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Super Rossignol, le féminisme Galeries Lafayette et la suprématie blanche

NB: Suite à un message reçu sur twitter, la photo représentant Pauline Arrigui portant le bien sinistre et méprisant tee shirt “Atheism ls The New Black” a été retirée. Je vous laisse juges de cette demande.

Le féminisme blanc a encore frappé. Rien de bien surprenant. Mais aujourd’hui, il confirme sa relation amoureuse avec la suprématie blanche et malheureusement, par les temps qui courent, un constat semble implacable : ils vivront heureux et auront des tas d’enfants qui nous créeront des tas d’emmerdes. Nous, c’est un “nous” assez vague, ultra compliqué, très divers mais qu’on peut simplement résumer ainsi : “nous” concernera tous ceux pour qui ce féminisme blanc raciste, rebaptisé féminisme galeries Lafayette, sera un frein pour sa libération.

Laurence Rossignol et le féminisme conquérant

La raison de tout ce remue ménage ? Quoi, vous ne voyez pas ? Et bien oui : la femme musulmane voilée. Encore et toujours. Sauf que dans le mépris, elle aura été accompagnée de tous les noir-e-s de la planète entière, rebaptisés “nègres afric… nègres américains” par notre Ministre du Droit des Femmes (de la famille et de l’enfance, comme dans une publicité pour de la lessive en poudre). Interrogée sur la tendance de la mode islamique, Laurence Rossignol a été claire : “Ces marques expliquent que ce sont juste des vêtements mais qui ne font la promotion d’aucun mode de vie. Comme s’il y avait une dissociation entre les vêtements et les modes de vie. Or, dans l’histoire, par exemple, dans les années 60, les femmes peuvent avoir un compte en banque, elles vont à l’école, elles vont à l’université, elles ont accès à la contraception et en même temps, les jupes raccourcissent (ou elles mettent des pantalons). Ce qui prouve bien qu’entre la tenue des femmes et leurs droits, il y a un lien parce que l’enjeu c’est celui du contrôle social sur le corps des femmes.” On est à deux doigts du complot, on dirait! Donc l’habit ferait la nonne ou du moins ferait le pouvoir ? C’est original. C’est sans doute pour ça que je n’ai jamais trouvé de maillot deux pièces, string argenté au rayon Menswear de Zara… Ce que la ministre dit peut être discuté à longueur de pages et dans des débats interminables mais ce qu’il faut en retenir, c’est la stratégie d’argumentation :

  • Toujours faire référence à l’antithèse du voile qui sera la minijupe (ou le string, ça dépend des périodes). Ce faisant, on a presque l’impression que des femmes se seraient battues pour porter une minijupe, transformant plus d’un demi siècle de luttes féministes en vulgaire bataille pour le droit à porter une jupe et danser le twist. Et lier longueur de vêtement avec la liberté d’une femme… Franchement… En 2016 ? De la part d’une ministre et du droit des femmes, par dessus tout ?!
  • Toujours les apparences. Nous sommes dans une France d’apparence, de faciès, de sale gueule, de bonne gueule. Sauf que, le contrôle social sur le corps des femmes, en France, il porte plus sur ce qu’elles décident d’en faire ou de ne pas en faire. La subjectivité du choix d’une tenue reste un choix critiquable, mais le courage, le vrai, quand on parle de contrôle des corps et en tant que ministre des droits des femmes, ça serait de s’attaquer au diktat de la minceur, à la glorification de l’épilation intégrale, au racisme de l’industrie de la mode et des cosmétiques et à ses répercussions désastreuses sur des générations de femmes qui sont prêtes à tout pour rentrer dans le moule, quitte à relever des défis de plus en plus fous,  bref, de ce qui nuit mentalement et physiquement aux femmes qui ont été incarcérées dans  un rôle où l’on se fout éperdument de ce qu’elles ont à dire ou à penser, tant qu’elles sont jolies “à notre façon”.

Laurence Rossignol et le féminisme “on est plus chez nous, trop de bougnou… gens méchants!”

La Ministre poursuit : “Lorsque des marques investissent ce marché de la tenue islamique lucratif, un marché pour les pays d’Europe, ce n’est pas le marché pour les pays du Golfe, à ce moment là, ils se mettent en retrait de leur responsabilité sociale et d’une certaine façon, ils font la promotion de cet enfermement du corps des femmes”.

Donc notre ministre nationale pense pouvoir parler au nom de toutes les européennes… Qu’elle parle au nom de toutes les françaises serait plus que prétentieux mais là, on comprend à quel type de personne on a affaire : de la pire espèce, celles qui parlent soit disant au nom du plus grand nombre car elles se voient tellement comme la norme, l’originale, la vraie, l’authentique, à laquelle il ne faut rien demander puisqu’elle est dominante. Quant aux marques qui font la promotion d’une façon de s’habiller… Et alors ? UNE COLLECTION DE TENUES ISLAMIQUES CHEZ DOLCE & GABANNA ! UNE SEULE ! Quelques écharpes, jilbebs, tuniques, foulards et étoffes et vous avez l’impression de subir une crise cardiaque, de subir un envahissement ? Qu’est-ce qui se passe dans cette France qui devient hystérique pour une histoire de foulard ?! Notez que pour la Ministre, la panique, c’est que le “phénomène” atteigne l’Europe. On pouvait encore tolérer que la femme de ménage marocaine nous offre des caftans, mais là, ça commence à faire un peu beaucoup, quand même…

Quant à la responsabilité sociale des marques…. Parlons-en. Parlons des propos absolument grossophobes d’un certain Karl Lagerfeld, des marques qui, dès qu’elles conçoivent un vêtement un peu plus grand, induisent une différence de prix, de la minceur qui est devenue une norme en dehors de laquelle seront exclues toutes celles qui ne parviendront pas à fermer le dernier bouton de leur jean taille 36. Parlons de ces marques qui ne font pas ou peu appel à des mannequins de couleur, des gaines et des corsets qui s’achètent par centaines de milliers et qui peuvent provoquer des maladies ou des déformations. Parlons des gamines employées par des sociétés de cosmétiques pour des gammes réservées à des femmes plus âgées et de la perversité du message. Parlons de la difficulté pour les femmes enceintes de trouver des tenues à la fois confortables et aux prix abordables. Parlons de cette industrie qui veut éclaircir les peaux, défriser les cheveux et créer des regards absolument irréels. Et je ne vais même pas m’étaler sur le nombre de maladies type anorexie ou boulimie liés à cette industrie où il vaut mieux ressembler au modèle dominant ou aspirer à lui ressembler. Elles sont là, les vraies responsabilités, pointées du doigt par des centaines d’associations, de chercheurs ET DE FEMINISTES mais dont la ministre du droit des femmes se tape comme de l’an 40.

Laurence Rossignol, la ministre sauveuse des musulmanes dominées, potentiellement libérables par la sainte République.

On l’aura deviné : la Ministre aime ses musulmanes. “Mon sujet, c’est l’ensemble des femmes musulmanes qui vivent en France et qui sont sous l’emprise, grandissante, de groupes salafistes qui se sont mis en situation de dire aux musulmans de France qui est un bon musulman et qui ne l’est pas”. Vous pouvez trembler. Merci madame Rossignol d’avoir osé rompre le silence et parlé de ces milices qui viennent nous oppresser! C’est vraiment du tout neuf comme idée. On en avait jamais entendu parler… D’après notre sauveuse, les musulmans et les musulmanes devrait pouvoir, ici, en France s’attendre à ce que la République les protège en leur offrant de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. Ce serait drôle si la situation n’était pas horriblement tragique. Aujourd’hui, en République, l’égalité, ça sera sous certaines conditions, pareil pour la liberté, quand on voit que l’Etat se fait condamner pour discrimination au faciès sans en tirer les conclusions ou faire de bruit autour de . Quant à la Fraternité… Dans un pays où on méprise encore l’Islamophobie en niant l’essence même du mot, à droite comme à gauche et où, on va souvent reprocher aux premières victimes de l’islamophobie d’être, en gros, ostensiblement musulmanes, je me demande de quelle fraternité parle madame la Ministre.

Mais heureusement que Super Rossignol est là! Elle savait ce qui se tramait, à l’ombre des voiles. Et elle l’a vu : “on voit de moins en moins de femmes dans la rue, dans les cafés, vivre de manière libre dans leurs quartiers”. Tiens, on assiste à une Finkielkrautisation des esprits! Encore un individu blanc de plus de 55 ans, vivant en dehors de ces mystérieux quartiers mais qui, du haut de son perchoir d’humaniste, a entendu l’appel ? Non. En vérité, la thématique des femmes absentes de l’espace public, c’est un vieux procédé. Même Anne Zelensky, une féministe pourrie par l’islamophobie la plus crasse, qui a fini chez Riposte Laïque l’avait écrit : “Cela se passe à Aubervilliers, territoire perdu de la République. Des mœurs d’un autre âge s’y sont implanté. Ainsi les cafés et leurs terrasses sont occupés exclusivement par les hommes. On se croirait transporté dans un bled quelconque d’Arabie”. Elle parlait même de reconquista… Et, bingo, Laurence Rossignol a fait référence à cette sordide histoire.

Laurence Rossignol et les dérapages

Madame la Ministre dit ne pas croire au grand remplacement. Néanmoins, elle n’hésite pas à parler de “franco-musulmans”, une petite perle orale qui démolit toute la théorie sur l’intégration façon gauche caviar qui adore le couscous et le spa du Club Med Djerba ou en Musulmanie, peut être ? Venant de la part d’une formation politique où on nous répète à longueur de journée que “oui, on peut être français et musulman, pardi!”, que les couleurs n’existent pas, que la citoyenneté doit passer avant tout, que la laïcité est merveilleuse car elle protège les religions et tout le blabla, ce lapsus est assez… succulent. Après la bi-nationalité, va-t-on parler de natioreligion? J’ai hâte d’entendre parler de Franco-protestants ou de Franco-athées! On nous dira ce qu’on voudra mais dans ce lapsus, j’entends ce que l’on n’ose jamais dire : qu’on a glissé de la question ethnique à la question religieuse et que même les bas fonds de l’inconcient d’une ministre du droit des femmes passée par la pathétique association “Sos Racisme” peut nous en faire la démonstration.

Mais la perle orale, la vraie, portait sur la question du libre arbitre. Souvent, pour convaincre une audience trop inculte ou à l’esprit trop simple pour des réalités évidentes, il faut avoir recours aux images. Pour parler des dangers du Tabac ou de la conduite en état d’ivresse, qui s’est retenu des photos ou vidéos choc ? Et ben, Rossignol, c’est pareil. Mais en beaucoup moins bien. Je dirais même, en version tellement dégueulasse qu’on en a la gerbe. La Ministre, la liberté de se voiler, elle n’y croit pas. On ne lui fait pas, à elle. Elle qui est en contact avec des associations de quartiers dirigées par des nunuches comme Nadia Remadana, elle en sait quelque chose. Et elle voudrait qu’on la comprenne et déclare en toute tranquillité que “il y avait aussi des nègres afric… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage”, sans voir un seul instant le caractère odieux d’un tel énoncé (ni même se faire reprendre par Bourdin… exactement comme Elice Lucet qui laissait tranquillement Guerlain parler de nègres sur son plateau). L’indignation est multiple :

  • Avoir recours à une comparaison avec l’esclavage est tout aussi indigne que la comparaison avec le nazisme pour x raisons. C’est une banalisation d’un phénomène horrible, pas tout à fait achevé et qui n’a absolument rien à voir avec ce à quoi on l’accole.  Parler d”esclavage pour parler de prostitution ou de voile (ou même, comme on l’a vu dernièrement lors des rassemblements contre la loi travail), revient à mépriser d’un seul trait les prostituées, les femmes voilées et surtout les esclaves (qui n’ont pourtant jamais obtenu la moindre réparation). Et pire encore : ça dénote qu’on ne veut pas de ça chez nous… et qu’on tolèrerait ça ailleurs. Parler d’exploitation serait plus approprié.
  • La question du libre arbitre est choquante. A écouter ces féministes rebaptisées “féministes galeries Lafayette”, lorsqu’une femme ne fait pas le “bon choix”, elles sont aliénées, folles et ne s’en rendent pas compte. C’est, à mon sens, un pur contresens et un cliché antiféministe flagrant vieux comme le monde : madame Rossignol n’a-t-elle pas lu ces autobiographies de féministes qui, parce qu’elles sortaient des sentiers battus et se refusaient à suivre le dictat de la société dans laquelle elles évoluaient, ont été taxées de folles, de marginales, juste à cause d’un choix personnel ?
  • Le choix du terme “nègre” est, à mon sens, la pire. Loin de moi l’idée de mettre en concurrence les femmes portant un foulard et l’insulte négrophobe, mais elle est lourde de sens. Premièrement, vous remarquerez qu’elle a été prononcé sans grande difficulté. On pouvait parler de noirs, d’esclaves, de traite mais de nègres…. Mais on nous dira que ce n’est qu’un dérapage! Le blantriarcat a le droit de déraper, de se reprendre, car lui, quand il faute, c’est toujours contre sa volonté, contre sa ligne droite, pour une question de volant qui a été lâché un court instance, en pleine aisance. Le blantriarcat a ce privilège tout simplement parce qu’il est conçu comme la norme parfaite, indiscutable et dont les fautes ne peuvent jamais lui être reprochées.
  • Il faut cesser de faire dire à l’esclavage ce qu’il n’était pas en le déconnectant de sa réalité et de son contexte historique et stratégique. Combien de “nègres” ont accepté l’esclavage, de bonté de coeur ? Qui peut avoir un chiffre parlant et significatif ? Personne. Qu’on mène des recherches sérieuses à ce sujet afin de mettre un terme à ce mythe, purement anecdotique et insignifiant sur l’histoire de l’esclavage qui ne fait que le réviser et, d’une certaine façon, disqualifier scandaleusement ce que la traite négrière a été… et ce qu’elle a rapporté. Vous arrivez à imaginer, des comparaisons avec les camps de concentration, dans quelques années, sur un plateau télé, avec un ministre qui déclarerait “beaucoup de juifs étaient pour les camps” ?! L’idée vous parait dingue ? Préparez-vous, car rien n’est impossible avec cette classe politique qui n’hésite pas à plonger dans le racisme et les comparaisons ignobles pour vendre sa soupe.

Vive le Blantriarcat !

Il y a eu très peu de réactions de la part du gouvernement. On pensait qu’avec ce qui avait été traversé par Christiane Taubira, on aurait pu avoir un ou deux mots mais, au Parti Socialiste, c’est le racisme caricatural type FN qu’on aime pas, le reste…. ça se tolère un peu. Du bon racisme de gauche, en soit. Par chance et certainement par humanisme, les femmes voilées et les noir-e-s sont beaucoup plus intelligents : aucune demande de désolidarisation n’a été exprimée. Anne Cécile Mailfert, Pauline Arrighi et d’autres peuvent dormir tranquillement sans crainte d’avoir à se justifier ou à souffrir du rejet en allant s’asseoir à côté d’un noir dans le métro ou d’une femme voilée dans le bus. Et puis, personne chez les concerné-e-s n’a publié de tribune ou d’édito, dénonçant des propos issus d’une blanchité qui adore son reflet dans le miroir.

Néanmoins, ce qu’il y a de fascinant avec le blantriarcat, c’est cette tendance à ne jamais reconnaitre complètement ses erreurs, voir à les transformer en des qualités. L’entourage de la ministre a même déclaré : ” Le mot nègre est un mot péjoratif qui ne s’emploie plus que pour évoquer l’esclavage, en référence à l’ouvrage abolitionniste De l’esclavage des nègres de Montesquieu “. Pauvres noirs! Qu’est-ce qu’ils sont bêtes, quand ils n’ont pas le sens de l’humour! Incapables, eux aussi, de comprendre la finesse de la langue française! Quand un homme politique blanc dérapera à son tour, et mon doigt me dit que ça ne saurait tarder, en parlant de “salopes”, on attendra qu’il nous dise qu’il faisait référence au manifeste des 343 salopes de Charlie Hebdo en pleine époque de lutte pour l’avortement, pour voir si la pilule passe aussi bien auprès des concernées et si nier sa faute sans s’excuser suffira à apaiser la douleur de l’épithète raciste. Mais, malheureusement, le blantriarcat est une machine haute comme un monument, qui sait faire face à toutes les critiques qu’il veut taire, lui qui se disait si Charlie. En témoignent les tweets insensés d’Eric Mattout qui récupère la Négritude de Aimé Césaire pour se livrer à un hors sujet mêlant féminisme, voile, droit de vote des femmes… Un bon condensé où on vomit son incompréhension. Et Heureusement que Audrey Pulvar est là. Il en faut toujours une, de toute façon. Sa fonction : rassurer le blantriarcat en apportant sa protection et en validant l’expression. Elle est la bonne conscience. Un équivalent pathétique de “l’amie arabe qui prépare des couscous” et qui donc, est le plus évident gage d’antiracisme. Et puis, Laurence Rossignol “est issue” de la mouvance “SOS Racisme”, voyons….

Ainsi, nous laisseront les féministes galeries Lafayette prendre l’escalator et se diriger à la caisse du magasin “racisme”. La traque aux prostituées étant passée de mode, il faut concentrer son énergie sur le grand méchant “non blantriarcat friendly” ennemi de l’intérieur. Ne les taxez pas d’islamophobes : elles ne veulent que défendre la laïcité menacée par un steak halal qui s’est retrouvé dans leur panier à Sephora. Ne les taxez pas d’antiracisme niais : elles maitrisent l’art du contouring spécial “beurette” parce qu’elles les trouvent belles, les arabes, sauf quand elles apparaissent sur la même liste aux élections européennes qu’une islamophobe notoire comme Annie Sugier (oui, Caroline De Haas et Anne Cécile Mailfert, on sait que vous avez monté un projet avec elle !) pour après pleurer la chute de la gauche, après avoir tenté l’union avec le Diable. Ne les taxez pas de négrophobie : elles invoqueront la langue française, qui n’a fourché que dans nos oreilles d’incultes. Ne les taxez pas d’obsession sur le voile : elles vous parleront de l’impact du film Jamais Sans Ma Fille sur leur conscience féministe. Ne les taxez de rien. Laissez les s’étouffer dans leur bienveillance obsessionnelle et leur mépris condescendant. Laissez-les parler d’universalisme et entendez-là un nombrilisme parce qu’elles sont persuadées d’être authentiques et ne reproduisent qu’un schéma raciste appliqué au féminisme. Laissez-les suffoquer en voyant une femme voilée et voyez-y la marque de leur impossibilité à se défaire d’un machisme où des règles pensées contre elles sont maintenant utilisées contre celles qui auraient pu être leurs soeurs. Laissez les pleurer sur les femmes qui n’empruntent pas leur route et voyez là leur faillite et leur grand paradoxe : lutter contre la haine en faisant de la haine, c’est efficace à court terme, mais jamais révolutionnaire car ça ne bénéficie que rarement aux plus démunis. Pas surprenant que la théorie antiraciste des non concernés et le féminisme blanc trouvent si peu leur public parmi ce vague “nous” que beaucoup ont décidé de mépriser parce qu’il refuse de servir de paillasson… Mais bon, on imagine qu’il vous restera vos journées sans voile et vos actions antiracistes pour vous occuper et que vous viendrez goûter à la chaleur des banlieues quand on vous y enverra pour récolter des voix, entre deux thés à la menthe et beignets à la sénégalaise.

 

“Much Loved”, la prostitution et nous

Le Maroc de Much Loved

Much Loved de Nabil Ayouche.

Much Loved de Nabil Ayouche.

Noha, Randa et Soukaina sont trois prostituées marocaines dont “Much Loved” dévoile le quotidien. Elles vivent de rapports sexuels tarifés, entre clients du Golfe, européens et marocains sous le soleil de Marrakech. Elles survivent tant bien que mal dans une société où la question de la prostitution est l’ultime tabou. Entre moments de violence, moments complices et moments de tristesse, les héroïnes de “Much Loved” mènent toujours la danse et rappellent au spectateur que peu importe notre avis sur la question de la prostitution, seul le vécu et la volonté de la principale concernée doit compter.

J’ai aimé Noha comme on aime la cheffe d’un groupe. J’ai aimé son humour, sa force, son intelligence et sous son apparente dureté, ses faiblesses. J’ai aimé Randa comme on aime quelqu’un que personne n’aime. J’ai aimé sa fragilité, sa pudeur. J’ai aimé Soukaina comme on aime un enfant. J’ai aimé sa naïveté, sa douceur. J’ai aimé Hlima dite “Ahlème” pour ses maladresses et sa franchise. J’ai aimé Saïd pour son soutien et sa discrétion. J’ai aimé Much Loved car ce n’est pas un énième film sur la prostitution qui donne soit dans un glamour romantique à la Pretty Woman ou dans un froid glacial à la Takken. J’ai aimé Much Loved pour son absence de compromis, l’incroyable réalisme pour quiconque connait la question du travail sexuel au Maroc.

Au Maroc, la polémique a été au rendez-vous avant même que le film ne sorte en salles. Selon le ministère de la communication, le film représente un “outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine et une atteinte flagrante à l’image du royaume”. Condamner un film avant sa sortie ? C’est curieux. Il est quand même dommage que le Maroc accorde un visa pour réaliser un film qui finira interdit au nom de ce que le film a de nuisible au Maroc et d’un certain féminisme. En 2015, le Maroc ne veut pas voir la prostitution droit dans les yeux. On préfère encore ignorer tout ce qui ne plait pas comme si le fait de tourner la tête faisait disparaitre ce qui dérange et malheureusement, la prostitution n’est qu’un des milliers de sujets tabous qu’on ignore, en pensant naïvement qu’une telle attitude fera disparaitre le phénomène.

Certains n’ont rien trouvé d’autre que de créer des pages Facebook incitant au meurtre de l’actrice principale, Loubna Abidar. On balance son adresse, son numéro de téléphone en espérant que quelqu’un “passe à l’acte” et venge la fameuse femme marocaine outrée par la performance de Loubna Abidar. Rappelons à ceux pour qui l’image de la femme marocaine  est importante qu’un appel au meurtre d’une actrice marocaine qui a osé jouer le rôle d’une prostituée, c’est là le pire outrage à la femme marocaine. J’aimerais leur rappeler, malheureusement, que ce qui constitue un outrage à la femme marocaine actuellement, ce n’est pas une performance dans un film, aussi réaliste soit-elle, mais tout une liste de lois complètement rétrogrades. Quant à l’image du Maroc, Much Loved n’a rien apprit : on sait pertinemment que la prostitution, surtout en 2015, est globale alors pourquoi est-ce que le Maroc devrait y échapper ? Mais si ça vous arrange de continuer à vivre avec des oeillères et à prétendre que tout va bien, ne vous risquez surtout pas à les enlever : ce que vous pourrez voir risquerait de vous faire tomber brutalement de votre nuage.

Pour Much Loved, j’aurai aimé que Nabil Ayouche garde certaines scènes qui ont été coupées ou raccourcies. J’ai aimé les discussions avec ces richissimes saoudiens, pourris par leur argent qui pensent être les maitres du monde alors qu’ils ne doivent leur confort qu’à des gisements de pétrole hasardeux qui les ont transformés en business men. J’ai aimé que le film mentionne non seulement d’autres tabous au Maroc mais aussi la solidarité entre certains groupes oppressés sans tomber dans une caricature ou dévier sur un autre sujet. J’ai aimé les discussions, dures et sans fards, beaucoup plus intéressantes et “efficaces” que certaines scènes de sexe. J’aurai également que la présence de Saïd, le chauffeur de ces dames, soit un peu plus expliquée… Il veille tel un ange gardien sur ces femmes et joue les chauffeurs sans jamais demander quoique ce soit. D’ailleurs, à l’exception de Noha et de Hlima, on ne connait rien des antécédents des autres femmes de ce film. J’aurai aimé en savoir un peu plus… Curiosité de spectateur sans doute. J’aimerais en dire plus mais je pense qu’il faudrait que le film soit vu par un maximum de personnes. Et, au delà de l’intrigue, les performances de toutes les actrices sont excellentes, surtout Loubna Abidar qui peut vous faire pleurer d’une seconde à l’autre avant de vous faire rire puis pleurer à nouveau.

Et nous dans tout ça ?

Les quelques abolitionnistes de la prostitution croisées lors de la projection de ce film ont été assez déçues. Elles qui voulaient des prostituées victimes, forcées et honteuses sont tombées sur des prostituées victimisées et qui ne prétendent pas vraiment au titre de femmes les plus malheureuses au monde et qui attendent qu’on vienne les sauver. Certes, le film ne ménage pas le spectateur sur ce que la prostitution clandestine peut avoir de violent mais sans jamais ôter de dignité aux travailleuses du sexe. Le monde dont rêvent les abolitionnistes et où le client est pénalisé, qu’elles le veulent ou pas, c’est le Maroc de Much Loved : un monde où le client peut être pénalisé mais où la prostituée sera toujours 100 fois plus victime, 100 fois plus oppressée, 100 fois plus stigmatisée. Much Loved leur montre cette société dans laquelle la travailleuse du sexe cumule des oppressions à cause d’une clandestinité qui ne la protège de rien et la fragilise encore plus. Dans cette société prohibitioniste, le pouvoir est encore plus concentré entre les mains du client qui peut se permettre toutes les violences, tous les fantasmes et tous les abus. La Police ? Elle joue le vulgaire rôle d’arbitre dans ce monde underground et comme dans toute situation clandestine, ne s’interdit aucun abus : quand la victime est déjà marginalisée et stigmatisée par tous les pans de la société, pourquoi la respecter? Comme dans nos rues et dans nos commissariats bien français, on fait sa loi, on confisque, on harcèle et on viole sans ménagement.

Dommage que nos féministes françaises converties dans le catéchisme anti-prostitution au nom d’une certaine morale, plus proche de la Religion que de la laïcité qui serait devenue leur “truc à elles”, continuent de monopoliser un débat dans lequel elles n’ont aucune légitimité (Caroline De Haas, Anne Cécile Mailfert, Pauline Arrighi, Thalia Breton et autres féministes carriéristes et charismatiques de la France d’en haut qu’on a entendu sur tous les plateaux et sur toutes les ondes ont été travailleuses du sexe pendant…. jamais!). Dommage que nos féministes françaises qui se targuent d’un antiracisme évident, souvent aussi niais et contreproductif que celui de la licra ou de SoS Racisme, donnent dans l’amalgame raciste le plus flagrant, à savoir “majorité de femmes étrangères dans la prostitution = femmes issues de la traite = femmes forcées = oulala pas bien” car, c’est bien connu, une étrangère qui se prostitue ne peut être que contrainte, voyons. Allez dire ça aux travailleuses sexuelles maghrébines que l’on retrouve dans les salons de massage des émirats arabes unis, du Koweit, du Qatar ou encore du Bahrein… Allez dire ça aux chinoises qui s’organisent dans des associations en plein Paris et qui ont des discours à l’opposé de ce qui se dit dans les milieux féministes de l’establishment. Allez leur dire, du haut de votre expérience nulle en tant que travailleuses du sexe, que ces femmes ne peuvent être qu’issues de la traite des êtres humains, qu’elles doivent être sauvées, écoutées. Dommage que nos féministes françaises qui, font mine de s’indigner du contrôle au faciès avec une main, continuent d’appuyer et de valider les pleins pouvoirs à la police de l’autre, ce qui n’aura pour conséquence que plus de répression envers celles qu’elles considèrent, du haut de leur perchoir de bourgeoises, comme des victimes. Une fois de plus, allez voir celles qui ont été confrontées à la police, harcelées, contrôlées, ramassées à 25 dans des cars de police pour finir en garde à vue en étant 12 dans la même cellule sans fiche de garde à vue juste parce qu’elles ont eu le malheur de racoler. C’est ça, le pouvoir que vous voulez renforcer ? La solution, c’est d’augmenter la répression qui n’aura aucun impact direct sur le client? Que vous êtes courageuses.

Rosen Hicher & Linda Lovelace : deux "survivantes" de l'industrie du texte passées du statut de militante pro travail du sexe pour basculer dans le camp opposé...

Rosen Hicher & Linda Lovelace : deux “survivantes” de l’industrie du sexe passées du statut de militante pro travail du sexe pour basculer dans le camp opposé…

Dommage que nos féministes françaises usent et abusent d’une stratégie vieille, à savoir s’approprier des vécus, pour en faire l’illustration parfaite de leurs arguments. Aujourd’hui, nos féministes françaises ont Rosen Hicher comme certaines féministes américaines ont eu Linda Lovelace dans les années 80, pour faire avancer leur agenda anti travail du sexe. On adore les icônes : on les prend sous notre aile, on les médiatise un peu et on leur donne un acte symbolique à accomplir (Rosen Hicher a traversé la France à pied, super). Au passage, on s’autorise des discours plein d’angélisme avec des citations cucul la praline comme le fameux “on fait ça pour nos filles, pour la prochaine génération”; d’habitude, ce genre de phrase est balayé d’un revers de la main par ces féministes qui veulent rompre avec ce genres de discours qui rappelle trop un féminisme pas très féministe, cher à des personnalités comme Sarah Palin ou Michelle Bachman mais qui dans la bouche d’une alliée alibi des féministes comme Rosen Hicher n’est plus ringard, puritain, lisse, etc…  Rosen Hichen ira même défiler avec les Femen, portant dans ses bras une petite fille, histoire de bien émouvoir le peuple blanc venu la soutenir après sa marche. L’image est éloquente, la figure de l’enfant dans les bras de la survivante de la prostitution parle à tous et à toutes sans que personne ne trouve le procédé indécent comme lors des manifestations contre le mariage pour tous… Ici, la famille, c’est respectable, hein. Au passage, une telle image aura été l’occasion rêver de réunir sous la même bannière un beau monde riche de sa diversité blanche des groupes qui ont peu de choses en commun mais qui se sont fait violence le temps d’une action ridicule:  des religiophobes anti laïcité aux seins nus et guirlandes de fleurs, des associations d’origine catholique qui se refusent toujours à distribuer des préservatifs et qui sont encore liées à l’église comme le Nid dont la plupart de ses sites sont situés dans des paroisses ou églises et dont le délégué le plus célèbre est diacre, des féministes du PS et j’en passe… Rappelons juste que, outre ce statut de “survivante qui donne de la légitimité au combat contre le travail sexuel”, Rosen Hicher et Linda Lovelace ont en commun le fait d’avoir écrit des livres à la gloire du travail sexuel, avant de basculer dans le camp adverse et de rejoindre les rangs du militantisme anti travail du sexe. A la fin de sa vie, Linda Lovelace est revenu sur son militantisme anti pornographie, a posé en lingerie pour un magasine érotique, assisté comme vedette à des foires pornographiques où elle a dédicacé des VHS de Gorge Profonde et dénoncé l’instrumentalisation de son histoire par le féminisme de l’époque. Quand Linda Lovelace était obligée de travailler comme femme de ménage de nuit et secrétaire de jour pour payer ses factures médicales et subvenir aux besoins de sa famille, aucune féministe n’était là pour la soutenir. Alors, à celles qui attendent que les cavalières de l’abolition leur viennent en aide, n’oubliez jamais qu’elles vous exploiteront à leur tour comme vous l’avez été ou avez eu le sentiment de l’être pour faire avancer LEUR cause, pas la vôtre. Dommage que nos féministes françaises n’aient que pour seul argument l’idée que le travail sexuel ne pourrait être tolérable parce que c’est une violence et que c’est une exploitation. Que ce soit une violence, c’est toujours discutable, mais ce n’est pas l’augmentation de la répression, l’invisibilisation de la profession et le harcèlement qui rendra le métier moins violent. Quand à l’exploitation… si elles veulent qu’on les prenne au sérieux, que nos féministes françaises brûlent leurs vêtements achetés dans de grandes enseignes de prêt à porter mais fabriqués dans des ateliers de confection où l’on exploite l’être humain jusqu’aux suicides et aux évanouissements des salarié-e-s et on en discutera. Aucune féministe française ne prendra des airs outrés ou ne déclarera, sourcils froncés et air grave dans les yeux, que “le client doit être responsabilisé et savoir ce qu’il a en face de lui”. Et si le client, ce sont les abolitionnistes ou les lectrices du magasine ELLE qui achètent des tee shirts portant la mention “This is what a feminist looks like” fabriqués dans des conditions inhumaines par des femmes qui travaillent 16 heures par jour , on vous pénalise comment? A moins qu’une exploitation soit plus acceptable qu’une autre ? Je rappelle qu’au delà du textile, il existe aussi d’autres formes d’exploitation qui couvrent de nombreux secteurs comme la restauration, la fabrication de nombreux articles de consommation courante, l’électroménager, etc… L’exploitation qui n’a pas le droit à l’indignation féministe, c’est celle qui concerne nos smartphones qui sont crées en Chine dans des bâtiments équipés de grillages afin d’éviter des suicides sur place , l’huile d’Argan que l’on importe en France après avoir pillé les réserves au Maroc et ruiné la santé des marocaines qui vont l’extraire afin que les européennes puissent se trémousser cheveux en vain et cela quelque soit le climat, mais aussi nos nourrices de France, généralement immigrées, mais qui torchent le cul de leurs gosses pour leur permettre à ces femmes du XXI ème siècle, de faire carrière sans trop de difficultés, etc… On pourra également parler de toutes ces professions qui sont des exploitations qui touchent des individus que nous ne remarquons même plus tant notre regard s’est habitué à les ignorer mais qui n’ont pas le droit d’être défendus par nos féministes. Ce sont des exploitations qui concernent beaucoup plus de monde et couvrent beaucoup plus de domaines mais jamais les abolitionnistes ne s’attaqueront à une exploitation aussi puissante. Comme d’habitude, c’est tellement plus facile de taper sur les plus faibles, les plus précaires, les victimes comme elles les appellent (quand elles ne parlent pas des travailleuses du sexe comme étant des “pauvres filles”) et qu’elles veulent sauver malgré elles car elles auront toujours raison. Dans les courants féministes “d’en haut”, on se trouve digne, subversif et sans doute admirable quand on supplie Google France de verser encore quelques subventions comme Anne Cécile Mailfert l’a fait sans jamais se dire qu’au final, il n’y a aucune différence entre gratter des euros à une multinationale américaine en battant des cils et monnayer un rapport sexuel consenti. Chez OLF, va-t-on considérer Mailfert comme une victime et pénaliser Google ? Vous avez 4 heures. Mais chez les abolitionnistes, quand on est persuadé de détenir la vérité à la place de ceux qui l’a vivent, tous les moyens justifient la fin. On va jusqu’à présenter  un court métrage ringard, alarmiste pour rien, puant la morale puritaine et qui n’a absolument rien à envier aux montages photos racistes et homophobes trainant sur internet et qui traitent, avec effet de panique, du déclin de la civilisation, de cette société à la dérive, de nos “valeurs”, etc… Ca va les abolitionnistes ? Pas le sentiment de tomber dans la caricature ? Pas le sentiment d’agir exactement comme ceux qui sont vos ennemis, en temps normal, comme ce patriarcat qui s’affole du futur quand “un changement” arrive?

10522182_657907420970464_109752714_a Aux bonnes âmes de France qui veulent à tout prix intervenir dans le débat sur l’abolition de la prostitution, souvenez-vous que vous ne pouvez pas pleurer le manque de représentation de femmes dans tous les domaines de la terre (assemblée nationale, sénat, armées, CA des entreprises, etc…) et occuper l’espace et la parole des travailleuses du sexe. Vous ne pouvez pas non plus décider que seules les ex travailleuses du sexe qui ont fait le deuil de leur métier au point d’en nourrir votre argumentaire et de militer à vos côté ont le droit de parler… alors que la loi n’aura aucune incidence sur elles. Vous ne pouvez pas également continuer à marcher sur la tête quand on a un volet social merdique à proposer pour celles qui souhaitent quitter le travail du sexe et qu’on propose une aide conditionnée à des travailleuses sans papier qui, pour le coup, ressemble à s’y méprendre avec du chantage. Aux bonnes âmes de France qui, comme Patric Jean et autres guignols de chez Zéro Macho, crient haut et fort combien ils ne sont pas clients de la prostitution qui est abominable et tout le baratin des bourgeois qui n’ont jamais été dans le besoin : votre ligne de conduite et vos arguments sont inutiles. Votre seul argument, c’est de dire que vous êtes contre la prostitution. Et là, l’envie de vous répondre me brûle les lèvres : et alors ? Vous êtes contre ? Vous voulez une médaille, un avantage fiscal ? En quoi le fait de dire que vous êtes contre est pertinent dans le débat (pour glousser quand on une travailleuse du sexe parle, ça c’est pas très zéro macho au passage, hein).Bien. Passez votre chemin. Et cessez de grignoter le temps de débat et de discussions qui doit être autour, une fois de plus, concentré entre les premières concernées. Cessez les aberrations du genre “Il faut du désir” ou “c’est une violence”. C’est bien le sentimentalisme, ça rapporte beaucoup d’argent à Hollywood, mais politiquement ça montre vos limites et faiblesses quand vous ne pouvez plus traiter celles qui ont le malheur de ne pas être abolitionnistes d’aliénées, de “pauvres filles” et autres qualificatifs. Une bonne fois pour toutes : aller à la rencontre de prostituées en activité, non issues de la traite et laisser les parler. Laisser. Les. Parler. En tout cas, personne n’est dupe et quand on voit de quoi est capable, en terme d’attaques, d’insultes et de calomnies, le camp abolitionniste, on perd toute sympathie à son égard.

Aux bonnes âmes marocaines, regardez la vérité en face. Et sachez que la grande confrontation ne peut être indéfiniment repoussée quand on sait combien les choses bougent rapidement. Much Loved a scandalisé alors qu’il pouvait être l’occasion de débattre, d’officialiser une discussion et un phénomène. J’espère sincèrement que ce film n’était pas une petite parenthèse dans la société marocaine mais que le sujet reviendra sur la table. La prochaine fois, peut être…

 

Quand Rokhaya Dit allo…

J’ai longtemps pensé à écrire cet article sans jamais le publier tant « le cas Rokhaya Diallo » est compliqué et révélateur de ce climat froid français. Je me suis rapidement rendu compte qu’il est impossible d’aborder une figure aussi « controversée » auprès de l’establishment sans avoir à se présenter. Disclaimer : je ne suis pas mandaté par Mme Diallo pour parler d’elle, de même que je ne suis pas financé par Dieudonné ou Soral, pathétiques personnages qui feront eux aussi l’objet d’un article, ni même que je n’ai aucun lien avec un quelconque lobby. Je tiens également à préciser, que je ne donne pas tout à fait dans le complot « islamico-socialo-prostitueur-lgbt-féministo-conquérant » et autres inépties dignes de journalistes en manque d’arguments qui refusent aux autres ce dont ils se réclament, à savoir l’indépendance d’esprit. Je ne connais Rokhaya Diallo qu’à travers ses livres, ses articles et ses apparitions médiatiques et je n’ai décidé d’écrire cet article que lorsque je me suis aperçu que son « cas » prouvait la pertinence de ses luttes mieux que n’importe quel ouvrage.

rokhaya dialloSoumise au lobby des proxénètes, Anti Charlie Hebdo, féministe pro-voile, faux nez de Tariq Ramadan, agent des USA, ect…  Une chose est sûre : quand on n’aime pas, on sait très bien dans quel camp ranger une personnalité, quitte à la calomnier et à lui inventer des connexions qui n’existent pas. Quand on ne rentre pas dans le moule, quand on a le malheur d’émettre des critiques saines et constructives mais qui ont le défaut de chambouler les dominants dans leurs idées et leurs idéaux, on devient une Rokhaya Diallo (admirez la rime !).

Tout a réellement commencé avec le « Y’A Bon AwardGate ». Chaque année, des trophées « bananes » sont remis aux hommes politiques, journalistes et artistes qui ont tenu des propos à caractère raciste. En 2012, c’est la méga célèbre Caroline Fourest, star des médias, qui a reçu un prix suite à sa sortie sur les « associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus, lever des fonds pour le Hamas », lors d’une convention du parti socialiste. Le jury, dans sa majorité, vote « Caroline Fourest » mais seule Rokhaya Diallo subit les foudres de l’essayiste qui ne comprend pas sa “victoire”. Dans l’article qu’elle publie sur le Huffington Post, elle ira jusqu’à écrire que « le but de Rokhaya Diallo et de son association (Les Indivisibles) n’est pas de militer contre le racisme » tout en lui inventant des liens suspects avec, je vous le donne en mille, tous les méchants de la terre : les indigènes du Royaume, le département Américain et Michel Collon, le «roi des complotistes»… Tout ça parce que Caroline Fourest, qui se présente comme intellectuelle humaniste féministe antiraciste universaliste démocrate et apôtre du « il faut critiquer » refuse… la critique. Au-delà de la critique, elle refuse juste tout débat en calomniant Rokhaya et sa bande (mais sans nommer les membres du jury), qui, à la lecture de l’article de Fourest, n’est bonne qu’à s’allier avec des extrémistes qui soutiennent l’intégrisme. En réagissant de la sorte, toute discussion est abandonnée puisqu’elle part sur la base d’accusations répugnantes. Marque suprême de Caroline Fourest : elle, la femme blanche si proche des médias et du pouvoir, sait qui est “réellement” raciste et pense être arbitre de cette question. Il y a de quoi rire nerveusement… Petite mention à l’attention de Caroline Fourest et de son fan club : si vos propos sont considérés comme racistes, inutile de pleurnicher. Inutile de parler des “autres” car ce sont vos propos à vous qui intéressent et qui interpellent. Inutile également de faire des amalgames immondes avec des attentats ou de laisser croire que les gens qui ne sont pas d’accord avec vous sont donc prêts à “Payer le ticket de bus à ceux qui rêvent de (vous) emmener en forêt pour (vous) bâillonner ou (vous) lapider”. Inutile de nous “rappeler” combien vous vous battez contre le racisme et donc nous rappeler que vous faîtes partie de la lutte antiraciste alors que nous ne parlons pas de la même chose. Vous pratiquez un antiracisme qui honore le racisme puisque vous ne le voyez qu’à travers sa forme la plus caricaturale et la plus stéréotypée, c’est à dire dans la bouche de l’extrême droite, alors que le but aujourd’hui est de montrer que sa banalisation est telle qu’il peut avoir, des fois, le visage de quelqu’un qui se dit de gauche… et qui se présente comme une intellectuelle humaniste féministe antiraciste universaliste démocrate.
Cet incident, qui aurait pu servir de genèse pour un vrai débat sur le racisme en France à partir de deux perspectives différentes, n’a servi en réalité qu’à isoler Rokhaya Diallo; en effet, quand on est une minorité qui se refuse à suivre la ligne de l’antiracisme “officiel” comme SOS Racisme, l’establishment vous lâche. Ce n’était que le début de la chasse à la Rokhaya.

En 2011, suite à l’incendie des locaux de Charlie Hebdo, Rokhaya Diallo co-signe une tribune contre le soutien apporté au journal. Même si la démarche peut sembler choquante pour certains pour des raisons de “timing”, la tribune vise plus à donner un éclaircissement de la position des signataires vis à vis du contenu de Charlie Hebdo et son rôle dans un contexte de “débat sur l’identité nationale” qu’une apologie du terrorisme. Une fois de plus, seule Rokhaya Diallo est retenue, présentée souvent comme la seule co-signataire de la tribune. Chacun peut la consulter librement sur internet et, une fois de plus, si elle semble inappropriée parce qu’elle “tombe mal”, il faut quand même lire et tenir compte des raisons qui ont justifié la publication de cette tribune. Cet évènement, lui aussi, vient noircir le parcours de Rokhaya Diallo qui est désormais considérée, dans le grand inconscient, comme étant de connivence avec les intégristes, les fanatiques religieux et les terroristes qui mènent des opérations criminelles de ce genre.

Entre temps, il faut bien se l’avouer, Rokhaya Diallo est devenue une figure presque incontournable des médias. Ses apparitions sont très regardées et, n’en déplaise à ses détracteurs, elle est invitée à débattre face à des personnalités qui ne sont pas “faciles” et qui sont plus dans l’injure et le mépris que dans la discussion et l’argumentation. Elle collabore aussi à différentes publication, sur des thèmes très variés (racisme, négrophobie, islamophobie, prostitution, viol, droits civiques, etc…) ce qui permet à la fois de faire connaitre ses idées mais également de comprendre dans quel courant de pensée elle s’inscrit. Mais trop d’indépendance, tue l’indépendance et “ça finit par se payer”….

rokhaya-diallo-en-larmes-sur-rtl-face-600x315-1Après les problèmes de digestion de Caroline Fourest viennent les problèmes d’égo surdimensionnés d’Isabelle Alonso. En effet, fin 2013, en plein débat sur la pénalisation des clients des prostitué-e-s, Rokhaya Diallo et Morgane Merteuil (membre du Strass, le syndicat du travail sexuel) publient une tribune dans Libération. Leur constat est simple : si les débats féministes semblent se concentrer sur les femmes les moins privilégiées, il serait bon de laisser les premières concernées décider pour elles mêmes ce qui est bon pour elles plutôt que de choisir à leur place et contre elles en leur laissant la parole. Sauf que, Isabelle Alonso, elle, ne supporte pas cette simple idée. A son tour, elle publie un article sur son blog. Je pensais y trouver une réponse à cette tribune et j’ai trouvé… plus qu’une réponse. En fait, Isabelle Alonso prouve combien le fossé est grand entre les féministes de l’establishment et celles des minorités car, pour Isabelle Alonso, lorsque deux féministes demandent à ce que la parole des premières concernées soit écoutée, Isabelle Alonso comprend qu’il lui est demandé de se taire et de rester dans sa case… De même, lorsque deux femmes signent une tribune en tant que journaliste pour l’une et travailleuse du sexe pour l’autre, Isabelle Alonso s’adresse en retour à… une musulmane et une prostituée. Après avoir chouiné sur deux paragraphes insupportables à lire, elle ne peut s’empêcher de ramener le débat autour d’elle en demandant “Où suis-je donc allée chercher le droit de me considérer personnellement impliquée par le port du voile ou l’exercice de la prostitution, au point d’émettre une opinion sur les sujets, alors que je me balade cheveux au vent même quand il pleut et que je baise gratis pour peu qu’on m’invite à dîner (…) Non mais de quoi je me mêle! C’est vrai kouâ, merder!”. Oui, je sais, c’est d’un ridicule égocentrique mais c’est également la marque de fabrique de ce texte qui s’enfonce dans la victimisation lorsque son auteure écrit : ” Que Rokhaya et Morgane veuillent bien me fournir la liste des sujets sur lesquelles ma parole serait légitime car issue d’une pratique personnelle et d’une expérience concluante. Et tant qu’elles y sont, qu’elles participent à l’élaboration des épreuves d’obtention d’un CAP de la pensée, Certificat d’Aptitude Personnelle à ouvrir sa gueule, ramener sa fraise et émettre une opinion. Elles pourraient faire partie du jury, ça a l’air de cadrer avec leur vision de la démocratie.” Après avoir balancé une blague de beaufs sur le CAP et, par dessus le marché, traité Merteuil et Diallo d’anti démocrates, Isabelle Alonso montre que lorsque des avis dits “minoritaires” demandent à être entendus, pour elle, cela signifie qu’il lui a été demandé de se taire… ce qui est faux. Maintenant, qui peut avoir envie de débattre avec quelqu’un qui a décidé d’interpréter la tribune de Rokhaya comme une espèce d’affront et qui y répond par un article condescendant ? Qui peut avoir envie de débattre après avoir lu un article qui rabaisse des auteures sans même les citer (ou alors écorcher le prénom de Rokhaya avant de se reprendre… ah, décidément, ces noirs et leurs prénoms! Pouvaient pas s’appeler Roberta?!) ? Et cet article, sur le fond, que dit-il de la position d’Isabelle Alonso ? Du n’importe quoi car elle écrit qu’elle se sent “solidaire par chaque fibre de (son) être avec toutes les femmes atteintes personnellement”. Vraiment ? Solidaire au point de rebondir immédiatement à la seconde où des femmes font un constat largement partagé au sein du mouvement féministe, à savoir que certaines paroles sont niées, voir ignorées ? C’est ça la solidarité d’Isabelle Alonso : penser à la place de toutes les femmes quitte à enfermer les femmes qui ne pensent pas comme elle dans un statut d’anti démocrates communautaristes. Encore un exemple de paternalisme puant, tellement symptomatique de ce féminisme dominant qui se considère comme un club fermé où celle qui ne respecte pas la pensée dominante est accusée de tous les torts. C’est ce féministe soit disant “universaliste” qui met des fils barbelés entre les différentes écoles de pensées, se créant en réalité son propre univers, parfaitement épuré de toute pensée divergente. Chouette.

Les attentats qui ont coûté la vie à la majorité des membres de la rédaction de Charlie Hebdo ainsi qu’à deux policiers ont remis au goût du jour le texte signé par Rokhaya Diallo en 2011. Outre le fait qu’on a donné l’impression qu’il est apparu après les attentats du mois de Janvier 2015, il faut voir avec quelle force on a cherché à la rendre, bizarrement, de loin ou de près, responsable des attaques. Ainsi, Jeanette Bougrab, qui s’est présentée comme la compagne de Charb contre l’avis de la famille de ce dernier, est la première à désigner, indirectement, Rokhaya Diallo (à travers l’association Les Indivisibles et la cérémonie des Y’a Bon Awards) comme complice des attentats. En gros, si vous n’êtes pas Charlie, que vous ne l’avez jamais été, voir même que vous avez été critique vis à vis du journal, en particulier sur le traitement de l’Islam à travers les caricatures, et ben vous êtes accusée de complicité. J’ose une comparaison : lorsqu’une femme battue meure (et c’est malheureusement loin d’être un fait rarissime), accuse-t-on tous les masculinistes les plus endurcis de complicité de féminicide ? Non. Alors pourquoi établir des rapports de responsabilité alors qu’ils n’ont pas lieu d’exister ? Pourquoi Jeanette Bougrab cherche-t-elle à rendre responsables d’actes barbares des personnes qui n’ont jamais descendu la moindre personne ? N’est-ce pas là une façon de limiter toute critique sous prétexte qu’elle pourrait inspirer des carnages dans une rédaction ?
Toujours dans le contexte Charlie, Rokhaya Diallo est prise à part par Ivan Rioufol lors d’une émission de radio. Son crime ? Ne pas avoir crié haut et fort combien elle se désolidarisait des terroristes. Au nom de quoi ? De son identité de musulmane. En France, en 2015 et à une heure de grande écoute, en plein débat sur le terrorisme, le djihadisme et la liberté sous toutes ses formes, on demande à une journaliste, au simple motif qu’elle a la même religion que les tueurs, de se désolidariser… N’est-ce pas là une façon d’entretenir l’amalgame le plus abject ? N’est-ce pas là une façon des plus ignobles d’entretenir l’idée selon laquelle tous les musulmans sont identiques et donc responsables les uns des autres et donc qu’ils doivent agir collectivement et surtout qu’ils sont d’accord sur tout? N’est-ce pas là une marque évidente d’un amalgame qui laisse croire que tous les musulmans approuvent cette tuerie brutale et sont donc, sauf s’ils l’expriment, en approbation devant le terrorisme ? Immonde. Toutes les personnes qui ont écouté l’émission ont pu sentir la douleur et le chagrin de Rokhaya Diallo qui ont vibré jusqu’à notre coeur. Et cet épisode n’a fait que contribuer à l’isolement de Rokhaya Diallo qui se devait, quand même, de montrer patte blanche comme si, de fait, elle était une espèce de pom pom girl du terrorisme. Cela dit, à l’exception de certaines personnes présentes ce jour là comme Laurence Parisot, rares fût les réactions. Enfin, sauf Caroline Fourest, qui a tenu son mot à dire lors de sa chronique “Charlie & les Charlots” sur cet échange en déclarant : “Il y a ce petit con qui exige de cette petite conne de se désolidariser en tant que « musulmane », alors que c’est bien parce qu’elle est conne et non musulmane qu’elle vous a craché dessus depuis tant d’années.” Pour Fourest, Rokhaya Diallo reste une conne  quoiqu’elle fasse. Elle n’avait qu’à soutenir Charlie au lieu d’être critique, elle aussi, voyons. C’est ça la démocratie ? Tout le monde d’accord sinon celui qui pense différemment n’est qu’un con ?  Caroline Fourest, celle qui a littéralement perdu son sang froid (et à raison) en direct face à l’homophobe en chef Béatrice Bourges qui doutait de son agression, aimerait-elle qu’on se serve de cet échange pour en profiter pour la traiter de conne et donc, implicitement, valider les remarques de Bourges ?
Libre à chacun d’aimer ou de ne pas aimer Charlie Hebdo, mais de là à parler de liberté pour, dans le même temps, ostraciser ceux qui ne sont pas Charlie, c’est vicieux… mais tellement inattendu de la part de l’establishment et de son mode de fonctionnement.

Tous ces éléments ont planté le décor pour Rokhaya Diallo qui ne sera plus considérée comme la gentille journaliste féministe antiraciste qu’elle est. Même s’il semble intéressant de voir qu’elle est, à présent, plus qu’une femme noire dans les médias, il est désolant de voir que parce qu’elle n’est pas LEUR noire à eux – les masses dirigeantes – elle ne peut pas être des leurs et donc bénéficier du respect total qui est accordé à toute personne racisée qui se plie à cet espèce d’assimilationisme de la pensée. Lorsque Rokhaya Diallo a partagé, sur Twitter, une vidéo opposant Nacira Guénif à Claude Askolovitch, ce dernier l’a très mal prit, au point de l’accuser de “faire commerce du malheur des autres”… le comble de l’ironie quand on sait que celui qui fait commerce de l’islamophobie que vivent les musulmans, n’est pas du tout concerné par le problème. Mais peu importe : Rokhaya Diallo se rebelle, le dominant s’énerve alors que tout allait bien auparavant et cela semble faire le bonheur de l’extrême droite. Diviser pour mieux régner…

Ainsi, la réputation de Rokhaya Diallo est faite. Parce qu’elle n’est pas “d’en haut” et ne suit pas les ordres et les chemins tout tracés, elle est l’ennemie. C’est ce qui motivera son bannissement de la semaine pour l’égalité homme-femme en Mars 2015 par la maire socialiste du 20ème arrondissement de Paris. Pourquoi ? A cause de sa position sur Charlie Hebdo et du prix satirique attribué à Caroline Fourest. Par ailleurs, la maire, Mme Calandra, ira plus loin en sous-entendant que Rokhaya Diallo serait l’alliée de Ben Laden lorsque , sur le sujet des troupes militaires en Afghanistan, elle aurait soutenu le leader d’Al Qaeda sur RTL… Waw, Rokhaya Diallo en combattante islamiste, on n’y avait jamais pensé. En réalité, voici ce Rokhaya Diallo a dit : “ce que vous dites, c’est que maintenant que Ben Laden nous a menacé en nous demandant de retirer les troupes, il n’est plus question de le faire, et je trouve que c’est absolument anormal de raisonner comme ça. On aurait dû les retirer. On aurait dû les retirer de puis bien longtemps, et le fait que Ben Laden se prononce ou pas dessus ne doit avoir absolument aucune incidence sur notre position “. Difficile d’y voir une quelconque apologie du terrorisme mais quand on n’aime pas Diallo, on chercher à la discréditer alors qu’au final, elle ne fait que dire qu’il aurait fallu retirer les troupes d’Afghanistan, que cela plaise à Ben Laden ou pas. Mais quand on s’est embarqué dans une campagne de diabolisation, on a aucune honte à tronquer des citations, à créer des contresens, à voir dans une position idéologique autre chose tant que ça peut contribuer à salir un opposant, on y va! Et le pire, c’est que cela ne s’arrête pas là puisque Calandra proposera un débat à Diallo en déclarant, après avoir dit qu’elle était “faite pour le féminisme comme moi pour être archevêque” : «Si un jour Mme Diallo veut débattre, pas de problème, je la défoncerai !». Trop la classe. Où sont les féministes ? Elles soutiennent Calandra. Est-ce que quelqu’un veut expliquer à la dame que dire qui est faite pour le féminisme et qui ne l’est pas est une démarche anti-féministe ? Est-ce que quelqu’un peut expliquer à une socialiste qui veut organiser un débat sur les violences faites aux femmes que dire “je la défoncerai”, en plus d’être une menace, ça la fout super mal ? Personne pour demander aux féministes de se désolidariser de cette dame ? Aux femmes blanches du XXème arrondissement ? A touts les Frédérique du monde ? A toute la famille Calandra ? Allo, y’a quelqu’un…??? Peu importe : le mal est fait. Et ce mal est resté impuni parce que c’est celui des privilégié-e-s de l’establishment, de celles qui ont le pouvoir sur les minorités et qui, de ce fait, peuvent bannir en se fondant sur des ragots et en invoquant des motifs hors sujet, la parole de quelqu’un en osant se proclamer “Charlie” et donc pour la liberté d’expression. Dans la même foulée, lors de la promotion de son livre consacré au racisme, on lui reprochera une interview jugée complaisante de Dieudonné, ennemi de l’establishment (et à raison, étant donné ce qu’il est devenu…) tout en ne trouvant rien à redire sur son interview tout aussi “complaisante” de Christine Boutin qui a des idées tout aussi condamnables. Mais bon, quand le coupable est désigné, pourquoi l’écouter ?

Alors, au final, on comprend bien que Rokhaya Diallo fait partie de ces ennemi-e-s de l’intérieur qu’il faut neutraliser mais sans jamais le dire. Par conséquent, on continue la campagne de diabolisation par association : impossible de parler d’elle sans parler de l’appel qui a été signé contre le soutien à Charlie Hebdo, impossible de parler d’elle sans lui faire comprendre qu’elle défend un antiracisme “incongru” (“Dire à quelqu’un tu es espagnole, ça tombe bien, j’adore la Paëlla, c’est raciste ? Ah bon ?!” s’étonne Anne Elizbeth Lemoine sur le plateau de C à Vous, c’est vous dire le fossé…), impossible de parler d’elle sans mentionner le vilain prix remis à Caroline Fourest, ect… Aucune chance de “se faire son opinion” n’est donnée à la personne qui découvre Rokhaya Diallo lorsqu’elle apparait car elle lui a tout de suite été présentée comme étant “dans le mauvais camp”. Et à force de répéter cela 1000 fois, au final, ça s’inscrit dans l’esprit et ça s’estompe que très difficilement. J’en ai pour preuve le portrait qui lui a été consacré dans le Supplément où le mot “voile” a été prononcé 7 fois en 4 minutes comme si l’engagement féministe de Diallo se limitait à cela alors qu’on a jamais parlé de ses positions sur le nappy, le viol, etc… On l’invite pour parler de son livre mais on rappelle quand même au téléspectateur “naïf” qu’elle a beau ne pas être membre des indigènes de la République, elle a quand même à peu près la même position qu’eux sur certains sujets. J’attends toujours qu’on fasse la même chose avec d’autres invités, cette fois bien mieux placés en France sur l’échelle du pouvoir et de la domination mais vu qu’on sait avec qui jouer les chiens de garde, je doute que cela arrive.

Au final, il est quand même extrêmement difficile de ne pas voir dans “le cas Rokhaya Diallo” tout ce qui nuit à la “République”, à savoir cette impossibilité de décoloniser son esprit et son rapport aux minorités émergentes. Il faut, non pas concéder, mais largement accepter et encourager l’idée que les opinions de ceux qu’on nomme “les autres” doivent exister dans la discussion. Sauf si l’on craint qu’elles soient trop subversives et qu’elles menacent les privilèges des décideurs. Je vais me risquer à une analogie en parlant des anti-mariage pour tous : a-t-on eu raison de laisser parler Béatrice Bourges, Ludivine De La Rochelle, Frigide Barjot et Christine Boutin ? Sans hésiter, oui. Pourquoi ? Parce qu’on a pu connaitre leur position, l’étudier, la décortiquer, la critiquer et expliquer ce qui nous opposait. A-t-on connu une guerre civile ou créé deux France ? Non. Parce qu’on a discuté, justement. Et à celles et ceux qui redoutent tant l’affrontement, n’ayez crainte : Nadiaa Geerts et Caroline De Haas sont toujours en vie depuis qu’elles ont débattu avec Rokhaya Diallo! Vous pouvez donc, soit continuer à “défoncer” sur le papier ou sur vos antennes, soit discuter sainement en face à face mais, la lâcheté étant la caractéristique principale de beaucoup de monde, je doute qu’un débat ait lieu de sitôt…