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13 Novembre, l’année d’après

“Je ne me jette pas dans les eaux de la culture du moment : je suis au bord du précipice de ce qui vient après.”

Sandra Bernhard.

 

7780517382_au-bataclan-de-nombreuses-personnes-sont-venus-se-recueillirIl est des anniversaires qu’on déteste voir arriver. On sait qu’on ne les célèbrera pas car on ne se réjouit jamais de se souvenir parfaitement d’une nuit d’horreur. La soirée du 13 Novembre aurait du être ordinaire. Peut être particulièrement placée sous le signe de la chance ou de la malchance, selon l’intérêt qu’on accorde aux superstitions qui concernent le vendredi 13 mais en aucun cas d’une aussi grande et aigre douleur. Le terrorisme avait frappé, une fois de plus. En plein Paris. La mort avait fauché tant d’innocents que l’on se demandait tous si la fin, ce concept qui signifie « notre mort », n’était pas proche. Des bombardements à l’autre bout du monde avaient suivi. Ici, la parole s’était lâchée, les débats superficiels et réflexions dignes de conversations de bar s’étaient généralisés. Un pas de plus vers la folie.

Dans le drame et dans le deuil national, on avait parlé de choc des civilisations, d’atteinte aux symboles républicains et au mode de vie français. « Chez nous, on se rassemble pour assister à un matche de football, chez nous on acclame les artistes sur scène, chez nous on est en terrasse… ». De gauche à droite, on jouait en parfaite harmonie la même mélodie néoconservatrice pour nous endormir. « Ils ne nous aiment pas, n’adhérent pas à nos valeurs, c’est uniquement pour ça qu’ils nous ont attaqués ». La partition ne comportait que des fausses notes mais la chanson plaisait beaucoup, un fait qui aurait du nous faire tous réagir. Mais nous avions préféré nous laisser berner.

Franchement, nos morts et leurs familles méritaient mieux. On leur devait autre chose qu’un enfumage ou une campagne de hashtags, entre les commémorations et les recueillements. On leur devait le moindre des respects : la vérité. On leur devait de trouver la paix en ce bas monde pour éviter que l’horreur se reproduise. On leur devait tant de choses…

Au lieu de ça, on s’est payé un an de 13 Novembres et à l’échelle mondiale. Belgique, Allemagne, Turquie, Indonésie, Arabie Saoudite, Irak, Syrie, Pakistan, Tunisie… Des attentats à n’en plus finir, à douter de nos doutes et à envisager le futur comme une hypothèse, voir un miracle. Hélas, à mesure que l’horreur s’éloigne de nos frontières, elle emporte avec elle un peu de notre intérêt, de notre compassion et de nos larmes. Misère de notre époque : on ne pleure plus la perte des autres parce que les autres sont les autres et ne seront jamais nous comme nous ne seront jamais eux. Les morts turcs, tunisiens, syriens, irakiens, saoudiens, indonésiens, libanais… ? On les soutiendra, modestement, par respect puis on retournera à nos querelles d’imposteurs du petit écran dont les foudres rhétoriques s’abattent au gré des opportunités médiatiques. Certains vivent pour les attentats comme d’autres vivent pour la gloire : pour s’approprier la lumière.

Puis, il y a eu les mini 13 Novembres de profondeur, tout au long de cette année. Ils ont tant de visages et tant de corps différents qu’il est presque impossible de tous les recenser. Une seule chose les unit : ils ne veillent pas à la paix. Ils contredisent l’émotion feu de paille et la douce illusion d’unité nationale. Ils ne frappent pas comme des bombes ou des mitraillettes. Ils ne portent pas la cape de la mort mais creusent des tombes pour les années à venir en semant la zizanie dans un pays qui se divise à grande vitesse. Ils sont ces perquisitions qui ont traumatisé des quartiers tout entiers, ces débats où il fallait à tout prix caillasser l’Islam et les musulmans en dépolitisant les attentats, ces paroles odieuses d’hommes politiques, ces ouvrages et ces tribunes scandaleuses, ces dénis des conséquences islamophobes des attaques, ces refus d’autocritique de la politique étrangères, ces projets de lois racistes, ces agressions…

Après le chaos, encore le chaos. En un an, la réponse à la haine aura été une haine quasi proportionnelle, entre bombardements à l’étranger, soutient à des théocraties brutales via les contrats de ventes d’armes et nous, ici. Dans un contexte de chagrin, de crispations, de divisions, de déplacement des populations qui fuient la guerre et de flambées racistes, nous avons fait le choix de la haine. Un an après, elle peut bomber le torse avec virilité et s’admirer dans le miroir : elle est devenue tellement automatique, tellement tentante et tellement populaire qu’elle est normalisée. On peut désormais, avec l’aval général, haïr au nom de la paix. On vous répondra que ce n’est pas de la haine, l’islamophobie ou le tout sécuritaire. On vous répondra que ce n’est pas de la haine que de s’obstiner à ne parler que d’islam sans contexte, sans géopolitique, entre non spécialistes, du matin au soir, en tirant des sonnettes d’alarmes, avec des reportages bidonnés, avec des polémistes omniprésents et ultra relayées, avec fausse indignation en option. Et ne vous avisez pas d’émettre un bémol : on pourrait vous répondre que l’on ne peut plus rien dire, de nos jours. Ne vous avisez pas de critiquer : le chantage à la désolidarisation pourrait vous pendre au nez.

J’avais eu besoin de trois mois pour écrire sur les attentats. Ma vie étant ce qu’elle était, j’étais piqué par plusieurs aiguilles en même temps mais décidé à contribuer à la paix. Dans la douleur, je tombe souvent dans la niaiserie avant que la réalité ne me rattrape et me gifle violemment. La paix ? Elle est lointaine. C’est devenu un fantasme, parce qu’il m’habite et ne me hante pas, contrairement aux rêves dont il est permis de douter. Un fantasme titille, obsède et pousse à l’action. J’ai toujours préféré mes fantasmes à mes rêves. Mais comment y parvenir de manière définitive et révolutionnaire dans le contexte actuel ? Suis-je seul à voir que nous avons raté une opportunité de rectifier nos erreurs ? Suis-je seul à être fatigué du simplisme politique et de toutes les atroces retombées nationales et internationales ?

bataclan-cafe-panoramiqueVous êtes vous déjà promenés près du Bataclan, depuis le 13 Novembre 2015 ? Je déconseille l’expérience. On s’y sent affreusement mal. Le souvenir de la tragédie a effacé tous les souvenirs heureux qui la précédaient. On ne peut plus repenser à ses concerts, à ses leçons de guitare dans le quartier, à ses ballades et à ses déjeuners en terrasse sans une pointe de culpabilité. On était heureux « avant ». Inconsciemment heureux. On pense même qu’on ne sera plus jamais aussi heureux qu’on l’a été. Ou seul. Aujourd’hui, il m’est impossible, dans la noirceur de la nuit ou dans la blancheur du jour, de ne pas me sentir accompagné dans ce quartier. Des yeux dont on devine les propriétaires nous regardent. Il m’est impossible de les ignorer. De même qu’il m’est impossible d’ignorer ce qui s’y est passé et ce qui en a découlé.

Aujourd’hui, soit un an après, j’ai toujours peur. Dans le métro, dans le hall des aéroports, dans la rue, devant les vitrines, au bar, j’ai peur. Je n’arrive toujours pas à vivre avec et je ne suis pas prêt pour vivre sans. Ma peur est vicieuse puisqu’elle suscite la crainte de ceux qui m’entourent et qui se demandent pourquoi je suis si nerveux alors que j’ai l’air si… normal? A chaque séparation avec mes proches, même la plus anodine, je pars avec l’idée morbide que c’est peut être la dernière fois. La fin peut venir plus tôt et plus vite, sans prévenir. Personne ne connait avec certitude la date de sa dernière séance. Mon seul “réconfort” est de me dire que d’autres vivent le 13 novembre quotidiennement et que leur courage et leur ténacité devraient nous inspirer. Il y a un an, ce sont mes frères et mes sœurs qu’on a tués. On m’avait interdit de les pleurer sans admettre ma responsabilité au simple motif que je ressemblais aux tueurs, d’un point de vue ethnique. On m’avait demandé de ne pas en faire trop, non plus. J’avais gobé les remarques en silence, en refusant de culpabiliser ou même de répondre, par sagesse, espérant que les esprits reviennent à la raison mais depuis, qu’avons-nous fait de la raison ? Nous l’avons semée. Nous lui avons préféré la haine. Ils lui ont préféré la haine. Convertissez-vous à la paix. Convertissons-nous tous à la paix.

Marche pour la dignité, Blantriarcat offensé

IMG_0022Dans Souffrances & Bonheur du Chrétien, Mauriac disait que “lorsque la réalité ne fournit pas au jaloux de quoi nourrir sa jalousie, il imagine, il invente”. Autant dire que cette citation s’impose pour résumer les réactions post Marche de la dignité. Impossible d’apporter une critique censée, fondée sur des arguments percutants pour analyser cette marche et son succès. Certes, il n’est pas surprenant de voir des rorchons réacs’ comme Valeurs Actuelles taxer cette marche de communautariste.  C’est le réflexe premier d’un blantriarcat paniqué devant la force d’un front qui refuse le silence et la soumission. Dans ce cas là, tout est bon à prendre pour rassurer les dominants. Il est juste regrettable que les personnes opposées à la Marche aient un argumentaire creux, une prétention sans borne mais aussi recours à des mensonges. On dit que “le monde n’est pas tombé bas mais que ce sont les hommes qui se complaisent dans la bassesse” et, hélas, les trois “opposants” à la marche de la dignité, se complaisent tellement dans la bassesse que cela ruine leurs thèses et rend quasiment nul leur argumentaire.

La première voix du Blantriarcat a s’être exprimée est celle de Véronique Genest. Pour dire quoi ? Rien de bien intellectuel, comme d’habitude. Elle conteste à la fois le nombre de manifestants et prétend que la Marche de la dignité était, “à moitié anti Israël”… ? Sur quelle base ? Aucune. D’où tire-t-elle ses informations ? Nul le sait. Mais c’est avec plaisir qu’on constate que la rage et le mensonge sont deux principaux traits chez les frustrés du Blantriarcat : quand on veut discréditer un évènement ou une lutte, il faut frapper là où ça fait mal, quitte à mentir effrontément, tant que ça conforte les dominants et accable les dominés. Cela dit, avoir Véronique Genest comme l’une des voix de l’anti marche de la dignité, c’est sans doute le plus beau révélateur du niveau intellectuel et idéologique du “camp d’en face”.

 

Capture d’écran 2015-11-07 à 22.02.21La Deuxième voix du Blantriarcat a s’être exprimée n’est pas une voix tout à fait blanche. Enfin, si. Puis, non. A vrai dire, Ahmed Meguini est un fantasme sur pattes du blantriarcat. Il est le produit fini de l’assimilationisme conquérant puisque lui, arabe à priori né musulman est devenu un fier patriote athée laïque (forcément, dans le blantriarcat, l’athéisme mène évidement à la laïcité, cet humanisme grandiose hérité des lumières et tout le blabla…). En plus, si on regarde bien son bras, il s’est fait tatouer #JeSuisCharlie, acte assez pathétique et puéril à mon sens mais qui doit probablement émouvoir “les gens d’en face”. Ce tatouage, c’est son label rouge, ou plutôt label bleu-blanc-rouge, un témoignage sincère destiné à rassurer ses amis blancs sur le mode d’un “je suis un arabe mais, voyez mon tatouage que j’exhibe en même temps que mon verre de vin, voyez-y la marque de mon intégration à vos valeurs, moi, l’arabe athée #jesuischarlie, qui n’a rien à voir avec les autres”. Par conséquent, un tel individu ne pouvait qu’être l’alibi idéal de ceux qu’il défend qui pourront disqualifier toute accusation de racisme en même temps pour qu’ils pourront utiliser un tel personnage pour faire avancer leurs thèses. Meguini, dans le paysage médiatique, c’est surtout la combinaison de trois casquettes qui n’ont d’intérêt que lorsqu’on les additionne : un arabe athée laïque. Il ne peut être intéressant et utile à la classe qu’il sert qu’en étant ces trois choses simultanément. En effet, un français athée et laïque, ça sert beaucoup moins l’assimilationisme neo-colonial qu’un arabe athée et laïque. Dans un article reprit par le Huffington Post, le pseudo rebeu subversif ose un comparatif entre la manifestation du 11 Janvier et la marche de la dignité. Le rapport ? Aucun. C’est sûr que quand on a Charlie dans la peau, on ne peut s’empêcher de tout ramener au 11 Janvier! Dès le départ, il discrédite cette marche car il y aurait vu “des associations communautaires musulmanes”. Oui et alors ? Bizarrement, le simple fait de voir des associations communautaires musulmane discrédite une marche ? Un peu raciste, non ? Passons. Meguini a vu des “des pro-Palestine composée d’antisémites notoires”. Vraiment ? Si les antisémites pro-Palestine sont notoires, qu’il donne des noms, qu’on puisse prévenir les juifs et juives révolutionnaires ou l’union juive française pour la Paix du danger qu’ils ont courru! Mais ça, on ne le saura pas en lisant cet article car avec Meguini, comme avec d’autres, l’accusation vaut la condamnation. Bien évidement, il critique la présence du PIR avec une punchline aussi fracassante que ridicule en parlant de “ceux qui ont choisi de s’autoproclamer le PIR (Parti des Indigènes de la République) avec pour slogan, ça ne s’invente pas, “le PIR est à venir”“. Analyse de type zéro pointé, passons. Il mentionne également “des femmes militant pour le port du voile”, ce vêtement que tout arabe musulman devenu athée a horreur tant elle lui rappellent son background religieux. Pour finir, il mentionne “une association dite “anti-négrophobie”“. Sur ce dernier point, j’ignore si Meguini parle d’anti négrophobie en utilisant des guillemets car soit il conteste  la sincérité de l’antiracisme de cette association ou s’il conteste ce terme de négrophobie (oui, le blantriarcat adore les guéguerres sématiques, rien de nouveau, hélas!). C’est une vraie question car, certaines personnes, sous prétexte d’être issues d’un groupe “non blanc” mais “voisin” d’un autre groupe non blanc se pensent experts et légitimes à parler de tout ce qui n’est pas blanc. Pour le coup, Méguini qui n’est pas noir mais arabe et donc ne subit pas la négrophobie qui est bien réelle, se permet de mépriser une lutte sans le moindre état d’âme en la disqualifiant en parlant d’association “dite “anti-négrophobie”. Amis du mépris, bonjour! C’est là l’essence du système blantriarcal dans ce qu’il a de plus violent et de plus confiscatoire : décréter pour les autres ce qui est réel ou non, prioritaire ou non, pertinent ou non sans jamais se rendre compte de son ingérence dans des oppressions qui ne le concernent pas en tant que victime; du haut de sa prétention, on pense avoir les compétences et la légitimité pour penser à la place des noir-e-s ce qui est négrophobe ou non sans jamais voir dans cette démarche tout le mépris de  race que cela trahit en discréditant une lutte. A ce rythme là, on aura peut être le droit, qui sait, à une déclaration farfelue du type “d’après nos recherches, le concept de négrophobie a été inventée par Malcolm X et Audrey Lorde pour empêcher toute critique des noirs” car on a que trop l’habitude de ces intellectuels de salon qui puisent leurs thèses dans les mythes et les délires les plus fous.

Après s’être perdu dans une description qui accable à peu près tout le monde (sans jamais mentionner la présence d’associations comme l’UJFP, le collectif Mwasi, des juifs et juives révolutionnaires, Solidarité Femmes Kobané, la voix des Rroms, etc… mais pour faire croire à une manifestation  100% islamiste), Meguini rentre enfin dans le vif du sujet. La marche aurait “manqué cruellement” de dignité. Pourquoi ? Parce que “ces associations ne dénoncent pas la violence, elles sont la violence et elles s’assoient bien volontiers sur la dignité. Elles s’en prennent délibérément à un symbole de l’Etat, de la République, avec la complicité de partis politique qui voient là l’occasion de faire leur marché pré-électoral”. Bouh, le chantage à la République, épisode 798! Lui qui parle, pour qualifier les manifestants, de génération “ouin ouin”, est, pour le coup, à fond dans le “ouin ouin”. C’est du “ouin ouin” bien ficelé, qui se veut moralisateur et culpabilisant mais qui est pathétique. La dignité, c’est ce qui manque quand on ignore et disqualifie tout un groupe en le désignant comme s’en prenant à un symbole de l’état après l’avoir déformé et jugé comme antisémite, islamiste, communautariste, etc… Le “ouin, ouin”, c’est pas le mot d’ordre de la Marche dont l’objectif n’était pas de quémander une quelconque dignité mais d’affirmer la sienne face à une oppression d’état. Mais ça, Meguini, ne l’entend pas. Inutile de lui citer la longue liste de victimes de crimes policiers, du harcèlement policier ou des politiques racistes et impérialistes. Lui, “arabe & athée”, n’y voit que des “forces réactionnaires, contre l’esprit des Lumières et de la Révolution française”. Comme Bougrab ou Zemmour, Meguini aime les chocs des civilisations à l’intérieur de la civilisation; il aime l’affrontement entre cette République qu’il idéalise à l’extrême et au delà de tout soupçon (probablement parce qu’elle ne lui a jamais été injuste et c’est tant mieux pour lui) contre des gens qui manqueraient cruellement de dignité. Une question s’impose : la dignité, c’est de s’opposer à des oppressions systémiques en marchant pacifiquement dans Paris quitte à prendre des risques par les temps qui courent ou servir les dominants en crachant sur ses semblables à coups d’arguments creux et en faisant ce que tous les réacs’ se complaisent à faire, c’est à dire dispenser un pseudo cours d’Histoire très sommaire sur “Les Lumières” avec une référence insipide comme si les Marcheurs n’étaient pas au courant de cet évènement historique et pour leur clouer le bec ? Pourquoi ce réflexe presque maladif de citer la “Révolution Française” (sans plus de détails…) pour neutraliser chaque expression d’une voix qui va à contre sens de l’ordre établi? Etrangement, Meguini appartient au camp de ceux qui disent à longueur de journée que l’ l’islamophobie n’est pas un racisme mais une technique mise au point pour stopper net toute critique de l’Islam alors qu’en réalité, il est celui qui a recours à la référence à “la grande époque” d’une histoire de france ultra fantasmée pour mettre un terme à toute critique de l’Etat. Il n’est donc pas surprenant qu’une personne qui soit si révérencieuse vis à vis de l’Etat ait beaucoup de mal à accepter les critiques. Mais j’imagine qu’un tatouage #JeSuisCharlie doit donner des ailes et doit probablement constituer un gage de qualité et de légitimité à déterminer qui est légitime à critiquer ou à être critiqué. Ah, la liberté d’expression et le camp #JeSuisCharlie… Une belle arnaque.

“Quand un homme politique marche derrière un communautariste, un intégriste, il en fait un prince, quand un média important lui donne parole, il en fait un Dieu aux yeux de ses pairs. Partout des usines à fabriquer des monstres sont à l’œuvre, dans une cadence sans cesse augmentée par la menace du procès en islamophobie.“. Alors, soyons bien clairs : que des hommes politiques flattent un certain communatarisme et/ou une communauté, ça se fait depuis la nuit des temps. Nos hommes politiques sont capables de serrer la main à des militants des droits de l’homme tout en serrant la main d’ambassadeurs de régimes pas vraiment portés sur ces mêmes droits. Mais il y a une nette différence entre serrer la main d’un “communautariste” et le pouvoir qu’on va lui donner. D’ailleurs, les organisations présentes lors de la Marche, qui leur a serré la main et ouvert les portes du pouvoir ? Personne. Quant à parler des médias, très sincèrement, quand on voit le vide médiatique qu’a connu cette marche dont très peu de médias ont parlé, il serait sage de s’abstenir d’écrire de telles inepties. Pour ce qui est de “la menace du procès en islamophobie“, cher Meguini, sachez que cette menace est aussi forte que celle des Kebabs sur l’avenir de la gastronomie française. Car, oui, en 2015, on peut parfaitement être islamophobe, faire carrière dessus, se promener de plateau TV en plateau TV, se déclarer islamophobe, publier des UNES islamophobes, des articles islamophobes, alimenter des fantasmes sur l’Islam et le grand remplacement sans finir sur une liste noire. Mieux encore : on pourra être soutenu, conserver son emploi, se découvrir de grands noms de la culture française comme premiers fans et ne jamais craindre le moindre ostracisme. Et malheureusement, les noms ne manquent pas pour appuyer cet argument…

Comme tous les réacs de son époque (Finkielkraut, Onfray, Zemmour, Polony, Bastié, etc…) mais aussi cette génération à laquelle il crache son venin condescendant et enrichi en mensonges, Meguini pleure. Il pleure, après avoir regretté un certain passé, loin de ce présent et de cette génération “qui n’en finit plus de pleurer tels des enfants capricieux, qui exigent tout et qui ne donneront jamais rien”. Et oui, lutter contre la précarité, le racisme, les violences policières, l’apartheid pour reprendre les termes de Valls, pour Meguini, cela relève du caprice. Lui qui s’est assimilé  “jusque dans sa chair” et se trouve à présent de l’autre côté, avec “les gens d’en face” comme je les appelle, il aimerait lui aussi, à son tour, jouir du privilège de classe qui nie la douleur des petites gens, leur exclusion et balaie d’un revers de la main tatouée, l’expression de leur dignité qu’il disqualifie lorsqu’il tombe dans un rare mépris essentialiste en écrivant : “Ils attendent le bec ouvert qu’on y jette un emploi précaire. Ils se comportent comme si l’Éducation Nationale les avait contraints à se déscolariser et qu’un dealer leur avait planté de force un joint dans la bouche.” Ouais, connards de manifestants, tous des incultes, des sans diplômes, des sans dents, des sans instructions qui osent attendre encore qu’on leur trouve du boulot (de merde, en plus!) alors qu’ils fument tous des joints! Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette phrase d’une autre phrase, prononcée par une certaine Marie Antoinette, autre figure du fameux siècle des lumières, qui, voyant le peuple affamé, aurait déclaré : “Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent de la brioche!”. C’est là tout ce qu’il y a de plus nauséabond dans la parole Meguini : ça essentialise tout un groupe qu’on doit diaboliser coûte que coûte car il est hors de question qu’ils aient raison. C’est comme du Finkielkraut sauf que là, c’est un arabe, un bon arabe athée et patriote comme il se définit, qui n’est jamais vu sur le terrain, dans les quartiers populaires mais il est arabe et ça, ça suffit largement pour prétendre au titre d’expert sur la question comme on se satisfaisait lors de la loi sur le voile de l’opinion d’une Iranienne comme Chahdortt Djavann. La famille des victimes de violences policières appréciera les mots de l’humaniste bobo, qui n’a que des leçons creuses et sans aucune finalité à donner et qui lèvent surtout le voile sur son mépris de ceux qui, quoiqu’il fasse ou écrive, restent ses semblables.

Ahmed Meguini, merci pour ce moment : c’est toujours un plaisir de voir jusqu’où vont les laquais du Blantriarcat pour montrer patte blanche. Et c’est un plaisir encore plus grand quand on les voit, un jour, abandonnés, presque blacklistés, une fois qu’ils ne servent plus les intérêts de ceux qui les ont promus. A part un tatouage #JeSuisCharlie, qu’adviendra-t-il de cette personne ?

Toujours dans le registre des opposants à la Marche de la Dignité, on trouve également Christine Le Doaré. Une fois de plus, côté « personnalité de choc » et « caution humaniste », on a affaire à du très très bas de gamme. C’est pire que Véronique Genest et à peu près aussi dangereux pour pour la paix que Meguini. Le Doaré, c’est avant tout l’antiracisme niais, le féminisme discount, mais aussi le recours à des associations de concepts accablant et les amalgames d’une simplicité d’esprit telle qu’on se demande le temps de réflexion qu’il lui faut pour cracher de telles ignominies sur son blog où elle déclare vouloir “abolir la haine”… alors que la haine habite ses articles. Pour elle, l’appel à la Marche de la dignité était tentant. Oui mais non. Premièrement, personne ne lui a demandé son avis et deuxièmement, elle n’était pas la bienvenue.

Dès le départ, Le Doaré réfute l’idée d’un racisme d’état. « NON, n’y a pas de racisme d’état en France, il y a indéniablement du racisme, un racisme culturel et social, aussi des bavures policières, mais l’état ne les cautionne pas, même s’il pourrait toujours s’investir de manière plus efficiente. ». Pour une femme blanche qui n’a jamais souffert dans sa chair du racisme, il n’est pas étonnant qu’elle disqualifie cette notion de racisme d’état parce qu’elle ne peut penser l’espace d’un instant que le racisme soit téléguidé par le haut car “nous ne sommes pas ni aux USA, ni ailleurs, mais bien en République française laïque”. Argument percutant, s’il en fallait un! En réalité, le racisme d’état que Christine Le Doaré refuse de voir, c’est le racisme qui a coule depuis l’état, traverse des institutions pour finir par atteindre les populations concernées et cela, en toute légalité, au nom de combats plus ou moins dignes (lutte contre le sexisme, lutte contre le communautarisme, au nom du sacro saint “vivre-ensemble”, de la laïcité, etc…). Sans être d’une incroyable naïveté, il me semble que les lois refusant aux étudiantes voilées de se rendre à l’école, aux mères voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire ou d’être assistantes maternelles, mais aussi les consignes concernant le contrôle d’identité dans la rue ou les aéroports, la création de frontex sans parler des tests ADN dans le cadre de regroupements familiaux, viennent de l’Etat, non? On est pas aux USA, certes, et ce n’est pas un argument en soi, mais l’impunité pour les crimes policiers, rebaptisés “bavures policières” – appréciez l’euphémisme -, ce n’est pas rare. Quand à l’idée que le racisme d’état ne pourrait pas exister car nous sommes “en République française laïque”… Qu’on cherche le rapport avec la laïcité et qu’on me l’explique.

En bonne donneuse de leçons qui s’étouffe à la vue d’une marche qui ne répond pas à ses critères d’antiraciste de canapé, elle s’indigne “que des groupes organisateurs et leur cortège dans la Marche, ne sont pas tant préoccupés par le racisme”. Pourtant, il semble que la majorité des cortèges dénonçaient des racismes malheureusement divers et variés. Il me semble même que la plupart des associations présentes et soutenant la marche ont toutes en commun la lutte contre le racisme. Peu importe, pour elle, ces associations ne seraient uniquement intéressées que par “ce qu’ils appellent  »islamophobie », aussi, la cause palestinienne et un rejet de l’occident et de ses valeurs”. Comme d’habitude, le Blantriarcat et la négation de l’islamophobie qu’on place entre guillemets, histoire de bien réfuter ce racisme. Fatiguant. Quant à la cause Palestinienne et le rejet de l’occident et de ses valeurs, de quoi parle-t-on ? A moins que pour Christine Le Doaré, rejeter le racisme, le sexisme et les violences perpétués au nom de l’Etat (impérialisme, colonialisme, contrôle des corps, etc…) soit un rejet des valeurs de l’occident ?! Merci pour le coming out! Et donc dans ce cas, autant être clair : oui, ces “valeurs” fondées sur un racisme pur, on en veut pas. Qui en voudrait d’ailleurs ?

Mais Le Doaré ne s’arrête pas dans les mensonges. Comme Véronique Genest, elle n’était pas présente sur les lieux mais a entendu parler d’ “’appels à la haine contre les FEMEN, contre CHARLIE, contre la laïcité, contre un prétendu lobby juif”. Une fois de plus, on accuse, on accable,  sans preuve ou justifications, sans témoignage et sans avoir été sur le terrain… et c’est écrit par une juriste, quand même. Qu’on nous apporte une seule preuve d’appel à la haine contre ce qui est cité plus haut, juste une seule!  Elle ne s’arrête pas en si bon chemin lorsqu’elle va jusqu’à se demander “comment marcher au milieu de drapeaux et mots d’ordre antisémites qui vont bien au-delà des appels au boycott d’Israël, soutien à peine voilé au terrorisme islamique du Hamas, à l’ »Intifada des couteaux » ?”. Cette question mérite une réponse claire et complète. Premièrement, aucune photo, aucun témoignage d’une personne présente ne peut corroborer l’idée d’un drapeau ou de mots d’ordres antisémites. A moins qu’un drapeau palestinien soit d’ordre antisémite et là, c’est vraiment du délire. Les seules personnes qui ont prétendu avoir entendu des insultes antisémites ont été démasquées car elles ont prétendu entendre des slogans antisémites lors de la Marche une semaine avant sa date. On est dans le pur fantasme, la pure diffamation. Deuxièmement, un appel au boycott est un appel au boycott. Certains y voient un moyen de pénaliser un état sur sa politique, d’autres y voient un moyen de pénaliser des entreprises, d’autres y voient une démarche 100 % compatible avec une lutte anti-coloniale, etc… Dire qu’il cache à peine un soutien à peine voilé au terrorisme, c’est aussi intelligent et défendable que de dire que l’appel au boycott des produits coca cola produits en Colombie (CSC) cache à un soutien à peine voilé aux FARC ou encore aux narco-trafiquants. Certes, le boycott tel que BDS l’envisage ne peut que bénéficier aux Palestiniens mais  le diaboliser tel que le fait Le Doaré, en revanche, en dit long sur son soutien au désastre humanitaire et politique en Palestine dont est responsable le gouvernement Israélien.

Il convient, avant d’expliquer le reste de la loghorée narcissique et mensongère de Christine Le Doaré, de se pencher sur son cas. Bien que se présentant avec toutes les qualités du monde (féministe, progressiste, anti raciste, etc…), il faut savoir qu’elle est très éloignée de ce qui est généralement porté par les termes “féministe”, “anti raciste” et “progressiste” et porte un regard absolument narcissique sur son vécu et son expérience. Humaniste ? A vous de juger à partir de ce florilège :

  • Elle a la prétention de décider du haut de son fauteuil qui est féministe ou pas selon ses propres critères. Au nom de quelle expérience ou reconnaissance dans le milieu féministe ? Aucune.
  • Elle adore taxer d’islamo-gauchiste toute personne qui se refuse à donner dans le “muslim bashing”, que ce soit en “temps normal” ou aux lendemain des attentats de Janvier tout donnant dans le color blind de base (“Je hais le racisme ! C’est quoi « blanc-che « ? C’est quoi « noir-e » ? A à partir de quelle concentration pigmentaire ?”),
  • Dans le registre Muslim Bashing mêlé à la sauce sexiste, elle est l’une des rares personnes en France qui a osé reprendre une certaine Nadine Morano qui s’indignait sur Facebook de la présence d’une femme voilée à la plage. Au lieu de condamner un tel geste qui transpire l’intolérance, Christine Le Doaré a saisi cette occasion pour soutenir implicitement celle dont la haine des réfugiés et l’amour de la race blanche n’est plus à prouver. J’avoue avoir trouvé délicieux de lire, sous la plume de Mme Le Doaré, que “la laïcité ne consiste pas à entraver la liberté de culte” pour lire quelques lignes plus tard “ersonnellement, je tolère les religions tant qu’elles restent dans la sphère privée”. Pas surprenant d’apprendre que cette femme soutienne sans ambigüité une initiative aussi débile que contreproductive que la journée sans voile.
  • Elle est à l’origine de l’affiche de la marche des fiertés de 2011 qui transpirait l’homonationalisme. Sa réponse ? Toujours aussi agressive : ceux qui ne sont pas d’accord avec elle sont des “ayatollah de l’intérieur” (la référence à l’Islam est récurrente chez elle, comme chez la plupart des Islamophobes qui doivent probablement croire à la responsabilité des musulmans dans le réchauffement climatique ou l’augmentation du prix des cigarettes) et elle ne voit nulle part le racisme, trouve cela exagéré…
  • Gaza ? Bof. Elle préfère fustiger des féministes engagées pour la paix et contre la colonisation sans jamais donner leur nom. S’agissait-il de Gloria Steinem, Even Ensler, Judith Butler, Sherry Wolf, Angela Davis, Naomi Wolf, Robin Morgan, Alice Walker, Amy Goodman ? On ne saura jamais. Le tout, bien entendu, dans un ramassis de raccourcis inutiles, en parlant de thèmes hors sujets pour faire diversion comme “l’esclavage musulman qui a saigné l’Afrique noire (et qui) n’est que rarement mentionné et pourtant, une recherche sur Internet permet en quelques clics, d’en mesurer l’ampleur” (“LOL” pour la recherche sur internet) tout en contribuant à cette idée on ne peut plus paternaliste d’une ville de Gaza manipulée par son élite politique et tout le blabla…
  • Son féminisme ? Un féminisme narcissique qui ne reconnait pas les autres féminismes, ce qui est un comble quand on prétend vouloir défendre les minorités. Bien entendu, pour vendre son féminisme, il faut caricaturer les autres féminismes, à commencer par mentir sans se retenir sur les manifestations du 8 Mars 2014 comme elle l’a fait pour la Marche de La dignité où elle n’y est pas allée de main morte. Heureusement que ses mensonges ont été tous démontés avec brio par Joao Gabriel.
  • Lorsque Fréderique Calendra décide de blacklister des féministes “pas assez Charlie”, Christine le Doaré se solidarise. Zut alors! Et moi qui pensais que réduire au silence, exclure, marginaliser, c’était l’arme de la domination masculine… Ah moins que certaines ne voient aucun mal à se battre contre une domination pour après, en dominer d’autres et reproduire le même schéma ?

Vous comprendrez que quiconque connait la “pensée Le Doaré” trouve absolument malvenu mais néanmoins hilarant qu’elle trouve quand même des choses à redire, entre ses mensonges et ses négations de la réalité. Elle se demande “Comment accepter que Voltuan, soit bousculé parce que sur sa pancarte était écrit « All lives matters » et cautionner ainsi ce violent rejet de l’universalisme ?” et il faudrait juste l’instruire sur l’arnaque de “All Lives Matter” comme si nous rejetions l’idée que toutes les vies avaient de l’importance. Avant toute chose, cette arnaque est en réponse au mouvement “Black Lives Matter” qui, excusez notre colère, a connu peu d’échos de la part des antiracistes niais qui, dans le meilleur des cas, se sont contentés d’en parler en déplorant avec retenue la condition des noirs aux USA (sans jamais questionner celle bien de chez nous, qu’ils soient en métropole ou ailleurs). “Black Lives Matter” est plus qu’un slogan, c’est un mouvement de dignité. Et voir un homme blanc sorti de nulle part avec sa pancarte “All Lives Matter” récupérer un mouvement pour s’y assurer lui aussi une place de victime, c’est inapproprié et offensant. Cela coupe court à toute discussion et dérive la problématique du racisme contre les noirs vers une problématique hors sujet sensée rassembler toutes les vies sous la bannière d’un universalisme de pacotille. Ce serait exactement comme voir un cortège féministe sous la pancarte “Non aux violences faites aux femmes” contré par un cortège dont la pancarte serait “Non à toutes les violences”. C’est inutile, méprisant et intellectuellement trompeur. C’est un dérivé du racisme anti-blanc qui n’existe que dans la tête de ceux et celles qui se cherchent un statut de victime. Précisions quand même que le mouvement “Black Lives Matter” s’est constitué à la suite de crimes policiers systémiques aux USA, commis par des blancs sur des noirs. Il est donc insupportable de voir des non concerné-e-s, généralement non solidaires, récupérer une lutte et une problématique pour se l’approprier. Il est donc normal qu’une pancarte “All Lives Matter” soit écartée de la Marche de la dignité car sa seule présence signifie à la fois un refus de prise en compte de la spécificité de l’oppression subie par les noir-e-s mais aussi un refus de la part du blantriarcat de voir ses nombreux privilèges que jamais les noir-e-s ne pourront connaitre. Quant à l’universalisme… Parlons-en! Quoi de plus violent que l’universalisme ? Parce que, en réalité, s’il y a bien quelque chose de profondément violent, c’est cette tendance à imposer le reflet de ses “réussites” et de les présenter comme étant universelles et donc comme ayant vocation à se répendre partout sur terre. L’universalisme, surtout dans la bouche de celles et ceux qui usent et abusent de ce concept, c’est ni plus ni moins qu’un outil de domination au service de personnes qui ne peuvent s’empêcher de se voir comme étant la référence unique qui doit être reproduite à la perfection et qui ne peuvent s’empêcher de décider de l’agendas des “autres”. Mais ça, Christine le Doaré qui se refuse à voir la couleur (contrairement à certains agents immobiliers, policiers, recruteurs et, ô surprise, personnalités politiques qui voient très bien les différences de pigmentation…), ne le comprend pas et ne le comprendra probablement jamais.

Elle se demande “dans quelle mesure les groupes féministes et LGBT qui cautionnent cette idéologique politique sont-ils conscients de conforter le sexisme et l’homophobie d’un communautarisme sectaire ?” . Du grand art. Donc la présence de groupes féministes et LGBT appuie des idées sexistes et homophobes de groupes communautaristes séctaires ? L’accusation est lourde car elle vise la présence des groupes féministes et LGBT avec lesquels elle ne s’interdit aucun paternalisme mais laisse penser qu’il figurait des groupes communautaristes et sectaires qui sont d’emblée sexistes et homophobes. Je ne me rappelle pas avoir vu le Temple du Soleil ou avoir constaté la présence de David Miscavige sur place! Plus sérieusement, je trouve absolument délirant de taxer de sexisme et d’homophobie des associations sans jamais les nommer, ni prouver ce qui est sexiste et homophobe… surtout venant de la part d’une femme qui, sur twitter et ailleurs, fait régulièrement preuve d’un racisme décomplexé quand elle ne marche pas avec des personnes irréprochables. Ci-dessous, une brève compilation des moments de gloire de Christine le Doaré:

Christine and the Queens ? Non. Par contre Christine & le péril islamique à la sauce grand remplacement, oui!

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe1

Christine et la religion comparée : oh non, non, c’est une moquerie, n’y voyez aucun mépris, voyons.

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe3

Christine joue les trolls religiophobes. Mais puisqu’elle dit vouloir le bien de l’humanité… Imaginez juste une caricature inversée avec des croyants envoyant tous les athées sur une autre planète… Vous comprenez ?

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe2

Et Christine Le Doaré qui ne voit pas les couleurs, est contre le racisme (il parait…) mais retweete sans complexe des gens aux thèses assez… claires et racistes.

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe5 Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe4

Elle qui s’insurge contre la Marche, parce qu’elle pense bêtement et simplement le problème du racisme comme problème social sans y voir la trace de l’Etat, sans même s’aperçevoir de son racisme et de la haine qu’elle vomit en permanence sur internet à un rythme encore plus soutenu depuis qu’elle n’est plus présidence du centre LGBT ferait mieux de contrôler ses pulsions haineuses. Elle qui s’identifie comme féministe, produit un des clichés les plus connus de l’anti-féminisme mais cette fois sur la question de la lutte contre le racisme en parlant “d’esprit de vengeance” exactement comme lorsqu’on méprise le combat pour l’égalité des femmes qu’on caricature en guerre des sexes à l’arrière goût revanchard. Pire encore, elle parle “de division et de haine, au point de compromettre à tout jamais, toute possibilité de vivre ensemble”. Encore une fois, un fantasme utilisé pour faire culpabiliser sur le dos du plat concept qu’est le vivre ensemble. Doit-on lui rappeler son statut posté sur Facebook mais aussi son article dans lequel elle semble pleurer sa France d’autrefois, qui a tant changé, où “dans certaines rues de Paris, il n’y a plus d’autres commerces, écoles, crèches, cantines, que kasher et/ou israélites. Comme en écho au radicalisme musulman, un radicalisme judaïque se développe” (!) et où elle explique que “aujourd’hui, le ramadan est quasiment obligatoire, dans beaucoup de cantines, on mange hallal, dans beaucoup de piscines il y a des créneaux mixtes et non mixtes, etc.” ? Et ce n’est pourtant pas du Zemmour! Quant au vivre ensemble, évitons de convoquer cette notion vide de sens comme si elle n’était liée qu’à la volonté ou au manque de volonté de ceux et celles qu’elles incrimine. Vivre ensemble, c’est uniquement valable quand on a les moyens financiers de circuler et d’aller habiter là où on peut vivre dignement, là où les écoles ne pratiquent pas des politiques de séparatisme social absolument scandaleuses, où on peut avoir accès à un mode de vie décent. Il ne suffit donc pas de la vouloir pour le pouvoir et convoquer cet argument témoigne, une fois de plus, d’une ignorance des réalités de terrain affligeante. Ne venez pas parler de vivre ensemble à des populations qui connaissent des humiliations quasi quotidiennes que vous ne connaitrez jamais alors que vous êtes la première à pleurer leur présence et leur “manque de discrétion”. Et surtout, du fond du coeur, qui a envie de vivre avec quelqu’un comme Christine Le Doaré ?

Bien entendu, comme toutes les personnes qui se sont retenues de participer à cette marche alors qu’elles n’ont, heureusement, jamais été conviées ni mêmes sollicitées, ce qui serait un comble, Christine Le Doaré ne peut terminer son article sans mentionner des noms à faire froid dans le dos : Houria Bouteldja, Médine, Tariq Ramadan, etc… Il ne manquait plus que Ben Laden! Mais elle mentionne également Angela Davis, qui est à l’origine de l’appel pour la Marche, la qualifiant, au passage de Pro Voile et Pro Prostitution (sans preuves, comme d’habitude…) et réduisant son existence à “la cause noire aux USA”… Plus de 40 ans de militantisme, des livres traduits dans des quinzaines de langues, des conférences aux 4 coins du monde, des réflexions sur les oppressions de classe, de genre, de race, sur le capitalisme, le système carcéral, les prisonniers politiques et le black feminism mais Angela Davis, dans l’esprit bien étroit de Christine Le Doaré, n’est qu’une militante pro voile et pro prostitution et de la “cause noire” (tiens, là, on voit les couleurs!). Rappelons juste que ne pas avoir une haine épidermique du voile et ne pas être une abolitionniste de la prostitution n’est en rien signe de rattachement à une position pro voile et pro prostitution. Quant à dire que Angela Davis “a pourtant cautionné Elridge Cleaver et les autres militants noirs qui revendiquaient tout de même : «La libération de l’homme noir passe par le viol des femmes blanches »”, c’est un mensonge que seules celles gagnées par la haine peuvent oser. Quand on veut convaincre, on ne s’interdit rien. Au diable les fondements, l’éthique, les sources et les réflexions! Qu’on nous apporte une preuve de qu’avance Le Doaré, à la fois sur Cleaver mais aussi sur les “autres militants noirs” qu’elle semble être la seule a connaitre ainsi que le soutien apporté par Angela Davis. Là tout de suite, j’ai la citation de Michel Audiard qui me vient en tête  : “Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît!”.  Petite remarque : Le Doaré appartient à la caste des athées religiophobes parce que d’après elle, “rien n’a jamais été avéré, toute croyance relève de l’imaginaire”… Or, elle voudrait qu’on croit sur parole ses insinuations sans apporter la moindre preuve de ce qui est avancé tout au long de son article. Suis-je le seul à voir ici le paradoxe de son raisonnement ? Pour autant, si faire partie des black panthers signifie soutenir tout ce que leurs membres disent, pensent et ont envie de faire… alors Le Doaré a soutenu la Maire du XXème arrondissement qui elle même est socialiste comme un certain… DSK! Vous comprenez le raisonnement ? Pour info, si quelqu’un a un semblant de sources permettant d’appuyer les propos diffamatoires de Le Doaré au sujet de Angela Davis, on prend.

Comme cela a été répété à de nombreuses reprises, il est normal que cette marche ne trouve pas d’écho favorable au sein du blantriarcat, encore trop attaché à ses privilèges. Et tant mieux! Qui voudrait d’un soutien de personnes pour qui l’antiracisme consiste uniquement à décrier les insultes racistes les plus courantes et les plus caricaturales, à ne voir du racisme qu’à l’extrême droite tout en ignorant qu’il traverse la société et l’ensemble de l’échiquier politique ? Qui voudrait d’un antiracisme qui valide et soutienne des lois injustes, qui fasse la promotion d’un universalisme beauf où la seule finalité et le plaisir narcissique de voir et reconnaitre son reflet partout? Qui voudrait de soutiens émanant de personnes qui n’ont aucun scrupule à amalgamer ceux dont ils disqualifient les luttes sans jamais rien proposer à la place ou sans jamais aller à leur rencontre ni même sur le terrain? Qui voudrait de la présence à une marche de personnes incapables de construire un argumentaire rationnel qui ne soit pas basé sur des préjugés et des clichés? Qui voudrait d’un antiracisme niais, qui ne prenne jamais en considération à qui bénéficie le racisme, qui ne veuille jamais reconnaitre la responsabilité du haut sur le sort des gens d’en bas, qui ne comprenne pas que le racisme n’est qu’un rappel d’un colonialisme encore présent et qui se refuse, au nom de valeurs non identifiées à regarder les couleurs droit dans les yeux? Qui voudrait de soutiens qui viennent de personnes qui n’ont que le chantage au patriotisme, la référence à la Révolution Française et aux Lumières comme si ça allait de soi, comme argument ? Qui voudrait le soutien de personnes au complexe de supériorité énorme, qui n’ont rien en commun avec les principaux concernés, qui attendent d’eux qu’ils acceptent toutes les critiques possibles et imaginables mais qui refusent catégoriquement qu’on pointe du doigts leurs failles, leurs défauts, leurs faiblesses et leur tendance à travestir la vérité au maximum ? Qui voudrait d’un antiracisme qui n’est jamais sur le terrain mais qui sait tout ce qui s’y passe et s’autorise donc le droit de parler “au nom de” sans respecter la dignité ou l’agenda des premier-e-s concerné-e-s ? Qui voudrait le soutien de personnes qui refusent de voir qu’ils parlent depuis un poste de privilégiés, qui s’exprime avec dédain et qui pensent que leur parole et LA parole surtout quand le sujet ne les affecte pas directement mais qui pensent avoir quand même une opinion pertinente ? Qui voudrait du soutien de personnes qui se taisent sur l’impérialisme, se font rares lorsque des questions identitaires blanches sont sur la table et utilisées à des fins éléctorales et n’ont jamais questionné les rapports de domination nord-sud ? Qui voudrait du soutien de personnalités qui n’ont jamais été reconnues dans les milieux qu’ils et elles prétendent reconnaitre, non pas pour des petites controverses mais pour des opinions politiques qui sont à l’opposé d’un front anti raciste, décolonial et anti sexiste ? Qui veut du soutien de personnes qui ne trouvent rien à redire lorsque l’état envoie un gamin de 8 ans au commissariat pour apologie du terrorisme et qui en même temps ne sourcillent même pas lorsque Devilliers glorifie la colonisation qui est un crime contre l’humanité ? Qui ? Personne. Que ce soit avant, pendant ou après, personne ne veut de votre soutien. Gardez-le pour vous, entre vous. Et puis vos considérations sur la dignité, quand on sait de quoi sont nourris vos réflexions et qu’on lit la haine qui ronge vos claviers… Non Merci! La seule ombre au tableau, c’est de savoir que ces luttes historiques vont bénéficier à beaucoup de monde, y compris celles et ceux qui, du haut de leur aigreur, sont les premier-e-s à les vomir. Fanon disait que la grande confrontation ne pourra être indéfiniment reportée… Il avait raison, Fanon.

Ils viennent de découvrir ce que c’est que d’être noir-e, chez libé !

Avec la diffusion de “Trop Noire pour être française?” sur Arte, la rédac’ blanche de chez Libé vient de faire la découverte du siècle. Non, chez libé, quand on ne dénigre pas le vote de la Grèce qu’on rapproche sans honte du FN juste pour mieux vomir la décision d’un peuple, on découvre les noir-e-s ! Vous pensiez que l’abolition de l’esclavage, que les (peu nombreux) débats sur la colonisation et la traite négrière, les élections d’Obama, l’attentat de Charleston et les émeutes de Ferguson & Baltimore avaient éduqué Libé sur la question noire? Vous êtes d’une naïveté, pauvres amis! Bien entendu, chez Libé, pour parler de noirs, on est blanc. On est des “non basanés”, des “non recalés du corps traditionnel français”, des “sans commentaire”, des exclus du marché juteux du racisme, des chanceux (ou chanceuses) qui ne connaissent pas le bonheur de vivre une vie dans laquelle on vous demande assez souvent d’où vous venez puis d’où vous venez “à la base, quoi” vu que “je suis français-e” ne suffit jamais comme réponse. Mais bon, après, on parlera d’intégration, oubliant que c’est à ceux qui ne voient la francité qu’à travers la blanchité de faire le travail…

Ainsi, Libé découvre les noir-e-s et s’intéresse, à l’occasion d’un documentaire, à cette problématique. Un appel aux témoignages a été lancé… et j’en ai ri. Comme si les témoignages étaient rares au point de nécessiter une telle mobilisation. Comme si “nous” n’en parlions pas assez. Comme si Rokhaya Diallo, Amandine Gay ou même le collectif Mwasi n’existaient pas mais bon, souvenons-nous que Libé est un journal pro-establishment qui doit forcément considérer les sources citées précédemment comme étant de mauvaise qualité… parce qu’elle ne sont pas blanches et donc n’ont pas de caution intellectuelle ? Je n’ose le croire… Mais Libé est un journal où travaillent de grandes intellectuelles comme Elsa Maudet qui, grosse surprise, vient de découvrir qu’un hastag comme #TuSaisQueTesNoirEnFranceQuand est l’occasion pour le racisme le plus décomplexé de s’exprimer sans la moindre retenue. Passé ce constat, l’article de Maudet laisse place aux témoignages, 100 fois lus et entendus mais qui, pour des oreilles et des yeux blancs doivent ruisseler de subversion! Du jamais vu au pays des ignorants.

La

La niaiserie antiraciste…

S’ensuit une interview de la réalisatrice du documentaire «Trop noire pour être Française ?», Isabelle Boni-Claverie, toujours par Elsa Maudet et dont les questions trahissent sa candeur. En effet, non seulement, les questions posées dans l’entretien sont aussi basiques qu’un formulaire d’entrée sur le sol canadien mais surtout… on évite les questions qui sont trop subversives (pour libé ?).  Maudet apprend de la bouche de la réalisatrice que «si les stéréotypes perdurent, c’est qu’ils ont une utilité sociale» et demande laquelle (!). Je n’ose croire que c’est la méconnaissance d’un sujet aussi complexe ou tout simplement l’ignorance qui nécessite un complément d’informations. C’est ici vous dire le fossé qu’il y a entre ces gens comme Elsa Maudet, blancs, non racistes (sans être antiracistes non plus) avec leur vie bien propre qui n’ont pas à souffrir du moindre stéréotype qui soit handicapant pour eux ou elles et la vie des autres qui est souvent faite de galères et de stigmatisation. Cette simple question et toute la naïveté qui en découle prouve combien les non concerné-e-s par les oppressions racistes mais qui se veulent souvent être les plus mobilisé-e-s au nom d’un certain humanisme propre à leur “rang” sont à des lieux de s’imaginer la dure réalité de l’existence noire. Pour ces gens là, le racisme, c’est brutal, caricatural et ça a les traits d’un Lepéniste en puissance ou d’un skinhead et rien d’autre. On nie au passage que le racisme est un système d’une perversité inouïe et qu’il traverse la société puisqu’il est tout simplement structurel. On nie également que le racisme, de gauche à droite, tend à conforter les majorités dans leurs position dominantes sur le dos de minorités et que le discours ambiant a tellement bien prit que même nos plus grands anti-racistes blancs… finissent des fois par faire preuve de racisme à leur tour ! Le racisme, c’est pas juste le cortège du FN, ce sont également et surtout, le refus de décoloniser son esprit, le refus de prendre conscience de la pleine humanité d’une personne de couleur en la renvoyant systématiquement à ses origines comme on renvoie systématiquement les femmes à leur féminité (ou l’idée qu’on se fait de la féminité) pour leur éviter d’exister autrement. Mais ça, Elsa Maudet n’en parlera jamais.

Une interview qui traite du racisme anti-noir. Ok. Mais éviter les contextes historiques, les questions liées à l’héritage colonial et les luttes de ces cinquante dernières années, c’est ce qui s’appelle une faute de débutante… C’est comme parler des conflits qui perdurent actuellement en Irak et en Syrie sans jamais faire référence à leur contexte mais également à ce qui les a précédé. De ce fait, l’article d’Elsa Maudet, par sa simplicité et sa naïveté s’inscrit dans la lignée de cette culture cruche de l’antiracisme niais, tellement estampillé “Parti Socialiste”, tellement estampillé “S.O.S Racisme”, qui ne remet jamais en question ses privilèges, qui fait de l’émotionnel sur une discrimination raciale sans jamais montrer à qui elle profite ni même admettre que le racisme profite toujours aux dominants, qui ne voit aucun mal dans des panels avec 99% de blancs venus discuter de racisme et d’exclusion à la place des principaux concernés, qui nie d’autres paroles en leur ôtant toute légitimité, qui ne questionne jamais le racisme d’état, ni même les deux poids / deux mesures qui sont la faute de tout l’échiquier politique et qui n’admet jamais le racisme de son antiracisme. Bon courage à toutes celles et tous ceux qui n’éprouvent aucun complexe à donner dans la niaiserie journalistique, à caresser des problématiques dans le sens du poil sans oser aller là où on aimerait tant qu’ils aillent. Mais bon, il parait que c’est pas bon pour le vivre-ensemble, alors…

 

Ils parlent de communautarisme…

Disclaimer : Je rappelle, une fois de plus, ne pas être un agent ni du complot LGBT-Islamo-marxiste-conquérant, ni du choc des civilisations. Je précise également ne pas bosser pour l’establishment, ni pour Daesh ou encore les frères musulmans. Je rappelle encore, pour finir, qu’il est pénible d’avoir à rappeler ces choses là pour être lu car une fois qu’on vous qualifie (sans la moindre preuve) de “faux nez de Tariq Ramadan” ou d’être allié de l’islamisme, vous avez presque perdu…

Il existe des termes qui sont à la mode tellement on les entend. En ce moment, je n’en peux plus de ce mot : communautarisme. Ce serait la cause de tous nos malheurs. Vous cherchiez un dénominateur commun au terrorisme, au machisme “de banlieue”, au chômage, à la précarité, à l’échec scolaire, à la faillite de “l’intégration”? Ne plongez pas le nez dans des études et n’allez surtout pas sur le terrain régulièrement, lâchez juste le mot “communautarisme” : tout le monde comprendra, en se contentant juste d’esquisser un léger rictus d’approbation. Ironie de l’histoire : même si ce mot est dans toutes les bouches, personne ne sait réellement de quoi il est question. Pour caricaturer les discours dominants, on parlera de communautarisme lorsqu’on verra un groupe d’individus “qui se ressemblent et donc s’assemblent”. On leur prêtera également un nombre d’intentions jamais vérifiées mais présentées comme des revendications destinées à perturber la paix sociale et l’égalité avec bon nombre de fantasmes pour endormir le peuple. Cela devrait, à priori, concerner tout le monde sauf que, dans les discours ambiants qui n’existent que pour lutter contre le communautarisme, cela ne concerne uniquement des minorités racisées et aucun autre groupe.

1_photo_4Vu que je prêche par l’exemple, je vais faire appel à votre pop culture pour comprendre ce concept foireux. Prenons les héroïnes de Sex & The City; elles pourraient être considérées comme communautaristes. Après tout, il s’agit de 4 femmes hétérosexuelles, élégantes, New Yorkaises, bourgeoises, consuméristes, centrées sur elles tranquillement dans leur petit monde… Mais pour l’establishment, ce n’est pas du communautarisme. Par contre, bande de filles, à savoir 4 noires d’origine modeste car “issues des banlieues”, pour l’establishment, c’est du communautarisme. La différence entre les deux ? Le privilège de la liberté : le premier groupe, Sex & The City, composé à 100% de femmes blanches est libre d’exister sans avoir à se justifier sur sa composition alors que le second doit justifier dans son existence le fait qu’il ne compte pas de femmes blanches. Le groupe de femmes racisées est perçu comme un groupe de femmes qui se sont “unies” sur une base ethnique tandis que l’autre apparait comme normal alors qu’il est tout aussi “critiquable” d’un point de vue “diversité”. Par conséquent, privilège blanc oblige, Sex & The City échappe à l’appellation “communautariste” tandis que Bande de Filles ne peut être qu’une horreur de communautarisme. Cette simple comparaison est déclinable à l’infini. Regardez les émissions de TV qui traitent du sujet : le communautarisme, c’est toujours 3 arabes, 3 noirs ou 3 rroms ensemble. Par contre, pas un mot sur 3 blancs ensemble, jamais. Pourquoi ? A cause du privilège blanc : lorsque le sujet est évoqué, ce n’est jamais sous l’angle blanc qui ne peut pas être menaçant et à l’origine des failles évoquées en introduction. Jamais remis en cause.

Alors, le communautarisme – des racisé-e-s, cela va sans dire, c’est super mal. Ca fait flipper. Ils sont la menace qui pèse. Sauf que… en réalité, le “communautarisme” d’un groupe n’existe que pour celui qui se perçoit à l’extérieur du groupe sans jamais questionner ses dynamiques culturelles et / ou sociales. Avant de mépriser des populations qu’on prétend vouloir sauver, s’est-on réellement posé la question de ce qui crée ce qu’on a décelé de communautariste chez ces gens-là ? Est-ce qu’on peut s’imaginer deux secondes, soyons fous, que des personnes peuvent former un groupe qui a des choses en communs qui ne sont pas ce qu’on voit d’elles ? Est-ce qu’on peut se dire que ces 4 filles arabes – désignées sous le terme de “beurettes” pour faire fantasmer le vieux beauf qui s’est découvert un faible pour les maghrébines depuis qu’il a vu Tabatha Cash dans Raï – forment un groupe avant tout parce qu’elles sont amies, soeurs, collègues, cousines, camarades et pas forcément parce qu’elles sont arabes ? Par contre, 3 lesbiennes “visibles” ou 3 gays “visibles”, eux, n’auront jamais à répondre d’accusation de communautarisme, pas plus que l’ensemble de la rédaction de journaux qui font fortune sur ce concept depuis des années, à coup de Unes et d’articles à tout va. Pourquoi les racisés seraient, tout à coup, devenus communautaristes ? Personne n’a daigné y répondre. Personne n’a daigné interrogé les principaux concernés. Personne n’a questionné le rapport entre l’environnement social, la différence de traitement d’un groupe à l’autre, non. On nous montre des communautaristes qui font peur et à nous de nous démerder avec cette horrible menace qui plane sur nous, blablabla…

Pour nous faire haïr les minorités visées à travers la haine du pseudo communautarisme qui n’existe que dans la tête de ceux qui en parlent, il faut une caution. Et pas n’importe laquelle : une caution bisounours, prête à penser, facile d’emploi et qui tient en deux mots puisqu’elle s’appelle le “vivre ensemble”. Forcément, quand on prend les gens pour des moutons, pas la peine de se lancer dans des théories foireuses : on va utiliser un mot simple à retenir et à comprendre. Par conséquent, en pointant du doigt “les communautaristes”, on veut nous monter des gens qui refusent le “brassage” car ils refusent le “vivre ensemble”. On nous fait croire, que parce que passe devant nos yeux un groupe d’individu-e-s ” de couleurs”, que ce groupe refuse tout ce qui ne lui ressemble pas car il s’est fondé sur sa propre “couleur”. On va nous faire croire également que c’est un refus du “vivre ensemble” que de vivre en cité au lieu de “vivre avec les autres”, en niant les réalités sociales. C’est à la fois prendre les gens pour des cons mais surtout faire dire, une fois de plus, aux premier-e-s concerné-e-s ce qui n’a jamais été dit. Cela n’est bien entendu valable que pour les minorités. Une bande d’amis blancs qui va au golf, sort en boite, dîne en terrasse, se balade en voiture, fait son shopping ou la queue devant la cigale, ça, c’est pas du communautarisme et eux, ils veulent vivre ensemble. Que faudrait-il faire pour ne pas donner l’impression d’être communautariste ? Rester une minorité et se trimballer avec un panneau qui dirait “je suis racisé-e mais je reste ouvert-e aux blancs, venez me voir, y’aura des Free Hugs !” ? Et pourquoi émettre une remarque toujours aux mêmes groupes lorsque d’autres semblent avoir le privilège de faire sa petite vie tranquillement sans qu’on ne lui consacre des doubles pages dans Libé, sans qu’on mette le doigts sur ses caractéristiques communes de ses relations, sans décortiquer méticuleusement son mode de vie, sans qu’on lui dise combien son “comportement” trahit ses revendications politiques ? Pourquoi ne pas faire exploser ce privilège blanc si on veut vraiment “vivre ensemble” ? Et surtout… pourquoi ceux et celles qui fustigent le communautarisme sont… eux mêmes communautaristes. Il existe donc un communautarisme blanc, d’en haut, humaniste, laïque et fier mais que le débat actuel ignore pour mieux ce concentrer sur le communautarisme du pauvre, qui est définit par les autres.

Pour ce qui est du “vivre ensemble”, ne nous laissons pas avoir par cette énorme farce. Si la démarche était sincère, le vivre ensemble devrait impliquer des actes concrets à savoir l’abolition des frontières : plus de classes, plus de castes, plus de différences, la chance pour tout le monde. Plus de petits, plus de grands, plus de banlieue, plus de ville. Cela voudrait signifier un abaissement des riches au niveau des pauvres pour que “ensemble” soit une réalité mais, bizarrement, là, personne ne répond présent. D’ailleurs, humanistes anti-communautaristes auto-proclamés, où étiez-vous, lorsque nous parlions d’identité nationale, d’unité nationale? Où était votre fabuleuse idée du “vivre ensemble” lorsque l’on expulsait des sans papiers, qu’on parlait de “ghettos” pour désigner les quartiers populaires, qu’on liquidait des budgets essentiels, qu’on racialisait des maux “bien français” comme le sexisme lorsque l’on parlait de banlieue ? Où étiez-vous, lorsque au nom d’une laïcité qui serait garante du “vivre ensemble” et un rempart contre le grand vilain communautarisme, on excluait des jeunes femmes portant le voile de l’école comme on s’apprête à les exclure de l’université ? Vous voulez “vivre ensemble” mais selon des règles qui ne bénéficient pas à tous.

Comme on peut pas parler de communautarisme sans évoquer son hypocrisie face aux “mouvements” tout aussi “communautaires” mais jamais décriés car majoritairement blancs, on ne peut pas évoquer des soit disant revendications communautaristes avec lesquelles on terrorise la France, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Qu’en est-il réellement ? Rien. Ah si, les catholiques de la manif pour tous. Sauf qu’on ne parle pas d’eux en terme de “communautaristes”, y compris lorsqu’ils fricotent avec un candidat à la présidentielle à des fins vraiment politiques. Par contre, quand des musulmans se rencontrent annuellement à un salon au bourget, on ne râtera pas une occasion de parler de communautarisme, allant même jusqu’à créer des liens complètement incongrus avec les évènements de Janvier. Lorsque des musulmans prient dans la rue, l’alarme communautariste est sonnée, de gauche à droite, quitte à parler d’ordre public ou d’occupation… Vous existez, et ben, vous existez trop ! Par contre, lorsque des gens animés par une islamophobie qui vit dans leurs veines se rassemblent autour du saucisson et du pinard dans la rue, on est choqué du silence de nos élites qui” luttent contre le communautarisme”.

Pour se rendre compte de l’arnaque qu’est le concept de communautariste, il suffit de regarder qui en parle à outrance : des beaufs qui n’ont aucune expertise à faire valoir en la matière, qu’ils soient de gauche ou de droite. Je ne vais pas tous les énumérer mais ce sont en général des personnes qui vivent loin des personnes désignées comme communautaristes et qui, par conséquent, sous couvert de lutte pour le vivre ensemble et donc pour le “bien commun”, pensent avoir une quelconque expertise en la matière. Sauf que, le communautariste est fondé sur des intentions stéréotypées qu’on prête aux gens : on pense que tel groupe est dans la revendication juste parce qu’il est racisé. Les plus grands théoriciens bidons de la lutte contre le communautarisme oublient juste une chose et il est possible que ce soit un oubli volontaire : le communautarisme dont il parle, il n’est que le produit d’une politique d’état et donc décidé par l’état sans qui il n’existerait pas. C’est l’état qui parque les pauvres dans des “ghettos”, tout comme c’est lui qui est responsable de la politique de la ville et du chômage. Vous considérez 3 noirs ensemble sur un banc comme une immonde provocation, un immonde affront au “vivre ensemble”, un “repli communautaire” féroce qui narguerait l’indivisibilité de la République ? Allez donc vous mélanger. C’est facile de fustiger mais, vous, la haute France qui méprise et prête des intentions à des individus qui n’ont aucune démarche politique dans le simple fait d’exister et d’être visibles, quelle est votre contribution? Pourriez-vous nous communiquer une liste de vos amis, collègues et proches qui vienne apporter de la crédibilité à votre “combat”? On pourrait calculer le taux de juifs, musulmanes, animistes, hindous, noirs, arabes, réunionnais, indiens, chinois, protestants et vous dire, en fonction des résultats si vous êtes universalistes ou communautaristes, avec remise d’une carte tricolore avec une médaille “anti-communautariste”. On pourrait également demander aux anti-communautaristes du Dimanche de nous donner des gages de sincérité de leur “vivre ensemble” afin d’évaluer si leur démarche vise à promouvoir réellement la mixité ou juste à créer une atmosphère de péril “communautariste” dont le but serait de mettre à terre la France.

La vérité, c’est que le communautarisme est inévitablement partout. Ce n’est pas juste un “phénomène” qu’il faut cantonner aux banlieues et aux quartiers “ethniques” des grandes villes. Je considère le public d’un meeting de l’UMP aussi communautariste que celui du FDG, tout comme je considère Barbès aussi communautariste que St Michel, Belleville ou Haussman. Le public d’un film de Jennifer Aniston, celui d’un film de Stallone, d’un concert de 30 Seconds to Mars ou de Béyoncé… tous ces groupes sont communautaristes, selon ce qu’on a décidé de voir en premier lieu. La différence, c’est que, contrairement aux humanistes obsédés par les “obsédés du complot”, je ne tombe pas dans le complotisme pour éviter de me pencher sur les échecs des différentes politiques de la ville. L’establishment a décidé de mettre la focale sur le communautarisme des pauvres pour rassurer les dominants et leur garantir le statut quo de leurs privilèges. Ce faisant, il invalide le vrai travail qui est mené par des populations qui n’aspirent qu’à exister autant que n’importe qui d’autre. En attendant, on pourra toujours s’ériger en martyr du communautarisme qui détruirait la société en découvrant des sites de drague dits “ethniques” mais on ne rentrera jamais dans des analyses aussi virulentes lorsqu’il est question de la pornographie qui exploite aussi le communautarisme ou du CSA qui se montre très frileux à l’idée d’intégrer – car c’est au sommet d’intégrer et non la base – des minorités raciales. On pourra toujours pleurer en voyant un groupe perçu comme “communautariste” mais tant que l’on continuera à enfermer et à coller des étiquettes pleines de mépris, comment voulez-vous qu’on croit au “vivre ensemble” ? D’ailleurs, vous avez peur de la viande halal, d’un foulard, d’une barbe, d’une jupe longue mais vous tenez à vivre ensemble ? Pour ma part, je ne veux pas vivre avec un grand nombre de personnes – l’axe qui va de l’islamophobie à l’antisémitisme en passant par le sexisme, le racisme et l’homophobie – à commencer par ceux qui, à votre façon, surfent sur des peurs fondées sur des fantasmes sans jamais s’attaquer à leur origine : l’état.

Quand Rokhaya Dit allo…

J’ai longtemps pensé à écrire cet article sans jamais le publier tant « le cas Rokhaya Diallo » est compliqué et révélateur de ce climat froid français. Je me suis rapidement rendu compte qu’il est impossible d’aborder une figure aussi « controversée » auprès de l’establishment sans avoir à se présenter. Disclaimer : je ne suis pas mandaté par Mme Diallo pour parler d’elle, de même que je ne suis pas financé par Dieudonné ou Soral, pathétiques personnages qui feront eux aussi l’objet d’un article, ni même que je n’ai aucun lien avec un quelconque lobby. Je tiens également à préciser, que je ne donne pas tout à fait dans le complot « islamico-socialo-prostitueur-lgbt-féministo-conquérant » et autres inépties dignes de journalistes en manque d’arguments qui refusent aux autres ce dont ils se réclament, à savoir l’indépendance d’esprit. Je ne connais Rokhaya Diallo qu’à travers ses livres, ses articles et ses apparitions médiatiques et je n’ai décidé d’écrire cet article que lorsque je me suis aperçu que son « cas » prouvait la pertinence de ses luttes mieux que n’importe quel ouvrage.

rokhaya dialloSoumise au lobby des proxénètes, Anti Charlie Hebdo, féministe pro-voile, faux nez de Tariq Ramadan, agent des USA, ect…  Une chose est sûre : quand on n’aime pas, on sait très bien dans quel camp ranger une personnalité, quitte à la calomnier et à lui inventer des connexions qui n’existent pas. Quand on ne rentre pas dans le moule, quand on a le malheur d’émettre des critiques saines et constructives mais qui ont le défaut de chambouler les dominants dans leurs idées et leurs idéaux, on devient une Rokhaya Diallo (admirez la rime !).

Tout a réellement commencé avec le « Y’A Bon AwardGate ». Chaque année, des trophées « bananes » sont remis aux hommes politiques, journalistes et artistes qui ont tenu des propos à caractère raciste. En 2012, c’est la méga célèbre Caroline Fourest, star des médias, qui a reçu un prix suite à sa sortie sur les « associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus, lever des fonds pour le Hamas », lors d’une convention du parti socialiste. Le jury, dans sa majorité, vote « Caroline Fourest » mais seule Rokhaya Diallo subit les foudres de l’essayiste qui ne comprend pas sa “victoire”. Dans l’article qu’elle publie sur le Huffington Post, elle ira jusqu’à écrire que « le but de Rokhaya Diallo et de son association (Les Indivisibles) n’est pas de militer contre le racisme » tout en lui inventant des liens suspects avec, je vous le donne en mille, tous les méchants de la terre : les indigènes du Royaume, le département Américain et Michel Collon, le «roi des complotistes»… Tout ça parce que Caroline Fourest, qui se présente comme intellectuelle humaniste féministe antiraciste universaliste démocrate et apôtre du « il faut critiquer » refuse… la critique. Au-delà de la critique, elle refuse juste tout débat en calomniant Rokhaya et sa bande (mais sans nommer les membres du jury), qui, à la lecture de l’article de Fourest, n’est bonne qu’à s’allier avec des extrémistes qui soutiennent l’intégrisme. En réagissant de la sorte, toute discussion est abandonnée puisqu’elle part sur la base d’accusations répugnantes. Marque suprême de Caroline Fourest : elle, la femme blanche si proche des médias et du pouvoir, sait qui est “réellement” raciste et pense être arbitre de cette question. Il y a de quoi rire nerveusement… Petite mention à l’attention de Caroline Fourest et de son fan club : si vos propos sont considérés comme racistes, inutile de pleurnicher. Inutile de parler des “autres” car ce sont vos propos à vous qui intéressent et qui interpellent. Inutile également de faire des amalgames immondes avec des attentats ou de laisser croire que les gens qui ne sont pas d’accord avec vous sont donc prêts à “Payer le ticket de bus à ceux qui rêvent de (vous) emmener en forêt pour (vous) bâillonner ou (vous) lapider”. Inutile de nous “rappeler” combien vous vous battez contre le racisme et donc nous rappeler que vous faîtes partie de la lutte antiraciste alors que nous ne parlons pas de la même chose. Vous pratiquez un antiracisme qui honore le racisme puisque vous ne le voyez qu’à travers sa forme la plus caricaturale et la plus stéréotypée, c’est à dire dans la bouche de l’extrême droite, alors que le but aujourd’hui est de montrer que sa banalisation est telle qu’il peut avoir, des fois, le visage de quelqu’un qui se dit de gauche… et qui se présente comme une intellectuelle humaniste féministe antiraciste universaliste démocrate.
Cet incident, qui aurait pu servir de genèse pour un vrai débat sur le racisme en France à partir de deux perspectives différentes, n’a servi en réalité qu’à isoler Rokhaya Diallo; en effet, quand on est une minorité qui se refuse à suivre la ligne de l’antiracisme “officiel” comme SOS Racisme, l’establishment vous lâche. Ce n’était que le début de la chasse à la Rokhaya.

En 2011, suite à l’incendie des locaux de Charlie Hebdo, Rokhaya Diallo co-signe une tribune contre le soutien apporté au journal. Même si la démarche peut sembler choquante pour certains pour des raisons de “timing”, la tribune vise plus à donner un éclaircissement de la position des signataires vis à vis du contenu de Charlie Hebdo et son rôle dans un contexte de “débat sur l’identité nationale” qu’une apologie du terrorisme. Une fois de plus, seule Rokhaya Diallo est retenue, présentée souvent comme la seule co-signataire de la tribune. Chacun peut la consulter librement sur internet et, une fois de plus, si elle semble inappropriée parce qu’elle “tombe mal”, il faut quand même lire et tenir compte des raisons qui ont justifié la publication de cette tribune. Cet évènement, lui aussi, vient noircir le parcours de Rokhaya Diallo qui est désormais considérée, dans le grand inconscient, comme étant de connivence avec les intégristes, les fanatiques religieux et les terroristes qui mènent des opérations criminelles de ce genre.

Entre temps, il faut bien se l’avouer, Rokhaya Diallo est devenue une figure presque incontournable des médias. Ses apparitions sont très regardées et, n’en déplaise à ses détracteurs, elle est invitée à débattre face à des personnalités qui ne sont pas “faciles” et qui sont plus dans l’injure et le mépris que dans la discussion et l’argumentation. Elle collabore aussi à différentes publication, sur des thèmes très variés (racisme, négrophobie, islamophobie, prostitution, viol, droits civiques, etc…) ce qui permet à la fois de faire connaitre ses idées mais également de comprendre dans quel courant de pensée elle s’inscrit. Mais trop d’indépendance, tue l’indépendance et “ça finit par se payer”….

rokhaya-diallo-en-larmes-sur-rtl-face-600x315-1Après les problèmes de digestion de Caroline Fourest viennent les problèmes d’égo surdimensionnés d’Isabelle Alonso. En effet, fin 2013, en plein débat sur la pénalisation des clients des prostitué-e-s, Rokhaya Diallo et Morgane Merteuil (membre du Strass, le syndicat du travail sexuel) publient une tribune dans Libération. Leur constat est simple : si les débats féministes semblent se concentrer sur les femmes les moins privilégiées, il serait bon de laisser les premières concernées décider pour elles mêmes ce qui est bon pour elles plutôt que de choisir à leur place et contre elles en leur laissant la parole. Sauf que, Isabelle Alonso, elle, ne supporte pas cette simple idée. A son tour, elle publie un article sur son blog. Je pensais y trouver une réponse à cette tribune et j’ai trouvé… plus qu’une réponse. En fait, Isabelle Alonso prouve combien le fossé est grand entre les féministes de l’establishment et celles des minorités car, pour Isabelle Alonso, lorsque deux féministes demandent à ce que la parole des premières concernées soit écoutée, Isabelle Alonso comprend qu’il lui est demandé de se taire et de rester dans sa case… De même, lorsque deux femmes signent une tribune en tant que journaliste pour l’une et travailleuse du sexe pour l’autre, Isabelle Alonso s’adresse en retour à… une musulmane et une prostituée. Après avoir chouiné sur deux paragraphes insupportables à lire, elle ne peut s’empêcher de ramener le débat autour d’elle en demandant “Où suis-je donc allée chercher le droit de me considérer personnellement impliquée par le port du voile ou l’exercice de la prostitution, au point d’émettre une opinion sur les sujets, alors que je me balade cheveux au vent même quand il pleut et que je baise gratis pour peu qu’on m’invite à dîner (…) Non mais de quoi je me mêle! C’est vrai kouâ, merder!”. Oui, je sais, c’est d’un ridicule égocentrique mais c’est également la marque de fabrique de ce texte qui s’enfonce dans la victimisation lorsque son auteure écrit : ” Que Rokhaya et Morgane veuillent bien me fournir la liste des sujets sur lesquelles ma parole serait légitime car issue d’une pratique personnelle et d’une expérience concluante. Et tant qu’elles y sont, qu’elles participent à l’élaboration des épreuves d’obtention d’un CAP de la pensée, Certificat d’Aptitude Personnelle à ouvrir sa gueule, ramener sa fraise et émettre une opinion. Elles pourraient faire partie du jury, ça a l’air de cadrer avec leur vision de la démocratie.” Après avoir balancé une blague de beaufs sur le CAP et, par dessus le marché, traité Merteuil et Diallo d’anti démocrates, Isabelle Alonso montre que lorsque des avis dits “minoritaires” demandent à être entendus, pour elle, cela signifie qu’il lui a été demandé de se taire… ce qui est faux. Maintenant, qui peut avoir envie de débattre avec quelqu’un qui a décidé d’interpréter la tribune de Rokhaya comme une espèce d’affront et qui y répond par un article condescendant ? Qui peut avoir envie de débattre après avoir lu un article qui rabaisse des auteures sans même les citer (ou alors écorcher le prénom de Rokhaya avant de se reprendre… ah, décidément, ces noirs et leurs prénoms! Pouvaient pas s’appeler Roberta?!) ? Et cet article, sur le fond, que dit-il de la position d’Isabelle Alonso ? Du n’importe quoi car elle écrit qu’elle se sent “solidaire par chaque fibre de (son) être avec toutes les femmes atteintes personnellement”. Vraiment ? Solidaire au point de rebondir immédiatement à la seconde où des femmes font un constat largement partagé au sein du mouvement féministe, à savoir que certaines paroles sont niées, voir ignorées ? C’est ça la solidarité d’Isabelle Alonso : penser à la place de toutes les femmes quitte à enfermer les femmes qui ne pensent pas comme elle dans un statut d’anti démocrates communautaristes. Encore un exemple de paternalisme puant, tellement symptomatique de ce féminisme dominant qui se considère comme un club fermé où celle qui ne respecte pas la pensée dominante est accusée de tous les torts. C’est ce féministe soit disant “universaliste” qui met des fils barbelés entre les différentes écoles de pensées, se créant en réalité son propre univers, parfaitement épuré de toute pensée divergente. Chouette.

Les attentats qui ont coûté la vie à la majorité des membres de la rédaction de Charlie Hebdo ainsi qu’à deux policiers ont remis au goût du jour le texte signé par Rokhaya Diallo en 2011. Outre le fait qu’on a donné l’impression qu’il est apparu après les attentats du mois de Janvier 2015, il faut voir avec quelle force on a cherché à la rendre, bizarrement, de loin ou de près, responsable des attaques. Ainsi, Jeanette Bougrab, qui s’est présentée comme la compagne de Charb contre l’avis de la famille de ce dernier, est la première à désigner, indirectement, Rokhaya Diallo (à travers l’association Les Indivisibles et la cérémonie des Y’a Bon Awards) comme complice des attentats. En gros, si vous n’êtes pas Charlie, que vous ne l’avez jamais été, voir même que vous avez été critique vis à vis du journal, en particulier sur le traitement de l’Islam à travers les caricatures, et ben vous êtes accusée de complicité. J’ose une comparaison : lorsqu’une femme battue meure (et c’est malheureusement loin d’être un fait rarissime), accuse-t-on tous les masculinistes les plus endurcis de complicité de féminicide ? Non. Alors pourquoi établir des rapports de responsabilité alors qu’ils n’ont pas lieu d’exister ? Pourquoi Jeanette Bougrab cherche-t-elle à rendre responsables d’actes barbares des personnes qui n’ont jamais descendu la moindre personne ? N’est-ce pas là une façon de limiter toute critique sous prétexte qu’elle pourrait inspirer des carnages dans une rédaction ?
Toujours dans le contexte Charlie, Rokhaya Diallo est prise à part par Ivan Rioufol lors d’une émission de radio. Son crime ? Ne pas avoir crié haut et fort combien elle se désolidarisait des terroristes. Au nom de quoi ? De son identité de musulmane. En France, en 2015 et à une heure de grande écoute, en plein débat sur le terrorisme, le djihadisme et la liberté sous toutes ses formes, on demande à une journaliste, au simple motif qu’elle a la même religion que les tueurs, de se désolidariser… N’est-ce pas là une façon d’entretenir l’amalgame le plus abject ? N’est-ce pas là une façon des plus ignobles d’entretenir l’idée selon laquelle tous les musulmans sont identiques et donc responsables les uns des autres et donc qu’ils doivent agir collectivement et surtout qu’ils sont d’accord sur tout? N’est-ce pas là une marque évidente d’un amalgame qui laisse croire que tous les musulmans approuvent cette tuerie brutale et sont donc, sauf s’ils l’expriment, en approbation devant le terrorisme ? Immonde. Toutes les personnes qui ont écouté l’émission ont pu sentir la douleur et le chagrin de Rokhaya Diallo qui ont vibré jusqu’à notre coeur. Et cet épisode n’a fait que contribuer à l’isolement de Rokhaya Diallo qui se devait, quand même, de montrer patte blanche comme si, de fait, elle était une espèce de pom pom girl du terrorisme. Cela dit, à l’exception de certaines personnes présentes ce jour là comme Laurence Parisot, rares fût les réactions. Enfin, sauf Caroline Fourest, qui a tenu son mot à dire lors de sa chronique “Charlie & les Charlots” sur cet échange en déclarant : “Il y a ce petit con qui exige de cette petite conne de se désolidariser en tant que « musulmane », alors que c’est bien parce qu’elle est conne et non musulmane qu’elle vous a craché dessus depuis tant d’années.” Pour Fourest, Rokhaya Diallo reste une conne  quoiqu’elle fasse. Elle n’avait qu’à soutenir Charlie au lieu d’être critique, elle aussi, voyons. C’est ça la démocratie ? Tout le monde d’accord sinon celui qui pense différemment n’est qu’un con ?  Caroline Fourest, celle qui a littéralement perdu son sang froid (et à raison) en direct face à l’homophobe en chef Béatrice Bourges qui doutait de son agression, aimerait-elle qu’on se serve de cet échange pour en profiter pour la traiter de conne et donc, implicitement, valider les remarques de Bourges ?
Libre à chacun d’aimer ou de ne pas aimer Charlie Hebdo, mais de là à parler de liberté pour, dans le même temps, ostraciser ceux qui ne sont pas Charlie, c’est vicieux… mais tellement inattendu de la part de l’establishment et de son mode de fonctionnement.

Tous ces éléments ont planté le décor pour Rokhaya Diallo qui ne sera plus considérée comme la gentille journaliste féministe antiraciste qu’elle est. Même s’il semble intéressant de voir qu’elle est, à présent, plus qu’une femme noire dans les médias, il est désolant de voir que parce qu’elle n’est pas LEUR noire à eux – les masses dirigeantes – elle ne peut pas être des leurs et donc bénéficier du respect total qui est accordé à toute personne racisée qui se plie à cet espèce d’assimilationisme de la pensée. Lorsque Rokhaya Diallo a partagé, sur Twitter, une vidéo opposant Nacira Guénif à Claude Askolovitch, ce dernier l’a très mal prit, au point de l’accuser de “faire commerce du malheur des autres”… le comble de l’ironie quand on sait que celui qui fait commerce de l’islamophobie que vivent les musulmans, n’est pas du tout concerné par le problème. Mais peu importe : Rokhaya Diallo se rebelle, le dominant s’énerve alors que tout allait bien auparavant et cela semble faire le bonheur de l’extrême droite. Diviser pour mieux régner…

Ainsi, la réputation de Rokhaya Diallo est faite. Parce qu’elle n’est pas “d’en haut” et ne suit pas les ordres et les chemins tout tracés, elle est l’ennemie. C’est ce qui motivera son bannissement de la semaine pour l’égalité homme-femme en Mars 2015 par la maire socialiste du 20ème arrondissement de Paris. Pourquoi ? A cause de sa position sur Charlie Hebdo et du prix satirique attribué à Caroline Fourest. Par ailleurs, la maire, Mme Calandra, ira plus loin en sous-entendant que Rokhaya Diallo serait l’alliée de Ben Laden lorsque , sur le sujet des troupes militaires en Afghanistan, elle aurait soutenu le leader d’Al Qaeda sur RTL… Waw, Rokhaya Diallo en combattante islamiste, on n’y avait jamais pensé. En réalité, voici ce Rokhaya Diallo a dit : “ce que vous dites, c’est que maintenant que Ben Laden nous a menacé en nous demandant de retirer les troupes, il n’est plus question de le faire, et je trouve que c’est absolument anormal de raisonner comme ça. On aurait dû les retirer. On aurait dû les retirer de puis bien longtemps, et le fait que Ben Laden se prononce ou pas dessus ne doit avoir absolument aucune incidence sur notre position “. Difficile d’y voir une quelconque apologie du terrorisme mais quand on n’aime pas Diallo, on chercher à la discréditer alors qu’au final, elle ne fait que dire qu’il aurait fallu retirer les troupes d’Afghanistan, que cela plaise à Ben Laden ou pas. Mais quand on s’est embarqué dans une campagne de diabolisation, on a aucune honte à tronquer des citations, à créer des contresens, à voir dans une position idéologique autre chose tant que ça peut contribuer à salir un opposant, on y va! Et le pire, c’est que cela ne s’arrête pas là puisque Calandra proposera un débat à Diallo en déclarant, après avoir dit qu’elle était “faite pour le féminisme comme moi pour être archevêque” : «Si un jour Mme Diallo veut débattre, pas de problème, je la défoncerai !». Trop la classe. Où sont les féministes ? Elles soutiennent Calandra. Est-ce que quelqu’un veut expliquer à la dame que dire qui est faite pour le féminisme et qui ne l’est pas est une démarche anti-féministe ? Est-ce que quelqu’un peut expliquer à une socialiste qui veut organiser un débat sur les violences faites aux femmes que dire “je la défoncerai”, en plus d’être une menace, ça la fout super mal ? Personne pour demander aux féministes de se désolidariser de cette dame ? Aux femmes blanches du XXème arrondissement ? A touts les Frédérique du monde ? A toute la famille Calandra ? Allo, y’a quelqu’un…??? Peu importe : le mal est fait. Et ce mal est resté impuni parce que c’est celui des privilégié-e-s de l’establishment, de celles qui ont le pouvoir sur les minorités et qui, de ce fait, peuvent bannir en se fondant sur des ragots et en invoquant des motifs hors sujet, la parole de quelqu’un en osant se proclamer “Charlie” et donc pour la liberté d’expression. Dans la même foulée, lors de la promotion de son livre consacré au racisme, on lui reprochera une interview jugée complaisante de Dieudonné, ennemi de l’establishment (et à raison, étant donné ce qu’il est devenu…) tout en ne trouvant rien à redire sur son interview tout aussi “complaisante” de Christine Boutin qui a des idées tout aussi condamnables. Mais bon, quand le coupable est désigné, pourquoi l’écouter ?

Alors, au final, on comprend bien que Rokhaya Diallo fait partie de ces ennemi-e-s de l’intérieur qu’il faut neutraliser mais sans jamais le dire. Par conséquent, on continue la campagne de diabolisation par association : impossible de parler d’elle sans parler de l’appel qui a été signé contre le soutien à Charlie Hebdo, impossible de parler d’elle sans lui faire comprendre qu’elle défend un antiracisme “incongru” (“Dire à quelqu’un tu es espagnole, ça tombe bien, j’adore la Paëlla, c’est raciste ? Ah bon ?!” s’étonne Anne Elizbeth Lemoine sur le plateau de C à Vous, c’est vous dire le fossé…), impossible de parler d’elle sans mentionner le vilain prix remis à Caroline Fourest, ect… Aucune chance de “se faire son opinion” n’est donnée à la personne qui découvre Rokhaya Diallo lorsqu’elle apparait car elle lui a tout de suite été présentée comme étant “dans le mauvais camp”. Et à force de répéter cela 1000 fois, au final, ça s’inscrit dans l’esprit et ça s’estompe que très difficilement. J’en ai pour preuve le portrait qui lui a été consacré dans le Supplément où le mot “voile” a été prononcé 7 fois en 4 minutes comme si l’engagement féministe de Diallo se limitait à cela alors qu’on a jamais parlé de ses positions sur le nappy, le viol, etc… On l’invite pour parler de son livre mais on rappelle quand même au téléspectateur “naïf” qu’elle a beau ne pas être membre des indigènes de la République, elle a quand même à peu près la même position qu’eux sur certains sujets. J’attends toujours qu’on fasse la même chose avec d’autres invités, cette fois bien mieux placés en France sur l’échelle du pouvoir et de la domination mais vu qu’on sait avec qui jouer les chiens de garde, je doute que cela arrive.

Au final, il est quand même extrêmement difficile de ne pas voir dans “le cas Rokhaya Diallo” tout ce qui nuit à la “République”, à savoir cette impossibilité de décoloniser son esprit et son rapport aux minorités émergentes. Il faut, non pas concéder, mais largement accepter et encourager l’idée que les opinions de ceux qu’on nomme “les autres” doivent exister dans la discussion. Sauf si l’on craint qu’elles soient trop subversives et qu’elles menacent les privilèges des décideurs. Je vais me risquer à une analogie en parlant des anti-mariage pour tous : a-t-on eu raison de laisser parler Béatrice Bourges, Ludivine De La Rochelle, Frigide Barjot et Christine Boutin ? Sans hésiter, oui. Pourquoi ? Parce qu’on a pu connaitre leur position, l’étudier, la décortiquer, la critiquer et expliquer ce qui nous opposait. A-t-on connu une guerre civile ou créé deux France ? Non. Parce qu’on a discuté, justement. Et à celles et ceux qui redoutent tant l’affrontement, n’ayez crainte : Nadiaa Geerts et Caroline De Haas sont toujours en vie depuis qu’elles ont débattu avec Rokhaya Diallo! Vous pouvez donc, soit continuer à “défoncer” sur le papier ou sur vos antennes, soit discuter sainement en face à face mais, la lâcheté étant la caractéristique principale de beaucoup de monde, je doute qu’un débat ait lieu de sitôt…

Quand Valérie Toranian ment…

Quand on est une obsédée de « l’islam des quartiers » et qu’on a été le sponsor officiel de mouvements comme NPNS, quoi de mieux que de récupérer un sordide fait divers pour étaler une critique lâche, plaquer ses fantasmes dessus et faire sa propre promo ? Je vous le demande.

Petit rappel des faits : dernièrement, une jeune fille prénommée Aïcha s’est suicidée. D’après ce que rapportent plusieurs articles, son suicide fait suite à l’apparition sur les réseaux sociaux d’une vidéo « sexy »  et aurait provoqué un violent lynchage. La jeune fille, asphyxiée par la honte et le harcèlement, se serait suicidée en se défenestrant depuis l’appartement de sa grand-mère. Ce fait divers n’a malheureusement rien d’original ; en effet, depuis de nombreuses années, on assiste au sordide essor du «Porn Revenge» qui consiste, pour certains individus, majoritairement masculins, à se venger de leur ex-compagne en publiant tout document (photo, mail, vidéo, etc…) intime sur le net dans le but de se « venger » par l’humiliation. Bien que le sujet soit d’actualité, peu de gens, excepté la réalisatrice Ovidie, se sont penchés sur la question, certainement parce le phénomène cristallise encore trop peu de peurs et n’est pas réellement rentable sur le papier. Ainsi, Aïcha a été décrite, de façon implicite comme une victime du Porn Revenge; la plupart des bulletins d’informations la concernant ont dressé le portrait d’une adolescente harcelée, insultée, menacée et intimidée pour cette “sex tape” qui l’a présentait, soit-disant, en compagnie de son amant, un adolescent noir, lui aussi issu des quartiers. Oui. Une beurette, un noir, du sexe, une caméra, la banlieue pour lieu commun et un suicide pour la fin : chez les journalistes monomaniaques du péril islamique libertaire, on sort le champagne.

Sauf qu’entre temps, la police et les proches de la famille n’ont jamais confirmé cette histoire qui ne serait qu’un tissu de mensonges : non seulement Aïcha n’a jamais été harcelée, mais elle ne figurerait même pas sur la vidéo ! Mais trop tard : un fait divers avec une jeune beurette qui met fin à ses jours à cause de la “honte” est un plat trop bon pour ne pas être avalé goulûment par des journalistes qui n’ont pas eu leur dose de faits divers “à caractère musulman” comme Valérie Toranian… ou des sites d’extrême droite. Aucun bulletin d’information n’a publié de communiqué pour revenir sur leurs affirmations préremptoires mais peu importe : il ne faut pas rater une opportunité d’exploiter le filon juteux de la barbarie musulmane de banlieue. Là où toute personne un minimum humaine se contenterait de juste regretter qu’une adolescente se suicide, Valérie Toranian, elle, saute sur cette occasion pour baver.

Après avoir dirigé le magasine Elle et avoir, grosso modo, enseigné aux femmes l’art de s’aliéner en suivant toute une liste de diktats, Valérie Toranian s’occupe aujourd’hui de la Revue Des Deux Mondes. Bien que toujours dans l’univers bobo, Valérie Toranian ne peut vivre sans casser de l’islam de temps à autre. Après avoir profité des tragiques évènements du mois de Janvier pour rappeler, je paraphrase, dans son édito, que les assassins qui ont tué les membres de la rédaction de Charlie Hebdo sont avant tout « des musulmans », qu’il est tout à fait possible d’être « islamophobe et républicain » puisque l’islamophobie n’est qu’une tactique empêchant toute critique de l’Islam, Valérie Toranian n’allait pas laisser passer ce fait divers sans ajouter sa touche… en faisant preuve d’une subjectivité qui en dit long sur ses intentions. En introduction, Toranian explique qu’à 15 ans il existe des codes (comme s’ils disparaissaient à l’âge adulte!) qui sont communs à tous les ados, avec lesquels on ne plaisante pas mais, qui, grande surprise, sont différents pour les jeunes filles musulmanes, qui, elles ont le droit à un autre code : celui de la pureté. Ces jeunes filles, que l’auteure voit comme les martyrs de la communauté musulmane, seraient surveillées, contrôlées, jusque dans leurs choix vestimentaires qui seraient désormais limités au port du foulard. Sur quoi Mme Toranian fonde cette idée ? On se le demande. Parce qu’au fond, parler d’un code qui existerait et serait propre aux ados, c’est, somme toute, banal, mais dire qu’il en existerait un “custom-made” pour toutes les adolescentes musulmanes, c’est au mieux, du fantasme ringard, au pire, de la propagande dans la veine des écrits d’Ayan Hirsi Ali. Mais Valérie Toranian ne se refuse rien!

Après avoir joué les sociologues de comptoir, Valérie Toranian va jouer les enquêtrices super engagées dans “l’affaire Aïcha”. Car si la police et les proches de la victime ne sont pas en mesure de nous en dire plus sur ce qui a poussé la jeune fille à se defenestrer, Mme Toranian, elle, parce qu’elle est la discrète libératrice des « filles des quartiers », elle sait ce qui s’est réellement passé  : Aïcha est morte en payant “le prix fort de la liberté”. Comme dans les fantasmes de journalistes mythomanes, avec V. Toranian, quand on est une jeune musulmane issue du 93 et dans une situation de détresse, il ne faut pas croire la version officielle, non. Là le complot n’est pas discutable. “On les connait” comme on dit… Aïcha s’est suicidée, pour Toranian, parce qu’elle était trop libre, devergondée, bref « pour un ourlet trop court ». Comme Fourest et l’affaire “Rabia Bentot”, ne croyez pas tout ce qu’on vous raconte, à commencer par la police et la principale concernée ou ses proches : c’est la liberté des musulmanes qu’on veut punir ! Paternalisme puant…

Au lieu de revenir sur terre et dans le réel, Toranian continue dans les délires. Pour émouvoir encore plus son lectorat en pantoufles de mohair, elle établit un parallèle des plus immondes avec une autre affaire, celle de la collégienne, Sarah, qui a été exclue de l’école pour port de jupe jugée ostentatoire. Le rapport entre les deux ? Aucun. Ah si: elles sont toutes les deux musulmanes, ce qui est un point commun suffisant aux yeux de l’auteure de l’article pour se lancer dans une comparaison des plus inappropriées. Tandis qu’elle voit Aïcha comme une icône de la liberté qui est morte pour ses choix de vie, Valérie Toranian voit en Sarah une provocatrice prosélyte qui a réussi son coup, et qui à présent pose pour les journalistes tout en narguant ses professeurs et la “République”. Bien que Sarah ne mérite pas ce qui lui est arrivé car elle n’a pas enfreint la loi, elle ne mérite pas son nouveau statut (qui reste vraiment à définir mais qui en tout cas ne plait pas à tout le monde). Pourquoi ? Parce qu’elle ferait de l’ombre à Aïcha ? A lire cet article, on pourrait le penser tant Toranian regrette que Aïcha n’ait pas été autant soutenue. Sauf que, chère Mme Toranian, les deux affaires n’ayant vraiment rien à voir, il ne faut pas vous tromper de colère mais en vouloir à la société qui méprise certains comportements, en l’occurrence ceux qui ont été prêtés à Aïcha, plutôt que les élans de solidarité envers une jeune musulmane exclue de l’école alors qu’elle n’aurait pas du l’être.

Le texte de Toranian va toucher à sa fin mais ne peut s’achever sans que son auteure fasse un nouveau parallèle avec, cette fois, l’Afghanistan. Et oui, car quand on veut vraiment faire flipper le français moyen, inutile de rester en France, il faut avoir recours à des images fortes. Et quoi de plus fort que l’Afghanistan, pays qui concentre en lui toutes les images flippantes de l’oppression des femmes ? Ainsi, pour faire écho au suicide de Aïcha, Valérie Toranian écrit : “Il n’y a qu’une vraie victime dans cette histoire : Aïcha, morte pour un ourlet trop court. Morte de l’intolérance, de l‘ignorance et du machisme. Morte pour n’avoir pas su résister à la police des mœurs, instance garante de la réputation des jeunes filles. A Kaboul, cette police s’appelle le Comité du Vice et de la Vertu : elle surveille… la longueur des ourlets.” Il ne manquait plus que la musique et la peur pouvait s’inviter. Et oui, ces immigrés, ces musulmans, ils ont importé avec eux en France, d’horribles traditions liberticides qui viennent souiller notre territoire ! Tremblez, tremblez! Que répondre à cela si ce n’est que lorsqu’on sait qu’on est dans l’exagération, on exagére encore plus ? Que dire à une personne, qui se veut féministe, mais qui dans le même temps n’hésite pas une seule seconde à procéder à des mises en concurrence de femmes qui n’ont rien à voir juste pour mieux en descendre une et, au final, montrer à quel point “on” déteste la liberté ? Que dire à Valérie Toranian sur son indécence ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on va exploiter deux faits divers complètement différents “à consonance musulmane” pour les opposer et désigner une vraie gagnante par opposition à une tricheuse ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on se borgne à parler d’Aïcha qu’on ne connait pas mais qu’on désigne comme victime de sa soif de liberté alors que rien ne prouve ses dires ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on ne respecte même pas la douleur de sa famille et de ses proches qu’on désigne comme étant, implicitement, responsables du drame car ils lui ont fait payer son “écart” ? Valérie Toranian ne fait que s’inscrire dans la lignée des féministes blanches de l’establishment qui  n’ont aucune honte à puiser dans les ragots et les mythes urbains pour mieux dépeindre une “autre” france, celle du péril islamique où la barbarie “pas-de-chez-nous” a été importée et où les femmes sont forcées de vivre à la mode Afghane.

Par pure provocation, j’ai quand même quelques questions à poser à Valérie Toranian. Puisque, on l’aura compris, elle est féministe et friande de beurettes libérables à sa façon, aurait-elle écrit un article aussi idéologique si Aïcha avait survécu ? En tant que féministe, se serait-elle précipitée à son chevet et aurait-elle appelé ses ami-e-s des médias pour lui donner la parole ou aurait-elle écrit un article bien moins porté sur l’émotionnel en dénonçant le Porn Revenge comme atteinte à la dignité de toutes les femmes, qu’elles viennent de milieu où le sexe est pas un tabou ou non ? Se serait-elle passée d’une référence à l’Afghanistan au profit d’une référence avec le projet de loi sur le renseignement qui lui, risque de créer un nouveau rapport à la vie privée dans ce genre d’histoires? Je ne le saurai jamais.