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Le barrage ? Sans moi et sans émois.

“Faire des miracles demande beaucoup de travail. La plupart des gens abandonnent avant qu’ils ne se produisent”.

Sheryl Crow – Maybe that’s something (The Globe Sessions)

Malheur, urgence, désespoir : Marine le Pen est au second tour de cette tragi-comédie burlesque que l’on appelle l’élection présidentielle. Face à Emmanuel Macron. Oui, Marine Le Pen. La fille de Jean Marie. Celle qui a nettoyé la vitrine mais pour y exposer les mêmes produits que son père. Le risque qu’elle accède au pouvoir est grand. Musique d’ambiance et plan au ralenti.

Cette fois, la nouvelle n’indigne pas, contrairement à 2002. Pas de cris d’effroi, de débats, de longues tirades passionnées saupoudrées de paroles creuses ou d’humanisme servit en deuxième partie de soirée. Rien. Un moment de botox vocal où même les quelques pourcents séparant Macron de Le Pen n’ont pas abouti sur un commentaire. Horreur de la froide fatalité acceptée.

Puis, quelques heures après, on a appelé à barrer la route au Front National. Tweets, tribunes, blogs, billets d’humeur : l’appel à sauver le soldat démocratie était lancé mais telle une flèche aiguisée en direction des abstentionnistes et sans dialogue préalable. Démocratie ? On peut faire mieux. Taper sur ceux qu’on pense convaincre en les accablant et en les culpabilisant ? Contreproductif et ignoble. Aussi vulgaire et violent que d’insulter une jeune fille insensible aux sifflets qu’elle récolte sur son passage parce qu’elle ne s’arrête pas mais après tout, on s’en fiche : la fin justifie les moyens. Le plaisir d’incarner ce bras fièrement musclé et moralisateur qui sortira les abstentionnistes pour les pousser aux urnes est trop grand pour s’éterniser sur ces petits détails.

« Il faut éviter le pire » !

C’était ce qu’on entendait à table, à la machine à café, au bureau de tabac, dans le train, à l’entrée des aéroports et sur les parkings des super marchés. Le pire, ça serait la victoire du FN qui propulserait ce pays dans de nouvelles pages sombres de son Histoire, écrites avec le sang que les abstentionnistes ont fait couler en décidant de bouder les bureaux de votes, manquant indéniablement de respect à ces milliers de révolutionnaires morts pour la démocratie.

Le débat n’aurait pas lieu si le pire n’était pas aussi mal défini. Il apparaît difficile de concevoir que le pire, pour quelques abstentionnistes que l’on ne veut ni entendre ni comprendre, ait déjà commencé. Pour bon nombre d’abstentionnistes, le pire est déjà leur pain et leur beurre et avant que l’on ne leur sorte la carte « victimisation ! », incontournable joker de la discussion, il faudrait accepter d’entendre qu’une présidence Macron ou Le Pen ne serait, hélas, que la promesse d’une légère aggravation des problèmes déjà existants : discriminations, précarité, exclusion sociale, invisibilisation, mépris culturel, mépris de classe, violences policières, violences économiques, glorification du passé colonial, etc… Quelle serait la nouvelle donne ? Une attaque à peine plus frontale, toujours aussi injuste et humiliante, mais, comme toujours, servie sous couvert de nobles combats menés au nom du vivre ensemble, de la laïcité, du féminisme et même de l’antiracisme…

Le pire n’est donc qu’une caricature du présent. Le pire, c’est qu’on connaît le pire et qu’on le vit et que l’on a rien fait d’autre pour nous que de nous dire que ça pouvait être pire que pire, à tel point qu’on se demande vraiment d’où on peut affirmer que le pire à venir sera pire que le pire du moment présent. Passé cet enfantin jeu de mot, on sait ce qu’il y a de pire pour ceux qui veulent s’éviter le pire : la honte. Parce que c’est principalement ça qu’on veut éviter à tout prix : la honte et les explications qui en découlent, comme si l’heure de se désolidariser sonnerait mais, cette fois-ci, pas pour les mêmes. Parce que la possible victoire du FN remet beaucoup de choses en jeu, à commencer par l’aura dorée de la France qui risque de rouiller sur le plan international. Ceux qui n’ont que peu de choses à craindre du FN le savent : c’est une réputation qui est en jeu dans cette élection. Celle de la patrie des lumières, France éternelle et brillante, défendue par Fatou Diome avec la passion d’une amoureuse transie. Pays des droits humains qui risque de prouver ses limites comme un vulgaire produit de beauté surcôté.

« Mais quand même comment en est-on arrivés là ? »

Les mots sont forts, tout autant que la réalité : le pays souffre de toxicomanie raciste. Ces dernières années ont été celles du brouillage idéologique où tout le monde s’est retrouvé à faire du front national jusqu’à en droguer le pays tout entier. De l’immigration à l’Islam, à la présence dans les médias de personnages hautement contestés relayant les pires mensonges et préjugés, aux calomnies visant ceux qui ont osé contredire l’amas de haine raciste, on a eu une dose déferlante de front national, servie tous les jours dans le sirop médiatique, avalé de gré ou de force mais toujours goulument. Mais, c’était le bon front national, comprenez : celui qui sort de la bouche de dirigeants politiques, d’intellectuels qui portent bien la toilette, qui se disent Républicains, de gauche ou de droite mais qui, jamais, au grand jamais, ne seraient racistes. Comme si cela faisait une différence pour celui qui sent sur sa tête l’ombre brûlante du doigt pointé accusateur. Un racisme qui n’est pas du FN n’est pas un racisme vertueux. Il est vicieux. Fignolé pour avoir l’air propre alors qu’il demeure sale. Même quand il est dévoyé pour prétendre à la défense des femmes, de la laïcité ou d’autres combats nobles. Encore plus quand une ministre s’en sert dans un exercice de féminisme galeries Lafayette à la sauce négrophobe. Même quand un homme de gauche approuve l’extrême droite. Même quand les Unes des magazines se font toutes retoucher par le même chirurgien esthétique pour ressembler à Valeurs Actuelles.

Il y a de quoi sourire avec amertume, devant la panique des militants du barrage républicain et leur argumentaire typique d’un vendeur indépendant de contrats d’assurances du Wyoming. Passionnés et pleins d’entrain, ils auraient enfin presque compris que l’heure était grave maintenant que la flamme commençait à se rapprocher. A mes yeux, c’est comme être celui qui se trouve sur une terre torpillée par une progressive catastrophe naturelle qu’il était le seul à subir dans l’indifférence mais que le reste du monde n’a daigné considérer que lorsqu’elle s’est invitée sous sa fenêtre. Et encore : il n’a été question que de faire barrage au FN. Qu’en est-il de tout ce qui précède le FN ? Rien. Et pourtant, entre l’état d’urgence, la création du ministère de l’identité nationale, les lois antivoile ou burkini, l’impérialisme, la protection des auteurs de violences policières, le mépris, les discriminations, l’asphyxie économique des quartiers populaires avec la Loi Travail, les bombardements à l’international, la banalisation des agressions à caractère islamophobe, il y avait de quoi s’arrêter et réfléchir. A moins que les plus rusés aient compris que le maximum à faire revient à faire des promesses, choses que l’on déteste de nos jours.

S’il reste quelques âmes candides pour se demander comment on en est arrivés là, mon conseil serait d’aller vous adresser directement à ceux qui ont voté pour le FN. Comme pour l’élection de Trump, il faudrait cesser de viser lâchement ceux qui ne sont en rien responsables du résultat qu’on connait.

L’abstention veut dire l’abstention.

Parce que les leçons ne sont jamais retenues par ceux qui se bornent à croire qu’il n’ont rien à apprendre de nous, il convient de continuer à jouer à ce jeu par l’abstention. Elle est, à elle seule, un geste politique. Moins grossier que le bras d’honneur mais tout aussi symbolique. Les gens outrés par cette posture parleront immédiatement de cadeau fait au FN, de communautarisme, de division et, en épuisant les cartouches avec lesquelles ils tirent, finiront par faire tomber les masques en nous disant que de toute façon, ils n’auraient rien à craindre du FN au pouvoir et que le barrage serait surtout pour nous protéger. Quelle grandeur d’âme! Quelle bonté ! Ô, mes amis ennemis ! Triste nouvelle pour vous : je n’ai plus que le regard indifférent de Joan Crawford pour répondre à ce paternalisme teinté de mépris tellement ordinaire qu’il vous a échappé ! L’heure des génuflexions devant votre agenda est une heure morte et enterrée. Elle a épuisé toute ma souplesse et convaincu à jamais qu’être la pom pom girl d’une équipe qui ne mobilise ses troupes que pour sauver sa propre peau ne sauvera jamais la mienne alors qu’elle en a eu mille occasions. Et je n’en suis même pas désolé.

Cette abominable violence policière…

Ce matin, nous avons appris qu’un jeune homme de 24 ans, Adama Traoré, trouvait la mort à la suite d’une interpellation à Beaumont Sur Oise. La mort, me direz-vous, n’a, en soi, rien d’extraordinaire : la faucheuse finira bien par nous rendre visite et nous décoller à la vie. Cependant, cette mort s’inscrit dans une longue liste de morts devenues ordinaires, largement commentées et analysées lorsqu’il s’agit des USA mais très peu relayées et critiquées avec la même verve lorsqu’elles se passent sur notre sol. “On est pas aux Etats Unis, quand même”. Ouais et alors ? Alors, rien.

 

Qui était Adama Traoré ? Un homme noir de 24 ans, interpellé par les forces de l’ordre, fugitif avant de se rendre finalement et de mourir en garde à vue. D’après tous les témoignages récoltés par ses proches ainsi que des témoin, Adama aurait été passé à tabac avant de rendre l’âme. Le jour de son anniversaire. Et depuis ce matin, les témoignages à se tordre de tristesse pleuvent.

L’histoire vous rappelle quelque chose ? Beaucoup pourraient soupirer un « oui », prononcé tête baissée et dans la douleur. Actuellement, je ne suis capable de répondre qu’avec une rage dont je sens la force jusque la pointe de mes doigts et que seule l’écriture d’un billet pourrait calmer. Jusqu’au suivant. Puis au suivant, au suivant, toujours au suivant, encore au suivant jusqu’à perdre complètement espoir, jusqu’à me sentir couler dans une mare de pessimisme dans laquelle nos cris semblent inaudibles. Entre temps, on tentera par tous les moyens de nous calmer. On entendra tout et n’importe quoi, depuis la bouche de n’importe qui, en taisant la parole des principaux concernés, certainement parce qu’on n’aime pas les écouter les principaux concernés. On sait tellement mieux que les principaux concernés, trop émotifs et virulents. Et puis, depuis quand est-ce que ça compte, dans l’univers « médiatico-journalistico-mediatique », la parole des concernés ?

 

Arrivé à ce point, j’ai deux choix. Je pouvais me livrer à une analyse de cette triste nouvelle affaire, une de plus, en reprenant à mon compte ce qui a été déjà dit et répété à maintes reprises, en critiquant la couverture médiatique mais ce serait vous offrir une subjectivité des plus arrogantes et intervenir dans une histoire dont je ne suis que simple spectateur horrifié. Je préfère prendre un recul et apporter mon propre témoignage sur ce qu’il convient d’appeler les violences policières. Je ne souhaite pas récupérer ce drame pour m’assurer une quelconque promotion personnelle, argument sans cesse répété à l’encontre de ceux dont on veut accabler le témoignage et déformer la démarche. Je souhaite, exceptionnellement, vous livrer ici mon récit, basé sur ma réalité personnelle, mon cœur et ma chair, afin de lever le voile sur ce qui se passe et dont on ne parle qu’avec détachement et mépris. Par mesure de sécurité préventive, je tiens à préciser que, même si « nous ne sommes pas aux USA, quand même ! », je vais faire usage des mots blancs, racisé-e, de couleur et autres qualificatifs qui donnent la nausée à beaucoup de gens. Mais, comme je le dis assez souvent, la vérité vous libèrera… Enfin après vous avoir foutu les nerfs, quand même.

 

Je suis ce qu’il convient d’appeler un arabe « pas comme les autres » : dans l’espace public, j’ai souvent échappé aux doux qualificatifs de racaille ou de lascar, voir même de beur, probablement à cause d’un faciès lisse et d’un comportement tout aussi lisse, à la masculinité approximative, ce qui rassure encore pas mal de monde aujourd’hui. Le genre d’arabe qu’on brandi avec fierté pour contrer la caricature de l’arabe méchant et terrifiant, ignorant à quel point ce procédé est raciste, condescendant et méprisant. Le genre d’arabe qui aurait pu toucher un pactole en embrassant une carrière d’arabe républicain de service pour la droite comme pour la gauche. Si je n’avais pas de conscience…

J’ai grandi en banlieue, auprès de personnes de toutes origines, dans un paradis de la carnation pour toute maquilleuse moderne, là où seul ce qu’on est à la face des autres, connu ou inconnu, compte.

Loin de moi l’idée de justifier le comportement que je souhaite dénoncer mais je tiens à préciser encore que je n’ai jamais été l’image type de l’arabe de banlieue dont sont friands nos médias et nos politiques (ne détournez pas le regard, vous savez bien de quoi je parle. Allez, un petit effort…). Je pensais, dans mes années de délicieuse ignorance, que ce statut d’arabe rassurant constituerait une protection qui m’éviterait bien des bricoles puisque je n’étais pas eux! Comme je me trompais : étant arabe aux yeux de certains avant d’être un citoyen, j’étais par essence le véhicule de bons nombre de fantasmes, jamais articulés avec mon consentement ou à ma gloire.

Dvd is the new VHS. Vous la voyez, ma superbe arme du crime ?

Cela a commencé par une soirée où je rentrais d’un vidéoclub après avoir loué une VHS d’un concert en la compagnie de mon meilleur ami. Nous avions décidé de nous poser sur un banc un court instant avant d’aller regarder notre chère cassette. En pleine discussion sur un sujet dont je ne me souviens plus, je lâchai un « c’est bon ! » qui, hasard malheureux de la vie, fut interprété comme un « sale con ! » par un passant qui faisait son jogging. Rapidement, nous nous embrouillons jusqu’à ce que le jogger finisse par reconnaitre ses torts, allant jusqu’à sourire mais c’était trop tard : une voiture de la bac passant par là, il fallait intervenir. En moins de deux minutes, ma tête de mes quinze ans a reçu un coup de matraque et je me suis retrouvé sur le sol, serrant contre moi ma VHS empruntée tandis que mon meilleur ami, un blanc qui pourrait passer pour le fils de Nicole Kidman, était écarté et avait le droit à un interrogatoire bien plus respectueux. Le jogger tenta de s’interposer en nous défendant. On réfuta sa parole – “c’est de la racaille” – et on me confisqua la casette dans laquelle on voulait voir si je ne planquais pas une arme. Malheureusement pour les policiers, on me rendit ma VHS, accompagnée d’un « mouais… » imprégné de doute : un adolescent, arabe, qui loue un concert n’a jamais le droit de convaincre totalement de son innocence. Le jogger disparu et une femme, à qui je dois bien plus qu’une boite de chocolats, vint prendre notre défense. Immédiatement, elle évoqua une intervention abusive, qu’elle avait suivie depuis sa voiture avant de nous rejoindre. La scène, avec le recul, était drôle. Du moins, aujourd’hui, c’est avec cette observation que je tente de colmater ma peine encore vivace. Face à elles, on ne mouftait pas, on gardait son sang froid et j’eus même le droit à un « salut les jeunes !» balancé en toute légèreté par le policier qui m’avait matraqué, sensé enterrer les coups que j’avais reçu et certainement jouer le rôle de l’excuse qui n’a pas eu lieu.

Le reste de l’histoire importe peu. En revanche, ce qui a germé en moi depuis ce jour et qui n’a cessé de grandir à la suite d’événements quasi similaires compte et comptera toujours. Parce que figurez-vous qu’un événement de ce genre là, ça ne s’oublie pas. Pour évoquer ce soir là, je n’ai jamais parlé de violences policières, de bavure, de brutalité. Pendant longtemps, j’y ai fait référence sous le nom de « l’embrouille » car, au fond, j’étais dans le brouillard le plus complet. Pendant longtemps, je me suis interrogé sans interroger ceux qui se sont fait plaisir sur mon dos pensant que j’étais seul responsable de mon propre épisode malheureux. Pendant longtemps, je me suis détesté, méprisé dans ce que j’avais, consciemment ou non, donné à voir de ma personne, me demandant pourquoi Rémi, David ou Flavien (mes amis d’enfance, très corps traditionnel français et je ne m’en excuse pas) n’avaient jamais subi d’expérience comparable. Pendant longtemps, je me suis trouvé des torts parce que j’étais élevé au pays de l’égalité et qu’il était impensable pour moi que des agents de l’état puissent être du mauvais côté. Je crois même avoir pensé, l’espace d’un instant, que j’aurais été de ceux qui disent aujourd’hui, pour couper court à toute autocritique que nous n’étions pas aux USA, quand même.

 

Flash express : nous retrouvons au beau milieu des années 2000, cinq ans après mon infortune. Depuis, j’ai cumulé des expériences désastreuses avec la police mais, dans mon malheur, je me suis éduqué en prenant connaissance de l’existence de cas de brutalités policières. Je ne me reprochais plus rien même si je savais que je demeurais perdant quoiqu’il arrive alors je tâchais au maximum de ne rien laisser arriver. Quand on laissait passer la foule en gare Saint Lazare mais qu’on filtrait les arabes et les noirs, comme un coup de peigne dans une chevelure parasitée par des poux, pour nous fouiller, je la fermais. Quand un flic me reprenait, pour une clope mal éteinte ou un objet jeté dans une poubelle qui finissait par glisser vers le sol, à base de propos hallucinants par leur liberté de ton et leur racisme (« tu t’es cru chez ta mère ? » , « Hey Zoubida, tu t’es cru au bled ? »), je la fermais. Quand on m’interpellait avant de me déshabiller jusqu’au caleçon (Quartier de l’Opera) parce que j’avais le malheur de passer un portique en gare du nord et de me faire bousculer par une tête blonde qui profitait de mon passage sans mon consentement, je fermais ma gueule. Quand, sur l’esplanade de la défense, on me contrôlait juste avant le boulot et qu’on se permettait de fouiller ma sacoche, mes poches et même le contenu de mon paquet de clopes, je la fermais. Quand une dame se faisait arracher le sac à cent mètres de moi par un blanc et qu’on se jetait littéralement sur moi (malgré les cris de la victime qui leur disait « mais non, c’est pas lui, c’est pas lui ! ») pour me foutre la paix après m’avoir quand même contrôlé avec brutalité sans même s’en excuser, je la fermais. Quand, surpris de me voir seul à manger une glace en lisant un magasine pour ados sur un banc du parc de Bercy comme tant d’autres on me contrôlait sans justification, je la fermais. Et quand un flic décelait un peu de rage et de tristesse en moi et qu’il me disait “si t’es pas content, va te plaindre mais qui va te croire, hein? Qui va t’écouter?” en riant devant ses collègues, je la fermais et je souffrais en silence sans établir de contact avec le monde extérieur par peur de croiser ce regard compatissant mais qui enferme dans le désespoir.

Vous dire pourquoi je la fermais relève d’une seule chose : la famille. Désolé mais, pour moi, la garde à vue ne figurant pas au rang des objectifs à atteindre, j’ai toujours refusé d’empirer ma situation car je n’avais pas les moyens de me battre. J’ai grandi avec des parents humains et respectueux de la Sainte République égalitaire, bernés par l’illusion de la justice, au point d’intérioriser la même culpabilité qui était la mienne. Finir en garde à vue signifiait finir en garde à vue, une action qui n’a pas le droit à un autre chose qu’un arrière goût amer d’échec. Parce qu’on a tous grandi avec une idée, ma foi très fermée, sur le rapport à la Police, cette institution qui nous protège tous, s’occupe d’arrêter les malfrats, de nettoyer les rues, blablabla…. Parce qu’on a intériorisé la loi du cliché, pensant que la police a le droit de mal me traiter parce que j’ai le tort d’avoir la même couleur que ceux qu’on pointe du doigt ou de venir d’un endroit pensé comme siège social de la délinquance d’île de France. Et puis, j’étais déjà incarcéré dans un fantasme injuste et sale, pourquoi prolonger l’incarcération “pour de vrai”?

Je vais vous faire une confession honteuse: sur la question du rapport à la police, j’ai longtemps souffert du syndrome de Stockholm, leur trouvant des justifications quand il n’y avait que matière à s’indigner. J’avais intégré le fameux « et on s’etonne après qu’ils soient racistes », horrible raisonnement par la culpabilité où à force de clichés, on finit par se nier dans ses droits juste pour sauver sa face et se sortir du lot. Être le bon citoyen, arabe lisse, si l’on veut. Avoir tellement envie et besoin d’être respecté qu’on arrive à tout tolérer à commencer par le pire… Quand un flic m’interpellait en plein été et, devinant que je n’étais qu’une taffiole, je riais à ses blagues profondément homophobes et racistes ; quand il me palpait en me parlant de la gay pride en toute légèreté et me traitant de tous les noms, m’informant au passage qu’il savait que j’aimais ça, je prenais son parti contre moi. Quand l’un d’entre eux, après contrôle, devinais que je n’étais pas de la norme sexuelle majoritaire, se prenait de sympathie pour moi et mon sort de pédé de cité (“mon pauvre, j’imagine ces racailles qui doivent te harceler, tu devrais t’en plaindre….”)  je prenais son parti. Quand un flic allait jusqu’à fouiller ma play list sur mon Iphone (rue de Maubeuge, Gare du Nord), émettant des commentaires salaces sur mes choix musicaux, je la fermais et je prenais son parti. Tout ça au nom du “ferme ta gueule, ça t’évitera des emmerdes”.

Puis, j’en dégueulais de rage, quand j’étais seul en face à face avec ma conscience, mais avais-je d’autre choix que de me plier à l’autorité en essayant de me mettre à leur place ?

 

Puis sont venues les premières affaires de violences policières en banlieue. Terrifiantes. Même si j’étais un arabe lisse, un arabe pédale avec de l’argent sur lui, qui jouait les folles devant les flics pour s’éviter un contrôle abusif – une taffiole n’est capable de rien de bien dangereux, c’est bien connu -, j’apprenais que j’avais échappé à la mort. Les choses pouvaient en arriver jusque là. La tentation de fuir me brulait à chaque fois, mais je préférais tout sauf perdre ma vie car je savais que la mort pouvait m’arrêter dans ma fuite.

Parce que, quoi qu’on en dise, dans le rapport à la police, on est toujours du mauvais côté quand on est racisé. Le rebelle, celui dont on dira qu’il a osé un affront, un outrage, celui dont on ne minimisera jamais les actions dans les chroniques, celui dont on ne peut accepter le statut de victime, sera moi. Et la police, quand elle faute, aura le droit à tous les euphémismes, tous les dédouanements possibles. Doit-on encore parler des policiers qui ont été acquittés dans des histoires de meurtres ?

Pourquoi est-ce que des jeunes racisés sont prêts à tout pour échapper à un contrôle de police ? Tout simplement parce qu’on sait qu’on sera toujours perdants. Parce que dès le premier contact, on sait parfaitement qu’on a tout contre nous et on ne remerciera jamais toute la propagande qui nous a rendu coupable avant, pendant et après le rapport policier. On restera jugés avant même d’être accusés, qu’on soit en jean, jogging ou en costume.

 

Bien du temps est passé mais les hématomes sont toujours là. J’ai vécu avec cette tâche sur ma vie qu’aucun produit n’arrivera à effacer, sans même nourrir l’espoir de l’enlever.Et tout qui se passe ici, pas qu’aux Etats Unis, ne fait que la noircir et me rappeler à mes premières mésaventures.

On se gargarise à longueur de journée sur la liberté de penser, de circuler, de critiquer mais pourquoi un tel silence ? Pourquoi se refuser à un comparatif accablant entre la France et les USA sur cette question ? Parce que ça parle de race et de classe, deux notions à bannir parce que ça serait raciste ? D’ailleurs qui a décidé et au nom de qui de ce qui était raciste ou non ? Pourquoi un tel tabou ?

A nos amis blancs de Nuit Debout qui veulent de nous, les racisés, uniquement en renfort comme jadis on voulait de nous pour les pâtisseries à l’école lors des kermesses, pourquoi avoir réfuté cette réalité et l’avoir finalement validée quand elle s’est invitée sous votre nez ? Vous étiez où quand on hurlait notre désespoir ? Pourquoi est-ce qu’un problème n’a le droit d’exister légitimement et sans la moindre suspicion que lorsque vous en faites l’objet ? Et vous voudriez qu’on oublie continuer à nier l’existence des couleurs, des hiérarchies raciales sans même reconnaître l’erreur ?

Mention spéciale tout de même au flic racisé qui exauce les vœux de ventriloques racistes quand il se montre deux fois plus dur avec nous, – un nous qui renvoie aux victimes racisées -, prenant la liberté de nous tutoyer, de placer quelques mots d’arabe des fois, histoire de bien montré qu’il n’est pas de notre camp mais qu’il nous connait, avec nos vices et nos entourloupes. Je ne saurai éprouver autre chose que de la pitié pour toi , exactement comme ces hommes et femmes politiques racisés alibis dont on devine au premier mot la seule fonction…

 

J’aimerais revenir à Adama Traoré pour conclure. Espérer que son âme trouve la paix, finir en beauté comme si c’était possible mais je n’en ai pas la force. Espérer la justice même quand on sait qu’elle aime se dérober à certains d’entre nous. A travers Adama, j’aimerais aussi revenir à toutes ces morts lâches, brutales et injustifiées mais qu’on a apprit à encaisser mais qu’on ne voudra plus jamais tolérer. Attendons que l’enquête sur sa mort aboutisse et ignorons, à titre exceptionnel, le démon du pessimisme qui vit dans un coin de nos têtes et qui aime nous susurrer notre impuissance. Oublions tout ça.

Après avoir été condamné pour discrimination, notre cher Etat ne semble pas souhaiter vouloir se pencher sur la question. Et quand une activiste comme Sihame Assbague ose amener le problème sur la table, on l’accusera plus ou moins de faire monter le FN ou d’exacerber les tensions. Comme si le FN allait changer quelque chose à votre vie… Il n’est pas question de marquer au fer l’intégralité des policiers pour qui j’ai du respect mais de pointer des brutalités et des discriminations qui peuvent entraîner la mort. On n’éprouve aucun mal à pointer du doigt les musulmans pour un attentat, à demander des actes de désolidarisation (comme si, en substance, on sous entendait une solidarité inconditionnelle, presque tribale), qu’attend-on pour agir concrètement ? Qu’attend-t-on pour parler du racisme ? Qu’attend-t-on pour parler du rôle de l’état dans toute cette mascarade ? Combien de morts vous faut-il ? Combien de familles endeuillées vous faut-il ?

Quant à ceux qui se passionnent avec sincérité sur le sujet, auquel ils sont étrangers, mais qui ont le moyen de rédiger des tribunes et des livres, qu’attendez-vous pour lâcher le micro, renoncer à un peu de narcissisme et donner la parole aux concerné-e-s ? Et pour ceux qui, malgré la mort, continuent de trainer les victimes de violences policières dans la boue, comment avez-vous pu renoncer à votre humanité ? Aux aveugles de la couleur, comment pouvez-vous d’une main nous renvoyer à nos origines pour relativiser notre humiliation (« Arrête de te plaindre : au bled, ça doit être pire… ») et nous demander d’être nu de toute appartenance ethnique (c’est assez difficile de passer pour un blanc quand on est bronzé de nature, croyez-moi) ? Aux médias, je sais que vous travaillez sous la pression du journalisme qui fait frissonner mais ayez un peu d’intégrité et dites les choses franchement, sans langue de bois, pour une fois. Quant aux responsables politiques, gênez-vous : vous êtes capable du pire du pire (et la liste est longue), alors, franchement, une petite réforme de la police, qui apaisera bien du monde et des deux côtés, ne ferait pas de mal…

Oui, je parlais de la fameuse promesse sur laquelle certains se sont fait élire.

PS : Pas la peine de venir m’instruire, moi le bougnoule subjectif sur les vertus de la police que j’ignorerais, de me parler des syndicats policiers LGBT, de m’inviter à se tenir la main en écoutant John Lennon, de me demander d’adoucir ma critique ou mon récit, de me faire le classique procès en hystérie, de m’inviter à rêver d’un autre monde, de me demander de retourner dans un “chez-moi” fantasmé sur les bords de la Méditerranée ou de me parler de racisme antiblanc. Par contre, j’invite tout le monde à sortir de sa zone de confort et à regarder la vérité bien en face. Ca pourrait sauver des vies…

Blantriarcat et les sept antiracismes

Il était une fois un royaume traversé par des crises dont le racisme était l’une d’entre elles. Beaucoup de monde s’était cassé la figure à lutter contre un mal qui, au delà des blessures qu’il infligeait aux bonnes âmes, faisait des dégâts incommensurables. Il s’était imposé partout, du matin au soir, du Lundi au Dimanche, sur toutes les ondes et sur tous les postes de télévision, sur les unes des journaux, dans les bouches des intellos et de gauche à droite mais avec toujours la même cible qui semblait grossir et se diversifier.

Le racisme était devenu vertueux, symbole d’un courage d’un nouveau genre, allié d’une lutte pour le maintient d’un vivre ensemble fantasmé et tellement décomplexé. Il ne s’agissait plus de haine, héritée d’un colonialisme et d’une histoire esclavagiste honteuse mais de résistance, au nom de principes fondateurs.

L’antiracisme vit le jour mais avec difficulté. Les fées de l’égalité étaient à cours de dons parce que le monstre raciste mangeait tout sur son passage, à commencer par les derniers antiracistes déçus, qui basculaient à peu près là où leur utilité semblait évidente. Il fallait s’organiser pour lutter mais… dans un royaume où l’odeur du racisme était imprégnée jusqu’à la dernière fibre, qu’allait-il se passer ?

Il arrive des fois que des débats réussissent à concentrer toutes les problématiques de l’antiracisme qui ont été tues depuis ces dernières années par de petits commentaires, des hors sujets et par le recours à des méthodes bien révélatrices du niveau abyssal de la réflexion. Et la dernière édition de Ce Soir Ou Jamais l’a prouvé et m’a inspiré dès le générique. Bizarrement, en jettant un coup d’œil aux invité-e-s, on avait l’impression de se retrouver face à un roman d’aventures ou un conte, puisqu’on pouvait compter sur :

  • Oliviero Toscani, photographe, pour la touche artistique et les sensibleries qui vont avec. On lui doit notamment ces clichés vulgaires ou non, vaguement antiracistes des années 80 dont raffolait Benetton. Il jouera le rôle de l’enchanteur.
  • Sabrina Goldman, vice présidente de la Licra, une association de lutte contre le racisme et l’antisémitisme aux positions pour le moins ambigües pour le point de vue d’une association bien vue de l’Etat. Elle jouera le rôle du lutin.
  • Emmanuel Debono, historien de l’antiracisme pour… Rien. Il jouera le rôle du figurant.
  • Anastasia Colosimo, pour avoir le point de vue inédit d’une personne non concernée par le racisme et dont on devrait attendre l’expertise sage et indispensable au saint “vivre ensemble”. Elle jouera le rôle de la bonne conscience qui finira par s’étouffer dans ses bonnes intentions.
  • Houria Bouteldja, pour faire grincer des dents et mesurer l’impact du ravageur racisme antiblanc qui semble avoir tant de pouvoir. Elle jouera le rôle de la vilaine sorcière uniquement parce qu’on l’a décidé pour elle.
  • Maboula Somahoro, pour avoir un point de vue d’une concernée et d’une véritable experte. Elle jouera le rôle de la Reine.
  • Thomas Guénolé, pour jouer les gentils, ceux qu’on pensait du bon côté de la question mais qui finissent à côté de la plaque et cela, après avoir tenté d’incarner le bon antidote aux thèses sur la banlieue colportées par les réacs blancs de plus de 50 ans. Il jouera le rôle de Merlin le Désenchanté.
  • Nadia Remadna, travailleuse sociale, suiveuse des Fadela Amara, Loubna Méliane, Safia Lebdi, Lydia Guirous et autres femmes arabes des quartiers qui attendent qu’on vienne les délivrer de la racaille musulmane qui les opprime et, si possible, leur offrir un poste au sein d’un parti ou d’un gouvernement, quitte à jouer les paillassons idéologiques. Elle devait jouer le rôle de Cendrillon mais, étant donné ses qualités d’humoriste, elle jouera le rôle du bouffon.

Au final, nous avions cinq femmes sur huit invités mais malheureusement, peu de place pour les concerné-e-s. Pas de rroms, pas de femmes voilées, pas d’homme noir ou arabe, pas d’asiatiques. Par conséquent, le thème est donc affiné et on parlera, comme vous pouvez le prévoir, du racisme qui concerne majoritairement les noirs & les arabes, d’obédience musulmane. Je ne vais pas me lancer dans un récit relatant point par point, ce qui a été dit dans le débat et dont je laisse à chacun la liberté de voir ou revoir en ligne mais certains points doivent être commentés.

On ne peut pas critiquer et faire exactement ce qu’on critique

Thomas Guénolé a démarré son intervention en exposant ce qu’il considère comme étant raciste, misogyne et homophobe chez Houria Bouteldja qui vient de publier un livre. Le moment était tendu. Rien de ce qui a été relevé ne trouve grâce à mes yeux, pas même que la photo mais il me parait inefficace de saisir cette opportunité pour débattre d’un livre alors que ce n’est pas le thème de l’émission mais également d’en couper des citations. Ce moment ne m’aurait pas plus marqué si Thomas Guénolé n’avait pas passé le reste de l’émission à envoyer des pics assez condescendants vis à vis de Maboula Soumahoro qu’il a assimilée à une membre du PIR… comme jadis, on assimilait dans le “bon antiracisme d’état bonbon rose” toute personne à l’opinion marginale à un membre du FN ou un nazi.

On ne peut pas taxer de racistes des militant-e-s antiracistes en faisant preuve de racisme. Désolé, mais ne pas être racisé-e et faire commerce de l’antiracisme par le biais de livres ou d’interventions dans des conférences, en disqualifiant toute parole des premier-e-s concerné-e-s qu’on range au PIR ou chez les nazis. C’est exactement ce qu’on fait des associations comme Sos Racisme, en niant la parole et l’expérience authentique des concerné-e-s comme s’ils ou elles n’étaient pas en mesure de mettre des mots sur leur oppression en s’affirmant et se défendant. Comme sur les questions féministes, de lutte des classes, d’homophobie et de transphobie, il faut impérativement laisser la parole aux concerné-e-s, quitte à perdre du pouvoir dans la discussion car c’est ce dont il est question. Vouloir à tout prix récupérer une discussion qui ne nous concerne pas au point d’être presque devenu LA référence en la matière, n’est ni signe de sagesse, ni signe d’humanisme.

Les mots sont importants

Evident, non ? Pas pour tout le monde. On parle souvent de lutte contre le racisme ET contre l’antisémitisme. C’est, à mon sens, tout le paradoxe de cet antiracisme moral qui veut anéantir la lutte contre le communautarisme et les soit disant concurrences victimaires en établissant une distinction entre le racisme, en général, et l’antisémitisme. Au nom de quoi ? Je l’ignore. On pourrait me rétorquer que l’antisémitisme a une histoire mais quel racisme n’a pas sa propre histoire ? D’ailleurs, s’il y a une histoire des sémites, elle devrait s’étendre à tous les sémites, qu’il soient juifs ou pas mais il semble que le terme n’ait pas le droit à une guerre sémantique aussi virulente que lorsque l’on parle d’islam.

Le même problème se pose avec l’Islamophobie. Le terme fait encore polémique, bien entendu chez les mêmes personnes : les non concerné-e-s qui n’éprouvent aucun gêne à faire durer une polémique sur un problème qui ne les atteindra jamais mais qui tiennent, à coups d’interventions médiatiques, de débats, d’articles de presse et de livres à ne plus en finir, à nous faire savoir combien le terme est inadapté. C’est aussi indécent et prétentieux que des hommes venus expliquer aux femmes combien le terme “sexisme” est inapproprié; chacun sa lutte mais de grâce, n’allons pas expliquer aux personnes qui vivent dans leur chair ce que nous ne vivons pas l’attitude à observer ou le vocabulaire à employer.

Que les choses soient bien claires : l’islamophobie est le racisme dirigé contre les musulmans et rien d’autre. Quand des mosquées ou des cimetières musulmans sont vandalisés, quand des femmes voilées sont agressées, quand on contrôle sans relâche des personnes qui sont ou paraissent musulmanes, c’est de l’islamophobie. Quand on harcèle des musulman-e-s, quand on les discrimine, quand on fait voter des lois ou qu’on applique des circulaires qui n’ont pour seul but que de les effacer du fameux « vivre ensemble », c’est de l’islamophobie pure et dure. Tout autre définition retarde l’heure du bilan et nie la réalité dans la plus grande brutalité. Par conséquent, lorsque l’on nous dit que l’islamophobie est un concept inventé par les Mollahs aux lendemains de la révolution islamique Iranienne et repris par les musulmans du monde entier pour faire taire toute critique de l’Islam, on ne fait que répéter pour la centième fois un mensonge raciste. C’est faux parce que le concept date d’il y a plus d’un siècle et raciste car il rabaisse les musulman-e-s qu’on fait passer pour des êtres obscurantistes et susceptibles qui n’ont pas d’autre réflexe que l’insulte, par opposition aux autres, aux éclairés, laïques, intelligents, qui, bien entendu, ne font pas de sentimentalisme, etc…

Par ailleurs, pour ce qui est de la critique de la religion musulmane, pourrait-on nous dire qui pratique encore la langue de bois ? Pourrait-on nous dire qui souffre de ne pas avoir à dire combien cette religion est abominable, dangereuse pour la France, incompatible avec ses valeurs dont on se gargarise à longueur de journée au point d’en avoir perdu la saveur ? Pourrait-on nous expliquer comment la religion des minoritaires aurait réussi à imposer une autocensure quand l’Islamophobie bat des records ? Peut-on arrêter de nous bombarder de discours sur les “bien pensants”, sur le politiquement correct et regarder les choses en face ? La vérité, c’est que personne ne se censure, à commencer par les écrivains convertis dans la littérature urine, les actrices de cabaret, les polémistes, les féministes qui ont mal vieillit et les médias :

On ne peut vraiment plus critiquer l'Islam, franchement !

On ne peut vraiment plus critiquer l’Islam, franchement !

Mais, de toute façon, passé cette démonstration, on aura toujours le droit à l’éternel refrain des antiracistes islamophobes qui déclareront, après avoir levé les yeux au ciel : « Oui mais, quand même, l’Islam n’est pas une race…. Donc on ne peut pas être raciste, quoi ».

Merci pour les masques qui viennent de tomber. Vous qui ne voyiez ni les races, ni les couleurs qui auraient été ôtées à la naissance par le shampoing Républicain fantasmé dont vous vous gargarisez à longueur de temps, vous venez de vous trahir. Et je vous réponds : le judaïsme n’est pas une race et tout comme l’Islam, s’en prendre à ses croyants parce qu’ils sont ce qu’ils sont, tout en les enfermant dans un groupe qu’on a racialisé, en leur ôtant leur citoyenneté pour n’en faire que des musulmans / juifs, quitte à flatter la liberté de critique, les droits des femmes & des minorités, c’est raciste.

Le racisme anti blanc et ses effroyables conséquences.

Le racisme anti blanc et ses effroyables conséquences.

Pour ce qui est du racisme « anti blanc », arrêtons tout de suite le train et soyons clairs : il n’existe que dans les fantasmes les plus fous. Le racisme anti blanc supposerait une oppression qui ne soit pas blanche et où être blanc signifierait devenir minoritaire au point de ne plus être visible et/ou représenté. Or, il est mensonger et dangereux de laisser croire que, soudainement, le pouvoir serait passé de la majorité à la minorité qui aurait maintenant, les moyens de retourner l’oppression. Maintenant, existe-t-il des blancs qui font l’objet d’un rejet ? Certainement. Est-ce du racisme ? Tout dépend ce qu’ils ont connu mais une chose est certaine : si être blanc n’était pas un privilège, ça se saurait. L’histoire de l’humanité toute entière aurait été différente. Et si être blanc était un facteur discriminant qui prive d’emploi, de logement, de dignité, de respect, d’accès à la propriété et de se retrouver dans les projections visuelles (médias, fictions, etc…), ça se saurait et j’ose croire que le mal serait traité avec la plus grande énergie. Mais j’imagine que les anecdotes de blancs qui se sont vus refuser l’entrée dans une boite de nuit où on s’éclate sur du Ragga ou de blancs qui ont eu l’impression d’être dévisagés en allant déguster un Kebab doivent suffire pour entretenir le mythe. Mais il semble que les bonnes associations antiracistes ont de l’énergie à consacrer à lutter contre ce pseudo racisme. Un jour, peut être qu’on luttera efficacement contre l’hétérophobie, pendant qu’on y est ? Désolé, mais le racisme antiblanc, à travers les cas ultra exceptionnels dans lesquels il peut se manifester (c’est à dire les anecdotes insignifiantes de racisme du type “ma voisine blanche est allée au Togo, on l’a trop mal regardée”) servent uniquement à rassurer le blanc sur sa capacité à parler du racisme en lui faisant croire qu’il peut en être une cible potentielle et devenir une victime, lui aussi alors que c’est tout simplement faux.

Evitons de parler à tout bout de champs de la « victimisation », ce mot qu’on trempe dans la haine comme un biscuit dans du lait et qui a encore plus d’impact quand il est prononcé par des concernés par le racisme  qui servent les intérêts des non concernés, souvent pour satisfaire leurs ambitions. Oui, je parle de tous ceux et celles qui, à l’instar de Nadia Remadna ou Amine El Khatmi, adorent ce terme qu’ils servent à toutes les sauces et là, pour le coup, pour vraiment faire taire toute critique et instaurer une censure. Non, quand on subit une oppression, on ne se victimise pas puisque on vient de recevoir un coup. En vérité, se victimiser, c’est se trouver un statut de martyr coûte que coûte, quitte à inverser les rôles et à réécrire l’oppression et c’est ce que des masculinistes parviennent à faire avec des femmes ou ce que des racistes réussissent à faire avec des racisé-e-s. La stratégie est simple : pour s’éviter d’être taxé de raciste et à juste titre, on utilisera la voix d’une personne alibi issue du groupe sur lequel on plaque pas mal de fantasmes. Au final, un tel procédé neutralise la moindre contestation, flatte les dominants, propulse les personnes alibis sur le devant de la scène médiatique en leur ouvrant des portes et exacerbe les tensions parce qu’il n’y aura nulle discussion subversive. Je rappelle que Nadia Remadna est une parfaite inconnue mais que sa pittoresque prestation dans l’émission lui a attiré la sympathie sur Twitter d’un certain Amine El Khatmi. Je pense que beaucoup s’accorderont à dire qu’elle était absolument incompréhensible, passant du coq à l’âne, sans structure mais le fait qu’elle prononce les mots “magiques” aura largement suffit.

Ces fantasmes qui déforment la réalité et fabriquent de la haine

Il serait bon, dans une perspective d’apaisement, de cesser de faire dire à des données ce qu’elles ne veulent absolument rien dire ou pire encore : les exploiter pour diviser et créer davantage de problèmes… sur une problématique qui ne le concerne pas. Thomas Guénolé évoque son concept de « désislamisation » qu’il tient à coups de chiffres invérifiables; en effet, selon ses dires, 70% des musulmans ne font pas leur prière, ne vont pas à la mosquée & 85% de musulmanes n’ont jamais porté de voile. Le rapport avec la désislamisation ? On le cherche encore. C’est à la fois mal connaître l’Islam et les musulmans que de parler de désislamisation juste parce qu’il voit mal ou pas l’Islam et ça me rappelle étrangement Nadia Geerts qui déclarait que chaque femme voilée porte en elle un projet. Ce qu’il aurait fallu faire, en revanche, ce serait questionner ces chiffres, chercher une explication et surtout exposer l’hystérie médiatique sur l’Islam à laquelle il contribue étant donné que seul 15% des femmes porteraient le foulard et que les musulmans ne serait pas si nombreux, selon son jugement, à être pratiquants. Et d’ailleurs, quel est l’objectif d’un tel argumentaire ? Rassurer les non musulmans non concernés sur la question ? Leur dire « voyez, les musulmans, tant qu’on les remarque pas, tout va bien » ? Ajouter de la suspicion sur ceux qui ont une religiosité visible, indiscrète, provocante ?

On a eu le droit à des tas d’anecdotes ultra personnelles de la part de Nadia Remadna. Celles et ceux qui raffolent de récits de femmes de banlieues oppressées, qui reçoivent des injonctions sexistes mais qui, en pleine crise raciste, préfèrent la déviation, parler de racisme « entre maghrébins » et « entre noirs » comme ceux qui préfèrent parler de problèmes d’acné lorsque la discussion porte sur le cancer de la peau, auront été servis ! La dame est un condensé de clichés une caricature vivante « avec l’accent », travailleuse sociale comme elle l’a rappelé à chacune de ses interventions, maman, traitée de pute parce qu’elle ne portait pas de foulard et, fait ultra rare… issue d’un quartier populaire du 93 (appréciez le pléonasme). Qu’elle a été son utilité ? Rassurer le blantriarcat. D’après cette grande dame à qui l’on peut d’ores et déjà prédire un destin médiatique ultra chargé, les choses sont simples… quand on arrive à la comprendre parce que Nadia Remadna parle comme on conduit une auto tamponneuse. Son discours est confus, pauvrement argumenté, fondé sur rien mais la masse de clichés et d’amalgame qu’il colporte suffira à flatter l’élite dont elle sert les intérêts avec la plus grande ferveur.

Extrait choisit : « Les musulmans, ils ont toujours vécu en France ou ailleurs… C’est pas la politique de la ville, hein, c’est pas une mode. Et moi je voulais revenir sur l’islamophobie. L’islamophobie, c’est, comme on disait, en fin de compte, quand on dit par exemple à quelqu’un, vous voyez quelqu’un, soit une femme voilée ou quelqu’un qui est barbu et tout ça avec… C’est vrai qu’il y a eu des gestes quand il y a eu des attentats, les gens ont eu peur. La peur, c’est humain ! On peut pas dire aux gens ne pas avoir peur, la phobie si on l’explique, ça veut dire « avoir peur » mais pas avoir peur de la personne, avoir peur parce qu’il y a eu des choses, on a pas expliqué les choses, c’est comme il y a des histoires de la laïcité où on a pas expliqué aux gens exactement c’était quoi la laïcité alors il y avait des gens au nom de la laïcité ils disent « de toute façon, c’est laïque, je fais ce que je veux où je veux et y’en a un qui dit « de toute façon, la laïcité, tu n’as pas le droit de prier, tu n’as le droit de rien faire ». Et l’islamophobie, j’pense que c’est un petit peu comme ça : on a inventé, euh, mit le mot « islamophobie », certains en ont fait justement alimenter encore une haine, comme moi je suis toujours dans l’apaisement parce que moi je suis je euh je suis voilà, je suis dans l’apaisement. Il y a l’islam qu’on a connu nous, l’islam de nos parents, l’Islam « voilà, voilà » et aujourd’hui, il y a des radicaux, on ne peut pas le nier, il y a eu le… Moi je reviens toujours, on a eu la guerre, en Algérie on a eu une guerre civile qui a fait pas mal de dégâts, et c’était vraiment on ne peut pas dire que ces gens là étaient une recherche identitaire comme on dit souvent « voilà, l’Algérien qui avait peur de son voisin algérien parce que on venait de tuer devant lui son père et sa mère alors aussi, on peut dire que lui était islamophobe parce que lui aussi avait peur », voilà, c’est ça. J’crois qu’il faut expliquer, c’est tout et quand on explique, on discute, on a le droit de ne pas être d’accord mais je pense qu’il faut oser dire les choses : il faut les nommer. A force de ne pas dire les choses et de ne pas les nommer, je pense que c’est ça qui créé ce conflit là ».

Voilà. Nadia Remadna ne fait que récupérer les thèses des plus grands réacs qu’elle emploie à son compte. Presque immédiatement, son « courage » a été loué sur Twitter, comme si, finalement, vomir la banlieue d’une main et ménager le racisme en légitimant l’Islamophobie, c’était le signe du plus grand courage.

Résistance et condescendance des non concerné-e-s

Un débat ne peut être un débat sans contradictions. Malheureusement, pour une question aussi lourde que celle de l’antiracisme, le moins qu’on puisse dire, c’est que les antiracistes non concerné-e-s ont un mal fou à sortir de leur zone de confort et faire ce qui est attendu d’eux : cesser toute analyse à partir de leur point de vue qui est, sur cette question, purement inutile et hors sujet.

Lorsque Maboula Soumahoro évoque le transfert qui a été fait ces derniers temps, depuis la question raciale à la question religieuse, expliquant qu’on s’adresse aujourd’hui à des musulmans, principalement pour désigner les arabes, Anastasia Colosimo lui répond : « mais ça c’est aussi parce que les minorités utilisent la question religieuse ». Ah bah dites-donc ! Elles sont vraiment vilaines ces minorités qui l’ont bien cherché ! Sauf que, dans les faits, si les minorités utilisent la question religieuse, c’est sans doute parce qu’on les pousse à le faire, qu’on les identifie en tant que musulmans ou juifs avant tout en les renvoyant à leur religion du matin au soir, parce qu’il faut leur trouver un nom maintenant qu’on les appelle « français » après avoir passé des années à parler de blacks, de juifs ou de beurs. Et on voudrait qu’ils se considèrent avant tout comme citoyens. Il faudrait se mettre d’accord.

Quand Maboula Soumahoro dit qu’elle aimerait sortir du prisme de la race qui est encore bien réel, Anastasia Colosimo est claire : « Mais ça c’est parce que vous croyez que l’individu se résume à son appartenance »Désolé mais ça sera NON. On aimerait bien que l’individu soit autre chose que ce qu’on voit de lui, mais, aux dernières nouvelles, on voit toujours les gens pour ce qu’ils sont. Et quand ils ont le tort d’être rroms, noirs, arabes, ils sont limités à ça. Un tel argument trahit un énorme défaut de communication propre aux non concerné-e-s qui pensent avoir la réponse à la question qu’ils n’ont pas entendue parce qu’ils ou elles pensent être suffisamment renseignés pour y répondre. L’identité, surtout d’une personne racisée, est ultra complexe et dire de ceux dont on ne partage pas l’identité qu’ils la résument à leur appartenance est d’un mépris sans nom. Maboula Soumahoro aura beau répondre qu’elle n’est « pas en train de défendre l’identité raciale qui enferme un individu dans un groupe ou une communauté », Anastasia Colosimo rétorque : « Mais en disant les blancs, les noirs, les arabes, c’est exactement ce que vous faites ». Il fallait l’oser. En 2016, la jeune garde ignore encore la réalité au point de vouloir faire culpabiliser les racisé-e-s sur le racisme qu’ils et elles connaissent en leur collant une responsabilité. Quant à l’aveuglement à la couleur, permettez moi juste de dire une chose : c’est de l’antiracisme raciste que de ne pas voir les couleurs. Les ignorer à ce point, c’est ignorer leur histoire, leur douleur et leur fierté juste parce que vous ne vous sentez pas à l’aise avec. Et vouloir censurer toute discussion sur la couleur et sur les différences revient à censurer toute remise en question de vos privilèges, de votre pouvoir et de votre antiracisme raciste que vous avez décidé de construire à partir de votre analyse de l’expérience d’autres personnes dont vous avez nié la couleur. En gros, vive le contresens et la condescendance. Et si l’appellation “blanc” vous met mal à l’aise, apprenez à vivre avec comme d’autres ont appris sans réellement l’apprendre à être “noir”, “arabe”, etc… La couleur vous gêne toujours parce que vous vous sentez vous aussi prisonnier-e d’une catégorie ? Vous commencez peut être à comprendre. Mais, curieusement, la couleur, le “blanc”, ne semble pas gêner lorsqu’il est question d’aborder le sujet tant bidon du “racisme” “anti-blanc”. J’aimerais également que Colosimo nous explique comment “être nu-e de ses appartenances en République” quand on vit dans une société où les étiquettes ont été collées sans même qu’on s’en rende compte. A moins qu’il existe une nudité qui efface la couleur de la peau, francise les noms, ôte la religion et tout sera formidable ? En réalité, “être nu-e de ses appartenances en République” veut simplement dire “assimilez-vous” par n’importe quel moyen, rentrez dans le moule, uniformisez-vous comme vous pouvez, tuez ce qui est différent mais surtout rassurez-nous, le blantriarcat, sur ce que nous sommes et souhaitons rester. C’est beau, le “vivre ensemble”…

Mais la cerise sur le gâteau, c’était quand même Thomas Guénolé. Après avoir taxé Houria Bouteldja de raciste anti blancs, celui qui, il y a encore peu, démontait le racisme anti blanc, celui qui avait écrit un ouvrage sur les jeunes de banlieues, celui qui n’éprouvait aucun état d’âme à confisquer la parole des premier-e-s concerné-e-s, quitte à faire dire aux chiffres l’inverse de ce qu’ils disent, a fait tomber les masques. En moins de temps qu’il ne le fallait. S’adressant à Maboula Soumahoro qu’il a accusée d’être membre du PIR et pour qui il a utilisé le générique pluriel de « il », il a osé lui dire : « je me contente de parler français ». Chapeau, mec. C’est bien de recaler une femme noire en la remettant à sa place, en montant sur le cheval de la langue française, comme un “moi au moins, je suis français” qu’on balance à des gosses dans la cour de récré pour bien leur montrer à quel point l’homme blanc est plus français que la femme noire qui quoiqu’elle dise sera toujours une française contrefaite. Bravo. Quelle est la différence entre ce type de répliques et les militants identitaires, qui, s’adressant à une journaliste « visiblement arabe » (j’utilise cette expression pour ménager les âmes sensibles qui ne voient pas la couleur), osent balancer des réponses ambiance Tarzan du genre « vous comprendre moi ? Moi, française ! » ? De tous les types de banlieue qu’il a rencontré, n’a-t-il jamais entendu quelqu’un lui dire Parce que quand on est un type comme Thomas Guénolé qui veut combattre le racisme uniquement parce que c’est « contre la morale » (typique du non concerné), tous les coups sont permis, à commencer par s’exprimer en des termes racistes ? Ou ce n’était qu’un petit dérapage verbal, rien de violent, une petite attaque, sous le coup des nerf, bref la culture de l’excuse pour le majoritaire ? Hélas, non. On pourrait même le remercier de laisser éclater une vérité au grand jour : l’aveuglement à la couleur est un mensonge monumental. En la rabaissant de la sorte, Guénolé a donné dans le racisme le plus élémentaire qui lie la couleur à la nationalité. Peu importe que Soumahoro ait vu le jour en France, grandi en France, étudié en France, lu les mêmes livres et fréquenté les mêmes écoles, pour lui, elle sera toujours inférieure. Et, au lieu de reconnaître ses torts, il s’est enfoncé dans un hors sujet ironique : « Oui, c’est ça, c’est la domination de l’homme blanc, comme le génocide des Coréens par les Japonais est un problème de domination de l’homme blanc ». Ah, la fierté des antiracistes non concernés, c’est vraiment tout un art : on se pensait être le sauveur attendu des racisés mais une fois qu’ils t’ont donné un carton jaune, tu retournes ta veste, tu oses tous les coups bas, sans jamais rougir de la haine.

L’intervention de Houria Bouteldja sur l’existence des mouvements de lutte m’a parue intéressante. Il est vrai que j’aurai apprécié qu’elle revienne plus en détails sur les accusations dont elle a fait l’objet mais malheureusement, ce serait tomber dans un piège sans fin qui n’aboutirait jamais. Il faudra donc lire son livre pour exposer ce qu’il y a à exposer. Ses interventions étaient, néanmoins, intéressantes lorsqu’elle évoquait que le cercle antiraciste n’était pas homogène, qu’il existait des divisions et qu’il fallait aboutir à la fraternité. Mais vu comment c’est parti…

En conclusion, cet épisode aura levé le voile sur les principaux déchirements des cercles antiracistes, dans leur ensemble.

  • Les antiracistes niais ont encore du mal avec leurs automatismes, leur aveuglement à la couleur qui se contredit dès qu’ils vibrent pour le racisme antiblanc.
  • Les antiracistes concerné-e-s connaissent leur sujet mais ne seront jamais écoutés tant qu’ils n’empruntent pas la voie “bonbon rose” de l’antiracisme pro-establishment qui refuse les races sociales, l’historicité du racisme et le continum colonial.
  • Le racisme, ce n’est pas une question morale. Que ce soit bien ou mal d’être raciste importe peu. Que ce soit injuste, c’est là le coeur du problème et il est encore plus injuste que le sujet soit toujours récupéré par les mêmes qui n’éprouvent aucun mal à caricaturer les antiracistes sur un mode “oui, c’est ça, c’est un complot de l’homme blanc”. Il faudrait se mettre d’accord.
  • Il faudrait veiller à balayer devant sa porte quand on parle de communautarisme et voir qui a le privilège d’être communautariste sans être taxé de communautarisme. Et surtout, voir ce qui mène au soit-disant communautarisme : les structures qui bloquent l’accès à tout (écoles, logements, emplois, fonctions, etc…) et qui isolent des individus qui se ressemblent dans leur minorités, ne sont-elles pas les plus communautaristes ?
  • Qu’on cesse les déviations. Si on parle de racisme anti-blanc, c’est uniquement pour ne pas à avoir à se questionner sur le racisme authentique. Exactement lorsqu’il est question de négrophobie en France et qu’on renvoie à la question de la négrophobie dans les pays arabes. On fait exactement la même chose avec la question du sexisme.
  • Qu’on cesse les invité-e-s en recherche de promotion. Non, désolé, mais Nadia Ramdana, c’était quand même une vaste blague. A l’heure où des tas de gens ont des tas de choses à dire sur le sujet, faire appel à une caricature grandeur nature qui n’a que des anecdotes mêlant la guerre civile algérienne et des insultes reçues dans la rue, je trouve ça drôle juste pour cinq minutes.
  • Enfin, si l’égalité est l’objectif, il faudrait tout mettre en oeuvre pour y parvenir. Comment? En laissant les racisé-e-s parler de racisme avec leurs mots, les LGBT parler de leur oppression avec leurs mots, les femmes parler de sexisme avec leur mots, les précaires parler de pauvreté avec leurs mots, etc… Parce que parler en leur nom, leur trouver à eux des torts alors qu’ils sont victimes d’oppressions, ruine tout ce qui a été entrepris en direction de l’égalité. On pourra tout dire, tout faire et tout écrire sur “eux”, si ce n’est pas fait avec eux, cela ne servira à rien, surtout quand on dispose de beaucoup plus de pouvoir et de privilèges. Il faudrait également chercher à ne pas s’enfermer dans des guerres sémantiques racistes qui prouvent au musulman que même en étant français, il n’a aucune qualification pour trouver le mot “adéquat”… alors qu’on a aucun mal à définir l’antisémitisme comme haine des juifs.

Mais bon… Vu que le pouvoir est tellement mal réparti…

Marche pour la dignité, Blantriarcat offensé

IMG_0022Dans Souffrances & Bonheur du Chrétien, Mauriac disait que “lorsque la réalité ne fournit pas au jaloux de quoi nourrir sa jalousie, il imagine, il invente”. Autant dire que cette citation s’impose pour résumer les réactions post Marche de la dignité. Impossible d’apporter une critique censée, fondée sur des arguments percutants pour analyser cette marche et son succès. Certes, il n’est pas surprenant de voir des rorchons réacs’ comme Valeurs Actuelles taxer cette marche de communautariste.  C’est le réflexe premier d’un blantriarcat paniqué devant la force d’un front qui refuse le silence et la soumission. Dans ce cas là, tout est bon à prendre pour rassurer les dominants. Il est juste regrettable que les personnes opposées à la Marche aient un argumentaire creux, une prétention sans borne mais aussi recours à des mensonges. On dit que “le monde n’est pas tombé bas mais que ce sont les hommes qui se complaisent dans la bassesse” et, hélas, les trois “opposants” à la marche de la dignité, se complaisent tellement dans la bassesse que cela ruine leurs thèses et rend quasiment nul leur argumentaire.

La première voix du Blantriarcat a s’être exprimée est celle de Véronique Genest. Pour dire quoi ? Rien de bien intellectuel, comme d’habitude. Elle conteste à la fois le nombre de manifestants et prétend que la Marche de la dignité était, “à moitié anti Israël”… ? Sur quelle base ? Aucune. D’où tire-t-elle ses informations ? Nul le sait. Mais c’est avec plaisir qu’on constate que la rage et le mensonge sont deux principaux traits chez les frustrés du Blantriarcat : quand on veut discréditer un évènement ou une lutte, il faut frapper là où ça fait mal, quitte à mentir effrontément, tant que ça conforte les dominants et accable les dominés. Cela dit, avoir Véronique Genest comme l’une des voix de l’anti marche de la dignité, c’est sans doute le plus beau révélateur du niveau intellectuel et idéologique du “camp d’en face”.

 

Capture d’écran 2015-11-07 à 22.02.21La Deuxième voix du Blantriarcat a s’être exprimée n’est pas une voix tout à fait blanche. Enfin, si. Puis, non. A vrai dire, Ahmed Meguini est un fantasme sur pattes du blantriarcat. Il est le produit fini de l’assimilationisme conquérant puisque lui, arabe à priori né musulman est devenu un fier patriote athée laïque (forcément, dans le blantriarcat, l’athéisme mène évidement à la laïcité, cet humanisme grandiose hérité des lumières et tout le blabla…). En plus, si on regarde bien son bras, il s’est fait tatouer #JeSuisCharlie, acte assez pathétique et puéril à mon sens mais qui doit probablement émouvoir “les gens d’en face”. Ce tatouage, c’est son label rouge, ou plutôt label bleu-blanc-rouge, un témoignage sincère destiné à rassurer ses amis blancs sur le mode d’un “je suis un arabe mais, voyez mon tatouage que j’exhibe en même temps que mon verre de vin, voyez-y la marque de mon intégration à vos valeurs, moi, l’arabe athée #jesuischarlie, qui n’a rien à voir avec les autres”. Par conséquent, un tel individu ne pouvait qu’être l’alibi idéal de ceux qu’il défend qui pourront disqualifier toute accusation de racisme en même temps pour qu’ils pourront utiliser un tel personnage pour faire avancer leurs thèses. Meguini, dans le paysage médiatique, c’est surtout la combinaison de trois casquettes qui n’ont d’intérêt que lorsqu’on les additionne : un arabe athée laïque. Il ne peut être intéressant et utile à la classe qu’il sert qu’en étant ces trois choses simultanément. En effet, un français athée et laïque, ça sert beaucoup moins l’assimilationisme neo-colonial qu’un arabe athée et laïque. Dans un article reprit par le Huffington Post, le pseudo rebeu subversif ose un comparatif entre la manifestation du 11 Janvier et la marche de la dignité. Le rapport ? Aucun. C’est sûr que quand on a Charlie dans la peau, on ne peut s’empêcher de tout ramener au 11 Janvier! Dès le départ, il discrédite cette marche car il y aurait vu “des associations communautaires musulmanes”. Oui et alors ? Bizarrement, le simple fait de voir des associations communautaires musulmane discrédite une marche ? Un peu raciste, non ? Passons. Meguini a vu des “des pro-Palestine composée d’antisémites notoires”. Vraiment ? Si les antisémites pro-Palestine sont notoires, qu’il donne des noms, qu’on puisse prévenir les juifs et juives révolutionnaires ou l’union juive française pour la Paix du danger qu’ils ont courru! Mais ça, on ne le saura pas en lisant cet article car avec Meguini, comme avec d’autres, l’accusation vaut la condamnation. Bien évidement, il critique la présence du PIR avec une punchline aussi fracassante que ridicule en parlant de “ceux qui ont choisi de s’autoproclamer le PIR (Parti des Indigènes de la République) avec pour slogan, ça ne s’invente pas, “le PIR est à venir”“. Analyse de type zéro pointé, passons. Il mentionne également “des femmes militant pour le port du voile”, ce vêtement que tout arabe musulman devenu athée a horreur tant elle lui rappellent son background religieux. Pour finir, il mentionne “une association dite “anti-négrophobie”“. Sur ce dernier point, j’ignore si Meguini parle d’anti négrophobie en utilisant des guillemets car soit il conteste  la sincérité de l’antiracisme de cette association ou s’il conteste ce terme de négrophobie (oui, le blantriarcat adore les guéguerres sématiques, rien de nouveau, hélas!). C’est une vraie question car, certaines personnes, sous prétexte d’être issues d’un groupe “non blanc” mais “voisin” d’un autre groupe non blanc se pensent experts et légitimes à parler de tout ce qui n’est pas blanc. Pour le coup, Méguini qui n’est pas noir mais arabe et donc ne subit pas la négrophobie qui est bien réelle, se permet de mépriser une lutte sans le moindre état d’âme en la disqualifiant en parlant d’association “dite “anti-négrophobie”. Amis du mépris, bonjour! C’est là l’essence du système blantriarcal dans ce qu’il a de plus violent et de plus confiscatoire : décréter pour les autres ce qui est réel ou non, prioritaire ou non, pertinent ou non sans jamais se rendre compte de son ingérence dans des oppressions qui ne le concernent pas en tant que victime; du haut de sa prétention, on pense avoir les compétences et la légitimité pour penser à la place des noir-e-s ce qui est négrophobe ou non sans jamais voir dans cette démarche tout le mépris de  race que cela trahit en discréditant une lutte. A ce rythme là, on aura peut être le droit, qui sait, à une déclaration farfelue du type “d’après nos recherches, le concept de négrophobie a été inventée par Malcolm X et Audrey Lorde pour empêcher toute critique des noirs” car on a que trop l’habitude de ces intellectuels de salon qui puisent leurs thèses dans les mythes et les délires les plus fous.

Après s’être perdu dans une description qui accable à peu près tout le monde (sans jamais mentionner la présence d’associations comme l’UJFP, le collectif Mwasi, des juifs et juives révolutionnaires, Solidarité Femmes Kobané, la voix des Rroms, etc… mais pour faire croire à une manifestation  100% islamiste), Meguini rentre enfin dans le vif du sujet. La marche aurait “manqué cruellement” de dignité. Pourquoi ? Parce que “ces associations ne dénoncent pas la violence, elles sont la violence et elles s’assoient bien volontiers sur la dignité. Elles s’en prennent délibérément à un symbole de l’Etat, de la République, avec la complicité de partis politique qui voient là l’occasion de faire leur marché pré-électoral”. Bouh, le chantage à la République, épisode 798! Lui qui parle, pour qualifier les manifestants, de génération “ouin ouin”, est, pour le coup, à fond dans le “ouin ouin”. C’est du “ouin ouin” bien ficelé, qui se veut moralisateur et culpabilisant mais qui est pathétique. La dignité, c’est ce qui manque quand on ignore et disqualifie tout un groupe en le désignant comme s’en prenant à un symbole de l’état après l’avoir déformé et jugé comme antisémite, islamiste, communautariste, etc… Le “ouin, ouin”, c’est pas le mot d’ordre de la Marche dont l’objectif n’était pas de quémander une quelconque dignité mais d’affirmer la sienne face à une oppression d’état. Mais ça, Meguini, ne l’entend pas. Inutile de lui citer la longue liste de victimes de crimes policiers, du harcèlement policier ou des politiques racistes et impérialistes. Lui, “arabe & athée”, n’y voit que des “forces réactionnaires, contre l’esprit des Lumières et de la Révolution française”. Comme Bougrab ou Zemmour, Meguini aime les chocs des civilisations à l’intérieur de la civilisation; il aime l’affrontement entre cette République qu’il idéalise à l’extrême et au delà de tout soupçon (probablement parce qu’elle ne lui a jamais été injuste et c’est tant mieux pour lui) contre des gens qui manqueraient cruellement de dignité. Une question s’impose : la dignité, c’est de s’opposer à des oppressions systémiques en marchant pacifiquement dans Paris quitte à prendre des risques par les temps qui courent ou servir les dominants en crachant sur ses semblables à coups d’arguments creux et en faisant ce que tous les réacs’ se complaisent à faire, c’est à dire dispenser un pseudo cours d’Histoire très sommaire sur “Les Lumières” avec une référence insipide comme si les Marcheurs n’étaient pas au courant de cet évènement historique et pour leur clouer le bec ? Pourquoi ce réflexe presque maladif de citer la “Révolution Française” (sans plus de détails…) pour neutraliser chaque expression d’une voix qui va à contre sens de l’ordre établi? Etrangement, Meguini appartient au camp de ceux qui disent à longueur de journée que l’ l’islamophobie n’est pas un racisme mais une technique mise au point pour stopper net toute critique de l’Islam alors qu’en réalité, il est celui qui a recours à la référence à “la grande époque” d’une histoire de france ultra fantasmée pour mettre un terme à toute critique de l’Etat. Il n’est donc pas surprenant qu’une personne qui soit si révérencieuse vis à vis de l’Etat ait beaucoup de mal à accepter les critiques. Mais j’imagine qu’un tatouage #JeSuisCharlie doit donner des ailes et doit probablement constituer un gage de qualité et de légitimité à déterminer qui est légitime à critiquer ou à être critiqué. Ah, la liberté d’expression et le camp #JeSuisCharlie… Une belle arnaque.

“Quand un homme politique marche derrière un communautariste, un intégriste, il en fait un prince, quand un média important lui donne parole, il en fait un Dieu aux yeux de ses pairs. Partout des usines à fabriquer des monstres sont à l’œuvre, dans une cadence sans cesse augmentée par la menace du procès en islamophobie.“. Alors, soyons bien clairs : que des hommes politiques flattent un certain communatarisme et/ou une communauté, ça se fait depuis la nuit des temps. Nos hommes politiques sont capables de serrer la main à des militants des droits de l’homme tout en serrant la main d’ambassadeurs de régimes pas vraiment portés sur ces mêmes droits. Mais il y a une nette différence entre serrer la main d’un “communautariste” et le pouvoir qu’on va lui donner. D’ailleurs, les organisations présentes lors de la Marche, qui leur a serré la main et ouvert les portes du pouvoir ? Personne. Quant à parler des médias, très sincèrement, quand on voit le vide médiatique qu’a connu cette marche dont très peu de médias ont parlé, il serait sage de s’abstenir d’écrire de telles inepties. Pour ce qui est de “la menace du procès en islamophobie“, cher Meguini, sachez que cette menace est aussi forte que celle des Kebabs sur l’avenir de la gastronomie française. Car, oui, en 2015, on peut parfaitement être islamophobe, faire carrière dessus, se promener de plateau TV en plateau TV, se déclarer islamophobe, publier des UNES islamophobes, des articles islamophobes, alimenter des fantasmes sur l’Islam et le grand remplacement sans finir sur une liste noire. Mieux encore : on pourra être soutenu, conserver son emploi, se découvrir de grands noms de la culture française comme premiers fans et ne jamais craindre le moindre ostracisme. Et malheureusement, les noms ne manquent pas pour appuyer cet argument…

Comme tous les réacs de son époque (Finkielkraut, Onfray, Zemmour, Polony, Bastié, etc…) mais aussi cette génération à laquelle il crache son venin condescendant et enrichi en mensonges, Meguini pleure. Il pleure, après avoir regretté un certain passé, loin de ce présent et de cette génération “qui n’en finit plus de pleurer tels des enfants capricieux, qui exigent tout et qui ne donneront jamais rien”. Et oui, lutter contre la précarité, le racisme, les violences policières, l’apartheid pour reprendre les termes de Valls, pour Meguini, cela relève du caprice. Lui qui s’est assimilé  “jusque dans sa chair” et se trouve à présent de l’autre côté, avec “les gens d’en face” comme je les appelle, il aimerait lui aussi, à son tour, jouir du privilège de classe qui nie la douleur des petites gens, leur exclusion et balaie d’un revers de la main tatouée, l’expression de leur dignité qu’il disqualifie lorsqu’il tombe dans un rare mépris essentialiste en écrivant : “Ils attendent le bec ouvert qu’on y jette un emploi précaire. Ils se comportent comme si l’Éducation Nationale les avait contraints à se déscolariser et qu’un dealer leur avait planté de force un joint dans la bouche.” Ouais, connards de manifestants, tous des incultes, des sans diplômes, des sans dents, des sans instructions qui osent attendre encore qu’on leur trouve du boulot (de merde, en plus!) alors qu’ils fument tous des joints! Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette phrase d’une autre phrase, prononcée par une certaine Marie Antoinette, autre figure du fameux siècle des lumières, qui, voyant le peuple affamé, aurait déclaré : “Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent de la brioche!”. C’est là tout ce qu’il y a de plus nauséabond dans la parole Meguini : ça essentialise tout un groupe qu’on doit diaboliser coûte que coûte car il est hors de question qu’ils aient raison. C’est comme du Finkielkraut sauf que là, c’est un arabe, un bon arabe athée et patriote comme il se définit, qui n’est jamais vu sur le terrain, dans les quartiers populaires mais il est arabe et ça, ça suffit largement pour prétendre au titre d’expert sur la question comme on se satisfaisait lors de la loi sur le voile de l’opinion d’une Iranienne comme Chahdortt Djavann. La famille des victimes de violences policières appréciera les mots de l’humaniste bobo, qui n’a que des leçons creuses et sans aucune finalité à donner et qui lèvent surtout le voile sur son mépris de ceux qui, quoiqu’il fasse ou écrive, restent ses semblables.

Ahmed Meguini, merci pour ce moment : c’est toujours un plaisir de voir jusqu’où vont les laquais du Blantriarcat pour montrer patte blanche. Et c’est un plaisir encore plus grand quand on les voit, un jour, abandonnés, presque blacklistés, une fois qu’ils ne servent plus les intérêts de ceux qui les ont promus. A part un tatouage #JeSuisCharlie, qu’adviendra-t-il de cette personne ?

Toujours dans le registre des opposants à la Marche de la Dignité, on trouve également Christine Le Doaré. Une fois de plus, côté « personnalité de choc » et « caution humaniste », on a affaire à du très très bas de gamme. C’est pire que Véronique Genest et à peu près aussi dangereux pour pour la paix que Meguini. Le Doaré, c’est avant tout l’antiracisme niais, le féminisme discount, mais aussi le recours à des associations de concepts accablant et les amalgames d’une simplicité d’esprit telle qu’on se demande le temps de réflexion qu’il lui faut pour cracher de telles ignominies sur son blog où elle déclare vouloir “abolir la haine”… alors que la haine habite ses articles. Pour elle, l’appel à la Marche de la dignité était tentant. Oui mais non. Premièrement, personne ne lui a demandé son avis et deuxièmement, elle n’était pas la bienvenue.

Dès le départ, Le Doaré réfute l’idée d’un racisme d’état. « NON, n’y a pas de racisme d’état en France, il y a indéniablement du racisme, un racisme culturel et social, aussi des bavures policières, mais l’état ne les cautionne pas, même s’il pourrait toujours s’investir de manière plus efficiente. ». Pour une femme blanche qui n’a jamais souffert dans sa chair du racisme, il n’est pas étonnant qu’elle disqualifie cette notion de racisme d’état parce qu’elle ne peut penser l’espace d’un instant que le racisme soit téléguidé par le haut car “nous ne sommes pas ni aux USA, ni ailleurs, mais bien en République française laïque”. Argument percutant, s’il en fallait un! En réalité, le racisme d’état que Christine Le Doaré refuse de voir, c’est le racisme qui a coule depuis l’état, traverse des institutions pour finir par atteindre les populations concernées et cela, en toute légalité, au nom de combats plus ou moins dignes (lutte contre le sexisme, lutte contre le communautarisme, au nom du sacro saint “vivre-ensemble”, de la laïcité, etc…). Sans être d’une incroyable naïveté, il me semble que les lois refusant aux étudiantes voilées de se rendre à l’école, aux mères voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire ou d’être assistantes maternelles, mais aussi les consignes concernant le contrôle d’identité dans la rue ou les aéroports, la création de frontex sans parler des tests ADN dans le cadre de regroupements familiaux, viennent de l’Etat, non? On est pas aux USA, certes, et ce n’est pas un argument en soi, mais l’impunité pour les crimes policiers, rebaptisés “bavures policières” – appréciez l’euphémisme -, ce n’est pas rare. Quand à l’idée que le racisme d’état ne pourrait pas exister car nous sommes “en République française laïque”… Qu’on cherche le rapport avec la laïcité et qu’on me l’explique.

En bonne donneuse de leçons qui s’étouffe à la vue d’une marche qui ne répond pas à ses critères d’antiraciste de canapé, elle s’indigne “que des groupes organisateurs et leur cortège dans la Marche, ne sont pas tant préoccupés par le racisme”. Pourtant, il semble que la majorité des cortèges dénonçaient des racismes malheureusement divers et variés. Il me semble même que la plupart des associations présentes et soutenant la marche ont toutes en commun la lutte contre le racisme. Peu importe, pour elle, ces associations ne seraient uniquement intéressées que par “ce qu’ils appellent  »islamophobie », aussi, la cause palestinienne et un rejet de l’occident et de ses valeurs”. Comme d’habitude, le Blantriarcat et la négation de l’islamophobie qu’on place entre guillemets, histoire de bien réfuter ce racisme. Fatiguant. Quant à la cause Palestinienne et le rejet de l’occident et de ses valeurs, de quoi parle-t-on ? A moins que pour Christine Le Doaré, rejeter le racisme, le sexisme et les violences perpétués au nom de l’Etat (impérialisme, colonialisme, contrôle des corps, etc…) soit un rejet des valeurs de l’occident ?! Merci pour le coming out! Et donc dans ce cas, autant être clair : oui, ces “valeurs” fondées sur un racisme pur, on en veut pas. Qui en voudrait d’ailleurs ?

Mais Le Doaré ne s’arrête pas dans les mensonges. Comme Véronique Genest, elle n’était pas présente sur les lieux mais a entendu parler d’ “’appels à la haine contre les FEMEN, contre CHARLIE, contre la laïcité, contre un prétendu lobby juif”. Une fois de plus, on accuse, on accable,  sans preuve ou justifications, sans témoignage et sans avoir été sur le terrain… et c’est écrit par une juriste, quand même. Qu’on nous apporte une seule preuve d’appel à la haine contre ce qui est cité plus haut, juste une seule!  Elle ne s’arrête pas en si bon chemin lorsqu’elle va jusqu’à se demander “comment marcher au milieu de drapeaux et mots d’ordre antisémites qui vont bien au-delà des appels au boycott d’Israël, soutien à peine voilé au terrorisme islamique du Hamas, à l’ »Intifada des couteaux » ?”. Cette question mérite une réponse claire et complète. Premièrement, aucune photo, aucun témoignage d’une personne présente ne peut corroborer l’idée d’un drapeau ou de mots d’ordres antisémites. A moins qu’un drapeau palestinien soit d’ordre antisémite et là, c’est vraiment du délire. Les seules personnes qui ont prétendu avoir entendu des insultes antisémites ont été démasquées car elles ont prétendu entendre des slogans antisémites lors de la Marche une semaine avant sa date. On est dans le pur fantasme, la pure diffamation. Deuxièmement, un appel au boycott est un appel au boycott. Certains y voient un moyen de pénaliser un état sur sa politique, d’autres y voient un moyen de pénaliser des entreprises, d’autres y voient une démarche 100 % compatible avec une lutte anti-coloniale, etc… Dire qu’il cache à peine un soutien à peine voilé au terrorisme, c’est aussi intelligent et défendable que de dire que l’appel au boycott des produits coca cola produits en Colombie (CSC) cache à un soutien à peine voilé aux FARC ou encore aux narco-trafiquants. Certes, le boycott tel que BDS l’envisage ne peut que bénéficier aux Palestiniens mais  le diaboliser tel que le fait Le Doaré, en revanche, en dit long sur son soutien au désastre humanitaire et politique en Palestine dont est responsable le gouvernement Israélien.

Il convient, avant d’expliquer le reste de la loghorée narcissique et mensongère de Christine Le Doaré, de se pencher sur son cas. Bien que se présentant avec toutes les qualités du monde (féministe, progressiste, anti raciste, etc…), il faut savoir qu’elle est très éloignée de ce qui est généralement porté par les termes “féministe”, “anti raciste” et “progressiste” et porte un regard absolument narcissique sur son vécu et son expérience. Humaniste ? A vous de juger à partir de ce florilège :

  • Elle a la prétention de décider du haut de son fauteuil qui est féministe ou pas selon ses propres critères. Au nom de quelle expérience ou reconnaissance dans le milieu féministe ? Aucune.
  • Elle adore taxer d’islamo-gauchiste toute personne qui se refuse à donner dans le “muslim bashing”, que ce soit en “temps normal” ou aux lendemain des attentats de Janvier tout donnant dans le color blind de base (“Je hais le racisme ! C’est quoi « blanc-che « ? C’est quoi « noir-e » ? A à partir de quelle concentration pigmentaire ?”),
  • Dans le registre Muslim Bashing mêlé à la sauce sexiste, elle est l’une des rares personnes en France qui a osé reprendre une certaine Nadine Morano qui s’indignait sur Facebook de la présence d’une femme voilée à la plage. Au lieu de condamner un tel geste qui transpire l’intolérance, Christine Le Doaré a saisi cette occasion pour soutenir implicitement celle dont la haine des réfugiés et l’amour de la race blanche n’est plus à prouver. J’avoue avoir trouvé délicieux de lire, sous la plume de Mme Le Doaré, que “la laïcité ne consiste pas à entraver la liberté de culte” pour lire quelques lignes plus tard “ersonnellement, je tolère les religions tant qu’elles restent dans la sphère privée”. Pas surprenant d’apprendre que cette femme soutienne sans ambigüité une initiative aussi débile que contreproductive que la journée sans voile.
  • Elle est à l’origine de l’affiche de la marche des fiertés de 2011 qui transpirait l’homonationalisme. Sa réponse ? Toujours aussi agressive : ceux qui ne sont pas d’accord avec elle sont des “ayatollah de l’intérieur” (la référence à l’Islam est récurrente chez elle, comme chez la plupart des Islamophobes qui doivent probablement croire à la responsabilité des musulmans dans le réchauffement climatique ou l’augmentation du prix des cigarettes) et elle ne voit nulle part le racisme, trouve cela exagéré…
  • Gaza ? Bof. Elle préfère fustiger des féministes engagées pour la paix et contre la colonisation sans jamais donner leur nom. S’agissait-il de Gloria Steinem, Even Ensler, Judith Butler, Sherry Wolf, Angela Davis, Naomi Wolf, Robin Morgan, Alice Walker, Amy Goodman ? On ne saura jamais. Le tout, bien entendu, dans un ramassis de raccourcis inutiles, en parlant de thèmes hors sujets pour faire diversion comme “l’esclavage musulman qui a saigné l’Afrique noire (et qui) n’est que rarement mentionné et pourtant, une recherche sur Internet permet en quelques clics, d’en mesurer l’ampleur” (“LOL” pour la recherche sur internet) tout en contribuant à cette idée on ne peut plus paternaliste d’une ville de Gaza manipulée par son élite politique et tout le blabla…
  • Son féminisme ? Un féminisme narcissique qui ne reconnait pas les autres féminismes, ce qui est un comble quand on prétend vouloir défendre les minorités. Bien entendu, pour vendre son féminisme, il faut caricaturer les autres féminismes, à commencer par mentir sans se retenir sur les manifestations du 8 Mars 2014 comme elle l’a fait pour la Marche de La dignité où elle n’y est pas allée de main morte. Heureusement que ses mensonges ont été tous démontés avec brio par Joao Gabriel.
  • Lorsque Fréderique Calendra décide de blacklister des féministes “pas assez Charlie”, Christine le Doaré se solidarise. Zut alors! Et moi qui pensais que réduire au silence, exclure, marginaliser, c’était l’arme de la domination masculine… Ah moins que certaines ne voient aucun mal à se battre contre une domination pour après, en dominer d’autres et reproduire le même schéma ?

Vous comprendrez que quiconque connait la “pensée Le Doaré” trouve absolument malvenu mais néanmoins hilarant qu’elle trouve quand même des choses à redire, entre ses mensonges et ses négations de la réalité. Elle se demande “Comment accepter que Voltuan, soit bousculé parce que sur sa pancarte était écrit « All lives matters » et cautionner ainsi ce violent rejet de l’universalisme ?” et il faudrait juste l’instruire sur l’arnaque de “All Lives Matter” comme si nous rejetions l’idée que toutes les vies avaient de l’importance. Avant toute chose, cette arnaque est en réponse au mouvement “Black Lives Matter” qui, excusez notre colère, a connu peu d’échos de la part des antiracistes niais qui, dans le meilleur des cas, se sont contentés d’en parler en déplorant avec retenue la condition des noirs aux USA (sans jamais questionner celle bien de chez nous, qu’ils soient en métropole ou ailleurs). “Black Lives Matter” est plus qu’un slogan, c’est un mouvement de dignité. Et voir un homme blanc sorti de nulle part avec sa pancarte “All Lives Matter” récupérer un mouvement pour s’y assurer lui aussi une place de victime, c’est inapproprié et offensant. Cela coupe court à toute discussion et dérive la problématique du racisme contre les noirs vers une problématique hors sujet sensée rassembler toutes les vies sous la bannière d’un universalisme de pacotille. Ce serait exactement comme voir un cortège féministe sous la pancarte “Non aux violences faites aux femmes” contré par un cortège dont la pancarte serait “Non à toutes les violences”. C’est inutile, méprisant et intellectuellement trompeur. C’est un dérivé du racisme anti-blanc qui n’existe que dans la tête de ceux et celles qui se cherchent un statut de victime. Précisions quand même que le mouvement “Black Lives Matter” s’est constitué à la suite de crimes policiers systémiques aux USA, commis par des blancs sur des noirs. Il est donc insupportable de voir des non concerné-e-s, généralement non solidaires, récupérer une lutte et une problématique pour se l’approprier. Il est donc normal qu’une pancarte “All Lives Matter” soit écartée de la Marche de la dignité car sa seule présence signifie à la fois un refus de prise en compte de la spécificité de l’oppression subie par les noir-e-s mais aussi un refus de la part du blantriarcat de voir ses nombreux privilèges que jamais les noir-e-s ne pourront connaitre. Quant à l’universalisme… Parlons-en! Quoi de plus violent que l’universalisme ? Parce que, en réalité, s’il y a bien quelque chose de profondément violent, c’est cette tendance à imposer le reflet de ses “réussites” et de les présenter comme étant universelles et donc comme ayant vocation à se répendre partout sur terre. L’universalisme, surtout dans la bouche de celles et ceux qui usent et abusent de ce concept, c’est ni plus ni moins qu’un outil de domination au service de personnes qui ne peuvent s’empêcher de se voir comme étant la référence unique qui doit être reproduite à la perfection et qui ne peuvent s’empêcher de décider de l’agendas des “autres”. Mais ça, Christine le Doaré qui se refuse à voir la couleur (contrairement à certains agents immobiliers, policiers, recruteurs et, ô surprise, personnalités politiques qui voient très bien les différences de pigmentation…), ne le comprend pas et ne le comprendra probablement jamais.

Elle se demande “dans quelle mesure les groupes féministes et LGBT qui cautionnent cette idéologique politique sont-ils conscients de conforter le sexisme et l’homophobie d’un communautarisme sectaire ?” . Du grand art. Donc la présence de groupes féministes et LGBT appuie des idées sexistes et homophobes de groupes communautaristes séctaires ? L’accusation est lourde car elle vise la présence des groupes féministes et LGBT avec lesquels elle ne s’interdit aucun paternalisme mais laisse penser qu’il figurait des groupes communautaristes et sectaires qui sont d’emblée sexistes et homophobes. Je ne me rappelle pas avoir vu le Temple du Soleil ou avoir constaté la présence de David Miscavige sur place! Plus sérieusement, je trouve absolument délirant de taxer de sexisme et d’homophobie des associations sans jamais les nommer, ni prouver ce qui est sexiste et homophobe… surtout venant de la part d’une femme qui, sur twitter et ailleurs, fait régulièrement preuve d’un racisme décomplexé quand elle ne marche pas avec des personnes irréprochables. Ci-dessous, une brève compilation des moments de gloire de Christine le Doaré:

Christine and the Queens ? Non. Par contre Christine & le péril islamique à la sauce grand remplacement, oui!

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe1

Christine et la religion comparée : oh non, non, c’est une moquerie, n’y voyez aucun mépris, voyons.

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe3

Christine joue les trolls religiophobes. Mais puisqu’elle dit vouloir le bien de l’humanité… Imaginez juste une caricature inversée avec des croyants envoyant tous les athées sur une autre planète… Vous comprenez ?

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe2

Et Christine Le Doaré qui ne voit pas les couleurs, est contre le racisme (il parait…) mais retweete sans complexe des gens aux thèses assez… claires et racistes.

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe5 Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe4

Elle qui s’insurge contre la Marche, parce qu’elle pense bêtement et simplement le problème du racisme comme problème social sans y voir la trace de l’Etat, sans même s’aperçevoir de son racisme et de la haine qu’elle vomit en permanence sur internet à un rythme encore plus soutenu depuis qu’elle n’est plus présidence du centre LGBT ferait mieux de contrôler ses pulsions haineuses. Elle qui s’identifie comme féministe, produit un des clichés les plus connus de l’anti-féminisme mais cette fois sur la question de la lutte contre le racisme en parlant “d’esprit de vengeance” exactement comme lorsqu’on méprise le combat pour l’égalité des femmes qu’on caricature en guerre des sexes à l’arrière goût revanchard. Pire encore, elle parle “de division et de haine, au point de compromettre à tout jamais, toute possibilité de vivre ensemble”. Encore une fois, un fantasme utilisé pour faire culpabiliser sur le dos du plat concept qu’est le vivre ensemble. Doit-on lui rappeler son statut posté sur Facebook mais aussi son article dans lequel elle semble pleurer sa France d’autrefois, qui a tant changé, où “dans certaines rues de Paris, il n’y a plus d’autres commerces, écoles, crèches, cantines, que kasher et/ou israélites. Comme en écho au radicalisme musulman, un radicalisme judaïque se développe” (!) et où elle explique que “aujourd’hui, le ramadan est quasiment obligatoire, dans beaucoup de cantines, on mange hallal, dans beaucoup de piscines il y a des créneaux mixtes et non mixtes, etc.” ? Et ce n’est pourtant pas du Zemmour! Quant au vivre ensemble, évitons de convoquer cette notion vide de sens comme si elle n’était liée qu’à la volonté ou au manque de volonté de ceux et celles qu’elles incrimine. Vivre ensemble, c’est uniquement valable quand on a les moyens financiers de circuler et d’aller habiter là où on peut vivre dignement, là où les écoles ne pratiquent pas des politiques de séparatisme social absolument scandaleuses, où on peut avoir accès à un mode de vie décent. Il ne suffit donc pas de la vouloir pour le pouvoir et convoquer cet argument témoigne, une fois de plus, d’une ignorance des réalités de terrain affligeante. Ne venez pas parler de vivre ensemble à des populations qui connaissent des humiliations quasi quotidiennes que vous ne connaitrez jamais alors que vous êtes la première à pleurer leur présence et leur “manque de discrétion”. Et surtout, du fond du coeur, qui a envie de vivre avec quelqu’un comme Christine Le Doaré ?

Bien entendu, comme toutes les personnes qui se sont retenues de participer à cette marche alors qu’elles n’ont, heureusement, jamais été conviées ni mêmes sollicitées, ce qui serait un comble, Christine Le Doaré ne peut terminer son article sans mentionner des noms à faire froid dans le dos : Houria Bouteldja, Médine, Tariq Ramadan, etc… Il ne manquait plus que Ben Laden! Mais elle mentionne également Angela Davis, qui est à l’origine de l’appel pour la Marche, la qualifiant, au passage de Pro Voile et Pro Prostitution (sans preuves, comme d’habitude…) et réduisant son existence à “la cause noire aux USA”… Plus de 40 ans de militantisme, des livres traduits dans des quinzaines de langues, des conférences aux 4 coins du monde, des réflexions sur les oppressions de classe, de genre, de race, sur le capitalisme, le système carcéral, les prisonniers politiques et le black feminism mais Angela Davis, dans l’esprit bien étroit de Christine Le Doaré, n’est qu’une militante pro voile et pro prostitution et de la “cause noire” (tiens, là, on voit les couleurs!). Rappelons juste que ne pas avoir une haine épidermique du voile et ne pas être une abolitionniste de la prostitution n’est en rien signe de rattachement à une position pro voile et pro prostitution. Quant à dire que Angela Davis “a pourtant cautionné Elridge Cleaver et les autres militants noirs qui revendiquaient tout de même : «La libération de l’homme noir passe par le viol des femmes blanches »”, c’est un mensonge que seules celles gagnées par la haine peuvent oser. Quand on veut convaincre, on ne s’interdit rien. Au diable les fondements, l’éthique, les sources et les réflexions! Qu’on nous apporte une preuve de qu’avance Le Doaré, à la fois sur Cleaver mais aussi sur les “autres militants noirs” qu’elle semble être la seule a connaitre ainsi que le soutien apporté par Angela Davis. Là tout de suite, j’ai la citation de Michel Audiard qui me vient en tête  : “Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît!”.  Petite remarque : Le Doaré appartient à la caste des athées religiophobes parce que d’après elle, “rien n’a jamais été avéré, toute croyance relève de l’imaginaire”… Or, elle voudrait qu’on croit sur parole ses insinuations sans apporter la moindre preuve de ce qui est avancé tout au long de son article. Suis-je le seul à voir ici le paradoxe de son raisonnement ? Pour autant, si faire partie des black panthers signifie soutenir tout ce que leurs membres disent, pensent et ont envie de faire… alors Le Doaré a soutenu la Maire du XXème arrondissement qui elle même est socialiste comme un certain… DSK! Vous comprenez le raisonnement ? Pour info, si quelqu’un a un semblant de sources permettant d’appuyer les propos diffamatoires de Le Doaré au sujet de Angela Davis, on prend.

Comme cela a été répété à de nombreuses reprises, il est normal que cette marche ne trouve pas d’écho favorable au sein du blantriarcat, encore trop attaché à ses privilèges. Et tant mieux! Qui voudrait d’un soutien de personnes pour qui l’antiracisme consiste uniquement à décrier les insultes racistes les plus courantes et les plus caricaturales, à ne voir du racisme qu’à l’extrême droite tout en ignorant qu’il traverse la société et l’ensemble de l’échiquier politique ? Qui voudrait d’un antiracisme qui valide et soutienne des lois injustes, qui fasse la promotion d’un universalisme beauf où la seule finalité et le plaisir narcissique de voir et reconnaitre son reflet partout? Qui voudrait de soutiens émanant de personnes qui n’ont aucun scrupule à amalgamer ceux dont ils disqualifient les luttes sans jamais rien proposer à la place ou sans jamais aller à leur rencontre ni même sur le terrain? Qui voudrait de la présence à une marche de personnes incapables de construire un argumentaire rationnel qui ne soit pas basé sur des préjugés et des clichés? Qui voudrait d’un antiracisme niais, qui ne prenne jamais en considération à qui bénéficie le racisme, qui ne veuille jamais reconnaitre la responsabilité du haut sur le sort des gens d’en bas, qui ne comprenne pas que le racisme n’est qu’un rappel d’un colonialisme encore présent et qui se refuse, au nom de valeurs non identifiées à regarder les couleurs droit dans les yeux? Qui voudrait de soutiens qui viennent de personnes qui n’ont que le chantage au patriotisme, la référence à la Révolution Française et aux Lumières comme si ça allait de soi, comme argument ? Qui voudrait le soutien de personnes au complexe de supériorité énorme, qui n’ont rien en commun avec les principaux concernés, qui attendent d’eux qu’ils acceptent toutes les critiques possibles et imaginables mais qui refusent catégoriquement qu’on pointe du doigts leurs failles, leurs défauts, leurs faiblesses et leur tendance à travestir la vérité au maximum ? Qui voudrait d’un antiracisme qui n’est jamais sur le terrain mais qui sait tout ce qui s’y passe et s’autorise donc le droit de parler “au nom de” sans respecter la dignité ou l’agenda des premier-e-s concerné-e-s ? Qui voudrait le soutien de personnes qui refusent de voir qu’ils parlent depuis un poste de privilégiés, qui s’exprime avec dédain et qui pensent que leur parole et LA parole surtout quand le sujet ne les affecte pas directement mais qui pensent avoir quand même une opinion pertinente ? Qui voudrait du soutien de personnes qui se taisent sur l’impérialisme, se font rares lorsque des questions identitaires blanches sont sur la table et utilisées à des fins éléctorales et n’ont jamais questionné les rapports de domination nord-sud ? Qui voudrait du soutien de personnalités qui n’ont jamais été reconnues dans les milieux qu’ils et elles prétendent reconnaitre, non pas pour des petites controverses mais pour des opinions politiques qui sont à l’opposé d’un front anti raciste, décolonial et anti sexiste ? Qui veut du soutien de personnes qui ne trouvent rien à redire lorsque l’état envoie un gamin de 8 ans au commissariat pour apologie du terrorisme et qui en même temps ne sourcillent même pas lorsque Devilliers glorifie la colonisation qui est un crime contre l’humanité ? Qui ? Personne. Que ce soit avant, pendant ou après, personne ne veut de votre soutien. Gardez-le pour vous, entre vous. Et puis vos considérations sur la dignité, quand on sait de quoi sont nourris vos réflexions et qu’on lit la haine qui ronge vos claviers… Non Merci! La seule ombre au tableau, c’est de savoir que ces luttes historiques vont bénéficier à beaucoup de monde, y compris celles et ceux qui, du haut de leur aigreur, sont les premier-e-s à les vomir. Fanon disait que la grande confrontation ne pourra être indéfiniment reportée… Il avait raison, Fanon.

Patric, j’en veux pas… Enfin pas comme ça.

Des fois, il arrive que des gens sortis de nulle part viennent en soutien de luttes qui ne les concernent pas. C’est bien sauf que des fois, ces personnes veulent parler encore plus fort que les personnes directement concernées. On a tous connu cet énergumène blanc venu du fin fond “des lumières” pour apprendre au racisé ce qui est raciste et ce qui ne l’est pas comme on a tous connu ces hommes venus montrer aux femmes ce est sexiste et ce qui ne l’est pas. Merci pour la leçon mais je crois qu’il serait souhaitable que les premières personnes concernées soient écoutées et décident à leur place de ce que représentent leurs luttes, sans qu’une personne dresse un portrait de leur situation à coups de figures de styles qui ont plus leur place dans un roman sentimental que dans une discussion d’ordre politique. Malheureusement, des gens qui peuvent nous sembler “clean” comme Patric Jean peuvent incarner cet archétype du mec blanc moralisateur et engagé sur le papier. Je dois avouer que j’ai du passer par Wikipédia pour en savoir plus sur cet homme dont je n’ai entendu parler de lui que lors des “débats” sur la question de la pénalisation des clients de la prostitution. J’ai entendu parler de “Zéro Macho” et là, foutu pour foutu, j’étais intrigué! Bon, je suis néanmoins ravi de ne pas m’être plus penché sur cette association quand on sait qu’elle compte parmis ces rangs un véritable guignol du féminisme masculin (auquel Patric Jean s’identifie pudiquement en se présentant comme “pro-féministe”), à savoir Christian Delarue. Et quand je lis ses tirades absolument délirantes sur les histoires de jupes ostentatoires, je suis rassuré: je me suis arrêté de me torturer inutilement à temps. En réalité, l’objet de mon texte porte sur le dernier  article de Patric Jean, sobrement intitulé “Les Nouveaux Nazis”. Je ne vais pas y passer par 4 chemins : Patric Jean veut “bien faire” mais il est complètement à côté de la plaque. Le pire dans tout ça, c’est qu’il représente à merveille cette caste qui commente tranquillement une situation qu’il vit de loin, voir de “très loin”, en donnant des leçons mais sans jamais renoncer à ses privilèges.

Autant que je le dise sans détour : Patric Jean n’est sans doute pas raciste mais fait dans l’antiracisme niais. C’est, au mieux, digne de la plume de Nadia Khouri Dagher, au pire, de l’ignorance. Il se demande sur son blog, “comment font les jeunes dits “des banlieues” pour se tenir si tranquilles malgré la violence qui leur est faite. Racisme institutionnalisé, ghettoïsation de la pauvreté, violences policières”. C’est vrai ça, comment font-ils ?! Je lui réponds : ils luttent et la ferment. Quand on parle en banlieue de désarroi, on est tout de suite considéré comme étant dans une démarche de “revendication” mais une revendication perturbatrice car on est des sauvages qui ne savent pas se tenir. Quand on commence à saisir les moyens à disposition, on a le droit à de jolies leçons de morale où le mot “République” est répété à tort et à travers comme pour essayer de colmater ce qui se passe. Enfin, ça c’est dans le meilleur des cas. Généralement, on préfère mettre la focale sur des histoires destinées à divertir ou effrayer les masses comme l’arnaque du communautarisme qui serait une menace sur le “vivre ensemble”. Patric Jean s’improvise psychiatre spécialiste des banlieues en disant que nos pauvres jeunes auraient honte de “ne pas coller au modèle, (…) de ne pas pouvoir consommer selon les injonctions à la mode, (…) d’appartenir à une classe sociale ou de porter une couleur de peau qui fait peur. Cette honte a souvent dégénéré en une haine de soi conduisant toujours aux mêmes conséquences: drogue, alcoolisme, violence contre les siens”. Alors là, n’importe quoi. Patric Jean, vous vous égarez. Pour reprendre les termes des banlieusards que vous ne connaissez pas, vous racontez que de la merde. En banlieue, on a pas honte d’être pauvre, on a mal d’être pauvre. On a mal d’être isolés géographiquement, d’être prioritaire dans les contrôles et les brutalités policières, d’avoir peu de ressources, on a mal quand on entend des injonctions à se désolidariser de terroristes comme si on était, du fait d’avoir une religion en commun, automatiquement solidaires d’actes barbares. On a pas honte d’appartenir à la France d’en bas, la France populaire, on a mal de ne pas pouvoir s’arracher à cette couche pour rejoindre une France qui ne reconnait pas tous ses enfants et qui se refuse à garantir l’égalité des chances. Quand à la couleur de peau…. Désolé mais une fois de plus, c’est du grand n’importe quoi. Personne n’a honte d’être basané car noir ou arabe. Par contre, on a mal de savoir que notre couleur de peau est plus qu’une caractéristique physique sur laquelle on plaque des fantasmes et des peurs; on a pas honte de sa couleur, on a mal de voir que pour ceux qui sont blancs, et qui symbolisent le pouvoir car ils sont la majorité, on est tout un ensemble de choses dégradantes : beur ou beurette, bougnoule, délinquants, intégriste, etc… On a pas de complexes ou de honte par rapport à sa couleur de peau même si elle n’est pas la référence, même si on nous le rappelle implicitement à travers cette façon quasi systématique qu’on nous renvoie à des origines supposées (ce “chez vous” qui désigne un “chez soi” qui n’est jamais considéré comme étant la France). On ne se déteste pas avant de sombrer, fatalement, dans la drogue et l’alcool. Il faut arrêter cet enchainement de stéréotypes qui n’existent que dans les fantasmes les plus fous, bon sang !

Si Patric Jean parle quand même avec un peu de justesse du racisme envers les noirs et les arabes, notamment en parlant de sa mutation en islamophobie sous couvert de laïcité, mais loupe un gros détail : le continuum colonial. Et oui, désolé, mais quand il parle de “ces populations”, il oublie de mentionner qu’elles ont un statut de dominés qu’elles ont hérité de l’ex-statut de colonisés de leurs grands parents. Il oublie de préciser que le premier critère commun dans les affaires d’agressions de femmes voilées en banlieues, de contrôles au faciès, d’accusation de communautarisme et autres condamnations, c’est que l’ennemi désigné et humilié, c’est quelqu’un qui descend de l’histoire coloniale. Il oublie de préciser que lorsque nos politiques daignent s’intéresser à nos banlieues présentées comme en déficit de civilisation, c’est uniquement pour faire des danses du ventre qui n’aboutissent qu’à la création d’associations paternalistes et racialistes (NPNS, Sos Racisme, etc…) ou à récupérer quelques “divers” pour les promouvoir dans des postes à haute responsabilité. Et les revendications des quartiers, on les écoute ? Jamais. On fait du cosmétique : on pioche dans la masse, on prend quelques noirs qu’on met en valeur en pensant que le seul fait de voir des gens issus des quartiers populaires va régler tous les problèmes de ces gens. Non merci.

Comme tout féministe se réclamant de Zéro Macho et donc du féminisme blanc mainstream, impossible pour Patric Jean de ne pas parler du voile lorsqu’on aborde la question des banlieues. Ce n’est pas un cliché, voyons. L’égalité salariale, la PMA, la garde alternée, c’est pas pour les bougnoules, hein. Parlons-leur de ce qui les concerne mais avec condescendance. Patric Jean déplore que “la question du voile a transformé en une semaine des milliers d’hommes en combattants pour les droits des femmes alors qu’on ne les a jamais entendus sur cette question ni avant ni après”. Bon, on lui dit? Premièrement, il parle de milliers d’hommes ce qui est abusif. Patric Jean étant un artiste, je lui pardonne cet excès à moins qu’il soit muni d’un registre avec le nombre exact des “combattants” (pourquoi ne pas parler de défenseurs et utiliser le terme de “combattants” ?). J’ai, en revanche, beaucoup moins de facilité à pardonner le mensonge qui consiste à dire que ces hommes se sont transformés en combattants des droits des femmes. Il faudrait savoir qu’à moins de se déclarer ouvertement féministe / combattant des droits des femmes, aucun homme qui a “défendu” le port du voile ne l’a fait sous l’angle du féminisme. On peut défendre le droit à porter le voile ou n’importe quel autre droit sans s’inscrire forcément dans une démarche féministe, non ? Quant à dire qu’on a jamais entendu ces hommes s’exprimer sur le sujet, il faudrait quand même sortir du monde féérique de Disney et regarder la vérité en face : si les musulmanes qui portent un voile ont été privées de parole car considérées comme étant forcées et/ou sous la coupe des hommes, pensez-vous VRAIMENT que ce sont des hommes qui vont être entendus sur la question ? D’ailleurs, ces milliers d’hommes, vous pensez vraiment qu’ils vont s’exprimer prioritairement sur ce sujet, sachant qu’ils risquent de tomber dans la caricature du “je défends mon droit à voiler les femmes” ? Les principales intéressées sont constamment absentes des débats qui les concerne et vous pensez que ce sont leurs frères, pères, fils, cousins, voisins, amants, copains qu’on va écouter ? Ca la fout mal pour un féministe que de demander aux hommes d’avoir un avis sur des problématiques de femmes à leur place. Ca la fout mal également de les considérer comme des combattant des droits des femmes uniquement sur la question du voile en banlieue et de ne pas en faire de même quand ces mêmes combattants parlent de précarité, de chômage et d’exclusion qui sont aussi des thématiques féministes. Mais puisqu’il le dit… Cela dit, je précise qu’être en désaccord avec une situation ne fait de personne un combattant; c’est non seulement nourrir un mépris sur ce qu’est réellement la lutte que de taxer abusivement de combattant quelqu’un qui a juste une idée différente. Par contre, ce qui serait bien, avant de tomber dans les hyperboles qui donnent à croire qu’il y aura une foule d’hommes venus défendre le port du voile, ce serait aussi de dire comment le voile est systématiquement présenté dans les médias… cela pourrait expliquer bien des choses.

Le reste de l’article aborde la question de la laïcité. Même si je peux reconnaitre certains arguments, j’ai quand même manqué de m’étouffer de rire quand j’ai lu le passage sur le dernier clip de Médine. On dirait que Patric Jean fonde son article sur des bases solides! D’après Patric Jean, Médine “crie maladroitement une haine que nous avions prévue”. Adroitement, ça voudrait dire quoi ? Sans mentionner Caroline Fourest, Nadine Morano ou Copé ? Sans dire la réalité ou en bannissant les “gros mots” parce que ça fait tâche ? A moins que le problème soit le rap? Médine aurait-il dû le faire sur un air d’Opéra ? Pour Patric Jean, le clip de Médine et les thèmes de son titre tombent comme ça. Aucun rappel des faits, ni explication ni retour sur les travaux de Caroline Fourest ou les sorties immondes de Morano ou Copé. Peut être que Patric Jean croit en la haine innée des habitants des banlieues qui rappent en dehors de tout contexte social, juste pour cracher une rage qui sort de nulle part… On voudrait bien des explications mais Patric Jean n’a pas le temps, il faut faire vite car nous allons droit vers le choc des civilisations : “Nous allons donc nous retrouver entre, d’une part les “nouveaux nazis” (le terme s’applique ici parfaitement) et les exclus devenus fous (de dieu). Nous n’aurons pas à choisir un des deux camps. Seulement à subir deux folies qui s’affronteront parce que nous aurons été indifférents ou cyniques.”. Vite, agissons pour la survie du “vivre ensemble”! C’est Patric Jean qui vous le dit. Et avant que le péril islamique ne l’ait emporté, il vous fait prendre connaissance de son plan : “il nous reste à nous les blancs, laïcs, refusant tout racisme et révoltés contre les injustices sociales, à faire savoir que nous sommes là et que nous ne cèderons pas à cette folie qui nous emporte”. Bon. Déjà, je ne vois pas l’intérêt de se présenter comme laïc, du moins dans ce contexte mais pourquoi pas. Après, dire aux habitants des quartiers que vous êtes là, désolé, mais on s’en fiche. “Je suis là pour toi”, c’est la phrase passe partout, super usée, un cliché parmi les clichés. C’est une phrase tout prête, toute faite, à congeler et à décongeler selon les circonstances et qui ne veut absolument rien dire. C’était la phrase de ma meilleure amie qui, depuis, vit à Beverly Hills et n’est là qu’à distance, ce qui est une blague. “Je suis là”, quand on a pas défini le “là” et qu’on s’exprime dans un confort qui n’a rien à voir avec le quotidien des gens dont on parle, c’est inutile. Surtout que, jusqu’à présent, “je suis là” pour les banlieues, bon nombre de gens l’ont dit. On a pas lu de chroniques ou vu de vidéos de Patric Jean dans le procès Zyed & Bouna. On a pas entendu Patric Jean sur le projet de loi d’interdiction du foulard à l’université. Non. Patric Jean quand il se pense “là”, c’est à dire avec les banlieues, c’est pour leur rappeler combien leur sort est injuste avec un article bidon qui a plus sa place dans les pages de Nous Deux que dans une discussion sérieuse. Et si être là pour les banlieues, c’est être là comme vous l’êtes pour les prostituées, c’est à dire taxer d’aliéné-e-s, de taré-e-s, de dominé-e-s qui se contraignent sans se rendre compte les pauvres, avec toute la condescendance du monde, je pense qu’on va s’en passer, hein.

J’aurai adoré écrire un autre article mais malheureusement face à un tel ramassis de bêtises, comment ne pas écrire autre chose ? J’aimerais applaudir un discours d’allié authentique sur les banlieues mais ce que j’ai lu, c’est de la candeur condescendante. Ben ouais, quoi, comment qu’ils font les gens des banlieues pour accepter leur condition, quoi ?! Ils ont qu’à devenir riches, tiens! Je sais bien que le m’expose à une accusation de lynchage (comme Patric Jean l’a fait lorsqu’il a parlé du Y’a Bon Award de Caroline Fourest, partant au passage dans un délire d’histoire de la religion vraiment hors sujet) car c’est le propre des habitants de banlieue : quand on ose affronter ceux qui pensent nous tendre la main, on est “violents” parce qu’on est des sauvages. On ne répond pas, on ne critique pas, non, pour “eux”, on lynche. On est devenus paresseux, menaçants et “des gens avec des revendications politico-religieuses” le jour où on a décidé d’ouvrir nos gueules et de tracer notre propre destinée et c’est là que les emmerdes ont commencé. Sur ce, laissons Patric Jean donner des cours de sociologie de banlieue si ça l’aide à soulager sa conscience. Laissons-le s’exprimer sur le voile, lui qui a la connaissance et la science et qui s’estime tant concerné. Laissons le également nous enseigner la vie, nous les ignares, mais rappelons lui que, quand même, un mec blanc cis qui parle des banlieues, du foulard et de la pauvreté sans expliquer le pourquoi du comment et sans mentionner un seul instant ses privilèges, c’est quand même un truc de bobo bienveillants paternalistes.

PS : Quand Patric Jean ne soutient pas les Femen ou méprise les travailleuses du sexe, il déplore la ré-election de  Netanyahu qu’il impute aux islamistes. Oui, je sais, c’est vraiment du n’importe quoi.

PS 2 : Dans le rayon “vraiment à côté de la plaque”, il n’y a qu’à voir la réaction de Patric Jean sur l’interdiction du film Much Loved au Maroc qu’il interprète comme une censure d’état sur le fait de montrer la violence de la prostitution… Il a tout faux : si ce film a été censuré, c’est pour la bonne et simple raison qu’au Maroc, la prostitution est prohibée et que ce qui est censuré en réalité, c’est le fait qu’il existerait une prostitution mais qui aurait été “abolie”. Cette censure est donc faite pour “rassurer” ceux que l’idée de la prostitution irrite (essentiellement pour des raisons religieuses ou morales) mais aussi pour lutter contre le cliché du Maroc, paradis du tourisme sexuel. Mais bon… puisqu’il vous l’dit…

Quand Audrey veut Pulvariser le voile….

Voile. Foulard. Burqa. Niqab. Tchador. Voile. Voile. Voile… Voilà le champ lexical du débat féministe du Grand 8 suite à l’interview de Diam’s sur TF1. Le droit à l’IVG, l’inégalité salariale, le mythe de la beauté, le “Fat Shaming”, les viols dans l’Armée, on en parlera quand ? Pas aujourd’hui.

r-DIAMS-large570Diam’s, rappeuse qui a connu son heure de gloire s’est retirée de la scène médiatique. Elle s’est convertie à l’Islam, est devenue maman et porte le voile. Après cela, elle est apparue deux fois dans l’émission 7 à 8 pour assurer la promotion de ses livres. Ce que Diam’s a à dire, que ce soit sur le terrorisme, son rôle de mère, son amour des diamants ou ses moments de détresse, les bourgeoises de D8 s’en tapent. Ce qui les importe chez Diam’s, c’est… c’est… suspense… c’est… son voile! Elle a beau répondre à des questions qui portent sur sa “nouvelle vie”, sur l’extrémisme, le blasphème et l’attentat à Charlie Hebdo, ce que les animatrices du grand 8 ont retenu de cet échange, c’est son voile. Car, n’en déplaisent à ces féministes du petit écran, elles reproduisent un mécanisme sexiste qui consiste à se limiter à l’apparence d’une femme lorsqu’elle apparait publiquement plutôt que de discuter de ses propos. J’aimerais qu’elles me contredisent et j’attends donc de voir sur quoi porteront leurs commentaires lorsqu’elles parleront de l’interview d’un rappeur ou d’un acteur…

Au pays des multiples lois anti-voiles, le cas Diam’s sait rassembler à peu près tous les intolérants des différents coins de la France. Il y a les bobos qui n’ont jamais écouté un seul morceau de rap et qui se pissent dessus à la vue d’un mec en airmax et qui trouvent que “c’est du gâchis”. Il y a les actrices islamophobes revendiquées qui n’ont rien compris et trahissent leur ignorance et leur bêtise à coups de tweets débiles. Et il y a Audrey Pulvar.

Audrey-Pulvar-enfourche-une-nouvelle-vie_article_landscape_pm_v8Je l’aimais bien  Audrey Pulvar (enfin, sauf quand elle s’agenouille face au CRIF ou qu’elle soutient Shimon Peres façon pom pom girl, cela va sans dire). Dans Le Grand 8, émission talk show française calquée sur l’émission américaine The View, Pulvar est claire : elle est opposée au port du voile, cet “outil d’asservissement des femmes” et en plus, c’est même pas une obligation coranique. Chapeau Audrey, merci pour le scoop ! Je pense qu’il convient de lui rappeler que si le voile est un signe d’asservissement des femmes alors tous les signes sont des signes d’asservissements. Qu’est ce qui, dans le monde de Pulvar, celui du féministe mainstream blanc bien propre, décide de ce qu’est un outil d’asservissement ou pas ? Qui décide pour qui ? Qui parle à la place de qui ? Toujours au sujet de Diam’s, elle déclare qu’elle “a bien de la chance d’être en France, dans un pays dans lequel les droits des femmes sont à l’égal de ceux des hommes (!) parce que évidemment les musulmanes peuvent divorcer, se séparer, se remarier, sauf que dans la plupart des pays musulmans, pas dans tous mais dans la plupart des pays musulmans (!), les femmes qui divorcent perdent automatiquement la garde de leurs enfants et elles n’ont pas un maintient de leur niveau de vie. Donc y’a beaucoup de femmes dans les pays musulmans qui ne divorcent pas car elles savent qu’elles perdent la garde de leurs enfants”. Quand une musulmane ose porter un voile et par dessus le marché, ne pas se comporter en femme soumise, il faut l’humilier. Elle qui a osé porter le foulard dans lequel les féministes mainstream ont décidé d’y voir le patriarcat et la soumission, elle a divorcé des féministes. C’est gênant pour les féministes mainstream. Elles ont été trahies. Elles ont donc le droit de la salir. Pour elles, Diam’s a fait le choix de la soumission en se voilant et devrait donc “vivre en soumise”… mais ce n’est pas son cas. Donc, il faut lui montrer sa “chance” en lui renvoyant à la gueule la situation dans les pays musulmans (dont les citoyennes sont toujours soumises, privées de tout, opprimées, excisées et tout le blabla cher aux féministes mainstream) sur la question du divorce. Or, en faisant référence à ces pays musulmans, Audrey Pulvar trahit son racisme latent à l’encontre des musulmanes. En agissant ainsi, elle la désintégre d’ici pour la comparer à ce qui se passe dans un ailleurs dont elle devrait se sentir automatiquement proche juste parce qu’elle est musulmane. Excusez ma candeur, mais quand une femme juive divorce en France, lui rappelle-t-on combien elle a la chance de divorcer parce que en Israël, c’est pas aussi simple ? Quand une cubaine avorte à la Havane, lui rappelle-t-on combien elle est chanceuse parce que d’autres femmes d’Amérique Latine n’ont pas le droit d’avorter ? Non car ces femmes, contrairement à la musulmane, sont bien d’ici tandis que Diam’s, elle, parce qu’elle porte le voile est exotisée. Elle est désormais “française mais…” et doit répondre pour les millions de musulmanes d’ailleurs avec qui, elle a sans doute moins de points communs qu’avec Audrey Pulvar. C’est un procédé récurrent chez nos féministes mainstream qui n’ont cessé de parler aux femmes voilées françaises des iraniennes qui se battent contre le voile. Ces mêmes féministes qui crient à l’intégration et à l’assimilationisme mais qui n’hésitent pas à faire référence à la situation d’autres pays, majoritairement musulmans ou non, souvent rétrogrades, dont ne sont pas originaires ces femmes voilées françaises juste pour les culpabiliser. A les écouter, chaque femme musulmane devrait, dans n’importe lequel de ses choix, se référer à ce que vivent les Iraniennes et les Saoudiennes (ou les Afghanes, très à la mode dernièrement) avant de faire des choix personnels. Je ne vais même pas m’éterniser sur la question du divorce qui est présentée par Pulvar comme n’étant pas en faveur des mères dans “la plupart des pays musulmans mais pas tous”. J’ignorais qu’elle avait une telle expertise sur le sujet ! Je ne savais pas que présenter le journal sur France 3, jouer les chroniqueuses du samedi soir sur France 2 et les grincheuses sur D8 enrichissait les cerveaux de connaissances sur le droit des pays musulmans ! Peut-on juste expliquer à Audrey Pulvar que, le divorce, au Maroc, au Qatar, en Arabie Saoudite, en Libye, en Syrie, au Yemen, en Turquie, en Indonésie, ce n’est jamais la même chose d’un point de vue de la loi et que tous les pays musulmans ne sont pas identiques ? Peut-on lui rappeler que le mythe du monde musulman monolithique, c’est une technique presque périmée des néo-conservateurs ? Pour une journaliste, j’avoue qu’une telle faute me consterne! Sauf que Madame Pulvar ne s’arrête pas là. On a beau lui dire qu’il existe des femmes qui choisissent le voile en étant réellement volontaires, pour elle, c’est faux. Pulvar a-t-elle mené l’enquête, questionné toutes les porteuses de voile, recensé, préparé des fiches et des statistiques comme Robert Ménard ou ne fait-elle que répéter ce que les féministes mainstream ne font que répéter depuis des années sans la moindre preuve? A-t-elle lu l’ouvrage de Faïza Zerouala pour baser son argumentation, a-t-elle fait le b.a-ba de toute étude à savoir s’adresser aux premières concernées, a-t-elle documenté son point de vue ? A-t-elle assisté à un cours d’ Amal al-Malki ou discuté avec Ibtihal Al-Khatib ? La réponse est sans doute non. Mais elle sait mieux, Audrey Pulvar… Le journalisme de cette dame est un journalisme “sur le pouce” qui saisit les pires caricatures et les pires stéréotypes pour fonder dessus un argumentaire. Bravo.

Elisabeth+Bost+Arrivals+Global+Gift+Gala+q-q03OvRJyolA l’exception de Hapsatou Sy, le reste du plateau du grand 8 approuve la position d’Audrey Pulvar. Roselyne Bachelot est offusquée et parle de “répudiations”. Dès là, c’est un miracle qu’on ne parle pas de tout ce qui suit ce terme, à savoir l’Afghanistan, la Burqa, le Terrorisme, les Crimes d’Honneurs, Les Tournantes, etc… Quand Diam’s dit recevoir des insultes, Elizabeth Bost, bourgeoise de service, déclare que ce n’est pas vrai. “Je n’ai jamais entendu dire des sauvageonnes voilées et des barbares barbus, non, on peut se dire comme avec Audrey, que le voile, on a l’impression que ça oppresse la femme sans forcement dire les sauvageonnes voilées, les barbares…”. Là, aussi argumentation implacable. Puisqu’elle vous le dit ! Juste parce qu’elle n’a jamais entendu de ses propres oreilles une insulte islamophobe ne veut pas dire que le phénomène n’existe pas. Pur réflexe de bobo qui croit que le monde s’arrête au delà de sa propre expérience. D’ailleurs, pour Elizabeth Bost, les femmes voilées insultées ont juste des problèmes d’audition; quand on vous insulte (et on sait que c’est malheureusement fréquent) ou du moins que vous avez l’impression qu’on vous insulte, c’est pour votre bien : à travers le “sale voilée” qu’on crie à la gueule des musulmanes, l’arrachage des voiles et les humiliations, pour Elizabeth Bost et sa bande, on ne ferait que vous dire qu’on a “l’impression que votre voile oppresse”. Quelle est la différence entre ce raisonnement et celui qui laisse croire qu’à travers un viol, on laisse dire à une femme qu’elle n’avait qu’à ne pas sortir vêtue de façon indécente ? Aucune. Je serai ravi d’entendre les tartufferies de Bosc quand une femme se fait traiter de pétasse ou qu’elle reçoit une main au cul dans le métro. Ca serait pour faire passer quel message ? A moins que certaines femmes subissent une violence qu’il est acceptable de nier parce que ce serait pour leur bien et que d’autres aient pleinement le droit au statut de victime ? J’attends que l’intéressée se manifeste.

Mais quand on est comme Audrey Pulvar, c’est à dire persuadée de détenir la vérité immuable, il est difficile de débattre. Audrey Pulvar fait du féminisme universaliste blanc dont les frontières s’arrêtent là où on la froisse, elle, la VRAIE féministe. Impossible de mettre le moindre bémol, elle doit avoir le dernier mot. Comme on est loin de la tradition d’écoute du féminisme! Hapsatou Sy a beau parler de femmes voilées qui choisissent de porter le voile, c’est tout simplement impossible. “Le propre de l’aliéné, c’est qu’il ne sait pas qu’il est aliéné”. Boum. C’est lâché comme un proverbe : c’est sage, inattaquable et ça ne doit pas être questionné. Mais ça sort de la bouche d’Audrey Pulvar et que j’aurai énormément de mal à prendre au sérieux ce qu’elle a à dire sur l’aliénation quand elle m’apparait tout aussi aliénée que celles qu’elle critique. En effet, quelle différence entre choisir de porter le voile et de choisir de s’épiler, de se maquiller, de maigrir, de se faire poser des implants mammaires, de porter une jupe, un jean, une robe ? Aucune. Existerait-il donc des aliénations prioritaires sur d’autres, au point de les combattre sans avoir à rougir de n’importe quel moyen à utiliser, quitte à être dans l’exclusion des femmes ? On penserait que oui… Par la suite, Audrey Pulvar ira même jusqu’à établir une comparaison des plus abjectes avec les victimes de viol qui ne sont pas prises au sérieux au moment de porter plainte car on leur reproche leur tenue jugée “aguichante”; pour elles, les musulmanes qui portent le voile le font pour se soustraire au regard des hommes. “C’est comme dire à une femme qui est violée “mais tu n’avais qu’à mettre une mini-jupe”. C’est rendre la femme responsable de l’attirance qu’elle provoque” dit-elle. Je cherche encore le rapport entre le port du voile et le viol mais si Audrey Pulvar l’a dit… J’aimerais juste préciser à Audrey Pulvar que les femmes voilées, étant donné qu’elle aime penser pour elles, ne sont pas idiotes ni débiles. Pensez-vous qu’elles portent le voile réellement pour échapper aux viols ? Savez-vous réellement ce qu’est le viol ou vous avez, en dépit de votre statut de féministe, encore en tête le cliché de la femme violée qui est forcément une jeune femme un peu saoule et légèrement vêtue qui se retrouve dans un lieu mal famé ? Savez-vous qu’il existe des femmes voilées qui ont été violées, par leurs coreligionnaires, par des athées ou dans le cadre de la guerre du golfe, par des militaires américains venus “libérer la femme irakienne” ?!

On l’aura compris : Diam’s et son livre n’existent plus. Ses propos n’intéressent pas alors qu’il y avait là matière à débattre. Le temps est certainement compté, diront-elles. Le voile n’est pas banalisé : à chacune apparition de ce bout de tissu, il faut en remettre une couche. Twitter se lâche quand une femme voilée apparait sur un plateau “normalement” pour parler d’autre chose que de son voile. Dans le sujet consacré à Diam’s, on agite les clichés. On parle des “pays musulmans” quand on ne veut pas faire référence à l’Iran ou à l’Arabie Saoudite. On parle de domination et d’asservissement avec hypocrisie comme si du haut de sa tête nue, de son athéisme et de son statut d’animatrice télé, on était le modèle de liberté et de réussite qu’il faut suivre à tout prix. On fait du féminisme un espèce de code de conduite aussi répressif que n’importe quelle religion car il émet des listes de tenues vestimentaires acceptables ou non et quand il rejette, il le fait à coups de lois discriminantes. On parle du Coran, aussi. Mais vite fait, dans les grandes lignes, juste pour vous dire qu’il ne parle pas du voile donc vous n’avez rien compris, bande de cruches. On est pas musulmane mais on “sait mieux”, complexe de l’ex-colon oblige, que l’indigène qui a mal lu et qui, même si c’est une musulmane, est jugée moins apte à interpréter ses propres textes religieux qu’une non musulmane. Idéalement, on récupère des musulmanes et des musulmans qui ne sont pas en faveur du choix du voile pour valider la justesse de sa position comme Hugh Heffner a récupéré des playgirls pour montrer combien le play boy club était fantastique pour les femmes. On oubliera qu’on fait des alliances avec des gens parfois pas très fréquentables car tous les coups sont permis. Après, peu importe que des musulmanes voilées voient dans leur démarche du féminisme : les féministes ont décidé entre elles (et eux) ce qui était bon pour elles. J’adorerai blâmer Audrey Pulvar individuellement mais hélas, elle ne fait que suivre l’establishment. Avant elle, toutes les féministes mainstream pro-establishment qui ont un rapport extrêmement violent avec l’Islam n’ont pas résisté à la tentation de la lutte contre le foulard; c’est même devenu un fond de commerce bien juteux. Des pages de ELLE de l’époque de Valérie Toranian, aux textes de Zelensky, Badinter et Sugier, aux ouvrages de Caroline Fourest et de Nadia Geerts, le voile est devenu le sujet de rassemblement de toutes les féministes. Encore mieux que l’égalité salariale, la PMA ou l’IVG. Et le voile, ça réconcilie et convoque à la table les France qui font semblant de se détester mais, union islamophobe oblige, on a trouvé de quoi oublier nos différents le temps d’un lynchage en bonne et due forme.

C’est dans cette lignée que la jeune génération féministe semble prendre le relai. Dernièrement, Anne Cécile Mailfert était interrogée sur la question de l’engagement féministe et du voile. Et comment répond-elle à Maïtena Biraben qui lui demande si on peut être féministe et voilée ? Par une sublime pirouette qui laisse entendre “sa vision du voile” et son incroyable ignorance : “Toute femme qui se revendique féministe euh… se revendique féministe. Euh… nous on va pas juger est-ce qu’on est plus ou moins féministe euh… donc donc… (…) on ne dévoile pas, nan nan, on n’impose pas ça, pas du tout, c’est un peu violent, non, par contre, euh euh, nous on a une position sur le voile qu’est de dire que les voiles, pas seulement le voile musulman, pour nous ce sont, c’est un signal qui est envoyé de… bah de se cacher pour les femmes et c’est vrai que nous on est contre”. Un savant mélange de propos confus qui laissent entendre que si Osez le féminisme ne dévoile pas des musulmanes, l’association trouve que le voile est l’idée de cacher les femmes. Bof. En gros, OLF recale les voilées dans son association et donc ne les reconnait pas féministes. Anne Cécile Mailfert parle de “tous les voiles”, histoire de dire “toutes les religions” et de s’éviter une quelconque accusation d’islamophobie comme le religiophobe dit “détester toutes les religions” pour s’éviter des ennuis, ce qui est à la fois abject et hypocrite quand on sait que le voile dans le débat public, c’est dans 100% des cas celui des musulmanes. Ségolène Royal qui était là, elle, a un avis bien plus clair et franc : “On peut être voilée et devenir féministe (…) on peut être voilée dans la sphère privée et enlever son voile dans la sphère publique”. L’échange aura duré 30 secondes avant que l’ex candidate à la présidence de la République bifurque en changeant légèrement de sujet pour dire qu’on est quand même “courageuses d’être encore féministes”. Madame Royal, c’est à cause de votre marginalisation décomplexée des femmes voilées que certaines se désintéressent du féminisme (mainstream) et que, d’une certaine façon, il existe encore un plafond de verre pour les femmes, contrairement à ce que Hilary Clinton raconte. Pire encore : en leur disant qu’elles peuvent être voilées en privé mais dévoilées en public, vous trahissez votre ignorance sur ce sujet. Et dire que ce sont ces mêmes gens là qui vont expliquer aux musulmanes que le Coran, elles l’ont mal lu et qu’il ne mentionne pas le voile, ect… Eduquez-vous avant de parler !

Au final, pas surprenant que les agressions envers les femmes voilées soient en constante augmentation. Ces femmes là ne sont plus que des voiles. Elles sont idiotes, ne se rendent pas compte de leur aliénation. Nadia Geerts veut les libérer de leur prosélytisme inconscient. Femen veut les foutre à poil voyant dans la nudité une liberté qu’elles refusent de concéder aux danseuses du moulin rouge. La ministre des droits des femmes veut les exclure de l’université. Pour en faire quoi, en fin de compte ? Des non voilées. Seront-elles plus libres, plus insérées sur le marché de l’emploi, moins marginalisées ? Pas certain. Mais, chez les féministes blanches mainstream, ce qui compte, c’est de prendre une décision qui soit purement symbolique, qui soulage leur conscience et leur donne l’impression d’avoir fait avancer leur agenda, peu importe que des femmes doivent renoncer à un choix personnel car toute subjectivité leur a été confisquée. Ne venez donc pas pleurer sur votre sort : vous avez fixé des frontières, un peu floues, donc ne tentez aucune danse du ventre pour essayer de séduire certaines âmes féministes exotiques juste pour apporter de la couleur à vos mouvements sans jamais questionner vos propres rapports de domination, votre propre racisme et votre rejet de celles qui ne rentrent pas dans votre moule.

Ils parlent de communautarisme…

Disclaimer : Je rappelle, une fois de plus, ne pas être un agent ni du complot LGBT-Islamo-marxiste-conquérant, ni du choc des civilisations. Je précise également ne pas bosser pour l’establishment, ni pour Daesh ou encore les frères musulmans. Je rappelle encore, pour finir, qu’il est pénible d’avoir à rappeler ces choses là pour être lu car une fois qu’on vous qualifie (sans la moindre preuve) de “faux nez de Tariq Ramadan” ou d’être allié de l’islamisme, vous avez presque perdu…

Il existe des termes qui sont à la mode tellement on les entend. En ce moment, je n’en peux plus de ce mot : communautarisme. Ce serait la cause de tous nos malheurs. Vous cherchiez un dénominateur commun au terrorisme, au machisme “de banlieue”, au chômage, à la précarité, à l’échec scolaire, à la faillite de “l’intégration”? Ne plongez pas le nez dans des études et n’allez surtout pas sur le terrain régulièrement, lâchez juste le mot “communautarisme” : tout le monde comprendra, en se contentant juste d’esquisser un léger rictus d’approbation. Ironie de l’histoire : même si ce mot est dans toutes les bouches, personne ne sait réellement de quoi il est question. Pour caricaturer les discours dominants, on parlera de communautarisme lorsqu’on verra un groupe d’individus “qui se ressemblent et donc s’assemblent”. On leur prêtera également un nombre d’intentions jamais vérifiées mais présentées comme des revendications destinées à perturber la paix sociale et l’égalité avec bon nombre de fantasmes pour endormir le peuple. Cela devrait, à priori, concerner tout le monde sauf que, dans les discours ambiants qui n’existent que pour lutter contre le communautarisme, cela ne concerne uniquement des minorités racisées et aucun autre groupe.

1_photo_4Vu que je prêche par l’exemple, je vais faire appel à votre pop culture pour comprendre ce concept foireux. Prenons les héroïnes de Sex & The City; elles pourraient être considérées comme communautaristes. Après tout, il s’agit de 4 femmes hétérosexuelles, élégantes, New Yorkaises, bourgeoises, consuméristes, centrées sur elles tranquillement dans leur petit monde… Mais pour l’establishment, ce n’est pas du communautarisme. Par contre, bande de filles, à savoir 4 noires d’origine modeste car “issues des banlieues”, pour l’establishment, c’est du communautarisme. La différence entre les deux ? Le privilège de la liberté : le premier groupe, Sex & The City, composé à 100% de femmes blanches est libre d’exister sans avoir à se justifier sur sa composition alors que le second doit justifier dans son existence le fait qu’il ne compte pas de femmes blanches. Le groupe de femmes racisées est perçu comme un groupe de femmes qui se sont “unies” sur une base ethnique tandis que l’autre apparait comme normal alors qu’il est tout aussi “critiquable” d’un point de vue “diversité”. Par conséquent, privilège blanc oblige, Sex & The City échappe à l’appellation “communautariste” tandis que Bande de Filles ne peut être qu’une horreur de communautarisme. Cette simple comparaison est déclinable à l’infini. Regardez les émissions de TV qui traitent du sujet : le communautarisme, c’est toujours 3 arabes, 3 noirs ou 3 rroms ensemble. Par contre, pas un mot sur 3 blancs ensemble, jamais. Pourquoi ? A cause du privilège blanc : lorsque le sujet est évoqué, ce n’est jamais sous l’angle blanc qui ne peut pas être menaçant et à l’origine des failles évoquées en introduction. Jamais remis en cause.

Alors, le communautarisme – des racisé-e-s, cela va sans dire, c’est super mal. Ca fait flipper. Ils sont la menace qui pèse. Sauf que… en réalité, le “communautarisme” d’un groupe n’existe que pour celui qui se perçoit à l’extérieur du groupe sans jamais questionner ses dynamiques culturelles et / ou sociales. Avant de mépriser des populations qu’on prétend vouloir sauver, s’est-on réellement posé la question de ce qui crée ce qu’on a décelé de communautariste chez ces gens-là ? Est-ce qu’on peut s’imaginer deux secondes, soyons fous, que des personnes peuvent former un groupe qui a des choses en communs qui ne sont pas ce qu’on voit d’elles ? Est-ce qu’on peut se dire que ces 4 filles arabes – désignées sous le terme de “beurettes” pour faire fantasmer le vieux beauf qui s’est découvert un faible pour les maghrébines depuis qu’il a vu Tabatha Cash dans Raï – forment un groupe avant tout parce qu’elles sont amies, soeurs, collègues, cousines, camarades et pas forcément parce qu’elles sont arabes ? Par contre, 3 lesbiennes “visibles” ou 3 gays “visibles”, eux, n’auront jamais à répondre d’accusation de communautarisme, pas plus que l’ensemble de la rédaction de journaux qui font fortune sur ce concept depuis des années, à coup de Unes et d’articles à tout va. Pourquoi les racisés seraient, tout à coup, devenus communautaristes ? Personne n’a daigné y répondre. Personne n’a daigné interrogé les principaux concernés. Personne n’a questionné le rapport entre l’environnement social, la différence de traitement d’un groupe à l’autre, non. On nous montre des communautaristes qui font peur et à nous de nous démerder avec cette horrible menace qui plane sur nous, blablabla…

Pour nous faire haïr les minorités visées à travers la haine du pseudo communautarisme qui n’existe que dans la tête de ceux qui en parlent, il faut une caution. Et pas n’importe laquelle : une caution bisounours, prête à penser, facile d’emploi et qui tient en deux mots puisqu’elle s’appelle le “vivre ensemble”. Forcément, quand on prend les gens pour des moutons, pas la peine de se lancer dans des théories foireuses : on va utiliser un mot simple à retenir et à comprendre. Par conséquent, en pointant du doigt “les communautaristes”, on veut nous monter des gens qui refusent le “brassage” car ils refusent le “vivre ensemble”. On nous fait croire, que parce que passe devant nos yeux un groupe d’individu-e-s ” de couleurs”, que ce groupe refuse tout ce qui ne lui ressemble pas car il s’est fondé sur sa propre “couleur”. On va nous faire croire également que c’est un refus du “vivre ensemble” que de vivre en cité au lieu de “vivre avec les autres”, en niant les réalités sociales. C’est à la fois prendre les gens pour des cons mais surtout faire dire, une fois de plus, aux premier-e-s concerné-e-s ce qui n’a jamais été dit. Cela n’est bien entendu valable que pour les minorités. Une bande d’amis blancs qui va au golf, sort en boite, dîne en terrasse, se balade en voiture, fait son shopping ou la queue devant la cigale, ça, c’est pas du communautarisme et eux, ils veulent vivre ensemble. Que faudrait-il faire pour ne pas donner l’impression d’être communautariste ? Rester une minorité et se trimballer avec un panneau qui dirait “je suis racisé-e mais je reste ouvert-e aux blancs, venez me voir, y’aura des Free Hugs !” ? Et pourquoi émettre une remarque toujours aux mêmes groupes lorsque d’autres semblent avoir le privilège de faire sa petite vie tranquillement sans qu’on ne lui consacre des doubles pages dans Libé, sans qu’on mette le doigts sur ses caractéristiques communes de ses relations, sans décortiquer méticuleusement son mode de vie, sans qu’on lui dise combien son “comportement” trahit ses revendications politiques ? Pourquoi ne pas faire exploser ce privilège blanc si on veut vraiment “vivre ensemble” ? Et surtout… pourquoi ceux et celles qui fustigent le communautarisme sont… eux mêmes communautaristes. Il existe donc un communautarisme blanc, d’en haut, humaniste, laïque et fier mais que le débat actuel ignore pour mieux ce concentrer sur le communautarisme du pauvre, qui est définit par les autres.

Pour ce qui est du “vivre ensemble”, ne nous laissons pas avoir par cette énorme farce. Si la démarche était sincère, le vivre ensemble devrait impliquer des actes concrets à savoir l’abolition des frontières : plus de classes, plus de castes, plus de différences, la chance pour tout le monde. Plus de petits, plus de grands, plus de banlieue, plus de ville. Cela voudrait signifier un abaissement des riches au niveau des pauvres pour que “ensemble” soit une réalité mais, bizarrement, là, personne ne répond présent. D’ailleurs, humanistes anti-communautaristes auto-proclamés, où étiez-vous, lorsque nous parlions d’identité nationale, d’unité nationale? Où était votre fabuleuse idée du “vivre ensemble” lorsque l’on expulsait des sans papiers, qu’on parlait de “ghettos” pour désigner les quartiers populaires, qu’on liquidait des budgets essentiels, qu’on racialisait des maux “bien français” comme le sexisme lorsque l’on parlait de banlieue ? Où étiez-vous, lorsque au nom d’une laïcité qui serait garante du “vivre ensemble” et un rempart contre le grand vilain communautarisme, on excluait des jeunes femmes portant le voile de l’école comme on s’apprête à les exclure de l’université ? Vous voulez “vivre ensemble” mais selon des règles qui ne bénéficient pas à tous.

Comme on peut pas parler de communautarisme sans évoquer son hypocrisie face aux “mouvements” tout aussi “communautaires” mais jamais décriés car majoritairement blancs, on ne peut pas évoquer des soit disant revendications communautaristes avec lesquelles on terrorise la France, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Qu’en est-il réellement ? Rien. Ah si, les catholiques de la manif pour tous. Sauf qu’on ne parle pas d’eux en terme de “communautaristes”, y compris lorsqu’ils fricotent avec un candidat à la présidentielle à des fins vraiment politiques. Par contre, quand des musulmans se rencontrent annuellement à un salon au bourget, on ne râtera pas une occasion de parler de communautarisme, allant même jusqu’à créer des liens complètement incongrus avec les évènements de Janvier. Lorsque des musulmans prient dans la rue, l’alarme communautariste est sonnée, de gauche à droite, quitte à parler d’ordre public ou d’occupation… Vous existez, et ben, vous existez trop ! Par contre, lorsque des gens animés par une islamophobie qui vit dans leurs veines se rassemblent autour du saucisson et du pinard dans la rue, on est choqué du silence de nos élites qui” luttent contre le communautarisme”.

Pour se rendre compte de l’arnaque qu’est le concept de communautariste, il suffit de regarder qui en parle à outrance : des beaufs qui n’ont aucune expertise à faire valoir en la matière, qu’ils soient de gauche ou de droite. Je ne vais pas tous les énumérer mais ce sont en général des personnes qui vivent loin des personnes désignées comme communautaristes et qui, par conséquent, sous couvert de lutte pour le vivre ensemble et donc pour le “bien commun”, pensent avoir une quelconque expertise en la matière. Sauf que, le communautariste est fondé sur des intentions stéréotypées qu’on prête aux gens : on pense que tel groupe est dans la revendication juste parce qu’il est racisé. Les plus grands théoriciens bidons de la lutte contre le communautarisme oublient juste une chose et il est possible que ce soit un oubli volontaire : le communautarisme dont il parle, il n’est que le produit d’une politique d’état et donc décidé par l’état sans qui il n’existerait pas. C’est l’état qui parque les pauvres dans des “ghettos”, tout comme c’est lui qui est responsable de la politique de la ville et du chômage. Vous considérez 3 noirs ensemble sur un banc comme une immonde provocation, un immonde affront au “vivre ensemble”, un “repli communautaire” féroce qui narguerait l’indivisibilité de la République ? Allez donc vous mélanger. C’est facile de fustiger mais, vous, la haute France qui méprise et prête des intentions à des individus qui n’ont aucune démarche politique dans le simple fait d’exister et d’être visibles, quelle est votre contribution? Pourriez-vous nous communiquer une liste de vos amis, collègues et proches qui vienne apporter de la crédibilité à votre “combat”? On pourrait calculer le taux de juifs, musulmanes, animistes, hindous, noirs, arabes, réunionnais, indiens, chinois, protestants et vous dire, en fonction des résultats si vous êtes universalistes ou communautaristes, avec remise d’une carte tricolore avec une médaille “anti-communautariste”. On pourrait également demander aux anti-communautaristes du Dimanche de nous donner des gages de sincérité de leur “vivre ensemble” afin d’évaluer si leur démarche vise à promouvoir réellement la mixité ou juste à créer une atmosphère de péril “communautariste” dont le but serait de mettre à terre la France.

La vérité, c’est que le communautarisme est inévitablement partout. Ce n’est pas juste un “phénomène” qu’il faut cantonner aux banlieues et aux quartiers “ethniques” des grandes villes. Je considère le public d’un meeting de l’UMP aussi communautariste que celui du FDG, tout comme je considère Barbès aussi communautariste que St Michel, Belleville ou Haussman. Le public d’un film de Jennifer Aniston, celui d’un film de Stallone, d’un concert de 30 Seconds to Mars ou de Béyoncé… tous ces groupes sont communautaristes, selon ce qu’on a décidé de voir en premier lieu. La différence, c’est que, contrairement aux humanistes obsédés par les “obsédés du complot”, je ne tombe pas dans le complotisme pour éviter de me pencher sur les échecs des différentes politiques de la ville. L’establishment a décidé de mettre la focale sur le communautarisme des pauvres pour rassurer les dominants et leur garantir le statut quo de leurs privilèges. Ce faisant, il invalide le vrai travail qui est mené par des populations qui n’aspirent qu’à exister autant que n’importe qui d’autre. En attendant, on pourra toujours s’ériger en martyr du communautarisme qui détruirait la société en découvrant des sites de drague dits “ethniques” mais on ne rentrera jamais dans des analyses aussi virulentes lorsqu’il est question de la pornographie qui exploite aussi le communautarisme ou du CSA qui se montre très frileux à l’idée d’intégrer – car c’est au sommet d’intégrer et non la base – des minorités raciales. On pourra toujours pleurer en voyant un groupe perçu comme “communautariste” mais tant que l’on continuera à enfermer et à coller des étiquettes pleines de mépris, comment voulez-vous qu’on croit au “vivre ensemble” ? D’ailleurs, vous avez peur de la viande halal, d’un foulard, d’une barbe, d’une jupe longue mais vous tenez à vivre ensemble ? Pour ma part, je ne veux pas vivre avec un grand nombre de personnes – l’axe qui va de l’islamophobie à l’antisémitisme en passant par le sexisme, le racisme et l’homophobie – à commencer par ceux qui, à votre façon, surfent sur des peurs fondées sur des fantasmes sans jamais s’attaquer à leur origine : l’état.