Archives mensuelles : juillet 2015

Féminisme blanc : le mépris de Lou Doillon

Ca a commencé par une entrevue accordée par la chanteuse vaguement célèbre Lou Doillon au quotidien espagnol El Pais dans laquelle la fille de sa mère s’est exprimée sur le féminisme et ses nouvelles icônes (Beyoncé, Nicki Minaj, etc…).  A une époque où les actrices semblent plus capter l’attention par leur capacité à récupérer leur silhouette de rêve – diktat de la minceur oblige – quelques semaines après la naissance de leur enfant, savoir qu’une comédienne a une opinion pertinente sur le féminisme pourrait sembler rafraichissant. Sauf que dans ses propos, Lou Doillon prouve à quel point le mépris des les femmes blanches vis à vis des femmes noires est flagrant.

Féminisme blanc: Entre culpabilisations et injonctions

Lou Doillon : Chanteuse méconnue

Lou Doillon : Chanteuse méconnue

Avant de s’en prendre directement à Beyoncé et à Nicki Minaj, Lou Doillon se gargarise en se vantant de faire partie de la première génération de femmes en mesure « de jeter un mec à la rue, de dispo­ser de son propre salaire, d’avoir une maison à son nom et de pouvoir élever seule son fils ». Ok, donc ça, c’était le passage “je fais la promo de ma réussite, regardez combien j’ai cartonné”, presque incontournable dans la vie de toute artiste dont le talent et le succès restent à prouver car quand on est jamais félicitée, autant se féliciter soit même. Ca va les chevilles ? Les femmes qui subissent des violences conjugales et qui ne jettent pas leur mec à la rue, sans disposer d’un salaire, tout en élevant leur gosse dans une maison à leur nom ont de quoi complexer. Elles avaient qu’à faire comme Lou Doillon, bon sang! venant de la part d’une bourgeoise qui ne doit ses réussites qu’à son entourage familial, cette déclaration fait sourire. Belle essentialisation. Passons. « Quand je vois Nicki Minaj et Kim Kardashian, je suis scan­da­li­séeJe me dis que ma grand-mère s’est battue pour autre chose que le droit de porter un string. » Sapristi ! Quelqu’un a osé trahir le combat de nos aînées! Bien que j’ignore tout des “combats” d’une nunuche en chef comme Kim Kardashian, il ne me semble pas que Nicki Minaj se soit présentée comme militante pour le port du string. Par contre, sans trop m’avancer, je peux dire que la génération de femmes “qui se sont battues” et dont doit faire partie la grand mère de Lou Doillon, sont surtout des femmes qui se sont battues pour “avoir le choix”. A moins qu’une chanteuse blanche inconnue au rayon des féministes pense avoir le droit de juger les choix des unes et des autres ? Prochaine étape : distribution de bons points féministes par le juge Doillon ?! Notez bien que pour une féministe blanche, lorsqu’on “sort du rang”, c’est toujours considéré comme une trahison à une lutte mais quand elles font des choix “traditionnellement patriarcaux” comme devenir mère ou se marier, ce sont toujours des libertés individuelles fondamentales.

Mais Lou Doillon ne s’arrête pas là. D’après elle, des chanteuses comme Béyoncé trahissent le féminisme dans la mesure où “comme les garçons ne nous frappent plus le cul, on le fait nous-mêmes. Comme plus personne ne nous traite de “chienne”, on se le dit entre nous”. Peut être que dans le monde de Lou Doillon, celui où Jane Birkin a donné son nom à un sac Hermès hors de prix et où on ne prend jamais le métro, tout va bien, mais dans le reste du monde, il me semble qu’on traite encore de “chienne” et qu’on tape encore sur le cul des femmes et même ailleurs à tel point qu’une femme décède tous les trois jours en France à la suite des coups reçus par son compagnon. Ces femmes là n’étant pas issues du très restreint cercle d’amies de Lou Doillon, j’imagine que leur triste sort n’a pas dû arriver à ses oreilles, ni réussi à l’émouvoir.

LouDoillonNickiMinajBeyoncé

Les 2 nouvelles idoles de Lou Doillon

Quand je vois Beyoncé chan­ter nue sous la douche en suppliant son copain de la prendre, je me dis : “On assiste à une catas­trophe”. Et en plus, on me dit que je n’ai rien compris, que c’est vrai­ment une fémi­niste parce que dans ses concerts, un écran énorme le dit. Mais c’est dange­reux de croire que c’est cool. » Bon. Je vais le dire également à Lou Doillon : vous n’avez rien compris. Béyoncé n’est pas féministe parce qu’elle affiche le mot “FEMINIST” partout mais parce que, et cela peu importe votre position de féministe, elle s’est appropriée cette identité. Des Destiny’s Child à aujourd’hui, la musique de Béyoncé a toujours été truffée de messages qui promeuvent l’empowerment des femmes si ce n’est le féminisme. Un peu de sexualité, de sensualité vous gênent ? Soit. Mais pourquoi avoir attendu Nicki Minaj et Béyoncé ? Où était Lou Doillon lorsque Cher dansait en string sur un bateau ou dans le clip de If I Could Turn Back Time, devenant la première chanteuse censurée par MTV dans les années 80 ? Où était-elle quand Madonna sortait Erotica, l’album le plus sulfureux des années 90, avec clips ultra érotiques et un livre sobrement intitulé SEX dans lequel elle explorait ses fantasmes? Où était-elle lorsque Britney Spears chantait vouloir être l’esclave sexuelle de son amant dans Slave For You dans une tenue des plus érotiques? Où était-elle lorsque Christina Aguilera dansait, le corps huilé, dans le clip de Dirrty, fesses à l’air, avant de recevoir une fessée de Redman ? Où était-elle lorsque Iggy Azalea dansait lascivement en mini-short dans le clip de Work? Plus récemment, où peut-on l’entendre s’exprimer sur les récentes frasques d’une Miley Cyrus qui s’affiche nue dans ses clips et va jusqu’à crier en plein concert “mange ma chatte” ? Non, pour Doillon, les seules paumées sont des noires. Elles seraient frappées par le “syndrome de Stockholm”. Merci pour l’analyse, Dr Doillon.

De l’importance de bien connaitre le sujet et d’être cohérente

Certes, Lou Doillon n’est pas une figure moderne du féminisme. Je doute qu’elle ait jamais soutenu un mouvement féministe, sachant qu’elle fait partie de cette classe qui n’a jamais réellement eu à militer. La lutte, c’est pour les pauvres. Chez les privilégié-e-s, quand on lutte, c’est pour conserver des acquis, le reste du temps, on se gargarise et on cogne sur les assisté-e-s. Peu importe que Béyoncé et compagnie aient du talent mais il faudrait que ces femmes qui se reconnaissent dans “l’analyse” Doillon comprennent une bonne fois pour toutes que toutes les trajectoires ne sont pas identiques, que certaines femmes, les plus noires et les plus faibles, ne sont pas toutes nées dans le confort du 16ème arrondissement.   Quand bien même elles seraient riches, elles ne sont pas nées dans une société où leur sexualité, où leur féminité et où leur beauté est “la norme”. Ces femmes évoluent dans un monde où leur physique n’a jamais été “validé” par l’establishment, n’a jamais été mis à l’honneur ou valorisé. Et venant de la part d’une femme qui représente à 100% l’idéal féminin de l’establishment, à savoir “blanche, mince, jeune, fertile & riche”, la remarque est assez déplacée. Pour la culture personnelle de Doillon, il faudrait également rappeler que Béyoncé & Nicki Minaj encouragent régulièrement leurs jeunes fans à se battre pour leur indépendance et leur avenir et que même si cela semble être un féminisme de façade, c’est un message qui sera entendu et compris par beaucoup plus de personnes qui daigneront acheter ou écouter un CD de Lou Doillon.

Les propos rapportés n’émanent pas que d’une bourgeoise blanche des beaux quartiers. Ils émanent d’une chanteuse qui ne s’est jamais gênée pour afficher sa nudité sans que qui que ce soit se sente obligé de commenter son “geste”. En effet, Lou Doillon a posé nu pour un magazine, et non des moindres, puisqu’il s’agissait de Playboy. Elle est également apparue nue dans une publicité pour Givenchy. Et ça prend des airs indignés pour parler des autres? Allez j’ose une question pudique : existe-t-il une nudité plus acceptable qu’une autre ? Je vais plus loin : la nudité blanche est-elle plus acceptable que la nudité noire ? Pire encore : la nudité noire gêne-t-elle Lou Doillon parce qu’elle lui parait, au fond, comme… impure parce qu’elle échappe aux codes de beauté blanche? A méditer. En tout cas, critiquer chez les autres ce qu’on fait soi-même, c’est l’arme des puissants qui ne connaissent jamais la honte car ils ne reconnaissent jamais leurs incohérences ou leur erreurs.

En conclusion, bonne chance à ces féministes ou critiques des autres féministes qui devraient comprendre, depuis le temps qu’on leur rabâche, qu’il existe des féminismes et que toutes les femmes ne viennent pas du même endroit, en terme de vécu et de moyens. Vous voulez lutter contre le patriarcat au point d’établir un nouveau patriarcat mais contre les femmes qui ont le tort de ne pas se reconnaitre dans votre féminisme bourgeois (même quand il se veut de gauche) car il n’arrive pas à s’affranchir de son racisme. En témoigne le dernier “coup” tordu de Pauline Arrighi, porte parole de l’association Osez le Féminisme, qui ose un parallèle des plus ignobles entre les luttes des noir-e-s et… les personnes athées, comme si ces dernières avaient vécu quelque chose de comparable à la traite négrière, aux déportations, aux génocides, à la Françafrique, aux luttes sociales et à tout ce que les noir-e-s ont vécu et continuent de vivre et pas qu’aux USA. (EDIT DU 15/05 : ayant reçu un message sur Twitter de cette dernière me demandant de retirer la dite photo, elle a donc été retirée. Je vous laisse juges de ce type de réactions.) Féministes blanches, par pitié, cessez de parler “au nom de” et “à la place de” surtout quand ça trahit une ignorance que vous ne reconnaitrez jamais parce que l’idée de ne pas détenir les clés du féminisme vous horripile. Cessez de vous afficher en tant que gardiennes du temple du féminisme, surtout lorsque vous pratiquez un féminisme qui n’éprouve aucune honte à afficher une condescendance raciste et de classe. Laissez aux femmes qui ont leur propre histoire choisir leur propre destin mais surtout… N’oubliez pas qu’à force de vouloir confisquer la parole, vous n’allez faire qu’amplifier des voix que vous refusiez d’entendre. Ca fera du bruit… pour le bien de toutes.

Un voile de haine, de bêtise et d’ignorance au nom du féminisme

Aujourd’hui, à Paris, s’est tenue la deuxième manifestation contre le foulard sobrement intitulée “journée sans voile”. Un tel non évènement devrait faire sourire. En effet, on ne peut que rire en imaginant des femmes, musulmanes ou non, mais surtout non voilées venues manifester contre le port du voile. Personnellement, cela me fait le même effet que d’imaginer des végétariens se réunissant pour clamer haut et fort leur refus de la viande ou des personnes non tatouées rassemblées autour du dicton “Tatouage = aliénation”. Absolument ridicule. Oui, en 2015, la folie du militantisme anti-foulard, quand elle ne touche pas des journalistes qui disent absolument n’importe quoi, est arrivée au stade du triste spectacle où se mêlent des personnalités très controversés, des slogans simplistes et… non, c’est à peu près tout.

On a compris. On le sait maintenant : l’ennemi est intérieur, il y a une cinquième colonne islamiste en France, les hommes musulmans sont tous des barbares qui s’ignorent, l’obscurantisme a gagné, les femmes voilées sont le cheval de troie du fondamentalisme islamiste, ect… On connait par coeur ce slogan féministe du début des années 2000, cette chanson devenue un tube, reprise comme dans un restaurant karaoké, par toutes les bouches, qu’elles soient sincèrement féministes ou féministes “de circonstance”. Après tout, pourquoi s’interdire de  s’approprier un langage féministe tant qu’il exclue des musulmanes, méprise des musulmans et permet surtout de lyncher l’Islam ? On a compris! Mais les initiatrices de ce pathétique projet, elles, ne comprennent toujours pas ce qui se joue dans cette affaire et leurs maladresses en sont la preuve.

Le féminisme sans voile… Ehmmmmm!

Elles ont lancé leur projet sur Facebook. Elles, ce sont les trois protagonistes qui sont, pour 2 tiers, de culture musulmane. Elles prétendent s’adresser aux neo-communataristes, ce groupe flou dont j’ai parlé, qui n’est souvent défini comme tel que par l’extérieur. Tiens, tiens : trois femmes, majoritairement musulmanes, issues de la banlieue, qui se constituent dans un mouvement avec des  revendications politiques et qui finissent par taxer les autres de communautarisme… Cherchez la logique! Leur appel au rassemblement aurait pu servir de pièce clé à une réflexion sur la question du voile, maintes et maintes fois débattue, généralement en l’absence des principales concernées, si cet appel n’était pas un espèce de tract de propagande mal articulé. Premièrement, je remarque qu’elles ne savent pas à qui s’adresser. Elles ont juste “Marre de votre indifférence, de votre connivence, de votre condescendance !!!”. Le “votre” se rapporte à un “vous” qui n’est jamais clairement identifié. C’est le “vous” des “néocommunautaristes” dont le nom n’est jamais cité.   Degré zéro du courage. Passons. Comme dans tous les textes de propagande, ça affole le lecteur; en effet, ça parle de “nos sœurs en Terres d’Islam qui, elles, n’ont d’autre choix que de s’affubler de burqa ou de niqab” ( l’argument classique de la solidarité féminine musulmane, généralement en deuxième position entre  l’égyptienne excisée et l’Afghane mariée de force) mais également de ” jeunes filles, qui par leur refus de se voiler, l’ont parfois payé de leur vie”. Sortez les mouchoirs mais ne leur demandez surtout pas de quelles terres d’islam elles parlent ou la moindre source : au royaume des anti-voiles énervées, l’anecdote vaut l’argument et plus l’anecdote est larmoyante, mieux elle passe. Aucun commentaire à faire ! Comme dans tous les textes de propagande, on parle pour ne rien dire. C’est le cas, lorsqu’il est écrit : “vous nous livrez au patriarcat le plus implacable de notre temps. Vous faites abstraction de la dangerosité de l’islam radical et refusez de voir la réalité économique et sociale de leur propagande. Vous refusez d’entendre leurs objectifs proclamés pourtant haut et fort.”. Là, une question me traverse l’esprit. De quoi parlez-vous ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire de réalité économique et sociale de leur propagande ? Qu’est-ce que ça signifie ? Quels objectifs ? De la part de qui en particulier ? Pardonnez mes questions naïves mais j’aimerais réellement comprendre car, idéalement, quand on est victime d’une pression fondée sur des stéréotypes, il me semble contre productif de reproduire des stéréotypes… Comme dans tous les textes de propagandes, ça s’emmêle les pinceaux. Jugez-en par vous même : ces femmes s’inscrivent dans la lignée de ce féminisme à 2 euros qui dénonce ce qu’il…. finit par faire, c’est à dire amalgamer,  lorsqu’elles déclarent “Vous assimilez à une minorité islamiste l’ensemble des musulmans qui pratiquent paisiblement leur religion. Par cet amalgame, vous instrumentalisez cette majorité pour accréditer le fanatisme” ! En gros, le “vous” flou (car on ne sait toujours pas à qui elles s’adressent), commet un amalgame dégueulasse qu’elles commettent à leur tour sans voir une seule seconde leur énorme incohérence. Allez comprendre… Pour finir, comme dans tous les textes de propagande, ça ment à fond. Petit florilège du collectif des femmes pinocchio : “Vous offrez complaisamment vos médias aux femmes voilées qui proclament leur choix”, “vous négligez l’embrigadement dont une majorité est victime, comme vous refusez de voir la complicité active d’une minorité d’entre elles”, “vous méprisez le combat des femmes de culture musulmane de nombreux pays qui se sont affranchies du voile au nom de la liberté, de l’égalité et de la dignité”, “vous détournez l’Histoire pour cautionner le voile qui n’est réapparu en nombre croissant qu’avec l’islamisme politique.”. Oui, ces femmes ne connaissent pas la honte. Mais elles finissent quand même leur tirade, bientôt mythique, par une question : “Qui tire profit du retour en force du voile ?”. Et là, j’ai envie de répondre, chères féministes de pacotille, que s’il est difficile de répondre clairement à cette question étant donné sa complexité qui change d’un contexte géopolitique à un autre, qu’il est juste certain qu’il bénéficie plus à des hommes politiques en pleine panne créative et qui ne peuvent plus répondre aux défis économiques du monde actuel qu’à n’importe quelle âme “d’en bas”.

Capture d’écran 2015-07-11 à 00.35.55Je suis, pour ma part, fatigué du débat sur le port du voile. Fatigué de cette obsession n’est pas saine parce qu’elle marginalise celles dont on pense qu’il est notre devoir de sauver alors qu’elles n’ont rien demandé. De même que je suis fatigué de ces féministes de circonstance qui servent à légitimer l’islamophobie la plus flagrante en tant que “racisme qui flotte dans l’air” et racisme d’état. Oui, nous savons que certaines des “plaignantes” sont d’origine arabe et alors ? C’est la même chose que NPNS mais en pire car cette fois le soutien est presque unanime. Maintenant, existe-t-il des femmes forcées de se voiler ? Absolument. Faut-il lutter pour leur liberté ? Oui. Sauf que ce type d’initiative, outre le fait d’être construit sur un ramassis d’incohérences, de contre-vérités et d’anecdotes embarrasse plus qu’autre chose. Catholiques fervents ou non, vous étiez embarrassés par la manif pour tous ? Ne vous en faites pas : d’autres ont repris les mêmes méthodes pour une initiative tout aussi débile. Si le voile est largement considéré par le féminisme français comme l’aliénation par excellence, alors presque tout est aliénation. Formons un collectif des femmes sans string, des femmes sans épilation, des femmes sans jupe, des femmes sans mari, des femmes sans talons, des femmes sans enfants, des femmes sans tatouage, des femmes sans opération de chirurgie esthétique, des femmes sans rente, des femmes sans grain de beauté, des femmes sans cheveux blancs ou carrément sans cheveux tout court! Sérieusement, où va-t-on ? Et surtout, vous qui êtes des femmes dites “expérimentées”, ne trouvez-vous pas abject de vouloir inspirer une loi pour interdire le voile aux mineures ? Vous qui scandez des slogans à la hauteur de votre idiotie tels que “Voile = Obscurantisme”, vous ne trouvez pas, sur le plan intellectuel, que c’est une arnaque lamentable que de faire croire que la suppression du voile entrainerait de facto la disparition de l’obscurantisme ? Vous ne trouvez pas obscurantiste d’interdire formellement un choix libre, sans prendre en compte que les femmes sont toutes différentes, toutes avec leur propre parcours d’émancipation ? Allez faire un tour du côté de régions du monde où le voile est presque absent du paysage pour voir que l’obscurantisme ne discrimine ni race, ni religion, ni société.

Je ne pourrais jamais comprendre ou approuver des hommes qui se donnent le droit de forcer une femme, qu’elle soit de leur entourage ou non, à se voiler. De même que je réprouve totalement les pays qui forcent les femmes à se voiler mais aussi les compétitions de sport qui forcent les femmes à porter des jupes. Chaque femme, qu’elle soit musulmane ou non, doit avoir le droit de disposer de son corps. C’est leur corps et donc leur décision. Sauf que vous, vous avez décidé de faire du petit féminisme de café; ça vient interrompre Edwy Plenel en plein débat, ça ne s’intéresse qu’aux questions qui concernent de loin ou de près l’islam comme si le reste du combat féministe était acquis… En tout cas, bravo à vous car en récupérant ce thème qui est devenu presque autant incontournable que celui de l’IVG, vous vous préparez à une petite percée médiatique. Et pour preuve : vous avez déjà le soutien de  La Ligue du droit international des femmes, Mohamed Sifaoui, Libres MarianneS, Ni putes ni soumises, Zineb El Rhazoui et de l’ufal (Union des familles laïques). On a les amis qu’on mérite… En attendant, les victimes dans l’histoire, ce sont ces femmes voilées qu’on s’autorise à agresser sans qu’aucune d’entre vous ne se solidarise au nom de ce féminisme universaliste qui place des barbelés entre vous et chaque femme qui ose porter ce voile que vous accusez de tous les maux.

D’ailleurs, en parlant d’universalisme, pourriez-vous lâcher les baskets aux “femmes arabes” ? Vous qui êtes françaises tout autant que n’importe quelle française, pourriez-vous expliquer cet éternel comparatif avec ces femmes que vous ne connaissez pas ? Pourriez-vous m’expliquer pourquoi les musulmanes françaises ne devraient pas se voiler au nom d’autres musulmanes, celles que vous adorez, celles qui vivent en Iran ou en Arabie Saoudites, parce qu’elles sont forcées à porter le voile ? Pourquoi, vous qui en avez marre (et à raison) qu’on vous ramène à vos origines, à cette catégorie de “française issue de l’immigration”, vous considérez qu’une musulmane française doit effectuer des choix en fonction de ceux que d’autres musulmanes vivent au quotidien dans une contrée lointaine tandis qu’une française “de souche” et non musulmane n’a jamais à effectuer de comparatif? Vous parlez d’intégration mais vous n’avez aucun mal à vous désintégrer du sol français pour faire passer vos idées. Tout comme vous n’avez aucun mal à taper sur les femmes voilées que vous faites passer pour des complices de l’intégrisme. L’idée du fervent catholique que l’on comparerait à Civitas ferait dresser les cheveux de n’importe quelle personne mais l’amalgame “femme voilée= terroriste” ne vous pose aucun problème. Vous en avez marre de l’irrespect fait aux musulmanes non voilées ? Je comprends. Mais ne vous en prenez pas à la voilée, affrontez la source de l’irrespect! C’est comme blâmer des femmes qui entretiennent leur silhouette au lieu de vous attaquer à l’injonction permanente d’être “belle” ou aux industries qui fixent des normes absolument délirantes.

Pour conclure, merci aux idiotes utiles du racisme de la manif sans voile. Je ne peux résister à la tentation de vous proposer quand même, d’éclaircir un peu vos positions, en commençant par clairement identifier les “néocommunautaristes” à qui vous vous en prenez. La réflexion devrait vous mener à comprendre que le “communautarisme” est non seulement vu et conçu de l’extérieur mais surtout jamais par ceux et celles qu’il vise. J’aimerais également vous présenter à des féministes arabes qui auront forcément grâce à vos yeux car non voilées et qui vous diront l’embarras dans lequel elles se trouvent et la paralysie de leurs luttes quand d’autres ailleurs, sous couvert d’universalisme et de solidarité, verrouillent leurs projets. Et à toutes celles qui parlent de culpabilité, de laïcité et autres thèmes chocs très à la mode dans le contexte actuel, vous êtes grillées : on sait pertinemment que votre grandiloquence ne cache en réalité qu’une haine épidermique du voile qui est probablement lié à ce racisme respectable qu’est devenue l’islamophobie.

En attendant, je vous laisse à vos débats grotesques. En hommage à vous, j’appelle à un rassemblement du collectif des “salariés sans vacances” à Paris prochainement en présence de salariés qui ont fait le choix de ne pas partir en vacances mais qui demandent donc l’interdiction des vacances pour… ceux qui partent en vacances. Probablement parce que le ridicule ne tue pas mais lance des carrières.

Ils viennent de découvrir ce que c’est que d’être noir-e, chez libé !

Avec la diffusion de “Trop Noire pour être française?” sur Arte, la rédac’ blanche de chez Libé vient de faire la découverte du siècle. Non, chez libé, quand on ne dénigre pas le vote de la Grèce qu’on rapproche sans honte du FN juste pour mieux vomir la décision d’un peuple, on découvre les noir-e-s ! Vous pensiez que l’abolition de l’esclavage, que les (peu nombreux) débats sur la colonisation et la traite négrière, les élections d’Obama, l’attentat de Charleston et les émeutes de Ferguson & Baltimore avaient éduqué Libé sur la question noire? Vous êtes d’une naïveté, pauvres amis! Bien entendu, chez Libé, pour parler de noirs, on est blanc. On est des “non basanés”, des “non recalés du corps traditionnel français”, des “sans commentaire”, des exclus du marché juteux du racisme, des chanceux (ou chanceuses) qui ne connaissent pas le bonheur de vivre une vie dans laquelle on vous demande assez souvent d’où vous venez puis d’où vous venez “à la base, quoi” vu que “je suis français-e” ne suffit jamais comme réponse. Mais bon, après, on parlera d’intégration, oubliant que c’est à ceux qui ne voient la francité qu’à travers la blanchité de faire le travail…

Ainsi, Libé découvre les noir-e-s et s’intéresse, à l’occasion d’un documentaire, à cette problématique. Un appel aux témoignages a été lancé… et j’en ai ri. Comme si les témoignages étaient rares au point de nécessiter une telle mobilisation. Comme si “nous” n’en parlions pas assez. Comme si Rokhaya Diallo, Amandine Gay ou même le collectif Mwasi n’existaient pas mais bon, souvenons-nous que Libé est un journal pro-establishment qui doit forcément considérer les sources citées précédemment comme étant de mauvaise qualité… parce qu’elle ne sont pas blanches et donc n’ont pas de caution intellectuelle ? Je n’ose le croire… Mais Libé est un journal où travaillent de grandes intellectuelles comme Elsa Maudet qui, grosse surprise, vient de découvrir qu’un hastag comme #TuSaisQueTesNoirEnFranceQuand est l’occasion pour le racisme le plus décomplexé de s’exprimer sans la moindre retenue. Passé ce constat, l’article de Maudet laisse place aux témoignages, 100 fois lus et entendus mais qui, pour des oreilles et des yeux blancs doivent ruisseler de subversion! Du jamais vu au pays des ignorants.

La

La niaiserie antiraciste…

S’ensuit une interview de la réalisatrice du documentaire «Trop noire pour être Française ?», Isabelle Boni-Claverie, toujours par Elsa Maudet et dont les questions trahissent sa candeur. En effet, non seulement, les questions posées dans l’entretien sont aussi basiques qu’un formulaire d’entrée sur le sol canadien mais surtout… on évite les questions qui sont trop subversives (pour libé ?).  Maudet apprend de la bouche de la réalisatrice que «si les stéréotypes perdurent, c’est qu’ils ont une utilité sociale» et demande laquelle (!). Je n’ose croire que c’est la méconnaissance d’un sujet aussi complexe ou tout simplement l’ignorance qui nécessite un complément d’informations. C’est ici vous dire le fossé qu’il y a entre ces gens comme Elsa Maudet, blancs, non racistes (sans être antiracistes non plus) avec leur vie bien propre qui n’ont pas à souffrir du moindre stéréotype qui soit handicapant pour eux ou elles et la vie des autres qui est souvent faite de galères et de stigmatisation. Cette simple question et toute la naïveté qui en découle prouve combien les non concerné-e-s par les oppressions racistes mais qui se veulent souvent être les plus mobilisé-e-s au nom d’un certain humanisme propre à leur “rang” sont à des lieux de s’imaginer la dure réalité de l’existence noire. Pour ces gens là, le racisme, c’est brutal, caricatural et ça a les traits d’un Lepéniste en puissance ou d’un skinhead et rien d’autre. On nie au passage que le racisme est un système d’une perversité inouïe et qu’il traverse la société puisqu’il est tout simplement structurel. On nie également que le racisme, de gauche à droite, tend à conforter les majorités dans leurs position dominantes sur le dos de minorités et que le discours ambiant a tellement bien prit que même nos plus grands anti-racistes blancs… finissent des fois par faire preuve de racisme à leur tour ! Le racisme, c’est pas juste le cortège du FN, ce sont également et surtout, le refus de décoloniser son esprit, le refus de prendre conscience de la pleine humanité d’une personne de couleur en la renvoyant systématiquement à ses origines comme on renvoie systématiquement les femmes à leur féminité (ou l’idée qu’on se fait de la féminité) pour leur éviter d’exister autrement. Mais ça, Elsa Maudet n’en parlera jamais.

Une interview qui traite du racisme anti-noir. Ok. Mais éviter les contextes historiques, les questions liées à l’héritage colonial et les luttes de ces cinquante dernières années, c’est ce qui s’appelle une faute de débutante… C’est comme parler des conflits qui perdurent actuellement en Irak et en Syrie sans jamais faire référence à leur contexte mais également à ce qui les a précédé. De ce fait, l’article d’Elsa Maudet, par sa simplicité et sa naïveté s’inscrit dans la lignée de cette culture cruche de l’antiracisme niais, tellement estampillé “Parti Socialiste”, tellement estampillé “S.O.S Racisme”, qui ne remet jamais en question ses privilèges, qui fait de l’émotionnel sur une discrimination raciale sans jamais montrer à qui elle profite ni même admettre que le racisme profite toujours aux dominants, qui ne voit aucun mal dans des panels avec 99% de blancs venus discuter de racisme et d’exclusion à la place des principaux concernés, qui nie d’autres paroles en leur ôtant toute légitimité, qui ne questionne jamais le racisme d’état, ni même les deux poids / deux mesures qui sont la faute de tout l’échiquier politique et qui n’admet jamais le racisme de son antiracisme. Bon courage à toutes celles et tous ceux qui n’éprouvent aucun complexe à donner dans la niaiserie journalistique, à caresser des problématiques dans le sens du poil sans oser aller là où on aimerait tant qu’ils aillent. Mais bon, il parait que c’est pas bon pour le vivre-ensemble, alors…