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Marche pour la dignité, Blantriarcat offensé

IMG_0022Dans Souffrances & Bonheur du Chrétien, Mauriac disait que “lorsque la réalité ne fournit pas au jaloux de quoi nourrir sa jalousie, il imagine, il invente”. Autant dire que cette citation s’impose pour résumer les réactions post Marche de la dignité. Impossible d’apporter une critique censée, fondée sur des arguments percutants pour analyser cette marche et son succès. Certes, il n’est pas surprenant de voir des rorchons réacs’ comme Valeurs Actuelles taxer cette marche de communautariste.  C’est le réflexe premier d’un blantriarcat paniqué devant la force d’un front qui refuse le silence et la soumission. Dans ce cas là, tout est bon à prendre pour rassurer les dominants. Il est juste regrettable que les personnes opposées à la Marche aient un argumentaire creux, une prétention sans borne mais aussi recours à des mensonges. On dit que “le monde n’est pas tombé bas mais que ce sont les hommes qui se complaisent dans la bassesse” et, hélas, les trois “opposants” à la marche de la dignité, se complaisent tellement dans la bassesse que cela ruine leurs thèses et rend quasiment nul leur argumentaire.

La première voix du Blantriarcat a s’être exprimée est celle de Véronique Genest. Pour dire quoi ? Rien de bien intellectuel, comme d’habitude. Elle conteste à la fois le nombre de manifestants et prétend que la Marche de la dignité était, “à moitié anti Israël”… ? Sur quelle base ? Aucune. D’où tire-t-elle ses informations ? Nul le sait. Mais c’est avec plaisir qu’on constate que la rage et le mensonge sont deux principaux traits chez les frustrés du Blantriarcat : quand on veut discréditer un évènement ou une lutte, il faut frapper là où ça fait mal, quitte à mentir effrontément, tant que ça conforte les dominants et accable les dominés. Cela dit, avoir Véronique Genest comme l’une des voix de l’anti marche de la dignité, c’est sans doute le plus beau révélateur du niveau intellectuel et idéologique du “camp d’en face”.

 

Capture d’écran 2015-11-07 à 22.02.21La Deuxième voix du Blantriarcat a s’être exprimée n’est pas une voix tout à fait blanche. Enfin, si. Puis, non. A vrai dire, Ahmed Meguini est un fantasme sur pattes du blantriarcat. Il est le produit fini de l’assimilationisme conquérant puisque lui, arabe à priori né musulman est devenu un fier patriote athée laïque (forcément, dans le blantriarcat, l’athéisme mène évidement à la laïcité, cet humanisme grandiose hérité des lumières et tout le blabla…). En plus, si on regarde bien son bras, il s’est fait tatouer #JeSuisCharlie, acte assez pathétique et puéril à mon sens mais qui doit probablement émouvoir “les gens d’en face”. Ce tatouage, c’est son label rouge, ou plutôt label bleu-blanc-rouge, un témoignage sincère destiné à rassurer ses amis blancs sur le mode d’un “je suis un arabe mais, voyez mon tatouage que j’exhibe en même temps que mon verre de vin, voyez-y la marque de mon intégration à vos valeurs, moi, l’arabe athée #jesuischarlie, qui n’a rien à voir avec les autres”. Par conséquent, un tel individu ne pouvait qu’être l’alibi idéal de ceux qu’il défend qui pourront disqualifier toute accusation de racisme en même temps pour qu’ils pourront utiliser un tel personnage pour faire avancer leurs thèses. Meguini, dans le paysage médiatique, c’est surtout la combinaison de trois casquettes qui n’ont d’intérêt que lorsqu’on les additionne : un arabe athée laïque. Il ne peut être intéressant et utile à la classe qu’il sert qu’en étant ces trois choses simultanément. En effet, un français athée et laïque, ça sert beaucoup moins l’assimilationisme neo-colonial qu’un arabe athée et laïque. Dans un article reprit par le Huffington Post, le pseudo rebeu subversif ose un comparatif entre la manifestation du 11 Janvier et la marche de la dignité. Le rapport ? Aucun. C’est sûr que quand on a Charlie dans la peau, on ne peut s’empêcher de tout ramener au 11 Janvier! Dès le départ, il discrédite cette marche car il y aurait vu “des associations communautaires musulmanes”. Oui et alors ? Bizarrement, le simple fait de voir des associations communautaires musulmane discrédite une marche ? Un peu raciste, non ? Passons. Meguini a vu des “des pro-Palestine composée d’antisémites notoires”. Vraiment ? Si les antisémites pro-Palestine sont notoires, qu’il donne des noms, qu’on puisse prévenir les juifs et juives révolutionnaires ou l’union juive française pour la Paix du danger qu’ils ont courru! Mais ça, on ne le saura pas en lisant cet article car avec Meguini, comme avec d’autres, l’accusation vaut la condamnation. Bien évidement, il critique la présence du PIR avec une punchline aussi fracassante que ridicule en parlant de “ceux qui ont choisi de s’autoproclamer le PIR (Parti des Indigènes de la République) avec pour slogan, ça ne s’invente pas, “le PIR est à venir”“. Analyse de type zéro pointé, passons. Il mentionne également “des femmes militant pour le port du voile”, ce vêtement que tout arabe musulman devenu athée a horreur tant elle lui rappellent son background religieux. Pour finir, il mentionne “une association dite “anti-négrophobie”“. Sur ce dernier point, j’ignore si Meguini parle d’anti négrophobie en utilisant des guillemets car soit il conteste  la sincérité de l’antiracisme de cette association ou s’il conteste ce terme de négrophobie (oui, le blantriarcat adore les guéguerres sématiques, rien de nouveau, hélas!). C’est une vraie question car, certaines personnes, sous prétexte d’être issues d’un groupe “non blanc” mais “voisin” d’un autre groupe non blanc se pensent experts et légitimes à parler de tout ce qui n’est pas blanc. Pour le coup, Méguini qui n’est pas noir mais arabe et donc ne subit pas la négrophobie qui est bien réelle, se permet de mépriser une lutte sans le moindre état d’âme en la disqualifiant en parlant d’association “dite “anti-négrophobie”. Amis du mépris, bonjour! C’est là l’essence du système blantriarcal dans ce qu’il a de plus violent et de plus confiscatoire : décréter pour les autres ce qui est réel ou non, prioritaire ou non, pertinent ou non sans jamais se rendre compte de son ingérence dans des oppressions qui ne le concernent pas en tant que victime; du haut de sa prétention, on pense avoir les compétences et la légitimité pour penser à la place des noir-e-s ce qui est négrophobe ou non sans jamais voir dans cette démarche tout le mépris de  race que cela trahit en discréditant une lutte. A ce rythme là, on aura peut être le droit, qui sait, à une déclaration farfelue du type “d’après nos recherches, le concept de négrophobie a été inventée par Malcolm X et Audrey Lorde pour empêcher toute critique des noirs” car on a que trop l’habitude de ces intellectuels de salon qui puisent leurs thèses dans les mythes et les délires les plus fous.

Après s’être perdu dans une description qui accable à peu près tout le monde (sans jamais mentionner la présence d’associations comme l’UJFP, le collectif Mwasi, des juifs et juives révolutionnaires, Solidarité Femmes Kobané, la voix des Rroms, etc… mais pour faire croire à une manifestation  100% islamiste), Meguini rentre enfin dans le vif du sujet. La marche aurait “manqué cruellement” de dignité. Pourquoi ? Parce que “ces associations ne dénoncent pas la violence, elles sont la violence et elles s’assoient bien volontiers sur la dignité. Elles s’en prennent délibérément à un symbole de l’Etat, de la République, avec la complicité de partis politique qui voient là l’occasion de faire leur marché pré-électoral”. Bouh, le chantage à la République, épisode 798! Lui qui parle, pour qualifier les manifestants, de génération “ouin ouin”, est, pour le coup, à fond dans le “ouin ouin”. C’est du “ouin ouin” bien ficelé, qui se veut moralisateur et culpabilisant mais qui est pathétique. La dignité, c’est ce qui manque quand on ignore et disqualifie tout un groupe en le désignant comme s’en prenant à un symbole de l’état après l’avoir déformé et jugé comme antisémite, islamiste, communautariste, etc… Le “ouin, ouin”, c’est pas le mot d’ordre de la Marche dont l’objectif n’était pas de quémander une quelconque dignité mais d’affirmer la sienne face à une oppression d’état. Mais ça, Meguini, ne l’entend pas. Inutile de lui citer la longue liste de victimes de crimes policiers, du harcèlement policier ou des politiques racistes et impérialistes. Lui, “arabe & athée”, n’y voit que des “forces réactionnaires, contre l’esprit des Lumières et de la Révolution française”. Comme Bougrab ou Zemmour, Meguini aime les chocs des civilisations à l’intérieur de la civilisation; il aime l’affrontement entre cette République qu’il idéalise à l’extrême et au delà de tout soupçon (probablement parce qu’elle ne lui a jamais été injuste et c’est tant mieux pour lui) contre des gens qui manqueraient cruellement de dignité. Une question s’impose : la dignité, c’est de s’opposer à des oppressions systémiques en marchant pacifiquement dans Paris quitte à prendre des risques par les temps qui courent ou servir les dominants en crachant sur ses semblables à coups d’arguments creux et en faisant ce que tous les réacs’ se complaisent à faire, c’est à dire dispenser un pseudo cours d’Histoire très sommaire sur “Les Lumières” avec une référence insipide comme si les Marcheurs n’étaient pas au courant de cet évènement historique et pour leur clouer le bec ? Pourquoi ce réflexe presque maladif de citer la “Révolution Française” (sans plus de détails…) pour neutraliser chaque expression d’une voix qui va à contre sens de l’ordre établi? Etrangement, Meguini appartient au camp de ceux qui disent à longueur de journée que l’ l’islamophobie n’est pas un racisme mais une technique mise au point pour stopper net toute critique de l’Islam alors qu’en réalité, il est celui qui a recours à la référence à “la grande époque” d’une histoire de france ultra fantasmée pour mettre un terme à toute critique de l’Etat. Il n’est donc pas surprenant qu’une personne qui soit si révérencieuse vis à vis de l’Etat ait beaucoup de mal à accepter les critiques. Mais j’imagine qu’un tatouage #JeSuisCharlie doit donner des ailes et doit probablement constituer un gage de qualité et de légitimité à déterminer qui est légitime à critiquer ou à être critiqué. Ah, la liberté d’expression et le camp #JeSuisCharlie… Une belle arnaque.

“Quand un homme politique marche derrière un communautariste, un intégriste, il en fait un prince, quand un média important lui donne parole, il en fait un Dieu aux yeux de ses pairs. Partout des usines à fabriquer des monstres sont à l’œuvre, dans une cadence sans cesse augmentée par la menace du procès en islamophobie.“. Alors, soyons bien clairs : que des hommes politiques flattent un certain communatarisme et/ou une communauté, ça se fait depuis la nuit des temps. Nos hommes politiques sont capables de serrer la main à des militants des droits de l’homme tout en serrant la main d’ambassadeurs de régimes pas vraiment portés sur ces mêmes droits. Mais il y a une nette différence entre serrer la main d’un “communautariste” et le pouvoir qu’on va lui donner. D’ailleurs, les organisations présentes lors de la Marche, qui leur a serré la main et ouvert les portes du pouvoir ? Personne. Quant à parler des médias, très sincèrement, quand on voit le vide médiatique qu’a connu cette marche dont très peu de médias ont parlé, il serait sage de s’abstenir d’écrire de telles inepties. Pour ce qui est de “la menace du procès en islamophobie“, cher Meguini, sachez que cette menace est aussi forte que celle des Kebabs sur l’avenir de la gastronomie française. Car, oui, en 2015, on peut parfaitement être islamophobe, faire carrière dessus, se promener de plateau TV en plateau TV, se déclarer islamophobe, publier des UNES islamophobes, des articles islamophobes, alimenter des fantasmes sur l’Islam et le grand remplacement sans finir sur une liste noire. Mieux encore : on pourra être soutenu, conserver son emploi, se découvrir de grands noms de la culture française comme premiers fans et ne jamais craindre le moindre ostracisme. Et malheureusement, les noms ne manquent pas pour appuyer cet argument…

Comme tous les réacs de son époque (Finkielkraut, Onfray, Zemmour, Polony, Bastié, etc…) mais aussi cette génération à laquelle il crache son venin condescendant et enrichi en mensonges, Meguini pleure. Il pleure, après avoir regretté un certain passé, loin de ce présent et de cette génération “qui n’en finit plus de pleurer tels des enfants capricieux, qui exigent tout et qui ne donneront jamais rien”. Et oui, lutter contre la précarité, le racisme, les violences policières, l’apartheid pour reprendre les termes de Valls, pour Meguini, cela relève du caprice. Lui qui s’est assimilé  “jusque dans sa chair” et se trouve à présent de l’autre côté, avec “les gens d’en face” comme je les appelle, il aimerait lui aussi, à son tour, jouir du privilège de classe qui nie la douleur des petites gens, leur exclusion et balaie d’un revers de la main tatouée, l’expression de leur dignité qu’il disqualifie lorsqu’il tombe dans un rare mépris essentialiste en écrivant : “Ils attendent le bec ouvert qu’on y jette un emploi précaire. Ils se comportent comme si l’Éducation Nationale les avait contraints à se déscolariser et qu’un dealer leur avait planté de force un joint dans la bouche.” Ouais, connards de manifestants, tous des incultes, des sans diplômes, des sans dents, des sans instructions qui osent attendre encore qu’on leur trouve du boulot (de merde, en plus!) alors qu’ils fument tous des joints! Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette phrase d’une autre phrase, prononcée par une certaine Marie Antoinette, autre figure du fameux siècle des lumières, qui, voyant le peuple affamé, aurait déclaré : “Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent de la brioche!”. C’est là tout ce qu’il y a de plus nauséabond dans la parole Meguini : ça essentialise tout un groupe qu’on doit diaboliser coûte que coûte car il est hors de question qu’ils aient raison. C’est comme du Finkielkraut sauf que là, c’est un arabe, un bon arabe athée et patriote comme il se définit, qui n’est jamais vu sur le terrain, dans les quartiers populaires mais il est arabe et ça, ça suffit largement pour prétendre au titre d’expert sur la question comme on se satisfaisait lors de la loi sur le voile de l’opinion d’une Iranienne comme Chahdortt Djavann. La famille des victimes de violences policières appréciera les mots de l’humaniste bobo, qui n’a que des leçons creuses et sans aucune finalité à donner et qui lèvent surtout le voile sur son mépris de ceux qui, quoiqu’il fasse ou écrive, restent ses semblables.

Ahmed Meguini, merci pour ce moment : c’est toujours un plaisir de voir jusqu’où vont les laquais du Blantriarcat pour montrer patte blanche. Et c’est un plaisir encore plus grand quand on les voit, un jour, abandonnés, presque blacklistés, une fois qu’ils ne servent plus les intérêts de ceux qui les ont promus. A part un tatouage #JeSuisCharlie, qu’adviendra-t-il de cette personne ?

Toujours dans le registre des opposants à la Marche de la Dignité, on trouve également Christine Le Doaré. Une fois de plus, côté « personnalité de choc » et « caution humaniste », on a affaire à du très très bas de gamme. C’est pire que Véronique Genest et à peu près aussi dangereux pour pour la paix que Meguini. Le Doaré, c’est avant tout l’antiracisme niais, le féminisme discount, mais aussi le recours à des associations de concepts accablant et les amalgames d’une simplicité d’esprit telle qu’on se demande le temps de réflexion qu’il lui faut pour cracher de telles ignominies sur son blog où elle déclare vouloir “abolir la haine”… alors que la haine habite ses articles. Pour elle, l’appel à la Marche de la dignité était tentant. Oui mais non. Premièrement, personne ne lui a demandé son avis et deuxièmement, elle n’était pas la bienvenue.

Dès le départ, Le Doaré réfute l’idée d’un racisme d’état. « NON, n’y a pas de racisme d’état en France, il y a indéniablement du racisme, un racisme culturel et social, aussi des bavures policières, mais l’état ne les cautionne pas, même s’il pourrait toujours s’investir de manière plus efficiente. ». Pour une femme blanche qui n’a jamais souffert dans sa chair du racisme, il n’est pas étonnant qu’elle disqualifie cette notion de racisme d’état parce qu’elle ne peut penser l’espace d’un instant que le racisme soit téléguidé par le haut car “nous ne sommes pas ni aux USA, ni ailleurs, mais bien en République française laïque”. Argument percutant, s’il en fallait un! En réalité, le racisme d’état que Christine Le Doaré refuse de voir, c’est le racisme qui a coule depuis l’état, traverse des institutions pour finir par atteindre les populations concernées et cela, en toute légalité, au nom de combats plus ou moins dignes (lutte contre le sexisme, lutte contre le communautarisme, au nom du sacro saint “vivre-ensemble”, de la laïcité, etc…). Sans être d’une incroyable naïveté, il me semble que les lois refusant aux étudiantes voilées de se rendre à l’école, aux mères voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire ou d’être assistantes maternelles, mais aussi les consignes concernant le contrôle d’identité dans la rue ou les aéroports, la création de frontex sans parler des tests ADN dans le cadre de regroupements familiaux, viennent de l’Etat, non? On est pas aux USA, certes, et ce n’est pas un argument en soi, mais l’impunité pour les crimes policiers, rebaptisés “bavures policières” – appréciez l’euphémisme -, ce n’est pas rare. Quand à l’idée que le racisme d’état ne pourrait pas exister car nous sommes “en République française laïque”… Qu’on cherche le rapport avec la laïcité et qu’on me l’explique.

En bonne donneuse de leçons qui s’étouffe à la vue d’une marche qui ne répond pas à ses critères d’antiraciste de canapé, elle s’indigne “que des groupes organisateurs et leur cortège dans la Marche, ne sont pas tant préoccupés par le racisme”. Pourtant, il semble que la majorité des cortèges dénonçaient des racismes malheureusement divers et variés. Il me semble même que la plupart des associations présentes et soutenant la marche ont toutes en commun la lutte contre le racisme. Peu importe, pour elle, ces associations ne seraient uniquement intéressées que par “ce qu’ils appellent  »islamophobie », aussi, la cause palestinienne et un rejet de l’occident et de ses valeurs”. Comme d’habitude, le Blantriarcat et la négation de l’islamophobie qu’on place entre guillemets, histoire de bien réfuter ce racisme. Fatiguant. Quant à la cause Palestinienne et le rejet de l’occident et de ses valeurs, de quoi parle-t-on ? A moins que pour Christine Le Doaré, rejeter le racisme, le sexisme et les violences perpétués au nom de l’Etat (impérialisme, colonialisme, contrôle des corps, etc…) soit un rejet des valeurs de l’occident ?! Merci pour le coming out! Et donc dans ce cas, autant être clair : oui, ces “valeurs” fondées sur un racisme pur, on en veut pas. Qui en voudrait d’ailleurs ?

Mais Le Doaré ne s’arrête pas dans les mensonges. Comme Véronique Genest, elle n’était pas présente sur les lieux mais a entendu parler d’ “’appels à la haine contre les FEMEN, contre CHARLIE, contre la laïcité, contre un prétendu lobby juif”. Une fois de plus, on accuse, on accable,  sans preuve ou justifications, sans témoignage et sans avoir été sur le terrain… et c’est écrit par une juriste, quand même. Qu’on nous apporte une seule preuve d’appel à la haine contre ce qui est cité plus haut, juste une seule!  Elle ne s’arrête pas en si bon chemin lorsqu’elle va jusqu’à se demander “comment marcher au milieu de drapeaux et mots d’ordre antisémites qui vont bien au-delà des appels au boycott d’Israël, soutien à peine voilé au terrorisme islamique du Hamas, à l’ »Intifada des couteaux » ?”. Cette question mérite une réponse claire et complète. Premièrement, aucune photo, aucun témoignage d’une personne présente ne peut corroborer l’idée d’un drapeau ou de mots d’ordres antisémites. A moins qu’un drapeau palestinien soit d’ordre antisémite et là, c’est vraiment du délire. Les seules personnes qui ont prétendu avoir entendu des insultes antisémites ont été démasquées car elles ont prétendu entendre des slogans antisémites lors de la Marche une semaine avant sa date. On est dans le pur fantasme, la pure diffamation. Deuxièmement, un appel au boycott est un appel au boycott. Certains y voient un moyen de pénaliser un état sur sa politique, d’autres y voient un moyen de pénaliser des entreprises, d’autres y voient une démarche 100 % compatible avec une lutte anti-coloniale, etc… Dire qu’il cache à peine un soutien à peine voilé au terrorisme, c’est aussi intelligent et défendable que de dire que l’appel au boycott des produits coca cola produits en Colombie (CSC) cache à un soutien à peine voilé aux FARC ou encore aux narco-trafiquants. Certes, le boycott tel que BDS l’envisage ne peut que bénéficier aux Palestiniens mais  le diaboliser tel que le fait Le Doaré, en revanche, en dit long sur son soutien au désastre humanitaire et politique en Palestine dont est responsable le gouvernement Israélien.

Il convient, avant d’expliquer le reste de la loghorée narcissique et mensongère de Christine Le Doaré, de se pencher sur son cas. Bien que se présentant avec toutes les qualités du monde (féministe, progressiste, anti raciste, etc…), il faut savoir qu’elle est très éloignée de ce qui est généralement porté par les termes “féministe”, “anti raciste” et “progressiste” et porte un regard absolument narcissique sur son vécu et son expérience. Humaniste ? A vous de juger à partir de ce florilège :

  • Elle a la prétention de décider du haut de son fauteuil qui est féministe ou pas selon ses propres critères. Au nom de quelle expérience ou reconnaissance dans le milieu féministe ? Aucune.
  • Elle adore taxer d’islamo-gauchiste toute personne qui se refuse à donner dans le “muslim bashing”, que ce soit en “temps normal” ou aux lendemain des attentats de Janvier tout donnant dans le color blind de base (“Je hais le racisme ! C’est quoi « blanc-che « ? C’est quoi « noir-e » ? A à partir de quelle concentration pigmentaire ?”),
  • Dans le registre Muslim Bashing mêlé à la sauce sexiste, elle est l’une des rares personnes en France qui a osé reprendre une certaine Nadine Morano qui s’indignait sur Facebook de la présence d’une femme voilée à la plage. Au lieu de condamner un tel geste qui transpire l’intolérance, Christine Le Doaré a saisi cette occasion pour soutenir implicitement celle dont la haine des réfugiés et l’amour de la race blanche n’est plus à prouver. J’avoue avoir trouvé délicieux de lire, sous la plume de Mme Le Doaré, que “la laïcité ne consiste pas à entraver la liberté de culte” pour lire quelques lignes plus tard “ersonnellement, je tolère les religions tant qu’elles restent dans la sphère privée”. Pas surprenant d’apprendre que cette femme soutienne sans ambigüité une initiative aussi débile que contreproductive que la journée sans voile.
  • Elle est à l’origine de l’affiche de la marche des fiertés de 2011 qui transpirait l’homonationalisme. Sa réponse ? Toujours aussi agressive : ceux qui ne sont pas d’accord avec elle sont des “ayatollah de l’intérieur” (la référence à l’Islam est récurrente chez elle, comme chez la plupart des Islamophobes qui doivent probablement croire à la responsabilité des musulmans dans le réchauffement climatique ou l’augmentation du prix des cigarettes) et elle ne voit nulle part le racisme, trouve cela exagéré…
  • Gaza ? Bof. Elle préfère fustiger des féministes engagées pour la paix et contre la colonisation sans jamais donner leur nom. S’agissait-il de Gloria Steinem, Even Ensler, Judith Butler, Sherry Wolf, Angela Davis, Naomi Wolf, Robin Morgan, Alice Walker, Amy Goodman ? On ne saura jamais. Le tout, bien entendu, dans un ramassis de raccourcis inutiles, en parlant de thèmes hors sujets pour faire diversion comme “l’esclavage musulman qui a saigné l’Afrique noire (et qui) n’est que rarement mentionné et pourtant, une recherche sur Internet permet en quelques clics, d’en mesurer l’ampleur” (“LOL” pour la recherche sur internet) tout en contribuant à cette idée on ne peut plus paternaliste d’une ville de Gaza manipulée par son élite politique et tout le blabla…
  • Son féminisme ? Un féminisme narcissique qui ne reconnait pas les autres féminismes, ce qui est un comble quand on prétend vouloir défendre les minorités. Bien entendu, pour vendre son féminisme, il faut caricaturer les autres féminismes, à commencer par mentir sans se retenir sur les manifestations du 8 Mars 2014 comme elle l’a fait pour la Marche de La dignité où elle n’y est pas allée de main morte. Heureusement que ses mensonges ont été tous démontés avec brio par Joao Gabriel.
  • Lorsque Fréderique Calendra décide de blacklister des féministes “pas assez Charlie”, Christine le Doaré se solidarise. Zut alors! Et moi qui pensais que réduire au silence, exclure, marginaliser, c’était l’arme de la domination masculine… Ah moins que certaines ne voient aucun mal à se battre contre une domination pour après, en dominer d’autres et reproduire le même schéma ?

Vous comprendrez que quiconque connait la “pensée Le Doaré” trouve absolument malvenu mais néanmoins hilarant qu’elle trouve quand même des choses à redire, entre ses mensonges et ses négations de la réalité. Elle se demande “Comment accepter que Voltuan, soit bousculé parce que sur sa pancarte était écrit « All lives matters » et cautionner ainsi ce violent rejet de l’universalisme ?” et il faudrait juste l’instruire sur l’arnaque de “All Lives Matter” comme si nous rejetions l’idée que toutes les vies avaient de l’importance. Avant toute chose, cette arnaque est en réponse au mouvement “Black Lives Matter” qui, excusez notre colère, a connu peu d’échos de la part des antiracistes niais qui, dans le meilleur des cas, se sont contentés d’en parler en déplorant avec retenue la condition des noirs aux USA (sans jamais questionner celle bien de chez nous, qu’ils soient en métropole ou ailleurs). “Black Lives Matter” est plus qu’un slogan, c’est un mouvement de dignité. Et voir un homme blanc sorti de nulle part avec sa pancarte “All Lives Matter” récupérer un mouvement pour s’y assurer lui aussi une place de victime, c’est inapproprié et offensant. Cela coupe court à toute discussion et dérive la problématique du racisme contre les noirs vers une problématique hors sujet sensée rassembler toutes les vies sous la bannière d’un universalisme de pacotille. Ce serait exactement comme voir un cortège féministe sous la pancarte “Non aux violences faites aux femmes” contré par un cortège dont la pancarte serait “Non à toutes les violences”. C’est inutile, méprisant et intellectuellement trompeur. C’est un dérivé du racisme anti-blanc qui n’existe que dans la tête de ceux et celles qui se cherchent un statut de victime. Précisions quand même que le mouvement “Black Lives Matter” s’est constitué à la suite de crimes policiers systémiques aux USA, commis par des blancs sur des noirs. Il est donc insupportable de voir des non concerné-e-s, généralement non solidaires, récupérer une lutte et une problématique pour se l’approprier. Il est donc normal qu’une pancarte “All Lives Matter” soit écartée de la Marche de la dignité car sa seule présence signifie à la fois un refus de prise en compte de la spécificité de l’oppression subie par les noir-e-s mais aussi un refus de la part du blantriarcat de voir ses nombreux privilèges que jamais les noir-e-s ne pourront connaitre. Quant à l’universalisme… Parlons-en! Quoi de plus violent que l’universalisme ? Parce que, en réalité, s’il y a bien quelque chose de profondément violent, c’est cette tendance à imposer le reflet de ses “réussites” et de les présenter comme étant universelles et donc comme ayant vocation à se répendre partout sur terre. L’universalisme, surtout dans la bouche de celles et ceux qui usent et abusent de ce concept, c’est ni plus ni moins qu’un outil de domination au service de personnes qui ne peuvent s’empêcher de se voir comme étant la référence unique qui doit être reproduite à la perfection et qui ne peuvent s’empêcher de décider de l’agendas des “autres”. Mais ça, Christine le Doaré qui se refuse à voir la couleur (contrairement à certains agents immobiliers, policiers, recruteurs et, ô surprise, personnalités politiques qui voient très bien les différences de pigmentation…), ne le comprend pas et ne le comprendra probablement jamais.

Elle se demande “dans quelle mesure les groupes féministes et LGBT qui cautionnent cette idéologique politique sont-ils conscients de conforter le sexisme et l’homophobie d’un communautarisme sectaire ?” . Du grand art. Donc la présence de groupes féministes et LGBT appuie des idées sexistes et homophobes de groupes communautaristes séctaires ? L’accusation est lourde car elle vise la présence des groupes féministes et LGBT avec lesquels elle ne s’interdit aucun paternalisme mais laisse penser qu’il figurait des groupes communautaristes et sectaires qui sont d’emblée sexistes et homophobes. Je ne me rappelle pas avoir vu le Temple du Soleil ou avoir constaté la présence de David Miscavige sur place! Plus sérieusement, je trouve absolument délirant de taxer de sexisme et d’homophobie des associations sans jamais les nommer, ni prouver ce qui est sexiste et homophobe… surtout venant de la part d’une femme qui, sur twitter et ailleurs, fait régulièrement preuve d’un racisme décomplexé quand elle ne marche pas avec des personnes irréprochables. Ci-dessous, une brève compilation des moments de gloire de Christine le Doaré:

Christine and the Queens ? Non. Par contre Christine & le péril islamique à la sauce grand remplacement, oui!

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe1

Christine et la religion comparée : oh non, non, c’est une moquerie, n’y voyez aucun mépris, voyons.

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe3

Christine joue les trolls religiophobes. Mais puisqu’elle dit vouloir le bien de l’humanité… Imaginez juste une caricature inversée avec des croyants envoyant tous les athées sur une autre planète… Vous comprenez ?

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe2

Et Christine Le Doaré qui ne voit pas les couleurs, est contre le racisme (il parait…) mais retweete sans complexe des gens aux thèses assez… claires et racistes.

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe5 Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe4

Elle qui s’insurge contre la Marche, parce qu’elle pense bêtement et simplement le problème du racisme comme problème social sans y voir la trace de l’Etat, sans même s’aperçevoir de son racisme et de la haine qu’elle vomit en permanence sur internet à un rythme encore plus soutenu depuis qu’elle n’est plus présidence du centre LGBT ferait mieux de contrôler ses pulsions haineuses. Elle qui s’identifie comme féministe, produit un des clichés les plus connus de l’anti-féminisme mais cette fois sur la question de la lutte contre le racisme en parlant “d’esprit de vengeance” exactement comme lorsqu’on méprise le combat pour l’égalité des femmes qu’on caricature en guerre des sexes à l’arrière goût revanchard. Pire encore, elle parle “de division et de haine, au point de compromettre à tout jamais, toute possibilité de vivre ensemble”. Encore une fois, un fantasme utilisé pour faire culpabiliser sur le dos du plat concept qu’est le vivre ensemble. Doit-on lui rappeler son statut posté sur Facebook mais aussi son article dans lequel elle semble pleurer sa France d’autrefois, qui a tant changé, où “dans certaines rues de Paris, il n’y a plus d’autres commerces, écoles, crèches, cantines, que kasher et/ou israélites. Comme en écho au radicalisme musulman, un radicalisme judaïque se développe” (!) et où elle explique que “aujourd’hui, le ramadan est quasiment obligatoire, dans beaucoup de cantines, on mange hallal, dans beaucoup de piscines il y a des créneaux mixtes et non mixtes, etc.” ? Et ce n’est pourtant pas du Zemmour! Quant au vivre ensemble, évitons de convoquer cette notion vide de sens comme si elle n’était liée qu’à la volonté ou au manque de volonté de ceux et celles qu’elles incrimine. Vivre ensemble, c’est uniquement valable quand on a les moyens financiers de circuler et d’aller habiter là où on peut vivre dignement, là où les écoles ne pratiquent pas des politiques de séparatisme social absolument scandaleuses, où on peut avoir accès à un mode de vie décent. Il ne suffit donc pas de la vouloir pour le pouvoir et convoquer cet argument témoigne, une fois de plus, d’une ignorance des réalités de terrain affligeante. Ne venez pas parler de vivre ensemble à des populations qui connaissent des humiliations quasi quotidiennes que vous ne connaitrez jamais alors que vous êtes la première à pleurer leur présence et leur “manque de discrétion”. Et surtout, du fond du coeur, qui a envie de vivre avec quelqu’un comme Christine Le Doaré ?

Bien entendu, comme toutes les personnes qui se sont retenues de participer à cette marche alors qu’elles n’ont, heureusement, jamais été conviées ni mêmes sollicitées, ce qui serait un comble, Christine Le Doaré ne peut terminer son article sans mentionner des noms à faire froid dans le dos : Houria Bouteldja, Médine, Tariq Ramadan, etc… Il ne manquait plus que Ben Laden! Mais elle mentionne également Angela Davis, qui est à l’origine de l’appel pour la Marche, la qualifiant, au passage de Pro Voile et Pro Prostitution (sans preuves, comme d’habitude…) et réduisant son existence à “la cause noire aux USA”… Plus de 40 ans de militantisme, des livres traduits dans des quinzaines de langues, des conférences aux 4 coins du monde, des réflexions sur les oppressions de classe, de genre, de race, sur le capitalisme, le système carcéral, les prisonniers politiques et le black feminism mais Angela Davis, dans l’esprit bien étroit de Christine Le Doaré, n’est qu’une militante pro voile et pro prostitution et de la “cause noire” (tiens, là, on voit les couleurs!). Rappelons juste que ne pas avoir une haine épidermique du voile et ne pas être une abolitionniste de la prostitution n’est en rien signe de rattachement à une position pro voile et pro prostitution. Quant à dire que Angela Davis “a pourtant cautionné Elridge Cleaver et les autres militants noirs qui revendiquaient tout de même : «La libération de l’homme noir passe par le viol des femmes blanches »”, c’est un mensonge que seules celles gagnées par la haine peuvent oser. Quand on veut convaincre, on ne s’interdit rien. Au diable les fondements, l’éthique, les sources et les réflexions! Qu’on nous apporte une preuve de qu’avance Le Doaré, à la fois sur Cleaver mais aussi sur les “autres militants noirs” qu’elle semble être la seule a connaitre ainsi que le soutien apporté par Angela Davis. Là tout de suite, j’ai la citation de Michel Audiard qui me vient en tête  : “Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît!”.  Petite remarque : Le Doaré appartient à la caste des athées religiophobes parce que d’après elle, “rien n’a jamais été avéré, toute croyance relève de l’imaginaire”… Or, elle voudrait qu’on croit sur parole ses insinuations sans apporter la moindre preuve de ce qui est avancé tout au long de son article. Suis-je le seul à voir ici le paradoxe de son raisonnement ? Pour autant, si faire partie des black panthers signifie soutenir tout ce que leurs membres disent, pensent et ont envie de faire… alors Le Doaré a soutenu la Maire du XXème arrondissement qui elle même est socialiste comme un certain… DSK! Vous comprenez le raisonnement ? Pour info, si quelqu’un a un semblant de sources permettant d’appuyer les propos diffamatoires de Le Doaré au sujet de Angela Davis, on prend.

Comme cela a été répété à de nombreuses reprises, il est normal que cette marche ne trouve pas d’écho favorable au sein du blantriarcat, encore trop attaché à ses privilèges. Et tant mieux! Qui voudrait d’un soutien de personnes pour qui l’antiracisme consiste uniquement à décrier les insultes racistes les plus courantes et les plus caricaturales, à ne voir du racisme qu’à l’extrême droite tout en ignorant qu’il traverse la société et l’ensemble de l’échiquier politique ? Qui voudrait d’un antiracisme qui valide et soutienne des lois injustes, qui fasse la promotion d’un universalisme beauf où la seule finalité et le plaisir narcissique de voir et reconnaitre son reflet partout? Qui voudrait de soutiens émanant de personnes qui n’ont aucun scrupule à amalgamer ceux dont ils disqualifient les luttes sans jamais rien proposer à la place ou sans jamais aller à leur rencontre ni même sur le terrain? Qui voudrait de la présence à une marche de personnes incapables de construire un argumentaire rationnel qui ne soit pas basé sur des préjugés et des clichés? Qui voudrait d’un antiracisme niais, qui ne prenne jamais en considération à qui bénéficie le racisme, qui ne veuille jamais reconnaitre la responsabilité du haut sur le sort des gens d’en bas, qui ne comprenne pas que le racisme n’est qu’un rappel d’un colonialisme encore présent et qui se refuse, au nom de valeurs non identifiées à regarder les couleurs droit dans les yeux? Qui voudrait de soutiens qui viennent de personnes qui n’ont que le chantage au patriotisme, la référence à la Révolution Française et aux Lumières comme si ça allait de soi, comme argument ? Qui voudrait le soutien de personnes au complexe de supériorité énorme, qui n’ont rien en commun avec les principaux concernés, qui attendent d’eux qu’ils acceptent toutes les critiques possibles et imaginables mais qui refusent catégoriquement qu’on pointe du doigts leurs failles, leurs défauts, leurs faiblesses et leur tendance à travestir la vérité au maximum ? Qui voudrait d’un antiracisme qui n’est jamais sur le terrain mais qui sait tout ce qui s’y passe et s’autorise donc le droit de parler “au nom de” sans respecter la dignité ou l’agenda des premier-e-s concerné-e-s ? Qui voudrait le soutien de personnes qui refusent de voir qu’ils parlent depuis un poste de privilégiés, qui s’exprime avec dédain et qui pensent que leur parole et LA parole surtout quand le sujet ne les affecte pas directement mais qui pensent avoir quand même une opinion pertinente ? Qui voudrait du soutien de personnes qui se taisent sur l’impérialisme, se font rares lorsque des questions identitaires blanches sont sur la table et utilisées à des fins éléctorales et n’ont jamais questionné les rapports de domination nord-sud ? Qui voudrait du soutien de personnalités qui n’ont jamais été reconnues dans les milieux qu’ils et elles prétendent reconnaitre, non pas pour des petites controverses mais pour des opinions politiques qui sont à l’opposé d’un front anti raciste, décolonial et anti sexiste ? Qui veut du soutien de personnes qui ne trouvent rien à redire lorsque l’état envoie un gamin de 8 ans au commissariat pour apologie du terrorisme et qui en même temps ne sourcillent même pas lorsque Devilliers glorifie la colonisation qui est un crime contre l’humanité ? Qui ? Personne. Que ce soit avant, pendant ou après, personne ne veut de votre soutien. Gardez-le pour vous, entre vous. Et puis vos considérations sur la dignité, quand on sait de quoi sont nourris vos réflexions et qu’on lit la haine qui ronge vos claviers… Non Merci! La seule ombre au tableau, c’est de savoir que ces luttes historiques vont bénéficier à beaucoup de monde, y compris celles et ceux qui, du haut de leur aigreur, sont les premier-e-s à les vomir. Fanon disait que la grande confrontation ne pourra être indéfiniment reportée… Il avait raison, Fanon.

Urgence : La Marche de la Dignité

Marche de la dignitéQu’il est loin le temps où les luttes étaient téléguidées par un état qui se voulait bienveillant et où la récupération ne se faisait pas attendre. Qu’il est loin le temps où les racisé-e-s, probablement parce que méprisés dans leur identité multiple (jeunes, banlieusard-e-s, pauvres, “issu-e-s de l’immigration”, etc…) ne pouvaient se révolter qu’à condition de ne pas froisser l’état, de ne pas chambouler l’ordre établi et d’avoir principalement dans leurs rangs des cautions blanches et au profil d’intellectuel. Aujourd’hui, on a marché pour affirmer plus que jamais notre dignité.

Au départ, la marche a été diabolisée avant d’avoir lieu. Entre Yael Mellul, avocate connue pour son soutien inconditionnel à Israël et à sa politique catastrophique, qui a inventé une marche de la dignité avant même qu’elle ait lieu (!) en la faisant passer pour, grande surprise, un évènement antisémite et Caroline Fourest qui relaie un énième mensonge, via la Revue Prochoix, amalgamant Tariq Ramadan, le Hamas, la Manif pour tous, avec l’organisation de la marche, on aura tout fait pour jeter le discrédit sur la Marche. En plus, ce ne sont pas des racistes du FN, mais des “gens bien” qui sonnent l’alerte, vous avez vu! Bref, cet évènement, dont l’appel a été lancé par la Mafed (Marche des Femmes Pour La Dignité) n’a pas bénéficié de la promo dithyrambique et de la large couverture médiatique dont bénéficient les manifestations qui émanent de responsables politiques. Comme d’habitude, les mensonges pleuvent car, pour les dominants, quand on se sent au bout de ses arguments, il ne reste plus qu’une seule arme pour convaincre : diaboliser l’opposant quitte à tomber dans la bassesse, la lâcheté et la calomnie. Mais tant qu’on fait ça “pour la République”

Ici, pas de protestations débiles avec inscriptions au feutres sur corps sveltes et slaves avec slogans sans saveurs, ni réflexion. Cette marche s’inscrit dans la lignée des luttes historiques; ce sont des luttes qui n’ont jamais cessé d’exister car en 30 ans de débats interminables, rarement entre concerné-e-s, mais qui, malheureusement, ne pouvait que continuer à être pertinentes tant la situation des quartiers populaires s’est aggravée. Entre temps, il y a eu des révoltes urbaines, l’aggravation des crimes policiers, une banalisation d’un racisme décomplexé et exacerbé par le mythe d’un racisme anti-blanc, l’augmentation et la féminisation de l’islamophobie, sans oublier la pauvreté dont les quartiers populaires et leurs habitants sont les premières victimes. 2005 a été l’année du coup de projecteur pour les banlieues mais surtout le déclencheur d’une nouvelle génération d’activistes et de militants qui ont marché pour leur dignité, dans une société française ou leur parole est régulièrement confisquée, lorsqu’elle n’est pas déformée ou caricaturée. La Marche de la dignité, c’est l’expression la plus légitime qui puisse exister car elle émane cette fois directement des premier-e-s concerné-e-s qui sont et restent les premier-e-s sur le terrain. Elle échappe non seulement à la tutelle bienveillante et paternaliste du parti socialiste mais est également un message fort envoyé au gouvernement.

Mais les trolls racistes n’ont rien vu de tout ça. Ils ont vu de la racaille (probablement car la marche émanaient de gens “basané-e-s”). D’autres y ont vu de l’anti-France. J’y ai vu de la force. J’y ai vu à la fois la dénonciation du racisme d’état, du capitalisme, du sexisme, des violences policières, de l’impérialisme, la transphobie, l’islamophobie, la négrophobie. Mais ça, les “imbéciles d’en face” comme on les appelle, ils n’y comprennent rien. Aurore Bergé, qui récemment s’affichait en maillot de bain sur twitter lors de la foireuse affaire du Bikini, déclarait: “La est celle de l’indignité. Celle qui appelle au boycott d’Israël et crache sur la République.” Sauf que le chantage au patriotisme bidon (patriotisme flatté par des gens qui se tapent royalement de la France et dont la cause première est de chanteur leur amour pour Israël), pour des gens qui ne se reconnaissent pas dans la République, qui attendent encore l’égalité, la liberté et la fraternité, ça ne marche pas. De même que de se refuser de voir le rapport flagrant entre les oppressions systémiques des habitants des quartiers populaires et de leurs semblables avec l’oppression subie par le peuple palestinien depuis des décennies relève d’une mauvaise foi exemplaire. En réalité, on se solidarise dans la Palestine car c’est devenu un miroir de la situation bien française : une population de quasi enfermement, un apartheid, des lois d’exception (la laïcité a été dévoyée pour contrer les musulmans, n’en déplaise aux trolls religiophobes qui pensent se dédouaner de leur racisme quand ils affirment haïr “toutes les religions”), un taux de chômage monstrueux, une mixité sociale nulle, des moyens réduits et surtout la confiscation de son propre destin qu’on refuse encore aux premier-e-s concerné-e-s d’accomplir.

François Hollande promettait de lutter contre le délit de faciès. On attend toujours. Depuis, son ministre des transports, Alain Vidalies, a déclaré préférer la discrimination au risque d’attentats. En même temps, quand on est un homme blanc “mainstream”, la discrimination, on ne connait pas. On vous souhaite de vivre au quotidien le mépris, l’humiliation et la haine des contrôles systématiques, fondés uniquement sur votre couleur de peau, des jeunes abattus par la Police et nous en reparleront. On reparlera également du récépissé, abandonné par Valls car ce serait une mesure “trop lourde”…. On préfèrera bombarder la Syrie ou valser avec les Saoudiens, c’est certainement moins lourd sur la conscience que de lutter contre les abus dans la police. Les associations qui se solidarisent des victimes de violences policières vous le diront : le but, ce n’est pas d’incriminer l’ensemble du corps policier mais de garantir la liberté à tous de circuler sans contrôle au faciès mais surtout de garantir une vraie paix sociale.

Cette marche a quand même fait des déçu-e-s : pour ceux qui s’attendaient à des hymnes au fondamentalisme, à des “Allahu Akbar” scandés en même temps que des slogans antisémites avec des prières de rue dans le fond, il faudra vous trouver d’autres fantasmes. Par conséquent, on mettra la focale sur la présence du Parti Des Indigènes de La République. Pour l’establishment, il n’est pas concevable de marcher à leurs côtés, tant le PIR est désigné comme sémant la confusion et catégorisant la société; en effet, pour Pierre Kanuty, il est impossible de parler de racisme d’état “quand la ministre de la justice est noire”. Super convaincant… Et pourtant, ce ne sont pas les membres du NPA, d’Europe Ecologie, de l’Union Juive Française pour la Paix, des Juifs et Juives Révolutionnaires ou d’autres organisations anti-racistes qui se sont retenus de marcher pour réaffirmer leur dignité aux côtés du PIR. Une fois de plus, le chantage ne fonctionne pas. Surtout qu’en face, quand il est question, dans le camp dit “progressiste”, de lutter en faveur de la prostitution, cela ne gêne personne de faire ami-ami avec Guy Geoffroy dont les positions anti “mariage pour tous” ne semblent pas tout à fait rimer avec celles des abolitionnistes. Qu’on taxe le PIR d’antisémitisme est un sujet qui mérite, au moins, qu’on mette à plat tout ça une bonne fois pour toutes mais qu’on en fasse la raison principale du dénigrement de cette marche prouve, une fois de plus, combien l’establishment déteste qu’une lutte lui échappe des mains. Qu’est-ce qu’on déteste voir des dominés s’organiser, s’émanciper, se libérer, entreprendre ses luttes pour sa propre destinée! En réalité, qu’on le veuille ou non, la Marche est la synthèse de réflexions issues de décennies de luttes. On se lève pas un beau matin avec un sentiment de révolte; cette Marche est un événement majeur qui rappelle des affaires d’injustices flagrantes (Zyed et Bouna, Amine Bentounsi, Ali Ziri, Lamine Dieng, Mahmadou Marenga, Abou Bakari Tandia, Samir Abbache, Taoufik El-Amri, Albertine Sow, Louis Mendy, Chulan Liu, Lamba Soukouna, Remy Fraisse, etc…). On a hérité des fondements des luttes historiques qui permettent de repenser la dignité dans une société ou le racisme est d’Etat. Pour la personne non concernée, comprenez que le racisme d’état vous consume de l’intérieur, vous fait haïr et mépriser votre propre être (ce qui a pour conséquence d’engendre des individu-e-s comme Lydia Guirous et autres personnes qui détestent ce qu’elles sont) et aujourd’hui, la dignité de cette marche, c’est de clamer haut une résistance.

FemmesLes femmes ont porté la Marche. Elles étaient, dans leur immense diversité, présentes sur tous les fronts. On a rendu hommage à ces combattantes qui compilent des tas d’oppressions et qu’on a utilisées contre les hommes des banlieues qui, comme on le sait tous grâce à des associations comme NPNS (merci le PS!), seraient plus machistes et violents que les hommes blancs qui ne vivent pas dans les quartiers populaires. J’ai vu des femmes au discours sans appel mais néanmoins drôle (“Ta main dans mon afro, mon poing dans ta gueule!”), des femmes qui luttaient à la fois contre le capitalisme et le sexisme, des femmes qui rendaient hommages à leurs soeurs des pays du sud sans l’universalisme blanc narcissique. J’ai entendu les paroles de Stella Magliani Belkacem qui a rappelé que le changement ne pouvait venir que de luttes, admiré les femmes en luttes du 93, écouté Amal Bentounssi. J’ai entendu des discours trop souvent décriés comme étant “anti france” là où la France se prive de ce qui pourrait la sauver : la dignité des plus dominés. Ces femmes et ces hommes, qu’ils soient issus des organisations féministes, de la brigade anti-négrophobie, des Indivisibles ou d’associations anti impéralistes, nous ont montré par leur seule présence et parfois dans leurs mots durs que la dignité est notre plus grande arme. Quoi de plus normal que la Marraine de cette marche soit Angela Davis, icône incontestable des luttes féministes et anti racistes!

En conclusion, aux sceptiques des luttes non encadrées par le blantriarcat, aux frileux de la révolte populaire, aux mythomanes pyromanes, aux analphabètes de la dignité, sachez que vous avez perdu. Pas une guerre ou une bataille mais vous avez perdu la main sur nous. Nous ne serons plus jamais instrumentalisés par un quelconque pouvoir, qu’il soit de gauche ou de droite. Nous nous refusons à nous haïr entre nous pour que vous vous sentiez bien au dessus de nous. Nous nous refusons à vous laisser définir NOS luttes, NOS oppressions et NOTRE dignité. Vous qui nous avez tant sermonné sur tant de sujets sans jamais vous exprimer sur ce qui nous a profondément meurtri (la précarité, la marginalisation, la discrimination, les farces artistiquement racistes comme Exhibit B, etc…) tout en perdant du temps à disqualifier des concepts comme l’islamophobie, la “race” ou la gentifrication par manque de reconnaissance de votre propre racisme mais aussi par ignorance, vous n’avez plus de pouvoir sur nos propres luttes. Nous avons notre agenda et il sera contre l’oppression. Nous sommes tous et toutes solidaires de toute notre âme envers les victimes de la violence, qu’elle soit nationale ou internationale et qu’elles se trouvent en occident ou ailleurs. Le charlisme d’état, l’antiracisme niais et raciste, le refus de certaines réalités sémantiques ou sociétales, la hiérarchisation des oppressions, la concurrence des luttes, la surveillance de masse, l’instrumentalisation des blessures, la violence d’état et notre invisibilisation… On en veut pas. Et on luttera. Et on n’attend pas que la licra, Sos Racisme ou Gilles Clavreul et autres “antiracistes de canapés” se manifestent pour affirmer NOTRE dignité à nous.

PS : Bien essayé le chantage. Mais… venant de la part de personnes qui, pour le coup, font VRAIMENT monter le #FN dans ce pays, gardez vos conseils pour vous. Le #FN, c’est juste la pointe de l’iceberg, la caricature. Mais avant la caricatures, il y a beaucoup de monde et qui ne s’en rend même pas compte… tant les esprits ne sont pas décolonisés.

“Much Loved”, la prostitution et nous

Le Maroc de Much Loved

Much Loved de Nabil Ayouche.

Much Loved de Nabil Ayouche.

Noha, Randa et Soukaina sont trois prostituées marocaines dont “Much Loved” dévoile le quotidien. Elles vivent de rapports sexuels tarifés, entre clients du Golfe, européens et marocains sous le soleil de Marrakech. Elles survivent tant bien que mal dans une société où la question de la prostitution est l’ultime tabou. Entre moments de violence, moments complices et moments de tristesse, les héroïnes de “Much Loved” mènent toujours la danse et rappellent au spectateur que peu importe notre avis sur la question de la prostitution, seul le vécu et la volonté de la principale concernée doit compter.

J’ai aimé Noha comme on aime la cheffe d’un groupe. J’ai aimé son humour, sa force, son intelligence et sous son apparente dureté, ses faiblesses. J’ai aimé Randa comme on aime quelqu’un que personne n’aime. J’ai aimé sa fragilité, sa pudeur. J’ai aimé Soukaina comme on aime un enfant. J’ai aimé sa naïveté, sa douceur. J’ai aimé Hlima dite “Ahlème” pour ses maladresses et sa franchise. J’ai aimé Saïd pour son soutien et sa discrétion. J’ai aimé Much Loved car ce n’est pas un énième film sur la prostitution qui donne soit dans un glamour romantique à la Pretty Woman ou dans un froid glacial à la Takken. J’ai aimé Much Loved pour son absence de compromis, l’incroyable réalisme pour quiconque connait la question du travail sexuel au Maroc.

Au Maroc, la polémique a été au rendez-vous avant même que le film ne sorte en salles. Selon le ministère de la communication, le film représente un “outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine et une atteinte flagrante à l’image du royaume”. Condamner un film avant sa sortie ? C’est curieux. Il est quand même dommage que le Maroc accorde un visa pour réaliser un film qui finira interdit au nom de ce que le film a de nuisible au Maroc et d’un certain féminisme. En 2015, le Maroc ne veut pas voir la prostitution droit dans les yeux. On préfère encore ignorer tout ce qui ne plait pas comme si le fait de tourner la tête faisait disparaitre ce qui dérange et malheureusement, la prostitution n’est qu’un des milliers de sujets tabous qu’on ignore, en pensant naïvement qu’une telle attitude fera disparaitre le phénomène.

Certains n’ont rien trouvé d’autre que de créer des pages Facebook incitant au meurtre de l’actrice principale, Loubna Abidar. On balance son adresse, son numéro de téléphone en espérant que quelqu’un “passe à l’acte” et venge la fameuse femme marocaine outrée par la performance de Loubna Abidar. Rappelons à ceux pour qui l’image de la femme marocaine  est importante qu’un appel au meurtre d’une actrice marocaine qui a osé jouer le rôle d’une prostituée, c’est là le pire outrage à la femme marocaine. J’aimerais leur rappeler, malheureusement, que ce qui constitue un outrage à la femme marocaine actuellement, ce n’est pas une performance dans un film, aussi réaliste soit-elle, mais tout une liste de lois complètement rétrogrades. Quant à l’image du Maroc, Much Loved n’a rien apprit : on sait pertinemment que la prostitution, surtout en 2015, est globale alors pourquoi est-ce que le Maroc devrait y échapper ? Mais si ça vous arrange de continuer à vivre avec des oeillères et à prétendre que tout va bien, ne vous risquez surtout pas à les enlever : ce que vous pourrez voir risquerait de vous faire tomber brutalement de votre nuage.

Pour Much Loved, j’aurai aimé que Nabil Ayouche garde certaines scènes qui ont été coupées ou raccourcies. J’ai aimé les discussions avec ces richissimes saoudiens, pourris par leur argent qui pensent être les maitres du monde alors qu’ils ne doivent leur confort qu’à des gisements de pétrole hasardeux qui les ont transformés en business men. J’ai aimé que le film mentionne non seulement d’autres tabous au Maroc mais aussi la solidarité entre certains groupes oppressés sans tomber dans une caricature ou dévier sur un autre sujet. J’ai aimé les discussions, dures et sans fards, beaucoup plus intéressantes et “efficaces” que certaines scènes de sexe. J’aurai également que la présence de Saïd, le chauffeur de ces dames, soit un peu plus expliquée… Il veille tel un ange gardien sur ces femmes et joue les chauffeurs sans jamais demander quoique ce soit. D’ailleurs, à l’exception de Noha et de Hlima, on ne connait rien des antécédents des autres femmes de ce film. J’aurai aimé en savoir un peu plus… Curiosité de spectateur sans doute. J’aimerais en dire plus mais je pense qu’il faudrait que le film soit vu par un maximum de personnes. Et, au delà de l’intrigue, les performances de toutes les actrices sont excellentes, surtout Loubna Abidar qui peut vous faire pleurer d’une seconde à l’autre avant de vous faire rire puis pleurer à nouveau.

Et nous dans tout ça ?

Les quelques abolitionnistes de la prostitution croisées lors de la projection de ce film ont été assez déçues. Elles qui voulaient des prostituées victimes, forcées et honteuses sont tombées sur des prostituées victimisées et qui ne prétendent pas vraiment au titre de femmes les plus malheureuses au monde et qui attendent qu’on vienne les sauver. Certes, le film ne ménage pas le spectateur sur ce que la prostitution clandestine peut avoir de violent mais sans jamais ôter de dignité aux travailleuses du sexe. Le monde dont rêvent les abolitionnistes et où le client est pénalisé, qu’elles le veulent ou pas, c’est le Maroc de Much Loved : un monde où le client peut être pénalisé mais où la prostituée sera toujours 100 fois plus victime, 100 fois plus oppressée, 100 fois plus stigmatisée. Much Loved leur montre cette société dans laquelle la travailleuse du sexe cumule des oppressions à cause d’une clandestinité qui ne la protège de rien et la fragilise encore plus. Dans cette société prohibitioniste, le pouvoir est encore plus concentré entre les mains du client qui peut se permettre toutes les violences, tous les fantasmes et tous les abus. La Police ? Elle joue le vulgaire rôle d’arbitre dans ce monde underground et comme dans toute situation clandestine, ne s’interdit aucun abus : quand la victime est déjà marginalisée et stigmatisée par tous les pans de la société, pourquoi la respecter? Comme dans nos rues et dans nos commissariats bien français, on fait sa loi, on confisque, on harcèle et on viole sans ménagement.

Dommage que nos féministes françaises converties dans le catéchisme anti-prostitution au nom d’une certaine morale, plus proche de la Religion que de la laïcité qui serait devenue leur “truc à elles”, continuent de monopoliser un débat dans lequel elles n’ont aucune légitimité (Caroline De Haas, Anne Cécile Mailfert, Pauline Arrighi, Thalia Breton et autres féministes carriéristes et charismatiques de la France d’en haut qu’on a entendu sur tous les plateaux et sur toutes les ondes ont été travailleuses du sexe pendant…. jamais!). Dommage que nos féministes françaises qui se targuent d’un antiracisme évident, souvent aussi niais et contreproductif que celui de la licra ou de SoS Racisme, donnent dans l’amalgame raciste le plus flagrant, à savoir “majorité de femmes étrangères dans la prostitution = femmes issues de la traite = femmes forcées = oulala pas bien” car, c’est bien connu, une étrangère qui se prostitue ne peut être que contrainte, voyons. Allez dire ça aux travailleuses sexuelles maghrébines que l’on retrouve dans les salons de massage des émirats arabes unis, du Koweit, du Qatar ou encore du Bahrein… Allez dire ça aux chinoises qui s’organisent dans des associations en plein Paris et qui ont des discours à l’opposé de ce qui se dit dans les milieux féministes de l’establishment. Allez leur dire, du haut de votre expérience nulle en tant que travailleuses du sexe, que ces femmes ne peuvent être qu’issues de la traite des êtres humains, qu’elles doivent être sauvées, écoutées. Dommage que nos féministes françaises qui, font mine de s’indigner du contrôle au faciès avec une main, continuent d’appuyer et de valider les pleins pouvoirs à la police de l’autre, ce qui n’aura pour conséquence que plus de répression envers celles qu’elles considèrent, du haut de leur perchoir de bourgeoises, comme des victimes. Une fois de plus, allez voir celles qui ont été confrontées à la police, harcelées, contrôlées, ramassées à 25 dans des cars de police pour finir en garde à vue en étant 12 dans la même cellule sans fiche de garde à vue juste parce qu’elles ont eu le malheur de racoler. C’est ça, le pouvoir que vous voulez renforcer ? La solution, c’est d’augmenter la répression qui n’aura aucun impact direct sur le client? Que vous êtes courageuses.

Rosen Hicher & Linda Lovelace : deux "survivantes" de l'industrie du texte passées du statut de militante pro travail du sexe pour basculer dans le camp opposé...

Rosen Hicher & Linda Lovelace : deux “survivantes” de l’industrie du sexe passées du statut de militante pro travail du sexe pour basculer dans le camp opposé…

Dommage que nos féministes françaises usent et abusent d’une stratégie vieille, à savoir s’approprier des vécus, pour en faire l’illustration parfaite de leurs arguments. Aujourd’hui, nos féministes françaises ont Rosen Hicher comme certaines féministes américaines ont eu Linda Lovelace dans les années 80, pour faire avancer leur agenda anti travail du sexe. On adore les icônes : on les prend sous notre aile, on les médiatise un peu et on leur donne un acte symbolique à accomplir (Rosen Hicher a traversé la France à pied, super). Au passage, on s’autorise des discours plein d’angélisme avec des citations cucul la praline comme le fameux “on fait ça pour nos filles, pour la prochaine génération”; d’habitude, ce genre de phrase est balayé d’un revers de la main par ces féministes qui veulent rompre avec ce genres de discours qui rappelle trop un féminisme pas très féministe, cher à des personnalités comme Sarah Palin ou Michelle Bachman mais qui dans la bouche d’une alliée alibi des féministes comme Rosen Hicher n’est plus ringard, puritain, lisse, etc…  Rosen Hichen ira même défiler avec les Femen, portant dans ses bras une petite fille, histoire de bien émouvoir le peuple blanc venu la soutenir après sa marche. L’image est éloquente, la figure de l’enfant dans les bras de la survivante de la prostitution parle à tous et à toutes sans que personne ne trouve le procédé indécent comme lors des manifestations contre le mariage pour tous… Ici, la famille, c’est respectable, hein. Au passage, une telle image aura été l’occasion rêver de réunir sous la même bannière un beau monde riche de sa diversité blanche des groupes qui ont peu de choses en commun mais qui se sont fait violence le temps d’une action ridicule:  des religiophobes anti laïcité aux seins nus et guirlandes de fleurs, des associations d’origine catholique qui se refusent toujours à distribuer des préservatifs et qui sont encore liées à l’église comme le Nid dont la plupart de ses sites sont situés dans des paroisses ou églises et dont le délégué le plus célèbre est diacre, des féministes du PS et j’en passe… Rappelons juste que, outre ce statut de “survivante qui donne de la légitimité au combat contre le travail sexuel”, Rosen Hicher et Linda Lovelace ont en commun le fait d’avoir écrit des livres à la gloire du travail sexuel, avant de basculer dans le camp adverse et de rejoindre les rangs du militantisme anti travail du sexe. A la fin de sa vie, Linda Lovelace est revenu sur son militantisme anti pornographie, a posé en lingerie pour un magasine érotique, assisté comme vedette à des foires pornographiques où elle a dédicacé des VHS de Gorge Profonde et dénoncé l’instrumentalisation de son histoire par le féminisme de l’époque. Quand Linda Lovelace était obligée de travailler comme femme de ménage de nuit et secrétaire de jour pour payer ses factures médicales et subvenir aux besoins de sa famille, aucune féministe n’était là pour la soutenir. Alors, à celles qui attendent que les cavalières de l’abolition leur viennent en aide, n’oubliez jamais qu’elles vous exploiteront à leur tour comme vous l’avez été ou avez eu le sentiment de l’être pour faire avancer LEUR cause, pas la vôtre. Dommage que nos féministes françaises n’aient que pour seul argument l’idée que le travail sexuel ne pourrait être tolérable parce que c’est une violence et que c’est une exploitation. Que ce soit une violence, c’est toujours discutable, mais ce n’est pas l’augmentation de la répression, l’invisibilisation de la profession et le harcèlement qui rendra le métier moins violent. Quand à l’exploitation… si elles veulent qu’on les prenne au sérieux, que nos féministes françaises brûlent leurs vêtements achetés dans de grandes enseignes de prêt à porter mais fabriqués dans des ateliers de confection où l’on exploite l’être humain jusqu’aux suicides et aux évanouissements des salarié-e-s et on en discutera. Aucune féministe française ne prendra des airs outrés ou ne déclarera, sourcils froncés et air grave dans les yeux, que “le client doit être responsabilisé et savoir ce qu’il a en face de lui”. Et si le client, ce sont les abolitionnistes ou les lectrices du magasine ELLE qui achètent des tee shirts portant la mention “This is what a feminist looks like” fabriqués dans des conditions inhumaines par des femmes qui travaillent 16 heures par jour , on vous pénalise comment? A moins qu’une exploitation soit plus acceptable qu’une autre ? Je rappelle qu’au delà du textile, il existe aussi d’autres formes d’exploitation qui couvrent de nombreux secteurs comme la restauration, la fabrication de nombreux articles de consommation courante, l’électroménager, etc… L’exploitation qui n’a pas le droit à l’indignation féministe, c’est celle qui concerne nos smartphones qui sont crées en Chine dans des bâtiments équipés de grillages afin d’éviter des suicides sur place , l’huile d’Argan que l’on importe en France après avoir pillé les réserves au Maroc et ruiné la santé des marocaines qui vont l’extraire afin que les européennes puissent se trémousser cheveux en vain et cela quelque soit le climat, mais aussi nos nourrices de France, généralement immigrées, mais qui torchent le cul de leurs gosses pour leur permettre à ces femmes du XXI ème siècle, de faire carrière sans trop de difficultés, etc… On pourra également parler de toutes ces professions qui sont des exploitations qui touchent des individus que nous ne remarquons même plus tant notre regard s’est habitué à les ignorer mais qui n’ont pas le droit d’être défendus par nos féministes. Ce sont des exploitations qui concernent beaucoup plus de monde et couvrent beaucoup plus de domaines mais jamais les abolitionnistes ne s’attaqueront à une exploitation aussi puissante. Comme d’habitude, c’est tellement plus facile de taper sur les plus faibles, les plus précaires, les victimes comme elles les appellent (quand elles ne parlent pas des travailleuses du sexe comme étant des “pauvres filles”) et qu’elles veulent sauver malgré elles car elles auront toujours raison. Dans les courants féministes “d’en haut”, on se trouve digne, subversif et sans doute admirable quand on supplie Google France de verser encore quelques subventions comme Anne Cécile Mailfert l’a fait sans jamais se dire qu’au final, il n’y a aucune différence entre gratter des euros à une multinationale américaine en battant des cils et monnayer un rapport sexuel consenti. Chez OLF, va-t-on considérer Mailfert comme une victime et pénaliser Google ? Vous avez 4 heures. Mais chez les abolitionnistes, quand on est persuadé de détenir la vérité à la place de ceux qui l’a vivent, tous les moyens justifient la fin. On va jusqu’à présenter  un court métrage ringard, alarmiste pour rien, puant la morale puritaine et qui n’a absolument rien à envier aux montages photos racistes et homophobes trainant sur internet et qui traitent, avec effet de panique, du déclin de la civilisation, de cette société à la dérive, de nos “valeurs”, etc… Ca va les abolitionnistes ? Pas le sentiment de tomber dans la caricature ? Pas le sentiment d’agir exactement comme ceux qui sont vos ennemis, en temps normal, comme ce patriarcat qui s’affole du futur quand “un changement” arrive?

10522182_657907420970464_109752714_a Aux bonnes âmes de France qui veulent à tout prix intervenir dans le débat sur l’abolition de la prostitution, souvenez-vous que vous ne pouvez pas pleurer le manque de représentation de femmes dans tous les domaines de la terre (assemblée nationale, sénat, armées, CA des entreprises, etc…) et occuper l’espace et la parole des travailleuses du sexe. Vous ne pouvez pas non plus décider que seules les ex travailleuses du sexe qui ont fait le deuil de leur métier au point d’en nourrir votre argumentaire et de militer à vos côté ont le droit de parler… alors que la loi n’aura aucune incidence sur elles. Vous ne pouvez pas également continuer à marcher sur la tête quand on a un volet social merdique à proposer pour celles qui souhaitent quitter le travail du sexe et qu’on propose une aide conditionnée à des travailleuses sans papier qui, pour le coup, ressemble à s’y méprendre avec du chantage. Aux bonnes âmes de France qui, comme Patric Jean et autres guignols de chez Zéro Macho, crient haut et fort combien ils ne sont pas clients de la prostitution qui est abominable et tout le baratin des bourgeois qui n’ont jamais été dans le besoin : votre ligne de conduite et vos arguments sont inutiles. Votre seul argument, c’est de dire que vous êtes contre la prostitution. Et là, l’envie de vous répondre me brûle les lèvres : et alors ? Vous êtes contre ? Vous voulez une médaille, un avantage fiscal ? En quoi le fait de dire que vous êtes contre est pertinent dans le débat (pour glousser quand on une travailleuse du sexe parle, ça c’est pas très zéro macho au passage, hein).Bien. Passez votre chemin. Et cessez de grignoter le temps de débat et de discussions qui doit être autour, une fois de plus, concentré entre les premières concernées. Cessez les aberrations du genre “Il faut du désir” ou “c’est une violence”. C’est bien le sentimentalisme, ça rapporte beaucoup d’argent à Hollywood, mais politiquement ça montre vos limites et faiblesses quand vous ne pouvez plus traiter celles qui ont le malheur de ne pas être abolitionnistes d’aliénées, de “pauvres filles” et autres qualificatifs. Une bonne fois pour toutes : aller à la rencontre de prostituées en activité, non issues de la traite et laisser les parler. Laisser. Les. Parler. En tout cas, personne n’est dupe et quand on voit de quoi est capable, en terme d’attaques, d’insultes et de calomnies, le camp abolitionniste, on perd toute sympathie à son égard.

Aux bonnes âmes marocaines, regardez la vérité en face. Et sachez que la grande confrontation ne peut être indéfiniment repoussée quand on sait combien les choses bougent rapidement. Much Loved a scandalisé alors qu’il pouvait être l’occasion de débattre, d’officialiser une discussion et un phénomène. J’espère sincèrement que ce film n’était pas une petite parenthèse dans la société marocaine mais que le sujet reviendra sur la table. La prochaine fois, peut être…

 

Etude comparée : Quand Canal + fait mine de s’intéresser au féminisme…

MLa télévision française a beaucoup de mal à parler de féminisme. Même à l’occasion de la journée de la femme, date féministe s’il fallait n’en retenir qu’une seule, le service public n’a rien trouvé d’autre à proposer… qu’une émission 100% femmes sur France 2, en deuxième partie de soirée, sous la tour Eiffel et animée par Alessandra Sublet qui déclarait se sentir “de moins en moins féministe” pour une histoire de paires de couilles. Il paraît que les temps changent et pourtant, les clichés les plus antiféministes résistent, tout comme leurs cousins, à savoir les clichés racistes. Et malheureusement, ce ne sont pas les reportages de Canal + qui nous feront penser le contraire.

2015, chez Canal +, c’est l’année Charlie, année Liberté d’expression, année liberté de l’information, année de la démocratie et année du vent. 3 reportages, sous forme de portraits accompagnés de courts entretiens résument à eux la pensée Canal + et ont attiré mon attention. Ainsi, ces 3 reportages réunissent tout ce qu’il y a de plus caricatural et de plus sournois dans la mentalité « féministe » de Canal+.

Mona Eltahawy, Anne Cécile Mailfert et Rokhaya Diallo.

Mona Eltahawy, Anne Cécile Mailfert et Rokhaya Diallo. 3 visages, 3 féminismes.

Il y a d’abord un reportage dans la Nouvelle Edition sur Mona Eltahawy, à l’occasion de la sortie de son livre, «Foulards & Hymens ». Canal + annonce la couleur : Mona Eltahawy est féministe et musulmane. Et pleine d’humour, en plus. Trio gagnant ! S’ensuit une présentation ultra laconique de l’auteur féministe musulmane : elle est journaliste, a couvert la révolution égyptienne au cours de laquelle elle a été violée et brutalisée et aujourd’hui, elle a les cheveux rouges et de chouettes tatouages sur les bras. On mentionne rapidement le fait qu’elle ait été arrêtée dans le Métro de New York alors qu’elle taguait sur une affiche « anti-musulmane » (le mot « Islamophobie » est probablement plus difficile à prononcer) sans donner de plus amples détails. La présentation paraît complète, or, il aurait fallu mentionner ce qui a véritablement rendu célèbre Mona Eltahawy, à savoir cet article publié dans « Foreign Affairs » intitulé « why do they hate us ? »… C’est cet article, truffé d’essentialisations, d’orientalisme et qui diabolise les hommes arabes et musulmans, qui l’a propulsée au rang de ces féministes arabes alliées du Nord et dont l’occident raffole comme il raffole des dattes et des cornes de gazelles : juste pour la touche « arabe ».

En revanche, Canal + s’attarde un peu sur le voile que portait Mona Eltahawy. Après tout, son libre s’appelle bien « Foulards & Hymens », n’est-ce pas ? Eltahawy avoue ne pas avoir été heureuse lorsqu’elle le portait. «Une fois dans le bus, il y avait une femme assise en face de moi qui portait un niqab. Elle a essayé de me convaincre de me couvrir le visage aussi», raconte-t-elle. «Je lui ai montré mon voile en lui disant “ça ne suffit pas ?”. Elle m’a répondu : “si tu veux manger un bonbon tu le préfères emballé ou pas emballé ?”. Je lui ai répondu : “Je suis une femme, pas un bonbon”.» C’est l’argumentaire anti-voile de la Nouvelle Edition sauce bistro du coin : « voyez ces femmes qui ont subi le harcèlement en terre barbare, oops, en terre arabe, et vous osez porter le voile ici ?! En plus, elles vous disent qu’elles n’étaient même pas heureuses de le porter ! ». Bien… Par contre, la Nouvelle Edition aurait quand même du préciser un détail qui a toute son importance : Mona Eltahawy était forcée de porter le voile parce qu’elle vivait en Arabie Saoudite, là où le voile est une obligation. Non, Canal présente cette histoire du voile comme si Mona Eltahawy l’avait réellement choisit pour finir par le regretter alors que dans les faits, elle a été forcée et donc, naturellement, ne pouvait être heureuse.

On se décide enfin à parler du livre ! Pour dire quoi ? Rien. Mona Eltahawy lit son introduction et signale que les femmes du moyen orient et d’Afrique du Nord sont souvent réduites à ce qu’elles ont sur la tête – le voile, toujours le voile – et entre les jambes. Tout ça, pour ça… Mais une arabe qui parle vaguement de sexualité, qui s’extasie devant une statue qui cache le sexe d’un ange par une feuille, à la TV Française, en accablant un peu le moyen orient, quitte à donner dans l’essentialisation la plus basique, c’est un plaisir qui ne se refuse pas. L’ironie, c’est que ce reportage fait exactement ce que dénonce Mona Eltahawy : il l’a réduite à ce qu’elle a sur la tête (un voile puis les cheveux rouges) et ce qu’elle a entre les jambes.

Place à Anne Cécile Mailfert dans Le Supplément. Elle est présentée par Guillaume Hennette comme une féministe « pas Femen » car elle ne « va pas montrer ses seins pour essayer d’avoir raison sur différentes causes ». La déception des hommes assis autour de la table est palpable au son de leurs gloussements mais peu importe : Anne Cécile Mailfert est issue d’une structure du féminisme dit « classique », comprenez par là « féminisme mainstream, légal et bien lisse». Elle est même présentée sous le charmant nom de « féministe 2.0 », comprenez par là « la féministe légitime car si elle est 2.0 cela veut dire qu’elle est la suite de l’originale, c’est à dire la 1.0 ». Le sujet qui lui est consacré ressemble à une collection de bandes dessinées Martine. On a le droit à l’épisode de Anne Cécile gratte des subventions chez Google France « parce qu’ils font vachement de bénéfices ». Puis l’épisode Anne Cécile en brainstorming avec son équipe féministe (épisode avec un casting 100% blanc, seuls les meubles, la bière et certains vêtements étaient de couleur, probablement pour des raisons de budget serré, la faute à Google, sans doute) pour trouver une stratégie pour imposer la parité aux prochaines élections. Vient après l’épisode Anne Cécile et ses copines dans le métro pour une action « anti harcèlement en perruque », sans grand intérêt. Je ne vais pas m’attarder sur les épisodes Anne Cécile et le cyber harcèlement et Anne Cecile raconte son Avortement pour m’arrêter sur l’épisode Anne Cécile et l’ex-prostituée Nigériane. Comme d’habitude, la féministe blanche a sauvé, grande surprise, une femme noire, prostituée probablement contre son gré et sans doute « sans papiers », qui, cerise sur le gâteau, attend un enfant dont Anne Cécile sera la marraine. Le spectateur n’a pas le temps de voir Anne Cécile Mailfert se gargariser d’incarner un « féminisme pas déconnecté » selon ses propres mots que le contre argument se fait entendre : Rokhaya Diallo, autre militante féministe, reproche à l’association Osez Le Féminisme et donc à Anne Cécile Mailfert d’incarner un féminisme déconnecté car blanc, bourgeois et pas très représentatif de l’ensemble des femmes. La suite du portrait enchaîne sur de courts extraits de l’épisode Anne Cécile & la PMA, laissant le spectateur stoïque devant une Anne Cécile Mailfert qui déclare, en faisant cette grimace propre aux addicts, à propos de l’engagement féministe : « Nan, j’sais pas, c’est un peu une drogue j’crois… Mais c’est une drogue qui fait du bien ! ». Vive le pétard, donc.

Après ce bref portrait, Anne Cécile Mailfert rejoint le plateau du supplément, en compagnie de Ségolène Royal. L’interview est plaisante. Anne Cécile Mailfert déplore l’absence d’un ministère du droit des femmes mais aussi l’absence de femmes têtes de listes, en rajoute une couche, et à raison, sur l’éternel écart de salaires, le temps partiel, les discriminations à l’embauche en 30 secondes chrono sous le regard d’une Ségolène Royal qui préfèrerait sans doute être dans son bain à regarder un téléfilm avec Shannen Doherty … Ah ces féministes ! Elles râlent toujours décidément ! Vient ensuite la fameuse affaire de la jupe qui a secoué la planète laïcité en ce début d’année. Anne Cécile Mailfert juge qu’il ne faut pas exclure. Elle est d’ailleurs tellement choquée et marquée par cette affaire qu’elle a… relayé le hastag sur Twitter. C’est donc ça, le féminisme 2.0 ! Relayer un hastag is the new activisme français ?! Maïtena Biraben pose la question à 5 millions de dollars (question Google pour celles et ceux qui ont suivi) : Féministe et voilée, c’est possible ? Réponse de la féministe 2.0 droguée? « Toute femme qui se revendique féministe euh… se revendique féministe. » Merci madame Mailfert pour l’autorisation. Droguée et cheftaine du féminisme, rien que ça. « Euh… nous on va pas juger est-ce qu’on est plus ou moins féministe euh… donc donc… (…) on ne dévoile pas, nan nan, on n’impose pas ça, pas du tout, c’est un peu violent, non ». Bonne nouvelle, le féminisme 2.0 ne veut pas dévoiler. Poursuivons. « par contre, euh euh, nous on a une position sur le voile qu’est de dire que les voiles, pas seulement le voile musulman, pour nous ce sont, c’est un signal qui est envoyé de… bah de se cacher pour les femmes et c’est vrai que nous on est contre ». Anne Cécile Mailfert, je ne sais pas si ce sont les drogues qui parlent, mais quand on vous pose des questions sur le voile, inutile de tenter une pirouette en parlant « des voiles, pas seulement le musulman » quand la question est exclusivement centrée autour du foulard musulman. C’est ni brave, ni courageux. C’est juste la réponse typique de celles qui veulent s’éviter une accusation d’islamophobie en parlant « de tous les voiles ». Bien joué, mais en 2015, plus personne n’est dupe. Quant à l’idée de cacher les femmes… Ces femmes voilées, qui les cache ? Le voile ou les écoles qui les refusent, les entreprises qui les recalent, les hommes qui les agressent ? Ces femmes qui, souvent, aimeraient que leurs idées soient entendues et contribuer à un féminisme enrichi d’expériences différentes pour créer un féminisme encore plus puissant, vous les trouvez cachées ? Pourtant, croyez-le ou non, ces femmes qui ne méritent pas votre activisme 2.0, elles ont pourtant des tas de contribution à faire sur ce qu’elles vivent en terme de harcèlement, de machisme, de discrimination et de marginalisation. Devant une telle perle argumentative, Maïtena Biraben demande à Ségolène Royal si l’on peut être voilée et devenir féministe. Réponse culte : «  On peut être voilée et devenir féministe (…) on peut être voilée dans la sphère privée et enlever son voile dans la sphère publique ». Preuve irréfutable de l’ignorance socialiste qui ne sait même pas en quoi consiste le port du voile et décrète qui sera féministe ou pas. L’entretien se termine dans une ambiance bon enfant, colorée, comme d’habitude. Le Supplément a présenté la fille légitime du féminisme dit « des première, deuxième et troisième vague », plus souriante que celles qu’on connaissait et surtout sur tous les fronts ! Infatigable, presque sans langue de bois et convaincue, Canal + a réussit a forger les esprits : le féminisme français majoritaire, qui a raison tout le temps et sur tout (et qui est à gauche en plus !), ce sera ELLE. Les propos d’ Anne Cécile Mailfert sur le voile ont provoqué une petite polémique qui a entrainé le départ de militantes d’Osez le féminisme. Certes, l’accusation d’islamophobie semble grossière mais quand la nouvelle dirigeante de l’association déclare aux Inrocks : « Nous considérons le voile comme un symbole d’oppression patriarcale. (…) Cependant nous n’avons pas de solution pour le combattre, car les femmes musulmanes sont victimes d’une double oppression, raciste et sexiste, et nous ne voulons pas les stigmatiser ». Alors, pourquoi tenir un discours en plateau et dire l’inverse aux Inrocks ? Au passage, sachez que chercher une solution pour combattre le voile tout en cherchant à ne pas stigmatiser (sans se cacher de soutenir des initiatives qui stigmatisent comme la journée sans voile), c’est de l’insanité. Pour finir, il aurait été intelligent de la part de Canal d’interroger Anne Cécile Mailfert sur des problématiques d’actualité, comme la pénalisation des clients de prostituées et le projet de loi d’interdiction du voile dans les universités, histoire de laisser s’exprimer ce féminisme « pas déconnecté ». Une prochaine fois, peut être ?

Lorsque le supplément consacre un portrait à Rokhaya Diallo à l’occasion de la sortie de sa BD, « Paris d’amies », et de son ouvrage « Moi raciste? Jamais! », l’ambiance est largement différente. Le sujet s’appelle « Les Clashs De Rokhaya Diallo ». Le ton est donné. Le qualificatif de Féministe 2.0 étant déjà prit, la voix off présente Rokhaya Diallo comme l’une des « rares femmes noires dans le paysage médiatique français », pour ensuite faire référence à elle comme « la femme des clashs » et « l’anti-zemmour de service ». Ah, Zemmour : bizarre comme il est le seul nom à revenir quand on parle de racisme, comme s’il cristallisait tout seul ce racisme contre lequel Diallo se bat! Amis du supplément, Zemmour n’est que l’expression la plus vulgaire du racisme décomplexé. Passé cette brève introduction, le spectateur aura le droit à un résumé plus que caricatural des combats de Diallo ; en effet, elle est, dans l’ordre «une militante qui agace à droite comme à gauche» (en langage beauf, on appelle ça une chieuse ou une féministe, mais Canal + a trop de classe pour ça), quelqu’un qui combat «en faveur du voile et contre l’islamophobie» avant de se demander qui elle est et ce qu’elle défend vraiment. Tremblez ! Le portrait revient sur son passage chez RTL au moment des attentats lorsque Rioufol lui a demandé de se désolidariser des terroristes. Puis, on parle vaguement de ses oppositions avec Elizabeth Levy qu’on annonce comme «l’une des cibles régulières de Rokhaya Diallo». Ici, le mot « cible » n’est pas un choix anodin ; en effet, ce terme permet de faire passer E. Levy pour la victime des attaques de Rokhaya Diallo. Brillant procédé de diabolisation qui permet de prendre en otage la cervelle du spectateur qui désormais ne peut voir le combat de Rokhaya Diallo que d’un mauvais œil.

Et en effet, le mauvais œil est partout dans la suite du portrait. Les Y’A Bon Awards ? Des récompenses des perles racistes « parfois très critiquées ». Par qui ? Par Caroline Fourest en personne. La voix off n’en dira pas plus, sans même citer les propos qui lui ont valu une banane d’or et qui ne sont que mensonges et calomnies. On donne l’impression de récompenses gratuites, non méritées, injustes. Pas un mot non plus sur les membres du jury, pourtant assez diversifié. Christophe Barbier est venu chercher son prix pour des unes « considérées comme Islamophobes ». Justes considérées? De toute façon, la voix off n’est pas « sûre qu’il y retournerait ». Le pauvre. A se demander si Canal ne le considèrerait pas, lui aussi, comme étant « l’une des cibles régulières de Rokhaya Diallo » ! Le reportage mentionne quand même la présence de Melissa Theuriau dans l’entourage de Rokhaya Diallo, histoire d’apporter une petite touche de crédibilité intellectuelle mais le spectateur n’a pas encore le temps de la laisser remonter dans son estime que le supplément touche au sacro saint sujet de tous les temps : Charlie Hebdo. Qu’en dit-on ? Qu’elle a signé une pétition contre le soutien à Charlie Hebdo au moment de l’incendie de 2012. Bien. Mais il en faut encore plus : on mentionne également que les vilains Indigènes de la République, autrement dit le Diable en personne dans le monde médiatique, ont également signé la pétition. Et Canal enfonce le clou : Rokhaya Diallo serait antisémite. Source : un entretien de Dieudonné et de Soral réalisé pour la chaine LCP. Que lui reproche-t-on ? D’avoir présenté Soral juste comme un polémiste. Ah… Et présenter Rokhaya Diallo comme la femme des clashs ou l’anti-zemmour de service, on en parle ? Pourquoi reprocher aux autres ce qu’on n’applique pas ? Et surtout… qui ne connaît pas Alain Soral ?! La fin du portrait n’est guère plus favorable à Rokhaya Diallo qui sera toujours présentée comme « féministe pro-voile », « en faveur du voile ». Comme pour Mona Eltahawy : on réduit les combats des féministes « non filles légitimes des vagues passées » à quelques points de vue.

L’interview sur le plateau laisse place à une Maïtena Biraben beaucoup plus pugnace que d’habitude. Le sujet Dieudonné revient. Rokhaya Diallo déplore que tous les racismes ne soient pas traités de la même façon. Aucune réaction en face. Quant à Charlie Hebdo, Maïtena Biraben déclare : « vous êtes pour la liberté de porter le voile si on le souhaite, pour la liberté de se prostituer mais contre la liberté d’aller trop loin dans l’humour si Charlie Hebdo le souhaite ! ». Rokhaya Diallo a beau expliquer qu’elle a le droit de ne pas être d’accord avec l’humour Charlie mais Maïtena Biraben la reprend, esprit charlie oblige : « vous trouvez que c’est islamophobe !». Elle rappelle qu’elle a signé une pétition de « non soutien » (sans préciser que la pétition ne faisait aucunement suite aux attentats du mois de Janvier 2015, probablement pour entretenir l’ambiguïté). Que voulez-vous que Rokhaya Diallo lui réponde quand des questions aux nombreux sous-entendus s’enchaînent ? Au final, MB fera une preuve flagrante de racisme light en déclarant qu’elle s’ignorait raciste puisqu’elle ne voyait pas de racisme dans le fait de dire « Tu es Espagnole ? J’adore la paëlla ». Ne réussissant pas à la convaincre, Biraben diffuse des extraits de sketchs du Jamel Comedy Club. Réponse de Diallo ? La nuance est dans « la bienveillance ». Heureusement que Rémy Pflimlin, présent sur le plateau à ce moment là, rappelle que les témoignages issus du livre de Diallo sont véridiques car issus de la plateforme internet. Boom, changement de sujet, on passe à nouveau à Dieudonné et Soral ! Rokhaya Diallo rappelle que le fait d’interviewer une personne n’est pas un signe d’adhésion à ses idées. Maïtena Biraben trouve quand même scandaleux que Rokhaya Diallo n’ait pas donné d’autorisation de diffusion de son interview dans son portrait… Et on a envie de lui répondre que le mal est déjà fait mais Canal n’aime pas trop les résistances… La fin de l’entretien portera sur des questions somme toutes déjà entendues sur la diversité à la télé…

Que retenir de ces trois portraits différents ? Premièrement, Canal aborde le féminisme en version accélérée. C’est très court et surtout, très stéréotypé. 3 féministes, 3 histoires différentes, 3 parcours différents, 3 niveaux de médiatisation différents, 3 affiliations différentes pour 3 femmes qui évoluent dans des cercles différents mais on parlera toujours et encore du voile. On ne se prive pas de raccourcis, de contre vérités, de petites calomnies subliminales et de coller des étiquettes : Mona Eltahawy la féministe ET musulmane ex-voilée puis décolorée qui adore le mot « VAGIN », Anne Cécile Mailfert la féministe « classique » et donc la plus légitime au titre de féministe de base et Rokhaya Diallo, la féministe « contrefaite » car « pro-voile » qu’on ose à peine nommer féministe quand on ne parle pas d’elle comme d’une agitatrice, reine du clash et qui aurait, la vilaine, ses cibles. Belle schématisation !

Deuxièmement, Canal refuse systématiquement de parler du contenu des combats (livres, films, textes…) pour parler des auteures comme si cela était plus important. Pourquoi ne pas avoir développé quelques points des thèses de Mona Eltahawy ou de Rokhaya Diallo ? Pourquoi insister sur des informations personnelles, certes à l’origine de leurs combats, sans montrer le rapport avec les luttes ? Pourquoi ne pas poser des questions de fond sur les combats que mènent ces femmes, quittent à ce qu’elles ne développent qu’un seul point ?

Troisièmement, Canal passe sous silence ce qui lui chante. Présenter Mona Eltahawy en prétendant que sa « célébrité » a commencé avec la révolution égyptienne, c’est à la fois mensonger et grossier. Taire sa présence aux seins d’organisations qui se définissent elles mêmes comme appartenant au féminisme islamique, que “tout le monde” en France a en horreur, trahit soit une manipulation soit un manque de recherches de la part de Canal. De même que dire d’Osez le féminisme que c’est une association « qui a prit ses distances avec le parti socialiste » sans expliquer que certaines membres de cette association n’ont aucun complexe à côtoyer  des gens vraiment pas à gauche (pensez à Caroline De Haas, membre historique d’OLF qui a rejoint le collectif « Féministes pour une Europe Solidaire » aux côtés de Mailfert mais aussi d’une certaine Annie Sugier… qui était l’une des animatrices du site ultra islamophobe « Riposte Laïque »…), c’est cacher une vérité très dérangeante qui aurait du interpeller… Mais on ne se gênera pas pour inventer des filiations idéologiques Dieudonné – Alain Soral – Rokhaya Diallo sur la base d’une interview donnée pour LCP. Comme c’est étrange…

Enfin, pour terminer, il serait intelligent que Canal traite du féminisme autrement. Montrer des féministes qui écrivent, luttent, discutent de stratégies, c’est bien mais sans expliquer la pertinence de ces luttes dans les sociétés actuelles, c’est nul. En conclusion, bon courage aux féministes qui luttent, réellement, sans avoir à déformer la vérité tant qu’elle leur est favorable à coups d’actions et/ou de reportages bidons et j’ai une tendre pensée pour celles persuadées, du haut de leur grandeur, que leur mission sur terre et de libérer tout le monde, y compris celles qui ne se reconnaissent pas dans leurs luttes et qui n’hésitent pas à discréditer leurs adversaires en les insultant, elles qui appartiennent à cette gauche qui ose encore affirmer que l’islamophobie consiste à taxer une personne d’islamophobe pour discréditer ses propos :

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Il est clair que je préfère la version Twitter de Anne Cécile Mailfert qui a le mérite d’être beaucoup moins “sous drogue” que sa version télé qui ne sait que sourire mécaniquement et répondre à côté des questions! Envoyer bouler des interlocuteurs en les traitant de #troll, ça, c’est certain, c’est le féminisme 2.0.

Féminisme blanc : le mépris de Lou Doillon

Ca a commencé par une entrevue accordée par la chanteuse vaguement célèbre Lou Doillon au quotidien espagnol El Pais dans laquelle la fille de sa mère s’est exprimée sur le féminisme et ses nouvelles icônes (Beyoncé, Nicki Minaj, etc…).  A une époque où les actrices semblent plus capter l’attention par leur capacité à récupérer leur silhouette de rêve – diktat de la minceur oblige – quelques semaines après la naissance de leur enfant, savoir qu’une comédienne a une opinion pertinente sur le féminisme pourrait sembler rafraichissant. Sauf que dans ses propos, Lou Doillon prouve à quel point le mépris des les femmes blanches vis à vis des femmes noires est flagrant.

Féminisme blanc: Entre culpabilisations et injonctions

Lou Doillon : Chanteuse méconnue

Lou Doillon : Chanteuse méconnue

Avant de s’en prendre directement à Beyoncé et à Nicki Minaj, Lou Doillon se gargarise en se vantant de faire partie de la première génération de femmes en mesure « de jeter un mec à la rue, de dispo­ser de son propre salaire, d’avoir une maison à son nom et de pouvoir élever seule son fils ». Ok, donc ça, c’était le passage “je fais la promo de ma réussite, regardez combien j’ai cartonné”, presque incontournable dans la vie de toute artiste dont le talent et le succès restent à prouver car quand on est jamais félicitée, autant se féliciter soit même. Ca va les chevilles ? Les femmes qui subissent des violences conjugales et qui ne jettent pas leur mec à la rue, sans disposer d’un salaire, tout en élevant leur gosse dans une maison à leur nom ont de quoi complexer. Elles avaient qu’à faire comme Lou Doillon, bon sang! venant de la part d’une bourgeoise qui ne doit ses réussites qu’à son entourage familial, cette déclaration fait sourire. Belle essentialisation. Passons. « Quand je vois Nicki Minaj et Kim Kardashian, je suis scan­da­li­séeJe me dis que ma grand-mère s’est battue pour autre chose que le droit de porter un string. » Sapristi ! Quelqu’un a osé trahir le combat de nos aînées! Bien que j’ignore tout des “combats” d’une nunuche en chef comme Kim Kardashian, il ne me semble pas que Nicki Minaj se soit présentée comme militante pour le port du string. Par contre, sans trop m’avancer, je peux dire que la génération de femmes “qui se sont battues” et dont doit faire partie la grand mère de Lou Doillon, sont surtout des femmes qui se sont battues pour “avoir le choix”. A moins qu’une chanteuse blanche inconnue au rayon des féministes pense avoir le droit de juger les choix des unes et des autres ? Prochaine étape : distribution de bons points féministes par le juge Doillon ?! Notez bien que pour une féministe blanche, lorsqu’on “sort du rang”, c’est toujours considéré comme une trahison à une lutte mais quand elles font des choix “traditionnellement patriarcaux” comme devenir mère ou se marier, ce sont toujours des libertés individuelles fondamentales.

Mais Lou Doillon ne s’arrête pas là. D’après elle, des chanteuses comme Béyoncé trahissent le féminisme dans la mesure où “comme les garçons ne nous frappent plus le cul, on le fait nous-mêmes. Comme plus personne ne nous traite de “chienne”, on se le dit entre nous”. Peut être que dans le monde de Lou Doillon, celui où Jane Birkin a donné son nom à un sac Hermès hors de prix et où on ne prend jamais le métro, tout va bien, mais dans le reste du monde, il me semble qu’on traite encore de “chienne” et qu’on tape encore sur le cul des femmes et même ailleurs à tel point qu’une femme décède tous les trois jours en France à la suite des coups reçus par son compagnon. Ces femmes là n’étant pas issues du très restreint cercle d’amies de Lou Doillon, j’imagine que leur triste sort n’a pas dû arriver à ses oreilles, ni réussi à l’émouvoir.

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Les 2 nouvelles idoles de Lou Doillon

Quand je vois Beyoncé chan­ter nue sous la douche en suppliant son copain de la prendre, je me dis : “On assiste à une catas­trophe”. Et en plus, on me dit que je n’ai rien compris, que c’est vrai­ment une fémi­niste parce que dans ses concerts, un écran énorme le dit. Mais c’est dange­reux de croire que c’est cool. » Bon. Je vais le dire également à Lou Doillon : vous n’avez rien compris. Béyoncé n’est pas féministe parce qu’elle affiche le mot “FEMINIST” partout mais parce que, et cela peu importe votre position de féministe, elle s’est appropriée cette identité. Des Destiny’s Child à aujourd’hui, la musique de Béyoncé a toujours été truffée de messages qui promeuvent l’empowerment des femmes si ce n’est le féminisme. Un peu de sexualité, de sensualité vous gênent ? Soit. Mais pourquoi avoir attendu Nicki Minaj et Béyoncé ? Où était Lou Doillon lorsque Cher dansait en string sur un bateau ou dans le clip de If I Could Turn Back Time, devenant la première chanteuse censurée par MTV dans les années 80 ? Où était-elle quand Madonna sortait Erotica, l’album le plus sulfureux des années 90, avec clips ultra érotiques et un livre sobrement intitulé SEX dans lequel elle explorait ses fantasmes? Où était-elle lorsque Britney Spears chantait vouloir être l’esclave sexuelle de son amant dans Slave For You dans une tenue des plus érotiques? Où était-elle lorsque Christina Aguilera dansait, le corps huilé, dans le clip de Dirrty, fesses à l’air, avant de recevoir une fessée de Redman ? Où était-elle lorsque Iggy Azalea dansait lascivement en mini-short dans le clip de Work? Plus récemment, où peut-on l’entendre s’exprimer sur les récentes frasques d’une Miley Cyrus qui s’affiche nue dans ses clips et va jusqu’à crier en plein concert “mange ma chatte” ? Non, pour Doillon, les seules paumées sont des noires. Elles seraient frappées par le “syndrome de Stockholm”. Merci pour l’analyse, Dr Doillon.

De l’importance de bien connaitre le sujet et d’être cohérente

Certes, Lou Doillon n’est pas une figure moderne du féminisme. Je doute qu’elle ait jamais soutenu un mouvement féministe, sachant qu’elle fait partie de cette classe qui n’a jamais réellement eu à militer. La lutte, c’est pour les pauvres. Chez les privilégié-e-s, quand on lutte, c’est pour conserver des acquis, le reste du temps, on se gargarise et on cogne sur les assisté-e-s. Peu importe que Béyoncé et compagnie aient du talent mais il faudrait que ces femmes qui se reconnaissent dans “l’analyse” Doillon comprennent une bonne fois pour toutes que toutes les trajectoires ne sont pas identiques, que certaines femmes, les plus noires et les plus faibles, ne sont pas toutes nées dans le confort du 16ème arrondissement.   Quand bien même elles seraient riches, elles ne sont pas nées dans une société où leur sexualité, où leur féminité et où leur beauté est “la norme”. Ces femmes évoluent dans un monde où leur physique n’a jamais été “validé” par l’establishment, n’a jamais été mis à l’honneur ou valorisé. Et venant de la part d’une femme qui représente à 100% l’idéal féminin de l’establishment, à savoir “blanche, mince, jeune, fertile & riche”, la remarque est assez déplacée. Pour la culture personnelle de Doillon, il faudrait également rappeler que Béyoncé & Nicki Minaj encouragent régulièrement leurs jeunes fans à se battre pour leur indépendance et leur avenir et que même si cela semble être un féminisme de façade, c’est un message qui sera entendu et compris par beaucoup plus de personnes qui daigneront acheter ou écouter un CD de Lou Doillon.

Les propos rapportés n’émanent pas que d’une bourgeoise blanche des beaux quartiers. Ils émanent d’une chanteuse qui ne s’est jamais gênée pour afficher sa nudité sans que qui que ce soit se sente obligé de commenter son “geste”. En effet, Lou Doillon a posé nu pour un magazine, et non des moindres, puisqu’il s’agissait de Playboy. Elle est également apparue nue dans une publicité pour Givenchy. Et ça prend des airs indignés pour parler des autres? Allez j’ose une question pudique : existe-t-il une nudité plus acceptable qu’une autre ? Je vais plus loin : la nudité blanche est-elle plus acceptable que la nudité noire ? Pire encore : la nudité noire gêne-t-elle Lou Doillon parce qu’elle lui parait, au fond, comme… impure parce qu’elle échappe aux codes de beauté blanche? A méditer. En tout cas, critiquer chez les autres ce qu’on fait soi-même, c’est l’arme des puissants qui ne connaissent jamais la honte car ils ne reconnaissent jamais leurs incohérences ou leur erreurs.

En conclusion, bonne chance à ces féministes ou critiques des autres féministes qui devraient comprendre, depuis le temps qu’on leur rabâche, qu’il existe des féminismes et que toutes les femmes ne viennent pas du même endroit, en terme de vécu et de moyens. Vous voulez lutter contre le patriarcat au point d’établir un nouveau patriarcat mais contre les femmes qui ont le tort de ne pas se reconnaitre dans votre féminisme bourgeois (même quand il se veut de gauche) car il n’arrive pas à s’affranchir de son racisme. En témoigne le dernier “coup” tordu de Pauline Arrighi, porte parole de l’association Osez le Féminisme, qui ose un parallèle des plus ignobles entre les luttes des noir-e-s et… les personnes athées, comme si ces dernières avaient vécu quelque chose de comparable à la traite négrière, aux déportations, aux génocides, à la Françafrique, aux luttes sociales et à tout ce que les noir-e-s ont vécu et continuent de vivre et pas qu’aux USA. (EDIT DU 15/05 : ayant reçu un message sur Twitter de cette dernière me demandant de retirer la dite photo, elle a donc été retirée. Je vous laisse juges de ce type de réactions.) Féministes blanches, par pitié, cessez de parler “au nom de” et “à la place de” surtout quand ça trahit une ignorance que vous ne reconnaitrez jamais parce que l’idée de ne pas détenir les clés du féminisme vous horripile. Cessez de vous afficher en tant que gardiennes du temple du féminisme, surtout lorsque vous pratiquez un féminisme qui n’éprouve aucune honte à afficher une condescendance raciste et de classe. Laissez aux femmes qui ont leur propre histoire choisir leur propre destin mais surtout… N’oubliez pas qu’à force de vouloir confisquer la parole, vous n’allez faire qu’amplifier des voix que vous refusiez d’entendre. Ca fera du bruit… pour le bien de toutes.

Un voile de haine, de bêtise et d’ignorance au nom du féminisme

Aujourd’hui, à Paris, s’est tenue la deuxième manifestation contre le foulard sobrement intitulée “journée sans voile”. Un tel non évènement devrait faire sourire. En effet, on ne peut que rire en imaginant des femmes, musulmanes ou non, mais surtout non voilées venues manifester contre le port du voile. Personnellement, cela me fait le même effet que d’imaginer des végétariens se réunissant pour clamer haut et fort leur refus de la viande ou des personnes non tatouées rassemblées autour du dicton “Tatouage = aliénation”. Absolument ridicule. Oui, en 2015, la folie du militantisme anti-foulard, quand elle ne touche pas des journalistes qui disent absolument n’importe quoi, est arrivée au stade du triste spectacle où se mêlent des personnalités très controversés, des slogans simplistes et… non, c’est à peu près tout.

On a compris. On le sait maintenant : l’ennemi est intérieur, il y a une cinquième colonne islamiste en France, les hommes musulmans sont tous des barbares qui s’ignorent, l’obscurantisme a gagné, les femmes voilées sont le cheval de troie du fondamentalisme islamiste, ect… On connait par coeur ce slogan féministe du début des années 2000, cette chanson devenue un tube, reprise comme dans un restaurant karaoké, par toutes les bouches, qu’elles soient sincèrement féministes ou féministes “de circonstance”. Après tout, pourquoi s’interdire de  s’approprier un langage féministe tant qu’il exclue des musulmanes, méprise des musulmans et permet surtout de lyncher l’Islam ? On a compris! Mais les initiatrices de ce pathétique projet, elles, ne comprennent toujours pas ce qui se joue dans cette affaire et leurs maladresses en sont la preuve.

Le féminisme sans voile… Ehmmmmm!

Elles ont lancé leur projet sur Facebook. Elles, ce sont les trois protagonistes qui sont, pour 2 tiers, de culture musulmane. Elles prétendent s’adresser aux neo-communataristes, ce groupe flou dont j’ai parlé, qui n’est souvent défini comme tel que par l’extérieur. Tiens, tiens : trois femmes, majoritairement musulmanes, issues de la banlieue, qui se constituent dans un mouvement avec des  revendications politiques et qui finissent par taxer les autres de communautarisme… Cherchez la logique! Leur appel au rassemblement aurait pu servir de pièce clé à une réflexion sur la question du voile, maintes et maintes fois débattue, généralement en l’absence des principales concernées, si cet appel n’était pas un espèce de tract de propagande mal articulé. Premièrement, je remarque qu’elles ne savent pas à qui s’adresser. Elles ont juste “Marre de votre indifférence, de votre connivence, de votre condescendance !!!”. Le “votre” se rapporte à un “vous” qui n’est jamais clairement identifié. C’est le “vous” des “néocommunautaristes” dont le nom n’est jamais cité.   Degré zéro du courage. Passons. Comme dans tous les textes de propagande, ça affole le lecteur; en effet, ça parle de “nos sœurs en Terres d’Islam qui, elles, n’ont d’autre choix que de s’affubler de burqa ou de niqab” ( l’argument classique de la solidarité féminine musulmane, généralement en deuxième position entre  l’égyptienne excisée et l’Afghane mariée de force) mais également de ” jeunes filles, qui par leur refus de se voiler, l’ont parfois payé de leur vie”. Sortez les mouchoirs mais ne leur demandez surtout pas de quelles terres d’islam elles parlent ou la moindre source : au royaume des anti-voiles énervées, l’anecdote vaut l’argument et plus l’anecdote est larmoyante, mieux elle passe. Aucun commentaire à faire ! Comme dans tous les textes de propagande, on parle pour ne rien dire. C’est le cas, lorsqu’il est écrit : “vous nous livrez au patriarcat le plus implacable de notre temps. Vous faites abstraction de la dangerosité de l’islam radical et refusez de voir la réalité économique et sociale de leur propagande. Vous refusez d’entendre leurs objectifs proclamés pourtant haut et fort.”. Là, une question me traverse l’esprit. De quoi parlez-vous ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire de réalité économique et sociale de leur propagande ? Qu’est-ce que ça signifie ? Quels objectifs ? De la part de qui en particulier ? Pardonnez mes questions naïves mais j’aimerais réellement comprendre car, idéalement, quand on est victime d’une pression fondée sur des stéréotypes, il me semble contre productif de reproduire des stéréotypes… Comme dans tous les textes de propagandes, ça s’emmêle les pinceaux. Jugez-en par vous même : ces femmes s’inscrivent dans la lignée de ce féminisme à 2 euros qui dénonce ce qu’il…. finit par faire, c’est à dire amalgamer,  lorsqu’elles déclarent “Vous assimilez à une minorité islamiste l’ensemble des musulmans qui pratiquent paisiblement leur religion. Par cet amalgame, vous instrumentalisez cette majorité pour accréditer le fanatisme” ! En gros, le “vous” flou (car on ne sait toujours pas à qui elles s’adressent), commet un amalgame dégueulasse qu’elles commettent à leur tour sans voir une seule seconde leur énorme incohérence. Allez comprendre… Pour finir, comme dans tous les textes de propagande, ça ment à fond. Petit florilège du collectif des femmes pinocchio : “Vous offrez complaisamment vos médias aux femmes voilées qui proclament leur choix”, “vous négligez l’embrigadement dont une majorité est victime, comme vous refusez de voir la complicité active d’une minorité d’entre elles”, “vous méprisez le combat des femmes de culture musulmane de nombreux pays qui se sont affranchies du voile au nom de la liberté, de l’égalité et de la dignité”, “vous détournez l’Histoire pour cautionner le voile qui n’est réapparu en nombre croissant qu’avec l’islamisme politique.”. Oui, ces femmes ne connaissent pas la honte. Mais elles finissent quand même leur tirade, bientôt mythique, par une question : “Qui tire profit du retour en force du voile ?”. Et là, j’ai envie de répondre, chères féministes de pacotille, que s’il est difficile de répondre clairement à cette question étant donné sa complexité qui change d’un contexte géopolitique à un autre, qu’il est juste certain qu’il bénéficie plus à des hommes politiques en pleine panne créative et qui ne peuvent plus répondre aux défis économiques du monde actuel qu’à n’importe quelle âme “d’en bas”.

Capture d’écran 2015-07-11 à 00.35.55Je suis, pour ma part, fatigué du débat sur le port du voile. Fatigué de cette obsession n’est pas saine parce qu’elle marginalise celles dont on pense qu’il est notre devoir de sauver alors qu’elles n’ont rien demandé. De même que je suis fatigué de ces féministes de circonstance qui servent à légitimer l’islamophobie la plus flagrante en tant que “racisme qui flotte dans l’air” et racisme d’état. Oui, nous savons que certaines des “plaignantes” sont d’origine arabe et alors ? C’est la même chose que NPNS mais en pire car cette fois le soutien est presque unanime. Maintenant, existe-t-il des femmes forcées de se voiler ? Absolument. Faut-il lutter pour leur liberté ? Oui. Sauf que ce type d’initiative, outre le fait d’être construit sur un ramassis d’incohérences, de contre-vérités et d’anecdotes embarrasse plus qu’autre chose. Catholiques fervents ou non, vous étiez embarrassés par la manif pour tous ? Ne vous en faites pas : d’autres ont repris les mêmes méthodes pour une initiative tout aussi débile. Si le voile est largement considéré par le féminisme français comme l’aliénation par excellence, alors presque tout est aliénation. Formons un collectif des femmes sans string, des femmes sans épilation, des femmes sans jupe, des femmes sans mari, des femmes sans talons, des femmes sans enfants, des femmes sans tatouage, des femmes sans opération de chirurgie esthétique, des femmes sans rente, des femmes sans grain de beauté, des femmes sans cheveux blancs ou carrément sans cheveux tout court! Sérieusement, où va-t-on ? Et surtout, vous qui êtes des femmes dites “expérimentées”, ne trouvez-vous pas abject de vouloir inspirer une loi pour interdire le voile aux mineures ? Vous qui scandez des slogans à la hauteur de votre idiotie tels que “Voile = Obscurantisme”, vous ne trouvez pas, sur le plan intellectuel, que c’est une arnaque lamentable que de faire croire que la suppression du voile entrainerait de facto la disparition de l’obscurantisme ? Vous ne trouvez pas obscurantiste d’interdire formellement un choix libre, sans prendre en compte que les femmes sont toutes différentes, toutes avec leur propre parcours d’émancipation ? Allez faire un tour du côté de régions du monde où le voile est presque absent du paysage pour voir que l’obscurantisme ne discrimine ni race, ni religion, ni société.

Je ne pourrais jamais comprendre ou approuver des hommes qui se donnent le droit de forcer une femme, qu’elle soit de leur entourage ou non, à se voiler. De même que je réprouve totalement les pays qui forcent les femmes à se voiler mais aussi les compétitions de sport qui forcent les femmes à porter des jupes. Chaque femme, qu’elle soit musulmane ou non, doit avoir le droit de disposer de son corps. C’est leur corps et donc leur décision. Sauf que vous, vous avez décidé de faire du petit féminisme de café; ça vient interrompre Edwy Plenel en plein débat, ça ne s’intéresse qu’aux questions qui concernent de loin ou de près l’islam comme si le reste du combat féministe était acquis… En tout cas, bravo à vous car en récupérant ce thème qui est devenu presque autant incontournable que celui de l’IVG, vous vous préparez à une petite percée médiatique. Et pour preuve : vous avez déjà le soutien de  La Ligue du droit international des femmes, Mohamed Sifaoui, Libres MarianneS, Ni putes ni soumises, Zineb El Rhazoui et de l’ufal (Union des familles laïques). On a les amis qu’on mérite… En attendant, les victimes dans l’histoire, ce sont ces femmes voilées qu’on s’autorise à agresser sans qu’aucune d’entre vous ne se solidarise au nom de ce féminisme universaliste qui place des barbelés entre vous et chaque femme qui ose porter ce voile que vous accusez de tous les maux.

D’ailleurs, en parlant d’universalisme, pourriez-vous lâcher les baskets aux “femmes arabes” ? Vous qui êtes françaises tout autant que n’importe quelle française, pourriez-vous expliquer cet éternel comparatif avec ces femmes que vous ne connaissez pas ? Pourriez-vous m’expliquer pourquoi les musulmanes françaises ne devraient pas se voiler au nom d’autres musulmanes, celles que vous adorez, celles qui vivent en Iran ou en Arabie Saoudites, parce qu’elles sont forcées à porter le voile ? Pourquoi, vous qui en avez marre (et à raison) qu’on vous ramène à vos origines, à cette catégorie de “française issue de l’immigration”, vous considérez qu’une musulmane française doit effectuer des choix en fonction de ceux que d’autres musulmanes vivent au quotidien dans une contrée lointaine tandis qu’une française “de souche” et non musulmane n’a jamais à effectuer de comparatif? Vous parlez d’intégration mais vous n’avez aucun mal à vous désintégrer du sol français pour faire passer vos idées. Tout comme vous n’avez aucun mal à taper sur les femmes voilées que vous faites passer pour des complices de l’intégrisme. L’idée du fervent catholique que l’on comparerait à Civitas ferait dresser les cheveux de n’importe quelle personne mais l’amalgame “femme voilée= terroriste” ne vous pose aucun problème. Vous en avez marre de l’irrespect fait aux musulmanes non voilées ? Je comprends. Mais ne vous en prenez pas à la voilée, affrontez la source de l’irrespect! C’est comme blâmer des femmes qui entretiennent leur silhouette au lieu de vous attaquer à l’injonction permanente d’être “belle” ou aux industries qui fixent des normes absolument délirantes.

Pour conclure, merci aux idiotes utiles du racisme de la manif sans voile. Je ne peux résister à la tentation de vous proposer quand même, d’éclaircir un peu vos positions, en commençant par clairement identifier les “néocommunautaristes” à qui vous vous en prenez. La réflexion devrait vous mener à comprendre que le “communautarisme” est non seulement vu et conçu de l’extérieur mais surtout jamais par ceux et celles qu’il vise. J’aimerais également vous présenter à des féministes arabes qui auront forcément grâce à vos yeux car non voilées et qui vous diront l’embarras dans lequel elles se trouvent et la paralysie de leurs luttes quand d’autres ailleurs, sous couvert d’universalisme et de solidarité, verrouillent leurs projets. Et à toutes celles qui parlent de culpabilité, de laïcité et autres thèmes chocs très à la mode dans le contexte actuel, vous êtes grillées : on sait pertinemment que votre grandiloquence ne cache en réalité qu’une haine épidermique du voile qui est probablement lié à ce racisme respectable qu’est devenue l’islamophobie.

En attendant, je vous laisse à vos débats grotesques. En hommage à vous, j’appelle à un rassemblement du collectif des “salariés sans vacances” à Paris prochainement en présence de salariés qui ont fait le choix de ne pas partir en vacances mais qui demandent donc l’interdiction des vacances pour… ceux qui partent en vacances. Probablement parce que le ridicule ne tue pas mais lance des carrières.

Ils viennent de découvrir ce que c’est que d’être noir-e, chez libé !

Avec la diffusion de “Trop Noire pour être française?” sur Arte, la rédac’ blanche de chez Libé vient de faire la découverte du siècle. Non, chez libé, quand on ne dénigre pas le vote de la Grèce qu’on rapproche sans honte du FN juste pour mieux vomir la décision d’un peuple, on découvre les noir-e-s ! Vous pensiez que l’abolition de l’esclavage, que les (peu nombreux) débats sur la colonisation et la traite négrière, les élections d’Obama, l’attentat de Charleston et les émeutes de Ferguson & Baltimore avaient éduqué Libé sur la question noire? Vous êtes d’une naïveté, pauvres amis! Bien entendu, chez Libé, pour parler de noirs, on est blanc. On est des “non basanés”, des “non recalés du corps traditionnel français”, des “sans commentaire”, des exclus du marché juteux du racisme, des chanceux (ou chanceuses) qui ne connaissent pas le bonheur de vivre une vie dans laquelle on vous demande assez souvent d’où vous venez puis d’où vous venez “à la base, quoi” vu que “je suis français-e” ne suffit jamais comme réponse. Mais bon, après, on parlera d’intégration, oubliant que c’est à ceux qui ne voient la francité qu’à travers la blanchité de faire le travail…

Ainsi, Libé découvre les noir-e-s et s’intéresse, à l’occasion d’un documentaire, à cette problématique. Un appel aux témoignages a été lancé… et j’en ai ri. Comme si les témoignages étaient rares au point de nécessiter une telle mobilisation. Comme si “nous” n’en parlions pas assez. Comme si Rokhaya Diallo, Amandine Gay ou même le collectif Mwasi n’existaient pas mais bon, souvenons-nous que Libé est un journal pro-establishment qui doit forcément considérer les sources citées précédemment comme étant de mauvaise qualité… parce qu’elle ne sont pas blanches et donc n’ont pas de caution intellectuelle ? Je n’ose le croire… Mais Libé est un journal où travaillent de grandes intellectuelles comme Elsa Maudet qui, grosse surprise, vient de découvrir qu’un hastag comme #TuSaisQueTesNoirEnFranceQuand est l’occasion pour le racisme le plus décomplexé de s’exprimer sans la moindre retenue. Passé ce constat, l’article de Maudet laisse place aux témoignages, 100 fois lus et entendus mais qui, pour des oreilles et des yeux blancs doivent ruisseler de subversion! Du jamais vu au pays des ignorants.

La

La niaiserie antiraciste…

S’ensuit une interview de la réalisatrice du documentaire «Trop noire pour être Française ?», Isabelle Boni-Claverie, toujours par Elsa Maudet et dont les questions trahissent sa candeur. En effet, non seulement, les questions posées dans l’entretien sont aussi basiques qu’un formulaire d’entrée sur le sol canadien mais surtout… on évite les questions qui sont trop subversives (pour libé ?).  Maudet apprend de la bouche de la réalisatrice que «si les stéréotypes perdurent, c’est qu’ils ont une utilité sociale» et demande laquelle (!). Je n’ose croire que c’est la méconnaissance d’un sujet aussi complexe ou tout simplement l’ignorance qui nécessite un complément d’informations. C’est ici vous dire le fossé qu’il y a entre ces gens comme Elsa Maudet, blancs, non racistes (sans être antiracistes non plus) avec leur vie bien propre qui n’ont pas à souffrir du moindre stéréotype qui soit handicapant pour eux ou elles et la vie des autres qui est souvent faite de galères et de stigmatisation. Cette simple question et toute la naïveté qui en découle prouve combien les non concerné-e-s par les oppressions racistes mais qui se veulent souvent être les plus mobilisé-e-s au nom d’un certain humanisme propre à leur “rang” sont à des lieux de s’imaginer la dure réalité de l’existence noire. Pour ces gens là, le racisme, c’est brutal, caricatural et ça a les traits d’un Lepéniste en puissance ou d’un skinhead et rien d’autre. On nie au passage que le racisme est un système d’une perversité inouïe et qu’il traverse la société puisqu’il est tout simplement structurel. On nie également que le racisme, de gauche à droite, tend à conforter les majorités dans leurs position dominantes sur le dos de minorités et que le discours ambiant a tellement bien prit que même nos plus grands anti-racistes blancs… finissent des fois par faire preuve de racisme à leur tour ! Le racisme, c’est pas juste le cortège du FN, ce sont également et surtout, le refus de décoloniser son esprit, le refus de prendre conscience de la pleine humanité d’une personne de couleur en la renvoyant systématiquement à ses origines comme on renvoie systématiquement les femmes à leur féminité (ou l’idée qu’on se fait de la féminité) pour leur éviter d’exister autrement. Mais ça, Elsa Maudet n’en parlera jamais.

Une interview qui traite du racisme anti-noir. Ok. Mais éviter les contextes historiques, les questions liées à l’héritage colonial et les luttes de ces cinquante dernières années, c’est ce qui s’appelle une faute de débutante… C’est comme parler des conflits qui perdurent actuellement en Irak et en Syrie sans jamais faire référence à leur contexte mais également à ce qui les a précédé. De ce fait, l’article d’Elsa Maudet, par sa simplicité et sa naïveté s’inscrit dans la lignée de cette culture cruche de l’antiracisme niais, tellement estampillé “Parti Socialiste”, tellement estampillé “S.O.S Racisme”, qui ne remet jamais en question ses privilèges, qui fait de l’émotionnel sur une discrimination raciale sans jamais montrer à qui elle profite ni même admettre que le racisme profite toujours aux dominants, qui ne voit aucun mal dans des panels avec 99% de blancs venus discuter de racisme et d’exclusion à la place des principaux concernés, qui nie d’autres paroles en leur ôtant toute légitimité, qui ne questionne jamais le racisme d’état, ni même les deux poids / deux mesures qui sont la faute de tout l’échiquier politique et qui n’admet jamais le racisme de son antiracisme. Bon courage à toutes celles et tous ceux qui n’éprouvent aucun complexe à donner dans la niaiserie journalistique, à caresser des problématiques dans le sens du poil sans oser aller là où on aimerait tant qu’ils aillent. Mais bon, il parait que c’est pas bon pour le vivre-ensemble, alors…

 

Charlie partout, Charleston Nulle Part

Il a tué neuf noirs. Des hommes et des femmes. Croyants. Américains. Chrétiens. Dans une église. Il, c’est Dylan Roof, le tueur. Il voulait une guerre raciale, il voulait faire croire à la suprématie blanche. C’est un jeune homme d’à peine 21 ans. A une époque où les guerres ravagent toujours, où la moindre actualité en rapport avec Daesh mobilise nos ondes et nos gros titres et où les problématiques de lois relatives au terrorisme sont omniprésentes, on pensait avoir eu notre dose de sang. Sauf que là, il s’agit de sang noir qui coule de par la faute d’un blanc. Et ça change toute la donne.

Terroriste ou pas terroriste ? Vous avez quatre heures.

Et oui, car quand l’auteur d’un crime de masse n’a pas la particularité d’être soit noir, soit arabe ou carrément musulman, l’establishment a du mal à choisir ses mots. Pudiquement, on parle d’un déséquilibré, manière assez pompeuse de nous faire croire, implicitement, à un acte presque accidentel. La terreur, dans le grand imaginaire collectif, ne peut être blanche que lorsque le terroriste ressemble à la caricature du fasciste. Sauf que Dylan Roof, en apparence, n’a rien d’un skinhead mais tout d’un jeune homme blanc lambda. Tellement blanc qu’il aura le droit, comme Anders Breivik, à un procès. On juge les malades tandis qu’on abat les terroristes. La différence ? Tuer en scandant “Allahu Akbar” assure une place au premier rang des terroristes tandis que tuer “en silence” n’est qu’un geste de malade. Un terroriste, voyez-vous, c’est un produit terminé, indésirable, irrécupérable tandis que le malade, le déséquilibré, lui, a la chance d’être présenté comme étant un déviant et donc “pas tout à fait responsable”, quelque part. Et quand un tueur bénéficie d’un tel traitement, c’est parce que d’emblée on croit qu’il reste en lui quelque chose de récupérable, quelque chose d’humain et donc, de l’espoir. Vous pensiez qu’un tueur restait un tueur, peu importe ses motivations ou ses méthodes et que la vie de personnes blanches et de personnes noires étaient équivalentes ? Vous vous trompiez. Certains ont même pris le temps d’expliquer en quoi cet attentat était un acte terroriste, c’est pour vous dire. Par contre, lorsque des gens meurent sous les balles de terroristes d’obédience musulmane, le qualificatif de terroriste ne se fait pas attendre… Avez-vous entendu parler du terroriste de la Nouvelle Orléans ? J’imagine que non. Avez-vous également entendu parler de Robert Doggart, cet ex-candidat au congrès US qui prévoyait un massacre ? Là aussi, j’imagine que non. Pourquoi ? Parce que l’establishment a décidé de ne consacrer l’expression “terroriste” qu’à toute personne se réclamant de l’Islam, les autres n’étant que des êtres dérangés.

Je n’ai pas envie d’être politiquement correct. Je n’ai pas envie de vomir le traitement super favorable qui a été accordé à Dylan Roof. Ce soir, je vomis, après avoir tenté de digérer pendant une semaine, le privilège blanc qui s’applique même aux terroristes dès qu’ils ont la chance de ne pas ressembler physiquement et/ou éthniquement aux frères Kouachi ou à Mohamed Merah. L’histoire de Dylan Roof, c’est l’histoire de l’arrogance blanche meurtrière dans sa plus grande folie; c’est l’histoire des privilégiés du nord qui ne savent même plus à quel point ils sont privilégiés tellement ils sont insouciants. Ils vivent dans une société où le référentiel est blanc et où leur identité raciale ne sera jamais un frein à leur ascension dans la société mais se trouvent quand même des raisons de “passer à l’acte”. Ils souffrent, les pauvres. A tel point que la police américaine n’a rien trouvé d’autre à proposer que d’emmener le principal suspect chez Burger King… Qui osera me dire que ce n’est pas là l’expression formelle d’un traitement différencié ?

Les premières analyses parlent de tensions raciales. Les malheureux qui ont perdu leur vie en allant à l’église ne l’ont pas cherché “mais”… Les “tensions raciales”, vous comprenez ? Elles se subissent et Dylan Roof est une victime car il les a subies, le pauvre! Encore une belle façon d’ôter des responsabilités à un meurtrier. Du white washing de base. Implicitement, parler de tensions donne l’impression d’un acte qui n’était qu’inévitable, presque fatal.

Dylan Roof n’était pas un déséquilibré ou un de ces hommes qui souffrent en silence et finissent par craquer. Franchement, dans une Amérique où les blancs et les noirs ne sont pas du tout sur un pied d’égalité réelle et où la violence s’exprime surtout envers les populations racisées, où la police peut tuer des noirs sans jamais être inquiétée, qui peut encore croire aux délires de persécutions d’un mâle blanc de 21 ans ? Mais non, les éditocrates ne veulent pas dire de lui que c’était un terroriste. Sans doute parce qu’on est loin du barbu de banlieue financé par Al Qaeda. Peut être qu’écrire un manifeste plutôt que de se baser sur des écrits religieux trafiqués fait toute la différence… Attendons que les spécialistes se penchent sur la question vu qu’il faille apparemment que l’on se pose la question de savoir s’il s’agit d’un attentat alors que dans d’autres situations, le qualificatif d’attentat ne demande pas autant de réflexion.

L’après Charleston qui n’en fait pas des tonnes…

Contrairement aux attentats contre Charlie Hebdo, les attentats de Charleston n’auront pas bénéficié de débats publics ou politiques. Lorsque des fondamentalistes tuent, on a le droit aux débats sans rapport sur l’intégration, l’assimilation, le communautarisme, la laïcité. Quand un blanc tue, point de débat. On parle vaguement du port d’armes aux USA. Sacré veine pour le “peuple d’en haut”. On concède à demi mot que Dylan Roof soit un terroriste mais sans réflexion sur l’incidence de cet acte sur le monde et le sacro saint “vivre ensemble”. On ne somme aucune bonne âme blanche de se désolidariser du “forcené” juste parce que c’est également une âme blanche. Je repense à Valérie Toranian, qui, dans son édito de la Revue des Deux Mondes et suite aux attentats de Janvier déclarait, que le lien entre les terroristes et l’islam était “réel puisque le réel a bien eu lieu et qu’il s’agit d’actes commis, certes par des fanatiques, mais en invoquant le nom d’Allah”. J’ai un minuscule sourire amusé. J’ai envie de demander à ces bonnes âmes qui en Janvier ne voulaient pas, disent-elles, amalgamer musulmans et terroristes tout en revendiquant une filiation entre les deux, si, à leur tour, elles apprécieraient qu’on n’amalgame pas blancs et terroristes tout en revendiquant un rapport entre les deux. “Je ne te rend pas coupable mais un peu quand même”. J’ai envie aussi, histoire d’inverser les rôles pour ces élites blanches tant habituées à décider pour “les autres” sans les consulter et pour bien les dominer, de vous dire combien vous n’avez rien à voir avec cet attentat tout en vous mettant mal à l’aise en vous plaçant vous et votre identité au centre de toutes les discussions politiques. Toujours dans cette veine, j’ai envie de faire de l’anecdote la plus banale une vérité des plus générales, de parler de vous comme d’un groupe monolithique linéaire et menaçant, de consacrer des articles et des livres à votre intégration foirée, à votre communautarisme “meurtrier”, à vos écoles, à votre façon de voir la vie, bref, vous dire combien vous “n’avez rien à voir avec ça” tout en vous lynchant publiquement, quitte à faire appel à des équivalents blancs imaginaires de Chalghoumi ou Lydia Guirous, en vous vomissant à la face des injonctions du type “Intègre toi” et “vive la liberté”! Toujours pour inverser les rôles et vous accabler alors que vous n’y êtes pour rien, j’ai envie de faire des liens entre l’absence cruelle des blancs dans la dénonciation d’une fumisterie comme Exhibit B, d’y voir là toute l’essence du problème noir/ blanc, voir du choc des civilisations. Et quand ça commencera à retomber un petit peu, j’en rajouterai une couche avec la couverture d’un mensuel bien connu en titrant “ces complices de la négrophobie” où je lyncherai ceux qui ne crient pas assez fort qu’ils n’ont rien à voir avec Dylan Roof. Bref, je ferai tout ce qui a été fait contre les musulmans ces derniers temps suite aux attentats de Janvier mais en prenant cette fois pour cible les blancs, sans jamais leur donner la parole. Entre temps, de nombreux actes de vandalisme et de violence cibleront les blancs sans que jamais les médias ne s’y intéressent. On criera mais personne n’entendra. Alors, vous comprenez maintenant? Vous comprenez la douleur de ceux que l’on identifie à travers ce que 2 terroristes font et à qui on demande de se désolidariser comme si, d’emblée, ils étaient tous solidaires et tous unis avec les terroristes juste parce qu’ils ont la même religion ? Non, vous ne comprendrez jamais car vous ne connaitrez jamais la honte même quand le débat prouve votre inégalité de traitement et votre incapacité à voir la barbarie ailleurs que chez les musulmans.

Où est Charlie ? Et Marianne ?

Pas d’unité nationale pour Charleston. On est sans doute occupés à vouloir noyer le scandale des écoutes de la NSA ou des loisirs du premier ministre payés par le contribuable. Marcher en mémoire à des dessinateurs qui pratiquaient un humour pas toujours bien compris en la présence de chefs d’états aux politiques liberticides qui brillent dans l’art de passer pour des démocrates, c’est bien. Ca fait vendre du papier et des images. Ca occupe une bonne demie page dans les manuels scolaires. Ca en dit long sur ce peuple de France uni contre un ennemi flou, jamais réellement identifié. Les morts de Charleston n’étaient sans doute que des anonymes qui n’ont pas “marqué l’histoire”. Déjà qu’ils étaient noirs! Ca ne fait pas assez rêver. Ca n’émeut pas assez. La priorité, pour les Charlie, en ce moment, pour ceux qui chantaient la marseillaise et vibraient pour l’union nationale, c’est de se planquer. Leur discours a crée un esprit du 11 janvier qui s’est évaporé. La solidarité et la fraternité, l’espace d’un rassemblement, tant que ça n’implique rien d’autre que de crier son droit à la caricature sans jamais envisager d’autres perspectives sur la question, c’est bien sur le moment. Quand il s’agit d’être réellement solidaires et fraternels, à commencer avec les migrants qui, grande surprise, sont majoritairement noirs, plus personne. A croire que les meurtres et les souffrances noires ne déplacent pas des foules et ne mobilisent pas autant car “on” ne s’y reconnaîtrait pas. Ca ne parle pas. Comme pour les meurtres de Chapel Hill. Une fois de plus, l’universalisme s’arrête aux portes de Paris. Pourtant, qu’est-ce que j’aurai aimé voir des hommes politiques comme Netanyahu, défiler en soutien à ces noir-e-s mort-e-s alors que les noirs israéliens vivent actuellement une situation de dominés très comparable à ce que les noirs aux USA ont connu il y a encore quelques décennies! Un autre bal de l’hypocrisie, c’est jamais un divertissement de trop. J’attends l’analyse des plus grands experts auto-proclamés de la liberté d’expression sur ce sujet mais aussi leur avis sur le drapeau confédéré… puisque ces gens se permettent tout!

On évite aussi soigneusement toute comparaison avec la France. On s’autorise à parler de race, de noirs et de blancs aux USA sans se ménager alors qu’un tel champ lexical fait hérisser les poils de nos élites qui elles, pensant être bienveillantes, déclarent toujours “ne jamais voir de couleur”. Degré zéro de la réflexion anti-raciste mais 100% républicaine. On n’aime pas ces mots là. Sauf que utiliser les bons mots, ça serait reconnaitre un problème plutôt que de perdre son temps dans des débats qui ne vont convaincre personne. On pourrait saisir de tels évènements pour bâtir une véritable refonte de société. On pourrait étudier le rapport entre des images collectives qui ciblent les minorités et leur place dans la société. On pourrait également cesser d’avoir recours à des exemples de parcours ” de réussite” pour neutraliser les “échecs” de leurs semblables aussi. Mais non… Ce n’est certainement pas assez vendeur.

Depuis cette attaque et le drame tunisien de cette fin de semaine, je ne cesse de penser à Noam Chomsky et une phrase qui est, hélas, toujours d’actualité : “On ne combat pas le terrorisme avec des armes. On le prive de ce qui le nourrit : la misère, l’injustice, l’arrogance des puissants.” Mais ça, ce n’est malheureusement pas au programme. Pleurons les morts et les inégalités de traitement lorsque la mort frappe les plus faibles. C’est tout ce qui nous reste à faire.

Chrétiens d’Orient, Crétins d’Occident

“Tout le monde passe sa vie à apprendre comment faire du troc : Il suffit de savoir qui a besoin de quoi pour manipuler les gens comme on veut.” écrivait Anita Nair dans L’inconnue de Bangalore en 2013. Et malheureusement, il est triste de constater combien cette simple citation est criante de vérité lorsque le sujet des chrétiens d’Orient est amené sur la table. Parce qu’en occident, après les droits des LGBT en contrée exotique ou les droits des femmes en “terre d’Islam”, il faut encore vendre le choc des civilisations en récupérant à son compte le triste sort d’un groupe plus ou moins minoritaire, à savoir les “Chrétiens d’Orient”.

On découvre un christianisme arabe alors qu’on pensait les arabes comme étant exclusivement musulmans. Mais là, grosse émotion : on a découvert en 2014 les chrétiens d’orient et on s’arrête à ça sans jamais expliquer leur histoire, leurs différences internes et leurs différents statuts selon les sociétés dans lesquelles ils existent. L’expression est sensée “nous parler”, comme s’il s’agissait d’un groupe lisse et uniforme sauf que, pour toute personne un peu instruite sur le sujet, les chrétiens du Liban dans toute leur diversité, ne sont pas les mêmes que ceux d’Irak, de Syrie ou d’Egypte. A l’intérieur des pays dans lesquels ils se trouvent, ils sont tout aussi arabes que les autres croyants et n’ont aucune spécificité particulière à l’exception de leur religion. Malheureusement, l’espèce d’engouement médiatique pour ces minorités occulte cette réalité car on aime se plaire dans l’idée d’un groupe monolithique qui serait devenu la cible prioritaire, voir exclusive des attaques. Dans un occident qui fait encore référence à ses racines chrétiennes pour mieux renier ses musulmans, le sort des arabes chrétiens résonne :  ce sont “nos chrétiens à nous” qui souffrent, de “bons arabes” avec qui la solidarité est presque innée car ils sont chrétiens. La machine est lâchée : on arbore la lettre “nûn” dans son nom sur les réseaux sociaux pour se solidariser des victimes chrétiennes de l’Etat islamique (cette lettre faisant référence aux nazaréens, littéralement “peuple de nazareth” en arabe) et on poste quelques photos d’églises vandalisées. On parle de ces chrétiens du matin au soir, comme s’ils étaient les seuls victimes et sans jamais reprendre l’histoire là où elle a commencé. Non, en occident, on ne fait pas de pédagogie et on présente un tableau qui peut mettre d’accord à peu près tout le monde : les laïques, les islamophobes, les chrétiens les plus fervents et mêmes les athées “bouffeurs de curé” sont submergé d’une émotion jusqu’à présent inédite. A l’UMP (enfin… chez les Républicains…), on se mobilise et à fond. Pécresse et Fillon parlent de minorités persécutées et se demandent même “Si l’Etat français ne se préoccupe pas des chrétiens d’Orient, quel État le fera?”. Le PS se félicite des efforts déployés par la France et appelle la communauté internationale à réagir. Bon, au FN, même si on ne veut pas les accueillir, on veut quand même attirer l’attention sur la situation des réfugiés Syriens chrétiens au Liban. Et les autres groupes religieux ? On s’en fiche.

Une étrange solidarité qui en dit long sur l’idée qu’on se fait de l’Orient…

Parce qu’en réalité, le soutien des occidentaux aux Chrétiens d’Orient n’est qu’un soutien d’occidentaux à d’autres occidentaux mais qu’on voit différemment; en effet, le terme “orient” est complètement figé en occident. Chez nous, Orient veut dire arabo-musulman et rien d’autre. L’Orient, en occident, c’est l’Islam ou, quand on est un peu rigoureux, des Islams. Ainsi, toute personne issue de l’Orient mais étant d’obédience chrétienne est perçue comme occidentale parce qu’on croit encore que le Christianisme est une spécificité occidentale… d’où ce rapprochement avec ces chrétiens d’orient. Inutile de rappeler aux pasionarias de la cause des Chrétiens d’Orient que les trois monothéismes sont nés en Orient et sont donc, avant tout, orientaux, avant de s’être étalés jusqu’en occident. Inutile également de leur rappeler qu’en mettant la focale uniquement sur les chrétiens, on donne l’impression que le sort des autres groupes ne les intéresse pas, voir même qu’il les indiffère. Inutile aussi de leur montrer que cette vague de sympathie pour les minorités chrétiennes donne l’impression, en plein débat sur la laïcité et le communautarisme, qu’on ne s’émeut que du sort de “ceux qui nous ressemblent dans nos racines les plus profondes”. Inutilement également de leur rappeler que d’appeler à la solidarité envers un groupe persécuté qui fuit la guerre alors qu’on refoule sur notre sol des gens qui fuient également des persécutions, c’est juste se moquer du monde. Enfin, inutile de ne pas voir ici une contradiction évidente de la classe politique qui considère communautariste tout soutien à la Palestine (où, curieusement, les chrétiens palestiniens, lorsqu’ils sont victimes des politiques sanguinaires de l’Etat d’Israel n’ont jamais eu le droit à un tel soutien) sans voir dans son soutien aux chrétiens d’Orient un soutien tout aussi… “communautariste” ?

pho604a386a-10e9-11e4-9ed5-8037e64775c4-805x453_1Le Vatican a demandé aux leaders musulmans de prendre position en faveur des chrétiens d’Orient, un peu à la manière de Carayon (UMP) qui avait demandé aux français de confession musulmane de prouver leur “islam modéré” en manifestant en masse. On apprécie le conseil! On peut également demander à tous ces députés émus de manifester leur refus de la violence en se désolidarisant de tous les responsables politiques occidentaux qui ont enclenché des guerres au Moyen Orient, tuant au passage, qu’ils le veulent ou non, des musulmans ET des chrétiens. Et si ces hommes politiques sont tellement émus de la situation actuelle des chrétiens d’orient, pourquoi se bornent-ils à n’en parler que maintenant qu’ils subissent la barbarie de l’Etat Islamique (Daesh) ? Pourquoi ne pas remonter aux origines du problème, à savoir le soutien à des interventions impérialistes, à des régimes dictatoriaux et à une colonisation qui n’en finit plus ? Pourquoi ne jamais dire explicitement que si nous n’avions pas soutenu ces guerres, si nous n’avions pas accepté de danser avec des dictateurs, rien de ce qui se passe actuellement ne s’y passerait ? Pourquoi récupérer de façon aussi fallacieuse le tragique sort d’une partie de l’orient – la bonne car elle pratique une religion “bien de chez nous”, sans halal ni imam – alors qu’il s’agit d’une crise qui n’épargne personne ? Pourquoi choisir nos victimes ? Et surtout, pourquoi entretenir l’idée d’une minorité plus persécutée que d’autres alors que Chrétiens & Musulmans résistent ensemble ? N’est-ce pas là une formidable et presque respectable façon de faire vivre le mythe de la guerre des civilisations ?

Je ne vais pas parler de Gaza. Non pas que je trouve logique qu’on parle de communautarisme toujours pour les mêmes (noir-e-s, arabes et musulman-e-s dans la plupart des cas) et qu’on leur demande de montrer patte blanche alors qu’il n’a jamais été demandé à un seul juif “d’occident” de se démarquer de l’occupation Israëlienne. Simplement parce que les chrétiens de Gaza, qui subissent également des violences, ne sont jamais inclus dans le groupe “chrétiens d’Orient” car leur oppression vient d’un occupant qui n’est pas musulman. Des juifs (Israël) ou des chrétiens (usa) qui buttent de l’oriental, majoritairement musulman, mais aussi chrétien des fois, ça ne plait pas, tout comme des musulmans qui s’entretuent ne font plus vendre de papier et ne font plus pleurer nos politiques. Pourquoi en débattre? On vous parlera de femmes qui se libèrent de la Burqa, de combattantes Kurdes sexy à en réchauffer la banquise et de persécutions atroces commises par des monstres qui osent encore se réclamer de l’Islam car c’est bien ce qui est visé. La seule chose vaguement musulmane qui interesse la populace, c’est un sensationnalisme du plus mauvais goût aux travers d’images chocs montrant la destruction d’oeuvres d’art de l’âge d’or de l’Islam et d’avant. Une belle façon subliminale, en plein débat populaire sur “la liberté d’expression”, de bien montrer la barbarie musulmane dans toute sa splendeur. Les Chrétiens d’Orient permettent également, aux chers peuples démocratiques toujours éclairés, de montrer leur soudaine générosité en terme d’immigration comme on a pu le voir dans le supplément où une famille chrétienne d’Irak est accueillie par une famille française dans le Nord… à une époque où la France expulse comme jamais et sans le moindre complexe et où Eric Woerth joue avec nos instincts les plus bas en mélangeant les concepts d’immigration dite “musulmane” et d’acquisition de nationalité française. Sarkozy compare même l’afflux de migrants à des dégâts des eaux… Sympa. Et après, ils oseront vous parler, la larme à l’oeil, des chrétiens persécutés d’Orient sans rien faire d’autre que d’en parler. On aurait aimer voir nos élites politiques qui font preuve d’un tel humanisme et d’une telle compassion pleurer le sort des Rohingyas qui sont un peuple, musulman cette fois, mais surtout le plus persécuté d’après l’ONU. On aimerait également voir ces personnalités médiatico-politiques de Droite aux USA qui pleurent les massacres de Chrétiens en Irak alors qu’ils ont applaudit la guerre. On aimerait également voir plus de reportages sur les origines du conflit, qu’il s’agisse de la création de Daesh, mais aussi un comparatif un peu plus réaliste entre l’Irak d’avant et l’Irak d’après vu que certains s’obstinent à croire qu’on a bien fait d’aller envahir un pays souverain pour destituer un dictateur “au nom de la liberté” en même temps qu’on se promène main dans la main avec des chefs d’état d’Orient qui sont loin d’être des champions des droits de l’homme ET de la démocratie.

Le Terrorisme, les massacres et les persécutions qui nous intéressent sont ceux qui mettent en scène la domination musulmane

Alors cessons de parler à tout va d’union nationale, d’égalité et de solidarité quand on a encore des réflexes de caste et recours à des expressions comme “chrétiens d’Orient” pour créer des hiérarchies entre les victimes et choisir quel peuple nous émeut prioritairement et comment on va se servir d’un conflit à des kilomètres de chez nous pour mieux manipuler nos peuples. Si on veut nous toucher dans nos émotions les plus profondes, nous toucher dans ce qui nous reste d’humain, commençons par cesser de s’ingérer dans les histoires politiques d’autres pays, commençons par réfléchir et écouter tout le monde avant d’envahir, de coloniser, de déshumaniser et de piller. Et rappelons nous qu’il est facile de nous faire croire en l’idée d’un islam qui aurait le monopole de la barbarie quand on sait que la barbarie de Daesh n’existe pas sans l’Occident, que nos militaires français – et donc engagés en notre nom -, s’en donnent à coeur joie en violant des petits africains, que 9 noirs ont été tués dans une église par un homme blanc sans connexion à un quelconque groupe musulman, qu’un athée à tué 3 musulmans de sang froid au seul motifs qu’ils étaient musulmans, que nous avons – par le biais de nos élus – soutenu les pires opérations, qu’il y a déjà eu cette année des actes de terrorisme mais passés sous silence car non opérés par des musulmans et surtout, que des colons israéliens s’en prennent à des lieux de culte Chrétiens exactement avec la même violence aveugle que l’Etat Islamique mais jamais faire la Une, mais surtout rappelons nous qu’il est facile de présenter des faits pour leur donner une dimension bien spécifique à partir du moment où on est dans une démarche de manipulation des esprits qui ne profite qu’à un tout petit groupe d’individus qui n’a que faire du peuple qui l’a porté dans les sphères les plus hautes du pouvoir.

Maroc Hebdo : Quand les masques tombent…

Impossible de ne pas être passé à côté de cette sordide “actualité” qui a le malheur d’être sur toutes les lèvres. Impossible de ne pas tomber sur quelqu’un, entre la machine à cafés et l’entrée du parking, qui ne soit pas en train de parler de cette honteuse “Une”. Impossible de ne pas avoir le droit, que ce soit lors du déjeuner de midi ou à la pause clopinette/cacahuètes, à un débat presque enflammé sur cette “une” qui mélange savamment des thématiques qui n’ont absolument rien à voir.

Une couverture des plus racoleuses à la mythologie savamment étudiée.

la-une-homophobe-de-maroc-hebdo-fait-reagir_0Sans faire dans le suspense à deux balles, vous devinerez, après avoir lu le titre et l’introduction, que je fais référence à cette “une” scandaleuse de Maroc hebdo. Avant de rentrer dans le vif du sujet, je vais analyser la couverture car c’est elle qui a cristallisé nos réactions. En accroche, on se demande s’il faut brûler les homos suite au rapport du ministère de la santé sur la dépénalisation de l’homosexualité. Ok. Comme illustration, on fait dans le cliché qui conforte les plus conservateurs dans leur fantasme du péril homosexuel : deux hommes, apparemment “tendres” l’un envers l’autre, au bord d’une piscine. Ils ne sont pas “basanés” donc on peut s’imaginer qu’il s’agit de touristes occidentaux. Pour une personne “franco-française” qui ne connait pas la situation de l’homosexualité au Maroc, cette représentation n’a rien de particulier; comme d’habitude, l’homosexualité est représenté sous les traits d’un couple d’homme heureux, jamais de lesbiennes. Ceux qui ne connaissent pas la situation, ne voient pas le jeu pervers de cette image. En effet, avec cette photo, alimente, de façon subliminale, le rejet de l’homosexualité telle qu’elle est perçue au Maroc; c’est une façon implicite de dire aux marocains que l’homosexualité, pas de ça chez nous, c’est pour les riches occidentaux égarés dans leur luxure, ceux qui, jadis ont colonisé et pillé vos parents (voir même “violé vos gamins” vu l’amalgame qui est entretenu entre pédophilie et homosexualité…). Avec une telle mise en scène, l’homosexualité ne peut être que rejetée puisqu’elle se nourrit des cicatrices encore récentes de l’histoire coloniale. Et Maroc Hebdo, après avoir osé une accroche des plus provocantes et des plus haineuses, ose dire avoir cherché le débat ?

Quand le “Oui mais pour les arabes, c’est différent, quoi!” trahit un rapport de domination non assumé et un universalisme qui n’existe que dans la tête de ceux qui ont décidé de décider pour la planète entière.

En France, l’émotion s’est vite faite entendre sur les réseaux sociaux. En effet, comment rester de marbre quand on lit un tel titre ? Comment ne pas céder à la rage quand on lit de tels propos ? Comment ne pas avoir envie de brûler – à distance – un tel torchon? Cependant, personne n’a lu le contenu de l’article. Je me pose donc des questions : si Maroc Hebdo était Charlie Hebdo, aurait-on eu la même indignation? Certainement pas. On aurait pensé à une couverture provoc’. Il parait que c’est drôle parce que c’est Charlie Hebdo. De ce fait, les limites sont abolies parce que Charlie Hebdo est “dans le camps du bien” et ne peut donc pas, même quand il provoque, être offensant, au seul motif que c’est Charlie Hebdo. Il faut en rire sinon, on nous dira, comme à chaque fois, qu’on ne peux plus parler de rien, qu’on ne peut plus rire, “blablabla liberté d’expression”, etc.. Si Maroc hebdo était Valeurs Actuelles, on s’indignerait. On les taxerait de réac’. Sauf que Maroc Hebdo est Maroc Hebdo; c’est un parfait inconnu dans le monde de la presse française mais que certains s’autorisent à juger sans lui accorder le privilège Charlie (“Charlie Hebdo raciste ? Jamais! C’est de la bonne provocation, pardi!”). A une époque où les médias sont de plus en plus boudés par le peuple, qu’on soit Marocain ou Français, on n’ose pas imaginer, que Maroc Hebdo soit un magazine qui fasse ce qui est très à la mode, surtout chez nous, à savoir de la provocation juste pour vendre du papier. On n’ose pas s’imaginer l’espace d’un instant, que ce titre, n’est qu’une “blague” de mauvais goût juste pour le “buzz”, juste pour “attirer” le lecteur. On accepte largement que des “féministes” se promènent topless pour attirer l’attention mais on n’applique pas cette même règle à un journal qu’on ne connait pas. En ce qui me concerne, je connais Maroc Hebdo. Et surtout, je déteste Maroc Hebdo.

Loin de moi l’idée d’approuver une telle Une que je trouve particulièrement offensante, mais j’avoue être reconnaissant à cette actualité quand je vois ce que révèlent les vagues d’indignation soulevées par cet évènement. Car on en découvre, des comportements jusque là cachés. Les militants français les plus émotifs se lâchent et vous appellent à boycotter le Maroc. Du haut de leur grandeur, ils pensent que se priver de séjours à Marrakech ou à Casablanca y changera quelque chose. Ils pensent peser un poids économique suffisamment lourd pour le Maroc pour que leur boycott s’avère significatif alors que je doute qu’elle profite aux faibles, à savoir aux LGBT. Vous voulez un réel boycott qui ait du poids économiquement (sans preuve de son efficacité) ? Commencez par demander à nos gouvernements d’arrêter le pompage massif des ressources marocaines et passez vous des nombreux produits originaires du tiers monde homophobe. Sans ça, votre boycott, c’est “que d’la gueule”, aussi caricatural qu’un gamin qui boude dans son coin en pensant que cela bénéficierait aux LGBT de “la bas”. C’est d’ailleurs amusant de voir que ce sont ces mêmes esprits qui s’indignaient, au nom de la liberté d’expression, que des musulmans se sentent particulièrement blessés par les caricatures publiées dans Charlie Hebdo. Ces même esprits étaient les mêmes qui, au début de l’invasion de l’Irak par Bush, me disaient trouver inefficace le boycott des produits français exportés aux USA. Alors, ça fait quoi d’être insulté, rabaissé et utilisé pour faire soit-disant avancer le débat comme le prétend le communiqué publié par Maroc Hebdo ?

Il y a le penchant homonationaliste qui se frotte les mains d’une telle Une. C’est une occasion en or pour tout raciste qui saisit toute opportunité de montrer sa supériorité sur les peuples du sud en se vantant de la progression des droits des LGBT occidentaux en comparaison avec ceux des LGBT du tiers monde. Vous pensiez qu’instrumentaliser la Une racoleuse d’un magasine pour basculer dans la haine était réservé aux fanatiques religieux ? Détrompez-vous : certains vont jusqu’à envisager de “pourrir la vie aux Marocains sur le sol français. Notamment en leur coupant les allocs”*. Ce n’est pas de l’intolérance ou du racisme, voyons : c’est bien connu, les marocains qui vivent sur le sol français sont des pompeurs d’allocations, venus uniquement pour les aides sociales, hein. C’est fou combien le fait de constater une injustice peut pousser à soutenir d’autres injustices! J’attends qu’on me démontre quand même, moi le petit ignare, ce que pourrir la vie à des innocents qui se trouvent en France, pourra apporter comme progrès à d’autres innocents aux Maroc. J’aimerais également savoir, si en suivant cette logique, on pourrait envisager de pourrir la vie aux retraités Français vivant au Maroc en leur coupant la longue liste d’avantages dont ils jouissent afin d’améliorer la vie… des chômeurs français, par exemple? Au fait, ça veut dire quoi, “pourrir la vie” ? Parce que, si on s’indigne de l’intolérance de l’homophobie, si c’est pour devenir à notre tour tout aussi “pourris”, cela ne sert strictement à rien… Qu’est-ce qu’on est fiers, quand même, d’être des occidentaux qui vivent dans le luxe d’une homosexualité dépénalisée et d’un mariage pour tous adopté à la majorité ? Même si on a ni PMA, ni GPA ni même réellement fait progresser nos mentalités sur l’homosexualité, que l’homophobie est un vrai problème (la transphobie, n’en parlons pas), on est prêts à se lâcher sur le moindre fait divers homophobe tant qu’il nous permet de montrer au monde entier combien on est ouverts, progressistes et tolérants!

Au delà de cette polémique, ce qui est le plus savoureux, c’est de voir à quel point les masses sont ignorantes. Tout comme pour les droits des femmes, il suffit d’un sordide fait d’actualité pour que les plus idiots d’entre nous prouvent leur ignorance en matière de droits et de libertés. Aujourd’hui, en 2015 et en France, “on” découvre le statut de l’homosexualité au Maroc au regard de la loi. On découvre une seule couverture de magazine homophobe et c’est tout un pays, avec sa communauté LGBT, qui est jeté à la poubelle. Dites, LGBT blancs ignorants, si vous fondez aujourd’hui votre vision de la question homosexuelle au Maroc sur la couverture de Maroc Hebdo pour en conclure que le Maroc c’est l’enfer homophobe, acceptez-vous que l’on considère et résume votre France championne des droits des LGBT comme un pays super raciste si on se base sur la quantité phénoménale de couvertures racistes de magazines ? Comprendriez-vous un boycott massif de pays dont on dépend économiquement – les fameuses pétromonarchies – au seul motif qu’on a vraiment un gros problème avec tout ce qui n’est pas blanc, de culture athée ou judéo-chrétienne ?

En France, on s’émeut de la condition homosexuelle au Maroc. Sans jamais se poser les bonnes questions. Inévitablement, on en vient à parler d’Islam sans aller plus loin. Si l’on souhaite être honnête, au lieu de rabaisser les pays qui n’ont pas la même “ouverture” que nous, on devrait se rappeler que la dépénalisation de l’homosexualité est encore très récente en France quoiqu’on en pense. On devrait également se rappeler que malgré tout, l’homophobie est encore encrée dans la société française. Ironiquement, on s’émeut de la condition des LGBT du Maroc au regard de la loi sans jamais rappeler que le fameux article 489 n’est qu’un copié collé de l’article 331 du code pénal… français.

L’Avenir, la tolérance et nous

Entre temps, Maroc Hebdo a retiré ce numéro. Les champions de la liberté d’expression s’en félicitent. L’intolérance a été battue. Le débat sur la censure et la divergence d’opinion n’a plus lieu d’être, pour une fois. Quant aux Marocains et aux Marocaines, s’est-on donné la peine de leur demander leur avis ? Pourquoi est-ce que notre journalisme contemporain qui n’hésite pas à donner dans les micro-trottoirs les plus loufoques n’est pas allé “sonder” l’opinion marocaine ? Il devrait car cette triste affaire aura au moins ça de bon : la UNE est majoritairement critiquée sur les réseaux sociaux par les marocain-e-s qui en honte, comme c’était déjà le cas en 2012 lors d’une UNE qui visait les subsahariens (présentés comme un danger…). Sauf que ça, personne n’en parle. Peut être pour entretenir le mythe de ce silence qui approuve?
Je n’ai jamais apprécié cette presse pyromane, qui, que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons, a recours à des formules choc pour se vendre. Je n’ai aucun respect pour cette presse qui adore le feu, qui méprise la réalité et se jette dans la tendance de l’instant en dépassant la ligne jaune juste pour se croire pertinente. A une époque où la question LGBT est instrumentalisée partout pour servir d’autres intérêts que ceux des premier-e-s concerné-e-s, à une époque où l’homophobie est presque générale et toujours visible, quel genre de débat peut-on espérer attendre avec une telle couverture ? Au final, plus qu’aux homonationalistes de pacotille, aux militants français LGBT qui se lancent avec prétention dans des campagnes de Boycott (sans pour autant boycotter des pays qui piétinent des droits tout aussi basiques mais qui échappent à toute critique parce qu’ils sont gay friendly), mes pensées vont vers ces LGBT du monde entier qui tentent, par tous les moyens, que cela nous plaise ou non, de survivre. Mes pensées sont pour les LGBT, les minorités, les “moins que rien”, les dépravé-e-s qu’on marginalise quand on ne les brutalise pas, les “déviant-e-s” et tous les damné-e-s de la planète qui luttent à leur façon sans l’intrusion de forces extérieures qui ne sont intéressées que par leur statut de LGBT et rien d’autre.

* : Voir ici les réactions ô combien racistes et effarantes. Vous pourrez lire la prose de Michel Khechab qui veut pourrir la vie des marocains. L’intolérance appelle l’intolérance…