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L’As de trèfle qui pique le coeur de Caroline Fourest

Quand la bande de “Sauvés Par Le Gong” profitait de sa célébrité avant de se faire piquer la vedette par Caroline Fourest AKA The Queen Of The World!

C’est elle. The Queen of the world. Si la presse people des années 90 regorgeait de posters de Will Smith, Jason Priestley, Janet Jackson et de  Mark Paul Gosselaar, celle d’aujourd’hui devrait regorger de posters de Caroline Fourest parce qu’elle est tout simplement partout. A la radio, à la télé, sur internet, dans la presse : impossible d’échapper au phénomène Caroline Fourest à tel point que je me demande si nous aurons le droit, un jour, à la barbie Fourest, au parfum, aux casquettes, ou même à la collection de maillots de bains! C’est une journaliste qui aime se présenter comme féministe, laïque, universaliste, antiraciste et qui a des champs d’étude très restreints mais peu importe : l’establishment a fait d’elle une icône qui a presque tous les droits et qui ne se refuse jamais rien. Et, quand on voit que ses idées, voir ses mensonges, sont repris jusque dans la bouche de notre actuel premier ministre, ce n’est pas rien de la présenter comme une célébrité omniprésente et dont l’influence ne cesse de grandir. Et c’est là que les emmerdes commencent… Connaissant les méthodes habituelles de discrédit de Fourest, je tiens à préciser que je ne suis pas et n’ai jamais été fan de Dieudonné, Alain Soral ou Tariq Ramadan. Michel Collon ne m’a pas payé pour écrire cet article et ignore tout de mon existence. Je ne connais pas Poutine et ne travaille pas pour le gouvernement Russe, de même que je n’ai jamais milité auprès d’une quelconque organisation. Je ne suis pas non plus impliqué dans des réseaux louches, bref, je suis loin de l’archétype du grand méchant nazi “islamist friendly”. En revanche, je suis porteur de ma propre voix, de ma propre réflexion dans laquelle des gens peuvent se reconnaitre que cela lui plaise ou non.

Dans le monde médiatique sexiste français, quand on est une jeune journaliste blanche éloquente affiliée à la gauche qui traite de sujets qui ne sont pas encore “mainstream”, on plait. Alors, quand on commence à s’intéresser à l’Islam sous l’angle négatif, c’est à dire comme étant la grande menace qui pèse sur les minorités sexuelles, les femmes et la sainte “République”, vous ne plaisez plus : vous êtes sacralisée par l’establishment. Ajoutez à cela une défense de la laïcité au nom d’une protection des libertés individuelles et un combat caricatural contre le racisme et votre étoile ne cessera jamais de briller. Le Huffington Post, Le Monde, Charlie Hebdo, France Culture, France 2, la revue Prochoix, LCP : voici les maisons de Caroline Fourest.

Premiers problèmes avec l’Islam et premières connivences avec l’Islamophobie

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Caroline Fourest : A Star Is Born

C’est dans un contexte de guerre contre le terrorisme et d’attentats terroristes que Caroline Fourest fait son entrée sur scène. Ses travaux sur le Pacs et l’intégrisme catholique n’intéressant pas ou alors très peu, il fallait bien s’intéresser à l’islam qui semble être le business de demain. C’est avec le concept d’islamophobie qu’elle a réussi à se garantir sa place au soleil. C’est un terme/concept qu’elle a en horreur. Il faudra donc le ridiculiser car elle cherche à s’éviter toute accusation de racisme. Ainsi, c’est là que lui est venue la folle idée, dans un article de Prochoix de définir l’islamophobie non pas comme étant un racisme dirigé contre les musulmans mais comme étant… une technique visant à empêcher toute critique de l’islam, inventée par les mollahs iraniens en 1979! Aucun document, aucune source, ni citation, ni témoignage ne viendra confirmer cette thèse tirée par les cheveux mais le grotesque mensonge passe à merveille. Il est repris par plusieurs personnes qui, outre le fait d’avoir un peu de crédibilité intellectuelle sont connues pour leur rapport extrêmement critique vis à vis de l’Islam et leur tendance à refuser de le dissocier de l’islamisme: Michel Onfray, Pascal Bruckner et même Anne Marie Delcambre, figure emblématique de cette France qui croit à l’islamisation de l’Europe. En travestissant l’islamophobie, Fourest opère un brillant tour de magie qui permet, avant l’adoption de différentes lois discriminantes envers les musulmans de déligitimer l’islamophobie comme lutte : si vous parlez d’islamophobie, c’est que vous cherchez à piéger le débat, à censurer et pas à parler de racisme. Sauf qu’un paquet d’historiens et, pour le coup, spécialistes de la question réfutent totalement cette définition fantaisiste. Lorsque Fourest est grillée sur cette question, va-t-elle publier un communiqué ? Va-t-elle s’excuser publiquement ? Non. Du haut de sa prétention, elle se contente de tronquer l’article publié dans prochoix pour faire croire qu’elle n’a pas menti : on passera donc d’un article qui dit “Le mot “islamophobie” a une histoire, qu’il vaut mieux connaître avant de l’utiliser à la légère. Il a été utilisé pour la première fois en 1979, par les mollahs iraniens” à une seconde version qui dit que “Le mot “islamophobie” a une histoire, qu’il vaut mieux connaître avant de l’utiliser à la légère. Il a été utilisé en 1979, par les mollahs iraniens …”. C’est un mensonge qui a été relevé à plusieurs reprises mais dont l’auteure n’a jamais eu à répondre. Trop tard : le mal est fait car cette définition bidon qui a été retenu par certains de politiques, notamment à gauche. J’imagine que, prétentieux comme ils sont, ils n’accepteront jamais que l’on vienne leur dire que ce terme est bien plus ancien et qu’il doit plus son existence au racisme exprimé envers les musulmans du temps de la colonisation qu’aux mollahs iraniens! Depuis, Fourest n’a cessé cette guéguerre sémantique ridicule, prétendant à chaque fois que le terme “musulmanophobie” serait plus adéquat pour mettre un terme sur la spécificité du racisme exprimé envers les musulmans. C’est vrai que Mme Fourest, qui n’est ni une spécialiste de l’islam ni musulmane, elle, elle sait ce qui est bon pour les “autres” et mieux que les premier-e-s concerné-e-s. Nostalgie de l’empire colonial ou réflexe de dominante? On dirait…

La fin justifie les moyens

La saison 2004-2005 est la saison qui rend Caroline Fourest presque incontournable. Début de phénomène. Son livre, Frère Tariq, la fait rentrer dans la cour des grands : en s’attaquant au “double discours” de Tariq Ramadan, elle s’attire la sympathie des autres Kings of The World de l’establishment que sont Bernard Henri Lévy ou Alain Finkielkraut. En réalité, son ouvrage est à peu près aussi solide sur le plan intellectuel qu’un exposé d’élève de première. Elle tronque des citations pour en changer le sens, développe des thèses encore plus farfelues que sa thèse sur les origines de l’islamophobie (elle laisse croire que Tariq Ramadan doit son prénom à Tariq Ibn Zyad, le conquérant musulman, c’est vous dire le sens de l’imagination qu’elle a) et surtout ment comme une arracheuse de dents et je vous livre un petit florilège :

  • elle dit d’Alain Gresh, directeur du monde diplomatique, qu’il est un compagnon de route de Ramadan au point de faire de sa publication “le journal du prédicateur” (mensonge : il n’y a qu’à se rendre ici pour voir que Tariq Ramadan n’a écrit que 3 articles pour Le Monde Diplomatique sur une période de plus de 10 ans… un peu léger, non, pour un compagnon de route ? Elle qui est passée 4 fois dans “On est pas couché”, accepterait-elle d’être taxée de compagne de route de Ruquier ? ).
  • elle se trompe volontairement dans des citations; quand elle ne fait pas dire l’inverse de ce qui est dit (notamment sur une décision de justice), Caroline Fourest dit de Tariq Ramadan qu’il a préfacé un livre qu’il n’a jamais préfacé. Elle lui invente aussi un pouvoir, notamment celui de faire annuler les représentations de la pièce Mahomet de Voltaire en Suisse. Sur la base de quelle preuve ? Aucune.
  • elle abuse d’un champ lexical de la terreur tout en faisant de tous ses opposants qui ont, de loin ou de près, côtoyé Ramadan, des complices de l’Islamisme (sur ce point, on pourra dire que le journal Marianne n’a pas innové!).

41VKc5C4AgL._SX258_BO1,204,203,200_Il aura fallu attendre l’année 2009 pour que Tariq Ramadan et Caroline Fourest s’affrontent en tête à tête sur le plateau de “Ce Soir Ou Jamais”. La séquence est, depuis, devenue culte. Caroline Fourest, pour reprendre les propos d’Eric Naulleau, s’est faite “éparpiller façon puzzle”, confuse entre ses mensonges et apparaissant, bien qu’elle se définisse comme féministe, comme étant la moins ouverte des deux. Petit bonus : lors de l’échange, Caroline Fourest s’offusque lorsque Ramadan lui dit qu’elle partage les thèses des néo-conservateurs américains. Elle qui, a, dit-elle, travaillé sur la droite américaine pro-life, elle qui se prétend de gauche devrait être cohérente : Frère Tariq, a été traduit en anglais et publié aux USA chez… Encounter Books. Le nom de cette maison d’édition ne dit rien au grand public mais il s’agit d’une maison d’édition néo-conservatrice, spécialisée dans la publication d’ouvrages particulièrement virulents envers l’islam et dont le patron n’est que David Horowitzun islamophobe militant, proche d’autres islamophobes tels que Pamela Geller (miss concours de caricatures), Robert Spencer et… Geert Wilders! Outre manche, son livre a également été publié dans une maison d’édition bien à droite, à savoir la Social Affair Unit qui s’était fait repérer en 2006 à cause d’une controverse liée à un article particulièrement islamophobe que Riposte Laïque ne renierait pas… Dans le même genre, Fourest est signataire d’un article, The War for Eurabia”, publié dans le wall street journal où elle dit que les intégristes musulmans profitent en Europe de “la liberté d’expression et de la démocratie, ainsi que de l’incapacité des immigrés arabes à s’intégrer… Alors Caroline Fourest, la fin justifie les moyens ? On se dit “antiraciste” en France sans se soucier d’avoir des idées reprises par des racistes de l’étranger ? On critique les “doubles discours” des uns sans regarder ses propres doubles discours et incohérences? Et, malheureusement, ce double discours, PERSONNE n’a su l’exposer ou en parler à la principale concernée. Pas un seul article de presse français, de droite comme de gauche, n’a jamais abordé cette bizarrerie. L’idée d’un Tariq Ramadan qui a un double discours est, grâce au “travail” de Fourest, une idée largement répandue et acceptée dans la presse française tandis que les doubles positions politiques de Fourest ne sont jamais évoquées. S’est-on déjà donné la peine d’étudier cette “zone d’ombre” ou a-t-on préféré ne pas froisser la journaliste star, de peur qu’elle dise que ça la “fait chier de parler à des gens aussi cons” quand on a le malheur de lui présenter la vérité et la mettre face à ses contradictions ?

The Queen Of The World

Plus rien n’arrête la machine Fourest. Elle est employée par Charlie Hebdo où elle sera le bras droit de Philippe Val et sera l’une des protagonistes du fameux “procès des caricatures”. Elle publie La tentation obscurantiste. Un carton. Et là, c’est le drame : dans l’ouvrage, elle s’en prend à cette gauche qui serait, selon ses mots, très complaisante vis à vis de l’intégrisme musulman. Tout en opérant un brillant tour de passe passe qui mélange antisémitisme et antisionisme mais invalide également les luttes contre l’impérialisme qu’elle taxe de communautariste et d’intégriste, elle règle ses comptes. C’est avec ce livre que le style très “doctrine Bush” de Fourest s’installe : elle, elle est bien, elle est universaliste, démocrate et laïque et ce sont ceux qui ne sont pas d’accord avec elle, ceux qui “pensent mal”, qui sont en tort. Vous êtes avec elle, la démocrate, ou contre elle. Mais que ferions-nous sans Caroline Fourest ?! Conséquence : elle reçoit le prix du livre politique en 2006. Jean Baubérot, Bruno Étienne, Franck Fregosi, Vincent Geisser et Raphaël Liogier publient une tribune baptisée Les lauriers de l’obscurantisme pour exprimer leur surprise quant à cette victoire. Ils expriment des idées particulièrement pertinentes, à savoir que ce livre s’inscrit dans cette triste tradition qui consiste à “condamner ceux qui refusent de se plier au moule de leurs catégories sectaires”. Pour eux, la tentation obscurantiste ne fait que ceux que certains essayistes ont déjà fait par le passé, à savoir jeter “en pâture des listes de personnes accusées de “trahir les idéaux de la République” et d’être les “faire-valoir du radicalisme islamique”.

Depuis, plus rien ne l’arrête. Elle est sur tous les plateaux. Son féminisme est un féminisme qui ne réagit que sur les questions liées de loin ou de près aux musulmans, à leur pratiques barbares. Si les croyants, en particulier musulmans,  ne se plient pas mot à mot à sa vision de la laïcité dont elle s’est érigée abusivement comme spécialiste, c’est parce que ce sont des islamistes et donc un danger qu’il faut combattre. Caroline Fourest flatte cette France lâche, mais de gauche, qui ne se voit pas à Droite. Elle est “le courage” qu’il manquait. La résistance face à l’intégrisme, majoritairement musulman, qui menacerait la laïcité. Quand sa sacro sainte tentation obscurantiste est critiquée par Pascal Boniface qui lui consacrera également un chapitre dans un livre, la reine de la liberté d’expression, du blasphème et de la critique, ne l‘entend pas de cette oreille. Elle le disqualifie en l’accusant d’à peu près tous les maux de la planète : elle parle d’un homme qui “passe son temps en réalité à soutenir des régimes peu recommandables et à attaquer toute personne qui défend la laïcité, l’égalité ou le droit des femmes”, qui laisserait “planer le soupçon que toute personne qui a travaillé sur l’intégrisme, et notamment sur l’intégrisme musulman, est vendue au lobby sioniste” et finit sa tirade en s’interrogeant sur “le financement du laboratoire de recherches” de Boniface. Accabler pour mieux dénigrer. Les accusations sont graves et mensongères. Inutile de préciser que personne n’a osé apporter la moindre contre preuve… Très franchement, toute personne qui connait le travail de Pascal Boniface, que ce soit à travers ses livres ou ses apparitions médiatiques, ne peut que rire de telles accusations. Caroline Fourest prouve là, une fois de plus, que lorsqu’elle est en mauvaise situation, elle n’a aucun complexe à avoir recours à des condamnations sans preuves mais qui, parce qu’elle se croit rigoureuse et pertinente, seraient des vérités inquestionnables. Pour la petite information, le laboratoire de Boniface, l’IRIS, est une association loi 1901, de même qu’il n’a jamais parlée d’elle en tant que “vendue aux sionistes”, qu’il s’est montré critique vis à vis de la laïcité sans pour autant tomber dans une caricature mais ça, Fourest, en tant que journaliste sacrée Reine de l’establishment, elle s’en fiche. La rigueur journalistique, les précisions, elle n’en a que faire. Elle préfère faire dire à ses adversaires (qui ne deviennent ses adversaires que dès qu’ils ne se prosternent pas devant ses “travaux”) ce qu’ils n’ont pas dit, histoire de jeter un discrédit sur eux et s’ériger en intellectuelle face à ceux qui osent la contredire.

Quand on a réussi à symboliser LE journalisme d’investigation, LE journalisme féministe, LE journalisme laïque, Le journalisme anti-intégriste et qu’on est tout le temps présentée comme étant celle qui épouse la cause des justes parce que vous êtes de gauche et que vous ne cessez de parler d’égalité et de présenter ceux qui n’adhèrent pas à vos méthodes et à vos arguments comme étant des ennemis, vous êtes une gagnante. L’establishment adore ces gagnantes et sait les récompenser en leur offrant une visibilité presque aveuglante.

Vers un réveil des consciences ?

Il y a un parfum contestataire qui flotte dans l’air. Tout le monde n’est pas fan de The Queen of the World. Au lieu de couper la tête de ses opposants, elle continue sa route. Et rien ne l’arrête :

  • elle récupère l’histoire de la militante voilée au NPA qu’elle compare aux arabes et aux noirs du FN (en ridiculisant à la foi le voile et le féminisme islamique),
  • lors de son discours au congrès du PS en Décembre 2010, elle réussit à rendre responsable le multiculturalisme d’un ” retour de flamme nationaliste qui peut ravager l’Europe”. Rendre responsables de leur oppression les opprimés, c’ était jusque là du jamais vu ! C’est d’ailleurs lors de ce discours qu’elle évoquera les tournois de baskets réservés aux femmes “pour lever des fonds pour le Hamas” (qui lui vaudra un Y’A Bon Awards). Pour les preuves, vous pouvez repasser mais ça, le public s’en fiche : on applaudit le commissaire Fourest.
  • elle co-signe un ouvrage consacré à Marine Le Pen, sans doute pour rappeler son ancien combat contre le racisme du FN. On pourrait s’en féliciter, étant donné l’aura médiatique dont Caroline Fourest jouit si elle ne se faisait pas magistralement épingler en direct à la télé par Marine Le Pen sur un de ses mensonges dont elle n’a même pas réussi à se défendreA noter : au final, dans l’émission “Mots Croisés”, c’est la popularité de Marine Le Pen qui grandit, à se demander si Joffrin et Fourest n’ont pas fait exprès de d’être aussi nuls et aussi agressifs face à elle.
  • Caroline Fourest produit une série de documentaires hallucinants de mauvaise foi sur les théories du complot mais avec le soutien de la gauche qui ne se désolidarise jamais d’elle, y compris lorsqu’elle manipule les informations et produit des amalgames en toute impunité. Sa cible favorite : ce qu’elle désigne comme étant des théories du complot en ce qui concerne le 11 Septembre. Seule l’association Reopen911 lui a répondu sans qu’elle n’ait jamais à s’expliquer sur ses fraudes.
  • elle s’amourache de la leader des Femen, Inna, à qui elle consacre un livre aux allures de roman à l’eau de rose après lui avoir consacré un documentaire qui est truffé d’erreurs et de mensonges; dans le même temps, des documents mettant en évidence les connivences du mouvement ukrainien avec des mouvements nazis ressurgissent. Réponse hallucinante de l’intéressée : oui, certaines militantes du groupe Femen ont déjà manifesté aux côtés de militants d’extrême droite mais c’était pour demander la libération de prisonniers politiques et au nom de la liberté d’expression. Dans ce cas, pourquoi critiquer la présence d’élus de gauche aux côtés des “islamistes” dans un meeting contre l’islamophobie ? Si elle n’a pas de mal à voir ses Femen fricoter avec des nazis du moment qu’ils ont une lutte noble en commun, peut-être qu’elle pourrait accepter de voir les Verts s’associer avec des membres des Indigènes de la République contre Pegida par exemple ? Où est la différence ? Seul Caroline Fourest le sait!
  • elle prétend, dans une chronique sur France Culture au sujet de la crise Ukrainienne, que des officiers pro-russes sont venus “arracher les globes oculaires avec un couteau”. Ses sources ? Un journal Ukrainien qu’une universitaire et une journaliste lui auraient conseillé. Vive le journalisme amateur. Devant un tel manque de rigueur et de vigilance, le CSA l’a épinglée. Seul Olivier Berruyer a eu l’audace de lui répondre d’une façon extrêmement détaillée et sérieuse, deux qualités qui manquent à son travail de journaliste…
  • Toujours dans une chronique de France Culture, Caroline Fourest se laisse aller à des hypothèses ignobles sur l’agression d’une jeune femme voilée, Rabia Bentot. Outre le fait de vouloir donner dans la caricature à fond les ballons en faisant passer la victime pour le stéréotype de la musulmane voilée soumise à l’autorité de son père qui, lui, est bien décidé à médiatiser l’agression de sa fille, Fourest va jusqu’à parler à la place de la police (c’est une version qui n’a pas arrêté de changer, dont la police d’ailleurs doute. Elle n’exclut pas un règlement de comptes familial, une opération punitive destinée à faire payer à la jeune femme son style de vie, jugé trop libre, ce qui changerait évidemment tout). Exploiter un fait divers pour mieux cracher son venin, exploiter la violence d’une agression pour, au final, remettre en doute l’agression subie par Rabia Bentot. Elle finira par perdre un procès en diffamation, après avoir prétendu l’avoir gagné sur le plateau de l’émission “On est pas couché”, puis avoir prétendu avoir été juste “imprécise”… Par contre, quand Amina, l’ex Femen tunisienne invente une agression, Caroline Fourest vole à son secours sans questionner la véracité des faits qui relèvent en réalité d’un mensonge puisqu’elle a inventé son agression. Certaines victimes sont plus crédibles que d’autres pour Caroline Fourest? On dirait…
  •  Lorsque Lillian Thuram et Caroline Fourest discutent lors du salon du livre politique, elle a le culot de défendre les UNES absolument choquantes de certains magazines. Quand Thuram évoque ces couvertures de revues qui participent à la construction du sentiment de peur contre l’Islam, elle lui répond : “Pourquoi il y avait-il tant de couvertures sur l’Islam ? Est-ce qu’il n’y avait pas une actualité provoquée par des intégristes, des radicaux qui voulaient semer la peur au nom de l’Islam ? Ils ont récolté ce qu’ils voulaient : la peur de l’islam, la stigmatisation des musulmans qui a entraîné la radicalisation de certains.” Argument imparable ! En gros, si j’applique cette logique, les couvertures de magasines antisémites, ce sont les sionistes qui ont récolté ce qu’ils voulaient à cause de la colonisation de la Palestine ?! Petit détail : l’échange est perturbé par un collectif de lesbiennes venues faire un happening en réclamant la PMA dans un brouhaha général. Fourest déclare qu’elles sont “sympathiques”. Quand, plus tard, un homme noir prend la parole “démocratiquement” et parle quelques secondes de la menace qui pèse sur le livre politique en France de façon absolument posée et polie, Fourest le recale sans le ménager : “Est-ce que ça pouvait pas attendre le temps du débat ?! Je vais juste faire une intervention parce que monsieur, vous nous donnez vraiment une occasion d’expliquer ce qu’est, je pense, l’objet de cette table ronde”. Bam, dans les dents! Au pied. Et cela, sans choquer qui que ce soit… Ce n’est pas SON débat à elle mais ELLE a décidé qui pouvait intervenir, entre un groupe de femmes qui agissent comme des furies dans un happening hors sujet (la PMA n’a rien à voir avec le livre politique) et un homme qui parle calmement et en respectant le thème de la table ronde.
  • Les musulmans démocrates dont Caroline Fourest parle ? Bof. Ce sont plutôt des ex-musulmans. Loin de moi tout jugement sur ce que les gens font de leur foi ou sans foi. Parmi ces musulmans, on retrouve Safia Lebdi, qui après avoir été ex pote de Pierre Cassens de Riposte Laïque, ex-membre de NPNS, ex-membre des insoumises et Ex-femen est aujourd’hui membre des ex-musulmans. Ca bouffe à tous les râteliers. Mais aussi  et surtout un certain Waleed Al Husseini dont le livre, Blasphémateur, est, ô surprise, publié chez Grasset comme les livres de Caroline Fourest. Rapidement, on s’arrache l’ex-musulman devenu athée qui remplit les pages de Libération ou des Inrocks. Matine Gozlan, dont les articles trahissent un parti prit sioniste assez inquiétant et une islamophobie presque caricaturale, est également de la partie lorsque se forme le conseil des ex-musulmans à Paris. Voici ce que sont en réalité les musulmans dont parle Caroline Fourest : des athées, voir même des musulmans qui  tiennent des propos sur leur blog qui ont plus leur place dans la rubrique “islamisation de l’Europe” de Valeurs Actuelles mais qui,  parce qu’ils sont sous le parrainage de Caroline Fourest, la laïque progressiste démocrate universaliste, sont des “héros”. D’ailleurs, comment est-ce que Caroline Fourest veut qu’on la prenne au sérieux quand elle se dit anti-raciste et non islamophobe lorsque elle a des islamophobes généralement sionistes dans ses cercles et que son protégé a accordé une interview à Riposte Laïque dans laquelle il déclare que “tous les terroristes sont musulmans. Le problème est dans l’islam, dans les fondements-mêmes de l’islam. Le problème est dans le contenu du Coran et c’est absolument limpide. Celui qui soutient le contraire est aveugle” ? Ne dit-on pas que l’ami de mon ennemi est mon ennemi ?

caroline-fourest-front-de-gaucheJe ne vais pas m’étaler sur les autres mensonges de Caroline Fourest qui devraient, si on avait le temps, occuper à peu près une demie bibliothèque. Quand il est question de la circulaire Châtel, Caroline Fourest exprime sans remords un paternalisme décomplexé envers les mamans voilées à qui elle fait savoir que c’est elle qui mène leur lutte auprès des instances les plus proches du pouvoir. Je ne vais pas non plus m’étaler sur cette volonté de vouloir faire passer tous ceux qui ne sont pas d’accord avec elle comme étant soit des proches de la triade Soral – Dieudonné – Ramadan, soit des “islamogauchistes” tendance Edwy Plenel, Mediaparts, Aymeric Caron et compagnie, soit des militants du front national.  Je ne vais pas non plus m’étendre sur l’idée que Caroline Fourest qui aime se présenter comme démocrate pleure la présence de Tariq Ramadan sur les plateaux de TV alors qu’elle occupe constamment notre champ visuel. Ces méthodes, ainsi que les mensonges et le sensationnalisme à deux balles sont les siennes et malheureusement, personne n’en parle car elle est aujourd’hui présentée à tort comme une héroïne.

J’aimerais que Caroline Fourest comprenne que ses méthodes, plus que ses idées, sont ce que l’on retient malheureusement le plus d’elle. Que la modestie et la vérité manquent à son travail. Que de vouloir décider à la place des musulmans quel mot est à utiliser pour parler de leurs oppressions, c’est, au mieux, condescendant et prétentieux, au pire, paternaliste et colonialiste. J’aimerais également que Caroline Fourest comprenne que lorsqu’on parle de “deux poids, deux mesures” dans ses raisonnements, ce n’est pas pour qu’elle change de sujet et range systématiquement ceux qui ne sont pas d’accord avec elle dans “le camp du mal”. Pour ma part, j’ai la rage la plus profonde envers les groupes violents, qu’ils soient de tendance intégriste ou non, qui passent à l’action ou non mais aussi leurs grands soutiens. J’ai, également, beaucoup de mal à être complaisant vis à vis des invasions, des guerres menées pour des motifs obscurs qui, dans tous les cas, profitent aux puissants et affaiblissent encore plus les dominés. J’ai également beaucoup de mal à prendre la défense ou à accorder un quelconque crédit à celle qui se targue d’être une humaniste mais qui n’a aucun mal à s’entourer de personnes qui ne le sont pas et qui affichent une islamophobie qui n’a rien à envier à Pegida. Jamais je ne pourrais soutenir un quelconque acte qui la viserait car je refuse de tomber dans son piège qui tant à faire passer ceux qui ne s’inclinent pas face à son travail pour des barbares. C’est pour ça que lorsque Civitas ou d’autres groupuscules l’agressent, contrairement à elle, je n’irai pas écrire de chronique pour mettre en doute sa version des faits car je me solidarise toujours des victimes. Je peux largement comprendre qu’elle fasse l’objet d’une protection policière et je suis, sans la moindre ambiguité, contre toutes les menaces dont elle fait l’objet. Je comprends également, qu’en tant que féministe et qu’en tant que lesbienne, elle ait du mal avec la Religion en général mais quand même… flatter la laïcité en la transformant comme outil de combat, pour la diriger vers les musulmans qui sont très très loin des sphères de pouvoir… c’est loin  d’être héroïque. Dans une France où toutes ces questions sont cruciales, où le progressisme semble être la prochaine arme de divisions (comme l’homonationalisme et le fémonationalisme), serait-ce possible d’avoir de réels débats ? Si on se présente comme démocrate et universaliste, serait-ce possible d’être, un jour, confronté-e à ses contradiction et avoir à s’en expliquer ?

Bonus de fin : Devant le succès d’un tel article, je me devais de rajouter un petit bonus. Caroline Fourest & Fiammetta Venner se présentent comme des laïques, des intellectuelles et défendent la liberté d’expression. Ainsi, quand des intellectuels américains (donc le camp du bien) s’opposent à la remise d’un prix à Charlie Hebdo, voici ce qu’en déduit Fiammetta Venner :

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Ce qui peut se résumer par “vous n’êtes pas Charlie” = vous êtes complices des Jihadistes. Carrément. Donc qu’on ne vienne pas nous dire que ces femmes sont des démocrates qui se battent pour la liberté d’expression quand elles portent des accusations extrêmement graves lorsqu’on a le malheur de ne pas être d’accord avec elles. Mais bon, ça, personne ne leur dira ou alors on s’en tirera par une pirouette mensongère comme face à Aymeric Caron pour aller dire après qu’on a été imprécise parce que… They’re the Queens Of The World !

Source : https://twitter.com/FiammettaVenner/status/592565456130723840

Patric, j’en veux pas… Enfin pas comme ça.

Des fois, il arrive que des gens sortis de nulle part viennent en soutien de luttes qui ne les concernent pas. C’est bien sauf que des fois, ces personnes veulent parler encore plus fort que les personnes directement concernées. On a tous connu cet énergumène blanc venu du fin fond “des lumières” pour apprendre au racisé ce qui est raciste et ce qui ne l’est pas comme on a tous connu ces hommes venus montrer aux femmes ce est sexiste et ce qui ne l’est pas. Merci pour la leçon mais je crois qu’il serait souhaitable que les premières personnes concernées soient écoutées et décident à leur place de ce que représentent leurs luttes, sans qu’une personne dresse un portrait de leur situation à coups de figures de styles qui ont plus leur place dans un roman sentimental que dans une discussion d’ordre politique. Malheureusement, des gens qui peuvent nous sembler “clean” comme Patric Jean peuvent incarner cet archétype du mec blanc moralisateur et engagé sur le papier. Je dois avouer que j’ai du passer par Wikipédia pour en savoir plus sur cet homme dont je n’ai entendu parler de lui que lors des “débats” sur la question de la pénalisation des clients de la prostitution. J’ai entendu parler de “Zéro Macho” et là, foutu pour foutu, j’étais intrigué! Bon, je suis néanmoins ravi de ne pas m’être plus penché sur cette association quand on sait qu’elle compte parmis ces rangs un véritable guignol du féminisme masculin (auquel Patric Jean s’identifie pudiquement en se présentant comme “pro-féministe”), à savoir Christian Delarue. Et quand je lis ses tirades absolument délirantes sur les histoires de jupes ostentatoires, je suis rassuré: je me suis arrêté de me torturer inutilement à temps. En réalité, l’objet de mon texte porte sur le dernier  article de Patric Jean, sobrement intitulé “Les Nouveaux Nazis”. Je ne vais pas y passer par 4 chemins : Patric Jean veut “bien faire” mais il est complètement à côté de la plaque. Le pire dans tout ça, c’est qu’il représente à merveille cette caste qui commente tranquillement une situation qu’il vit de loin, voir de “très loin”, en donnant des leçons mais sans jamais renoncer à ses privilèges.

Autant que je le dise sans détour : Patric Jean n’est sans doute pas raciste mais fait dans l’antiracisme niais. C’est, au mieux, digne de la plume de Nadia Khouri Dagher, au pire, de l’ignorance. Il se demande sur son blog, “comment font les jeunes dits “des banlieues” pour se tenir si tranquilles malgré la violence qui leur est faite. Racisme institutionnalisé, ghettoïsation de la pauvreté, violences policières”. C’est vrai ça, comment font-ils ?! Je lui réponds : ils luttent et la ferment. Quand on parle en banlieue de désarroi, on est tout de suite considéré comme étant dans une démarche de “revendication” mais une revendication perturbatrice car on est des sauvages qui ne savent pas se tenir. Quand on commence à saisir les moyens à disposition, on a le droit à de jolies leçons de morale où le mot “République” est répété à tort et à travers comme pour essayer de colmater ce qui se passe. Enfin, ça c’est dans le meilleur des cas. Généralement, on préfère mettre la focale sur des histoires destinées à divertir ou effrayer les masses comme l’arnaque du communautarisme qui serait une menace sur le “vivre ensemble”. Patric Jean s’improvise psychiatre spécialiste des banlieues en disant que nos pauvres jeunes auraient honte de “ne pas coller au modèle, (…) de ne pas pouvoir consommer selon les injonctions à la mode, (…) d’appartenir à une classe sociale ou de porter une couleur de peau qui fait peur. Cette honte a souvent dégénéré en une haine de soi conduisant toujours aux mêmes conséquences: drogue, alcoolisme, violence contre les siens”. Alors là, n’importe quoi. Patric Jean, vous vous égarez. Pour reprendre les termes des banlieusards que vous ne connaissez pas, vous racontez que de la merde. En banlieue, on a pas honte d’être pauvre, on a mal d’être pauvre. On a mal d’être isolés géographiquement, d’être prioritaire dans les contrôles et les brutalités policières, d’avoir peu de ressources, on a mal quand on entend des injonctions à se désolidariser de terroristes comme si on était, du fait d’avoir une religion en commun, automatiquement solidaires d’actes barbares. On a pas honte d’appartenir à la France d’en bas, la France populaire, on a mal de ne pas pouvoir s’arracher à cette couche pour rejoindre une France qui ne reconnait pas tous ses enfants et qui se refuse à garantir l’égalité des chances. Quand à la couleur de peau…. Désolé mais une fois de plus, c’est du grand n’importe quoi. Personne n’a honte d’être basané car noir ou arabe. Par contre, on a mal de savoir que notre couleur de peau est plus qu’une caractéristique physique sur laquelle on plaque des fantasmes et des peurs; on a pas honte de sa couleur, on a mal de voir que pour ceux qui sont blancs, et qui symbolisent le pouvoir car ils sont la majorité, on est tout un ensemble de choses dégradantes : beur ou beurette, bougnoule, délinquants, intégriste, etc… On a pas de complexes ou de honte par rapport à sa couleur de peau même si elle n’est pas la référence, même si on nous le rappelle implicitement à travers cette façon quasi systématique qu’on nous renvoie à des origines supposées (ce “chez vous” qui désigne un “chez soi” qui n’est jamais considéré comme étant la France). On ne se déteste pas avant de sombrer, fatalement, dans la drogue et l’alcool. Il faut arrêter cet enchainement de stéréotypes qui n’existent que dans les fantasmes les plus fous, bon sang !

Si Patric Jean parle quand même avec un peu de justesse du racisme envers les noirs et les arabes, notamment en parlant de sa mutation en islamophobie sous couvert de laïcité, mais loupe un gros détail : le continuum colonial. Et oui, désolé, mais quand il parle de “ces populations”, il oublie de mentionner qu’elles ont un statut de dominés qu’elles ont hérité de l’ex-statut de colonisés de leurs grands parents. Il oublie de préciser que le premier critère commun dans les affaires d’agressions de femmes voilées en banlieues, de contrôles au faciès, d’accusation de communautarisme et autres condamnations, c’est que l’ennemi désigné et humilié, c’est quelqu’un qui descend de l’histoire coloniale. Il oublie de préciser que lorsque nos politiques daignent s’intéresser à nos banlieues présentées comme en déficit de civilisation, c’est uniquement pour faire des danses du ventre qui n’aboutissent qu’à la création d’associations paternalistes et racialistes (NPNS, Sos Racisme, etc…) ou à récupérer quelques “divers” pour les promouvoir dans des postes à haute responsabilité. Et les revendications des quartiers, on les écoute ? Jamais. On fait du cosmétique : on pioche dans la masse, on prend quelques noirs qu’on met en valeur en pensant que le seul fait de voir des gens issus des quartiers populaires va régler tous les problèmes de ces gens. Non merci.

Comme tout féministe se réclamant de Zéro Macho et donc du féminisme blanc mainstream, impossible pour Patric Jean de ne pas parler du voile lorsqu’on aborde la question des banlieues. Ce n’est pas un cliché, voyons. L’égalité salariale, la PMA, la garde alternée, c’est pas pour les bougnoules, hein. Parlons-leur de ce qui les concerne mais avec condescendance. Patric Jean déplore que “la question du voile a transformé en une semaine des milliers d’hommes en combattants pour les droits des femmes alors qu’on ne les a jamais entendus sur cette question ni avant ni après”. Bon, on lui dit? Premièrement, il parle de milliers d’hommes ce qui est abusif. Patric Jean étant un artiste, je lui pardonne cet excès à moins qu’il soit muni d’un registre avec le nombre exact des “combattants” (pourquoi ne pas parler de défenseurs et utiliser le terme de “combattants” ?). J’ai, en revanche, beaucoup moins de facilité à pardonner le mensonge qui consiste à dire que ces hommes se sont transformés en combattants des droits des femmes. Il faudrait savoir qu’à moins de se déclarer ouvertement féministe / combattant des droits des femmes, aucun homme qui a “défendu” le port du voile ne l’a fait sous l’angle du féminisme. On peut défendre le droit à porter le voile ou n’importe quel autre droit sans s’inscrire forcément dans une démarche féministe, non ? Quant à dire qu’on a jamais entendu ces hommes s’exprimer sur le sujet, il faudrait quand même sortir du monde féérique de Disney et regarder la vérité en face : si les musulmanes qui portent un voile ont été privées de parole car considérées comme étant forcées et/ou sous la coupe des hommes, pensez-vous VRAIMENT que ce sont des hommes qui vont être entendus sur la question ? D’ailleurs, ces milliers d’hommes, vous pensez vraiment qu’ils vont s’exprimer prioritairement sur ce sujet, sachant qu’ils risquent de tomber dans la caricature du “je défends mon droit à voiler les femmes” ? Les principales intéressées sont constamment absentes des débats qui les concerne et vous pensez que ce sont leurs frères, pères, fils, cousins, voisins, amants, copains qu’on va écouter ? Ca la fout mal pour un féministe que de demander aux hommes d’avoir un avis sur des problématiques de femmes à leur place. Ca la fout mal également de les considérer comme des combattant des droits des femmes uniquement sur la question du voile en banlieue et de ne pas en faire de même quand ces mêmes combattants parlent de précarité, de chômage et d’exclusion qui sont aussi des thématiques féministes. Mais puisqu’il le dit… Cela dit, je précise qu’être en désaccord avec une situation ne fait de personne un combattant; c’est non seulement nourrir un mépris sur ce qu’est réellement la lutte que de taxer abusivement de combattant quelqu’un qui a juste une idée différente. Par contre, ce qui serait bien, avant de tomber dans les hyperboles qui donnent à croire qu’il y aura une foule d’hommes venus défendre le port du voile, ce serait aussi de dire comment le voile est systématiquement présenté dans les médias… cela pourrait expliquer bien des choses.

Le reste de l’article aborde la question de la laïcité. Même si je peux reconnaitre certains arguments, j’ai quand même manqué de m’étouffer de rire quand j’ai lu le passage sur le dernier clip de Médine. On dirait que Patric Jean fonde son article sur des bases solides! D’après Patric Jean, Médine “crie maladroitement une haine que nous avions prévue”. Adroitement, ça voudrait dire quoi ? Sans mentionner Caroline Fourest, Nadine Morano ou Copé ? Sans dire la réalité ou en bannissant les “gros mots” parce que ça fait tâche ? A moins que le problème soit le rap? Médine aurait-il dû le faire sur un air d’Opéra ? Pour Patric Jean, le clip de Médine et les thèmes de son titre tombent comme ça. Aucun rappel des faits, ni explication ni retour sur les travaux de Caroline Fourest ou les sorties immondes de Morano ou Copé. Peut être que Patric Jean croit en la haine innée des habitants des banlieues qui rappent en dehors de tout contexte social, juste pour cracher une rage qui sort de nulle part… On voudrait bien des explications mais Patric Jean n’a pas le temps, il faut faire vite car nous allons droit vers le choc des civilisations : “Nous allons donc nous retrouver entre, d’une part les “nouveaux nazis” (le terme s’applique ici parfaitement) et les exclus devenus fous (de dieu). Nous n’aurons pas à choisir un des deux camps. Seulement à subir deux folies qui s’affronteront parce que nous aurons été indifférents ou cyniques.”. Vite, agissons pour la survie du “vivre ensemble”! C’est Patric Jean qui vous le dit. Et avant que le péril islamique ne l’ait emporté, il vous fait prendre connaissance de son plan : “il nous reste à nous les blancs, laïcs, refusant tout racisme et révoltés contre les injustices sociales, à faire savoir que nous sommes là et que nous ne cèderons pas à cette folie qui nous emporte”. Bon. Déjà, je ne vois pas l’intérêt de se présenter comme laïc, du moins dans ce contexte mais pourquoi pas. Après, dire aux habitants des quartiers que vous êtes là, désolé, mais on s’en fiche. “Je suis là pour toi”, c’est la phrase passe partout, super usée, un cliché parmi les clichés. C’est une phrase tout prête, toute faite, à congeler et à décongeler selon les circonstances et qui ne veut absolument rien dire. C’était la phrase de ma meilleure amie qui, depuis, vit à Beverly Hills et n’est là qu’à distance, ce qui est une blague. “Je suis là”, quand on a pas défini le “là” et qu’on s’exprime dans un confort qui n’a rien à voir avec le quotidien des gens dont on parle, c’est inutile. Surtout que, jusqu’à présent, “je suis là” pour les banlieues, bon nombre de gens l’ont dit. On a pas lu de chroniques ou vu de vidéos de Patric Jean dans le procès Zyed & Bouna. On a pas entendu Patric Jean sur le projet de loi d’interdiction du foulard à l’université. Non. Patric Jean quand il se pense “là”, c’est à dire avec les banlieues, c’est pour leur rappeler combien leur sort est injuste avec un article bidon qui a plus sa place dans les pages de Nous Deux que dans une discussion sérieuse. Et si être là pour les banlieues, c’est être là comme vous l’êtes pour les prostituées, c’est à dire taxer d’aliéné-e-s, de taré-e-s, de dominé-e-s qui se contraignent sans se rendre compte les pauvres, avec toute la condescendance du monde, je pense qu’on va s’en passer, hein.

J’aurai adoré écrire un autre article mais malheureusement face à un tel ramassis de bêtises, comment ne pas écrire autre chose ? J’aimerais applaudir un discours d’allié authentique sur les banlieues mais ce que j’ai lu, c’est de la candeur condescendante. Ben ouais, quoi, comment qu’ils font les gens des banlieues pour accepter leur condition, quoi ?! Ils ont qu’à devenir riches, tiens! Je sais bien que le m’expose à une accusation de lynchage (comme Patric Jean l’a fait lorsqu’il a parlé du Y’a Bon Award de Caroline Fourest, partant au passage dans un délire d’histoire de la religion vraiment hors sujet) car c’est le propre des habitants de banlieue : quand on ose affronter ceux qui pensent nous tendre la main, on est “violents” parce qu’on est des sauvages. On ne répond pas, on ne critique pas, non, pour “eux”, on lynche. On est devenus paresseux, menaçants et “des gens avec des revendications politico-religieuses” le jour où on a décidé d’ouvrir nos gueules et de tracer notre propre destinée et c’est là que les emmerdes ont commencé. Sur ce, laissons Patric Jean donner des cours de sociologie de banlieue si ça l’aide à soulager sa conscience. Laissons-le s’exprimer sur le voile, lui qui a la connaissance et la science et qui s’estime tant concerné. Laissons le également nous enseigner la vie, nous les ignares, mais rappelons lui que, quand même, un mec blanc cis qui parle des banlieues, du foulard et de la pauvreté sans expliquer le pourquoi du comment et sans mentionner un seul instant ses privilèges, c’est quand même un truc de bobo bienveillants paternalistes.

PS : Quand Patric Jean ne soutient pas les Femen ou méprise les travailleuses du sexe, il déplore la ré-election de  Netanyahu qu’il impute aux islamistes. Oui, je sais, c’est vraiment du n’importe quoi.

PS 2 : Dans le rayon “vraiment à côté de la plaque”, il n’y a qu’à voir la réaction de Patric Jean sur l’interdiction du film Much Loved au Maroc qu’il interprète comme une censure d’état sur le fait de montrer la violence de la prostitution… Il a tout faux : si ce film a été censuré, c’est pour la bonne et simple raison qu’au Maroc, la prostitution est prohibée et que ce qui est censuré en réalité, c’est le fait qu’il existerait une prostitution mais qui aurait été “abolie”. Cette censure est donc faite pour “rassurer” ceux que l’idée de la prostitution irrite (essentiellement pour des raisons religieuses ou morales) mais aussi pour lutter contre le cliché du Maroc, paradis du tourisme sexuel. Mais bon… puisqu’il vous l’dit…

Quand Audrey veut Pulvariser le voile….

Voile. Foulard. Burqa. Niqab. Tchador. Voile. Voile. Voile… Voilà le champ lexical du débat féministe du Grand 8 suite à l’interview de Diam’s sur TF1. Le droit à l’IVG, l’inégalité salariale, le mythe de la beauté, le “Fat Shaming”, les viols dans l’Armée, on en parlera quand ? Pas aujourd’hui.

r-DIAMS-large570Diam’s, rappeuse qui a connu son heure de gloire s’est retirée de la scène médiatique. Elle s’est convertie à l’Islam, est devenue maman et porte le voile. Après cela, elle est apparue deux fois dans l’émission 7 à 8 pour assurer la promotion de ses livres. Ce que Diam’s a à dire, que ce soit sur le terrorisme, son rôle de mère, son amour des diamants ou ses moments de détresse, les bourgeoises de D8 s’en tapent. Ce qui les importe chez Diam’s, c’est… c’est… suspense… c’est… son voile! Elle a beau répondre à des questions qui portent sur sa “nouvelle vie”, sur l’extrémisme, le blasphème et l’attentat à Charlie Hebdo, ce que les animatrices du grand 8 ont retenu de cet échange, c’est son voile. Car, n’en déplaisent à ces féministes du petit écran, elles reproduisent un mécanisme sexiste qui consiste à se limiter à l’apparence d’une femme lorsqu’elle apparait publiquement plutôt que de discuter de ses propos. J’aimerais qu’elles me contredisent et j’attends donc de voir sur quoi porteront leurs commentaires lorsqu’elles parleront de l’interview d’un rappeur ou d’un acteur…

Au pays des multiples lois anti-voiles, le cas Diam’s sait rassembler à peu près tous les intolérants des différents coins de la France. Il y a les bobos qui n’ont jamais écouté un seul morceau de rap et qui se pissent dessus à la vue d’un mec en airmax et qui trouvent que “c’est du gâchis”. Il y a les actrices islamophobes revendiquées qui n’ont rien compris et trahissent leur ignorance et leur bêtise à coups de tweets débiles. Et il y a Audrey Pulvar.

Audrey-Pulvar-enfourche-une-nouvelle-vie_article_landscape_pm_v8Je l’aimais bien  Audrey Pulvar. Dans Le Grand 8, émission talk show française calquée sur l’émission américaine The View, Pulvar est claire : elle est opposée au port du voile, cet “outil d’asservissement des femmes” et en plus, c’est même pas une obligation coranique. Chapeau Audrey, merci pour le scoop ! Je pense qu’il convient de lui rappeler que si le voile est un signe d’asservissement des femmes alors tous les signes sont des signes d’asservissements. Qu’est ce qui, dans le monde de Pulvar, celui du féministe mainstream blanc bien propre, décide de ce qu’est un outil d’asservissement ou pas ? Qui décide pour qui ? Qui parle à la place de qui ? Toujours au sujet de Diam’s, elle déclare qu’elle “a bien de la chance d’être en France, dans un pays dans lequel les droits des femmes sont à l’égal de ceux des hommes (!) parce que évidemment les musulmanes peuvent divorcer, se séparer, se remarier, sauf que dans la plupart des pays musulmans, pas dans tous mais dans la plupart des pays musulmans (!), les femmes qui divorcent perdent automatiquement la garde de leurs enfants et elles n’ont pas un maintient de leur niveau de vie. Donc y’a beaucoup de femmes dans les pays musulmans qui ne divorcent pas car elles savent qu’elles perdent la garde de leurs enfants”. Quand une musulmane ose porter un voile et par dessus le marché, ne pas se comporter en femme soumise, il faut l’humilier. Elle qui a osé porter le foulard dans lequel les féministes mainstream ont décidé d’y voir le patriarcat et la soumission, elle a divorcé des féministes. C’est gênant pour les féministes mainstream. Elles ont été trahies. Elles ont donc le droit de la salir. Pour elles, Diam’s a fait le choix de la soumission en se voilant et devrait donc “vivre en soumise”… mais ce n’est pas son cas. Donc, il faut lui montrer sa “chance” en lui renvoyant à la gueule la situation dans les pays musulmans (dont les citoyennes sont toujours soumises, privées de tout, opprimées, excisées et tout le blabla cher aux féministes mainstream) sur la question du divorce. Or, en faisant référence à ces pays musulmans, Audrey Pulvar trahit son racisme latent à l’encontre des musulmanes. En agissant ainsi, elle la désintégre d’ici pour la comparer à ce qui se passe dans un ailleurs dont elle devrait se sentir automatiquement proche juste parce qu’elle est musulmane. Excusez ma candeur, mais quand une femme juive divorce en France, lui rappelle-t-on combien elle a la chance de divorcer parce que en Israël, c’est pas aussi simple ? Quand une cubaine avorte à la Havane, lui rappelle-t-on combien elle est chanceuse parce que d’autres femmes d’Amérique Latine n’ont pas le droit d’avorter ? Non car ces femmes, contrairement à la musulmane, sont bien d’ici tandis que Diam’s, elle, parce qu’elle porte le voile est exotisée. Elle est désormais “française mais…” et doit répondre pour les millions de musulmanes d’ailleurs avec qui, elle a sans doute moins de points communs qu’avec Audrey Pulvar. C’est un procédé récurrent chez nos féministes mainstream qui n’ont cessé de parler aux femmes voilées françaises des iraniennes qui se battent contre le voile. Ces mêmes féministes qui crient à l’intégration et à l’assimilationisme mais qui n’hésitent pas à faire référence à la situation d’autres pays, majoritairement musulmans ou non, souvent rétrogrades, dont ne sont pas originaires ces femmes voilées françaises juste pour les culpabiliser. A les écouter, chaque femme musulmane devrait, dans n’importe lequel de ses choix, se référer à ce que vivent les Iraniennes et les Saoudiennes (ou les Afghanes, très à la mode dernièrement) avant de faire des choix personnels. Je ne vais même pas m’éterniser sur la question du divorce qui est présentée par Pulvar comme n’étant pas en faveur des mères dans “la plupart des pays musulmans mais pas tous”. J’ignorais qu’elle avait une telle expertise sur le sujet ! Je ne savais pas que présenter le journal sur France 3, jouer les chroniqueuses du samedi soir sur France 2 et les grincheuses sur D8 enrichissait les cerveaux de connaissances sur le droit des pays musulmans ! Peut-on juste expliquer à Audrey Pulvar que, le divorce, au Maroc, au Qatar, en Arabie Saoudite, en Libye, en Syrie, au Yemen, en Turquie, en Indonésie, ce n’est jamais la même chose d’un point de vue de la loi et que tous les pays musulmans ne sont pas identiques ? Peut-on lui rappeler que le mythe du monde musulman monolithique, c’est une technique presque périmée des néo-conservateurs ? Pour une journaliste, j’avoue qu’une telle faute me consterne! Sauf que Madame Pulvar ne s’arrête pas là. On a beau lui dire qu’il existe des femmes qui choisissent le voile en étant réellement volontaires, pour elle, c’est faux. Pulvar a-t-elle mené l’enquête, questionné toutes les porteuses de voile, recensé, préparé des fiches et des statistiques comme Robert Ménard ou ne fait-elle que répéter ce que les féministes mainstream ne font que répéter depuis des années sans la moindre preuve? A-t-elle lu l’ouvrage de Faïza Zerouala pour baser son argumentation, a-t-elle fait le b.a-ba de toute étude à savoir s’adresser aux premières concernées, a-t-elle documenté son point de vue ? A-t-elle assisté à un cours d’ Amal al-Malki ou discuté avec Ibtihal Al-Khatib ? La réponse est sans doute non. Mais elle sait mieux, Audrey Pulvar… Le journalisme de cette dame est un journalisme “sur le pouce” qui saisit les pires caricatures et les pires stéréotypes pour fonder dessus un argumentaire. Bravo.

Elisabeth+Bost+Arrivals+Global+Gift+Gala+q-q03OvRJyolA l’exception de Hapsatou Sy, le reste du plateau du grand 8 approuve la position d’Audrey Pulvar. Roselyne Bachelot est offusquée et parle de “répudiations”. Dès là, c’est un miracle qu’on ne parle pas de tout ce qui suit ce terme, à savoir l’Afghanistan, la Burqa, le Terrorisme, les Crimes d’Honneurs, Les Tournantes, etc… Quand Diam’s dit recevoir des insultes, Elizabeth Bost, bourgeoise de service, déclare que ce n’est pas vrai. “Je n’ai jamais entendu dire des sauvageonnes voilées et des barbares barbus, non, on peut se dire comme avec Audrey, que le voile, on a l’impression que ça oppresse la femme sans forcement dire les sauvageonnes voilées, les barbares…”. Là, aussi argumentation implacable. Puisqu’elle vous le dit ! Juste parce qu’elle n’a jamais entendu de ses propres oreilles une insulte islamophobe ne veut pas dire que le phénomène n’existe pas. Pur réflexe de bobo qui croit que le monde s’arrête au delà de sa propre expérience. D’ailleurs, pour Elizabeth Bost, les femmes voilées insultées ont juste des problèmes d’audition; quand on vous insulte (et on sait que c’est malheureusement fréquent) ou du moins que vous avez l’impression qu’on vous insulte, c’est pour votre bien : à travers le “sale voilée” qu’on crie à la gueule des musulmanes, l’arrachage des voiles et les humiliations, pour Elizabeth Bost et sa bande, on ne ferait que vous dire qu’on a “l’impression que votre voile oppresse”. Quelle est la différence entre ce raisonnement et celui qui laisse croire qu’à travers un viol, on laisse dire à une femme qu’elle n’avait qu’à ne pas sortir vêtue de façon indécente ? Aucune. Je serai ravi d’entendre les tartufferies de Bosc quand une femme se fait traiter de pétasse ou qu’elle reçoit une main au cul dans le métro. Ca serait pour faire passer quel message ? A moins que certaines femmes subissent une violence qu’il est acceptable de nier parce que ce serait pour leur bien et que d’autres aient pleinement le droit au statut de victime ? J’attends que l’intéressée se manifeste.

Mais quand on est comme Audrey Pulvar, c’est à dire persuadée de détenir la vérité immuable, il est difficile de débattre. Audrey Pulvar fait du féminisme universaliste blanc dont les frontières s’arrêtent là où on la froisse, elle, la VRAIE féministe. Impossible de mettre le moindre bémol, elle doit avoir le dernier mot. Comme on est loin de la tradition d’écoute du féminisme! Hapsatou Sy a beau parler de femmes voilées qui choisissent de porter le voile, c’est tout simplement impossible. “Le propre de l’aliéné, c’est qu’il ne sait pas qu’il est aliéné”. Boum. C’est lâché comme un proverbe : c’est sage, inattaquable et ça ne doit pas être questionné. Mais ça sort de la bouche d’Audrey Pulvar et que j’aurai énormément de mal à prendre au sérieux ce qu’elle a à dire sur l’aliénation quand elle m’apparait tout aussi aliénée que celles qu’elle critique. En effet, quelle différence entre choisir de porter le voile et de choisir de s’épiler, de se maquiller, de maigrir, de se faire poser des implants mammaires, de porter une jupe, un jean, une robe ? Aucune. Existerait-il donc des aliénations prioritaires sur d’autres, au point de les combattre sans avoir à rougir de n’importe quel moyen à utiliser, quitte à être dans l’exclusion des femmes ? On penserait que oui… Par la suite, Audrey Pulvar ira même jusqu’à établir une comparaison des plus abjectes avec les victimes de viol qui ne sont pas prises au sérieux au moment de porter plainte car on leur reproche leur tenue jugée “aguichante”; pour elles, les musulmanes qui portent le voile le font pour se soustraire au regard des hommes. “C’est comme dire à une femme qui est violée “mais tu n’avais qu’à mettre une mini-jupe”. C’est rendre la femme responsable de l’attirance qu’elle provoque” dit-elle. Je cherche encore le rapport entre le port du voile et le viol mais si Audrey Pulvar l’a dit… J’aimerais juste préciser à Audrey Pulvar que les femmes voilées, étant donné qu’elle aime penser pour elles, ne sont pas idiotes ni débiles. Pensez-vous qu’elles portent le voile réellement pour échapper aux viols ? Savez-vous réellement ce qu’est le viol ou vous avez, en dépit de votre statut de féministe, encore en tête le cliché de la femme violée qui est forcément une jeune femme un peu saoule et légèrement vêtue qui se retrouve dans un lieu mal famé ? Savez-vous qu’il existe des femmes voilées qui ont été violées, par leurs coreligionnaires, par des athées ou dans le cadre de la guerre du golfe, par des militaires américains venus “libérer la femme irakienne” ?!

On l’aura compris : Diam’s et son livre n’existent plus. Ses propos n’intéressent pas alors qu’il y avait là matière à débattre. Le temps est certainement compté, diront-elles. Le voile n’est pas banalisé : à chacune apparition de ce bout de tissu, il faut en remettre une couche. Twitter se lâche quand une femme voilée apparait sur un plateau “normalement” pour parler d’autre chose que de son voile. Dans le sujet consacré à Diam’s, on agite les clichés. On parle des “pays musulmans” quand on ne veut pas faire référence à l’Iran ou à l’Arabie Saoudite. On parle de domination et d’asservissement avec hypocrisie comme si du haut de sa tête nue, de son athéisme et de son statut d’animatrice télé, on était le modèle de liberté et de réussite qu’il faut suivre à tout prix. On fait du féminisme un espèce de code de conduite aussi répressif que n’importe quelle religion car il émet des listes de tenues vestimentaires acceptables ou non et quand il rejette, il le fait à coups de lois discriminantes. On parle du Coran, aussi. Mais vite fait, dans les grandes lignes, juste pour vous dire qu’il ne parle pas du voile donc vous n’avez rien compris, bande de cruches. On est pas musulmane mais on “sait mieux”, complexe de l’ex-colon oblige, que l’indigène qui a mal lu et qui, même si c’est une musulmane, est jugée moins apte à interpréter ses propres textes religieux qu’une non musulmane. Idéalement, on récupère des musulmanes et des musulmans qui ne sont pas en faveur du choix du voile pour valider la justesse de sa position comme Hugh Heffner a récupéré des playgirls pour montrer combien le play boy club était fantastique pour les femmes. On oubliera qu’on fait des alliances avec des gens parfois pas très fréquentables car tous les coups sont permis. Après, peu importe que des musulmanes voilées voient dans leur démarche du féminisme : les féministes ont décidé entre elles (et eux) ce qui était bon pour elles. J’adorerai blâmer Audrey Pulvar individuellement mais hélas, elle ne fait que suivre l’establishment. Avant elle, toutes les féministes mainstream pro-establishment qui ont un rapport extrêmement violent avec l’Islam n’ont pas résisté à la tentation de la lutte contre le foulard; c’est même devenu un fond de commerce bien juteux. Des pages de ELLE de l’époque de Valérie Toranian, aux textes de Zelensky, Badinter et Sugier, aux ouvrages de Caroline Fourest et de Nadia Geerts, le voile est devenu le sujet de rassemblement de toutes les féministes. Encore mieux que l’égalité salariale, la PMA ou l’IVG. Et le voile, ça réconcilie et convoque à la table les France qui font semblant de se détester mais, union islamophobe oblige, on a trouvé de quoi oublier nos différents le temps d’un lynchage en bonne et due forme.

C’est dans cette lignée que la jeune génération féministe semble prendre le relai. Dernièrement, Anne Cécile Mailfert était interrogée sur la question de l’engagement féministe et du voile. Et comment répond-elle à Maïtena Biraben qui lui demande si on peut être féministe et voilée ? Par une sublime pirouette qui laisse entendre “sa vision du voile” et son incroyable ignorance : “Toute femme qui se revendique féministe euh… se revendique féministe. Euh… nous on va pas juger est-ce qu’on est plus ou moins féministe euh… donc donc… (…) on ne dévoile pas, nan nan, on n’impose pas ça, pas du tout, c’est un peu violent, non, par contre, euh euh, nous on a une position sur le voile qu’est de dire que les voiles, pas seulement le voile musulman, pour nous ce sont, c’est un signal qui est envoyé de… bah de se cacher pour les femmes et c’est vrai que nous on est contre”. Un savant mélange de propos confus qui laissent entendre que si Osez le féminisme ne dévoile pas des musulmanes, l’association trouve que le voile est l’idée de cacher les femmes. Bof. En gros, OLF recale les voilées dans son association et donc ne les reconnait pas féministes. Anne Cécile Mailfert parle de “tous les voiles”, histoire de dire “toutes les religions” et de s’éviter une quelconque accusation d’islamophobie comme le religiophobe dit “détester toutes les religions” pour s’éviter des ennuis, ce qui est à la fois abject et hypocrite quand on sait que le voile dans le débat public, c’est dans 100% des cas celui des musulmanes. Ségolène Royal qui était là, elle, a un avis bien plus clair et franc : “On peut être voilée et devenir féministe (…) on peut être voilée dans la sphère privée et enlever son voile dans la sphère publique”. L’échange aura duré 30 secondes avant que l’ex candidate à la présidence de la République bifurque en changeant légèrement de sujet pour dire qu’on est quand même “courageuses d’être encore féministes”. Madame Royal, c’est à cause de votre marginalisation décomplexée des femmes voilées que certaines se désintéressent du féminisme (mainstream) et que, d’une certaine façon, il existe encore un plafond de verre pour les femmes, contrairement à ce que Hilary Clinton raconte. Pire encore : en leur disant qu’elles peuvent être voilées en privé mais dévoilées en public, vous trahissez votre ignorance sur ce sujet. Et dire que ce sont ces mêmes gens là qui vont expliquer aux musulmanes que le Coran, elles l’ont mal lu et qu’il ne mentionne pas le voile, ect… Eduquez-vous avant de parler !

Au final, pas surprenant que les agressions envers les femmes voilées soient en constante augmentation. Ces femmes là ne sont plus que des voiles. Elles sont idiotes, ne se rendent pas compte de leur aliénation. Nadia Geerts veut les libérer de leur prosélytisme inconscient. Femen veut les foutre à poil voyant dans la nudité une liberté qu’elles refusent de concéder aux danseuses du moulin rouge. La ministre des droits des femmes veut les exclure de l’université. Pour en faire quoi, en fin de compte ? Des non voilées. Seront-elles plus libres, plus insérées sur le marché de l’emploi, moins marginalisées ? Pas certain. Mais, chez les féministes blanches mainstream, ce qui compte, c’est de prendre une décision qui soit purement symbolique, qui soulage leur conscience et leur donne l’impression d’avoir fait avancer leur agenda, peu importe que des femmes doivent renoncer à un choix personnel car toute subjectivité leur a été confisquée. Ne venez donc pas pleurer sur votre sort : vous avez fixé des frontières, un peu floues, donc ne tentez aucune danse du ventre pour essayer de séduire certaines âmes féministes exotiques juste pour apporter de la couleur à vos mouvements sans jamais questionner vos propres rapports de domination, votre propre racisme et votre rejet de celles qui ne rentrent pas dans votre moule.