Blantriarcat et les sept antiracismes

Il était une fois un royaume traversé par des crises dont le racisme était l’une d’entre elles. Beaucoup de monde s’était cassé la figure à lutter contre un mal qui, au delà des blessures qu’il infligeait aux bonnes âmes, faisait des dégâts incommensurables. Il s’était imposé partout, du matin au soir, du Lundi au Dimanche, sur toutes les ondes et sur tous les postes de télévision, sur les unes des journaux, dans les bouches des intellos et de gauche à droite mais avec toujours la même cible qui semblait grossir et se diversifier.

Le racisme était devenu vertueux, symbole d’un courage d’un nouveau genre, allié d’une lutte pour le maintient d’un vivre ensemble fantasmé et tellement décomplexé. Il ne s’agissait plus de haine, héritée d’un colonialisme et d’une histoire esclavagiste honteuse mais de résistance, au nom de principes fondateurs.

L’antiracisme vit le jour mais avec difficulté. Les fées de l’égalité étaient à cours de dons parce que le monstre raciste mangeait tout sur son passage, à commencer par les derniers antiracistes déçus, qui basculaient à peu près là où leur utilité semblait évidente. Il fallait s’organiser pour lutter mais… dans un royaume où l’odeur du racisme était imprégnée jusqu’à la dernière fibre, qu’allait-il se passer ?

Il arrive des fois que des débats réussissent à concentrer toutes les problématiques de l’antiracisme qui ont été tues depuis ces dernières années par de petits commentaires, des hors sujets et par le recours à des méthodes bien révélatrices du niveau abyssal de la réflexion. Et la dernière édition de Ce Soir Ou Jamais l’a prouvé et m’a inspiré dès le générique. Bizarrement, en jettant un coup d’œil aux invité-e-s, on avait l’impression de se retrouver face à un roman d’aventures ou un conte, puisqu’on pouvait compter sur :

  • Oliviero Toscani, photographe, pour la touche artistique et les sensibleries qui vont avec. On lui doit notamment ces clichés vulgaires ou non, vaguement antiracistes des années 80 dont raffolait Benetton. Il jouera le rôle de l’enchanteur.
  • Sabrina Goldman, vice présidente de la Licra, une association de lutte contre le racisme et l’antisémitisme aux positions pour le moins ambigües pour le point de vue d’une association bien vue de l’Etat. Elle jouera le rôle du lutin.
  • Emmanuel Debono, historien de l’antiracisme pour… Rien. Il jouera le rôle du figurant.
  • Anastasia Colosimo, pour avoir le point de vue inédit d’une personne non concernée par le racisme et dont on devrait attendre l’expertise sage et indispensable au saint “vivre ensemble”. Elle jouera le rôle de la bonne conscience qui finira par s’étouffer dans ses bonnes intentions.
  • Houria Bouteldja, pour faire grincer des dents et mesurer l’impact du ravageur racisme antiblanc qui semble avoir tant de pouvoir. Elle jouera le rôle de la vilaine sorcière uniquement parce qu’on l’a décidé pour elle.
  • Maboula Somahoro, pour avoir un point de vue d’une concernée et d’une véritable experte. Elle jouera le rôle de la Reine.
  • Thomas Guénolé, pour jouer les gentils, ceux qu’on pensait du bon côté de la question mais qui finissent à côté de la plaque et cela, après avoir tenté d’incarner le bon antidote aux thèses sur la banlieue colportées par les réacs blancs de plus de 50 ans. Il jouera le rôle de Merlin le Désenchanté.
  • Nadia Remadna, travailleuse sociale, suiveuse des Fadela Amara, Loubna Méliane, Safia Lebdi, Lydia Guirous et autres femmes arabes des quartiers qui attendent qu’on vienne les délivrer de la racaille musulmane qui les opprime et, si possible, leur offrir un poste au sein d’un parti ou d’un gouvernement, quitte à jouer les paillassons idéologiques. Elle devait jouer le rôle de Cendrillon mais, étant donné ses qualités d’humoriste, elle jouera le rôle du bouffon.

Au final, nous avions cinq femmes sur huit invités mais malheureusement, peu de place pour les concerné-e-s. Pas de rroms, pas de femmes voilées, pas d’homme noir ou arabe, pas d’asiatiques. Par conséquent, le thème est donc affiné et on parlera, comme vous pouvez le prévoir, du racisme qui concerne majoritairement les noirs & les arabes, d’obédience musulmane. Je ne vais pas me lancer dans un récit relatant point par point, ce qui a été dit dans le débat et dont je laisse à chacun la liberté de voir ou revoir en ligne mais certains points doivent être commentés.

On ne peut pas critiquer et faire exactement ce qu’on critique

Thomas Guénolé a démarré son intervention en exposant ce qu’il considère comme étant raciste, misogyne et homophobe chez Houria Bouteldja qui vient de publier un livre. Le moment était tendu. Rien de ce qui a été relevé ne trouve grâce à mes yeux, pas même que la photo mais il me parait inefficace de saisir cette opportunité pour débattre d’un livre alors que ce n’est pas le thème de l’émission mais également d’en couper des citations. Ce moment ne m’aurait pas plus marqué si Thomas Guénolé n’avait pas passé le reste de l’émission à envoyer des pics assez condescendants vis à vis de Maboula Soumahoro qu’il a assimilée à une membre du PIR… comme jadis, on assimilait dans le “bon antiracisme d’état bonbon rose” toute personne à l’opinion marginale à un membre du FN ou un nazi.

On ne peut pas taxer de racistes des militant-e-s antiracistes en faisant preuve de racisme. Désolé, mais ne pas être racisé-e et faire commerce de l’antiracisme par le biais de livres ou d’interventions dans des conférences, en disqualifiant toute parole des premier-e-s concerné-e-s qu’on range au PIR ou chez les nazis. C’est exactement ce qu’on fait des associations comme Sos Racisme, en niant la parole et l’expérience authentique des concerné-e-s comme s’ils ou elles n’étaient pas en mesure de mettre des mots sur leur oppression en s’affirmant et se défendant. Comme sur les questions féministes, de lutte des classes, d’homophobie et de transphobie, il faut impérativement laisser la parole aux concerné-e-s, quitte à perdre du pouvoir dans la discussion car c’est ce dont il est question. Vouloir à tout prix récupérer une discussion qui ne nous concerne pas au point d’être presque devenu LA référence en la matière, n’est ni signe de sagesse, ni signe d’humanisme.

Les mots sont importants

Evident, non ? Pas pour tout le monde. On parle souvent de lutte contre le racisme ET contre l’antisémitisme. C’est, à mon sens, tout le paradoxe de cet antiracisme moral qui veut anéantir la lutte contre le communautarisme et les soit disant concurrences victimaires en établissant une distinction entre le racisme, en général, et l’antisémitisme. Au nom de quoi ? Je l’ignore. On pourrait me rétorquer que l’antisémitisme a une histoire mais quel racisme n’a pas sa propre histoire ? D’ailleurs, s’il y a une histoire des sémites, elle devrait s’étendre à tous les sémites, qu’il soient juifs ou pas mais il semble que le terme n’ait pas le droit à une guerre sémantique aussi virulente que lorsque l’on parle d’islam.

Le même problème se pose avec l’Islamophobie. Le terme fait encore polémique, bien entendu chez les mêmes personnes : les non concerné-e-s qui n’éprouvent aucun gêne à faire durer une polémique sur un problème qui ne les atteindra jamais mais qui tiennent, à coups d’interventions médiatiques, de débats, d’articles de presse et de livres à ne plus en finir, à nous faire savoir combien le terme est inadapté. C’est aussi indécent et prétentieux que des hommes venus expliquer aux femmes combien le terme “sexisme” est inapproprié; chacun sa lutte mais de grâce, n’allons pas expliquer aux personnes qui vivent dans leur chair ce que nous ne vivons pas l’attitude à observer ou le vocabulaire à employer.

Que les choses soient bien claires : l’islamophobie est le racisme dirigé contre les musulmans et rien d’autre. Quand des mosquées ou des cimetières musulmans sont vandalisés, quand des femmes voilées sont agressées, quand on contrôle sans relâche des personnes qui sont ou paraissent musulmanes, c’est de l’islamophobie. Quand on harcèle des musulman-e-s, quand on les discrimine, quand on fait voter des lois ou qu’on applique des circulaires qui n’ont pour seul but que de les effacer du fameux « vivre ensemble », c’est de l’islamophobie pure et dure. Tout autre définition retarde l’heure du bilan et nie la réalité dans la plus grande brutalité. Par conséquent, lorsque l’on nous dit que l’islamophobie est un concept inventé par les Mollahs aux lendemains de la révolution islamique Iranienne et repris par les musulmans du monde entier pour faire taire toute critique de l’Islam, on ne fait que répéter pour la centième fois un mensonge raciste. C’est faux parce que le concept date d’il y a plus d’un siècle et raciste car il rabaisse les musulman-e-s qu’on fait passer pour des êtres obscurantistes et susceptibles qui n’ont pas d’autre réflexe que l’insulte, par opposition aux autres, aux éclairés, laïques, intelligents, qui, bien entendu, ne font pas de sentimentalisme, etc…

Par ailleurs, pour ce qui est de la critique de la religion musulmane, pourrait-on nous dire qui pratique encore la langue de bois ? Pourrait-on nous dire qui souffre de ne pas avoir à dire combien cette religion est abominable, dangereuse pour la France, incompatible avec ses valeurs dont on se gargarise à longueur de journée au point d’en avoir perdu la saveur ? Pourrait-on nous expliquer comment la religion des minoritaires aurait réussi à imposer une autocensure quand l’Islamophobie bat des records ? Peut-on arrêter de nous bombarder de discours sur les “bien pensants”, sur le politiquement correct et regarder les choses en face ? La vérité, c’est que personne ne se censure, à commencer par les écrivains convertis dans la littérature urine, les actrices de cabaret, les polémistes, les féministes qui ont mal vieillit et les médias :

On ne peut vraiment plus critiquer l'Islam, franchement !

On ne peut vraiment plus critiquer l’Islam, franchement !

Mais, de toute façon, passé cette démonstration, on aura toujours le droit à l’éternel refrain des antiracistes islamophobes qui déclareront, après avoir levé les yeux au ciel : « Oui mais, quand même, l’Islam n’est pas une race…. Donc on ne peut pas être raciste, quoi ».

Merci pour les masques qui viennent de tomber. Vous qui ne voyiez ni les races, ni les couleurs qui auraient été ôtées à la naissance par le shampoing Républicain fantasmé dont vous vous gargarisez à longueur de temps, vous venez de vous trahir. Et je vous réponds : le judaïsme n’est pas une race et tout comme l’Islam, s’en prendre à ses croyants parce qu’ils sont ce qu’ils sont, tout en les enfermant dans un groupe qu’on a racialisé, en leur ôtant leur citoyenneté pour n’en faire que des musulmans / juifs, quitte à flatter la liberté de critique, les droits des femmes & des minorités, c’est raciste.

Le racisme anti blanc et ses effroyables conséquences.

Le racisme anti blanc et ses effroyables conséquences.

Pour ce qui est du racisme « anti blanc », arrêtons tout de suite le train et soyons clairs : il n’existe que dans les fantasmes les plus fous. Le racisme anti blanc supposerait une oppression qui ne soit pas blanche et où être blanc signifierait devenir minoritaire au point de ne plus être visible et/ou représenté. Or, il est mensonger et dangereux de laisser croire que, soudainement, le pouvoir serait passé de la majorité à la minorité qui aurait maintenant, les moyens de retourner l’oppression. Maintenant, existe-t-il des blancs qui font l’objet d’un rejet ? Certainement. Est-ce du racisme ? Tout dépend ce qu’ils ont connu mais une chose est certaine : si être blanc n’était pas un privilège, ça se saurait. L’histoire de l’humanité toute entière aurait été différente. Et si être blanc était un facteur discriminant qui prive d’emploi, de logement, de dignité, de respect, d’accès à la propriété et de se retrouver dans les projections visuelles (médias, fictions, etc…), ça se saurait et j’ose croire que le mal serait traité avec la plus grande énergie. Mais j’imagine que les anecdotes de blancs qui se sont vus refuser l’entrée dans une boite de nuit où on s’éclate sur du Ragga ou de blancs qui ont eu l’impression d’être dévisagés en allant déguster un Kebab doivent suffire pour entretenir le mythe. Mais il semble que les bonnes associations antiracistes ont de l’énergie à consacrer à lutter contre ce pseudo racisme. Un jour, peut être qu’on luttera efficacement contre l’hétérophobie, pendant qu’on y est ? Désolé, mais le racisme antiblanc, à travers les cas ultra exceptionnels dans lesquels il peut se manifester (c’est à dire les anecdotes insignifiantes de racisme du type “ma voisine blanche est allée au Togo, on l’a trop mal regardée”) servent uniquement à rassurer le blanc sur sa capacité à parler du racisme en lui faisant croire qu’il peut en être une cible potentielle et devenir une victime, lui aussi alors que c’est tout simplement faux.

Evitons de parler à tout bout de champs de la « victimisation », ce mot qu’on trempe dans la haine comme un biscuit dans du lait et qui a encore plus d’impact quand il est prononcé par des concernés par le racisme  qui servent les intérêts des non concernés, souvent pour satisfaire leurs ambitions. Oui, je parle de tous ceux et celles qui, à l’instar de Nadia Remadna ou Amine El Khatmi, adorent ce terme qu’ils servent à toutes les sauces et là, pour le coup, pour vraiment faire taire toute critique et instaurer une censure. Non, quand on subit une oppression, on ne se victimise pas puisque on vient de recevoir un coup. En vérité, se victimiser, c’est se trouver un statut de martyr coûte que coûte, quitte à inverser les rôles et à réécrire l’oppression et c’est ce que des masculinistes parviennent à faire avec des femmes ou ce que des racistes réussissent à faire avec des racisé-e-s. La stratégie est simple : pour s’éviter d’être taxé de raciste et à juste titre, on utilisera la voix d’une personne alibi issue du groupe sur lequel on plaque pas mal de fantasmes. Au final, un tel procédé neutralise la moindre contestation, flatte les dominants, propulse les personnes alibis sur le devant de la scène médiatique en leur ouvrant des portes et exacerbe les tensions parce qu’il n’y aura nulle discussion subversive. Je rappelle que Nadia Remadna est une parfaite inconnue mais que sa pittoresque prestation dans l’émission lui a attiré la sympathie sur Twitter d’un certain Amine El Khatmi. Je pense que beaucoup s’accorderont à dire qu’elle était absolument incompréhensible, passant du coq à l’âne, sans structure mais le fait qu’elle prononce les mots “magiques” aura largement suffit.

Ces fantasmes qui déforment la réalité et fabriquent de la haine

Il serait bon, dans une perspective d’apaisement, de cesser de faire dire à des données ce qu’elles ne veulent absolument rien dire ou pire encore : les exploiter pour diviser et créer davantage de problèmes… sur une problématique qui ne le concerne pas. Thomas Guénolé évoque son concept de « désislamisation » qu’il tient à coups de chiffres invérifiables; en effet, selon ses dires, 70% des musulmans ne font pas leur prière, ne vont pas à la mosquée & 85% de musulmanes n’ont jamais porté de voile. Le rapport avec la désislamisation ? On le cherche encore. C’est à la fois mal connaître l’Islam et les musulmans que de parler de désislamisation juste parce qu’il voit mal ou pas l’Islam et ça me rappelle étrangement Nadia Geerts qui déclarait que chaque femme voilée porte en elle un projet. Ce qu’il aurait fallu faire, en revanche, ce serait questionner ces chiffres, chercher une explication et surtout exposer l’hystérie médiatique sur l’Islam à laquelle il contribue étant donné que seul 15% des femmes porteraient le foulard et que les musulmans ne serait pas si nombreux, selon son jugement, à être pratiquants. Et d’ailleurs, quel est l’objectif d’un tel argumentaire ? Rassurer les non musulmans non concernés sur la question ? Leur dire « voyez, les musulmans, tant qu’on les remarque pas, tout va bien » ? Ajouter de la suspicion sur ceux qui ont une religiosité visible, indiscrète, provocante ?

On a eu le droit à des tas d’anecdotes ultra personnelles de la part de Nadia Remadna. Celles et ceux qui raffolent de récits de femmes de banlieues oppressées, qui reçoivent des injonctions sexistes mais qui, en pleine crise raciste, préfèrent la déviation, parler de racisme « entre maghrébins » et « entre noirs » comme ceux qui préfèrent parler de problèmes d’acné lorsque la discussion porte sur le cancer de la peau, auront été servis ! La dame est un condensé de clichés une caricature vivante « avec l’accent », travailleuse sociale comme elle l’a rappelé à chacune de ses interventions, maman, traitée de pute parce qu’elle ne portait pas de foulard et, fait ultra rare… issue d’un quartier populaire du 93 (appréciez le pléonasme). Qu’elle a été son utilité ? Rassurer le blantriarcat. D’après cette grande dame à qui l’on peut d’ores et déjà prédire un destin médiatique ultra chargé, les choses sont simples… quand on arrive à la comprendre parce que Nadia Remadna parle comme on conduit une auto tamponneuse. Son discours est confus, pauvrement argumenté, fondé sur rien mais la masse de clichés et d’amalgame qu’il colporte suffira à flatter l’élite dont elle sert les intérêts avec la plus grande ferveur.

Extrait choisit : « Les musulmans, ils ont toujours vécu en France ou ailleurs… C’est pas la politique de la ville, hein, c’est pas une mode. Et moi je voulais revenir sur l’islamophobie. L’islamophobie, c’est, comme on disait, en fin de compte, quand on dit par exemple à quelqu’un, vous voyez quelqu’un, soit une femme voilée ou quelqu’un qui est barbu et tout ça avec… C’est vrai qu’il y a eu des gestes quand il y a eu des attentats, les gens ont eu peur. La peur, c’est humain ! On peut pas dire aux gens ne pas avoir peur, la phobie si on l’explique, ça veut dire « avoir peur » mais pas avoir peur de la personne, avoir peur parce qu’il y a eu des choses, on a pas expliqué les choses, c’est comme il y a des histoires de la laïcité où on a pas expliqué aux gens exactement c’était quoi la laïcité alors il y avait des gens au nom de la laïcité ils disent « de toute façon, c’est laïque, je fais ce que je veux où je veux et y’en a un qui dit « de toute façon, la laïcité, tu n’as pas le droit de prier, tu n’as le droit de rien faire ». Et l’islamophobie, j’pense que c’est un petit peu comme ça : on a inventé, euh, mit le mot « islamophobie », certains en ont fait justement alimenter encore une haine, comme moi je suis toujours dans l’apaisement parce que moi je suis je euh je suis voilà, je suis dans l’apaisement. Il y a l’islam qu’on a connu nous, l’islam de nos parents, l’Islam « voilà, voilà » et aujourd’hui, il y a des radicaux, on ne peut pas le nier, il y a eu le… Moi je reviens toujours, on a eu la guerre, en Algérie on a eu une guerre civile qui a fait pas mal de dégâts, et c’était vraiment on ne peut pas dire que ces gens là étaient une recherche identitaire comme on dit souvent « voilà, l’Algérien qui avait peur de son voisin algérien parce que on venait de tuer devant lui son père et sa mère alors aussi, on peut dire que lui était islamophobe parce que lui aussi avait peur », voilà, c’est ça. J’crois qu’il faut expliquer, c’est tout et quand on explique, on discute, on a le droit de ne pas être d’accord mais je pense qu’il faut oser dire les choses : il faut les nommer. A force de ne pas dire les choses et de ne pas les nommer, je pense que c’est ça qui créé ce conflit là ».

Voilà. Nadia Remadna ne fait que récupérer les thèses des plus grands réacs qu’elle emploie à son compte. Presque immédiatement, son « courage » a été loué sur Twitter, comme si, finalement, vomir la banlieue d’une main et ménager le racisme en légitimant l’Islamophobie, c’était le signe du plus grand courage.

Résistance et condescendance des non concerné-e-s

Un débat ne peut être un débat sans contradictions. Malheureusement, pour une question aussi lourde que celle de l’antiracisme, le moins qu’on puisse dire, c’est que les antiracistes non concerné-e-s ont un mal fou à sortir de leur zone de confort et faire ce qui est attendu d’eux : cesser toute analyse à partir de leur point de vue qui est, sur cette question, purement inutile et hors sujet.

Lorsque Maboula Soumahoro évoque le transfert qui a été fait ces derniers temps, depuis la question raciale à la question religieuse, expliquant qu’on s’adresse aujourd’hui à des musulmans, principalement pour désigner les arabes, Anastasia Colosimo lui répond : « mais ça c’est aussi parce que les minorités utilisent la question religieuse ». Ah bah dites-donc ! Elles sont vraiment vilaines ces minorités qui l’ont bien cherché ! Sauf que, dans les faits, si les minorités utilisent la question religieuse, c’est sans doute parce qu’on les pousse à le faire, qu’on les identifie en tant que musulmans ou juifs avant tout en les renvoyant à leur religion du matin au soir, parce qu’il faut leur trouver un nom maintenant qu’on les appelle « français » après avoir passé des années à parler de blacks, de juifs ou de beurs. Et on voudrait qu’ils se considèrent avant tout comme citoyens. Il faudrait se mettre d’accord.

Quand Maboula Soumahoro dit qu’elle aimerait sortir du prisme de la race qui est encore bien réel, Anastasia Colosimo est claire : « Mais ça c’est parce que vous croyez que l’individu se résume à son appartenance »Désolé mais ça sera NON. On aimerait bien que l’individu soit autre chose que ce qu’on voit de lui, mais, aux dernières nouvelles, on voit toujours les gens pour ce qu’ils sont. Et quand ils ont le tort d’être rroms, noirs, arabes, ils sont limités à ça. Un tel argument trahit un énorme défaut de communication propre aux non concerné-e-s qui pensent avoir la réponse à la question qu’ils n’ont pas entendue parce qu’ils ou elles pensent être suffisamment renseignés pour y répondre. L’identité, surtout d’une personne racisée, est ultra complexe et dire de ceux dont on ne partage pas l’identité qu’ils la résument à leur appartenance est d’un mépris sans nom. Maboula Soumahoro aura beau répondre qu’elle n’est « pas en train de défendre l’identité raciale qui enferme un individu dans un groupe ou une communauté », Anastasia Colosimo rétorque : « Mais en disant les blancs, les noirs, les arabes, c’est exactement ce que vous faites ». Il fallait l’oser. En 2016, la jeune garde ignore encore la réalité au point de vouloir faire culpabiliser les racisé-e-s sur le racisme qu’ils et elles connaissent en leur collant une responsabilité. Quant à l’aveuglement à la couleur, permettez moi juste de dire une chose : c’est de l’antiracisme raciste que de ne pas voir les couleurs. Les ignorer à ce point, c’est ignorer leur histoire, leur douleur et leur fierté juste parce que vous ne vous sentez pas à l’aise avec. Et vouloir censurer toute discussion sur la couleur et sur les différences revient à censurer toute remise en question de vos privilèges, de votre pouvoir et de votre antiracisme raciste que vous avez décidé de construire à partir de votre analyse de l’expérience d’autres personnes dont vous avez nié la couleur. En gros, vive le contresens et la condescendance. Et si l’appellation “blanc” vous met mal à l’aise, apprenez à vivre avec comme d’autres ont appris sans réellement l’apprendre à être “noir”, “arabe”, etc… La couleur vous gêne toujours parce que vous vous sentez vous aussi prisonnier-e d’une catégorie ? Vous commencez peut être à comprendre. Mais, curieusement, la couleur, le “blanc”, ne semble pas gêner lorsqu’il est question d’aborder le sujet tant bidon du “racisme” “anti-blanc”. J’aimerais également que Colosimo nous explique comment “être nu-e de ses appartenances en République” quand on vit dans une société où les étiquettes ont été collées sans même qu’on s’en rende compte. A moins qu’il existe une nudité qui efface la couleur de la peau, francise les noms, ôte la religion et tout sera formidable ? En réalité, “être nu-e de ses appartenances en République” veut simplement dire “assimilez-vous” par n’importe quel moyen, rentrez dans le moule, uniformisez-vous comme vous pouvez, tuez ce qui est différent mais surtout rassurez-nous, le blantriarcat, sur ce que nous sommes et souhaitons rester. C’est beau, le “vivre ensemble”…

Mais la cerise sur le gâteau, c’était quand même Thomas Guénolé. Après avoir taxé Houria Bouteldja de raciste anti blancs, celui qui, il y a encore peu, démontait le racisme anti blanc, celui qui avait écrit un ouvrage sur les jeunes de banlieues, celui qui n’éprouvait aucun état d’âme à confisquer la parole des premier-e-s concerné-e-s, quitte à faire dire aux chiffres l’inverse de ce qu’ils disent, a fait tomber les masques. En moins de temps qu’il ne le fallait. S’adressant à Maboula Soumahoro qu’il a accusée d’être membre du PIR et pour qui il a utilisé le générique pluriel de « il », il a osé lui dire : « je me contente de parler français ». Chapeau, mec. C’est bien de recaler une femme noire en la remettant à sa place, en montant sur le cheval de la langue française, comme un “moi au moins, je suis français” qu’on balance à des gosses dans la cour de récré pour bien leur montrer à quel point l’homme blanc est plus français que la femme noire qui quoiqu’elle dise sera toujours une française contrefaite. Bravo. Quelle est la différence entre ce type de répliques et les militants identitaires, qui, s’adressant à une journaliste « visiblement arabe » (j’utilise cette expression pour ménager les âmes sensibles qui ne voient pas la couleur), osent balancer des réponses ambiance Tarzan du genre « vous comprendre moi ? Moi, française ! » ? De tous les types de banlieue qu’il a rencontré, n’a-t-il jamais entendu quelqu’un lui dire Parce que quand on est un type comme Thomas Guénolé qui veut combattre le racisme uniquement parce que c’est « contre la morale » (typique du non concerné), tous les coups sont permis, à commencer par s’exprimer en des termes racistes ? Ou ce n’était qu’un petit dérapage verbal, rien de violent, une petite attaque, sous le coup des nerf, bref la culture de l’excuse pour le majoritaire ? Hélas, non. On pourrait même le remercier de laisser éclater une vérité au grand jour : l’aveuglement à la couleur est un mensonge monumental. En la rabaissant de la sorte, Guénolé a donné dans le racisme le plus élémentaire qui lie la couleur à la nationalité. Peu importe que Soumahoro ait vu le jour en France, grandi en France, étudié en France, lu les mêmes livres et fréquenté les mêmes écoles, pour lui, elle sera toujours inférieure. Et, au lieu de reconnaître ses torts, il s’est enfoncé dans un hors sujet ironique : « Oui, c’est ça, c’est la domination de l’homme blanc, comme le génocide des Coréens par les Japonais est un problème de domination de l’homme blanc ». Ah, la fierté des antiracistes non concernés, c’est vraiment tout un art : on se pensait être le sauveur attendu des racisés mais une fois qu’ils t’ont donné un carton jaune, tu retournes ta veste, tu oses tous les coups bas, sans jamais rougir de la haine.

L’intervention de Houria Bouteldja sur l’existence des mouvements de lutte m’a parue intéressante. Il est vrai que j’aurai apprécié qu’elle revienne plus en détails sur les accusations dont elle a fait l’objet mais malheureusement, ce serait tomber dans un piège sans fin qui n’aboutirait jamais. Il faudra donc lire son livre pour exposer ce qu’il y a à exposer. Ses interventions étaient, néanmoins, intéressantes lorsqu’elle évoquait que le cercle antiraciste n’était pas homogène, qu’il existait des divisions et qu’il fallait aboutir à la fraternité. Mais vu comment c’est parti…

En conclusion, cet épisode aura levé le voile sur les principaux déchirements des cercles antiracistes, dans leur ensemble.

  • Les antiracistes niais ont encore du mal avec leurs automatismes, leur aveuglement à la couleur qui se contredit dès qu’ils vibrent pour le racisme antiblanc.
  • Les antiracistes concerné-e-s connaissent leur sujet mais ne seront jamais écoutés tant qu’ils n’empruntent pas la voie “bonbon rose” de l’antiracisme pro-establishment qui refuse les races sociales, l’historicité du racisme et le continum colonial.
  • Le racisme, ce n’est pas une question morale. Que ce soit bien ou mal d’être raciste importe peu. Que ce soit injuste, c’est là le coeur du problème et il est encore plus injuste que le sujet soit toujours récupéré par les mêmes qui n’éprouvent aucun mal à caricaturer les antiracistes sur un mode “oui, c’est ça, c’est un complot de l’homme blanc”. Il faudrait se mettre d’accord.
  • Il faudrait veiller à balayer devant sa porte quand on parle de communautarisme et voir qui a le privilège d’être communautariste sans être taxé de communautarisme. Et surtout, voir ce qui mène au soit-disant communautarisme : les structures qui bloquent l’accès à tout (écoles, logements, emplois, fonctions, etc…) et qui isolent des individus qui se ressemblent dans leur minorités, ne sont-elles pas les plus communautaristes ?
  • Qu’on cesse les déviations. Si on parle de racisme anti-blanc, c’est uniquement pour ne pas à avoir à se questionner sur le racisme authentique. Exactement lorsqu’il est question de négrophobie en France et qu’on renvoie à la question de la négrophobie dans les pays arabes. On fait exactement la même chose avec la question du sexisme.
  • Qu’on cesse les invité-e-s en recherche de promotion. Non, désolé, mais Nadia Ramdana, c’était quand même une vaste blague. A l’heure où des tas de gens ont des tas de choses à dire sur le sujet, faire appel à une caricature grandeur nature qui n’a que des anecdotes mêlant la guerre civile algérienne et des insultes reçues dans la rue, je trouve ça drôle juste pour cinq minutes.
  • Enfin, si l’égalité est l’objectif, il faudrait tout mettre en oeuvre pour y parvenir. Comment? En laissant les racisé-e-s parler de racisme avec leurs mots, les LGBT parler de leur oppression avec leurs mots, les femmes parler de sexisme avec leur mots, les précaires parler de pauvreté avec leurs mots, etc… Parce que parler en leur nom, leur trouver à eux des torts alors qu’ils sont victimes d’oppressions, ruine tout ce qui a été entrepris en direction de l’égalité. On pourra tout dire, tout faire et tout écrire sur “eux”, si ce n’est pas fait avec eux, cela ne servira à rien, surtout quand on dispose de beaucoup plus de pouvoir et de privilèges. Il faudrait également chercher à ne pas s’enfermer dans des guerres sémantiques racistes qui prouvent au musulman que même en étant français, il n’a aucune qualification pour trouver le mot “adéquat”… alors qu’on a aucun mal à définir l’antisémitisme comme haine des juifs.

Mais bon… Vu que le pouvoir est tellement mal réparti…

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