Pourquoi Jeanette Bougrab cherche-t-elle à rendre responsables d’actes barbares des personnes qui n’ont jamais descendu la moindre personne ? N’est-ce pas là une façon de limiter toute critique sous prétexte qu’elle pourrait inspirer des carnages dans une rédaction ?
Toujours dans le contexte Charlie, Rokhaya Diallo est prise à part par Ivan Rioufol lors d’une émission de radio. Son crime ? Ne pas avoir crié haut et fort combien elle se désolidarisait des terroristes. Au nom de quoi ? De son identité de musulmane. En France, en 2015 et à une heure de grande écoute, en plein débat sur le terrorisme, le djihadisme et la liberté sous toutes ses formes, on demande à une journaliste, au simple motif qu’elle a la même religion que les tueurs, de se désolidariser… N’est-ce pas là une façon d’entretenir l’amalgame le plus abject ? N’est-ce pas là une façon des plus ignobles d’entretenir l’idée selon laquelle tous les musulmans sont identiques et donc responsables les uns des autres et donc qu’ils doivent agir collectivement et surtout qu’ils sont d’accord sur tout? N’est-ce pas là une marque évidente d’un amalgame qui laisse croire que tous les musulmans approuvent cette tuerie brutale et sont donc, sauf s’ils l’expriment, en approbation devant le terrorisme ? Immonde. Toutes les personnes qui ont écouté l’émission ont pu sentir la douleur et le chagrin de Rokhaya Diallo qui ont vibré jusqu’à notre coeur. Et cet épisode n’a fait que contribuer à l’isolement de Rokhaya Diallo qui se devait, quand même, de montrer patte blanche comme si, de fait, elle était une espèce de pom pom girl du terrorisme. Cela dit, à l’exception de certaines personnes présentes ce jour là comme Laurence Parisot, rares fût les réactions. Enfin, sauf Caroline Fourest, qui a tenu son mot à dire lors de sa chronique “Charlie & les Charlots” sur cet échange en déclarant : “Il y a ce petit con qui exige de cette petite conne de se désolidariser en tant que « musulmane », alors que c’est bien parce qu’elle est conne et non musulmane qu’elle vous a craché dessus depuis tant d’années.” Pour Fourest, Rokhaya Diallo reste une conne  quoiqu’elle fasse. Elle n’avait qu’à soutenir Charlie au lieu d’être critique, elle aussi, voyons. C’est ça la démocratie ? Tout le monde d’accord sinon celui qui pense différemment n’est qu’un con ?  Caroline Fourest, celle qui a littéralement perdu son sang froid (et à raison) en direct face à l’homophobe en chef Béatrice Bourges qui doutait de son agression, aimerait-elle qu’on se serve de cet échange pour en profiter pour la traiter de conne et donc, implicitement, valider les remarques de Bourges ?
Libre à chacun d’aimer ou de ne pas aimer Charlie Hebdo, mais de là à parler de liberté pour, dans le même temps, ostraciser ceux qui ne sont pas Charlie, c’est vicieux… mais tellement inattendu de la part de l’establishment et de son mode de fonctionnement.

Tous ces éléments ont planté le décor pour Rokhaya Diallo qui ne sera plus considérée comme la gentille journaliste féministe antiraciste qu’elle est. Même s’il semble intéressant de voir qu’elle est, à présent, plus qu’une femme noire dans les médias, il est désolant de voir que parce qu’elle n’est pas LEUR noire à eux – les masses dirigeantes – elle ne peut pas être des leurs et donc bénéficier du respect total qui est accordé à toute personne racisée qui se plie à cet espèce d’assimilationisme de la pensée. Lorsque Rokhaya Diallo a partagé, sur Twitter, une vidéo opposant Nacira Guénif à Claude Askolovitch, ce dernier l’a très mal prit, au point de l’accuser de “faire commerce du malheur des autres”… le comble de l’ironie quand on sait que celui qui fait commerce de l’islamophobie que vivent les musulmans, n’est pas du tout concerné par le problème. Mais peu importe : Rokhaya Diallo se rebelle, le dominant s’énerve alors que tout allait bien auparavant et cela semble faire le bonheur de l’extrême droite. Diviser pour mieux régner…

Ainsi, la réputation de Rokhaya Diallo est faite. Parce qu’elle n’est pas “d’en haut” et ne suit pas les ordres et les chemins tout tracés, elle est l’ennemie. C’est ce qui motivera son bannissement de la semaine pour l’égalité homme-femme en Mars 2015 par la maire socialiste du 20ème arrondissement de Paris. Pourquoi ? A cause de sa position sur Charlie Hebdo et du prix satirique attribué à Caroline Fourest. Par ailleurs, la maire, Mme Calandra, ira plus loin en sous-entendant que Rokhaya Diallo serait l’alliée de Ben Laden lorsque , sur le sujet des troupes militaires en Afghanistan, elle aurait soutenu le leader d’Al Qaeda sur RTL… Waw, Rokhaya Diallo en combattante islamiste, on n’y avait jamais pensé. En réalité, voici ce Rokhaya Diallo a dit : “ce que vous dites, c’est que maintenant que Ben Laden nous a menacé en nous demandant de retirer les troupes, il n’est plus question de le faire, et je trouve que c’est absolument anormal de raisonner comme ça. On aurait dû les retirer. On aurait dû les retirer de puis bien longtemps, et le fait que Ben Laden se prononce ou pas dessus ne doit avoir absolument aucune incidence sur notre position “. Difficile d’y voir une quelconque apologie du terrorisme mais quand on n’aime pas Diallo, on chercher à la discréditer alors qu’au final, elle ne fait que dire qu’il aurait fallu retirer les troupes d’Afghanistan, que cela plaise à Ben Laden ou pas. Mais quand on s’est embarqué dans une campagne de diabolisation, on a aucune honte à tronquer des citations, à créer des contresens, à voir dans une position idéologique autre chose tant que ça peut contribuer à salir un opposant, on y va! Et le pire, c’est que cela ne s’arrête pas là puisque Calandra proposera un débat à Diallo en déclarant, après avoir dit qu’elle était “faite pour le féminisme comme moi pour être archevêque” : «Si un jour Mme Diallo veut débattre, pas de problème, je la défoncerai !». Trop la classe. Où sont les féministes ? Elles soutiennent Calandra. Est-ce que quelqu’un veut expliquer à la dame que dire qui est faite pour le féminisme et qui ne l’est pas est une démarche anti-féministe ? Est-ce que quelqu’un peut expliquer à une socialiste qui veut organiser un débat sur les violences faites aux femmes que dire “je la défoncerai”, en plus d’être une menace, ça la fout super mal ? Personne pour demander aux féministes de se désolidariser de cette dame ? Aux femmes blanches du XXème arrondissement ? A touts les Frédérique du monde ? A toute la famille Calandra ? Allo, y’a quelqu’un…??? Peu importe : le mal est fait. Et ce mal est resté impuni parce que c’est celui des privilégié-e-s de l’establishment, de celles qui ont le pouvoir sur les minorités et qui, de ce fait, peuvent bannir en se fondant sur des ragots et en invoquant des motifs hors sujet, la parole de quelqu’un en osant se proclamer “Charlie” et donc pour la liberté d’expression. Dans la même foulée, lors de la promotion de son livre consacré au racisme, on lui reprochera une interview jugée complaisante de Dieudonné, ennemi de l’establishment (et à raison, étant donné ce qu’il est devenu…) tout en ne trouvant rien à redire sur son interview tout aussi “complaisante” de Christine Boutin qui a des idées tout aussi condamnables. Mais bon, quand le coupable est désigné, pourquoi l’écouter ?

Alors, au final, on comprend bien que Rokhaya Diallo fait partie de ces ennemi-e-s de l’intérieur qu’il faut neutraliser mais sans jamais le dire. Par conséquent, on continue la campagne de diabolisation par association : impossible de parler d’elle sans parler de l’appel qui a été signé contre le soutien à Charlie Hebdo, impossible de parler d’elle sans lui faire comprendre qu’elle défend un antiracisme “incongru” (“Dire à quelqu’un tu es espagnole, ça tombe bien, j’adore la Paëlla, c’est raciste ? Ah bon ?!” s’étonne Anne Elizbeth Lemoine sur le plateau de C à Vous, c’est vous dire le fossé…), impossible de parler d’elle sans mentionner le vilain prix remis à Caroline Fourest, ect… Aucune chance de “se faire son opinion” n’est donnée à la personne qui découvre Rokhaya Diallo lorsqu’elle apparait car elle lui a tout de suite été présentée comme étant “dans le mauvais camp”. Et à force de répéter cela 1000 fois, au final, ça s’inscrit dans l’esprit et ça s’estompe que très difficilement. J’en ai pour preuve le portrait qui lui a été consacré dans le Supplément où le mot “voile” a été prononcé 7 fois en 4 minutes comme si l’engagement féministe de Diallo se limitait à cela alors qu’on a jamais parlé de ses positions sur le nappy, le viol, etc… On l’invite pour parler de son livre mais on rappelle quand même au téléspectateur “naïf” qu’elle a beau ne pas être membre des indigènes de la République, elle a quand même à peu près la même position qu’eux sur certains sujets. J’attends toujours qu’on fasse la même chose avec d’autres invités, cette fois bien mieux placés en France sur l’échelle du pouvoir et de la domination mais vu qu’on sait avec qui jouer les chiens de garde, je doute que cela arrive.

Au final, il est quand même extrêmement difficile de ne pas voir dans “le cas Rokhaya Diallo” tout ce qui nuit à la “République”, à savoir cette impossibilité de décoloniser son esprit et son rapport aux minorités émergentes. Il faut, non pas concéder, mais largement accepter et encourager l’idée que les opinions de ceux qu’on nomme “les autres” doivent exister dans la discussion. Sauf si l’on craint qu’elles soient trop subversives et qu’elles menacent les privilèges des décideurs. Je vais me risquer à une analogie en parlant des anti-mariage pour tous : a-t-on eu raison de laisser parler Béatrice Bourges, Ludivine De La Rochelle, Frigide Barjot et Christine Boutin ? Sans hésiter, oui. Pourquoi ? Parce qu’on a pu connaitre leur position, l’étudier, la décortiquer, la critiquer et expliquer ce qui nous opposait. A-t-on connu une guerre civile ou créé deux France ? Non. Parce qu’on a discuté, justement. Et à celles et ceux qui redoutent tant l’affrontement, n’ayez crainte : Nadiaa Geerts et Caroline De Haas sont toujours en vie depuis qu’elles ont débattu avec Rokhaya Diallo! Vous pouvez donc, soit continuer à “défoncer” sur le papier ou sur vos antennes, soit discuter sainement en face à face mais, la lâcheté étant la caractéristique principale de beaucoup de monde, je doute qu’un débat ait lieu de sitôt…

2 réflexions au sujet de « Quand Rokhaya Dit allo… »

  1. Elsa R.

    Merci pour cet article qui résume vraiment bien le traitement nauséabond réservé à Rokhaya Diallo par les médias. Et en tant que citoyenne, lorsque l’on se reconnaît dans les prises de position de Rokhaya Diallo et que l’on constate la diabolisation générale mise en oeuvre vis à vis de sa personne, on ne peut que se sentir oppressée.

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