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Homophobie : De Cyril Hanouna à la Tchétchénie

“Et toute la peine continue de grandir. Et je prétends ne rien sentir”.

Courtney Love – Uncool (America’s sweetheart)

Hélas, l’ambiance est au beau fixe homophobe et la haine prouve qu’elle peut être fédératrice et toujours aussi dévastatrice quand on se trouve du mauvais côté de la grille. On peut se réfugier sous l’arbre de l’intimité solitaire et lever les yeux sur la nuit étoilée pour y peindre ses modestes rêves de paix mais les mots et les actes des autres arrivent à faire un bruit qui neutralise tout espoir.

50 nuances d’homophobie

L’homophobie, qu’elle soit celle d’un animateur télé sympathique ou de celle des milices du président Kadyrov, en passant par celle de différents groupes politiques ou d’états, reste de l’homophobie. Certes, l’écart est grand, entre l’insulte et le meurtre tout comme entre la société et les lois mais le fond reste le même : la haine. Dans le grand pot pourri homophobe, Il y a de tout : ceux qui se raclent passionnément le fond de la gorge pour cracher à la gueule de ceux qui subissent, ceux qui tournent le dos sans même un regard par dessus l’épaule, ceux qui condamnent mais en tolérant l’intolérable, ceux qui préfèrent regarder de l’autre côté, ceux qui préfèrent en rire et ceux qui préfèrent déplacer le problème.

Le cas Tchétchène

Ou plutôt le silence chaotique. Des homosexuels tabassés, enlevés, séquestrés, tués ou en fuite pour ceux qui auraient cette possibilité, pour ne pas parler de chance. Les témoignages relatés se ressemblent souvent : la bête à traquer est piégée, brutalisée et condamnée à une mort atroce. Au plus haut niveau de l’état, on conteste l’actualité puisque, et c’est souvent le cas, on prétend que l’homosexualité n’existe pas.

De notre côté, le silence est presque chaotique, même si l’on est quelque peu habitués à ce son qui ne fait que trahir la présence d’un tabou. Lors de l’abominable meurtre de masse à Orlando, rares étaient les médias dits “grands publics” à avoir parlé explicitement d’homophobie. Il y avait eu quelques rassemblements et pancartes colorées pour exprimer une solidarité sincère et émouvante mais alors que l’on s’attendait à avoir cette discussion tant espérée, il n’y eut rien.  Quelques mots presque réconfortants, beaux sur l’instant, doux quand on les reçoit comme de petites pincées d’amour saupoudrées lentement mais sans conséquence. Ce soir, quand des tchétchènes ne pourront pas fuir, à la fois parce que l’horreur les aura rattrapés et parce que personne n’aura voulu les accueillir, que fera l’humanité?

L’homophobie pour tous

 

Il est très difficile de rire devant les récentes frasques audiovisuelles de Cyril Hanouna et pour cause : elles amplifient l’écho d’un passé, plus ou moins lointain, et rappellent combien l’homophobie coule comme un ruisseau tranquille dans notre société. De par son comportement, Hanouna rappelle les quarts d’heures d’humiliation et de souffrance qui durent, en réalité, plus longtemps quand on s’aperçoit qu’on est forcés d’en trimballer les souvenirs le temps d’une vie et qu’il est difficile de trouver une pommade qui en efface la trace qu’ils laissent. Dans le faux piège tendu par Hanouna, j’ai revu beaucoup d’histoires; celles qui m’ont été racontées en chuchotant, avec la voix de la prudence. Celle de l’enseignant piégé par un élève via un site de rencontres, celle de Michael Sandy, celle de Bruno Wiel, celle de Matthew Shepard

Il y a, hélas, ceux qui s’obstinent à défendre Hanouna. Les arguments avancés partagent cet air de famille avec ceux qui sont couramment utilisés pour se dérober à toute accusation de racisme ou de sexisme. “Comment pourrait-on oser croire qu’un homme, si ouvert et bienveillant, qui soutiendrait des associations de lutte contre l’homophobie, pourrait être homophobe?”. “Cyril ne pourrait pas être homophobe : il a des homos dans son équipe!”. “Hanouna pratique l’humour, ce n’est pas un drame”. “Cyril Hanouna vit tellement mal qu’on le traite d’homophobe qu’il en a pleuré”. “On peut se moquer des homosexuels sans être homophobe”. C’est vrai que récupérer les outils les plus violents de l’homophobie mais les enrober vulgairement d’un humour lourd et facile, caricatural, stigmatisant dans lequel les grands perdants se reconnaissent, ce n’est pas homophobe. C’est juste divertissant, voyons. Désolé mais rire, ce n’est pas humilier. Aimer, ce n’est pas accabler. Et la meilleure façon de soutenir, ce n’est pas de donner de l’argent à des associations de défense des homosexuels mais de veiller à ce qu’on ne contribue pas, de loin ou de près, à exacerber leur souffrance ou à forcer leur exil.

Donc ?

J’en terminerais avec un appel lancé aux sages gardiens autoproclamés de la linguistique, historiens de tout et de rien à leurs heures perdues mais qui ne peuvent s’empêcher de prendre en otage le langage : prenez un fauteuil et taisez-vous. Tout comme l’islamophobie, l’homophobie est une haine à la férocité variable et il appartient aux concernés de la définir selon leurs critères à eux et non selon ceux dont l’avis est souvent impertinent et révélateur de leur plus grande crainte : celle de se retrouver dans celui qu’on pointe du doigt. La particularité de la haine, c’est qu’elle a plusieurs modes d’expression, de l’accident à l’acte assumé, mais soyez rassurés : on peut en guérir.  A condition de le vouloir.

 

Le barrage ? Sans moi et sans émois.

“Faire des miracles demande beaucoup de travail. La plupart des gens abandonnent avant qu’ils ne se produisent”.

Sheryl Crow – Maybe that’s something (The Globe Sessions)

Malheur, urgence, désespoir : Marine le Pen est au second tour de cette tragi-comédie burlesque que l’on appelle l’élection présidentielle. Face à Emmanuel Macron. Oui, Marine Le Pen. La fille de Jean Marie. Celle qui a nettoyé la vitrine mais pour y exposer les mêmes produits que son père. Le risque qu’elle accède au pouvoir est grand. Musique d’ambiance et plan au ralenti.

Cette fois, la nouvelle n’indigne pas, contrairement à 2002. Pas de cris d’effroi, de débats, de longues tirades passionnées saupoudrées de paroles creuses ou d’humanisme servit en deuxième partie de soirée. Rien. Un moment de botox vocal où même les quelques pourcents séparant Macron de Le Pen n’ont pas abouti sur un commentaire. Horreur de la froide fatalité acceptée.

Puis, quelques heures après, on a appelé à barrer la route au Front National. Tweets, tribunes, blogs, billets d’humeur : l’appel à sauver le soldat démocratie était lancé mais telle une flèche aiguisée en direction des abstentionnistes et sans dialogue préalable. Démocratie ? On peut faire mieux. Taper sur ceux qu’on pense convaincre en les accablant et en les culpabilisant ? Contreproductif et ignoble. Aussi vulgaire et violent que d’insulter une jeune fille insensible aux sifflets qu’elle récolte sur son passage parce qu’elle ne s’arrête pas mais après tout, on s’en fiche : la fin justifie les moyens. Le plaisir d’incarner ce bras fièrement musclé et moralisateur qui sortira les abstentionnistes pour les pousser aux urnes est trop grand pour s’éterniser sur ces petits détails.

« Il faut éviter le pire » !

C’était ce qu’on entendait à table, à la machine à café, au bureau de tabac, dans le train, à l’entrée des aéroports et sur les parkings des super marchés. Le pire, ça serait la victoire du FN qui propulserait ce pays dans de nouvelles pages sombres de son Histoire, écrites avec le sang que les abstentionnistes ont fait couler en décidant de bouder les bureaux de votes, manquant indéniablement de respect à ces milliers de révolutionnaires morts pour la démocratie.

Le débat n’aurait pas lieu si le pire n’était pas aussi mal défini. Il apparaît difficile de concevoir que le pire, pour quelques abstentionnistes que l’on ne veut ni entendre ni comprendre, ait déjà commencé. Pour bon nombre d’abstentionnistes, le pire est déjà leur pain et leur beurre et avant que l’on ne leur sorte la carte « victimisation ! », incontournable joker de la discussion, il faudrait accepter d’entendre qu’une présidence Macron ou Le Pen ne serait, hélas, que la promesse d’une légère aggravation des problèmes déjà existants : discriminations, précarité, exclusion sociale, invisibilisation, mépris culturel, mépris de classe, violences policières, violences économiques, glorification du passé colonial, etc… Quelle serait la nouvelle donne ? Une attaque à peine plus frontale, toujours aussi injuste et humiliante, mais, comme toujours, servie sous couvert de nobles combats menés au nom du vivre ensemble, de la laïcité, du féminisme et même de l’antiracisme…

Le pire n’est donc qu’une caricature du présent. Le pire, c’est qu’on connaît le pire et qu’on le vit et que l’on a rien fait d’autre pour nous que de nous dire que ça pouvait être pire que pire, à tel point qu’on se demande vraiment d’où on peut affirmer que le pire à venir sera pire que le pire du moment présent. Passé cet enfantin jeu de mot, on sait ce qu’il y a de pire pour ceux qui veulent s’éviter le pire : la honte. Parce que c’est principalement ça qu’on veut éviter à tout prix : la honte et les explications qui en découlent, comme si l’heure de se désolidariser sonnerait mais, cette fois-ci, pas pour les mêmes. Parce que la possible victoire du FN remet beaucoup de choses en jeu, à commencer par l’aura dorée de la France qui risque de rouiller sur le plan international. Ceux qui n’ont que peu de choses à craindre du FN le savent : c’est une réputation qui est en jeu dans cette élection. Celle de la patrie des lumières, France éternelle et brillante, défendue par Fatou Diome avec la passion d’une amoureuse transie. Pays des droits humains qui risque de prouver ses limites comme un vulgaire produit de beauté surcôté.

« Mais quand même comment en est-on arrivés là ? »

Les mots sont forts, tout autant que la réalité : le pays souffre de toxicomanie raciste. Ces dernières années ont été celles du brouillage idéologique où tout le monde s’est retrouvé à faire du front national jusqu’à en droguer le pays tout entier. De l’immigration à l’Islam, à la présence dans les médias de personnages hautement contestés relayant les pires mensonges et préjugés, aux calomnies visant ceux qui ont osé contredire l’amas de haine raciste, on a eu une dose déferlante de front national, servie tous les jours dans le sirop médiatique, avalé de gré ou de force mais toujours goulument. Mais, c’était le bon front national, comprenez : celui qui sort de la bouche de dirigeants politiques, d’intellectuels qui portent bien la toilette, qui se disent Républicains, de gauche ou de droite mais qui, jamais, au grand jamais, ne seraient racistes. Comme si cela faisait une différence pour celui qui sent sur sa tête l’ombre brûlante du doigt pointé accusateur. Un racisme qui n’est pas du FN n’est pas un racisme vertueux. Il est vicieux. Fignolé pour avoir l’air propre alors qu’il demeure sale. Même quand il est dévoyé pour prétendre à la défense des femmes, de la laïcité ou d’autres combats nobles. Encore plus quand une ministre s’en sert dans un exercice de féminisme galeries Lafayette à la sauce négrophobe. Même quand un homme de gauche approuve l’extrême droite. Même quand les Unes des magazines se font toutes retoucher par le même chirurgien esthétique pour ressembler à Valeurs Actuelles.

Il y a de quoi sourire avec amertume, devant la panique des militants du barrage républicain et leur argumentaire typique d’un vendeur indépendant de contrats d’assurances du Wyoming. Passionnés et pleins d’entrain, ils auraient enfin presque compris que l’heure était grave maintenant que la flamme commençait à se rapprocher. A mes yeux, c’est comme être celui qui se trouve sur une terre torpillée par une progressive catastrophe naturelle qu’il était le seul à subir dans l’indifférence mais que le reste du monde n’a daigné considérer que lorsqu’elle s’est invitée sous sa fenêtre. Et encore : il n’a été question que de faire barrage au FN. Qu’en est-il de tout ce qui précède le FN ? Rien. Et pourtant, entre l’état d’urgence, la création du ministère de l’identité nationale, les lois antivoile ou burkini, l’impérialisme, la protection des auteurs de violences policières, le mépris, les discriminations, l’asphyxie économique des quartiers populaires avec la Loi Travail, les bombardements à l’international, la banalisation des agressions à caractère islamophobe, il y avait de quoi s’arrêter et réfléchir. A moins que les plus rusés aient compris que le maximum à faire revient à faire des promesses, choses que l’on déteste de nos jours.

S’il reste quelques âmes candides pour se demander comment on en est arrivés là, mon conseil serait d’aller vous adresser directement à ceux qui ont voté pour le FN. Comme pour l’élection de Trump, il faudrait cesser de viser lâchement ceux qui ne sont en rien responsables du résultat qu’on connait.

L’abstention veut dire l’abstention.

Parce que les leçons ne sont jamais retenues par ceux qui se bornent à croire qu’il n’ont rien à apprendre de nous, il convient de continuer à jouer à ce jeu par l’abstention. Elle est, à elle seule, un geste politique. Moins grossier que le bras d’honneur mais tout aussi symbolique. Les gens outrés par cette posture parleront immédiatement de cadeau fait au FN, de communautarisme, de division et, en épuisant les cartouches avec lesquelles ils tirent, finiront par faire tomber les masques en nous disant que de toute façon, ils n’auraient rien à craindre du FN au pouvoir et que le barrage serait surtout pour nous protéger. Quelle grandeur d’âme! Quelle bonté ! Ô, mes amis ennemis ! Triste nouvelle pour vous : je n’ai plus que le regard indifférent de Joan Crawford pour répondre à ce paternalisme teinté de mépris tellement ordinaire qu’il vous a échappé ! L’heure des génuflexions devant votre agenda est une heure morte et enterrée. Elle a épuisé toute ma souplesse et convaincu à jamais qu’être la pom pom girl d’une équipe qui ne mobilise ses troupes que pour sauver sa propre peau ne sauvera jamais la mienne alors qu’elle en a eu mille occasions. Et je n’en suis même pas désolé.

13 Novembre, l’année d’après

“Je ne me jette pas dans les eaux de la culture du moment : je suis au bord du précipice de ce qui vient après.”

Sandra Bernhard.

 

7780517382_au-bataclan-de-nombreuses-personnes-sont-venus-se-recueillirIl est des anniversaires qu’on déteste voir arriver. On sait qu’on ne les célèbrera pas car on ne se réjouit jamais de se souvenir parfaitement d’une nuit d’horreur. La soirée du 13 Novembre aurait du être ordinaire. Peut être particulièrement placée sous le signe de la chance ou de la malchance, selon l’intérêt qu’on accorde aux superstitions qui concernent le vendredi 13 mais en aucun cas d’une aussi grande et aigre douleur. Le terrorisme avait frappé, une fois de plus. En plein Paris. La mort avait fauché tant d’innocents que l’on se demandait tous si la fin, ce concept qui signifie « notre mort », n’était pas proche. Des bombardements à l’autre bout du monde avaient suivi. Ici, la parole s’était lâchée, les débats superficiels et réflexions dignes de conversations de bar s’étaient généralisés. Un pas de plus vers la folie.

Dans le drame et dans le deuil national, on avait parlé de choc des civilisations, d’atteinte aux symboles républicains et au mode de vie français. « Chez nous, on se rassemble pour assister à un matche de football, chez nous on acclame les artistes sur scène, chez nous on est en terrasse… ». De gauche à droite, on jouait en parfaite harmonie la même mélodie néoconservatrice pour nous endormir. « Ils ne nous aiment pas, n’adhérent pas à nos valeurs, c’est uniquement pour ça qu’ils nous ont attaqués ». La partition ne comportait que des fausses notes mais la chanson plaisait beaucoup, un fait qui aurait du nous faire tous réagir. Mais nous avions préféré nous laisser berner.

Franchement, nos morts et leurs familles méritaient mieux. On leur devait autre chose qu’un enfumage ou une campagne de hashtags, entre les commémorations et les recueillements. On leur devait le moindre des respects : la vérité. On leur devait de trouver la paix en ce bas monde pour éviter que l’horreur se reproduise. On leur devait tant de choses…

Au lieu de ça, on s’est payé un an de 13 Novembres et à l’échelle mondiale. Belgique, Allemagne, Turquie, Indonésie, Arabie Saoudite, Irak, Syrie, Pakistan, Tunisie… Des attentats à n’en plus finir, à douter de nos doutes et à envisager le futur comme une hypothèse, voir un miracle. Hélas, à mesure que l’horreur s’éloigne de nos frontières, elle emporte avec elle un peu de notre intérêt, de notre compassion et de nos larmes. Misère de notre époque : on ne pleure plus la perte des autres parce que les autres sont les autres et ne seront jamais nous comme nous ne seront jamais eux. Les morts turcs, tunisiens, syriens, irakiens, saoudiens, indonésiens, libanais… ? On les soutiendra, modestement, par respect puis on retournera à nos querelles d’imposteurs du petit écran dont les foudres rhétoriques s’abattent au gré des opportunités médiatiques. Certains vivent pour les attentats comme d’autres vivent pour la gloire : pour s’approprier la lumière.

Puis, il y a eu les mini 13 Novembres de profondeur, tout au long de cette année. Ils ont tant de visages et tant de corps différents qu’il est presque impossible de tous les recenser. Une seule chose les unit : ils ne veillent pas à la paix. Ils contredisent l’émotion feu de paille et la douce illusion d’unité nationale. Ils ne frappent pas comme des bombes ou des mitraillettes. Ils ne portent pas la cape de la mort mais creusent des tombes pour les années à venir en semant la zizanie dans un pays qui se divise à grande vitesse. Ils sont ces perquisitions qui ont traumatisé des quartiers tout entiers, ces débats où il fallait à tout prix caillasser l’Islam et les musulmans en dépolitisant les attentats, ces paroles odieuses d’hommes politiques, ces ouvrages et ces tribunes scandaleuses, ces dénis des conséquences islamophobes des attaques, ces refus d’autocritique de la politique étrangères, ces projets de lois racistes, ces agressions…

Après le chaos, encore le chaos. En un an, la réponse à la haine aura été une haine quasi proportionnelle, entre bombardements à l’étranger, soutient à des théocraties brutales via les contrats de ventes d’armes et nous, ici. Dans un contexte de chagrin, de crispations, de divisions, de déplacement des populations qui fuient la guerre et de flambées racistes, nous avons fait le choix de la haine. Un an après, elle peut bomber le torse avec virilité et s’admirer dans le miroir : elle est devenue tellement automatique, tellement tentante et tellement populaire qu’elle est normalisée. On peut désormais, avec l’aval général, haïr au nom de la paix. On vous répondra que ce n’est pas de la haine, l’islamophobie ou le tout sécuritaire. On vous répondra que ce n’est pas de la haine que de s’obstiner à ne parler que d’islam sans contexte, sans géopolitique, entre non spécialistes, du matin au soir, en tirant des sonnettes d’alarmes, avec des reportages bidonnés, avec des polémistes omniprésents et ultra relayées, avec fausse indignation en option. Et ne vous avisez pas d’émettre un bémol : on pourrait vous répondre que l’on ne peut plus rien dire, de nos jours. Ne vous avisez pas de critiquer : le chantage à la désolidarisation pourrait vous pendre au nez.

J’avais eu besoin de trois mois pour écrire sur les attentats. Ma vie étant ce qu’elle était, j’étais piqué par plusieurs aiguilles en même temps mais décidé à contribuer à la paix. Dans la douleur, je tombe souvent dans la niaiserie avant que la réalité ne me rattrape et me gifle violemment. La paix ? Elle est lointaine. C’est devenu un fantasme, parce qu’il m’habite et ne me hante pas, contrairement aux rêves dont il est permis de douter. Un fantasme titille, obsède et pousse à l’action. J’ai toujours préféré mes fantasmes à mes rêves. Mais comment y parvenir de manière définitive et révolutionnaire dans le contexte actuel ? Suis-je seul à voir que nous avons raté une opportunité de rectifier nos erreurs ? Suis-je seul à être fatigué du simplisme politique et de toutes les atroces retombées nationales et internationales ?

bataclan-cafe-panoramiqueVous êtes vous déjà promenés près du Bataclan, depuis le 13 Novembre 2015 ? Je déconseille l’expérience. On s’y sent affreusement mal. Le souvenir de la tragédie a effacé tous les souvenirs heureux qui la précédaient. On ne peut plus repenser à ses concerts, à ses leçons de guitare dans le quartier, à ses ballades et à ses déjeuners en terrasse sans une pointe de culpabilité. On était heureux « avant ». Inconsciemment heureux. On pense même qu’on ne sera plus jamais aussi heureux qu’on l’a été. Ou seul. Aujourd’hui, il m’est impossible, dans la noirceur de la nuit ou dans la blancheur du jour, de ne pas me sentir accompagné dans ce quartier. Des yeux dont on devine les propriétaires nous regardent. Il m’est impossible de les ignorer. De même qu’il m’est impossible d’ignorer ce qui s’y est passé et ce qui en a découlé.

Aujourd’hui, soit un an après, j’ai toujours peur. Dans le métro, dans le hall des aéroports, dans la rue, devant les vitrines, au bar, j’ai peur. Je n’arrive toujours pas à vivre avec et je ne suis pas prêt pour vivre sans. Ma peur est vicieuse puisqu’elle suscite la crainte de ceux qui m’entourent et qui se demandent pourquoi je suis si nerveux alors que j’ai l’air si… normal? A chaque séparation avec mes proches, même la plus anodine, je pars avec l’idée morbide que c’est peut être la dernière fois. La fin peut venir plus tôt et plus vite, sans prévenir. Personne ne connait avec certitude la date de sa dernière séance. Mon seul “réconfort” est de me dire que d’autres vivent le 13 novembre quotidiennement et que leur courage et leur ténacité devraient nous inspirer. Il y a un an, ce sont mes frères et mes sœurs qu’on a tués. On m’avait interdit de les pleurer sans admettre ma responsabilité au simple motif que je ressemblais aux tueurs, d’un point de vue ethnique. On m’avait demandé de ne pas en faire trop, non plus. J’avais gobé les remarques en silence, en refusant de culpabiliser ou même de répondre, par sagesse, espérant que les esprits reviennent à la raison mais depuis, qu’avons-nous fait de la raison ? Nous l’avons semée. Nous lui avons préféré la haine. Ils lui ont préféré la haine. Convertissez-vous à la paix. Convertissons-nous tous à la paix.

Des Burkinis et des hommes

« Êtes-vous déjà tombés par hasard sur votre reflet dans le miroir ? C’est là qu’on voit ce qu’on est depuis l’extérieur et c’est ce qu’il est impossible de voir depuis l’intérieur… »

                                                                                                                     Dorothy Dandrige

La France d’avant

Avant, quand la France était encore un pays où l’air y était presque respirable, l’été pouvait se passer sans qu’une polémique inutile et de mauvais goût ne s’invite à toutes les tables. Les plus chanceux voyageaient, ramenant des anecdotes et des récits d’aventures rocambolesques pour divertir ceux qui n’avaient pas été autant privilégiés. Dans l’ensemble, bien avant notre époque de paranoïa identitaire et d’automatismes racistes décomplexés, on allait bien. On avait que faire de débats de bouts de table, de futilités diverses et de polémiques gratuites auxquels on ne réservait même pas un encadré dans un mensuel. Tout allait bien…

Aujourd’hui, tout va mal. Les caisses sont vides, la rage est en pleine croissance, ce secteur d’avenir qui recrute partout y compris là où l’on se croit antiraciste. Un an après la fausse affaire du maillot de Reims qui aurait du nous servir à tous de leçon, nous voilà repartis pour un tour sur le cheval excité de l’islamophobie. Un an après bien des drames, bien des morts et bien des pistes de réflexion à explorer, nous revoilà retombés dans les bas fonds de la haine et sans même s’empêcher, sans même avoir tenté de se retenir de tomber dans le précipice.

Vite, une polémique !

Polémique n°1234598 sur l'islam. Encore une...

Polémique n°1234598 sur l’islam. Encore une…

Donc une polémique de plus sur l’Islam. Un Casual Friday à la française qui dure depuis longtemps pour 6 millions de musulmans. En fait, nos polémiques islamophobes sont comme les rumeurs prenant pour cible cette pauvre Jennifer Aniston : on finit par être autant désolés pour ceux qui font carrière dessus que pour les principaux concernés qui, quoiqu’ils et souvent elles aient à dire, se retrouvent privés de parole et donc dans l’incapacité de se défendre. On en avait l’habitude, me direz-vous. Après la viande Halal, le foulard, la burqa, le foulard qui veut mettre une burqa et manger halal, au volant ou en terrasse, nous voilà au bon point de départ : ce que certaines femmes musulmanes portent. On parle donc, non sans condescendance, de Burkini, ce maillot de bain couvrant, absolument identique à une combinaison de plongée mais sur lequel bien des fantasmes sont brodés. En fait, ce débat, ce n’est que la version estivale d’un autre débat classique et indémodable, celui du foulard, mais dans une version inédite aujourd’hui, un numéro hors série, une édition limitée et d’été pour celles et ceux qui ne parviendraient à attendre le prochain débat autour de l’interdiction du foulard (en bibliothèque ou au cinéma, à vous de choisir vu qu’il faudrait le bannir partout, comme la pire des choses sur cette terre). Pauvre France, ridiculisée par les médias étrangers, prise en otage par une vilaine obsession, un péché loin d’être mignon puisqu’il blesse et rabaisse. Pauvre France, incapable de plonger le nez dans ses priorités et de faire sa propre psychanalyse et d’y puiser ses torts et ses remords. Pauvre France, incapable de se regarder autrement qu’en s’éblouissant de ses lumières et incapable de voir que son universalisme n’est qu’un narcissisme dont la mission est de faire perdurer son beau reflet partout sur terre et, de préférence, dans tous les cœurs.

Il paraitrait donc que le burkini serait à la fois contraire à la dignité de la femme, une menace pour la laïcité (nouvelle religion d’état, soumise à interprétations diverses) et le symbole d’un combat intégriste. Pour ce qui est de la dignité des femmes, j’attends toujours de voir où est l’indignité dans cette tenue et ce qui fait qu’un bikini ou maillot de bain classique n’incarne pas l’indignité. Pourquoi l’un et pas l’autre ? Pour ce qui est d’une menace pour la laïcité, alors si chaque tenue à connotation religieuse, pour raison évidente ou non, est une menace pour la laïcité, nous sommes soit devenus extrêmement paresseux d’un point de vue intellectuel, soit des réacs qui s’ignorent et invoquent la laïcité à tout bout de champ, comme une issue de secours. Rappelez-vous tout de même que la France est un état laïc et que cela s’arrête là. Les maillots de bains, les tongs, les serviettes et les parasols sont libres de porter des symboles religieux. Quant à parler d’uniforme intégriste, cela traduit une méconnaissance presque risible de l’intégrisme musulman : croyez-vous que pour Daesh, Al Qaeda ou même l’Arabie Saoudite notre grande alliée que le burkini est ne serait-ce que tolérable ? Croyez-vous l’espace d’une seconde qu’il soit acceptable, dans l’idéologie fondamentaliste, qu’une femme se rende à la plage et s’y baigne ? Est-ce que nos maitres à penser sont à ce point limités en terme d’arguments pour nous faire détester le Burkini et par extension les femmes qui le portent et la communauté dont elles ne sont qu’un échantillon ?

Les polémistes en herbe

Peu importe l’opinion à avoir sur le Burkini : le travail a déjà été mâché. Dans un billet publié sur le Huffington Post, Caroline Fourest est claire : « Toute personne un tantinet féministe ou simplement inquiet du radicalisme se sentirait mal à l’aise à l’idée de se baigner à côté d’une femme ou d’un groupe de femmes en burkini. ». Merci de donner raison aux critiques de l’establishment féministe qui parlent de mouvement « dans une phase stalinienne » : au nom de qui parle Caroline Fourest ? De quel droit ? Quel est ce type de féminisme qui prétend relayer la parole du féminisme même le plus léger et les inquiétudes des gens face au radicalisme ? Surprenant pour une essayiste qui tartine ses essais d’universalisme, de démocratie et autres foutaises qui, sous sa plume, sont utilisées comme des armes. Elle poursuit : « Quand on va à la mer, c’est pour se détendre, pas pour se prendre les problèmes psychologiques ou les convictions idéologiques des autres en pleine figure. Si quelqu’un est si mal à l’aise avec son corps et croit en la pudeur, il peut tout simplement éviter de se baigner en public et choisir des espaces plus pudiques… Comme une piscine privée ou sa baignoire. ». Parfait condensé de nombrilisme (« quand on va à la plage, c’est pour… »), de mépris sur une incompréhension (les personnes ayant un rapport différent à la semi nudité sont taxées de souffrir de problèmes psychologiques, c’est très sympa. Ca rappelle étrangement les thèses homophobes de certains psys des années 70…) et de mépris classiciste : la dame vous invite à trouver une piscine privée (était-elle au courant qu’on a refusé une privatisation ?) ou à nager dans sa propre baignoire. Il y a quelque chose de très drôle et on ne peut plus révélateur dans cette dernière phrase : un racisme en filigrane qui fait exactement ce qu’on craignait que l’intégrisme face aux pauvres femmes musulmanes. Retourne à ta baignoire n’est que le nouveau retourne chez toi, un chez toi ridicule, pauvre, en Afrique en général, étroit, exactement comme cette baignoire. C’est très ironique, finalement, de vouloir défier le sexisme des fondamentalistes en faisant leur travail, c’est à dire renvoyer les femmes musulmanes à leur foyer et les condamner à l’invisibilité. Mais comme c’est dramatique de faire, pour le coup, le travail de Daesh en continuant dans la logique de division, de mépris et d’invisibilation. Et on osera se plaindre de l’efficacité des discours des recruteurs ?! On fait leur SAV, avec de tels mots ! Mais bon, étant donné les nombreux mensonges qui étayent l’oeuvre de cette femme, on peut se dire qu’elle va changer d’avis prochainement et opérer un demi tour, hein.

Dans un registre voisin, Raphaël Enthoven, incarnation du mâle blanc dominant qui a son mot à dire sur tout à commencer par ce qu’il n’a jamais traversé, s’est demandé, certainement au terme d’une longue réflexion si les partisans du burkini le défendent au nom de la tolérance qu’ils invoquent pour le port du string sur les plages saoudiennes. Oui, comme d’habitude, toute discussion sur l’Islam vestimentaire ne peut se passer du point « Arabie Saoudite », certainement plus parlant que le point Iran, Pakistan ou Afghanistan, des noms de pays à faire froid dans le dos de toute personne « un tantinet féministe », si vous voyez ce que je veux dire…

Or, là n’est pas la question. Dans cette comparaison, il y a trois choses à retenir.

  • La première réside dans la limite posée par le sujet : quand on parle d’Arabie Saoudite où de ce qui se passe en terre d’islam terrifiant, c’est par manque d’éléments sur la situation donnée. Non, ce qui se passe en Arabie Saoudite ou ailleurs, ne doit pas s’inviter dans une polémique nationale. Ce qui se passe en Arabie Saoudite doit rester en Arabie Saoudite et cela devrait être aussi simple que ça.
  • La deuxième chose, c’est le mépris affiché pour les Saoudiennes et leurs droits. Vraiment, le string sur la plage, c’est la première chose qui vous vient en tête quand il s’agit de réfléchir à la condition de ces femmes ? Est-ce que le philosophe est à ce point assoiffé d’images crues de culs de saoudiennes pour tomber à ce niveau ? Ou est-il simplement en train de faire la preuve flagrante de son manque de connaissances sur la situation ?
  • La troisième chose, c’est le racisme qui découle d’un tel procédé. Les musulmans, quoiqu’on en dise, quoiqu’on en pense, en France, sont, dans leur extrême majorité, des citoyens français. Tout le blabla color blind, intégrationiste « tout le monde a sa chance » se pète la gueule quand on renvoit les musulmans en général et les musulmanes en particulier à ce qui se passe en Iran, en Afghanistan et en Arabie Saoudite. Les musulmans sont des français contrefaits,  quand on les rattache à ce qui se passe ailleurs. Et on osera après se plaindre de la racialisation des musulmans, d’une fierté religieuse ostentatoire, d’un désintérêt pour la nation exprimé par de faibles taux de participation aux élections ou dans d’autres secteurs ? Qui pousse qui dans les bras de l’autre dont on ne se sert que pour mieux complexer et brimer ? Qui se sert d’une imagerie raciste et réductrice pour faire valoir ses arguments ? Enthoven s’était déjà illustré dans un cyber clash avec le rappeur Kery James. Il ne semblait pas avoir apprécié les mots durs d’un de ses titres où il chantait « Rabzas et Renois, à leurs yeux, on est toujours des étrangers ». Aujourd’hui, à la lecture de cet article où sont comparées musulmanes françaises et musulmanes saoudiennes, on ne peut que comprendre la position de Kery James.

Et nous dans tout ça…

europe-double-standard-on-freedom-of-speechJe ne parlerai pas de ces journaux qui n’auront rien trouvé d’autre à faire que de relayer des articles vides d’intérêt sur les situations marocaine, algérienne et saoudienne : notre establishment adore recevoir des renforts de l’étranger quand il a une idée à faire passer. Qu’est-ce qu’on adore crier à l’intégration des “musulmans” comme s’ils venaient de musulmanie, d’une part, et leur parler de théocraties musulmanes auxquels ils sont étrangers de l’autre! Quand je lis que les musulmans doivent s’adapter aux lois du pays, je vois que le travail est réalisé sans que cela ne gêne personne : on parle de musulmans comme d’éternels migrants n’ayant que le droit de la fermer. Belle image que l’on donne du pays des droits de l’Homme, hein. Vous la voulez l’intégration ou vous voulez la retarder en créant une sous catégorie déjà blessée par le racisme général ? Savez-vous que vous vous adressée à une catégorie aux multiples polémiques stériles, gangrenée par votre haine, détachée du bloc national, désintégrée par sa religion mais rappelée à l’ordre par la plume de journalistes maghrébins du Maghreb, haute autorité s’il en fallait une pour mieux dompter la bête musulmane de France ? Savez-vous qu’avec ces polémiques, vous faites du tort là où on aimerait qu’on nous fasse enfin du bien ?

Je ne parlerai pas non plus des associations de féminisme pro-establishment à la OLF qui ne peuvent condamner les arrêtés anti-burkini sans en rajouter une couche sur les religions (toutes les religions qu’elles vous disent, histoire de s’éviter une accusation d’islamophobie, grande technique déjà relevée et commentée précédemment), les iraniennes et les pauvres musulmanes oppressées en France qui n’attendent qu’un dévoilement de masse pour goûter à la joie de vivre. Restez entre socialites, mesdames, et continuez de taxer d’islamogauchistes ceux qui, dans l’ensemble, n’ont que faire de votre racisme et de votre vision néocolonialiste du monde.

Je ne parlerai pas non plus des humanistes du dimanche, ceux qui n’ont que du « moi je » à la bouche, ce fameux « moi, quand je vais dans un pays étranger… », ce « moi » faussement universaliste, intellectuel, intègre, bref colonialiste qui ne considère le monde dans son ensemble qu’à la lumière de sa grande sagesse et expertise de comptoir, qui parle et parle, sans jamais écouter, à la place de, au nom de et sans crainte de basculer dans le racisme ou l’exclusion, parce qu’il a un ami musulman qui lui aurait confié sa honte d’être musulman, parce qu’il a lu le Coran, parce qu’il est issu des lumières, jamais suspecté d’impureté de sang, jamais renvoyé à d’autres pays ou réduit à une citoyenneté religieuse dont il n’a jamais voulu mais suffisamment intelligent, du moins plus que les concernés, ces abrutis, pour pouvoir parler en leur nom.

De même que je ne vais pas m’attarder sur les musulman-e-s de services, pom pom girls d’une France où ils ne servent qu’à valider le travail d’accablement car, amis politiques, on sait qu’on ne vous sert qu’à ça. Nous ne sommes pas dupes des politiques ambitieux et de leur besoin de visages basanés mais républicains, d’en bas mais voulant se hisser tout en haut d’un navire sur le point de couler après être tombés dans le piège de Daesh et de sa propre bétise.

Aujourd’hui, il est urgent de comprendre que tout ce remue ménage ne profite, au final, qu’à faire la guerre. On adore la guerre, plus que la paix. La guerre, c’est contemporain, masculin. L’expression ultime de la puissance et de l’arrogance. J’ai bien peur qu’une grosse guerre ait déjà commencé ici, chez nous, sans dire son nom et qu’elle continuera sa macabre danse très loin, emportée par le vent de la propagande, jusqu’aux portes de nouvelles terres à conquérir puis à exploiter.

Je ne veux pas de vos guerres, ni même de votre sagesse, intellectuels progressistes devenus réacs ou féministes ouvertement racistes. Il faut dire que, depuis quelques années, je suis insensible à vos performances, même quand l’effort de paraître sympathique est là, même quand vous vous autorisez, de façon temporaire, une crise d’islamogauchisme et que vous donnez l’impression d’être de nouvelles personnes. Voyez-vous, j’ai une mémoire d’éléphant : je n’oublie pas tout ce qu’on se prend en pleine figure, même sous couvert d’humanisme ou d’un autre « isme » qui, je le sens, ne servira, dans quelques années, qu’à servir de totalitarisme. « I am still mad as hell » (« Je suis toujours aussi furieuse ») chantaient les Dixie Chicks dans Not Ready To Make Nice quand, de façon très pudique, l’Amérique de Bush s’excusait de les avoir mises de côté. Pour le moment, je suis déjà furieux et c’est largement suffisant.

Cette abominable violence policière…

Ce matin, nous avons appris qu’un jeune homme de 24 ans, Adama Traoré, trouvait la mort à la suite d’une interpellation à Beaumont Sur Oise. La mort, me direz-vous, n’a, en soi, rien d’extraordinaire : la faucheuse finira bien par nous rendre visite et nous décoller à la vie. Cependant, cette mort s’inscrit dans une longue liste de morts devenues ordinaires, largement commentées et analysées lorsqu’il s’agit des USA mais très peu relayées et critiquées avec la même verve lorsqu’elles se passent sur notre sol. “On est pas aux Etats Unis, quand même”. Ouais et alors ? Alors, rien.

 

Qui était Adama Traoré ? Un homme noir de 24 ans, interpellé par les forces de l’ordre, fugitif avant de se rendre finalement et de mourir en garde à vue. D’après tous les témoignages récoltés par ses proches ainsi que des témoin, Adama aurait été passé à tabac avant de rendre l’âme. Le jour de son anniversaire. Et depuis ce matin, les témoignages à se tordre de tristesse pleuvent.

L’histoire vous rappelle quelque chose ? Beaucoup pourraient soupirer un « oui », prononcé tête baissée et dans la douleur. Actuellement, je ne suis capable de répondre qu’avec une rage dont je sens la force jusque la pointe de mes doigts et que seule l’écriture d’un billet pourrait calmer. Jusqu’au suivant. Puis au suivant, au suivant, toujours au suivant, encore au suivant jusqu’à perdre complètement espoir, jusqu’à me sentir couler dans une mare de pessimisme dans laquelle nos cris semblent inaudibles. Entre temps, on tentera par tous les moyens de nous calmer. On entendra tout et n’importe quoi, depuis la bouche de n’importe qui, en taisant la parole des principaux concernés, certainement parce qu’on n’aime pas les écouter les principaux concernés. On sait tellement mieux que les principaux concernés, trop émotifs et virulents. Et puis, depuis quand est-ce que ça compte, dans l’univers « médiatico-journalistico-mediatique », la parole des concernés ?

 

Arrivé à ce point, j’ai deux choix. Je pouvais me livrer à une analyse de cette triste nouvelle affaire, une de plus, en reprenant à mon compte ce qui a été déjà dit et répété à maintes reprises, en critiquant la couverture médiatique mais ce serait vous offrir une subjectivité des plus arrogantes et intervenir dans une histoire dont je ne suis que simple spectateur horrifié. Je préfère prendre un recul et apporter mon propre témoignage sur ce qu’il convient d’appeler les violences policières. Je ne souhaite pas récupérer ce drame pour m’assurer une quelconque promotion personnelle, argument sans cesse répété à l’encontre de ceux dont on veut accabler le témoignage et déformer la démarche. Je souhaite, exceptionnellement, vous livrer ici mon récit, basé sur ma réalité personnelle, mon cœur et ma chair, afin de lever le voile sur ce qui se passe et dont on ne parle qu’avec détachement et mépris. Par mesure de sécurité préventive, je tiens à préciser que, même si « nous ne sommes pas aux USA, quand même ! », je vais faire usage des mots blancs, racisé-e, de couleur et autres qualificatifs qui donnent la nausée à beaucoup de gens. Mais, comme je le dis assez souvent, la vérité vous libèrera… Enfin après vous avoir foutu les nerfs, quand même.

 

Je suis ce qu’il convient d’appeler un arabe « pas comme les autres » : dans l’espace public, j’ai souvent échappé aux doux qualificatifs de racaille ou de lascar, voir même de beur, probablement à cause d’un faciès lisse et d’un comportement tout aussi lisse, à la masculinité approximative, ce qui rassure encore pas mal de monde aujourd’hui. Le genre d’arabe qu’on brandi avec fierté pour contrer la caricature de l’arabe méchant et terrifiant, ignorant à quel point ce procédé est raciste, condescendant et méprisant. Le genre d’arabe qui aurait pu toucher un pactole en embrassant une carrière d’arabe républicain de service pour la droite comme pour la gauche. Si je n’avais pas de conscience…

J’ai grandi en banlieue, auprès de personnes de toutes origines, dans un paradis de la carnation pour toute maquilleuse moderne, là où seul ce qu’on est à la face des autres, connu ou inconnu, compte.

Loin de moi l’idée de justifier le comportement que je souhaite dénoncer mais je tiens à préciser encore que je n’ai jamais été l’image type de l’arabe de banlieue dont sont friands nos médias et nos politiques (ne détournez pas le regard, vous savez bien de quoi je parle. Allez, un petit effort…). Je pensais, dans mes années de délicieuse ignorance, que ce statut d’arabe rassurant constituerait une protection qui m’éviterait bien des bricoles puisque je n’étais pas eux! Comme je me trompais : étant arabe aux yeux de certains avant d’être un citoyen, j’étais par essence le véhicule de bons nombre de fantasmes, jamais articulés avec mon consentement ou à ma gloire.

Dvd is the new VHS. Vous la voyez, ma superbe arme du crime ?

Cela a commencé par une soirée où je rentrais d’un vidéoclub après avoir loué une VHS d’un concert en la compagnie de mon meilleur ami. Nous avions décidé de nous poser sur un banc un court instant avant d’aller regarder notre chère cassette. En pleine discussion sur un sujet dont je ne me souviens plus, je lâchai un « c’est bon ! » qui, hasard malheureux de la vie, fut interprété comme un « sale con ! » par un passant qui faisait son jogging. Rapidement, nous nous embrouillons jusqu’à ce que le jogger finisse par reconnaitre ses torts, allant jusqu’à sourire mais c’était trop tard : une voiture de la bac passant par là, il fallait intervenir. En moins de deux minutes, ma tête de mes quinze ans a reçu un coup de matraque et je me suis retrouvé sur le sol, serrant contre moi ma VHS empruntée tandis que mon meilleur ami, un blanc qui pourrait passer pour le fils de Nicole Kidman, était écarté et avait le droit à un interrogatoire bien plus respectueux. Le jogger tenta de s’interposer en nous défendant. On réfuta sa parole – “c’est de la racaille” – et on me confisqua la casette dans laquelle on voulait voir si je ne planquais pas une arme. Malheureusement pour les policiers, on me rendit ma VHS, accompagnée d’un « mouais… » imprégné de doute : un adolescent, arabe, qui loue un concert n’a jamais le droit de convaincre totalement de son innocence. Le jogger disparu et une femme, à qui je dois bien plus qu’une boite de chocolats, vint prendre notre défense. Immédiatement, elle évoqua une intervention abusive, qu’elle avait suivie depuis sa voiture avant de nous rejoindre. La scène, avec le recul, était drôle. Du moins, aujourd’hui, c’est avec cette observation que je tente de colmater ma peine encore vivace. Face à elles, on ne mouftait pas, on gardait son sang froid et j’eus même le droit à un « salut les jeunes !» balancé en toute légèreté par le policier qui m’avait matraqué, sensé enterrer les coups que j’avais reçu et certainement jouer le rôle de l’excuse qui n’a pas eu lieu.

Le reste de l’histoire importe peu. En revanche, ce qui a germé en moi depuis ce jour et qui n’a cessé de grandir à la suite d’événements quasi similaires compte et comptera toujours. Parce que figurez-vous qu’un événement de ce genre là, ça ne s’oublie pas. Pour évoquer ce soir là, je n’ai jamais parlé de violences policières, de bavure, de brutalité. Pendant longtemps, j’y ai fait référence sous le nom de « l’embrouille » car, au fond, j’étais dans le brouillard le plus complet. Pendant longtemps, je me suis interrogé sans interroger ceux qui se sont fait plaisir sur mon dos pensant que j’étais seul responsable de mon propre épisode malheureux. Pendant longtemps, je me suis détesté, méprisé dans ce que j’avais, consciemment ou non, donné à voir de ma personne, me demandant pourquoi Rémi, David ou Flavien (mes amis d’enfance, très corps traditionnel français et je ne m’en excuse pas) n’avaient jamais subi d’expérience comparable. Pendant longtemps, je me suis trouvé des torts parce que j’étais élevé au pays de l’égalité et qu’il était impensable pour moi que des agents de l’état puissent être du mauvais côté. Je crois même avoir pensé, l’espace d’un instant, que j’aurais été de ceux qui disent aujourd’hui, pour couper court à toute autocritique que nous n’étions pas aux USA, quand même.

 

Flash express : nous retrouvons au beau milieu des années 2000, cinq ans après mon infortune. Depuis, j’ai cumulé des expériences désastreuses avec la police mais, dans mon malheur, je me suis éduqué en prenant connaissance de l’existence de cas de brutalités policières. Je ne me reprochais plus rien même si je savais que je demeurais perdant quoiqu’il arrive alors je tâchais au maximum de ne rien laisser arriver. Quand on laissait passer la foule en gare Saint Lazare mais qu’on filtrait les arabes et les noirs, comme un coup de peigne dans une chevelure parasitée par des poux, pour nous fouiller, je la fermais. Quand un flic me reprenait, pour une clope mal éteinte ou un objet jeté dans une poubelle qui finissait par glisser vers le sol, à base de propos hallucinants par leur liberté de ton et leur racisme (« tu t’es cru chez ta mère ? » , « Hey Zoubida, tu t’es cru au bled ? »), je la fermais. Quand on m’interpellait avant de me déshabiller jusqu’au caleçon (Quartier de l’Opera) parce que j’avais le malheur de passer un portique en gare du nord et de me faire bousculer par une tête blonde qui profitait de mon passage sans mon consentement, je fermais ma gueule. Quand, sur l’esplanade de la défense, on me contrôlait juste avant le boulot et qu’on se permettait de fouiller ma sacoche, mes poches et même le contenu de mon paquet de clopes, je la fermais. Quand une dame se faisait arracher le sac à cent mètres de moi par un blanc et qu’on se jetait littéralement sur moi (malgré les cris de la victime qui leur disait « mais non, c’est pas lui, c’est pas lui ! ») pour me foutre la paix après m’avoir quand même contrôlé avec brutalité sans même s’en excuser, je la fermais. Quand, surpris de me voir seul à manger une glace en lisant un magasine pour ados sur un banc du parc de Bercy comme tant d’autres on me contrôlait sans justification, je la fermais. Et quand un flic décelait un peu de rage et de tristesse en moi et qu’il me disait “si t’es pas content, va te plaindre mais qui va te croire, hein? Qui va t’écouter?” en riant devant ses collègues, je la fermais et je souffrais en silence sans établir de contact avec le monde extérieur par peur de croiser ce regard compatissant mais qui enferme dans le désespoir.

Vous dire pourquoi je la fermais relève d’une seule chose : la famille. Désolé mais, pour moi, la garde à vue ne figurant pas au rang des objectifs à atteindre, j’ai toujours refusé d’empirer ma situation car je n’avais pas les moyens de me battre. J’ai grandi avec des parents humains et respectueux de la Sainte République égalitaire, bernés par l’illusion de la justice, au point d’intérioriser la même culpabilité qui était la mienne. Finir en garde à vue signifiait finir en garde à vue, une action qui n’a pas le droit à un autre chose qu’un arrière goût amer d’échec. Parce qu’on a tous grandi avec une idée, ma foi très fermée, sur le rapport à la Police, cette institution qui nous protège tous, s’occupe d’arrêter les malfrats, de nettoyer les rues, blablabla…. Parce qu’on a intériorisé la loi du cliché, pensant que la police a le droit de mal me traiter parce que j’ai le tort d’avoir la même couleur que ceux qu’on pointe du doigt ou de venir d’un endroit pensé comme siège social de la délinquance d’île de France. Et puis, j’étais déjà incarcéré dans un fantasme injuste et sale, pourquoi prolonger l’incarcération “pour de vrai”?

Je vais vous faire une confession honteuse: sur la question du rapport à la police, j’ai longtemps souffert du syndrome de Stockholm, leur trouvant des justifications quand il n’y avait que matière à s’indigner. J’avais intégré le fameux « et on s’etonne après qu’ils soient racistes », horrible raisonnement par la culpabilité où à force de clichés, on finit par se nier dans ses droits juste pour sauver sa face et se sortir du lot. Être le bon citoyen, arabe lisse, si l’on veut. Avoir tellement envie et besoin d’être respecté qu’on arrive à tout tolérer à commencer par le pire… Quand un flic m’interpellait en plein été et, devinant que je n’étais qu’une taffiole, je riais à ses blagues profondément homophobes et racistes ; quand il me palpait en me parlant de la gay pride en toute légèreté et me traitant de tous les noms, m’informant au passage qu’il savait que j’aimais ça, je prenais son parti contre moi. Quand l’un d’entre eux, après contrôle, devinais que je n’étais pas de la norme sexuelle majoritaire, se prenait de sympathie pour moi et mon sort de pédé de cité (“mon pauvre, j’imagine ces racailles qui doivent te harceler, tu devrais t’en plaindre….”)  je prenais son parti. Quand un flic allait jusqu’à fouiller ma play list sur mon Iphone (rue de Maubeuge, Gare du Nord), émettant des commentaires salaces sur mes choix musicaux, je la fermais et je prenais son parti. Tout ça au nom du “ferme ta gueule, ça t’évitera des emmerdes”.

Puis, j’en dégueulais de rage, quand j’étais seul en face à face avec ma conscience, mais avais-je d’autre choix que de me plier à l’autorité en essayant de me mettre à leur place ?

 

Puis sont venues les premières affaires de violences policières en banlieue. Terrifiantes. Même si j’étais un arabe lisse, un arabe pédale avec de l’argent sur lui, qui jouait les folles devant les flics pour s’éviter un contrôle abusif – une taffiole n’est capable de rien de bien dangereux, c’est bien connu -, j’apprenais que j’avais échappé à la mort. Les choses pouvaient en arriver jusque là. La tentation de fuir me brulait à chaque fois, mais je préférais tout sauf perdre ma vie car je savais que la mort pouvait m’arrêter dans ma fuite.

Parce que, quoi qu’on en dise, dans le rapport à la police, on est toujours du mauvais côté quand on est racisé. Le rebelle, celui dont on dira qu’il a osé un affront, un outrage, celui dont on ne minimisera jamais les actions dans les chroniques, celui dont on ne peut accepter le statut de victime, sera moi. Et la police, quand elle faute, aura le droit à tous les euphémismes, tous les dédouanements possibles. Doit-on encore parler des policiers qui ont été acquittés dans des histoires de meurtres ?

Pourquoi est-ce que des jeunes racisés sont prêts à tout pour échapper à un contrôle de police ? Tout simplement parce qu’on sait qu’on sera toujours perdants. Parce que dès le premier contact, on sait parfaitement qu’on a tout contre nous et on ne remerciera jamais toute la propagande qui nous a rendu coupable avant, pendant et après le rapport policier. On restera jugés avant même d’être accusés, qu’on soit en jean, jogging ou en costume.

 

Bien du temps est passé mais les hématomes sont toujours là. J’ai vécu avec cette tâche sur ma vie qu’aucun produit n’arrivera à effacer, sans même nourrir l’espoir de l’enlever.Et tout qui se passe ici, pas qu’aux Etats Unis, ne fait que la noircir et me rappeler à mes premières mésaventures.

On se gargarise à longueur de journée sur la liberté de penser, de circuler, de critiquer mais pourquoi un tel silence ? Pourquoi se refuser à un comparatif accablant entre la France et les USA sur cette question ? Parce que ça parle de race et de classe, deux notions à bannir parce que ça serait raciste ? D’ailleurs qui a décidé et au nom de qui de ce qui était raciste ou non ? Pourquoi un tel tabou ?

A nos amis blancs de Nuit Debout qui veulent de nous, les racisés, uniquement en renfort comme jadis on voulait de nous pour les pâtisseries à l’école lors des kermesses, pourquoi avoir réfuté cette réalité et l’avoir finalement validée quand elle s’est invitée sous votre nez ? Vous étiez où quand on hurlait notre désespoir ? Pourquoi est-ce qu’un problème n’a le droit d’exister légitimement et sans la moindre suspicion que lorsque vous en faites l’objet ? Et vous voudriez qu’on oublie continuer à nier l’existence des couleurs, des hiérarchies raciales sans même reconnaître l’erreur ?

Mention spéciale tout de même au flic racisé qui exauce les vœux de ventriloques racistes quand il se montre deux fois plus dur avec nous, – un nous qui renvoie aux victimes racisées -, prenant la liberté de nous tutoyer, de placer quelques mots d’arabe des fois, histoire de bien montré qu’il n’est pas de notre camp mais qu’il nous connait, avec nos vices et nos entourloupes. Je ne saurai éprouver autre chose que de la pitié pour toi , exactement comme ces hommes et femmes politiques racisés alibis dont on devine au premier mot la seule fonction…

 

J’aimerais revenir à Adama Traoré pour conclure. Espérer que son âme trouve la paix, finir en beauté comme si c’était possible mais je n’en ai pas la force. Espérer la justice même quand on sait qu’elle aime se dérober à certains d’entre nous. A travers Adama, j’aimerais aussi revenir à toutes ces morts lâches, brutales et injustifiées mais qu’on a apprit à encaisser mais qu’on ne voudra plus jamais tolérer. Attendons que l’enquête sur sa mort aboutisse et ignorons, à titre exceptionnel, le démon du pessimisme qui vit dans un coin de nos têtes et qui aime nous susurrer notre impuissance. Oublions tout ça.

Après avoir été condamné pour discrimination, notre cher Etat ne semble pas souhaiter vouloir se pencher sur la question. Et quand une activiste comme Sihame Assbague ose amener le problème sur la table, on l’accusera plus ou moins de faire monter le FN ou d’exacerber les tensions. Comme si le FN allait changer quelque chose à votre vie… Il n’est pas question de marquer au fer l’intégralité des policiers pour qui j’ai du respect mais de pointer des brutalités et des discriminations qui peuvent entraîner la mort. On n’éprouve aucun mal à pointer du doigt les musulmans pour un attentat, à demander des actes de désolidarisation (comme si, en substance, on sous entendait une solidarité inconditionnelle, presque tribale), qu’attend-on pour agir concrètement ? Qu’attend-t-on pour parler du racisme ? Qu’attend-t-on pour parler du rôle de l’état dans toute cette mascarade ? Combien de morts vous faut-il ? Combien de familles endeuillées vous faut-il ?

Quant à ceux qui se passionnent avec sincérité sur le sujet, auquel ils sont étrangers, mais qui ont le moyen de rédiger des tribunes et des livres, qu’attendez-vous pour lâcher le micro, renoncer à un peu de narcissisme et donner la parole aux concerné-e-s ? Et pour ceux qui, malgré la mort, continuent de trainer les victimes de violences policières dans la boue, comment avez-vous pu renoncer à votre humanité ? Aux aveugles de la couleur, comment pouvez-vous d’une main nous renvoyer à nos origines pour relativiser notre humiliation (« Arrête de te plaindre : au bled, ça doit être pire… ») et nous demander d’être nu de toute appartenance ethnique (c’est assez difficile de passer pour un blanc quand on est bronzé de nature, croyez-moi) ? Aux médias, je sais que vous travaillez sous la pression du journalisme qui fait frissonner mais ayez un peu d’intégrité et dites les choses franchement, sans langue de bois, pour une fois. Quant aux responsables politiques, gênez-vous : vous êtes capable du pire du pire (et la liste est longue), alors, franchement, une petite réforme de la police, qui apaisera bien du monde et des deux côtés, ne ferait pas de mal…

Oui, je parlais de la fameuse promesse sur laquelle certains se sont fait élire.

PS : Pas la peine de venir m’instruire, moi le bougnoule subjectif sur les vertus de la police que j’ignorerais, de me parler des syndicats policiers LGBT, de m’inviter à se tenir la main en écoutant John Lennon, de me demander d’adoucir ma critique ou mon récit, de me faire le classique procès en hystérie, de m’inviter à rêver d’un autre monde, de me demander de retourner dans un “chez-moi” fantasmé sur les bords de la Méditerranée ou de me parler de racisme antiblanc. Par contre, j’invite tout le monde à sortir de sa zone de confort et à regarder la vérité bien en face. Ca pourrait sauver des vies…

Super Rossignol, le féminisme Galeries Lafayette et la suprématie blanche

NB: Suite à un message reçu sur twitter, la photo représentant Pauline Arrigui portant le bien sinistre et méprisant tee shirt “Atheism ls The New Black” a été retirée. Je vous laisse juges de cette demande.

Le féminisme blanc a encore frappé. Rien de bien surprenant. Mais aujourd’hui, il confirme sa relation amoureuse avec la suprématie blanche et malheureusement, par les temps qui courent, un constat semble implacable : ils vivront heureux et auront des tas d’enfants qui nous créeront des tas d’emmerdes. Nous, c’est un “nous” assez vague, ultra compliqué, très divers mais qu’on peut simplement résumer ainsi : “nous” concernera tous ceux pour qui ce féminisme blanc raciste, rebaptisé féminisme galeries Lafayette, sera un frein pour sa libération.

Laurence Rossignol et le féminisme conquérant

La raison de tout ce remue ménage ? Quoi, vous ne voyez pas ? Et bien oui : la femme musulmane voilée. Encore et toujours. Sauf que dans le mépris, elle aura été accompagnée de tous les noir-e-s de la planète entière, rebaptisés “nègres afric… nègres américains” par notre Ministre du Droit des Femmes (de la famille et de l’enfance, comme dans une publicité pour de la lessive en poudre). Interrogée sur la tendance de la mode islamique, Laurence Rossignol a été claire : “Ces marques expliquent que ce sont juste des vêtements mais qui ne font la promotion d’aucun mode de vie. Comme s’il y avait une dissociation entre les vêtements et les modes de vie. Or, dans l’histoire, par exemple, dans les années 60, les femmes peuvent avoir un compte en banque, elles vont à l’école, elles vont à l’université, elles ont accès à la contraception et en même temps, les jupes raccourcissent (ou elles mettent des pantalons). Ce qui prouve bien qu’entre la tenue des femmes et leurs droits, il y a un lien parce que l’enjeu c’est celui du contrôle social sur le corps des femmes.” On est à deux doigts du complot, on dirait! Donc l’habit ferait la nonne ou du moins ferait le pouvoir ? C’est original. C’est sans doute pour ça que je n’ai jamais trouvé de maillot deux pièces, string argenté au rayon Menswear de Zara… Ce que la ministre dit peut être discuté à longueur de pages et dans des débats interminables mais ce qu’il faut en retenir, c’est la stratégie d’argumentation :

  • Toujours faire référence à l’antithèse du voile qui sera la minijupe (ou le string, ça dépend des périodes). Ce faisant, on a presque l’impression que des femmes se seraient battues pour porter une minijupe, transformant plus d’un demi siècle de luttes féministes en vulgaire bataille pour le droit à porter une jupe et danser le twist. Et lier longueur de vêtement avec la liberté d’une femme… Franchement… En 2016 ? De la part d’une ministre et du droit des femmes, par dessus tout ?!
  • Toujours les apparences. Nous sommes dans une France d’apparence, de faciès, de sale gueule, de bonne gueule. Sauf que, le contrôle social sur le corps des femmes, en France, il porte plus sur ce qu’elles décident d’en faire ou de ne pas en faire. La subjectivité du choix d’une tenue reste un choix critiquable, mais le courage, le vrai, quand on parle de contrôle des corps et en tant que ministre des droits des femmes, ça serait de s’attaquer au diktat de la minceur, à la glorification de l’épilation intégrale, au racisme de l’industrie de la mode et des cosmétiques et à ses répercussions désastreuses sur des générations de femmes qui sont prêtes à tout pour rentrer dans le moule, quitte à relever des défis de plus en plus fous,  bref, de ce qui nuit mentalement et physiquement aux femmes qui ont été incarcérées dans  un rôle où l’on se fout éperdument de ce qu’elles ont à dire ou à penser, tant qu’elles sont jolies “à notre façon”.

Laurence Rossignol et le féminisme “on est plus chez nous, trop de bougnou… gens méchants!”

La Ministre poursuit : “Lorsque des marques investissent ce marché de la tenue islamique lucratif, un marché pour les pays d’Europe, ce n’est pas le marché pour les pays du Golfe, à ce moment là, ils se mettent en retrait de leur responsabilité sociale et d’une certaine façon, ils font la promotion de cet enfermement du corps des femmes”.

Donc notre ministre nationale pense pouvoir parler au nom de toutes les européennes… Qu’elle parle au nom de toutes les françaises serait plus que prétentieux mais là, on comprend à quel type de personne on a affaire : de la pire espèce, celles qui parlent soit disant au nom du plus grand nombre car elles se voient tellement comme la norme, l’originale, la vraie, l’authentique, à laquelle il ne faut rien demander puisqu’elle est dominante. Quant aux marques qui font la promotion d’une façon de s’habiller… Et alors ? UNE COLLECTION DE TENUES ISLAMIQUES CHEZ DOLCE & GABANNA ! UNE SEULE ! Quelques écharpes, jilbebs, tuniques, foulards et étoffes et vous avez l’impression de subir une crise cardiaque, de subir un envahissement ? Qu’est-ce qui se passe dans cette France qui devient hystérique pour une histoire de foulard ?! Notez que pour la Ministre, la panique, c’est que le “phénomène” atteigne l’Europe. On pouvait encore tolérer que la femme de ménage marocaine nous offre des caftans, mais là, ça commence à faire un peu beaucoup, quand même…

Quant à la responsabilité sociale des marques…. Parlons-en. Parlons des propos absolument grossophobes d’un certain Karl Lagerfeld, des marques qui, dès qu’elles conçoivent un vêtement un peu plus grand, induisent une différence de prix, de la minceur qui est devenue une norme en dehors de laquelle seront exclues toutes celles qui ne parviendront pas à fermer le dernier bouton de leur jean taille 36. Parlons de ces marques qui ne font pas ou peu appel à des mannequins de couleur, des gaines et des corsets qui s’achètent par centaines de milliers et qui peuvent provoquer des maladies ou des déformations. Parlons des gamines employées par des sociétés de cosmétiques pour des gammes réservées à des femmes plus âgées et de la perversité du message. Parlons de la difficulté pour les femmes enceintes de trouver des tenues à la fois confortables et aux prix abordables. Parlons de cette industrie qui veut éclaircir les peaux, défriser les cheveux et créer des regards absolument irréels. Et je ne vais même pas m’étaler sur le nombre de maladies type anorexie ou boulimie liés à cette industrie où il vaut mieux ressembler au modèle dominant ou aspirer à lui ressembler. Elles sont là, les vraies responsabilités, pointées du doigt par des centaines d’associations, de chercheurs ET DE FEMINISTES mais dont la ministre du droit des femmes se tape comme de l’an 40.

Laurence Rossignol, la ministre sauveuse des musulmanes dominées, potentiellement libérables par la sainte République.

On l’aura deviné : la Ministre aime ses musulmanes. “Mon sujet, c’est l’ensemble des femmes musulmanes qui vivent en France et qui sont sous l’emprise, grandissante, de groupes salafistes qui se sont mis en situation de dire aux musulmans de France qui est un bon musulman et qui ne l’est pas”. Vous pouvez trembler. Merci madame Rossignol d’avoir osé rompre le silence et parlé de ces milices qui viennent nous oppresser! C’est vraiment du tout neuf comme idée. On en avait jamais entendu parler… D’après notre sauveuse, les musulmans et les musulmanes devrait pouvoir, ici, en France s’attendre à ce que la République les protège en leur offrant de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. Ce serait drôle si la situation n’était pas horriblement tragique. Aujourd’hui, en République, l’égalité, ça sera sous certaines conditions, pareil pour la liberté, quand on voit que l’Etat se fait condamner pour discrimination au faciès sans en tirer les conclusions ou faire de bruit autour de . Quant à la Fraternité… Dans un pays où on méprise encore l’Islamophobie en niant l’essence même du mot, à droite comme à gauche et où, on va souvent reprocher aux premières victimes de l’islamophobie d’être, en gros, ostensiblement musulmanes, je me demande de quelle fraternité parle madame la Ministre.

Mais heureusement que Super Rossignol est là! Elle savait ce qui se tramait, à l’ombre des voiles. Et elle l’a vu : “on voit de moins en moins de femmes dans la rue, dans les cafés, vivre de manière libre dans leurs quartiers”. Tiens, on assiste à une Finkielkrautisation des esprits! Encore un individu blanc de plus de 55 ans, vivant en dehors de ces mystérieux quartiers mais qui, du haut de son perchoir d’humaniste, a entendu l’appel ? Non. En vérité, la thématique des femmes absentes de l’espace public, c’est un vieux procédé. Même Anne Zelensky, une féministe pourrie par l’islamophobie la plus crasse, qui a fini chez Riposte Laïque l’avait écrit : “Cela se passe à Aubervilliers, territoire perdu de la République. Des mœurs d’un autre âge s’y sont implanté. Ainsi les cafés et leurs terrasses sont occupés exclusivement par les hommes. On se croirait transporté dans un bled quelconque d’Arabie”. Elle parlait même de reconquista… Et, bingo, Laurence Rossignol a fait référence à cette sordide histoire.

Laurence Rossignol et les dérapages

Madame la Ministre dit ne pas croire au grand remplacement. Néanmoins, elle n’hésite pas à parler de “franco-musulmans”, une petite perle orale qui démolit toute la théorie sur l’intégration façon gauche caviar qui adore le couscous et le spa du Club Med Djerba ou en Musulmanie, peut être ? Venant de la part d’une formation politique où on nous répète à longueur de journée que “oui, on peut être français et musulman, pardi!”, que les couleurs n’existent pas, que la citoyenneté doit passer avant tout, que la laïcité est merveilleuse car elle protège les religions et tout le blabla, ce lapsus est assez… succulent. Après la bi-nationalité, va-t-on parler de natioreligion? J’ai hâte d’entendre parler de Franco-protestants ou de Franco-athées! On nous dira ce qu’on voudra mais dans ce lapsus, j’entends ce que l’on n’ose jamais dire : qu’on a glissé de la question ethnique à la question religieuse et que même les bas fonds de l’inconcient d’une ministre du droit des femmes passée par la pathétique association “Sos Racisme” peut nous en faire la démonstration.

Mais la perle orale, la vraie, portait sur la question du libre arbitre. Souvent, pour convaincre une audience trop inculte ou à l’esprit trop simple pour des réalités évidentes, il faut avoir recours aux images. Pour parler des dangers du Tabac ou de la conduite en état d’ivresse, qui s’est retenu des photos ou vidéos choc ? Et ben, Rossignol, c’est pareil. Mais en beaucoup moins bien. Je dirais même, en version tellement dégueulasse qu’on en a la gerbe. La Ministre, la liberté de se voiler, elle n’y croit pas. On ne lui fait pas, à elle. Elle qui est en contact avec des associations de quartiers dirigées par des nunuches comme Nadia Remadana, elle en sait quelque chose. Et elle voudrait qu’on la comprenne et déclare en toute tranquillité que “il y avait aussi des nègres afric… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage”, sans voir un seul instant le caractère odieux d’un tel énoncé (ni même se faire reprendre par Bourdin… exactement comme Elice Lucet qui laissait tranquillement Guerlain parler de nègres sur son plateau). L’indignation est multiple :

  • Avoir recours à une comparaison avec l’esclavage est tout aussi indigne que la comparaison avec le nazisme pour x raisons. C’est une banalisation d’un phénomène horrible, pas tout à fait achevé et qui n’a absolument rien à voir avec ce à quoi on l’accole.  Parler d”esclavage pour parler de prostitution ou de voile (ou même, comme on l’a vu dernièrement lors des rassemblements contre la loi travail), revient à mépriser d’un seul trait les prostituées, les femmes voilées et surtout les esclaves (qui n’ont pourtant jamais obtenu la moindre réparation). Et pire encore : ça dénote qu’on ne veut pas de ça chez nous… et qu’on tolèrerait ça ailleurs. Parler d’exploitation serait plus approprié.
  • La question du libre arbitre est choquante. A écouter ces féministes rebaptisées “féministes galeries Lafayette”, lorsqu’une femme ne fait pas le “bon choix”, elles sont aliénées, folles et ne s’en rendent pas compte. C’est, à mon sens, un pur contresens et un cliché antiféministe flagrant vieux comme le monde : madame Rossignol n’a-t-elle pas lu ces autobiographies de féministes qui, parce qu’elles sortaient des sentiers battus et se refusaient à suivre le dictat de la société dans laquelle elles évoluaient, ont été taxées de folles, de marginales, juste à cause d’un choix personnel ?
  • Le choix du terme “nègre” est, à mon sens, la pire. Loin de moi l’idée de mettre en concurrence les femmes portant un foulard et l’insulte négrophobe, mais elle est lourde de sens. Premièrement, vous remarquerez qu’elle a été prononcé sans grande difficulté. On pouvait parler de noirs, d’esclaves, de traite mais de nègres…. Mais on nous dira que ce n’est qu’un dérapage! Le blantriarcat a le droit de déraper, de se reprendre, car lui, quand il faute, c’est toujours contre sa volonté, contre sa ligne droite, pour une question de volant qui a été lâché un court instance, en pleine aisance. Le blantriarcat a ce privilège tout simplement parce qu’il est conçu comme la norme parfaite, indiscutable et dont les fautes ne peuvent jamais lui être reprochées.
  • Il faut cesser de faire dire à l’esclavage ce qu’il n’était pas en le déconnectant de sa réalité et de son contexte historique et stratégique. Combien de “nègres” ont accepté l’esclavage, de bonté de coeur ? Qui peut avoir un chiffre parlant et significatif ? Personne. Qu’on mène des recherches sérieuses à ce sujet afin de mettre un terme à ce mythe, purement anecdotique et insignifiant sur l’histoire de l’esclavage qui ne fait que le réviser et, d’une certaine façon, disqualifier scandaleusement ce que la traite négrière a été… et ce qu’elle a rapporté. Vous arrivez à imaginer, des comparaisons avec les camps de concentration, dans quelques années, sur un plateau télé, avec un ministre qui déclarerait “beaucoup de juifs étaient pour les camps” ?! L’idée vous parait dingue ? Préparez-vous, car rien n’est impossible avec cette classe politique qui n’hésite pas à plonger dans le racisme et les comparaisons ignobles pour vendre sa soupe.

Vive le Blantriarcat !

Il y a eu très peu de réactions de la part du gouvernement. On pensait qu’avec ce qui avait été traversé par Christiane Taubira, on aurait pu avoir un ou deux mots mais, au Parti Socialiste, c’est le racisme caricatural type FN qu’on aime pas, le reste…. ça se tolère un peu. Du bon racisme de gauche, en soit. Par chance et certainement par humanisme, les femmes voilées et les noir-e-s sont beaucoup plus intelligents : aucune demande de désolidarisation n’a été exprimée. Anne Cécile Mailfert, Pauline Arrighi et d’autres peuvent dormir tranquillement sans crainte d’avoir à se justifier ou à souffrir du rejet en allant s’asseoir à côté d’un noir dans le métro ou d’une femme voilée dans le bus. Et puis, personne chez les concerné-e-s n’a publié de tribune ou d’édito, dénonçant des propos issus d’une blanchité qui adore son reflet dans le miroir.

Néanmoins, ce qu’il y a de fascinant avec le blantriarcat, c’est cette tendance à ne jamais reconnaitre complètement ses erreurs, voir à les transformer en des qualités. L’entourage de la ministre a même déclaré : ” Le mot nègre est un mot péjoratif qui ne s’emploie plus que pour évoquer l’esclavage, en référence à l’ouvrage abolitionniste De l’esclavage des nègres de Montesquieu “. Pauvres noirs! Qu’est-ce qu’ils sont bêtes, quand ils n’ont pas le sens de l’humour! Incapables, eux aussi, de comprendre la finesse de la langue française! Quand un homme politique blanc dérapera à son tour, et mon doigt me dit que ça ne saurait tarder, en parlant de “salopes”, on attendra qu’il nous dise qu’il faisait référence au manifeste des 343 salopes de Charlie Hebdo en pleine époque de lutte pour l’avortement, pour voir si la pilule passe aussi bien auprès des concernées et si nier sa faute sans s’excuser suffira à apaiser la douleur de l’épithète raciste. Mais, malheureusement, le blantriarcat est une machine haute comme un monument, qui sait faire face à toutes les critiques qu’il veut taire, lui qui se disait si Charlie. En témoignent les tweets insensés d’Eric Mattout qui récupère la Négritude de Aimé Césaire pour se livrer à un hors sujet mêlant féminisme, voile, droit de vote des femmes… Un bon condensé où on vomit son incompréhension. Et Heureusement que Audrey Pulvar est là. Il en faut toujours une, de toute façon. Sa fonction : rassurer le blantriarcat en apportant sa protection et en validant l’expression. Elle est la bonne conscience. Un équivalent pathétique de “l’amie arabe qui prépare des couscous” et qui donc, est le plus évident gage d’antiracisme. Et puis, Laurence Rossignol “est issue” de la mouvance “SOS Racisme”, voyons….

Ainsi, nous laisseront les féministes galeries Lafayette prendre l’escalator et se diriger à la caisse du magasin “racisme”. La traque aux prostituées étant passée de mode, il faut concentrer son énergie sur le grand méchant “non blantriarcat friendly” ennemi de l’intérieur. Ne les taxez pas d’islamophobes : elles ne veulent que défendre la laïcité menacée par un steak halal qui s’est retrouvé dans leur panier à Sephora. Ne les taxez pas d’antiracisme niais : elles maitrisent l’art du contouring spécial “beurette” parce qu’elles les trouvent belles, les arabes, sauf quand elles apparaissent sur la même liste aux élections européennes qu’une islamophobe notoire comme Annie Sugier (oui, Caroline De Haas et Anne Cécile Mailfert, on sait que vous avez monté un projet avec elle !) pour après pleurer la chute de la gauche, après avoir tenté l’union avec le Diable. Ne les taxez pas de négrophobie : elles invoqueront la langue française, qui n’a fourché que dans nos oreilles d’incultes. Ne les taxez pas d’obsession sur le voile : elles vous parleront de l’impact du film Jamais Sans Ma Fille sur leur conscience féministe. Ne les taxez de rien. Laissez les s’étouffer dans leur bienveillance obsessionnelle et leur mépris condescendant. Laissez-les parler d’universalisme et entendez-là un nombrilisme parce qu’elles sont persuadées d’être authentiques et ne reproduisent qu’un schéma raciste appliqué au féminisme. Laissez-les suffoquer en voyant une femme voilée et voyez-y la marque de leur impossibilité à se défaire d’un machisme où des règles pensées contre elles sont maintenant utilisées contre celles qui auraient pu être leurs soeurs. Laissez les pleurer sur les femmes qui n’empruntent pas leur route et voyez là leur faillite et leur grand paradoxe : lutter contre la haine en faisant de la haine, c’est efficace à court terme, mais jamais révolutionnaire car ça ne bénéficie que rarement aux plus démunis. Pas surprenant que la théorie antiraciste des non concernés et le féminisme blanc trouvent si peu leur public parmi ce vague “nous” que beaucoup ont décidé de mépriser parce qu’il refuse de servir de paillasson… Mais bon, on imagine qu’il vous restera vos journées sans voile et vos actions antiracistes pour vous occuper et que vous viendrez goûter à la chaleur des banlieues quand on vous y enverra pour récolter des voix, entre deux thés à la menthe et beignets à la sénégalaise.

 

Blantriarcat et les sept antiracismes

Il était une fois un royaume traversé par des crises dont le racisme était l’une d’entre elles. Beaucoup de monde s’était cassé la figure à lutter contre un mal qui, au delà des blessures qu’il infligeait aux bonnes âmes, faisait des dégâts incommensurables. Il s’était imposé partout, du matin au soir, du Lundi au Dimanche, sur toutes les ondes et sur tous les postes de télévision, sur les unes des journaux, dans les bouches des intellos et de gauche à droite mais avec toujours la même cible qui semblait grossir et se diversifier.

Le racisme était devenu vertueux, symbole d’un courage d’un nouveau genre, allié d’une lutte pour le maintient d’un vivre ensemble fantasmé et tellement décomplexé. Il ne s’agissait plus de haine, héritée d’un colonialisme et d’une histoire esclavagiste honteuse mais de résistance, au nom de principes fondateurs.

L’antiracisme vit le jour mais avec difficulté. Les fées de l’égalité étaient à cours de dons parce que le monstre raciste mangeait tout sur son passage, à commencer par les derniers antiracistes déçus, qui basculaient à peu près là où leur utilité semblait évidente. Il fallait s’organiser pour lutter mais… dans un royaume où l’odeur du racisme était imprégnée jusqu’à la dernière fibre, qu’allait-il se passer ?

Il arrive des fois que des débats réussissent à concentrer toutes les problématiques de l’antiracisme qui ont été tues depuis ces dernières années par de petits commentaires, des hors sujets et par le recours à des méthodes bien révélatrices du niveau abyssal de la réflexion. Et la dernière édition de Ce Soir Ou Jamais l’a prouvé et m’a inspiré dès le générique. Bizarrement, en jettant un coup d’œil aux invité-e-s, on avait l’impression de se retrouver face à un roman d’aventures ou un conte, puisqu’on pouvait compter sur :

  • Oliviero Toscani, photographe, pour la touche artistique et les sensibleries qui vont avec. On lui doit notamment ces clichés vulgaires ou non, vaguement antiracistes des années 80 dont raffolait Benetton. Il jouera le rôle de l’enchanteur.
  • Sabrina Goldman, vice présidente de la Licra, une association de lutte contre le racisme et l’antisémitisme aux positions pour le moins ambigües pour le point de vue d’une association bien vue de l’Etat. Elle jouera le rôle du lutin.
  • Emmanuel Debono, historien de l’antiracisme pour… Rien. Il jouera le rôle du figurant.
  • Anastasia Colosimo, pour avoir le point de vue inédit d’une personne non concernée par le racisme et dont on devrait attendre l’expertise sage et indispensable au saint “vivre ensemble”. Elle jouera le rôle de la bonne conscience qui finira par s’étouffer dans ses bonnes intentions.
  • Houria Bouteldja, pour faire grincer des dents et mesurer l’impact du ravageur racisme antiblanc qui semble avoir tant de pouvoir. Elle jouera le rôle de la vilaine sorcière uniquement parce qu’on l’a décidé pour elle.
  • Maboula Somahoro, pour avoir un point de vue d’une concernée et d’une véritable experte. Elle jouera le rôle de la Reine.
  • Thomas Guénolé, pour jouer les gentils, ceux qu’on pensait du bon côté de la question mais qui finissent à côté de la plaque et cela, après avoir tenté d’incarner le bon antidote aux thèses sur la banlieue colportées par les réacs blancs de plus de 50 ans. Il jouera le rôle de Merlin le Désenchanté.
  • Nadia Remadna, travailleuse sociale, suiveuse des Fadela Amara, Loubna Méliane, Safia Lebdi, Lydia Guirous et autres femmes arabes des quartiers qui attendent qu’on vienne les délivrer de la racaille musulmane qui les opprime et, si possible, leur offrir un poste au sein d’un parti ou d’un gouvernement, quitte à jouer les paillassons idéologiques. Elle devait jouer le rôle de Cendrillon mais, étant donné ses qualités d’humoriste, elle jouera le rôle du bouffon.

Au final, nous avions cinq femmes sur huit invités mais malheureusement, peu de place pour les concerné-e-s. Pas de rroms, pas de femmes voilées, pas d’homme noir ou arabe, pas d’asiatiques. Par conséquent, le thème est donc affiné et on parlera, comme vous pouvez le prévoir, du racisme qui concerne majoritairement les noirs & les arabes, d’obédience musulmane. Je ne vais pas me lancer dans un récit relatant point par point, ce qui a été dit dans le débat et dont je laisse à chacun la liberté de voir ou revoir en ligne mais certains points doivent être commentés.

On ne peut pas critiquer et faire exactement ce qu’on critique

Thomas Guénolé a démarré son intervention en exposant ce qu’il considère comme étant raciste, misogyne et homophobe chez Houria Bouteldja qui vient de publier un livre. Le moment était tendu. Rien de ce qui a été relevé ne trouve grâce à mes yeux, pas même que la photo mais il me parait inefficace de saisir cette opportunité pour débattre d’un livre alors que ce n’est pas le thème de l’émission mais également d’en couper des citations. Ce moment ne m’aurait pas plus marqué si Thomas Guénolé n’avait pas passé le reste de l’émission à envoyer des pics assez condescendants vis à vis de Maboula Soumahoro qu’il a assimilée à une membre du PIR… comme jadis, on assimilait dans le “bon antiracisme d’état bonbon rose” toute personne à l’opinion marginale à un membre du FN ou un nazi.

On ne peut pas taxer de racistes des militant-e-s antiracistes en faisant preuve de racisme. Désolé, mais ne pas être racisé-e et faire commerce de l’antiracisme par le biais de livres ou d’interventions dans des conférences, en disqualifiant toute parole des premier-e-s concerné-e-s qu’on range au PIR ou chez les nazis. C’est exactement ce qu’on fait des associations comme Sos Racisme, en niant la parole et l’expérience authentique des concerné-e-s comme s’ils ou elles n’étaient pas en mesure de mettre des mots sur leur oppression en s’affirmant et se défendant. Comme sur les questions féministes, de lutte des classes, d’homophobie et de transphobie, il faut impérativement laisser la parole aux concerné-e-s, quitte à perdre du pouvoir dans la discussion car c’est ce dont il est question. Vouloir à tout prix récupérer une discussion qui ne nous concerne pas au point d’être presque devenu LA référence en la matière, n’est ni signe de sagesse, ni signe d’humanisme.

Les mots sont importants

Evident, non ? Pas pour tout le monde. On parle souvent de lutte contre le racisme ET contre l’antisémitisme. C’est, à mon sens, tout le paradoxe de cet antiracisme moral qui veut anéantir la lutte contre le communautarisme et les soit disant concurrences victimaires en établissant une distinction entre le racisme, en général, et l’antisémitisme. Au nom de quoi ? Je l’ignore. On pourrait me rétorquer que l’antisémitisme a une histoire mais quel racisme n’a pas sa propre histoire ? D’ailleurs, s’il y a une histoire des sémites, elle devrait s’étendre à tous les sémites, qu’il soient juifs ou pas mais il semble que le terme n’ait pas le droit à une guerre sémantique aussi virulente que lorsque l’on parle d’islam.

Le même problème se pose avec l’Islamophobie. Le terme fait encore polémique, bien entendu chez les mêmes personnes : les non concerné-e-s qui n’éprouvent aucun gêne à faire durer une polémique sur un problème qui ne les atteindra jamais mais qui tiennent, à coups d’interventions médiatiques, de débats, d’articles de presse et de livres à ne plus en finir, à nous faire savoir combien le terme est inadapté. C’est aussi indécent et prétentieux que des hommes venus expliquer aux femmes combien le terme “sexisme” est inapproprié; chacun sa lutte mais de grâce, n’allons pas expliquer aux personnes qui vivent dans leur chair ce que nous ne vivons pas l’attitude à observer ou le vocabulaire à employer.

Que les choses soient bien claires : l’islamophobie est le racisme dirigé contre les musulmans et rien d’autre. Quand des mosquées ou des cimetières musulmans sont vandalisés, quand des femmes voilées sont agressées, quand on contrôle sans relâche des personnes qui sont ou paraissent musulmanes, c’est de l’islamophobie. Quand on harcèle des musulman-e-s, quand on les discrimine, quand on fait voter des lois ou qu’on applique des circulaires qui n’ont pour seul but que de les effacer du fameux « vivre ensemble », c’est de l’islamophobie pure et dure. Tout autre définition retarde l’heure du bilan et nie la réalité dans la plus grande brutalité. Par conséquent, lorsque l’on nous dit que l’islamophobie est un concept inventé par les Mollahs aux lendemains de la révolution islamique Iranienne et repris par les musulmans du monde entier pour faire taire toute critique de l’Islam, on ne fait que répéter pour la centième fois un mensonge raciste. C’est faux parce que le concept date d’il y a plus d’un siècle et raciste car il rabaisse les musulman-e-s qu’on fait passer pour des êtres obscurantistes et susceptibles qui n’ont pas d’autre réflexe que l’insulte, par opposition aux autres, aux éclairés, laïques, intelligents, qui, bien entendu, ne font pas de sentimentalisme, etc…

Par ailleurs, pour ce qui est de la critique de la religion musulmane, pourrait-on nous dire qui pratique encore la langue de bois ? Pourrait-on nous dire qui souffre de ne pas avoir à dire combien cette religion est abominable, dangereuse pour la France, incompatible avec ses valeurs dont on se gargarise à longueur de journée au point d’en avoir perdu la saveur ? Pourrait-on nous expliquer comment la religion des minoritaires aurait réussi à imposer une autocensure quand l’Islamophobie bat des records ? Peut-on arrêter de nous bombarder de discours sur les “bien pensants”, sur le politiquement correct et regarder les choses en face ? La vérité, c’est que personne ne se censure, à commencer par les écrivains convertis dans la littérature urine, les actrices de cabaret, les polémistes, les féministes qui ont mal vieillit et les médias :

On ne peut vraiment plus critiquer l'Islam, franchement !

On ne peut vraiment plus critiquer l’Islam, franchement !

Mais, de toute façon, passé cette démonstration, on aura toujours le droit à l’éternel refrain des antiracistes islamophobes qui déclareront, après avoir levé les yeux au ciel : « Oui mais, quand même, l’Islam n’est pas une race…. Donc on ne peut pas être raciste, quoi ».

Merci pour les masques qui viennent de tomber. Vous qui ne voyiez ni les races, ni les couleurs qui auraient été ôtées à la naissance par le shampoing Républicain fantasmé dont vous vous gargarisez à longueur de temps, vous venez de vous trahir. Et je vous réponds : le judaïsme n’est pas une race et tout comme l’Islam, s’en prendre à ses croyants parce qu’ils sont ce qu’ils sont, tout en les enfermant dans un groupe qu’on a racialisé, en leur ôtant leur citoyenneté pour n’en faire que des musulmans / juifs, quitte à flatter la liberté de critique, les droits des femmes & des minorités, c’est raciste.

Le racisme anti blanc et ses effroyables conséquences.

Le racisme anti blanc et ses effroyables conséquences.

Pour ce qui est du racisme « anti blanc », arrêtons tout de suite le train et soyons clairs : il n’existe que dans les fantasmes les plus fous. Le racisme anti blanc supposerait une oppression qui ne soit pas blanche et où être blanc signifierait devenir minoritaire au point de ne plus être visible et/ou représenté. Or, il est mensonger et dangereux de laisser croire que, soudainement, le pouvoir serait passé de la majorité à la minorité qui aurait maintenant, les moyens de retourner l’oppression. Maintenant, existe-t-il des blancs qui font l’objet d’un rejet ? Certainement. Est-ce du racisme ? Tout dépend ce qu’ils ont connu mais une chose est certaine : si être blanc n’était pas un privilège, ça se saurait. L’histoire de l’humanité toute entière aurait été différente. Et si être blanc était un facteur discriminant qui prive d’emploi, de logement, de dignité, de respect, d’accès à la propriété et de se retrouver dans les projections visuelles (médias, fictions, etc…), ça se saurait et j’ose croire que le mal serait traité avec la plus grande énergie. Mais j’imagine que les anecdotes de blancs qui se sont vus refuser l’entrée dans une boite de nuit où on s’éclate sur du Ragga ou de blancs qui ont eu l’impression d’être dévisagés en allant déguster un Kebab doivent suffire pour entretenir le mythe. Mais il semble que les bonnes associations antiracistes ont de l’énergie à consacrer à lutter contre ce pseudo racisme. Un jour, peut être qu’on luttera efficacement contre l’hétérophobie, pendant qu’on y est ? Désolé, mais le racisme antiblanc, à travers les cas ultra exceptionnels dans lesquels il peut se manifester (c’est à dire les anecdotes insignifiantes de racisme du type “ma voisine blanche est allée au Togo, on l’a trop mal regardée”) servent uniquement à rassurer le blanc sur sa capacité à parler du racisme en lui faisant croire qu’il peut en être une cible potentielle et devenir une victime, lui aussi alors que c’est tout simplement faux.

Evitons de parler à tout bout de champs de la « victimisation », ce mot qu’on trempe dans la haine comme un biscuit dans du lait et qui a encore plus d’impact quand il est prononcé par des concernés par le racisme  qui servent les intérêts des non concernés, souvent pour satisfaire leurs ambitions. Oui, je parle de tous ceux et celles qui, à l’instar de Nadia Remadna ou Amine El Khatmi, adorent ce terme qu’ils servent à toutes les sauces et là, pour le coup, pour vraiment faire taire toute critique et instaurer une censure. Non, quand on subit une oppression, on ne se victimise pas puisque on vient de recevoir un coup. En vérité, se victimiser, c’est se trouver un statut de martyr coûte que coûte, quitte à inverser les rôles et à réécrire l’oppression et c’est ce que des masculinistes parviennent à faire avec des femmes ou ce que des racistes réussissent à faire avec des racisé-e-s. La stratégie est simple : pour s’éviter d’être taxé de raciste et à juste titre, on utilisera la voix d’une personne alibi issue du groupe sur lequel on plaque pas mal de fantasmes. Au final, un tel procédé neutralise la moindre contestation, flatte les dominants, propulse les personnes alibis sur le devant de la scène médiatique en leur ouvrant des portes et exacerbe les tensions parce qu’il n’y aura nulle discussion subversive. Je rappelle que Nadia Remadna est une parfaite inconnue mais que sa pittoresque prestation dans l’émission lui a attiré la sympathie sur Twitter d’un certain Amine El Khatmi. Je pense que beaucoup s’accorderont à dire qu’elle était absolument incompréhensible, passant du coq à l’âne, sans structure mais le fait qu’elle prononce les mots “magiques” aura largement suffit.

Ces fantasmes qui déforment la réalité et fabriquent de la haine

Il serait bon, dans une perspective d’apaisement, de cesser de faire dire à des données ce qu’elles ne veulent absolument rien dire ou pire encore : les exploiter pour diviser et créer davantage de problèmes… sur une problématique qui ne le concerne pas. Thomas Guénolé évoque son concept de « désislamisation » qu’il tient à coups de chiffres invérifiables; en effet, selon ses dires, 70% des musulmans ne font pas leur prière, ne vont pas à la mosquée & 85% de musulmanes n’ont jamais porté de voile. Le rapport avec la désislamisation ? On le cherche encore. C’est à la fois mal connaître l’Islam et les musulmans que de parler de désislamisation juste parce qu’il voit mal ou pas l’Islam et ça me rappelle étrangement Nadia Geerts qui déclarait que chaque femme voilée porte en elle un projet. Ce qu’il aurait fallu faire, en revanche, ce serait questionner ces chiffres, chercher une explication et surtout exposer l’hystérie médiatique sur l’Islam à laquelle il contribue étant donné que seul 15% des femmes porteraient le foulard et que les musulmans ne serait pas si nombreux, selon son jugement, à être pratiquants. Et d’ailleurs, quel est l’objectif d’un tel argumentaire ? Rassurer les non musulmans non concernés sur la question ? Leur dire « voyez, les musulmans, tant qu’on les remarque pas, tout va bien » ? Ajouter de la suspicion sur ceux qui ont une religiosité visible, indiscrète, provocante ?

On a eu le droit à des tas d’anecdotes ultra personnelles de la part de Nadia Remadna. Celles et ceux qui raffolent de récits de femmes de banlieues oppressées, qui reçoivent des injonctions sexistes mais qui, en pleine crise raciste, préfèrent la déviation, parler de racisme « entre maghrébins » et « entre noirs » comme ceux qui préfèrent parler de problèmes d’acné lorsque la discussion porte sur le cancer de la peau, auront été servis ! La dame est un condensé de clichés une caricature vivante « avec l’accent », travailleuse sociale comme elle l’a rappelé à chacune de ses interventions, maman, traitée de pute parce qu’elle ne portait pas de foulard et, fait ultra rare… issue d’un quartier populaire du 93 (appréciez le pléonasme). Qu’elle a été son utilité ? Rassurer le blantriarcat. D’après cette grande dame à qui l’on peut d’ores et déjà prédire un destin médiatique ultra chargé, les choses sont simples… quand on arrive à la comprendre parce que Nadia Remadna parle comme on conduit une auto tamponneuse. Son discours est confus, pauvrement argumenté, fondé sur rien mais la masse de clichés et d’amalgame qu’il colporte suffira à flatter l’élite dont elle sert les intérêts avec la plus grande ferveur.

Extrait choisit : « Les musulmans, ils ont toujours vécu en France ou ailleurs… C’est pas la politique de la ville, hein, c’est pas une mode. Et moi je voulais revenir sur l’islamophobie. L’islamophobie, c’est, comme on disait, en fin de compte, quand on dit par exemple à quelqu’un, vous voyez quelqu’un, soit une femme voilée ou quelqu’un qui est barbu et tout ça avec… C’est vrai qu’il y a eu des gestes quand il y a eu des attentats, les gens ont eu peur. La peur, c’est humain ! On peut pas dire aux gens ne pas avoir peur, la phobie si on l’explique, ça veut dire « avoir peur » mais pas avoir peur de la personne, avoir peur parce qu’il y a eu des choses, on a pas expliqué les choses, c’est comme il y a des histoires de la laïcité où on a pas expliqué aux gens exactement c’était quoi la laïcité alors il y avait des gens au nom de la laïcité ils disent « de toute façon, c’est laïque, je fais ce que je veux où je veux et y’en a un qui dit « de toute façon, la laïcité, tu n’as pas le droit de prier, tu n’as le droit de rien faire ». Et l’islamophobie, j’pense que c’est un petit peu comme ça : on a inventé, euh, mit le mot « islamophobie », certains en ont fait justement alimenter encore une haine, comme moi je suis toujours dans l’apaisement parce que moi je suis je euh je suis voilà, je suis dans l’apaisement. Il y a l’islam qu’on a connu nous, l’islam de nos parents, l’Islam « voilà, voilà » et aujourd’hui, il y a des radicaux, on ne peut pas le nier, il y a eu le… Moi je reviens toujours, on a eu la guerre, en Algérie on a eu une guerre civile qui a fait pas mal de dégâts, et c’était vraiment on ne peut pas dire que ces gens là étaient une recherche identitaire comme on dit souvent « voilà, l’Algérien qui avait peur de son voisin algérien parce que on venait de tuer devant lui son père et sa mère alors aussi, on peut dire que lui était islamophobe parce que lui aussi avait peur », voilà, c’est ça. J’crois qu’il faut expliquer, c’est tout et quand on explique, on discute, on a le droit de ne pas être d’accord mais je pense qu’il faut oser dire les choses : il faut les nommer. A force de ne pas dire les choses et de ne pas les nommer, je pense que c’est ça qui créé ce conflit là ».

Voilà. Nadia Remadna ne fait que récupérer les thèses des plus grands réacs qu’elle emploie à son compte. Presque immédiatement, son « courage » a été loué sur Twitter, comme si, finalement, vomir la banlieue d’une main et ménager le racisme en légitimant l’Islamophobie, c’était le signe du plus grand courage.

Résistance et condescendance des non concerné-e-s

Un débat ne peut être un débat sans contradictions. Malheureusement, pour une question aussi lourde que celle de l’antiracisme, le moins qu’on puisse dire, c’est que les antiracistes non concerné-e-s ont un mal fou à sortir de leur zone de confort et faire ce qui est attendu d’eux : cesser toute analyse à partir de leur point de vue qui est, sur cette question, purement inutile et hors sujet.

Lorsque Maboula Soumahoro évoque le transfert qui a été fait ces derniers temps, depuis la question raciale à la question religieuse, expliquant qu’on s’adresse aujourd’hui à des musulmans, principalement pour désigner les arabes, Anastasia Colosimo lui répond : « mais ça c’est aussi parce que les minorités utilisent la question religieuse ». Ah bah dites-donc ! Elles sont vraiment vilaines ces minorités qui l’ont bien cherché ! Sauf que, dans les faits, si les minorités utilisent la question religieuse, c’est sans doute parce qu’on les pousse à le faire, qu’on les identifie en tant que musulmans ou juifs avant tout en les renvoyant à leur religion du matin au soir, parce qu’il faut leur trouver un nom maintenant qu’on les appelle « français » après avoir passé des années à parler de blacks, de juifs ou de beurs. Et on voudrait qu’ils se considèrent avant tout comme citoyens. Il faudrait se mettre d’accord.

Quand Maboula Soumahoro dit qu’elle aimerait sortir du prisme de la race qui est encore bien réel, Anastasia Colosimo est claire : « Mais ça c’est parce que vous croyez que l’individu se résume à son appartenance »Désolé mais ça sera NON. On aimerait bien que l’individu soit autre chose que ce qu’on voit de lui, mais, aux dernières nouvelles, on voit toujours les gens pour ce qu’ils sont. Et quand ils ont le tort d’être rroms, noirs, arabes, ils sont limités à ça. Un tel argument trahit un énorme défaut de communication propre aux non concerné-e-s qui pensent avoir la réponse à la question qu’ils n’ont pas entendue parce qu’ils ou elles pensent être suffisamment renseignés pour y répondre. L’identité, surtout d’une personne racisée, est ultra complexe et dire de ceux dont on ne partage pas l’identité qu’ils la résument à leur appartenance est d’un mépris sans nom. Maboula Soumahoro aura beau répondre qu’elle n’est « pas en train de défendre l’identité raciale qui enferme un individu dans un groupe ou une communauté », Anastasia Colosimo rétorque : « Mais en disant les blancs, les noirs, les arabes, c’est exactement ce que vous faites ». Il fallait l’oser. En 2016, la jeune garde ignore encore la réalité au point de vouloir faire culpabiliser les racisé-e-s sur le racisme qu’ils et elles connaissent en leur collant une responsabilité. Quant à l’aveuglement à la couleur, permettez moi juste de dire une chose : c’est de l’antiracisme raciste que de ne pas voir les couleurs. Les ignorer à ce point, c’est ignorer leur histoire, leur douleur et leur fierté juste parce que vous ne vous sentez pas à l’aise avec. Et vouloir censurer toute discussion sur la couleur et sur les différences revient à censurer toute remise en question de vos privilèges, de votre pouvoir et de votre antiracisme raciste que vous avez décidé de construire à partir de votre analyse de l’expérience d’autres personnes dont vous avez nié la couleur. En gros, vive le contresens et la condescendance. Et si l’appellation “blanc” vous met mal à l’aise, apprenez à vivre avec comme d’autres ont appris sans réellement l’apprendre à être “noir”, “arabe”, etc… La couleur vous gêne toujours parce que vous vous sentez vous aussi prisonnier-e d’une catégorie ? Vous commencez peut être à comprendre. Mais, curieusement, la couleur, le “blanc”, ne semble pas gêner lorsqu’il est question d’aborder le sujet tant bidon du “racisme” “anti-blanc”. J’aimerais également que Colosimo nous explique comment “être nu-e de ses appartenances en République” quand on vit dans une société où les étiquettes ont été collées sans même qu’on s’en rende compte. A moins qu’il existe une nudité qui efface la couleur de la peau, francise les noms, ôte la religion et tout sera formidable ? En réalité, “être nu-e de ses appartenances en République” veut simplement dire “assimilez-vous” par n’importe quel moyen, rentrez dans le moule, uniformisez-vous comme vous pouvez, tuez ce qui est différent mais surtout rassurez-nous, le blantriarcat, sur ce que nous sommes et souhaitons rester. C’est beau, le “vivre ensemble”…

Mais la cerise sur le gâteau, c’était quand même Thomas Guénolé. Après avoir taxé Houria Bouteldja de raciste anti blancs, celui qui, il y a encore peu, démontait le racisme anti blanc, celui qui avait écrit un ouvrage sur les jeunes de banlieues, celui qui n’éprouvait aucun état d’âme à confisquer la parole des premier-e-s concerné-e-s, quitte à faire dire aux chiffres l’inverse de ce qu’ils disent, a fait tomber les masques. En moins de temps qu’il ne le fallait. S’adressant à Maboula Soumahoro qu’il a accusée d’être membre du PIR et pour qui il a utilisé le générique pluriel de « il », il a osé lui dire : « je me contente de parler français ». Chapeau, mec. C’est bien de recaler une femme noire en la remettant à sa place, en montant sur le cheval de la langue française, comme un “moi au moins, je suis français” qu’on balance à des gosses dans la cour de récré pour bien leur montrer à quel point l’homme blanc est plus français que la femme noire qui quoiqu’elle dise sera toujours une française contrefaite. Bravo. Quelle est la différence entre ce type de répliques et les militants identitaires, qui, s’adressant à une journaliste « visiblement arabe » (j’utilise cette expression pour ménager les âmes sensibles qui ne voient pas la couleur), osent balancer des réponses ambiance Tarzan du genre « vous comprendre moi ? Moi, française ! » ? De tous les types de banlieue qu’il a rencontré, n’a-t-il jamais entendu quelqu’un lui dire Parce que quand on est un type comme Thomas Guénolé qui veut combattre le racisme uniquement parce que c’est « contre la morale » (typique du non concerné), tous les coups sont permis, à commencer par s’exprimer en des termes racistes ? Ou ce n’était qu’un petit dérapage verbal, rien de violent, une petite attaque, sous le coup des nerf, bref la culture de l’excuse pour le majoritaire ? Hélas, non. On pourrait même le remercier de laisser éclater une vérité au grand jour : l’aveuglement à la couleur est un mensonge monumental. En la rabaissant de la sorte, Guénolé a donné dans le racisme le plus élémentaire qui lie la couleur à la nationalité. Peu importe que Soumahoro ait vu le jour en France, grandi en France, étudié en France, lu les mêmes livres et fréquenté les mêmes écoles, pour lui, elle sera toujours inférieure. Et, au lieu de reconnaître ses torts, il s’est enfoncé dans un hors sujet ironique : « Oui, c’est ça, c’est la domination de l’homme blanc, comme le génocide des Coréens par les Japonais est un problème de domination de l’homme blanc ». Ah, la fierté des antiracistes non concernés, c’est vraiment tout un art : on se pensait être le sauveur attendu des racisés mais une fois qu’ils t’ont donné un carton jaune, tu retournes ta veste, tu oses tous les coups bas, sans jamais rougir de la haine.

L’intervention de Houria Bouteldja sur l’existence des mouvements de lutte m’a parue intéressante. Il est vrai que j’aurai apprécié qu’elle revienne plus en détails sur les accusations dont elle a fait l’objet mais malheureusement, ce serait tomber dans un piège sans fin qui n’aboutirait jamais. Il faudra donc lire son livre pour exposer ce qu’il y a à exposer. Ses interventions étaient, néanmoins, intéressantes lorsqu’elle évoquait que le cercle antiraciste n’était pas homogène, qu’il existait des divisions et qu’il fallait aboutir à la fraternité. Mais vu comment c’est parti…

En conclusion, cet épisode aura levé le voile sur les principaux déchirements des cercles antiracistes, dans leur ensemble.

  • Les antiracistes niais ont encore du mal avec leurs automatismes, leur aveuglement à la couleur qui se contredit dès qu’ils vibrent pour le racisme antiblanc.
  • Les antiracistes concerné-e-s connaissent leur sujet mais ne seront jamais écoutés tant qu’ils n’empruntent pas la voie “bonbon rose” de l’antiracisme pro-establishment qui refuse les races sociales, l’historicité du racisme et le continum colonial.
  • Le racisme, ce n’est pas une question morale. Que ce soit bien ou mal d’être raciste importe peu. Que ce soit injuste, c’est là le coeur du problème et il est encore plus injuste que le sujet soit toujours récupéré par les mêmes qui n’éprouvent aucun mal à caricaturer les antiracistes sur un mode “oui, c’est ça, c’est un complot de l’homme blanc”. Il faudrait se mettre d’accord.
  • Il faudrait veiller à balayer devant sa porte quand on parle de communautarisme et voir qui a le privilège d’être communautariste sans être taxé de communautarisme. Et surtout, voir ce qui mène au soit-disant communautarisme : les structures qui bloquent l’accès à tout (écoles, logements, emplois, fonctions, etc…) et qui isolent des individus qui se ressemblent dans leur minorités, ne sont-elles pas les plus communautaristes ?
  • Qu’on cesse les déviations. Si on parle de racisme anti-blanc, c’est uniquement pour ne pas à avoir à se questionner sur le racisme authentique. Exactement lorsqu’il est question de négrophobie en France et qu’on renvoie à la question de la négrophobie dans les pays arabes. On fait exactement la même chose avec la question du sexisme.
  • Qu’on cesse les invité-e-s en recherche de promotion. Non, désolé, mais Nadia Ramdana, c’était quand même une vaste blague. A l’heure où des tas de gens ont des tas de choses à dire sur le sujet, faire appel à une caricature grandeur nature qui n’a que des anecdotes mêlant la guerre civile algérienne et des insultes reçues dans la rue, je trouve ça drôle juste pour cinq minutes.
  • Enfin, si l’égalité est l’objectif, il faudrait tout mettre en oeuvre pour y parvenir. Comment? En laissant les racisé-e-s parler de racisme avec leurs mots, les LGBT parler de leur oppression avec leurs mots, les femmes parler de sexisme avec leur mots, les précaires parler de pauvreté avec leurs mots, etc… Parce que parler en leur nom, leur trouver à eux des torts alors qu’ils sont victimes d’oppressions, ruine tout ce qui a été entrepris en direction de l’égalité. On pourra tout dire, tout faire et tout écrire sur “eux”, si ce n’est pas fait avec eux, cela ne servira à rien, surtout quand on dispose de beaucoup plus de pouvoir et de privilèges. Il faudrait également chercher à ne pas s’enfermer dans des guerres sémantiques racistes qui prouvent au musulman que même en étant français, il n’a aucune qualification pour trouver le mot “adéquat”… alors qu’on a aucun mal à définir l’antisémitisme comme haine des juifs.

Mais bon… Vu que le pouvoir est tellement mal réparti…

La colère, le sang et la perte

J’ai écrit cet article pour les blessés, les meurtris, les apeurés et les affaiblis. Et je n’ai pas à m’excuser des erreurs des autres. Juste à pleurer de rage les tourments de notre époque.

       D’abord, on apprend le drame. Comme en Janvier 2015, on cesse toute activité immédiatement tant la nouvelle nous glace le sang et fige tous nos muscles. On se passe de toute réflexion, de tout ce qui pourrait empêcher la communication entre le cœur et l’esprit pour se concentrer sur ce qui vient de se briser à l’intérieur. On allume sa télévision, on lâche son téléphone portable et on attend. Et l’info continue nous drogue.

            Pourvu qu’il ne se soit rien passé. Que ce soit juste un accident. Quelque chose de banal. Quelque chose qui n’ait aucune conséquence. Un pétard qui a fait trop de bruit ou un accident comme on en voit toutes les nuits. Pourvu qu’il n’y ait pas de morts. Pourvu qu’ils s’en sortent.

            La nouvelle tombe. L’horreur est revenue. Elle avait frappé la veille à Beyrouth, chez les arabes, aussi divers et différents qu’ils soient. On s’en fichait royalement. Comme d’habitude. Le moyen orient, même s’il obsède les patriotes à deux balles, même s’il fascine parfois les plus paumés de chez nous et même s’il abrite une poignée de tortionnaires amis de nos présidents bien occidentaux, c’est quand même loin sur la carte. Mais là, on sent le rapprochement.

            Pourvu que ce ne soit pas un carnage. Pourvu qu’on retrouve que des survivants. Pourvu que le plan meurtrier ait échoué. Pourvu que les médias fournissent un travail de qualité. Pourvu qu’ils soient tous en sécurité. Pourvu qu’on se réveille à tant.

            J’étais de ceux qui ont alterné les pleurs et les cris, la douleur et la rage. J’étais de ceux qui auraient pu se trouver sur les lieux, qui ont vibré dans des concerts de rock, qui ont dîné ou bu un verre en terrasse, qui ont marché dans les rues de Paris dans la sérénité. J’étais de ceux qui ne comprenaient pas, qui se demandaient « pourquoi » et qui ne voulaient pas voir de photos, entendre des témoignages, lire des messages de haine. Et puis deux mois plus tard, je suis revenu à moi, la page se tournait difficilement, avec une écornure comme pour me dire que je ne pouvais éviter ce passage dans ma vie. Dans nos vies.

La violence

           Rien ne saurait justifier l’horreur d’un attentat. Même si je ne trie pas mes larmes parce que je considère que chaque vie compte et dois compter pour toujours, je dois avouer que plus les attentats se rapprochent de nous et plus l’avenir me paraît incertain. Le danger est imminent, les rues ne sont plus sûres. La suspicion est revenue même si on a le droit à des remarques blessantes mais qu’on mettra sur le compte d’une émotion encore trop vive. On se dit que la sagesse, c’est de tolérer, en surface, temporairement, le refus des poignées de main et de la discussion, parce que des gens sont en colère. On a rien fait, on est pas plus responsables de ce que des assassins commettent mais il paraît qu’on leur ressemble, qu’on soit à peine basané, musulman convaincu, hésitant ou pratiquant, banlieusard, fan de rap ou de blues et qu’on devrait laisser passer un deuil qui nous exclu, au nom de l’unité nationale. Inutile de leur rappeler qu’on est tous concernés parce qu’il paraît qu’on a voulu toucher en priorité ces gens-là plutôt que d’autres. Et il y aura toujours un beauf pour nous dire que si les terroristes voulaient vraiment tuer du musulman, ils auraient choisit Barbès… Comme si une communauté était particulièrement épargnée. Inutile également de leur rappeler que l’attentat de Saint Denis qui a échoué allait toucher la France dans sa plus grande diversité : celle qui est noire, celle qui est arabe, celle qui est blanche, celle qui est asiatique, celle qui est croyante, celle qui est athée, celle qui aime le foot, celle qui aime accompagner ceux qui aiment le foot, celle qui se force à aimer le foot le temps d’un match…

            Comme en janvier, on est quelque chose. Cette fois, on est Paris. Dans l’émotion suscitée par la violence, on ne pond que des slogans. Nulle question de se demander ce qu’on a bien pu être avant de devenir Paris ou Charlie. Alors, j’ai décidé que je serai plus que jamais moi même plutôt que d’être ce qu’on attend de moi comme si cela coulait de source ou comme si je leur devais bien. S’indigner qu’on ne soit pas Charlie ou Paris ou s’indigner que d’autres préfèrent être Beyrouth ou Gaza, c’est le début de la fin. Crier haut et fort qu’on est un slogan, pointer du doigt ceux qui ne sont pas « comme nous », se lancer dans un recensement statistique, profiler les infidèles du camp du bien, c’est le début du fascisme. En ce qui me concerne, je refuse de céder au piège d’être « quelque chose » juste pour rassurer la planète entière de la pureté de mon âme ou de rentrer dans un moule. Et surtout, je refuse de me tromper, de crier à la planète entière « #jesuisenterrasse », car c’est là la plus grosse arnaque possible : les terroristes se foutent de qui est en terrasse, qui boit un mojito en écoutant Rihanna ou qui partage un repas dans un restaurant huppé. Ils tuent des civils innocents parce qu’ils sont dans une logique meurtrière parce qu’ils sont animés par un esprit de vengeance qui leur a rongé l’âme et rien d’autre.

            Au delà des slogans, on a réussi à créer un tout petit peu de réflexion. Pas toujours la meilleure. La France est en guerre, dit-on. Le temps d’endormir les masses, on parlera de guerre de civilisation. Le fantôme du 11 Septembre et ses thèses néoconservatrices qui ont massacré des populations innocentes sont toujours là, comme des ombres. Charlie Hebdo confirme la pensée, avec une caricature qui montre un homme buvant un coup sous la mention « ils ont les armes, on les emmerde, on a le champagne », qui me rappelle étrangement la sinistrement célèbre chanson de Michel Sardou où il était question d’opposer la culture française, vivante et avancée, face à la culture arabe, arriérée et insipide et donc tellement inférieure. Qu’est-ce qu’ils ont, à part le pétrole, disait-il. Je suis tenté de lui répondre : tellement de choses, si tu savais !

            Il suffit que quelques personnalités politiques reprennent le thème, que quelques intellectuels suivent et le concept est installé : les terroristes sont venus tuer la civilisation française, celle qui boit, danse, dîne en terrasse, aime les concerts de Rock, le foot, bref la vie. Et que ceux qui ne se reconnaissent pas dans cet art de vivre comprennent immédiatement à quel camp ils appartiennent. Vous serez avec nous ou contre nous. Certains, généralement marqués à gauche d’ailleurs, ne se cachent plus pour utiliser une rhétorique proche de celle des néoconservateurs américains en déclarant que si les terroristes ne voulaient pas s’en prendre à la France et ce qu’elle symboliserait (la frivolité, les droits de l’Homme, la laïcité, etc…), ils auraient pu s’en prendre à l’Etat en s’attaquant directement à l’Elysée. Comme si s’attaquer à un gouvernement dont l’impopularité n’est plus à prouver est comparable avec une attaque qui cible des civils qui ne bénéficient pas de la protection dont peuvent bénéficier les personnalités politiques.

            Que l’on pense la civilisation française comme celle du « bon vivre », du loisir et d’une certaine frivolité ne me gêne pas. Mais en faire la seule civilisation du « bon vivre » relève du mensonge crasseux qui déshumanise également ceux qui ne suivent pas le modèle. D’ailleurs, il serait bien de rappeler que bon nombre de Syriens ou d’Irakiens aimeraient, eux aussi, boire un verre en terrasse ou assister à un concert s’ils ne subissaient pas des frappes bien occidentales, que leur terre n’était pas soumise à la violence continuellement… Et oui, contrairement au dessin misogyne qui a circulé sur les réseaux sociaux, nos bombes ne sont pas sexuelles mais bel et bien meurtrières. Elles tuent. Elles démolissent des vies dans des écoles, des hôpitaux et des lieux de culte mais provoquent moins d’émotions que lorsque des terroristes démolissent des œuvres d’art ou égorgent leurs semblables. Et ce sont à cause de nos frappes qu’on finit par se faire zigouiller en plein Paris. Précisons également aux ignorants qui ont décidé d’ignorer nos bombes, nos drones et nos frappes, que 2015 est une très bonne année en France étant donnée qu’on a explosé les records de vente d’armes… pas toujours avec des clients exemptés de tout soupçon.

            On veut toujours nous parler de guerre de civilisation ? D’accord. A condition de tout reprendre depuis le début. La guerre de civilisation dont on nous parle, serait celle initiée par Daesh contre la démocratie, l’occident et tout ce qui ne leur ressemble pas. Sauf que, à l’origine, c’est un concept pensé et inventé en occident et pas ailleurs. La guerre de civilisation, si elle existe vraiment, elle a commencé quand on a envahi l’Irak, violé des gamines, enfermé des civils dans des prisons, bombardé des villages et des ports au nom des droits de l’homme, du féminisme et j’en passe… Et quand on abordait la question du mensonge sur les armes de destruction massive et qu’on évoquait le pillage du pétrole, tous nos grands stratèges en carton nous répliquait que c’était faux, fantasmé, délirant. 13 ans plus tard, quand on nous dit que Daesh vit du business du pétrole, c’est assez « drôle » de voir que ceux qui réfutaient toute existence du pétrole avant l’invasion américaine finissent par accepter cette information maintenant sans la questionner.

            Aujourd’hui, on s’est alignés sur la politique américaine de l’ère George W Bush quand l’Amérique cherche, timidement au passage, à s’en sortir. Sur le sujet, je ne pardonnerai jamais à Sarkozy & Hollande leur suivisme, leurs amitiés douteuses avec les pétromonarchies du golf et leur complexe de ne pas avoir fait partie de l’axe du bien lors de l’invasion américaine en 2003. Et pourquoi au final ? Pour rien de bien. Pour bombarder des peuples qui ne nous ont strictement rien fait, dont les leaders (Hussein, Khadafi, Assad, etc…) ont soit financé ou sympatisé certains de nos dirigeants, s’attiser la haine et la rancœur, interférer dans des conflits qui ne nous regardent pas et perdre nos proches dans des massacres comme ceux du 13 Novembre.

On fait quoi maintenant ?

Rien. On a vu le résultat décevant des perquisitions qui n’ont pas apporté de résultats. On a eu le droit au défilé interminables de prêcheurs de haine dont la tv raffole (Finkielkraut, Onfray, Geoffroy Lejeune, etc…). La gauche propose la déchéance de nationalité pour les Binationaux. Bravo ! Quel est le rapport ? Aucun. Comme si cela importait pour les terroristes. Comme si cela allait les retenir dans leur folie. Mais, par contre, précariser la nationalité française, par contre, ça fera augmenter le ressentiment, les tensions et compliquera le fameux « vivre ensemble » qu’on utilise pour faire complexer les plus faibles d’entre nous.

De hors sujets en hors sujets.

Premier hors sujet au lendemain des attentats : la laïcité. Je ne saisis toujours pas le rapport. Comme si la France n’était pas assez laïque, ou trop laxiste, ou trop tolérante et que si la laïcité aurait été plus appliquée (et je ne vois pas trop comment on pourrait s’y prendre), il y aurait eu moins ou pas d’attentats. Pour information, la Syrie et l’Irak, que cela nous plaise ou non, étaient dirigées par des leaders laïques. La question de la laïcité n’est juste qu’une diversion, un thème récurrent qu’on utilise pour taper sur des coupables bien désignés, des ennemis de l’intérieur. Nous ne sommes pas attaqués par manque de laïcité mais pour d’autres raisons (et je précise qu’expliquer ne justifie en rien l’attentat). Au lendemain des attaques contre Charlie Hebdo, on a eu le droit à des tables rondes sur la laïcité en présence de personnalités comme Inna Shevchenko, la leader des Femen dont le mouvement considère la laïcité comme le fait de tolérer l’intolérable (bouh la religion, c’est de la merde), dont l’expertise en la matière reste à prouver.

Deuxième hors sujet, les « minorités visibles » mais bien utilisées. Je parle ici de personnes comme Lydia Guirous ou Zineb El Rhazaoui qui, un jour, se rendront compte que leur seule utilité aura été de lire un prompteur pour servir un pouvoir qui n’a besoin d’elles que pour taper sur leurs semblables et qui s’en débarrassera une fois leur mission arrivée à terme. Si elles n’étaient pas ce qu’elles pensent avoir oublié, arabes et de culture musulmane, elles ne se seraient jamais hissées là où elles se trouvent maintenant. Ce sont des pions, des alibis, des personnes qui ne servent que pour s’éviter des accusations de racisme, mais en dehors de ça… elles sont impertinentes. Et puis, franchement, à part nous offrir des débats qui ressemblent à des combats de poules ou à des naufrages, quel est l’intérêt ? Où est la progression ? Qu’est-ce qui en ressort, à part le ridicule ?

Troisième hors sujet, la liberté d’expression. Non, je le dis et je le redis, la liberté d’expression « au sens traditionnel », n’est pas en danger. On peut être islamophobe, raciste, sexiste et s’en tirer très bien en France. On peut publier des UNES racoleuses, faire des documentaires aux sensations fortes sur nos obsessions bien françaises (voile, burqa, délinquance, excision, polygamie, etc…), être omniprésent sans craindre de s’attirer les foudres de l’état. Pire encore : la vraie liberté d’expression, celle qu’il faut défendre, c’est celle de faire des reportages qui ne soient pas censurés suite à des pressions de la part de multinationales qui veulent s’éviter des situations embarrassantes. Mais là, pas un mot de la part des plus grands défenseurs de la liberté d’expression qui l’ont résumée à taper sur l’Islam et les musulmans à coup de « oh mais on ne peut plus rien dire, de nos jours, c’est affreux ». Non, les gens, vous pouvez tout dire, tout le temps, sur tous les plateaux, dans toutes les stations de radio et le pire, dans tout ça, c’est que vous pensez incarner une espèce de résistance face au pouvoir musulman qui n’existe que dans vos fantasmes alors que penser que la parole est muselée en France est devenu une opinion quasi majoritaire. Badinter l’a dit: n’ayez pas peur d’être islamophobes!  Quant à la critique de l’Islam, sincèrement, si elle était interdite ou quasi-impossible, ça se saurait. On ne cesse de nous demander si l’Islam pouvait être critiqué et on vous le dit : allez-y ! Brûlez des drapeaux musulmans jugés salafistes (alors qu’ils ne le sont pas : reproduire la profession de foi islamique sur un drapeau n’en fait pas un drapeau salafiste, faudrait commencer à se cultiver sur la question), continuez les amalgames et le racolage. D’ailleurs, que n’a-t-on pas critiqué, dans l’Islam ? Qui ne s’y est pas donné, ne serait-ce qu’un petit peu ? Et que sont devenues les personnes qui ont critiqué l’Islam ? Ont-elles été boycottées, menacées dans leur emploi ? J’ai, quand même un message pour les modérateurs auto-proclamés de la liberté d’expression en France : du haut de votre perchoir, vous avez décidé de tout arbitrer en décidant de ce qui est raciste ou non à la place des concernés mais également de vous lancer dans un véritable lynchage de toute personne qui organise des meetings où vous n’avez pas votre place. Ca la fout mal pour les passionarias de la liberté d’expression.

Quatrième hors sujet : les mots et les réflexes haineux. Cessez de parler de Djihadisme si vous n’avez jamais lu le Coran. Cessez également de nous bassiner avec la civilisation judéo-chrétienne, ce fantasme qu’on utilise pour opposer la France « bien blanche » aux musulmans. Et puis, sincèrement, entendre parler de civilisation judéo-chrétienne dans un pays où on a persécuté des juifs il n’y a pas si longtemps que ça, relève du délire. Cessez également de prendre des airs de vierges effarouchées quand on parle de blancs, de noirs, d’arabes, etc… L’universalisme color blind, personne n’y croit plus. La preuve : on parle de déchéance de nationalité à tout le monde, y compris aux personnes racisées qui n’ont pas de double nationalité. Comme quoi les discours assimilationistes ne sont qu’une fumisterie : on sait très bien quand on a un racisé devant soit, ne nous prenez pas pour des imbéciles. Cessez également votre féminisme de circonstance, celui qui transforme les plus antiféministes en combattants de la dignité des femmes à chaque fois que l’oppression patriarcale vient de personnes « arabes ». Oui, je fais références aux viols de Cologne où certain(e)s n’ont rien trouvé d’autre à faire que de parler de choc des civilisations. Parce que des arabes violent des femmes blanches, vous sentez la terre trembler ? Vous profitez sans baisser les yeux d’un acte d’une violence ignoble pour asseoir vos théories de choc des civilisations ? Mauvaise nouvelle pour vous : le viol, malheureusement, en 2016, n’a pas attendu Cologne pour exister. On viole à Rio, New York, Casablanca, Paris, Londres, Buenos Aires, Sydney et Osaka de la même façon : en brisant une femme par la brutalité. Et dire que l’Islam est la raison de ces viols est aussi stupide et mensonger que de dire que marcher sur le sable en portant des faux cils peut entrainer le cancer des poumons. Mais, je doute que ces féministes en carton qui ont cédé à la tentation raciste (et pour le coup, vraiment complotiste !) partagent la même indignité lorsqu’elles apprennent que leurs frères « bien blancs et bien de chez elles » violent des gosses en République Centrafricaine, des femmes de ménages noires ou excellent dans le tourisme sexuel dans les pays du tiers monde. On attend toujours que vous vous désolidarisiez ! Comment ça, “nous n’avons rien à voir avec ces barbares” ? Ah, vous trouvez cette injonction ignoble ? Bravo, vous commencez à comprendre. Ou du moins, vous êtes sur le chemin. Au passage, si des violeurs qui se trouvent être musulmans « violent des occidentales au nom de l’Islam », doit-on en déduire que des violeurs qui se trouvent être fonctionnaires français ou de simples citoyens français (au sens traditionnel, comprenez « de race blanche ») violent au nom de la France et donc des français et donc en votre nom ? Vous trouvez ça bidon, bête, sans rapport ? Parfait. Comprenez notre indignité quand on engage toute une religion ou tout un pays alors qu’on agit individuellement.

Cinquième hors sujet : l’islam. Oui parce que répéter à longueur de temps « ah si, ça a tout à voir avec l’Islam » alors qu’on a rien dit sur des guerres où le christianisme a aussi été utilisé, prouve le parti prit de certaines personnes. Oui, des personnes rejoignent les rangs de l’Etat Islamique pour décapiter, tuer, massacrer. Oui, ces personnes sont musulmanes, fraichement converties pour la plupart et assez isolées dans leur islamité d’après ce qui est rapporté. Et alors ? Vous voulez vraiment entretenir la psychose ? Quand un mec viole ou tabasse une femme, au nom de sa virilité toute puissante, nous impose-t-on des débats interminables culpabilisateurs pour tous les hommes avec des non concernés ? Pour en arriver à quelle conclusion ? Et pourquoi quand, des musulmans, comme les Kurdes par exemple, mènent des combats nobles « au nom de l’Islam », on leur ôte leur islamité ? Pourquoi, quand des musulmans accueillent des persécutés, chrétiens ou non d’ailleurs, ne reconnaît-on pas le rôle positif de l’Islam pour une fois ? Pourquoi nier l’implication de l’Islam quand quelque chose de bénéfique à tous et à toutes en sort mais mettre le paquet quand ça débouche sur des attentats ? Pourquoi nous gaver de votre obsession sur le voile à chaque fois qu’une tragédie nous frappe en plein coeur ? Vous rendez vous compte que cela nourrit un ressentiment ? Que cela fait accroitre la suspicion ? Et, pour quoi, au final ? Pour rien. Inutile et blessant. Cessez également votre dernière lubie, la cause des chrétiens d’Orient, qui ne trahit que votre préférence solidaire. Vous êtes universalistes ou non…

Sixième hors sujet : les causes bidons. Parler du rôle de Starbucks ou McDo dans le terrorisme est d’une imbécillité sans nom. A croire qu’on retarde le moment où les gens iront se documenter, consulter les archives de wikileaks, revoir les débats, étudier la création de l’EI. C’est vraiment nous mépriser que de proposer ce type d’analyses. Il serait beaucoup plus intéressant de présenter la vérité sur la création de Daesh, son financement, son intérêt pour certains pays de la région mais surtout notre implication dans le conflit. Faudrait également, avec toutes les informations dont on dispose sur le conflit, qu’on pense à parler sérieusement de notre politique étrangère. Qu’on arrête un peu les danses du ventre avec l’Arabie Saoudite, qu’on veille plutôt à avoir des relations plus saines avec l’Iran, qu’on discute réellement de la Syrie et de l’Irak sans se lancer dans des débats sans rapport, qu’on réfléchisse également à une façon de ne plus faire de la politique intrusive et à laisser les peuples décider de leur destin. Et qu’on réfléchisse aux conséquences de l’Etat d’Urgence et qu’on réfléchisse à la culture de violence dans laquelle on baigne du matin au soir. Ca aussi, c’est devenu “typiquement français”…

J’étais de ceux qui étaient choqués en 2001, en 2003 et toutes les années qui ont suivi. A chaque attentat. En parlant avec mes amis du Liban, je m’estimais heureux de vivre sur une terre qui ne connaisse aucune guerre et où, malgré les difficultés du quotidien qui, hélas, sont devenues ordinaire, il était possible de vivre. De sortir sans craindre pour sa vie. De monter dans un bus ou un métro le cœur léger. Maintenant, on se demande si chaque instant n’est pas un danger potentiel.

J’ai revu les photos des personnes qui ont perdu la vie. Majoritairement jeunes. Ces turcs, français, tunisiens, syriens, irakiens, burkinabés. Ces gens-là n’ont peut être jamais soutenu la moindre intervention militaire, ont vécu dans la joie et l’insouciance alors qu’on bombardait et qu’on préparait des guerres. Ils ont payé le prix de leur vie. Alors qu’on aurait largement pu éviter cela.

En Novembre, j’écrivais que je voulais juste dormir, pour fuir la réalité et me faire incarcérer dans un rêve. Un beau rêve. Là où ils seraient tous encore en vie, une dernière fois. Aujourd’hui, avec la spirale dans laquelle nous nous sommes engouffrés, la colère que j’éprouve envers nos dirigeants et nos médias en quête de sensations fortes, je n’arrive même plus à rêver d’eux.

PS : Je n’ai jamais été Charlie et je ne le serai probablement jamais. En revanche, je suis solidaire de toutes les personnes qui ont perdu la vie ainsi que leurs proches, qu’elles soient victimes d’attentats, de guerres civiles ou de guerres maquillées comme des actes destinés à apporter de la lumière dans l’obscurité. Parce que nos morts = leurs morts = la mort de l’humanité, sans distinction.

Marche pour la dignité, Blantriarcat offensé

IMG_0022Dans Souffrances & Bonheur du Chrétien, Mauriac disait que “lorsque la réalité ne fournit pas au jaloux de quoi nourrir sa jalousie, il imagine, il invente”. Autant dire que cette citation s’impose pour résumer les réactions post Marche de la dignité. Impossible d’apporter une critique censée, fondée sur des arguments percutants pour analyser cette marche et son succès. Certes, il n’est pas surprenant de voir des rorchons réacs’ comme Valeurs Actuelles taxer cette marche de communautariste.  C’est le réflexe premier d’un blantriarcat paniqué devant la force d’un front qui refuse le silence et la soumission. Dans ce cas là, tout est bon à prendre pour rassurer les dominants. Il est juste regrettable que les personnes opposées à la Marche aient un argumentaire creux, une prétention sans borne mais aussi recours à des mensonges. On dit que “le monde n’est pas tombé bas mais que ce sont les hommes qui se complaisent dans la bassesse” et, hélas, les trois “opposants” à la marche de la dignité, se complaisent tellement dans la bassesse que cela ruine leurs thèses et rend quasiment nul leur argumentaire.

La première voix du Blantriarcat a s’être exprimée est celle de Véronique Genest. Pour dire quoi ? Rien de bien intellectuel, comme d’habitude. Elle conteste à la fois le nombre de manifestants et prétend que la Marche de la dignité était, “à moitié anti Israël”… ? Sur quelle base ? Aucune. D’où tire-t-elle ses informations ? Nul le sait. Mais c’est avec plaisir qu’on constate que la rage et le mensonge sont deux principaux traits chez les frustrés du Blantriarcat : quand on veut discréditer un évènement ou une lutte, il faut frapper là où ça fait mal, quitte à mentir effrontément, tant que ça conforte les dominants et accable les dominés. Cela dit, avoir Véronique Genest comme l’une des voix de l’anti marche de la dignité, c’est sans doute le plus beau révélateur du niveau intellectuel et idéologique du “camp d’en face”.

 

Capture d’écran 2015-11-07 à 22.02.21La Deuxième voix du Blantriarcat a s’être exprimée n’est pas une voix tout à fait blanche. Enfin, si. Puis, non. A vrai dire, Ahmed Meguini est un fantasme sur pattes du blantriarcat. Il est le produit fini de l’assimilationisme conquérant puisque lui, arabe à priori né musulman est devenu un fier patriote athée laïque (forcément, dans le blantriarcat, l’athéisme mène évidement à la laïcité, cet humanisme grandiose hérité des lumières et tout le blabla…). En plus, si on regarde bien son bras, il s’est fait tatouer #JeSuisCharlie, acte assez pathétique et puéril à mon sens mais qui doit probablement émouvoir “les gens d’en face”. Ce tatouage, c’est son label rouge, ou plutôt label bleu-blanc-rouge, un témoignage sincère destiné à rassurer ses amis blancs sur le mode d’un “je suis un arabe mais, voyez mon tatouage que j’exhibe en même temps que mon verre de vin, voyez-y la marque de mon intégration à vos valeurs, moi, l’arabe athée #jesuischarlie, qui n’a rien à voir avec les autres”. Par conséquent, un tel individu ne pouvait qu’être l’alibi idéal de ceux qu’il défend qui pourront disqualifier toute accusation de racisme en même temps pour qu’ils pourront utiliser un tel personnage pour faire avancer leurs thèses. Meguini, dans le paysage médiatique, c’est surtout la combinaison de trois casquettes qui n’ont d’intérêt que lorsqu’on les additionne : un arabe athée laïque. Il ne peut être intéressant et utile à la classe qu’il sert qu’en étant ces trois choses simultanément. En effet, un français athée et laïque, ça sert beaucoup moins l’assimilationisme neo-colonial qu’un arabe athée et laïque. Dans un article reprit par le Huffington Post, le pseudo rebeu subversif ose un comparatif entre la manifestation du 11 Janvier et la marche de la dignité. Le rapport ? Aucun. C’est sûr que quand on a Charlie dans la peau, on ne peut s’empêcher de tout ramener au 11 Janvier! Dès le départ, il discrédite cette marche car il y aurait vu “des associations communautaires musulmanes”. Oui et alors ? Bizarrement, le simple fait de voir des associations communautaires musulmane discrédite une marche ? Un peu raciste, non ? Passons. Meguini a vu des “des pro-Palestine composée d’antisémites notoires”. Vraiment ? Si les antisémites pro-Palestine sont notoires, qu’il donne des noms, qu’on puisse prévenir les juifs et juives révolutionnaires ou l’union juive française pour la Paix du danger qu’ils ont courru! Mais ça, on ne le saura pas en lisant cet article car avec Meguini, comme avec d’autres, l’accusation vaut la condamnation. Bien évidement, il critique la présence du PIR avec une punchline aussi fracassante que ridicule en parlant de “ceux qui ont choisi de s’autoproclamer le PIR (Parti des Indigènes de la République) avec pour slogan, ça ne s’invente pas, “le PIR est à venir”“. Analyse de type zéro pointé, passons. Il mentionne également “des femmes militant pour le port du voile”, ce vêtement que tout arabe musulman devenu athée a horreur tant elle lui rappellent son background religieux. Pour finir, il mentionne “une association dite “anti-négrophobie”“. Sur ce dernier point, j’ignore si Meguini parle d’anti négrophobie en utilisant des guillemets car soit il conteste  la sincérité de l’antiracisme de cette association ou s’il conteste ce terme de négrophobie (oui, le blantriarcat adore les guéguerres sématiques, rien de nouveau, hélas!). C’est une vraie question car, certaines personnes, sous prétexte d’être issues d’un groupe “non blanc” mais “voisin” d’un autre groupe non blanc se pensent experts et légitimes à parler de tout ce qui n’est pas blanc. Pour le coup, Méguini qui n’est pas noir mais arabe et donc ne subit pas la négrophobie qui est bien réelle, se permet de mépriser une lutte sans le moindre état d’âme en la disqualifiant en parlant d’association “dite “anti-négrophobie”. Amis du mépris, bonjour! C’est là l’essence du système blantriarcal dans ce qu’il a de plus violent et de plus confiscatoire : décréter pour les autres ce qui est réel ou non, prioritaire ou non, pertinent ou non sans jamais se rendre compte de son ingérence dans des oppressions qui ne le concernent pas en tant que victime; du haut de sa prétention, on pense avoir les compétences et la légitimité pour penser à la place des noir-e-s ce qui est négrophobe ou non sans jamais voir dans cette démarche tout le mépris de  race que cela trahit en discréditant une lutte. A ce rythme là, on aura peut être le droit, qui sait, à une déclaration farfelue du type “d’après nos recherches, le concept de négrophobie a été inventée par Malcolm X et Audrey Lorde pour empêcher toute critique des noirs” car on a que trop l’habitude de ces intellectuels de salon qui puisent leurs thèses dans les mythes et les délires les plus fous.

Après s’être perdu dans une description qui accable à peu près tout le monde (sans jamais mentionner la présence d’associations comme l’UJFP, le collectif Mwasi, des juifs et juives révolutionnaires, Solidarité Femmes Kobané, la voix des Rroms, etc… mais pour faire croire à une manifestation  100% islamiste), Meguini rentre enfin dans le vif du sujet. La marche aurait “manqué cruellement” de dignité. Pourquoi ? Parce que “ces associations ne dénoncent pas la violence, elles sont la violence et elles s’assoient bien volontiers sur la dignité. Elles s’en prennent délibérément à un symbole de l’Etat, de la République, avec la complicité de partis politique qui voient là l’occasion de faire leur marché pré-électoral”. Bouh, le chantage à la République, épisode 798! Lui qui parle, pour qualifier les manifestants, de génération “ouin ouin”, est, pour le coup, à fond dans le “ouin ouin”. C’est du “ouin ouin” bien ficelé, qui se veut moralisateur et culpabilisant mais qui est pathétique. La dignité, c’est ce qui manque quand on ignore et disqualifie tout un groupe en le désignant comme s’en prenant à un symbole de l’état après l’avoir déformé et jugé comme antisémite, islamiste, communautariste, etc… Le “ouin, ouin”, c’est pas le mot d’ordre de la Marche dont l’objectif n’était pas de quémander une quelconque dignité mais d’affirmer la sienne face à une oppression d’état. Mais ça, Meguini, ne l’entend pas. Inutile de lui citer la longue liste de victimes de crimes policiers, du harcèlement policier ou des politiques racistes et impérialistes. Lui, “arabe & athée”, n’y voit que des “forces réactionnaires, contre l’esprit des Lumières et de la Révolution française”. Comme Bougrab ou Zemmour, Meguini aime les chocs des civilisations à l’intérieur de la civilisation; il aime l’affrontement entre cette République qu’il idéalise à l’extrême et au delà de tout soupçon (probablement parce qu’elle ne lui a jamais été injuste et c’est tant mieux pour lui) contre des gens qui manqueraient cruellement de dignité. Une question s’impose : la dignité, c’est de s’opposer à des oppressions systémiques en marchant pacifiquement dans Paris quitte à prendre des risques par les temps qui courent ou servir les dominants en crachant sur ses semblables à coups d’arguments creux et en faisant ce que tous les réacs’ se complaisent à faire, c’est à dire dispenser un pseudo cours d’Histoire très sommaire sur “Les Lumières” avec une référence insipide comme si les Marcheurs n’étaient pas au courant de cet évènement historique et pour leur clouer le bec ? Pourquoi ce réflexe presque maladif de citer la “Révolution Française” (sans plus de détails…) pour neutraliser chaque expression d’une voix qui va à contre sens de l’ordre établi? Etrangement, Meguini appartient au camp de ceux qui disent à longueur de journée que l’ l’islamophobie n’est pas un racisme mais une technique mise au point pour stopper net toute critique de l’Islam alors qu’en réalité, il est celui qui a recours à la référence à “la grande époque” d’une histoire de france ultra fantasmée pour mettre un terme à toute critique de l’Etat. Il n’est donc pas surprenant qu’une personne qui soit si révérencieuse vis à vis de l’Etat ait beaucoup de mal à accepter les critiques. Mais j’imagine qu’un tatouage #JeSuisCharlie doit donner des ailes et doit probablement constituer un gage de qualité et de légitimité à déterminer qui est légitime à critiquer ou à être critiqué. Ah, la liberté d’expression et le camp #JeSuisCharlie… Une belle arnaque.

“Quand un homme politique marche derrière un communautariste, un intégriste, il en fait un prince, quand un média important lui donne parole, il en fait un Dieu aux yeux de ses pairs. Partout des usines à fabriquer des monstres sont à l’œuvre, dans une cadence sans cesse augmentée par la menace du procès en islamophobie.“. Alors, soyons bien clairs : que des hommes politiques flattent un certain communatarisme et/ou une communauté, ça se fait depuis la nuit des temps. Nos hommes politiques sont capables de serrer la main à des militants des droits de l’homme tout en serrant la main d’ambassadeurs de régimes pas vraiment portés sur ces mêmes droits. Mais il y a une nette différence entre serrer la main d’un “communautariste” et le pouvoir qu’on va lui donner. D’ailleurs, les organisations présentes lors de la Marche, qui leur a serré la main et ouvert les portes du pouvoir ? Personne. Quant à parler des médias, très sincèrement, quand on voit le vide médiatique qu’a connu cette marche dont très peu de médias ont parlé, il serait sage de s’abstenir d’écrire de telles inepties. Pour ce qui est de “la menace du procès en islamophobie“, cher Meguini, sachez que cette menace est aussi forte que celle des Kebabs sur l’avenir de la gastronomie française. Car, oui, en 2015, on peut parfaitement être islamophobe, faire carrière dessus, se promener de plateau TV en plateau TV, se déclarer islamophobe, publier des UNES islamophobes, des articles islamophobes, alimenter des fantasmes sur l’Islam et le grand remplacement sans finir sur une liste noire. Mieux encore : on pourra être soutenu, conserver son emploi, se découvrir de grands noms de la culture française comme premiers fans et ne jamais craindre le moindre ostracisme. Et malheureusement, les noms ne manquent pas pour appuyer cet argument…

Comme tous les réacs de son époque (Finkielkraut, Onfray, Zemmour, Polony, Bastié, etc…) mais aussi cette génération à laquelle il crache son venin condescendant et enrichi en mensonges, Meguini pleure. Il pleure, après avoir regretté un certain passé, loin de ce présent et de cette génération “qui n’en finit plus de pleurer tels des enfants capricieux, qui exigent tout et qui ne donneront jamais rien”. Et oui, lutter contre la précarité, le racisme, les violences policières, l’apartheid pour reprendre les termes de Valls, pour Meguini, cela relève du caprice. Lui qui s’est assimilé  “jusque dans sa chair” et se trouve à présent de l’autre côté, avec “les gens d’en face” comme je les appelle, il aimerait lui aussi, à son tour, jouir du privilège de classe qui nie la douleur des petites gens, leur exclusion et balaie d’un revers de la main tatouée, l’expression de leur dignité qu’il disqualifie lorsqu’il tombe dans un rare mépris essentialiste en écrivant : “Ils attendent le bec ouvert qu’on y jette un emploi précaire. Ils se comportent comme si l’Éducation Nationale les avait contraints à se déscolariser et qu’un dealer leur avait planté de force un joint dans la bouche.” Ouais, connards de manifestants, tous des incultes, des sans diplômes, des sans dents, des sans instructions qui osent attendre encore qu’on leur trouve du boulot (de merde, en plus!) alors qu’ils fument tous des joints! Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette phrase d’une autre phrase, prononcée par une certaine Marie Antoinette, autre figure du fameux siècle des lumières, qui, voyant le peuple affamé, aurait déclaré : “Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent de la brioche!”. C’est là tout ce qu’il y a de plus nauséabond dans la parole Meguini : ça essentialise tout un groupe qu’on doit diaboliser coûte que coûte car il est hors de question qu’ils aient raison. C’est comme du Finkielkraut sauf que là, c’est un arabe, un bon arabe athée et patriote comme il se définit, qui n’est jamais vu sur le terrain, dans les quartiers populaires mais il est arabe et ça, ça suffit largement pour prétendre au titre d’expert sur la question comme on se satisfaisait lors de la loi sur le voile de l’opinion d’une Iranienne comme Chahdortt Djavann. La famille des victimes de violences policières appréciera les mots de l’humaniste bobo, qui n’a que des leçons creuses et sans aucune finalité à donner et qui lèvent surtout le voile sur son mépris de ceux qui, quoiqu’il fasse ou écrive, restent ses semblables.

Ahmed Meguini, merci pour ce moment : c’est toujours un plaisir de voir jusqu’où vont les laquais du Blantriarcat pour montrer patte blanche. Et c’est un plaisir encore plus grand quand on les voit, un jour, abandonnés, presque blacklistés, une fois qu’ils ne servent plus les intérêts de ceux qui les ont promus. A part un tatouage #JeSuisCharlie, qu’adviendra-t-il de cette personne ?

Toujours dans le registre des opposants à la Marche de la Dignité, on trouve également Christine Le Doaré. Une fois de plus, côté « personnalité de choc » et « caution humaniste », on a affaire à du très très bas de gamme. C’est pire que Véronique Genest et à peu près aussi dangereux pour pour la paix que Meguini. Le Doaré, c’est avant tout l’antiracisme niais, le féminisme discount, mais aussi le recours à des associations de concepts accablant et les amalgames d’une simplicité d’esprit telle qu’on se demande le temps de réflexion qu’il lui faut pour cracher de telles ignominies sur son blog où elle déclare vouloir “abolir la haine”… alors que la haine habite ses articles. Pour elle, l’appel à la Marche de la dignité était tentant. Oui mais non. Premièrement, personne ne lui a demandé son avis et deuxièmement, elle n’était pas la bienvenue.

Dès le départ, Le Doaré réfute l’idée d’un racisme d’état. « NON, n’y a pas de racisme d’état en France, il y a indéniablement du racisme, un racisme culturel et social, aussi des bavures policières, mais l’état ne les cautionne pas, même s’il pourrait toujours s’investir de manière plus efficiente. ». Pour une femme blanche qui n’a jamais souffert dans sa chair du racisme, il n’est pas étonnant qu’elle disqualifie cette notion de racisme d’état parce qu’elle ne peut penser l’espace d’un instant que le racisme soit téléguidé par le haut car “nous ne sommes pas ni aux USA, ni ailleurs, mais bien en République française laïque”. Argument percutant, s’il en fallait un! En réalité, le racisme d’état que Christine Le Doaré refuse de voir, c’est le racisme qui a coule depuis l’état, traverse des institutions pour finir par atteindre les populations concernées et cela, en toute légalité, au nom de combats plus ou moins dignes (lutte contre le sexisme, lutte contre le communautarisme, au nom du sacro saint “vivre-ensemble”, de la laïcité, etc…). Sans être d’une incroyable naïveté, il me semble que les lois refusant aux étudiantes voilées de se rendre à l’école, aux mères voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire ou d’être assistantes maternelles, mais aussi les consignes concernant le contrôle d’identité dans la rue ou les aéroports, la création de frontex sans parler des tests ADN dans le cadre de regroupements familiaux, viennent de l’Etat, non? On est pas aux USA, certes, et ce n’est pas un argument en soi, mais l’impunité pour les crimes policiers, rebaptisés “bavures policières” – appréciez l’euphémisme -, ce n’est pas rare. Quand à l’idée que le racisme d’état ne pourrait pas exister car nous sommes “en République française laïque”… Qu’on cherche le rapport avec la laïcité et qu’on me l’explique.

En bonne donneuse de leçons qui s’étouffe à la vue d’une marche qui ne répond pas à ses critères d’antiraciste de canapé, elle s’indigne “que des groupes organisateurs et leur cortège dans la Marche, ne sont pas tant préoccupés par le racisme”. Pourtant, il semble que la majorité des cortèges dénonçaient des racismes malheureusement divers et variés. Il me semble même que la plupart des associations présentes et soutenant la marche ont toutes en commun la lutte contre le racisme. Peu importe, pour elle, ces associations ne seraient uniquement intéressées que par “ce qu’ils appellent  »islamophobie », aussi, la cause palestinienne et un rejet de l’occident et de ses valeurs”. Comme d’habitude, le Blantriarcat et la négation de l’islamophobie qu’on place entre guillemets, histoire de bien réfuter ce racisme. Fatiguant. Quant à la cause Palestinienne et le rejet de l’occident et de ses valeurs, de quoi parle-t-on ? A moins que pour Christine Le Doaré, rejeter le racisme, le sexisme et les violences perpétués au nom de l’Etat (impérialisme, colonialisme, contrôle des corps, etc…) soit un rejet des valeurs de l’occident ?! Merci pour le coming out! Et donc dans ce cas, autant être clair : oui, ces “valeurs” fondées sur un racisme pur, on en veut pas. Qui en voudrait d’ailleurs ?

Mais Le Doaré ne s’arrête pas dans les mensonges. Comme Véronique Genest, elle n’était pas présente sur les lieux mais a entendu parler d’ “’appels à la haine contre les FEMEN, contre CHARLIE, contre la laïcité, contre un prétendu lobby juif”. Une fois de plus, on accuse, on accable,  sans preuve ou justifications, sans témoignage et sans avoir été sur le terrain… et c’est écrit par une juriste, quand même. Qu’on nous apporte une seule preuve d’appel à la haine contre ce qui est cité plus haut, juste une seule!  Elle ne s’arrête pas en si bon chemin lorsqu’elle va jusqu’à se demander “comment marcher au milieu de drapeaux et mots d’ordre antisémites qui vont bien au-delà des appels au boycott d’Israël, soutien à peine voilé au terrorisme islamique du Hamas, à l’ »Intifada des couteaux » ?”. Cette question mérite une réponse claire et complète. Premièrement, aucune photo, aucun témoignage d’une personne présente ne peut corroborer l’idée d’un drapeau ou de mots d’ordres antisémites. A moins qu’un drapeau palestinien soit d’ordre antisémite et là, c’est vraiment du délire. Les seules personnes qui ont prétendu avoir entendu des insultes antisémites ont été démasquées car elles ont prétendu entendre des slogans antisémites lors de la Marche une semaine avant sa date. On est dans le pur fantasme, la pure diffamation. Deuxièmement, un appel au boycott est un appel au boycott. Certains y voient un moyen de pénaliser un état sur sa politique, d’autres y voient un moyen de pénaliser des entreprises, d’autres y voient une démarche 100 % compatible avec une lutte anti-coloniale, etc… Dire qu’il cache à peine un soutien à peine voilé au terrorisme, c’est aussi intelligent et défendable que de dire que l’appel au boycott des produits coca cola produits en Colombie (CSC) cache à un soutien à peine voilé aux FARC ou encore aux narco-trafiquants. Certes, le boycott tel que BDS l’envisage ne peut que bénéficier aux Palestiniens mais  le diaboliser tel que le fait Le Doaré, en revanche, en dit long sur son soutien au désastre humanitaire et politique en Palestine dont est responsable le gouvernement Israélien.

Il convient, avant d’expliquer le reste de la loghorée narcissique et mensongère de Christine Le Doaré, de se pencher sur son cas. Bien que se présentant avec toutes les qualités du monde (féministe, progressiste, anti raciste, etc…), il faut savoir qu’elle est très éloignée de ce qui est généralement porté par les termes “féministe”, “anti raciste” et “progressiste” et porte un regard absolument narcissique sur son vécu et son expérience. Humaniste ? A vous de juger à partir de ce florilège :

  • Elle a la prétention de décider du haut de son fauteuil qui est féministe ou pas selon ses propres critères. Au nom de quelle expérience ou reconnaissance dans le milieu féministe ? Aucune.
  • Elle adore taxer d’islamo-gauchiste toute personne qui se refuse à donner dans le “muslim bashing”, que ce soit en “temps normal” ou aux lendemain des attentats de Janvier tout donnant dans le color blind de base (“Je hais le racisme ! C’est quoi « blanc-che « ? C’est quoi « noir-e » ? A à partir de quelle concentration pigmentaire ?”),
  • Dans le registre Muslim Bashing mêlé à la sauce sexiste, elle est l’une des rares personnes en France qui a osé reprendre une certaine Nadine Morano qui s’indignait sur Facebook de la présence d’une femme voilée à la plage. Au lieu de condamner un tel geste qui transpire l’intolérance, Christine Le Doaré a saisi cette occasion pour soutenir implicitement celle dont la haine des réfugiés et l’amour de la race blanche n’est plus à prouver. J’avoue avoir trouvé délicieux de lire, sous la plume de Mme Le Doaré, que “la laïcité ne consiste pas à entraver la liberté de culte” pour lire quelques lignes plus tard “ersonnellement, je tolère les religions tant qu’elles restent dans la sphère privée”. Pas surprenant d’apprendre que cette femme soutienne sans ambigüité une initiative aussi débile que contreproductive que la journée sans voile.
  • Elle est à l’origine de l’affiche de la marche des fiertés de 2011 qui transpirait l’homonationalisme. Sa réponse ? Toujours aussi agressive : ceux qui ne sont pas d’accord avec elle sont des “ayatollah de l’intérieur” (la référence à l’Islam est récurrente chez elle, comme chez la plupart des Islamophobes qui doivent probablement croire à la responsabilité des musulmans dans le réchauffement climatique ou l’augmentation du prix des cigarettes) et elle ne voit nulle part le racisme, trouve cela exagéré…
  • Gaza ? Bof. Elle préfère fustiger des féministes engagées pour la paix et contre la colonisation sans jamais donner leur nom. S’agissait-il de Gloria Steinem, Even Ensler, Judith Butler, Sherry Wolf, Angela Davis, Naomi Wolf, Robin Morgan, Alice Walker, Amy Goodman ? On ne saura jamais. Le tout, bien entendu, dans un ramassis de raccourcis inutiles, en parlant de thèmes hors sujets pour faire diversion comme “l’esclavage musulman qui a saigné l’Afrique noire (et qui) n’est que rarement mentionné et pourtant, une recherche sur Internet permet en quelques clics, d’en mesurer l’ampleur” (“LOL” pour la recherche sur internet) tout en contribuant à cette idée on ne peut plus paternaliste d’une ville de Gaza manipulée par son élite politique et tout le blabla…
  • Son féminisme ? Un féminisme narcissique qui ne reconnait pas les autres féminismes, ce qui est un comble quand on prétend vouloir défendre les minorités. Bien entendu, pour vendre son féminisme, il faut caricaturer les autres féminismes, à commencer par mentir sans se retenir sur les manifestations du 8 Mars 2014 comme elle l’a fait pour la Marche de La dignité où elle n’y est pas allée de main morte. Heureusement que ses mensonges ont été tous démontés avec brio par Joao Gabriel.
  • Lorsque Fréderique Calendra décide de blacklister des féministes “pas assez Charlie”, Christine le Doaré se solidarise. Zut alors! Et moi qui pensais que réduire au silence, exclure, marginaliser, c’était l’arme de la domination masculine… Ah moins que certaines ne voient aucun mal à se battre contre une domination pour après, en dominer d’autres et reproduire le même schéma ?

Vous comprendrez que quiconque connait la “pensée Le Doaré” trouve absolument malvenu mais néanmoins hilarant qu’elle trouve quand même des choses à redire, entre ses mensonges et ses négations de la réalité. Elle se demande “Comment accepter que Voltuan, soit bousculé parce que sur sa pancarte était écrit « All lives matters » et cautionner ainsi ce violent rejet de l’universalisme ?” et il faudrait juste l’instruire sur l’arnaque de “All Lives Matter” comme si nous rejetions l’idée que toutes les vies avaient de l’importance. Avant toute chose, cette arnaque est en réponse au mouvement “Black Lives Matter” qui, excusez notre colère, a connu peu d’échos de la part des antiracistes niais qui, dans le meilleur des cas, se sont contentés d’en parler en déplorant avec retenue la condition des noirs aux USA (sans jamais questionner celle bien de chez nous, qu’ils soient en métropole ou ailleurs). “Black Lives Matter” est plus qu’un slogan, c’est un mouvement de dignité. Et voir un homme blanc sorti de nulle part avec sa pancarte “All Lives Matter” récupérer un mouvement pour s’y assurer lui aussi une place de victime, c’est inapproprié et offensant. Cela coupe court à toute discussion et dérive la problématique du racisme contre les noirs vers une problématique hors sujet sensée rassembler toutes les vies sous la bannière d’un universalisme de pacotille. Ce serait exactement comme voir un cortège féministe sous la pancarte “Non aux violences faites aux femmes” contré par un cortège dont la pancarte serait “Non à toutes les violences”. C’est inutile, méprisant et intellectuellement trompeur. C’est un dérivé du racisme anti-blanc qui n’existe que dans la tête de ceux et celles qui se cherchent un statut de victime. Précisions quand même que le mouvement “Black Lives Matter” s’est constitué à la suite de crimes policiers systémiques aux USA, commis par des blancs sur des noirs. Il est donc insupportable de voir des non concerné-e-s, généralement non solidaires, récupérer une lutte et une problématique pour se l’approprier. Il est donc normal qu’une pancarte “All Lives Matter” soit écartée de la Marche de la dignité car sa seule présence signifie à la fois un refus de prise en compte de la spécificité de l’oppression subie par les noir-e-s mais aussi un refus de la part du blantriarcat de voir ses nombreux privilèges que jamais les noir-e-s ne pourront connaitre. Quant à l’universalisme… Parlons-en! Quoi de plus violent que l’universalisme ? Parce que, en réalité, s’il y a bien quelque chose de profondément violent, c’est cette tendance à imposer le reflet de ses “réussites” et de les présenter comme étant universelles et donc comme ayant vocation à se répendre partout sur terre. L’universalisme, surtout dans la bouche de celles et ceux qui usent et abusent de ce concept, c’est ni plus ni moins qu’un outil de domination au service de personnes qui ne peuvent s’empêcher de se voir comme étant la référence unique qui doit être reproduite à la perfection et qui ne peuvent s’empêcher de décider de l’agendas des “autres”. Mais ça, Christine le Doaré qui se refuse à voir la couleur (contrairement à certains agents immobiliers, policiers, recruteurs et, ô surprise, personnalités politiques qui voient très bien les différences de pigmentation…), ne le comprend pas et ne le comprendra probablement jamais.

Elle se demande “dans quelle mesure les groupes féministes et LGBT qui cautionnent cette idéologique politique sont-ils conscients de conforter le sexisme et l’homophobie d’un communautarisme sectaire ?” . Du grand art. Donc la présence de groupes féministes et LGBT appuie des idées sexistes et homophobes de groupes communautaristes séctaires ? L’accusation est lourde car elle vise la présence des groupes féministes et LGBT avec lesquels elle ne s’interdit aucun paternalisme mais laisse penser qu’il figurait des groupes communautaristes et sectaires qui sont d’emblée sexistes et homophobes. Je ne me rappelle pas avoir vu le Temple du Soleil ou avoir constaté la présence de David Miscavige sur place! Plus sérieusement, je trouve absolument délirant de taxer de sexisme et d’homophobie des associations sans jamais les nommer, ni prouver ce qui est sexiste et homophobe… surtout venant de la part d’une femme qui, sur twitter et ailleurs, fait régulièrement preuve d’un racisme décomplexé quand elle ne marche pas avec des personnes irréprochables. Ci-dessous, une brève compilation des moments de gloire de Christine le Doaré:

Christine and the Queens ? Non. Par contre Christine & le péril islamique à la sauce grand remplacement, oui!

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe1

Christine et la religion comparée : oh non, non, c’est une moquerie, n’y voyez aucun mépris, voyons.

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe3

Christine joue les trolls religiophobes. Mais puisqu’elle dit vouloir le bien de l’humanité… Imaginez juste une caricature inversée avec des croyants envoyant tous les athées sur une autre planète… Vous comprenez ?

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe2

Et Christine Le Doaré qui ne voit pas les couleurs, est contre le racisme (il parait…) mais retweete sans complexe des gens aux thèses assez… claires et racistes.

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe5 Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe4

Elle qui s’insurge contre la Marche, parce qu’elle pense bêtement et simplement le problème du racisme comme problème social sans y voir la trace de l’Etat, sans même s’aperçevoir de son racisme et de la haine qu’elle vomit en permanence sur internet à un rythme encore plus soutenu depuis qu’elle n’est plus présidence du centre LGBT ferait mieux de contrôler ses pulsions haineuses. Elle qui s’identifie comme féministe, produit un des clichés les plus connus de l’anti-féminisme mais cette fois sur la question de la lutte contre le racisme en parlant “d’esprit de vengeance” exactement comme lorsqu’on méprise le combat pour l’égalité des femmes qu’on caricature en guerre des sexes à l’arrière goût revanchard. Pire encore, elle parle “de division et de haine, au point de compromettre à tout jamais, toute possibilité de vivre ensemble”. Encore une fois, un fantasme utilisé pour faire culpabiliser sur le dos du plat concept qu’est le vivre ensemble. Doit-on lui rappeler son statut posté sur Facebook mais aussi son article dans lequel elle semble pleurer sa France d’autrefois, qui a tant changé, où “dans certaines rues de Paris, il n’y a plus d’autres commerces, écoles, crèches, cantines, que kasher et/ou israélites. Comme en écho au radicalisme musulman, un radicalisme judaïque se développe” (!) et où elle explique que “aujourd’hui, le ramadan est quasiment obligatoire, dans beaucoup de cantines, on mange hallal, dans beaucoup de piscines il y a des créneaux mixtes et non mixtes, etc.” ? Et ce n’est pourtant pas du Zemmour! Quant au vivre ensemble, évitons de convoquer cette notion vide de sens comme si elle n’était liée qu’à la volonté ou au manque de volonté de ceux et celles qu’elles incrimine. Vivre ensemble, c’est uniquement valable quand on a les moyens financiers de circuler et d’aller habiter là où on peut vivre dignement, là où les écoles ne pratiquent pas des politiques de séparatisme social absolument scandaleuses, où on peut avoir accès à un mode de vie décent. Il ne suffit donc pas de la vouloir pour le pouvoir et convoquer cet argument témoigne, une fois de plus, d’une ignorance des réalités de terrain affligeante. Ne venez pas parler de vivre ensemble à des populations qui connaissent des humiliations quasi quotidiennes que vous ne connaitrez jamais alors que vous êtes la première à pleurer leur présence et leur “manque de discrétion”. Et surtout, du fond du coeur, qui a envie de vivre avec quelqu’un comme Christine Le Doaré ?

Bien entendu, comme toutes les personnes qui se sont retenues de participer à cette marche alors qu’elles n’ont, heureusement, jamais été conviées ni mêmes sollicitées, ce qui serait un comble, Christine Le Doaré ne peut terminer son article sans mentionner des noms à faire froid dans le dos : Houria Bouteldja, Médine, Tariq Ramadan, etc… Il ne manquait plus que Ben Laden! Mais elle mentionne également Angela Davis, qui est à l’origine de l’appel pour la Marche, la qualifiant, au passage de Pro Voile et Pro Prostitution (sans preuves, comme d’habitude…) et réduisant son existence à “la cause noire aux USA”… Plus de 40 ans de militantisme, des livres traduits dans des quinzaines de langues, des conférences aux 4 coins du monde, des réflexions sur les oppressions de classe, de genre, de race, sur le capitalisme, le système carcéral, les prisonniers politiques et le black feminism mais Angela Davis, dans l’esprit bien étroit de Christine Le Doaré, n’est qu’une militante pro voile et pro prostitution et de la “cause noire” (tiens, là, on voit les couleurs!). Rappelons juste que ne pas avoir une haine épidermique du voile et ne pas être une abolitionniste de la prostitution n’est en rien signe de rattachement à une position pro voile et pro prostitution. Quant à dire que Angela Davis “a pourtant cautionné Elridge Cleaver et les autres militants noirs qui revendiquaient tout de même : «La libération de l’homme noir passe par le viol des femmes blanches »”, c’est un mensonge que seules celles gagnées par la haine peuvent oser. Quand on veut convaincre, on ne s’interdit rien. Au diable les fondements, l’éthique, les sources et les réflexions! Qu’on nous apporte une preuve de qu’avance Le Doaré, à la fois sur Cleaver mais aussi sur les “autres militants noirs” qu’elle semble être la seule a connaitre ainsi que le soutien apporté par Angela Davis. Là tout de suite, j’ai la citation de Michel Audiard qui me vient en tête  : “Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît!”.  Petite remarque : Le Doaré appartient à la caste des athées religiophobes parce que d’après elle, “rien n’a jamais été avéré, toute croyance relève de l’imaginaire”… Or, elle voudrait qu’on croit sur parole ses insinuations sans apporter la moindre preuve de ce qui est avancé tout au long de son article. Suis-je le seul à voir ici le paradoxe de son raisonnement ? Pour autant, si faire partie des black panthers signifie soutenir tout ce que leurs membres disent, pensent et ont envie de faire… alors Le Doaré a soutenu la Maire du XXème arrondissement qui elle même est socialiste comme un certain… DSK! Vous comprenez le raisonnement ? Pour info, si quelqu’un a un semblant de sources permettant d’appuyer les propos diffamatoires de Le Doaré au sujet de Angela Davis, on prend.

Comme cela a été répété à de nombreuses reprises, il est normal que cette marche ne trouve pas d’écho favorable au sein du blantriarcat, encore trop attaché à ses privilèges. Et tant mieux! Qui voudrait d’un soutien de personnes pour qui l’antiracisme consiste uniquement à décrier les insultes racistes les plus courantes et les plus caricaturales, à ne voir du racisme qu’à l’extrême droite tout en ignorant qu’il traverse la société et l’ensemble de l’échiquier politique ? Qui voudrait d’un antiracisme qui valide et soutienne des lois injustes, qui fasse la promotion d’un universalisme beauf où la seule finalité et le plaisir narcissique de voir et reconnaitre son reflet partout? Qui voudrait de soutiens émanant de personnes qui n’ont aucun scrupule à amalgamer ceux dont ils disqualifient les luttes sans jamais rien proposer à la place ou sans jamais aller à leur rencontre ni même sur le terrain? Qui voudrait de la présence à une marche de personnes incapables de construire un argumentaire rationnel qui ne soit pas basé sur des préjugés et des clichés? Qui voudrait d’un antiracisme niais, qui ne prenne jamais en considération à qui bénéficie le racisme, qui ne veuille jamais reconnaitre la responsabilité du haut sur le sort des gens d’en bas, qui ne comprenne pas que le racisme n’est qu’un rappel d’un colonialisme encore présent et qui se refuse, au nom de valeurs non identifiées à regarder les couleurs droit dans les yeux? Qui voudrait de soutiens qui viennent de personnes qui n’ont que le chantage au patriotisme, la référence à la Révolution Française et aux Lumières comme si ça allait de soi, comme argument ? Qui voudrait le soutien de personnes au complexe de supériorité énorme, qui n’ont rien en commun avec les principaux concernés, qui attendent d’eux qu’ils acceptent toutes les critiques possibles et imaginables mais qui refusent catégoriquement qu’on pointe du doigts leurs failles, leurs défauts, leurs faiblesses et leur tendance à travestir la vérité au maximum ? Qui voudrait d’un antiracisme qui n’est jamais sur le terrain mais qui sait tout ce qui s’y passe et s’autorise donc le droit de parler “au nom de” sans respecter la dignité ou l’agenda des premier-e-s concerné-e-s ? Qui voudrait le soutien de personnes qui refusent de voir qu’ils parlent depuis un poste de privilégiés, qui s’exprime avec dédain et qui pensent que leur parole et LA parole surtout quand le sujet ne les affecte pas directement mais qui pensent avoir quand même une opinion pertinente ? Qui voudrait du soutien de personnes qui se taisent sur l’impérialisme, se font rares lorsque des questions identitaires blanches sont sur la table et utilisées à des fins éléctorales et n’ont jamais questionné les rapports de domination nord-sud ? Qui voudrait du soutien de personnalités qui n’ont jamais été reconnues dans les milieux qu’ils et elles prétendent reconnaitre, non pas pour des petites controverses mais pour des opinions politiques qui sont à l’opposé d’un front anti raciste, décolonial et anti sexiste ? Qui veut du soutien de personnes qui ne trouvent rien à redire lorsque l’état envoie un gamin de 8 ans au commissariat pour apologie du terrorisme et qui en même temps ne sourcillent même pas lorsque Devilliers glorifie la colonisation qui est un crime contre l’humanité ? Qui ? Personne. Que ce soit avant, pendant ou après, personne ne veut de votre soutien. Gardez-le pour vous, entre vous. Et puis vos considérations sur la dignité, quand on sait de quoi sont nourris vos réflexions et qu’on lit la haine qui ronge vos claviers… Non Merci! La seule ombre au tableau, c’est de savoir que ces luttes historiques vont bénéficier à beaucoup de monde, y compris celles et ceux qui, du haut de leur aigreur, sont les premier-e-s à les vomir. Fanon disait que la grande confrontation ne pourra être indéfiniment reportée… Il avait raison, Fanon.

Urgence : La Marche de la Dignité

Marche de la dignitéQu’il est loin le temps où les luttes étaient téléguidées par un état qui se voulait bienveillant et où la récupération ne se faisait pas attendre. Qu’il est loin le temps où les racisé-e-s, probablement parce que méprisés dans leur identité multiple (jeunes, banlieusard-e-s, pauvres, “issu-e-s de l’immigration”, etc…) ne pouvaient se révolter qu’à condition de ne pas froisser l’état, de ne pas chambouler l’ordre établi et d’avoir principalement dans leurs rangs des cautions blanches et au profil d’intellectuel. Aujourd’hui, on a marché pour affirmer plus que jamais notre dignité.

Au départ, la marche a été diabolisée avant d’avoir lieu. Entre Yael Mellul, avocate connue pour son soutien inconditionnel à Israël et à sa politique catastrophique, qui a inventé une marche de la dignité avant même qu’elle ait lieu (!) en la faisant passer pour, grande surprise, un évènement antisémite et Caroline Fourest qui relaie un énième mensonge, via la Revue Prochoix, amalgamant Tariq Ramadan, le Hamas, la Manif pour tous, avec l’organisation de la marche, on aura tout fait pour jeter le discrédit sur la Marche. En plus, ce ne sont pas des racistes du FN, mais des “gens bien” qui sonnent l’alerte, vous avez vu! Bref, cet évènement, dont l’appel a été lancé par la Mafed (Marche des Femmes Pour La Dignité) n’a pas bénéficié de la promo dithyrambique et de la large couverture médiatique dont bénéficient les manifestations qui émanent de responsables politiques. Comme d’habitude, les mensonges pleuvent car, pour les dominants, quand on se sent au bout de ses arguments, il ne reste plus qu’une seule arme pour convaincre : diaboliser l’opposant quitte à tomber dans la bassesse, la lâcheté et la calomnie. Mais tant qu’on fait ça “pour la République”

Ici, pas de protestations débiles avec inscriptions au feutres sur corps sveltes et slaves avec slogans sans saveurs, ni réflexion. Cette marche s’inscrit dans la lignée des luttes historiques; ce sont des luttes qui n’ont jamais cessé d’exister car en 30 ans de débats interminables, rarement entre concerné-e-s, mais qui, malheureusement, ne pouvait que continuer à être pertinentes tant la situation des quartiers populaires s’est aggravée. Entre temps, il y a eu des révoltes urbaines, l’aggravation des crimes policiers, une banalisation d’un racisme décomplexé et exacerbé par le mythe d’un racisme anti-blanc, l’augmentation et la féminisation de l’islamophobie, sans oublier la pauvreté dont les quartiers populaires et leurs habitants sont les premières victimes. 2005 a été l’année du coup de projecteur pour les banlieues mais surtout le déclencheur d’une nouvelle génération d’activistes et de militants qui ont marché pour leur dignité, dans une société française ou leur parole est régulièrement confisquée, lorsqu’elle n’est pas déformée ou caricaturée. La Marche de la dignité, c’est l’expression la plus légitime qui puisse exister car elle émane cette fois directement des premier-e-s concerné-e-s qui sont et restent les premier-e-s sur le terrain. Elle échappe non seulement à la tutelle bienveillante et paternaliste du parti socialiste mais est également un message fort envoyé au gouvernement.

Mais les trolls racistes n’ont rien vu de tout ça. Ils ont vu de la racaille (probablement car la marche émanaient de gens “basané-e-s”). D’autres y ont vu de l’anti-France. J’y ai vu de la force. J’y ai vu à la fois la dénonciation du racisme d’état, du capitalisme, du sexisme, des violences policières, de l’impérialisme, la transphobie, l’islamophobie, la négrophobie. Mais ça, les “imbéciles d’en face” comme on les appelle, ils n’y comprennent rien. Aurore Bergé, qui récemment s’affichait en maillot de bain sur twitter lors de la foireuse affaire du Bikini, déclarait: “La est celle de l’indignité. Celle qui appelle au boycott d’Israël et crache sur la République.” Sauf que le chantage au patriotisme bidon (patriotisme flatté par des gens qui se tapent royalement de la France et dont la cause première est de chanteur leur amour pour Israël), pour des gens qui ne se reconnaissent pas dans la République, qui attendent encore l’égalité, la liberté et la fraternité, ça ne marche pas. De même que de se refuser de voir le rapport flagrant entre les oppressions systémiques des habitants des quartiers populaires et de leurs semblables avec l’oppression subie par le peuple palestinien depuis des décennies relève d’une mauvaise foi exemplaire. En réalité, on se solidarise dans la Palestine car c’est devenu un miroir de la situation bien française : une population de quasi enfermement, un apartheid, des lois d’exception (la laïcité a été dévoyée pour contrer les musulmans, n’en déplaise aux trolls religiophobes qui pensent se dédouaner de leur racisme quand ils affirment haïr “toutes les religions”), un taux de chômage monstrueux, une mixité sociale nulle, des moyens réduits et surtout la confiscation de son propre destin qu’on refuse encore aux premier-e-s concerné-e-s d’accomplir.

François Hollande promettait de lutter contre le délit de faciès. On attend toujours. Depuis, son ministre des transports, Alain Vidalies, a déclaré préférer la discrimination au risque d’attentats. En même temps, quand on est un homme blanc “mainstream”, la discrimination, on ne connait pas. On vous souhaite de vivre au quotidien le mépris, l’humiliation et la haine des contrôles systématiques, fondés uniquement sur votre couleur de peau, des jeunes abattus par la Police et nous en reparleront. On reparlera également du récépissé, abandonné par Valls car ce serait une mesure “trop lourde”…. On préfèrera bombarder la Syrie ou valser avec les Saoudiens, c’est certainement moins lourd sur la conscience que de lutter contre les abus dans la police. Les associations qui se solidarisent des victimes de violences policières vous le diront : le but, ce n’est pas d’incriminer l’ensemble du corps policier mais de garantir la liberté à tous de circuler sans contrôle au faciès mais surtout de garantir une vraie paix sociale.

Cette marche a quand même fait des déçu-e-s : pour ceux qui s’attendaient à des hymnes au fondamentalisme, à des “Allahu Akbar” scandés en même temps que des slogans antisémites avec des prières de rue dans le fond, il faudra vous trouver d’autres fantasmes. Par conséquent, on mettra la focale sur la présence du Parti Des Indigènes de La République. Pour l’establishment, il n’est pas concevable de marcher à leurs côtés, tant le PIR est désigné comme sémant la confusion et catégorisant la société; en effet, pour Pierre Kanuty, il est impossible de parler de racisme d’état “quand la ministre de la justice est noire”. Super convaincant… Et pourtant, ce ne sont pas les membres du NPA, d’Europe Ecologie, de l’Union Juive Française pour la Paix, des Juifs et Juives Révolutionnaires ou d’autres organisations anti-racistes qui se sont retenus de marcher pour réaffirmer leur dignité aux côtés du PIR. Une fois de plus, le chantage ne fonctionne pas. Surtout qu’en face, quand il est question, dans le camp dit “progressiste”, de lutter en faveur de la prostitution, cela ne gêne personne de faire ami-ami avec Guy Geoffroy dont les positions anti “mariage pour tous” ne semblent pas tout à fait rimer avec celles des abolitionnistes. Qu’on taxe le PIR d’antisémitisme est un sujet qui mérite, au moins, qu’on mette à plat tout ça une bonne fois pour toutes mais qu’on en fasse la raison principale du dénigrement de cette marche prouve, une fois de plus, combien l’establishment déteste qu’une lutte lui échappe des mains. Qu’est-ce qu’on déteste voir des dominés s’organiser, s’émanciper, se libérer, entreprendre ses luttes pour sa propre destinée! En réalité, qu’on le veuille ou non, la Marche est la synthèse de réflexions issues de décennies de luttes. On se lève pas un beau matin avec un sentiment de révolte; cette Marche est un événement majeur qui rappelle des affaires d’injustices flagrantes (Zyed et Bouna, Amine Bentounsi, Ali Ziri, Lamine Dieng, Mahmadou Marenga, Abou Bakari Tandia, Samir Abbache, Taoufik El-Amri, Albertine Sow, Louis Mendy, Chulan Liu, Lamba Soukouna, Remy Fraisse, etc…). On a hérité des fondements des luttes historiques qui permettent de repenser la dignité dans une société ou le racisme est d’Etat. Pour la personne non concernée, comprenez que le racisme d’état vous consume de l’intérieur, vous fait haïr et mépriser votre propre être (ce qui a pour conséquence d’engendre des individu-e-s comme Lydia Guirous et autres personnes qui détestent ce qu’elles sont) et aujourd’hui, la dignité de cette marche, c’est de clamer haut une résistance.

FemmesLes femmes ont porté la Marche. Elles étaient, dans leur immense diversité, présentes sur tous les fronts. On a rendu hommage à ces combattantes qui compilent des tas d’oppressions et qu’on a utilisées contre les hommes des banlieues qui, comme on le sait tous grâce à des associations comme NPNS (merci le PS!), seraient plus machistes et violents que les hommes blancs qui ne vivent pas dans les quartiers populaires. J’ai vu des femmes au discours sans appel mais néanmoins drôle (“Ta main dans mon afro, mon poing dans ta gueule!”), des femmes qui luttaient à la fois contre le capitalisme et le sexisme, des femmes qui rendaient hommages à leurs soeurs des pays du sud sans l’universalisme blanc narcissique. J’ai entendu les paroles de Stella Magliani Belkacem qui a rappelé que le changement ne pouvait venir que de luttes, admiré les femmes en luttes du 93, écouté Amal Bentounssi. J’ai entendu des discours trop souvent décriés comme étant “anti france” là où la France se prive de ce qui pourrait la sauver : la dignité des plus dominés. Ces femmes et ces hommes, qu’ils soient issus des organisations féministes, de la brigade anti-négrophobie, des Indivisibles ou d’associations anti impéralistes, nous ont montré par leur seule présence et parfois dans leurs mots durs que la dignité est notre plus grande arme. Quoi de plus normal que la Marraine de cette marche soit Angela Davis, icône incontestable des luttes féministes et anti racistes!

En conclusion, aux sceptiques des luttes non encadrées par le blantriarcat, aux frileux de la révolte populaire, aux mythomanes pyromanes, aux analphabètes de la dignité, sachez que vous avez perdu. Pas une guerre ou une bataille mais vous avez perdu la main sur nous. Nous ne serons plus jamais instrumentalisés par un quelconque pouvoir, qu’il soit de gauche ou de droite. Nous nous refusons à nous haïr entre nous pour que vous vous sentiez bien au dessus de nous. Nous nous refusons à vous laisser définir NOS luttes, NOS oppressions et NOTRE dignité. Vous qui nous avez tant sermonné sur tant de sujets sans jamais vous exprimer sur ce qui nous a profondément meurtri (la précarité, la marginalisation, la discrimination, les farces artistiquement racistes comme Exhibit B, etc…) tout en perdant du temps à disqualifier des concepts comme l’islamophobie, la “race” ou la gentifrication par manque de reconnaissance de votre propre racisme mais aussi par ignorance, vous n’avez plus de pouvoir sur nos propres luttes. Nous avons notre agenda et il sera contre l’oppression. Nous sommes tous et toutes solidaires de toute notre âme envers les victimes de la violence, qu’elle soit nationale ou internationale et qu’elles se trouvent en occident ou ailleurs. Le charlisme d’état, l’antiracisme niais et raciste, le refus de certaines réalités sémantiques ou sociétales, la hiérarchisation des oppressions, la concurrence des luttes, la surveillance de masse, l’instrumentalisation des blessures, la violence d’état et notre invisibilisation… On en veut pas. Et on luttera. Et on n’attend pas que la licra, Sos Racisme ou Gilles Clavreul et autres “antiracistes de canapés” se manifestent pour affirmer NOTRE dignité à nous.

PS : Bien essayé le chantage. Mais… venant de la part de personnes qui, pour le coup, font VRAIMENT monter le #FN dans ce pays, gardez vos conseils pour vous. Le #FN, c’est juste la pointe de l’iceberg, la caricature. Mais avant la caricatures, il y a beaucoup de monde et qui ne s’en rend même pas compte… tant les esprits ne sont pas décolonisés.