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Super Rossignol, le féminisme Galeries Lafayette et la suprématie blanche

NB: Suite à un message reçu sur twitter, la photo représentant Pauline Arrigui portant le bien sinistre et méprisant tee shirt “Atheism ls The New Black” a été retirée. Je vous laisse juges de cette demande.

Le féminisme blanc a encore frappé. Rien de bien surprenant. Mais aujourd’hui, il confirme sa relation amoureuse avec la suprématie blanche et malheureusement, par les temps qui courent, un constat semble implacable : ils vivront heureux et auront des tas d’enfants qui nous créeront des tas d’emmerdes. Nous, c’est un “nous” assez vague, ultra compliqué, très divers mais qu’on peut simplement résumer ainsi : “nous” concernera tous ceux pour qui ce féminisme blanc raciste, rebaptisé féminisme galeries Lafayette, sera un frein pour sa libération.

Laurence Rossignol et le féminisme conquérant

La raison de tout ce remue ménage ? Quoi, vous ne voyez pas ? Et bien oui : la femme musulmane voilée. Encore et toujours. Sauf que dans le mépris, elle aura été accompagnée de tous les noir-e-s de la planète entière, rebaptisés “nègres afric… nègres américains” par notre Ministre du Droit des Femmes (de la famille et de l’enfance, comme dans une publicité pour de la lessive en poudre). Interrogée sur la tendance de la mode islamique, Laurence Rossignol a été claire : “Ces marques expliquent que ce sont juste des vêtements mais qui ne font la promotion d’aucun mode de vie. Comme s’il y avait une dissociation entre les vêtements et les modes de vie. Or, dans l’histoire, par exemple, dans les années 60, les femmes peuvent avoir un compte en banque, elles vont à l’école, elles vont à l’université, elles ont accès à la contraception et en même temps, les jupes raccourcissent (ou elles mettent des pantalons). Ce qui prouve bien qu’entre la tenue des femmes et leurs droits, il y a un lien parce que l’enjeu c’est celui du contrôle social sur le corps des femmes.” On est à deux doigts du complot, on dirait! Donc l’habit ferait la nonne ou du moins ferait le pouvoir ? C’est original. C’est sans doute pour ça que je n’ai jamais trouvé de maillot deux pièces, string argenté au rayon Menswear de Zara… Ce que la ministre dit peut être discuté à longueur de pages et dans des débats interminables mais ce qu’il faut en retenir, c’est la stratégie d’argumentation :

  • Toujours faire référence à l’antithèse du voile qui sera la minijupe (ou le string, ça dépend des périodes). Ce faisant, on a presque l’impression que des femmes se seraient battues pour porter une minijupe, transformant plus d’un demi siècle de luttes féministes en vulgaire bataille pour le droit à porter une jupe et danser le twist. Et lier longueur de vêtement avec la liberté d’une femme… Franchement… En 2016 ? De la part d’une ministre et du droit des femmes, par dessus tout ?!
  • Toujours les apparences. Nous sommes dans une France d’apparence, de faciès, de sale gueule, de bonne gueule. Sauf que, le contrôle social sur le corps des femmes, en France, il porte plus sur ce qu’elles décident d’en faire ou de ne pas en faire. La subjectivité du choix d’une tenue reste un choix critiquable, mais le courage, le vrai, quand on parle de contrôle des corps et en tant que ministre des droits des femmes, ça serait de s’attaquer au diktat de la minceur, à la glorification de l’épilation intégrale, au racisme de l’industrie de la mode et des cosmétiques et à ses répercussions désastreuses sur des générations de femmes qui sont prêtes à tout pour rentrer dans le moule, quitte à relever des défis de plus en plus fous,  bref, de ce qui nuit mentalement et physiquement aux femmes qui ont été incarcérées dans  un rôle où l’on se fout éperdument de ce qu’elles ont à dire ou à penser, tant qu’elles sont jolies “à notre façon”.

Laurence Rossignol et le féminisme “on est plus chez nous, trop de bougnou… gens méchants!”

La Ministre poursuit : “Lorsque des marques investissent ce marché de la tenue islamique lucratif, un marché pour les pays d’Europe, ce n’est pas le marché pour les pays du Golfe, à ce moment là, ils se mettent en retrait de leur responsabilité sociale et d’une certaine façon, ils font la promotion de cet enfermement du corps des femmes”.

Donc notre ministre nationale pense pouvoir parler au nom de toutes les européennes… Qu’elle parle au nom de toutes les françaises serait plus que prétentieux mais là, on comprend à quel type de personne on a affaire : de la pire espèce, celles qui parlent soit disant au nom du plus grand nombre car elles se voient tellement comme la norme, l’originale, la vraie, l’authentique, à laquelle il ne faut rien demander puisqu’elle est dominante. Quant aux marques qui font la promotion d’une façon de s’habiller… Et alors ? UNE COLLECTION DE TENUES ISLAMIQUES CHEZ DOLCE & GABANNA ! UNE SEULE ! Quelques écharpes, jilbebs, tuniques, foulards et étoffes et vous avez l’impression de subir une crise cardiaque, de subir un envahissement ? Qu’est-ce qui se passe dans cette France qui devient hystérique pour une histoire de foulard ?! Notez que pour la Ministre, la panique, c’est que le “phénomène” atteigne l’Europe. On pouvait encore tolérer que la femme de ménage marocaine nous offre des caftans, mais là, ça commence à faire un peu beaucoup, quand même…

Quant à la responsabilité sociale des marques…. Parlons-en. Parlons des propos absolument grossophobes d’un certain Karl Lagerfeld, des marques qui, dès qu’elles conçoivent un vêtement un peu plus grand, induisent une différence de prix, de la minceur qui est devenue une norme en dehors de laquelle seront exclues toutes celles qui ne parviendront pas à fermer le dernier bouton de leur jean taille 36. Parlons de ces marques qui ne font pas ou peu appel à des mannequins de couleur, des gaines et des corsets qui s’achètent par centaines de milliers et qui peuvent provoquer des maladies ou des déformations. Parlons des gamines employées par des sociétés de cosmétiques pour des gammes réservées à des femmes plus âgées et de la perversité du message. Parlons de la difficulté pour les femmes enceintes de trouver des tenues à la fois confortables et aux prix abordables. Parlons de cette industrie qui veut éclaircir les peaux, défriser les cheveux et créer des regards absolument irréels. Et je ne vais même pas m’étaler sur le nombre de maladies type anorexie ou boulimie liés à cette industrie où il vaut mieux ressembler au modèle dominant ou aspirer à lui ressembler. Elles sont là, les vraies responsabilités, pointées du doigt par des centaines d’associations, de chercheurs ET DE FEMINISTES mais dont la ministre du droit des femmes se tape comme de l’an 40.

Laurence Rossignol, la ministre sauveuse des musulmanes dominées, potentiellement libérables par la sainte République.

On l’aura deviné : la Ministre aime ses musulmanes. “Mon sujet, c’est l’ensemble des femmes musulmanes qui vivent en France et qui sont sous l’emprise, grandissante, de groupes salafistes qui se sont mis en situation de dire aux musulmans de France qui est un bon musulman et qui ne l’est pas”. Vous pouvez trembler. Merci madame Rossignol d’avoir osé rompre le silence et parlé de ces milices qui viennent nous oppresser! C’est vraiment du tout neuf comme idée. On en avait jamais entendu parler… D’après notre sauveuse, les musulmans et les musulmanes devrait pouvoir, ici, en France s’attendre à ce que la République les protège en leur offrant de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. Ce serait drôle si la situation n’était pas horriblement tragique. Aujourd’hui, en République, l’égalité, ça sera sous certaines conditions, pareil pour la liberté, quand on voit que l’Etat se fait condamner pour discrimination au faciès sans en tirer les conclusions ou faire de bruit autour de . Quant à la Fraternité… Dans un pays où on méprise encore l’Islamophobie en niant l’essence même du mot, à droite comme à gauche et où, on va souvent reprocher aux premières victimes de l’islamophobie d’être, en gros, ostensiblement musulmanes, je me demande de quelle fraternité parle madame la Ministre.

Mais heureusement que Super Rossignol est là! Elle savait ce qui se tramait, à l’ombre des voiles. Et elle l’a vu : “on voit de moins en moins de femmes dans la rue, dans les cafés, vivre de manière libre dans leurs quartiers”. Tiens, on assiste à une Finkielkrautisation des esprits! Encore un individu blanc de plus de 55 ans, vivant en dehors de ces mystérieux quartiers mais qui, du haut de son perchoir d’humaniste, a entendu l’appel ? Non. En vérité, la thématique des femmes absentes de l’espace public, c’est un vieux procédé. Même Anne Zelensky, une féministe pourrie par l’islamophobie la plus crasse, qui a fini chez Riposte Laïque l’avait écrit : “Cela se passe à Aubervilliers, territoire perdu de la République. Des mœurs d’un autre âge s’y sont implanté. Ainsi les cafés et leurs terrasses sont occupés exclusivement par les hommes. On se croirait transporté dans un bled quelconque d’Arabie”. Elle parlait même de reconquista… Et, bingo, Laurence Rossignol a fait référence à cette sordide histoire.

Laurence Rossignol et les dérapages

Madame la Ministre dit ne pas croire au grand remplacement. Néanmoins, elle n’hésite pas à parler de “franco-musulmans”, une petite perle orale qui démolit toute la théorie sur l’intégration façon gauche caviar qui adore le couscous et le spa du Club Med Djerba ou en Musulmanie, peut être ? Venant de la part d’une formation politique où on nous répète à longueur de journée que “oui, on peut être français et musulman, pardi!”, que les couleurs n’existent pas, que la citoyenneté doit passer avant tout, que la laïcité est merveilleuse car elle protège les religions et tout le blabla, ce lapsus est assez… succulent. Après la bi-nationalité, va-t-on parler de natioreligion? J’ai hâte d’entendre parler de Franco-protestants ou de Franco-athées! On nous dira ce qu’on voudra mais dans ce lapsus, j’entends ce que l’on n’ose jamais dire : qu’on a glissé de la question ethnique à la question religieuse et que même les bas fonds de l’inconcient d’une ministre du droit des femmes passée par la pathétique association “Sos Racisme” peut nous en faire la démonstration.

Mais la perle orale, la vraie, portait sur la question du libre arbitre. Souvent, pour convaincre une audience trop inculte ou à l’esprit trop simple pour des réalités évidentes, il faut avoir recours aux images. Pour parler des dangers du Tabac ou de la conduite en état d’ivresse, qui s’est retenu des photos ou vidéos choc ? Et ben, Rossignol, c’est pareil. Mais en beaucoup moins bien. Je dirais même, en version tellement dégueulasse qu’on en a la gerbe. La Ministre, la liberté de se voiler, elle n’y croit pas. On ne lui fait pas, à elle. Elle qui est en contact avec des associations de quartiers dirigées par des nunuches comme Nadia Remadana, elle en sait quelque chose. Et elle voudrait qu’on la comprenne et déclare en toute tranquillité que “il y avait aussi des nègres afric… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage”, sans voir un seul instant le caractère odieux d’un tel énoncé (ni même se faire reprendre par Bourdin… exactement comme Elice Lucet qui laissait tranquillement Guerlain parler de nègres sur son plateau). L’indignation est multiple :

  • Avoir recours à une comparaison avec l’esclavage est tout aussi indigne que la comparaison avec le nazisme pour x raisons. C’est une banalisation d’un phénomène horrible, pas tout à fait achevé et qui n’a absolument rien à voir avec ce à quoi on l’accole.  Parler d”esclavage pour parler de prostitution ou de voile (ou même, comme on l’a vu dernièrement lors des rassemblements contre la loi travail), revient à mépriser d’un seul trait les prostituées, les femmes voilées et surtout les esclaves (qui n’ont pourtant jamais obtenu la moindre réparation). Et pire encore : ça dénote qu’on ne veut pas de ça chez nous… et qu’on tolèrerait ça ailleurs. Parler d’exploitation serait plus approprié.
  • La question du libre arbitre est choquante. A écouter ces féministes rebaptisées “féministes galeries Lafayette”, lorsqu’une femme ne fait pas le “bon choix”, elles sont aliénées, folles et ne s’en rendent pas compte. C’est, à mon sens, un pur contresens et un cliché antiféministe flagrant vieux comme le monde : madame Rossignol n’a-t-elle pas lu ces autobiographies de féministes qui, parce qu’elles sortaient des sentiers battus et se refusaient à suivre le dictat de la société dans laquelle elles évoluaient, ont été taxées de folles, de marginales, juste à cause d’un choix personnel ?
  • Le choix du terme “nègre” est, à mon sens, la pire. Loin de moi l’idée de mettre en concurrence les femmes portant un foulard et l’insulte négrophobe, mais elle est lourde de sens. Premièrement, vous remarquerez qu’elle a été prononcé sans grande difficulté. On pouvait parler de noirs, d’esclaves, de traite mais de nègres…. Mais on nous dira que ce n’est qu’un dérapage! Le blantriarcat a le droit de déraper, de se reprendre, car lui, quand il faute, c’est toujours contre sa volonté, contre sa ligne droite, pour une question de volant qui a été lâché un court instance, en pleine aisance. Le blantriarcat a ce privilège tout simplement parce qu’il est conçu comme la norme parfaite, indiscutable et dont les fautes ne peuvent jamais lui être reprochées.
  • Il faut cesser de faire dire à l’esclavage ce qu’il n’était pas en le déconnectant de sa réalité et de son contexte historique et stratégique. Combien de “nègres” ont accepté l’esclavage, de bonté de coeur ? Qui peut avoir un chiffre parlant et significatif ? Personne. Qu’on mène des recherches sérieuses à ce sujet afin de mettre un terme à ce mythe, purement anecdotique et insignifiant sur l’histoire de l’esclavage qui ne fait que le réviser et, d’une certaine façon, disqualifier scandaleusement ce que la traite négrière a été… et ce qu’elle a rapporté. Vous arrivez à imaginer, des comparaisons avec les camps de concentration, dans quelques années, sur un plateau télé, avec un ministre qui déclarerait “beaucoup de juifs étaient pour les camps” ?! L’idée vous parait dingue ? Préparez-vous, car rien n’est impossible avec cette classe politique qui n’hésite pas à plonger dans le racisme et les comparaisons ignobles pour vendre sa soupe.

Vive le Blantriarcat !

Il y a eu très peu de réactions de la part du gouvernement. On pensait qu’avec ce qui avait été traversé par Christiane Taubira, on aurait pu avoir un ou deux mots mais, au Parti Socialiste, c’est le racisme caricatural type FN qu’on aime pas, le reste…. ça se tolère un peu. Du bon racisme de gauche, en soit. Par chance et certainement par humanisme, les femmes voilées et les noir-e-s sont beaucoup plus intelligents : aucune demande de désolidarisation n’a été exprimée. Anne Cécile Mailfert, Pauline Arrighi et d’autres peuvent dormir tranquillement sans crainte d’avoir à se justifier ou à souffrir du rejet en allant s’asseoir à côté d’un noir dans le métro ou d’une femme voilée dans le bus. Et puis, personne chez les concerné-e-s n’a publié de tribune ou d’édito, dénonçant des propos issus d’une blanchité qui adore son reflet dans le miroir.

Néanmoins, ce qu’il y a de fascinant avec le blantriarcat, c’est cette tendance à ne jamais reconnaitre complètement ses erreurs, voir à les transformer en des qualités. L’entourage de la ministre a même déclaré : ” Le mot nègre est un mot péjoratif qui ne s’emploie plus que pour évoquer l’esclavage, en référence à l’ouvrage abolitionniste De l’esclavage des nègres de Montesquieu “. Pauvres noirs! Qu’est-ce qu’ils sont bêtes, quand ils n’ont pas le sens de l’humour! Incapables, eux aussi, de comprendre la finesse de la langue française! Quand un homme politique blanc dérapera à son tour, et mon doigt me dit que ça ne saurait tarder, en parlant de “salopes”, on attendra qu’il nous dise qu’il faisait référence au manifeste des 343 salopes de Charlie Hebdo en pleine époque de lutte pour l’avortement, pour voir si la pilule passe aussi bien auprès des concernées et si nier sa faute sans s’excuser suffira à apaiser la douleur de l’épithète raciste. Mais, malheureusement, le blantriarcat est une machine haute comme un monument, qui sait faire face à toutes les critiques qu’il veut taire, lui qui se disait si Charlie. En témoignent les tweets insensés d’Eric Mattout qui récupère la Négritude de Aimé Césaire pour se livrer à un hors sujet mêlant féminisme, voile, droit de vote des femmes… Un bon condensé où on vomit son incompréhension. Et Heureusement que Audrey Pulvar est là. Il en faut toujours une, de toute façon. Sa fonction : rassurer le blantriarcat en apportant sa protection et en validant l’expression. Elle est la bonne conscience. Un équivalent pathétique de “l’amie arabe qui prépare des couscous” et qui donc, est le plus évident gage d’antiracisme. Et puis, Laurence Rossignol “est issue” de la mouvance “SOS Racisme”, voyons….

Ainsi, nous laisseront les féministes galeries Lafayette prendre l’escalator et se diriger à la caisse du magasin “racisme”. La traque aux prostituées étant passée de mode, il faut concentrer son énergie sur le grand méchant “non blantriarcat friendly” ennemi de l’intérieur. Ne les taxez pas d’islamophobes : elles ne veulent que défendre la laïcité menacée par un steak halal qui s’est retrouvé dans leur panier à Sephora. Ne les taxez pas d’antiracisme niais : elles maitrisent l’art du contouring spécial “beurette” parce qu’elles les trouvent belles, les arabes, sauf quand elles apparaissent sur la même liste aux élections européennes qu’une islamophobe notoire comme Annie Sugier (oui, Caroline De Haas et Anne Cécile Mailfert, on sait que vous avez monté un projet avec elle !) pour après pleurer la chute de la gauche, après avoir tenté l’union avec le Diable. Ne les taxez pas de négrophobie : elles invoqueront la langue française, qui n’a fourché que dans nos oreilles d’incultes. Ne les taxez pas d’obsession sur le voile : elles vous parleront de l’impact du film Jamais Sans Ma Fille sur leur conscience féministe. Ne les taxez de rien. Laissez les s’étouffer dans leur bienveillance obsessionnelle et leur mépris condescendant. Laissez-les parler d’universalisme et entendez-là un nombrilisme parce qu’elles sont persuadées d’être authentiques et ne reproduisent qu’un schéma raciste appliqué au féminisme. Laissez-les suffoquer en voyant une femme voilée et voyez-y la marque de leur impossibilité à se défaire d’un machisme où des règles pensées contre elles sont maintenant utilisées contre celles qui auraient pu être leurs soeurs. Laissez les pleurer sur les femmes qui n’empruntent pas leur route et voyez là leur faillite et leur grand paradoxe : lutter contre la haine en faisant de la haine, c’est efficace à court terme, mais jamais révolutionnaire car ça ne bénéficie que rarement aux plus démunis. Pas surprenant que la théorie antiraciste des non concernés et le féminisme blanc trouvent si peu leur public parmi ce vague “nous” que beaucoup ont décidé de mépriser parce qu’il refuse de servir de paillasson… Mais bon, on imagine qu’il vous restera vos journées sans voile et vos actions antiracistes pour vous occuper et que vous viendrez goûter à la chaleur des banlieues quand on vous y enverra pour récolter des voix, entre deux thés à la menthe et beignets à la sénégalaise.

 

Quand Audrey veut Pulvariser le voile….

Voile. Foulard. Burqa. Niqab. Tchador. Voile. Voile. Voile… Voilà le champ lexical du débat féministe du Grand 8 suite à l’interview de Diam’s sur TF1. Le droit à l’IVG, l’inégalité salariale, le mythe de la beauté, le “Fat Shaming”, les viols dans l’Armée, on en parlera quand ? Pas aujourd’hui.

r-DIAMS-large570Diam’s, rappeuse qui a connu son heure de gloire s’est retirée de la scène médiatique. Elle s’est convertie à l’Islam, est devenue maman et porte le voile. Après cela, elle est apparue deux fois dans l’émission 7 à 8 pour assurer la promotion de ses livres. Ce que Diam’s a à dire, que ce soit sur le terrorisme, son rôle de mère, son amour des diamants ou ses moments de détresse, les bourgeoises de D8 s’en tapent. Ce qui les importe chez Diam’s, c’est… c’est… suspense… c’est… son voile! Elle a beau répondre à des questions qui portent sur sa “nouvelle vie”, sur l’extrémisme, le blasphème et l’attentat à Charlie Hebdo, ce que les animatrices du grand 8 ont retenu de cet échange, c’est son voile. Car, n’en déplaisent à ces féministes du petit écran, elles reproduisent un mécanisme sexiste qui consiste à se limiter à l’apparence d’une femme lorsqu’elle apparait publiquement plutôt que de discuter de ses propos. J’aimerais qu’elles me contredisent et j’attends donc de voir sur quoi porteront leurs commentaires lorsqu’elles parleront de l’interview d’un rappeur ou d’un acteur…

Au pays des multiples lois anti-voiles, le cas Diam’s sait rassembler à peu près tous les intolérants des différents coins de la France. Il y a les bobos qui n’ont jamais écouté un seul morceau de rap et qui se pissent dessus à la vue d’un mec en airmax et qui trouvent que “c’est du gâchis”. Il y a les actrices islamophobes revendiquées qui n’ont rien compris et trahissent leur ignorance et leur bêtise à coups de tweets débiles. Et il y a Audrey Pulvar.

Audrey-Pulvar-enfourche-une-nouvelle-vie_article_landscape_pm_v8Je l’aimais bien  Audrey Pulvar. Dans Le Grand 8, émission talk show française calquée sur l’émission américaine The View, Pulvar est claire : elle est opposée au port du voile, cet “outil d’asservissement des femmes” et en plus, c’est même pas une obligation coranique. Chapeau Audrey, merci pour le scoop ! Je pense qu’il convient de lui rappeler que si le voile est un signe d’asservissement des femmes alors tous les signes sont des signes d’asservissements. Qu’est ce qui, dans le monde de Pulvar, celui du féministe mainstream blanc bien propre, décide de ce qu’est un outil d’asservissement ou pas ? Qui décide pour qui ? Qui parle à la place de qui ? Toujours au sujet de Diam’s, elle déclare qu’elle “a bien de la chance d’être en France, dans un pays dans lequel les droits des femmes sont à l’égal de ceux des hommes (!) parce que évidemment les musulmanes peuvent divorcer, se séparer, se remarier, sauf que dans la plupart des pays musulmans, pas dans tous mais dans la plupart des pays musulmans (!), les femmes qui divorcent perdent automatiquement la garde de leurs enfants et elles n’ont pas un maintient de leur niveau de vie. Donc y’a beaucoup de femmes dans les pays musulmans qui ne divorcent pas car elles savent qu’elles perdent la garde de leurs enfants”. Quand une musulmane ose porter un voile et par dessus le marché, ne pas se comporter en femme soumise, il faut l’humilier. Elle qui a osé porter le foulard dans lequel les féministes mainstream ont décidé d’y voir le patriarcat et la soumission, elle a divorcé des féministes. C’est gênant pour les féministes mainstream. Elles ont été trahies. Elles ont donc le droit de la salir. Pour elles, Diam’s a fait le choix de la soumission en se voilant et devrait donc “vivre en soumise”… mais ce n’est pas son cas. Donc, il faut lui montrer sa “chance” en lui renvoyant à la gueule la situation dans les pays musulmans (dont les citoyennes sont toujours soumises, privées de tout, opprimées, excisées et tout le blabla cher aux féministes mainstream) sur la question du divorce. Or, en faisant référence à ces pays musulmans, Audrey Pulvar trahit son racisme latent à l’encontre des musulmanes. En agissant ainsi, elle la désintégre d’ici pour la comparer à ce qui se passe dans un ailleurs dont elle devrait se sentir automatiquement proche juste parce qu’elle est musulmane. Excusez ma candeur, mais quand une femme juive divorce en France, lui rappelle-t-on combien elle a la chance de divorcer parce que en Israël, c’est pas aussi simple ? Quand une cubaine avorte à la Havane, lui rappelle-t-on combien elle est chanceuse parce que d’autres femmes d’Amérique Latine n’ont pas le droit d’avorter ? Non car ces femmes, contrairement à la musulmane, sont bien d’ici tandis que Diam’s, elle, parce qu’elle porte le voile est exotisée. Elle est désormais “française mais…” et doit répondre pour les millions de musulmanes d’ailleurs avec qui, elle a sans doute moins de points communs qu’avec Audrey Pulvar. C’est un procédé récurrent chez nos féministes mainstream qui n’ont cessé de parler aux femmes voilées françaises des iraniennes qui se battent contre le voile. Ces mêmes féministes qui crient à l’intégration et à l’assimilationisme mais qui n’hésitent pas à faire référence à la situation d’autres pays, majoritairement musulmans ou non, souvent rétrogrades, dont ne sont pas originaires ces femmes voilées françaises juste pour les culpabiliser. A les écouter, chaque femme musulmane devrait, dans n’importe lequel de ses choix, se référer à ce que vivent les Iraniennes et les Saoudiennes (ou les Afghanes, très à la mode dernièrement) avant de faire des choix personnels. Je ne vais même pas m’éterniser sur la question du divorce qui est présentée par Pulvar comme n’étant pas en faveur des mères dans “la plupart des pays musulmans mais pas tous”. J’ignorais qu’elle avait une telle expertise sur le sujet ! Je ne savais pas que présenter le journal sur France 3, jouer les chroniqueuses du samedi soir sur France 2 et les grincheuses sur D8 enrichissait les cerveaux de connaissances sur le droit des pays musulmans ! Peut-on juste expliquer à Audrey Pulvar que, le divorce, au Maroc, au Qatar, en Arabie Saoudite, en Libye, en Syrie, au Yemen, en Turquie, en Indonésie, ce n’est jamais la même chose d’un point de vue de la loi et que tous les pays musulmans ne sont pas identiques ? Peut-on lui rappeler que le mythe du monde musulman monolithique, c’est une technique presque périmée des néo-conservateurs ? Pour une journaliste, j’avoue qu’une telle faute me consterne! Sauf que Madame Pulvar ne s’arrête pas là. On a beau lui dire qu’il existe des femmes qui choisissent le voile en étant réellement volontaires, pour elle, c’est faux. Pulvar a-t-elle mené l’enquête, questionné toutes les porteuses de voile, recensé, préparé des fiches et des statistiques comme Robert Ménard ou ne fait-elle que répéter ce que les féministes mainstream ne font que répéter depuis des années sans la moindre preuve? A-t-elle lu l’ouvrage de Faïza Zerouala pour baser son argumentation, a-t-elle fait le b.a-ba de toute étude à savoir s’adresser aux premières concernées, a-t-elle documenté son point de vue ? A-t-elle assisté à un cours d’ Amal al-Malki ou discuté avec Ibtihal Al-Khatib ? La réponse est sans doute non. Mais elle sait mieux, Audrey Pulvar… Le journalisme de cette dame est un journalisme “sur le pouce” qui saisit les pires caricatures et les pires stéréotypes pour fonder dessus un argumentaire. Bravo.

Elisabeth+Bost+Arrivals+Global+Gift+Gala+q-q03OvRJyolA l’exception de Hapsatou Sy, le reste du plateau du grand 8 approuve la position d’Audrey Pulvar. Roselyne Bachelot est offusquée et parle de “répudiations”. Dès là, c’est un miracle qu’on ne parle pas de tout ce qui suit ce terme, à savoir l’Afghanistan, la Burqa, le Terrorisme, les Crimes d’Honneurs, Les Tournantes, etc… Quand Diam’s dit recevoir des insultes, Elizabeth Bost, bourgeoise de service, déclare que ce n’est pas vrai. “Je n’ai jamais entendu dire des sauvageonnes voilées et des barbares barbus, non, on peut se dire comme avec Audrey, que le voile, on a l’impression que ça oppresse la femme sans forcement dire les sauvageonnes voilées, les barbares…”. Là, aussi argumentation implacable. Puisqu’elle vous le dit ! Juste parce qu’elle n’a jamais entendu de ses propres oreilles une insulte islamophobe ne veut pas dire que le phénomène n’existe pas. Pur réflexe de bobo qui croit que le monde s’arrête au delà de sa propre expérience. D’ailleurs, pour Elizabeth Bost, les femmes voilées insultées ont juste des problèmes d’audition; quand on vous insulte (et on sait que c’est malheureusement fréquent) ou du moins que vous avez l’impression qu’on vous insulte, c’est pour votre bien : à travers le “sale voilée” qu’on crie à la gueule des musulmanes, l’arrachage des voiles et les humiliations, pour Elizabeth Bost et sa bande, on ne ferait que vous dire qu’on a “l’impression que votre voile oppresse”. Quelle est la différence entre ce raisonnement et celui qui laisse croire qu’à travers un viol, on laisse dire à une femme qu’elle n’avait qu’à ne pas sortir vêtue de façon indécente ? Aucune. Je serai ravi d’entendre les tartufferies de Bosc quand une femme se fait traiter de pétasse ou qu’elle reçoit une main au cul dans le métro. Ca serait pour faire passer quel message ? A moins que certaines femmes subissent une violence qu’il est acceptable de nier parce que ce serait pour leur bien et que d’autres aient pleinement le droit au statut de victime ? J’attends que l’intéressée se manifeste.

Mais quand on est comme Audrey Pulvar, c’est à dire persuadée de détenir la vérité immuable, il est difficile de débattre. Audrey Pulvar fait du féminisme universaliste blanc dont les frontières s’arrêtent là où on la froisse, elle, la VRAIE féministe. Impossible de mettre le moindre bémol, elle doit avoir le dernier mot. Comme on est loin de la tradition d’écoute du féminisme! Hapsatou Sy a beau parler de femmes voilées qui choisissent de porter le voile, c’est tout simplement impossible. “Le propre de l’aliéné, c’est qu’il ne sait pas qu’il est aliéné”. Boum. C’est lâché comme un proverbe : c’est sage, inattaquable et ça ne doit pas être questionné. Mais ça sort de la bouche d’Audrey Pulvar et que j’aurai énormément de mal à prendre au sérieux ce qu’elle a à dire sur l’aliénation quand elle m’apparait tout aussi aliénée que celles qu’elle critique. En effet, quelle différence entre choisir de porter le voile et de choisir de s’épiler, de se maquiller, de maigrir, de se faire poser des implants mammaires, de porter une jupe, un jean, une robe ? Aucune. Existerait-il donc des aliénations prioritaires sur d’autres, au point de les combattre sans avoir à rougir de n’importe quel moyen à utiliser, quitte à être dans l’exclusion des femmes ? On penserait que oui… Par la suite, Audrey Pulvar ira même jusqu’à établir une comparaison des plus abjectes avec les victimes de viol qui ne sont pas prises au sérieux au moment de porter plainte car on leur reproche leur tenue jugée “aguichante”; pour elles, les musulmanes qui portent le voile le font pour se soustraire au regard des hommes. “C’est comme dire à une femme qui est violée “mais tu n’avais qu’à mettre une mini-jupe”. C’est rendre la femme responsable de l’attirance qu’elle provoque” dit-elle. Je cherche encore le rapport entre le port du voile et le viol mais si Audrey Pulvar l’a dit… J’aimerais juste préciser à Audrey Pulvar que les femmes voilées, étant donné qu’elle aime penser pour elles, ne sont pas idiotes ni débiles. Pensez-vous qu’elles portent le voile réellement pour échapper aux viols ? Savez-vous réellement ce qu’est le viol ou vous avez, en dépit de votre statut de féministe, encore en tête le cliché de la femme violée qui est forcément une jeune femme un peu saoule et légèrement vêtue qui se retrouve dans un lieu mal famé ? Savez-vous qu’il existe des femmes voilées qui ont été violées, par leurs coreligionnaires, par des athées ou dans le cadre de la guerre du golfe, par des militaires américains venus “libérer la femme irakienne” ?!

On l’aura compris : Diam’s et son livre n’existent plus. Ses propos n’intéressent pas alors qu’il y avait là matière à débattre. Le temps est certainement compté, diront-elles. Le voile n’est pas banalisé : à chacune apparition de ce bout de tissu, il faut en remettre une couche. Twitter se lâche quand une femme voilée apparait sur un plateau “normalement” pour parler d’autre chose que de son voile. Dans le sujet consacré à Diam’s, on agite les clichés. On parle des “pays musulmans” quand on ne veut pas faire référence à l’Iran ou à l’Arabie Saoudite. On parle de domination et d’asservissement avec hypocrisie comme si du haut de sa tête nue, de son athéisme et de son statut d’animatrice télé, on était le modèle de liberté et de réussite qu’il faut suivre à tout prix. On fait du féminisme un espèce de code de conduite aussi répressif que n’importe quelle religion car il émet des listes de tenues vestimentaires acceptables ou non et quand il rejette, il le fait à coups de lois discriminantes. On parle du Coran, aussi. Mais vite fait, dans les grandes lignes, juste pour vous dire qu’il ne parle pas du voile donc vous n’avez rien compris, bande de cruches. On est pas musulmane mais on “sait mieux”, complexe de l’ex-colon oblige, que l’indigène qui a mal lu et qui, même si c’est une musulmane, est jugée moins apte à interpréter ses propres textes religieux qu’une non musulmane. Idéalement, on récupère des musulmanes et des musulmans qui ne sont pas en faveur du choix du voile pour valider la justesse de sa position comme Hugh Heffner a récupéré des playgirls pour montrer combien le play boy club était fantastique pour les femmes. On oubliera qu’on fait des alliances avec des gens parfois pas très fréquentables car tous les coups sont permis. Après, peu importe que des musulmanes voilées voient dans leur démarche du féminisme : les féministes ont décidé entre elles (et eux) ce qui était bon pour elles. J’adorerai blâmer Audrey Pulvar individuellement mais hélas, elle ne fait que suivre l’establishment. Avant elle, toutes les féministes mainstream pro-establishment qui ont un rapport extrêmement violent avec l’Islam n’ont pas résisté à la tentation de la lutte contre le foulard; c’est même devenu un fond de commerce bien juteux. Des pages de ELLE de l’époque de Valérie Toranian, aux textes de Zelensky, Badinter et Sugier, aux ouvrages de Caroline Fourest et de Nadia Geerts, le voile est devenu le sujet de rassemblement de toutes les féministes. Encore mieux que l’égalité salariale, la PMA ou l’IVG. Et le voile, ça réconcilie et convoque à la table les France qui font semblant de se détester mais, union islamophobe oblige, on a trouvé de quoi oublier nos différents le temps d’un lynchage en bonne et due forme.

C’est dans cette lignée que la jeune génération féministe semble prendre le relai. Dernièrement, Anne Cécile Mailfert était interrogée sur la question de l’engagement féministe et du voile. Et comment répond-elle à Maïtena Biraben qui lui demande si on peut être féministe et voilée ? Par une sublime pirouette qui laisse entendre “sa vision du voile” et son incroyable ignorance : “Toute femme qui se revendique féministe euh… se revendique féministe. Euh… nous on va pas juger est-ce qu’on est plus ou moins féministe euh… donc donc… (…) on ne dévoile pas, nan nan, on n’impose pas ça, pas du tout, c’est un peu violent, non, par contre, euh euh, nous on a une position sur le voile qu’est de dire que les voiles, pas seulement le voile musulman, pour nous ce sont, c’est un signal qui est envoyé de… bah de se cacher pour les femmes et c’est vrai que nous on est contre”. Un savant mélange de propos confus qui laissent entendre que si Osez le féminisme ne dévoile pas des musulmanes, l’association trouve que le voile est l’idée de cacher les femmes. Bof. En gros, OLF recale les voilées dans son association et donc ne les reconnait pas féministes. Anne Cécile Mailfert parle de “tous les voiles”, histoire de dire “toutes les religions” et de s’éviter une quelconque accusation d’islamophobie comme le religiophobe dit “détester toutes les religions” pour s’éviter des ennuis, ce qui est à la fois abject et hypocrite quand on sait que le voile dans le débat public, c’est dans 100% des cas celui des musulmanes. Ségolène Royal qui était là, elle, a un avis bien plus clair et franc : “On peut être voilée et devenir féministe (…) on peut être voilée dans la sphère privée et enlever son voile dans la sphère publique”. L’échange aura duré 30 secondes avant que l’ex candidate à la présidence de la République bifurque en changeant légèrement de sujet pour dire qu’on est quand même “courageuses d’être encore féministes”. Madame Royal, c’est à cause de votre marginalisation décomplexée des femmes voilées que certaines se désintéressent du féminisme (mainstream) et que, d’une certaine façon, il existe encore un plafond de verre pour les femmes, contrairement à ce que Hilary Clinton raconte. Pire encore : en leur disant qu’elles peuvent être voilées en privé mais dévoilées en public, vous trahissez votre ignorance sur ce sujet. Et dire que ce sont ces mêmes gens là qui vont expliquer aux musulmanes que le Coran, elles l’ont mal lu et qu’il ne mentionne pas le voile, ect… Eduquez-vous avant de parler !

Au final, pas surprenant que les agressions envers les femmes voilées soient en constante augmentation. Ces femmes là ne sont plus que des voiles. Elles sont idiotes, ne se rendent pas compte de leur aliénation. Nadia Geerts veut les libérer de leur prosélytisme inconscient. Femen veut les foutre à poil voyant dans la nudité une liberté qu’elles refusent de concéder aux danseuses du moulin rouge. La ministre des droits des femmes veut les exclure de l’université. Pour en faire quoi, en fin de compte ? Des non voilées. Seront-elles plus libres, plus insérées sur le marché de l’emploi, moins marginalisées ? Pas certain. Mais, chez les féministes blanches mainstream, ce qui compte, c’est de prendre une décision qui soit purement symbolique, qui soulage leur conscience et leur donne l’impression d’avoir fait avancer leur agenda, peu importe que des femmes doivent renoncer à un choix personnel car toute subjectivité leur a été confisquée. Ne venez donc pas pleurer sur votre sort : vous avez fixé des frontières, un peu floues, donc ne tentez aucune danse du ventre pour essayer de séduire certaines âmes féministes exotiques juste pour apporter de la couleur à vos mouvements sans jamais questionner vos propres rapports de domination, votre propre racisme et votre rejet de celles qui ne rentrent pas dans votre moule.