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Lydia Guirous : Nouvelle PomPom Girl de l’Islamophobie décomplexée ?

Au rayon des nouvelles venues opportunistes à tendance caution « beur », je vous présente Lydia Guirous ! Quoi ? Vous ne connaissez pas la toute dernière coqueluche de l’UMP ? Vous devriez, pour commencer, la suivre sur Twitter, puis lire ses différentes interviews qui foisonnent actuellement. Hélas, avec un tel patronyme et un tel faciès, cette personne n’est utile à l’UMP que dans le rôle de l’arabe du moment, une espèce de relève à Rachida Dati pour parler des seuls thèmes qu’une personne de sa catégorie semble avoir le droit d’aborder, à savoir tout ce qui a à voir, de loin ou de près, avec l’Islam, de préférence sous le spectre de l’islamisation rampante, du communautariste islamiste, du halal généralisé et autres faits présentés à la France contemporaine comme étant les causes principales des maux de notre époque. Oui, je sais : ça pue l’arnaque et le plan B mais “ils” veulent qu’on y croit, alors, allons-y et croyons.

guirDonc après NPNS, voici Lydia Guirous. Difficile de ne pas voir de rapport entre un mouvement qui a contribué à racialiser la question du sexisme dit “de banlieue” et les premiers pas de cette figure du militantisme islamophobe beauf tant le concept est similaire : on va prendre une maghrébine un minimum instruite” (comprenez par là “une arabe qui ne fait pas trop caillera et qui a un brushing soigné”), qui adore la France à en crever et surtout qui est tellement consciente de sa chance qu’elle défend sa patrie comme une VRAIE française bien de chez nous ; à l’UMP, Lydia Guirous occupe le poste de secrétaire nationale en charge des valeurs de la République et de la laïcité parce que à Droite, on a comprit que la politique qui touche à ce qui n’est pas “issu du corps traditionnel français”, c’est pour les arabes et des noirs. On ne laisse pas aux arabes et noirs le soin de s’occuper de l’économie ou de la culture : les personnes racisées sont utilisées pour des “trucs de racisés”. Le concept n’a rien de nouveau pour le citoyen averti: les noms de Fadela Amara, Safia Lebdi, Loubna Méliane et autres figures d’origine maghrébines propulsées dans des groupes qui émanent du pouvoir doivent vous dire quelque chose…

Lydia Guirous est ce que la République aime considérer comme un pur produit de l’intégration réussie, garanti 0% islam, 100% « laïcité » de combat et d’exclusion. Admirez : elle est née en Kabylie, arrivée en France à 6 ans, a réussi ses études avant de se retrouver promue chez l’UMP comme nouvelle pompom girl de l’islamophobie d’état. L’exclusion des lycéennes portant le voile ou une robe longue ? Elle est pour, car c’est une provocation. Même son de cloche pour les mamans voilées accompagnant les enfants lors des sorties scolaires, les repas de substitution dans les cantines et l’invisibilité de l’islam dans sa “République”. Par contre, elle ne mettra pas sur le même plan le catholicisme, puisqu’elle considère qu’il a une histoire riche de 2000 ans en France, ce qui est faux, comme une certaine… Marine Le Pen. La laïcité qui ne traite pas toutes les religions à égalité ? Fallait l’inventer. Enfin, tout cela devrait être normal selon elle, au nom du “vivre ensemble”, le nouveau slogan de ceux et celles qui vivent surtout “entre eux”, non pas parce qu’ils sont réunies autour de valeurs fédératrices universelles mais entre privilégiés à des niveaux différents mais à l’intérieur d’une même caste. A écouter Lydia Guirous, tout va bien en France pour tout le monde  à condition de “travailler”. Donc échec = pas travaillé. En aucun cas, Lydia Guirous ne mentionne le fait qu’on ne puisse pas réussir même en ayant travaillé car elle se veut comme preuve vivante de la réussite; Elle y est arrivée ? Vous devez donc y arriver, c’est aussi simple que ça pour elle. Faute d’avoir des arguments, Lydia Guirous a systématiquement recours à des anecdotes personnelles pour expliquer comment s’en sortir… comme si chaque personne était identique, qu’il n’y avait que le travail qui pouvait permettre de s’élever socialement et niant qu’il existe dans notre société une longue liste d’obstacles qui varient d’une personne à l’autre. Rien de bien nouveau pour la Droite décomplexée et son discours moraliste, qui ignore la réalité des mécanismes d’exclusion, du rejet et de la marginalisation. Et avec une maghrébine comme porte parole de ce discours, la voix des principaux marginalisés est invalidée puisqu’on l’a devant vous, cette preuve que le travail paie toujours ! Et comme si cela ne suffisait pas, il faut que Mme Guirous publie un livre pour valider son parcours et s’acheter une crédibilité dans le paysage médiatico-politique. Bon, je dois avouer que n’ayant pas d’insomnies, je n’ai pas eu à lire son pavé dans son intégralité mais le peu qui en ressort est à l’image de son auteure : narcissique, manichéen et niais. Ca s’appelle « Allah est grand et La République aussi ». Un titre bidon  met en concurrence l’Islam et la République sur un mode du  « ok, vous pouvez croire mais à condition de respecter les lois de la tout aussi divine République, quand même !» pour un ouvrage à l’argumentation faible sensé sceller « l’engagement pour la France » de son auteure. Pour une femme qui se dit féministe et qui donc, par définition, sait combien une catégorie d’individus doit lutter contre les stéréotypes et les amalgames pour conquérir sa liberté et sa dignité, Lydia Guirous excelle dans la contradiction en produisant à son tour une série d’amalgames qui contribuent à renforcer l’ambiance “péril islamique français” de son livre. Par ailleurs, faute grave de l’auteure : aucune “solution” concrète et/ ou un minimum subversive n’est apportée pour résoudre les problèmes dont elle parle sans même évoquer leurs origines… Faut de temps, sans doute. Par contre, pour ceux qui sont à la recherche de déclarations d’amour à la France, de séances de self adoration, lisez son livre : l’auteure ne manque pas une occasion d’étaler son “jeune” parcours comme s’il avait quelque chose d’extraordinaire, tout en criant son amour de cette République toujours généreuse et fondamentalement égalitaire qui aurait abdiqué face aux musulmans qui sont tous apprentis intégristes ou déjà intégristes… Lydia Guirous ne manque pas une occasion de se présenter en victime qui s’est sacrifiée, en usant et en abusant des termes à la mode qu’elle oppose entre eux (communautarisme / vivre ensemble, islam / laïcité, ect…) mais en veillant à se présenter toujours comme étant LA résistante. Yamina Benguigui pourrait en faire un film !

J’attends que Mme Guirous, qui, comme d’autres qui l’ont précédée dans le rôle de la Zoubida de Droite, nous explique réellement en quoi ses dires et ses prises de position vont contrer le grand méchant FN ? En quoi amalgamer, mentir, rabaisser et stigmatiser permet de ne pas faire le jeu du FN et « faire avancer les choses » ? En quoi se la jouer « plus française » que la « française », à détourner volontairement le sens des propos de ses adversaires politiques en leur faisant dire ce qu’ils n’ont jamais dit, donne envie à un seul musulman ou une seule musulmane, fussent- ils « modérés », l’envie de la soutenir dans sa lutte ? Lydia, ça fait quoi de devenir la mascotte de revues comme Valeurs Actuelles, Causeur et Dreuz ou de sites comme Riposte Laïque? Ca fait quoi d’avoir, dans ses soutiens les plus fervents, des magazines qui ne cachent rien de leur soutien aux interventions militaires colonialistes au moyen orient, leur homophobie et leur antisémitisme ? Ca fait quoi de n’exister politiquement qu’à travers une critique de la gauche et de son “laxisme” et de n’être instrumentalisée que pour ça ? Je ne m’adresse même pas à la « musulmane » ou à la maghrébine d’origine mais je parle à celle n’a que les termes “république », de méritocratie, de justice et d’égalité à la bouche veut contribuer à “améliorer la situation” et je demande : ça fait quoi d’être uniquement invitée dans les médias comme figure politique de la Droite pour parler de la problématique quartiers / islam / intégrisme et complètement mise de côté pour parler d’économie, d’éducation, de fiscalité ou d’entreprenariat ? Ca va, la conscience, pas trop l’impression de servir les dominants pour mieux écraser les dominés qui eux, ne peuvent parler, que s’ils adoptent une posture d’assimilé blanchi dans le reni de ses origines ?

Ce qui est succulent avec les pompom girls de l’islamophobie comme Lydia Guirous, c’est de lire sur leur visage et au son de leur voix leur douleur quand l’autorité blanche “bien française” leur rappelle qu’elles ne sont pas “comme eux”. C’était le cas lors de son passage sur TV5, lorsque Patrick Simonin l’a présentée comme une « jeune immigrée Kabyle arrivée en France avec un rêve français », ce à quoi l’intéressée a immédiatement répondu « je suis Française! », avec la réactivité qui trahissait sa gêne. Parce que le rêve français dont Lydia Guerous parle sans jamais réellement le définir, c’est ça : être française “sans commentaire”. Mais, très chère Lydia, vous souffrez et vous avez beau couvrir la “République” d’amour et de déclarations passionnées, elle, par le biais d’un journaliste lambda vous renvoie à votre case et à votre caste l’air de dire “vous êtes quand même bien différente”, histoire de vous humilier dans une justification à laquelle vous répondez spontanément comme pour vous prouver à vous même votre francité qui est refusée par ceux qui, en dépit de vos “efforts” et de vos engagement vous voient encore comme une Kabyle… Et là, on a juste envie de demander à Lydia Guirous si “travailler”, comme elle le prétend, ça contribue à ce que des journalistes s’adressent à elle sans avoir à lui renvoyer ses origines en pleine face et en la présentant comme une immigrée, fraîchement débarquée. Comme quoi, ça ne sert à rien de taper tant sur ses semblables qui “fautent” en s’affichant en hijab, babouches et djellabah, mangent halal, ect… Plus tard, Lydia Guirous a été interrogée sur le débat autour de l’interdiction du voile à l’université (quand je vous dis qu’elle n’est “bonne qu’à ça”…) et a eu l’occasion de prendre sa petite revanche lorsqu’elle a  déclaré « Quand je vais en Algérie, je quitte ma mini jupe, les étrangers doivent quitter le voile à l’université ». Waw ! Les femmes voilées sont donc des étrangères ? Un voile est porteur d’une nationalité ? Vous avez le même discours sur la couleur de peau et de cheveux ou ça s’arrête avant ? Du coup, vous, par votre faciès, accepteriez-vous que l’on vous catalogue “étrangère” en niant votre francité comme vous vous le permettez avec les femmes voilées ? Cela peut paraitre secondaire mais cet amalgame là montre à quel point Lydia Guirous a intériorisé l’amalgame nauséabond largement répandu qui veut que la francité soit quelque chose qui “se voit” sur une personne. Et ça sort de la bouche d’une femme qui a été présentée comme une immigrée et qui est loin de représenter physiquement l’image que l’on se fait de la Française “typique”…

Je suis à peu près tout les médias dans lesquels cette femme peut s’exprimer. Non pas par pur sadisme mais parce que, comme c’était le cas avec Benjamin Lancar, j’aime assister aux séances de tapinage médiatique où l’apprenti-e UMPien-ne se veut plus UMP que l’UMP et dans le cas de Lydia Guirous, plus français que le français au point de décider du haut de sa “grandeur” qui est républicain, laïque ou juste bon à se faire virer. Je ne peux m’empêcher d’imaginer les cadres blancs de son parti se frotter les mains en la voyant intervenir et en se disant “elle parle bien, t’as vu, elle est bien!” parce qu’elle sert avec brio les idées de l’UMP. Regardez chacune de ses interventions : elle agit en porte parole de l’UMP sur des thématiques délicates mais qui, dans la bouche d’une arabe, ne peuvent être taxées de racisme. Son passage le plus remarqué est évidemment chez Taddei sur France 3, où à court d’argument, elle a confessé, grosso modo, que l’égalité homme – femme était une utopie (!), mais où elle a également révélé sa méthode; pour exister, il suffit de donner dans le « moi je », signe de son égocentricité et son carriérisme, mais aussi de faire des raccourcis ridicules (critique d’une situation d’une France = “vous savez, être français c’est pas une insulte, c’est pas un gros mot”) pour mieux se placer en détentrice de la vérité, quitte à nier les réalités sociales. A l’écouter, pas d’islamophobie ni de racisme en France. Les attaques contre les mosquées et les agressions, ça ne compte pas ? Ou alors c’est mérité étant donné le contexte de fondamentalisme largement relayé par les médias, donc ça n’a aucune valeur à ses yeux ? On dirait… Et nier ne fait qu’empirer les choses. Car dire qu’il n’y a pas d’islamophobie juste parce qu’on ne l’a pas vécue personnellement, c’est à peu près aussi immonde que ces personnes qui balaient de la main l’existence de l’insulte raciste ou sexiste parce qu’ils ne l’ont pas vécue.

Je ne vais même pas m’eterniser sur les concepts bidons dont parle Guirous, comme le fameux “complexe du colonisé” qui expliquerait que la France aurait capitulé face aux musulmans qui sont tous des salafistes en puissance… Ni même commenter les anecdotes personnelles destinées à lui garantir un statut de victime, tant chéri par des gens comme Valérie Toranian qui adorent les musulmanes opprimées ou ex-musulmanes survivantes de l’islam des cités devenues émancipées grâce à la laïcité salvatrice et tout le tralala… Non. Je ne vais pas m’étendre non plus sur l’arnaque de la lutte contre le grand méchant communautarisme qui n’intéresse Lydia Guirous et sa caste que lorsqu’il est noir, pauvre, rom, arabe et/ou musulman mais qui ne choque pas la soit disant républicaine qu’elle est lorsqu’il est question du communautarisme de l’assemblée nationale ou des élites. Je ne vais pas m’étendre sur les mythiques revendications religieuses – toujours présentées comme émanant de musulmans sans même la moindre preuve – qui n’intéressent pas Lydia Guirous quand il est question de dénoncer la pression de mouvements chrétiens sur les questions relatives aux droits LGBT ou même, j’ose le dire, les revendications clairement assumées du CRIF qui pèsent énormément sur notre soutien inconditionnel à Israël. Je ne vais pas m’étendre non plus sur l’ignorance de Lydia Guirous qui s’interroge naïvement sur les restaurants japonais halal comme si aujourd’hui, en France, le débat portait sur la religiosité ou non de la nourriture au lieu du fait que certaines personnes ont encore du mal à se nourrir aujourd’hui et en France.

Je vais laisser Lydia Guirous se crasher en politique comme ses précédentes. Jouer les pompom girls islamophobes, au bout d’un moment, ça doit épuiser, surtout que ce genre de ressources, ça lasse vite ! Fadela Amara doit surement être pleine de conseils à ce sujet. Laissons là dans ce long moment d’égarement où la fiction l’a emporté sur la réalité, où la caricature est devenue une réalité mais attention… plus dure sera la chute ! Et oui, car, tant qu’on sert les intérêts de quelqu’un et qu’on joue les sténos avec brio, tout va bien, mais le jour où on veut faire péter le plafond de verre et défendre ses propres idées qui sont pas tout le temps celles de la majorité de son groupe, on finit par se faire taper sur les doigts! Je ne regrette qu’une seule chose : ne pas être une souris pour voir comment la pompom girl réagit lorsqu’elle entend Lagarde dire que l’ex roi d’Arabie Saoudite était un féministe discret, ou quand Brice Hortefeux balance une blague bien lourde sur les arabes ou même quand Laurent Wauquiez encourage les maires à violer la loi en refusant de marier des couples homosexuels au nom de cette même vision fantasme et obsolète de la République. Dans ces moments-là, Lydia Guirous, vous croyez qu’elle se révolte, monte sur ses grands chevaux “républicains” et laisse exploser son désaccord ou vous croyez qu’elle se contente juste de sourire bêtement sans trop la ramener pour ne pas risquer sa place ? Je vous laisse imaginer…

PS : Quand on partage les mêmes idées que le FN qu’on prétend combattre, qu’on est islamomaniaque et qu’on publie un livre qui reçoit les louanges d’un site comme Riposte Laïque, on sait de quel côté on se trouve. Et on se dit surtout qu’on a les soutiens qu’on mérite…