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Ils viennent de découvrir ce que c’est que d’être noir-e, chez libé !

Avec la diffusion de “Trop Noire pour être française?” sur Arte, la rédac’ blanche de chez Libé vient de faire la découverte du siècle. Non, chez libé, quand on ne dénigre pas le vote de la Grèce qu’on rapproche sans honte du FN juste pour mieux vomir la décision d’un peuple, on découvre les noir-e-s ! Vous pensiez que l’abolition de l’esclavage, que les (peu nombreux) débats sur la colonisation et la traite négrière, les élections d’Obama, l’attentat de Charleston et les émeutes de Ferguson & Baltimore avaient éduqué Libé sur la question noire? Vous êtes d’une naïveté, pauvres amis! Bien entendu, chez Libé, pour parler de noirs, on est blanc. On est des “non basanés”, des “non recalés du corps traditionnel français”, des “sans commentaire”, des exclus du marché juteux du racisme, des chanceux (ou chanceuses) qui ne connaissent pas le bonheur de vivre une vie dans laquelle on vous demande assez souvent d’où vous venez puis d’où vous venez “à la base, quoi” vu que “je suis français-e” ne suffit jamais comme réponse. Mais bon, après, on parlera d’intégration, oubliant que c’est à ceux qui ne voient la francité qu’à travers la blanchité de faire le travail…

Ainsi, Libé découvre les noir-e-s et s’intéresse, à l’occasion d’un documentaire, à cette problématique. Un appel aux témoignages a été lancé… et j’en ai ri. Comme si les témoignages étaient rares au point de nécessiter une telle mobilisation. Comme si “nous” n’en parlions pas assez. Comme si Rokhaya Diallo, Amandine Gay ou même le collectif Mwasi n’existaient pas mais bon, souvenons-nous que Libé est un journal pro-establishment qui doit forcément considérer les sources citées précédemment comme étant de mauvaise qualité… parce qu’elle ne sont pas blanches et donc n’ont pas de caution intellectuelle ? Je n’ose le croire… Mais Libé est un journal où travaillent de grandes intellectuelles comme Elsa Maudet qui, grosse surprise, vient de découvrir qu’un hastag comme #TuSaisQueTesNoirEnFranceQuand est l’occasion pour le racisme le plus décomplexé de s’exprimer sans la moindre retenue. Passé ce constat, l’article de Maudet laisse place aux témoignages, 100 fois lus et entendus mais qui, pour des oreilles et des yeux blancs doivent ruisseler de subversion! Du jamais vu au pays des ignorants.

La

La niaiserie antiraciste…

S’ensuit une interview de la réalisatrice du documentaire «Trop noire pour être Française ?», Isabelle Boni-Claverie, toujours par Elsa Maudet et dont les questions trahissent sa candeur. En effet, non seulement, les questions posées dans l’entretien sont aussi basiques qu’un formulaire d’entrée sur le sol canadien mais surtout… on évite les questions qui sont trop subversives (pour libé ?).  Maudet apprend de la bouche de la réalisatrice que «si les stéréotypes perdurent, c’est qu’ils ont une utilité sociale» et demande laquelle (!). Je n’ose croire que c’est la méconnaissance d’un sujet aussi complexe ou tout simplement l’ignorance qui nécessite un complément d’informations. C’est ici vous dire le fossé qu’il y a entre ces gens comme Elsa Maudet, blancs, non racistes (sans être antiracistes non plus) avec leur vie bien propre qui n’ont pas à souffrir du moindre stéréotype qui soit handicapant pour eux ou elles et la vie des autres qui est souvent faite de galères et de stigmatisation. Cette simple question et toute la naïveté qui en découle prouve combien les non concerné-e-s par les oppressions racistes mais qui se veulent souvent être les plus mobilisé-e-s au nom d’un certain humanisme propre à leur “rang” sont à des lieux de s’imaginer la dure réalité de l’existence noire. Pour ces gens là, le racisme, c’est brutal, caricatural et ça a les traits d’un Lepéniste en puissance ou d’un skinhead et rien d’autre. On nie au passage que le racisme est un système d’une perversité inouïe et qu’il traverse la société puisqu’il est tout simplement structurel. On nie également que le racisme, de gauche à droite, tend à conforter les majorités dans leurs position dominantes sur le dos de minorités et que le discours ambiant a tellement bien prit que même nos plus grands anti-racistes blancs… finissent des fois par faire preuve de racisme à leur tour ! Le racisme, c’est pas juste le cortège du FN, ce sont également et surtout, le refus de décoloniser son esprit, le refus de prendre conscience de la pleine humanité d’une personne de couleur en la renvoyant systématiquement à ses origines comme on renvoie systématiquement les femmes à leur féminité (ou l’idée qu’on se fait de la féminité) pour leur éviter d’exister autrement. Mais ça, Elsa Maudet n’en parlera jamais.

Une interview qui traite du racisme anti-noir. Ok. Mais éviter les contextes historiques, les questions liées à l’héritage colonial et les luttes de ces cinquante dernières années, c’est ce qui s’appelle une faute de débutante… C’est comme parler des conflits qui perdurent actuellement en Irak et en Syrie sans jamais faire référence à leur contexte mais également à ce qui les a précédé. De ce fait, l’article d’Elsa Maudet, par sa simplicité et sa naïveté s’inscrit dans la lignée de cette culture cruche de l’antiracisme niais, tellement estampillé “Parti Socialiste”, tellement estampillé “S.O.S Racisme”, qui ne remet jamais en question ses privilèges, qui fait de l’émotionnel sur une discrimination raciale sans jamais montrer à qui elle profite ni même admettre que le racisme profite toujours aux dominants, qui ne voit aucun mal dans des panels avec 99% de blancs venus discuter de racisme et d’exclusion à la place des principaux concernés, qui nie d’autres paroles en leur ôtant toute légitimité, qui ne questionne jamais le racisme d’état, ni même les deux poids / deux mesures qui sont la faute de tout l’échiquier politique et qui n’admet jamais le racisme de son antiracisme. Bon courage à toutes celles et tous ceux qui n’éprouvent aucun complexe à donner dans la niaiserie journalistique, à caresser des problématiques dans le sens du poil sans oser aller là où on aimerait tant qu’ils aillent. Mais bon, il parait que c’est pas bon pour le vivre-ensemble, alors…

 

Vous trouvez ça tiré par les cheveux ? Pas moi….

Good hair means curls and waves
Bad hair means you look like a slave
At the turn of the century
Its time for us to redefine who we be
You can shave it off
Like a South African beauty
Or get in on lock
Like Bob Marley
You can rock it straight
Like Oprah Winfrey
If its not what’s on your head
Its what’s underneath and say HEY….

 

Vous êtes noir(e) ? Mauvaise nouvelle : vos cheveux appartiennent à l’establishment. Par conséquent, vous devez accepter sans rechigner toutes les blagues lourdes, racistes et déjà entendues des centaines de fois sur vos cheveux qui sont devenus la dernière composante de votre identité que certaines personnes, qu’on imagine généralement non noires et dominantes, utilisent encore pour vous rabaisser.

Petit rappel socio culturel des faits : nos frères mais surtout nos soeurs noir-e-s, parce que lassé-e-s que la parole leur soit systématiquement confisquée, ont décidé de faire péter le plafond de verre pour investir la scène, être visibles et mener leurs propres combats sans avoir à quémander la permission d’une quelconque autorité. Je ne vais pas m’étendre sur l’histoire colonialiste française, la domination d’un nord majoritairement blanc sur un sud majoritairement noir, le chantage presque systématique sur les pays du sud, la Méditerranée qui s’est transformée en cimetière pour des migrants sans soulever la moindre indignation, etc… Je ne vais pas m’étendre non plus sur les dernières polémiques soulevées par des torchons qui ridiculisent la coupe “afro”, cherchant à comparer le mépris de la coupe afro avec le fait de mépriser des chauves (ne cherchez pas le rapport, il n’y en a pas)… Non. Ce qui est interessant, c’est de décortiquer ce qui met mal à l’aise dans ce mouvement afro qui est avant tout visible à travers la chevelure.

Premièrement, il ne faut pas se mentir : en France, on a un référentiel blanc, qu’on veut et qu’on envisage comme immuable, inébranlable qu’il faut préserver car c’est LE modèle. On a beau nous dire que la “République” reconnait tous ses “enfants”, elle a quand même du mal à reconnaitre ceux qui ne sont pas blancs, au point de les qualifier de “venant de la diversité” au lieu de juste les reconnaitre et leur garantir l’égalité des chances dans tous les domaines. En parlant de “diversité”, on crée une seconde catégorie, pour “ceux qui ne rentrent pas dans le moule” parce qu’ils ne sont pas blancs. Ce terme de diversité est à la fois parfait pour compartimenter la société mais également pour dire aux personnes blanches qu’elles n’ont pas à s’inquiéter de voir toutes ces personnes qui ne leur ressemblent pas être aussi considérées comme françaises vu qu’elles seront toujours françaises “mais de la diversité…”. Si nous étions naïfs, on pourrait s’en féliciter, en considérant que la mention “diversité” est une valeur ajouté, une espèce de bonus sauf que dans la réalité des choses, “français issu de la diversité”, ça veut dire “français contrefait” en opposition à un français blanc, non issu de la diversité et donc produit “pur”. Bien entendu, cela n’est en rien mon opinion mais l’opinion qui découle du “faux débat” qui n’a pas encore lieu car le problème n’est pas encore sur la table. Il va sans doute falloir attendre que nos politiques se lassent de leur obsession pour le voile et la jupe longue avant de passer à la couleur de peau…

Aujourd’hui, il est presque largement admis que se moquer de la couleur d’une personne est raciste. Du bobo d’extrême gauche à la députée de droite, on sait très bien que dire du mal de la couleur, c’est mal. Sauf que, lorsque vous êtes noir, que vous soyez originaire des DOM-TOM ou d’Afrique, la République, elle, sans vous le dire, veut votre intégration et, si la couleur de peau ne peut être changée, vos cheveux, eux, appartiennent à la société qui a le droit de vous offenser car elle, dans sa grande prétention, ne comprend pas que les blagues vaseuses sur les cheveux des noir-e-s puissent faire énormément de mal. Ce n’est pas explicitement dit mais sachez que vous devez les lisser pour coller au mieux au “référentiel”, abandonner toute trace d’identité qui rappelle trop “ce qui n’est pas français”, ce qui implique d’abandonner le naturel, les nattes, les perles, ect… Vous trouvez que j’exagère ? Jetez un coup d’oeil aux figures médiatiques en France qui ont, le “malheur” d’être des femmes noires : ce sont majoritairement des visages aux cheveux parfaitement défrisés pour “rentrer dans le moule”. Maintenant, imaginez une jeune femme noire grandissant en France : elle va subir les diktats que toutes les femmes de sa génération subissent en même temps (minceur, chasse à la cellulite et aux vergetures, injonction à la grosse poitrine, etc…) MAIS avec une fixation sur sa chevelure que la société ridiculise, présente comme étant “sauvage”, etc… Ces jeunes femmes peuvent grandir avec la haine de leur naturel, qu’elles vont chercher à estomper au maximum pour rentrer dans le moule de la beauté qui lui, qu’on le veuille ou non, est lié au moule raciste qui promeut le type de cheveux lisse au détriment du cheveu des femmes noires qu’on compare à un dessous de bras sans même se rétracter quand les premières concernées font part de leur douleur. Sans être extrémiste, avec ce type de mentalité, on va bientôt en arriver à considérer les cheveux frisés, crépus ou bouclés comme étant déviant, rebelles et incompatibles avec la République, pendant qu’on y est !

Ce que cache ce mépris, c’est une grande rancoeur. Car, femmes noires, vous le savez, en acceptant votre naturel, on vous en veut. On vous en veut car vous résistez. On vous en veut car vous refusez la domination d’une norme sur l’autre. On vous en veut car vous ajoutez une nuance à l’arc en ciel de normes et cela, on en veut pas. Pourquoi ? Car la noire, dans le grand inconscient de l’homme blanc, doit être encore domptée comme un animal. Regardez comment Grazia (décidément encore un magasine tenu par des intellectuel-le-s) parle des Afroféministes : comme des personnes qui sortent “du bois” pour “envahir” twitter. Je crois qu’il n’est pas exagéré de voir ici la déshumanisation de femmes noires qui luttent car transformées en animaux et jugées “envahissantes”… C’est là la preuve que même lorsque vous mettez en lutte, l’establishment blanc trouve toujours le moyen, à coup d’expressions crapuleuses de vous rappelez à votre “catégorie”.

Difficile pour les esprits de l’establishment de ne pas voir de rébellion dans la coupe Afro. Comme pour le voile, vous êtes un rappel historique qui fait mal. La coupe Afro, ce sont les populations du Kenya qui l’ont porté en premier avec fierté en résistance à l’occupant Italien, ce sont les activistes aux USA, bref, ce sont tous les damnés de la terre qui ont refusé, se sont rebellés et ont résisté. La coupe Afro, pour “les gens d’en face”, c’est un naturel qui semble crier “j’ai une histoire” et pas celle qui plait. Et forcément, tout ça, pour un esprit qui ne s’est pas tout à fait affranchi d’une mentalité coloniale, c’est insupportable, c’est vécu comme une agression, alors que c’est la simple expression de sa propre identité qu’on se réapproprie. Mais tout ça, désolé de décevoir, mais c’est dans la tête des blancs que ça se passe. Une jeune femme qui porte ses cheveux au naturel, croyez-vous sincèrement qu’elle considère ça comme un geste automatiquement politique, avec une portée forcément symbolique ? Vous y voyez toujours une provocation ? Et une provocation par rapport à quoi et à qui ? Dans quel but ? Que faut-il faire pour porter sa coupe afro de façon respectable ? La teindre en bleu, blanc et rouge ? Alors total respect et totale solidarité aux afros qui sont nappy, qui se refusent à suivre des diktats décidés par d’autres et contre elles, qui ont leur propre histoire et veulent tracer leur propre destinée.

Je terminerai en disant que même si je ne suis qu’en “partie” noir, ce problème fait partie de “mes problèmes”. J’ai grandi avec des amies et des membres de ma famille qui ont intériorisé toutes ces injonctions à être “normales”, qui n’ont pas vécu une semaine dans leur vie sans qu’on leur demande de toucher leurs cheveux, qui n’ont jamais trouvé leur bonheur en parfumerie, qui ont connu l’enfer des produits chimiques qui ont failli les brûler et qui se sont prit des remarques sur la couleur de leur peau mais qui, sous prétexte d’humour, ne seraient pas des remarques racistes et blessantes. Si vous ne comprenez (toujours) pas, regardez et rencontrez. La liste de blogs est longue, il y a une véritable pile de ressources disponibles en libre accès sur internet, ce qui est une véritable mine d’infos pour quiconque à envie de comprendre cette problématique… en leur présence, de préférence, pas entre non concerné-e-s. Et à nos soeurs qui luttent… luttez, mesdames !

PS : J’en profite pour préciser à SOS RACISME et toutes les organisation satellites du PS et donc pro-establishment que personne n’a demandé leur aval ou leur soutien donc inutile de venir faire un coup chez les Afrofeministes, je pense qu’elles refuseront toujours d’adhérer à une association qui ne fait que suivre des ordres qui lui ont été donné par un dominant qui veut encore plus dominer les dominé-e-s et dont l’intérêt reste encore dans le flou.

PS 2: Je précise aussi que je ne porte aucun jugement pour celles qui ont décidé de ne pas porter de coupe afro ou de nattes. J’ai grandi en admirant des noir-e-s très différents, de Will Smith à Angela Basset, en passant par Morgan Freeman, Janet Jackson, Naomi Campbell, India Arie, Angela Davis, Jada Pinkett, Alice Walker, Tyra Banks, Janet Mock, etc… Je ne dis pas ça pour la “Black Touch”, pour avoir des “black credentials” ou montrer combien je suis cool avec mes idoles noires mais pour vous montrer que ces modèles sont, dans leur écrasante majorité, des noirs qui ne sont pas issus de la production artistique et/ou médiatique et/ ou intellectuelle française qui est, là encore, en retard.