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Le barrage ? Sans moi et sans émois.

“Faire des miracles demande beaucoup de travail. La plupart des gens abandonnent avant qu’ils ne se produisent”.

Sheryl Crow – Maybe that’s something (The Globe Sessions)

Malheur, urgence, désespoir : Marine le Pen est au second tour de cette tragi-comédie burlesque que l’on appelle l’élection présidentielle. Face à Emmanuel Macron. Oui, Marine Le Pen. La fille de Jean Marie. Celle qui a nettoyé la vitrine mais pour y exposer les mêmes produits que son père. Le risque qu’elle accède au pouvoir est grand. Musique d’ambiance et plan au ralenti.

Cette fois, la nouvelle n’indigne pas, contrairement à 2002. Pas de cris d’effroi, de débats, de longues tirades passionnées saupoudrées de paroles creuses ou d’humanisme servit en deuxième partie de soirée. Rien. Un moment de botox vocal où même les quelques pourcents séparant Macron de Le Pen n’ont pas abouti sur un commentaire. Horreur de la froide fatalité acceptée.

Puis, quelques heures après, on a appelé à barrer la route au Front National. Tweets, tribunes, blogs, billets d’humeur : l’appel à sauver le soldat démocratie était lancé mais telle une flèche aiguisée en direction des abstentionnistes et sans dialogue préalable. Démocratie ? On peut faire mieux. Taper sur ceux qu’on pense convaincre en les accablant et en les culpabilisant ? Contreproductif et ignoble. Aussi vulgaire et violent que d’insulter une jeune fille insensible aux sifflets qu’elle récolte sur son passage parce qu’elle ne s’arrête pas mais après tout, on s’en fiche : la fin justifie les moyens. Le plaisir d’incarner ce bras fièrement musclé et moralisateur qui sortira les abstentionnistes pour les pousser aux urnes est trop grand pour s’éterniser sur ces petits détails.

« Il faut éviter le pire » !

C’était ce qu’on entendait à table, à la machine à café, au bureau de tabac, dans le train, à l’entrée des aéroports et sur les parkings des super marchés. Le pire, ça serait la victoire du FN qui propulserait ce pays dans de nouvelles pages sombres de son Histoire, écrites avec le sang que les abstentionnistes ont fait couler en décidant de bouder les bureaux de votes, manquant indéniablement de respect à ces milliers de révolutionnaires morts pour la démocratie.

Le débat n’aurait pas lieu si le pire n’était pas aussi mal défini. Il apparaît difficile de concevoir que le pire, pour quelques abstentionnistes que l’on ne veut ni entendre ni comprendre, ait déjà commencé. Pour bon nombre d’abstentionnistes, le pire est déjà leur pain et leur beurre et avant que l’on ne leur sorte la carte « victimisation ! », incontournable joker de la discussion, il faudrait accepter d’entendre qu’une présidence Macron ou Le Pen ne serait, hélas, que la promesse d’une légère aggravation des problèmes déjà existants : discriminations, précarité, exclusion sociale, invisibilisation, mépris culturel, mépris de classe, violences policières, violences économiques, glorification du passé colonial, etc… Quelle serait la nouvelle donne ? Une attaque à peine plus frontale, toujours aussi injuste et humiliante, mais, comme toujours, servie sous couvert de nobles combats menés au nom du vivre ensemble, de la laïcité, du féminisme et même de l’antiracisme…

Le pire n’est donc qu’une caricature du présent. Le pire, c’est qu’on connaît le pire et qu’on le vit et que l’on a rien fait d’autre pour nous que de nous dire que ça pouvait être pire que pire, à tel point qu’on se demande vraiment d’où on peut affirmer que le pire à venir sera pire que le pire du moment présent. Passé cet enfantin jeu de mot, on sait ce qu’il y a de pire pour ceux qui veulent s’éviter le pire : la honte. Parce que c’est principalement ça qu’on veut éviter à tout prix : la honte et les explications qui en découlent, comme si l’heure de se désolidariser sonnerait mais, cette fois-ci, pas pour les mêmes. Parce que la possible victoire du FN remet beaucoup de choses en jeu, à commencer par l’aura dorée de la France qui risque de rouiller sur le plan international. Ceux qui n’ont que peu de choses à craindre du FN le savent : c’est une réputation qui est en jeu dans cette élection. Celle de la patrie des lumières, France éternelle et brillante, défendue par Fatou Diome avec la passion d’une amoureuse transie. Pays des droits humains qui risque de prouver ses limites comme un vulgaire produit de beauté surcôté.

« Mais quand même comment en est-on arrivés là ? »

Les mots sont forts, tout autant que la réalité : le pays souffre de toxicomanie raciste. Ces dernières années ont été celles du brouillage idéologique où tout le monde s’est retrouvé à faire du front national jusqu’à en droguer le pays tout entier. De l’immigration à l’Islam, à la présence dans les médias de personnages hautement contestés relayant les pires mensonges et préjugés, aux calomnies visant ceux qui ont osé contredire l’amas de haine raciste, on a eu une dose déferlante de front national, servie tous les jours dans le sirop médiatique, avalé de gré ou de force mais toujours goulument. Mais, c’était le bon front national, comprenez : celui qui sort de la bouche de dirigeants politiques, d’intellectuels qui portent bien la toilette, qui se disent Républicains, de gauche ou de droite mais qui, jamais, au grand jamais, ne seraient racistes. Comme si cela faisait une différence pour celui qui sent sur sa tête l’ombre brûlante du doigt pointé accusateur. Un racisme qui n’est pas du FN n’est pas un racisme vertueux. Il est vicieux. Fignolé pour avoir l’air propre alors qu’il demeure sale. Même quand il est dévoyé pour prétendre à la défense des femmes, de la laïcité ou d’autres combats nobles. Encore plus quand une ministre s’en sert dans un exercice de féminisme galeries Lafayette à la sauce négrophobe. Même quand un homme de gauche approuve l’extrême droite. Même quand les Unes des magazines se font toutes retoucher par le même chirurgien esthétique pour ressembler à Valeurs Actuelles.

Il y a de quoi sourire avec amertume, devant la panique des militants du barrage républicain et leur argumentaire typique d’un vendeur indépendant de contrats d’assurances du Wyoming. Passionnés et pleins d’entrain, ils auraient enfin presque compris que l’heure était grave maintenant que la flamme commençait à se rapprocher. A mes yeux, c’est comme être celui qui se trouve sur une terre torpillée par une progressive catastrophe naturelle qu’il était le seul à subir dans l’indifférence mais que le reste du monde n’a daigné considérer que lorsqu’elle s’est invitée sous sa fenêtre. Et encore : il n’a été question que de faire barrage au FN. Qu’en est-il de tout ce qui précède le FN ? Rien. Et pourtant, entre l’état d’urgence, la création du ministère de l’identité nationale, les lois antivoile ou burkini, l’impérialisme, la protection des auteurs de violences policières, le mépris, les discriminations, l’asphyxie économique des quartiers populaires avec la Loi Travail, les bombardements à l’international, la banalisation des agressions à caractère islamophobe, il y avait de quoi s’arrêter et réfléchir. A moins que les plus rusés aient compris que le maximum à faire revient à faire des promesses, choses que l’on déteste de nos jours.

S’il reste quelques âmes candides pour se demander comment on en est arrivés là, mon conseil serait d’aller vous adresser directement à ceux qui ont voté pour le FN. Comme pour l’élection de Trump, il faudrait cesser de viser lâchement ceux qui ne sont en rien responsables du résultat qu’on connait.

L’abstention veut dire l’abstention.

Parce que les leçons ne sont jamais retenues par ceux qui se bornent à croire qu’il n’ont rien à apprendre de nous, il convient de continuer à jouer à ce jeu par l’abstention. Elle est, à elle seule, un geste politique. Moins grossier que le bras d’honneur mais tout aussi symbolique. Les gens outrés par cette posture parleront immédiatement de cadeau fait au FN, de communautarisme, de division et, en épuisant les cartouches avec lesquelles ils tirent, finiront par faire tomber les masques en nous disant que de toute façon, ils n’auraient rien à craindre du FN au pouvoir et que le barrage serait surtout pour nous protéger. Quelle grandeur d’âme! Quelle bonté ! Ô, mes amis ennemis ! Triste nouvelle pour vous : je n’ai plus que le regard indifférent de Joan Crawford pour répondre à ce paternalisme teinté de mépris tellement ordinaire qu’il vous a échappé ! L’heure des génuflexions devant votre agenda est une heure morte et enterrée. Elle a épuisé toute ma souplesse et convaincu à jamais qu’être la pom pom girl d’une équipe qui ne mobilise ses troupes que pour sauver sa propre peau ne sauvera jamais la mienne alors qu’elle en a eu mille occasions. Et je n’en suis même pas désolé.

Cette abominable violence policière…

Ce matin, nous avons appris qu’un jeune homme de 24 ans, Adama Traoré, trouvait la mort à la suite d’une interpellation à Beaumont Sur Oise. La mort, me direz-vous, n’a, en soi, rien d’extraordinaire : la faucheuse finira bien par nous rendre visite et nous décoller à la vie. Cependant, cette mort s’inscrit dans une longue liste de morts devenues ordinaires, largement commentées et analysées lorsqu’il s’agit des USA mais très peu relayées et critiquées avec la même verve lorsqu’elles se passent sur notre sol. “On est pas aux Etats Unis, quand même”. Ouais et alors ? Alors, rien.

 

Qui était Adama Traoré ? Un homme noir de 24 ans, interpellé par les forces de l’ordre, fugitif avant de se rendre finalement et de mourir en garde à vue. D’après tous les témoignages récoltés par ses proches ainsi que des témoin, Adama aurait été passé à tabac avant de rendre l’âme. Le jour de son anniversaire. Et depuis ce matin, les témoignages à se tordre de tristesse pleuvent.

L’histoire vous rappelle quelque chose ? Beaucoup pourraient soupirer un « oui », prononcé tête baissée et dans la douleur. Actuellement, je ne suis capable de répondre qu’avec une rage dont je sens la force jusque la pointe de mes doigts et que seule l’écriture d’un billet pourrait calmer. Jusqu’au suivant. Puis au suivant, au suivant, toujours au suivant, encore au suivant jusqu’à perdre complètement espoir, jusqu’à me sentir couler dans une mare de pessimisme dans laquelle nos cris semblent inaudibles. Entre temps, on tentera par tous les moyens de nous calmer. On entendra tout et n’importe quoi, depuis la bouche de n’importe qui, en taisant la parole des principaux concernés, certainement parce qu’on n’aime pas les écouter les principaux concernés. On sait tellement mieux que les principaux concernés, trop émotifs et virulents. Et puis, depuis quand est-ce que ça compte, dans l’univers « médiatico-journalistico-mediatique », la parole des concernés ?

 

Arrivé à ce point, j’ai deux choix. Je pouvais me livrer à une analyse de cette triste nouvelle affaire, une de plus, en reprenant à mon compte ce qui a été déjà dit et répété à maintes reprises, en critiquant la couverture médiatique mais ce serait vous offrir une subjectivité des plus arrogantes et intervenir dans une histoire dont je ne suis que simple spectateur horrifié. Je préfère prendre un recul et apporter mon propre témoignage sur ce qu’il convient d’appeler les violences policières. Je ne souhaite pas récupérer ce drame pour m’assurer une quelconque promotion personnelle, argument sans cesse répété à l’encontre de ceux dont on veut accabler le témoignage et déformer la démarche. Je souhaite, exceptionnellement, vous livrer ici mon récit, basé sur ma réalité personnelle, mon cœur et ma chair, afin de lever le voile sur ce qui se passe et dont on ne parle qu’avec détachement et mépris. Par mesure de sécurité préventive, je tiens à préciser que, même si « nous ne sommes pas aux USA, quand même ! », je vais faire usage des mots blancs, racisé-e, de couleur et autres qualificatifs qui donnent la nausée à beaucoup de gens. Mais, comme je le dis assez souvent, la vérité vous libèrera… Enfin après vous avoir foutu les nerfs, quand même.

 

Je suis ce qu’il convient d’appeler un arabe « pas comme les autres » : dans l’espace public, j’ai souvent échappé aux doux qualificatifs de racaille ou de lascar, voir même de beur, probablement à cause d’un faciès lisse et d’un comportement tout aussi lisse, à la masculinité approximative, ce qui rassure encore pas mal de monde aujourd’hui. Le genre d’arabe qu’on brandi avec fierté pour contrer la caricature de l’arabe méchant et terrifiant, ignorant à quel point ce procédé est raciste, condescendant et méprisant. Le genre d’arabe qui aurait pu toucher un pactole en embrassant une carrière d’arabe républicain de service pour la droite comme pour la gauche. Si je n’avais pas de conscience…

J’ai grandi en banlieue, auprès de personnes de toutes origines, dans un paradis de la carnation pour toute maquilleuse moderne, là où seul ce qu’on est à la face des autres, connu ou inconnu, compte.

Loin de moi l’idée de justifier le comportement que je souhaite dénoncer mais je tiens à préciser encore que je n’ai jamais été l’image type de l’arabe de banlieue dont sont friands nos médias et nos politiques (ne détournez pas le regard, vous savez bien de quoi je parle. Allez, un petit effort…). Je pensais, dans mes années de délicieuse ignorance, que ce statut d’arabe rassurant constituerait une protection qui m’éviterait bien des bricoles puisque je n’étais pas eux! Comme je me trompais : étant arabe aux yeux de certains avant d’être un citoyen, j’étais par essence le véhicule de bons nombre de fantasmes, jamais articulés avec mon consentement ou à ma gloire.

Dvd is the new VHS. Vous la voyez, ma superbe arme du crime ?

Cela a commencé par une soirée où je rentrais d’un vidéoclub après avoir loué une VHS d’un concert en la compagnie de mon meilleur ami. Nous avions décidé de nous poser sur un banc un court instant avant d’aller regarder notre chère cassette. En pleine discussion sur un sujet dont je ne me souviens plus, je lâchai un « c’est bon ! » qui, hasard malheureux de la vie, fut interprété comme un « sale con ! » par un passant qui faisait son jogging. Rapidement, nous nous embrouillons jusqu’à ce que le jogger finisse par reconnaitre ses torts, allant jusqu’à sourire mais c’était trop tard : une voiture de la bac passant par là, il fallait intervenir. En moins de deux minutes, ma tête de mes quinze ans a reçu un coup de matraque et je me suis retrouvé sur le sol, serrant contre moi ma VHS empruntée tandis que mon meilleur ami, un blanc qui pourrait passer pour le fils de Nicole Kidman, était écarté et avait le droit à un interrogatoire bien plus respectueux. Le jogger tenta de s’interposer en nous défendant. On réfuta sa parole – “c’est de la racaille” – et on me confisqua la casette dans laquelle on voulait voir si je ne planquais pas une arme. Malheureusement pour les policiers, on me rendit ma VHS, accompagnée d’un « mouais… » imprégné de doute : un adolescent, arabe, qui loue un concert n’a jamais le droit de convaincre totalement de son innocence. Le jogger disparu et une femme, à qui je dois bien plus qu’une boite de chocolats, vint prendre notre défense. Immédiatement, elle évoqua une intervention abusive, qu’elle avait suivie depuis sa voiture avant de nous rejoindre. La scène, avec le recul, était drôle. Du moins, aujourd’hui, c’est avec cette observation que je tente de colmater ma peine encore vivace. Face à elles, on ne mouftait pas, on gardait son sang froid et j’eus même le droit à un « salut les jeunes !» balancé en toute légèreté par le policier qui m’avait matraqué, sensé enterrer les coups que j’avais reçu et certainement jouer le rôle de l’excuse qui n’a pas eu lieu.

Le reste de l’histoire importe peu. En revanche, ce qui a germé en moi depuis ce jour et qui n’a cessé de grandir à la suite d’événements quasi similaires compte et comptera toujours. Parce que figurez-vous qu’un événement de ce genre là, ça ne s’oublie pas. Pour évoquer ce soir là, je n’ai jamais parlé de violences policières, de bavure, de brutalité. Pendant longtemps, j’y ai fait référence sous le nom de « l’embrouille » car, au fond, j’étais dans le brouillard le plus complet. Pendant longtemps, je me suis interrogé sans interroger ceux qui se sont fait plaisir sur mon dos pensant que j’étais seul responsable de mon propre épisode malheureux. Pendant longtemps, je me suis détesté, méprisé dans ce que j’avais, consciemment ou non, donné à voir de ma personne, me demandant pourquoi Rémi, David ou Flavien (mes amis d’enfance, très corps traditionnel français et je ne m’en excuse pas) n’avaient jamais subi d’expérience comparable. Pendant longtemps, je me suis trouvé des torts parce que j’étais élevé au pays de l’égalité et qu’il était impensable pour moi que des agents de l’état puissent être du mauvais côté. Je crois même avoir pensé, l’espace d’un instant, que j’aurais été de ceux qui disent aujourd’hui, pour couper court à toute autocritique que nous n’étions pas aux USA, quand même.

 

Flash express : nous retrouvons au beau milieu des années 2000, cinq ans après mon infortune. Depuis, j’ai cumulé des expériences désastreuses avec la police mais, dans mon malheur, je me suis éduqué en prenant connaissance de l’existence de cas de brutalités policières. Je ne me reprochais plus rien même si je savais que je demeurais perdant quoiqu’il arrive alors je tâchais au maximum de ne rien laisser arriver. Quand on laissait passer la foule en gare Saint Lazare mais qu’on filtrait les arabes et les noirs, comme un coup de peigne dans une chevelure parasitée par des poux, pour nous fouiller, je la fermais. Quand un flic me reprenait, pour une clope mal éteinte ou un objet jeté dans une poubelle qui finissait par glisser vers le sol, à base de propos hallucinants par leur liberté de ton et leur racisme (« tu t’es cru chez ta mère ? » , « Hey Zoubida, tu t’es cru au bled ? »), je la fermais. Quand on m’interpellait avant de me déshabiller jusqu’au caleçon (Quartier de l’Opera) parce que j’avais le malheur de passer un portique en gare du nord et de me faire bousculer par une tête blonde qui profitait de mon passage sans mon consentement, je fermais ma gueule. Quand, sur l’esplanade de la défense, on me contrôlait juste avant le boulot et qu’on se permettait de fouiller ma sacoche, mes poches et même le contenu de mon paquet de clopes, je la fermais. Quand une dame se faisait arracher le sac à cent mètres de moi par un blanc et qu’on se jetait littéralement sur moi (malgré les cris de la victime qui leur disait « mais non, c’est pas lui, c’est pas lui ! ») pour me foutre la paix après m’avoir quand même contrôlé avec brutalité sans même s’en excuser, je la fermais. Quand, surpris de me voir seul à manger une glace en lisant un magasine pour ados sur un banc du parc de Bercy comme tant d’autres on me contrôlait sans justification, je la fermais. Et quand un flic décelait un peu de rage et de tristesse en moi et qu’il me disait “si t’es pas content, va te plaindre mais qui va te croire, hein? Qui va t’écouter?” en riant devant ses collègues, je la fermais et je souffrais en silence sans établir de contact avec le monde extérieur par peur de croiser ce regard compatissant mais qui enferme dans le désespoir.

Vous dire pourquoi je la fermais relève d’une seule chose : la famille. Désolé mais, pour moi, la garde à vue ne figurant pas au rang des objectifs à atteindre, j’ai toujours refusé d’empirer ma situation car je n’avais pas les moyens de me battre. J’ai grandi avec des parents humains et respectueux de la Sainte République égalitaire, bernés par l’illusion de la justice, au point d’intérioriser la même culpabilité qui était la mienne. Finir en garde à vue signifiait finir en garde à vue, une action qui n’a pas le droit à un autre chose qu’un arrière goût amer d’échec. Parce qu’on a tous grandi avec une idée, ma foi très fermée, sur le rapport à la Police, cette institution qui nous protège tous, s’occupe d’arrêter les malfrats, de nettoyer les rues, blablabla…. Parce qu’on a intériorisé la loi du cliché, pensant que la police a le droit de mal me traiter parce que j’ai le tort d’avoir la même couleur que ceux qu’on pointe du doigt ou de venir d’un endroit pensé comme siège social de la délinquance d’île de France. Et puis, j’étais déjà incarcéré dans un fantasme injuste et sale, pourquoi prolonger l’incarcération “pour de vrai”?

Je vais vous faire une confession honteuse: sur la question du rapport à la police, j’ai longtemps souffert du syndrome de Stockholm, leur trouvant des justifications quand il n’y avait que matière à s’indigner. J’avais intégré le fameux « et on s’etonne après qu’ils soient racistes », horrible raisonnement par la culpabilité où à force de clichés, on finit par se nier dans ses droits juste pour sauver sa face et se sortir du lot. Être le bon citoyen, arabe lisse, si l’on veut. Avoir tellement envie et besoin d’être respecté qu’on arrive à tout tolérer à commencer par le pire… Quand un flic m’interpellait en plein été et, devinant que je n’étais qu’une taffiole, je riais à ses blagues profondément homophobes et racistes ; quand il me palpait en me parlant de la gay pride en toute légèreté et me traitant de tous les noms, m’informant au passage qu’il savait que j’aimais ça, je prenais son parti contre moi. Quand l’un d’entre eux, après contrôle, devinais que je n’étais pas de la norme sexuelle majoritaire, se prenait de sympathie pour moi et mon sort de pédé de cité (“mon pauvre, j’imagine ces racailles qui doivent te harceler, tu devrais t’en plaindre….”)  je prenais son parti. Quand un flic allait jusqu’à fouiller ma play list sur mon Iphone (rue de Maubeuge, Gare du Nord), émettant des commentaires salaces sur mes choix musicaux, je la fermais et je prenais son parti. Tout ça au nom du “ferme ta gueule, ça t’évitera des emmerdes”.

Puis, j’en dégueulais de rage, quand j’étais seul en face à face avec ma conscience, mais avais-je d’autre choix que de me plier à l’autorité en essayant de me mettre à leur place ?

 

Puis sont venues les premières affaires de violences policières en banlieue. Terrifiantes. Même si j’étais un arabe lisse, un arabe pédale avec de l’argent sur lui, qui jouait les folles devant les flics pour s’éviter un contrôle abusif – une taffiole n’est capable de rien de bien dangereux, c’est bien connu -, j’apprenais que j’avais échappé à la mort. Les choses pouvaient en arriver jusque là. La tentation de fuir me brulait à chaque fois, mais je préférais tout sauf perdre ma vie car je savais que la mort pouvait m’arrêter dans ma fuite.

Parce que, quoi qu’on en dise, dans le rapport à la police, on est toujours du mauvais côté quand on est racisé. Le rebelle, celui dont on dira qu’il a osé un affront, un outrage, celui dont on ne minimisera jamais les actions dans les chroniques, celui dont on ne peut accepter le statut de victime, sera moi. Et la police, quand elle faute, aura le droit à tous les euphémismes, tous les dédouanements possibles. Doit-on encore parler des policiers qui ont été acquittés dans des histoires de meurtres ?

Pourquoi est-ce que des jeunes racisés sont prêts à tout pour échapper à un contrôle de police ? Tout simplement parce qu’on sait qu’on sera toujours perdants. Parce que dès le premier contact, on sait parfaitement qu’on a tout contre nous et on ne remerciera jamais toute la propagande qui nous a rendu coupable avant, pendant et après le rapport policier. On restera jugés avant même d’être accusés, qu’on soit en jean, jogging ou en costume.

 

Bien du temps est passé mais les hématomes sont toujours là. J’ai vécu avec cette tâche sur ma vie qu’aucun produit n’arrivera à effacer, sans même nourrir l’espoir de l’enlever.Et tout qui se passe ici, pas qu’aux Etats Unis, ne fait que la noircir et me rappeler à mes premières mésaventures.

On se gargarise à longueur de journée sur la liberté de penser, de circuler, de critiquer mais pourquoi un tel silence ? Pourquoi se refuser à un comparatif accablant entre la France et les USA sur cette question ? Parce que ça parle de race et de classe, deux notions à bannir parce que ça serait raciste ? D’ailleurs qui a décidé et au nom de qui de ce qui était raciste ou non ? Pourquoi un tel tabou ?

A nos amis blancs de Nuit Debout qui veulent de nous, les racisés, uniquement en renfort comme jadis on voulait de nous pour les pâtisseries à l’école lors des kermesses, pourquoi avoir réfuté cette réalité et l’avoir finalement validée quand elle s’est invitée sous votre nez ? Vous étiez où quand on hurlait notre désespoir ? Pourquoi est-ce qu’un problème n’a le droit d’exister légitimement et sans la moindre suspicion que lorsque vous en faites l’objet ? Et vous voudriez qu’on oublie continuer à nier l’existence des couleurs, des hiérarchies raciales sans même reconnaître l’erreur ?

Mention spéciale tout de même au flic racisé qui exauce les vœux de ventriloques racistes quand il se montre deux fois plus dur avec nous, – un nous qui renvoie aux victimes racisées -, prenant la liberté de nous tutoyer, de placer quelques mots d’arabe des fois, histoire de bien montré qu’il n’est pas de notre camp mais qu’il nous connait, avec nos vices et nos entourloupes. Je ne saurai éprouver autre chose que de la pitié pour toi , exactement comme ces hommes et femmes politiques racisés alibis dont on devine au premier mot la seule fonction…

 

J’aimerais revenir à Adama Traoré pour conclure. Espérer que son âme trouve la paix, finir en beauté comme si c’était possible mais je n’en ai pas la force. Espérer la justice même quand on sait qu’elle aime se dérober à certains d’entre nous. A travers Adama, j’aimerais aussi revenir à toutes ces morts lâches, brutales et injustifiées mais qu’on a apprit à encaisser mais qu’on ne voudra plus jamais tolérer. Attendons que l’enquête sur sa mort aboutisse et ignorons, à titre exceptionnel, le démon du pessimisme qui vit dans un coin de nos têtes et qui aime nous susurrer notre impuissance. Oublions tout ça.

Après avoir été condamné pour discrimination, notre cher Etat ne semble pas souhaiter vouloir se pencher sur la question. Et quand une activiste comme Sihame Assbague ose amener le problème sur la table, on l’accusera plus ou moins de faire monter le FN ou d’exacerber les tensions. Comme si le FN allait changer quelque chose à votre vie… Il n’est pas question de marquer au fer l’intégralité des policiers pour qui j’ai du respect mais de pointer des brutalités et des discriminations qui peuvent entraîner la mort. On n’éprouve aucun mal à pointer du doigt les musulmans pour un attentat, à demander des actes de désolidarisation (comme si, en substance, on sous entendait une solidarité inconditionnelle, presque tribale), qu’attend-on pour agir concrètement ? Qu’attend-t-on pour parler du racisme ? Qu’attend-t-on pour parler du rôle de l’état dans toute cette mascarade ? Combien de morts vous faut-il ? Combien de familles endeuillées vous faut-il ?

Quant à ceux qui se passionnent avec sincérité sur le sujet, auquel ils sont étrangers, mais qui ont le moyen de rédiger des tribunes et des livres, qu’attendez-vous pour lâcher le micro, renoncer à un peu de narcissisme et donner la parole aux concerné-e-s ? Et pour ceux qui, malgré la mort, continuent de trainer les victimes de violences policières dans la boue, comment avez-vous pu renoncer à votre humanité ? Aux aveugles de la couleur, comment pouvez-vous d’une main nous renvoyer à nos origines pour relativiser notre humiliation (« Arrête de te plaindre : au bled, ça doit être pire… ») et nous demander d’être nu de toute appartenance ethnique (c’est assez difficile de passer pour un blanc quand on est bronzé de nature, croyez-moi) ? Aux médias, je sais que vous travaillez sous la pression du journalisme qui fait frissonner mais ayez un peu d’intégrité et dites les choses franchement, sans langue de bois, pour une fois. Quant aux responsables politiques, gênez-vous : vous êtes capable du pire du pire (et la liste est longue), alors, franchement, une petite réforme de la police, qui apaisera bien du monde et des deux côtés, ne ferait pas de mal…

Oui, je parlais de la fameuse promesse sur laquelle certains se sont fait élire.

PS : Pas la peine de venir m’instruire, moi le bougnoule subjectif sur les vertus de la police que j’ignorerais, de me parler des syndicats policiers LGBT, de m’inviter à se tenir la main en écoutant John Lennon, de me demander d’adoucir ma critique ou mon récit, de me faire le classique procès en hystérie, de m’inviter à rêver d’un autre monde, de me demander de retourner dans un “chez-moi” fantasmé sur les bords de la Méditerranée ou de me parler de racisme antiblanc. Par contre, j’invite tout le monde à sortir de sa zone de confort et à regarder la vérité bien en face. Ca pourrait sauver des vies…

Urgence : La Marche de la Dignité

Marche de la dignitéQu’il est loin le temps où les luttes étaient téléguidées par un état qui se voulait bienveillant et où la récupération ne se faisait pas attendre. Qu’il est loin le temps où les racisé-e-s, probablement parce que méprisés dans leur identité multiple (jeunes, banlieusard-e-s, pauvres, “issu-e-s de l’immigration”, etc…) ne pouvaient se révolter qu’à condition de ne pas froisser l’état, de ne pas chambouler l’ordre établi et d’avoir principalement dans leurs rangs des cautions blanches et au profil d’intellectuel. Aujourd’hui, on a marché pour affirmer plus que jamais notre dignité.

Au départ, la marche a été diabolisée avant d’avoir lieu. Entre Yael Mellul, avocate connue pour son soutien inconditionnel à Israël et à sa politique catastrophique, qui a inventé une marche de la dignité avant même qu’elle ait lieu (!) en la faisant passer pour, grande surprise, un évènement antisémite et Caroline Fourest qui relaie un énième mensonge, via la Revue Prochoix, amalgamant Tariq Ramadan, le Hamas, la Manif pour tous, avec l’organisation de la marche, on aura tout fait pour jeter le discrédit sur la Marche. En plus, ce ne sont pas des racistes du FN, mais des “gens bien” qui sonnent l’alerte, vous avez vu! Bref, cet évènement, dont l’appel a été lancé par la Mafed (Marche des Femmes Pour La Dignité) n’a pas bénéficié de la promo dithyrambique et de la large couverture médiatique dont bénéficient les manifestations qui émanent de responsables politiques. Comme d’habitude, les mensonges pleuvent car, pour les dominants, quand on se sent au bout de ses arguments, il ne reste plus qu’une seule arme pour convaincre : diaboliser l’opposant quitte à tomber dans la bassesse, la lâcheté et la calomnie. Mais tant qu’on fait ça “pour la République”

Ici, pas de protestations débiles avec inscriptions au feutres sur corps sveltes et slaves avec slogans sans saveurs, ni réflexion. Cette marche s’inscrit dans la lignée des luttes historiques; ce sont des luttes qui n’ont jamais cessé d’exister car en 30 ans de débats interminables, rarement entre concerné-e-s, mais qui, malheureusement, ne pouvait que continuer à être pertinentes tant la situation des quartiers populaires s’est aggravée. Entre temps, il y a eu des révoltes urbaines, l’aggravation des crimes policiers, une banalisation d’un racisme décomplexé et exacerbé par le mythe d’un racisme anti-blanc, l’augmentation et la féminisation de l’islamophobie, sans oublier la pauvreté dont les quartiers populaires et leurs habitants sont les premières victimes. 2005 a été l’année du coup de projecteur pour les banlieues mais surtout le déclencheur d’une nouvelle génération d’activistes et de militants qui ont marché pour leur dignité, dans une société française ou leur parole est régulièrement confisquée, lorsqu’elle n’est pas déformée ou caricaturée. La Marche de la dignité, c’est l’expression la plus légitime qui puisse exister car elle émane cette fois directement des premier-e-s concerné-e-s qui sont et restent les premier-e-s sur le terrain. Elle échappe non seulement à la tutelle bienveillante et paternaliste du parti socialiste mais est également un message fort envoyé au gouvernement.

Mais les trolls racistes n’ont rien vu de tout ça. Ils ont vu de la racaille (probablement car la marche émanaient de gens “basané-e-s”). D’autres y ont vu de l’anti-France. J’y ai vu de la force. J’y ai vu à la fois la dénonciation du racisme d’état, du capitalisme, du sexisme, des violences policières, de l’impérialisme, la transphobie, l’islamophobie, la négrophobie. Mais ça, les “imbéciles d’en face” comme on les appelle, ils n’y comprennent rien. Aurore Bergé, qui récemment s’affichait en maillot de bain sur twitter lors de la foireuse affaire du Bikini, déclarait: “La est celle de l’indignité. Celle qui appelle au boycott d’Israël et crache sur la République.” Sauf que le chantage au patriotisme bidon (patriotisme flatté par des gens qui se tapent royalement de la France et dont la cause première est de chanteur leur amour pour Israël), pour des gens qui ne se reconnaissent pas dans la République, qui attendent encore l’égalité, la liberté et la fraternité, ça ne marche pas. De même que de se refuser de voir le rapport flagrant entre les oppressions systémiques des habitants des quartiers populaires et de leurs semblables avec l’oppression subie par le peuple palestinien depuis des décennies relève d’une mauvaise foi exemplaire. En réalité, on se solidarise dans la Palestine car c’est devenu un miroir de la situation bien française : une population de quasi enfermement, un apartheid, des lois d’exception (la laïcité a été dévoyée pour contrer les musulmans, n’en déplaise aux trolls religiophobes qui pensent se dédouaner de leur racisme quand ils affirment haïr “toutes les religions”), un taux de chômage monstrueux, une mixité sociale nulle, des moyens réduits et surtout la confiscation de son propre destin qu’on refuse encore aux premier-e-s concerné-e-s d’accomplir.

François Hollande promettait de lutter contre le délit de faciès. On attend toujours. Depuis, son ministre des transports, Alain Vidalies, a déclaré préférer la discrimination au risque d’attentats. En même temps, quand on est un homme blanc “mainstream”, la discrimination, on ne connait pas. On vous souhaite de vivre au quotidien le mépris, l’humiliation et la haine des contrôles systématiques, fondés uniquement sur votre couleur de peau, des jeunes abattus par la Police et nous en reparleront. On reparlera également du récépissé, abandonné par Valls car ce serait une mesure “trop lourde”…. On préfèrera bombarder la Syrie ou valser avec les Saoudiens, c’est certainement moins lourd sur la conscience que de lutter contre les abus dans la police. Les associations qui se solidarisent des victimes de violences policières vous le diront : le but, ce n’est pas d’incriminer l’ensemble du corps policier mais de garantir la liberté à tous de circuler sans contrôle au faciès mais surtout de garantir une vraie paix sociale.

Cette marche a quand même fait des déçu-e-s : pour ceux qui s’attendaient à des hymnes au fondamentalisme, à des “Allahu Akbar” scandés en même temps que des slogans antisémites avec des prières de rue dans le fond, il faudra vous trouver d’autres fantasmes. Par conséquent, on mettra la focale sur la présence du Parti Des Indigènes de La République. Pour l’establishment, il n’est pas concevable de marcher à leurs côtés, tant le PIR est désigné comme sémant la confusion et catégorisant la société; en effet, pour Pierre Kanuty, il est impossible de parler de racisme d’état “quand la ministre de la justice est noire”. Super convaincant… Et pourtant, ce ne sont pas les membres du NPA, d’Europe Ecologie, de l’Union Juive Française pour la Paix, des Juifs et Juives Révolutionnaires ou d’autres organisations anti-racistes qui se sont retenus de marcher pour réaffirmer leur dignité aux côtés du PIR. Une fois de plus, le chantage ne fonctionne pas. Surtout qu’en face, quand il est question, dans le camp dit “progressiste”, de lutter en faveur de la prostitution, cela ne gêne personne de faire ami-ami avec Guy Geoffroy dont les positions anti “mariage pour tous” ne semblent pas tout à fait rimer avec celles des abolitionnistes. Qu’on taxe le PIR d’antisémitisme est un sujet qui mérite, au moins, qu’on mette à plat tout ça une bonne fois pour toutes mais qu’on en fasse la raison principale du dénigrement de cette marche prouve, une fois de plus, combien l’establishment déteste qu’une lutte lui échappe des mains. Qu’est-ce qu’on déteste voir des dominés s’organiser, s’émanciper, se libérer, entreprendre ses luttes pour sa propre destinée! En réalité, qu’on le veuille ou non, la Marche est la synthèse de réflexions issues de décennies de luttes. On se lève pas un beau matin avec un sentiment de révolte; cette Marche est un événement majeur qui rappelle des affaires d’injustices flagrantes (Zyed et Bouna, Amine Bentounsi, Ali Ziri, Lamine Dieng, Mahmadou Marenga, Abou Bakari Tandia, Samir Abbache, Taoufik El-Amri, Albertine Sow, Louis Mendy, Chulan Liu, Lamba Soukouna, Remy Fraisse, etc…). On a hérité des fondements des luttes historiques qui permettent de repenser la dignité dans une société ou le racisme est d’Etat. Pour la personne non concernée, comprenez que le racisme d’état vous consume de l’intérieur, vous fait haïr et mépriser votre propre être (ce qui a pour conséquence d’engendre des individu-e-s comme Lydia Guirous et autres personnes qui détestent ce qu’elles sont) et aujourd’hui, la dignité de cette marche, c’est de clamer haut une résistance.

FemmesLes femmes ont porté la Marche. Elles étaient, dans leur immense diversité, présentes sur tous les fronts. On a rendu hommage à ces combattantes qui compilent des tas d’oppressions et qu’on a utilisées contre les hommes des banlieues qui, comme on le sait tous grâce à des associations comme NPNS (merci le PS!), seraient plus machistes et violents que les hommes blancs qui ne vivent pas dans les quartiers populaires. J’ai vu des femmes au discours sans appel mais néanmoins drôle (“Ta main dans mon afro, mon poing dans ta gueule!”), des femmes qui luttaient à la fois contre le capitalisme et le sexisme, des femmes qui rendaient hommages à leurs soeurs des pays du sud sans l’universalisme blanc narcissique. J’ai entendu les paroles de Stella Magliani Belkacem qui a rappelé que le changement ne pouvait venir que de luttes, admiré les femmes en luttes du 93, écouté Amal Bentounssi. J’ai entendu des discours trop souvent décriés comme étant “anti france” là où la France se prive de ce qui pourrait la sauver : la dignité des plus dominés. Ces femmes et ces hommes, qu’ils soient issus des organisations féministes, de la brigade anti-négrophobie, des Indivisibles ou d’associations anti impéralistes, nous ont montré par leur seule présence et parfois dans leurs mots durs que la dignité est notre plus grande arme. Quoi de plus normal que la Marraine de cette marche soit Angela Davis, icône incontestable des luttes féministes et anti racistes!

En conclusion, aux sceptiques des luttes non encadrées par le blantriarcat, aux frileux de la révolte populaire, aux mythomanes pyromanes, aux analphabètes de la dignité, sachez que vous avez perdu. Pas une guerre ou une bataille mais vous avez perdu la main sur nous. Nous ne serons plus jamais instrumentalisés par un quelconque pouvoir, qu’il soit de gauche ou de droite. Nous nous refusons à nous haïr entre nous pour que vous vous sentiez bien au dessus de nous. Nous nous refusons à vous laisser définir NOS luttes, NOS oppressions et NOTRE dignité. Vous qui nous avez tant sermonné sur tant de sujets sans jamais vous exprimer sur ce qui nous a profondément meurtri (la précarité, la marginalisation, la discrimination, les farces artistiquement racistes comme Exhibit B, etc…) tout en perdant du temps à disqualifier des concepts comme l’islamophobie, la “race” ou la gentifrication par manque de reconnaissance de votre propre racisme mais aussi par ignorance, vous n’avez plus de pouvoir sur nos propres luttes. Nous avons notre agenda et il sera contre l’oppression. Nous sommes tous et toutes solidaires de toute notre âme envers les victimes de la violence, qu’elle soit nationale ou internationale et qu’elles se trouvent en occident ou ailleurs. Le charlisme d’état, l’antiracisme niais et raciste, le refus de certaines réalités sémantiques ou sociétales, la hiérarchisation des oppressions, la concurrence des luttes, la surveillance de masse, l’instrumentalisation des blessures, la violence d’état et notre invisibilisation… On en veut pas. Et on luttera. Et on n’attend pas que la licra, Sos Racisme ou Gilles Clavreul et autres “antiracistes de canapés” se manifestent pour affirmer NOTRE dignité à nous.

PS : Bien essayé le chantage. Mais… venant de la part de personnes qui, pour le coup, font VRAIMENT monter le #FN dans ce pays, gardez vos conseils pour vous. Le #FN, c’est juste la pointe de l’iceberg, la caricature. Mais avant la caricatures, il y a beaucoup de monde et qui ne s’en rend même pas compte… tant les esprits ne sont pas décolonisés.

Ils viennent de découvrir ce que c’est que d’être noir-e, chez libé !

Avec la diffusion de “Trop Noire pour être française?” sur Arte, la rédac’ blanche de chez Libé vient de faire la découverte du siècle. Non, chez libé, quand on ne dénigre pas le vote de la Grèce qu’on rapproche sans honte du FN juste pour mieux vomir la décision d’un peuple, on découvre les noir-e-s ! Vous pensiez que l’abolition de l’esclavage, que les (peu nombreux) débats sur la colonisation et la traite négrière, les élections d’Obama, l’attentat de Charleston et les émeutes de Ferguson & Baltimore avaient éduqué Libé sur la question noire? Vous êtes d’une naïveté, pauvres amis! Bien entendu, chez Libé, pour parler de noirs, on est blanc. On est des “non basanés”, des “non recalés du corps traditionnel français”, des “sans commentaire”, des exclus du marché juteux du racisme, des chanceux (ou chanceuses) qui ne connaissent pas le bonheur de vivre une vie dans laquelle on vous demande assez souvent d’où vous venez puis d’où vous venez “à la base, quoi” vu que “je suis français-e” ne suffit jamais comme réponse. Mais bon, après, on parlera d’intégration, oubliant que c’est à ceux qui ne voient la francité qu’à travers la blanchité de faire le travail…

Ainsi, Libé découvre les noir-e-s et s’intéresse, à l’occasion d’un documentaire, à cette problématique. Un appel aux témoignages a été lancé… et j’en ai ri. Comme si les témoignages étaient rares au point de nécessiter une telle mobilisation. Comme si “nous” n’en parlions pas assez. Comme si Rokhaya Diallo, Amandine Gay ou même le collectif Mwasi n’existaient pas mais bon, souvenons-nous que Libé est un journal pro-establishment qui doit forcément considérer les sources citées précédemment comme étant de mauvaise qualité… parce qu’elle ne sont pas blanches et donc n’ont pas de caution intellectuelle ? Je n’ose le croire… Mais Libé est un journal où travaillent de grandes intellectuelles comme Elsa Maudet qui, grosse surprise, vient de découvrir qu’un hastag comme #TuSaisQueTesNoirEnFranceQuand est l’occasion pour le racisme le plus décomplexé de s’exprimer sans la moindre retenue. Passé ce constat, l’article de Maudet laisse place aux témoignages, 100 fois lus et entendus mais qui, pour des oreilles et des yeux blancs doivent ruisseler de subversion! Du jamais vu au pays des ignorants.

La

La niaiserie antiraciste…

S’ensuit une interview de la réalisatrice du documentaire «Trop noire pour être Française ?», Isabelle Boni-Claverie, toujours par Elsa Maudet et dont les questions trahissent sa candeur. En effet, non seulement, les questions posées dans l’entretien sont aussi basiques qu’un formulaire d’entrée sur le sol canadien mais surtout… on évite les questions qui sont trop subversives (pour libé ?).  Maudet apprend de la bouche de la réalisatrice que «si les stéréotypes perdurent, c’est qu’ils ont une utilité sociale» et demande laquelle (!). Je n’ose croire que c’est la méconnaissance d’un sujet aussi complexe ou tout simplement l’ignorance qui nécessite un complément d’informations. C’est ici vous dire le fossé qu’il y a entre ces gens comme Elsa Maudet, blancs, non racistes (sans être antiracistes non plus) avec leur vie bien propre qui n’ont pas à souffrir du moindre stéréotype qui soit handicapant pour eux ou elles et la vie des autres qui est souvent faite de galères et de stigmatisation. Cette simple question et toute la naïveté qui en découle prouve combien les non concerné-e-s par les oppressions racistes mais qui se veulent souvent être les plus mobilisé-e-s au nom d’un certain humanisme propre à leur “rang” sont à des lieux de s’imaginer la dure réalité de l’existence noire. Pour ces gens là, le racisme, c’est brutal, caricatural et ça a les traits d’un Lepéniste en puissance ou d’un skinhead et rien d’autre. On nie au passage que le racisme est un système d’une perversité inouïe et qu’il traverse la société puisqu’il est tout simplement structurel. On nie également que le racisme, de gauche à droite, tend à conforter les majorités dans leurs position dominantes sur le dos de minorités et que le discours ambiant a tellement bien prit que même nos plus grands anti-racistes blancs… finissent des fois par faire preuve de racisme à leur tour ! Le racisme, c’est pas juste le cortège du FN, ce sont également et surtout, le refus de décoloniser son esprit, le refus de prendre conscience de la pleine humanité d’une personne de couleur en la renvoyant systématiquement à ses origines comme on renvoie systématiquement les femmes à leur féminité (ou l’idée qu’on se fait de la féminité) pour leur éviter d’exister autrement. Mais ça, Elsa Maudet n’en parlera jamais.

Une interview qui traite du racisme anti-noir. Ok. Mais éviter les contextes historiques, les questions liées à l’héritage colonial et les luttes de ces cinquante dernières années, c’est ce qui s’appelle une faute de débutante… C’est comme parler des conflits qui perdurent actuellement en Irak et en Syrie sans jamais faire référence à leur contexte mais également à ce qui les a précédé. De ce fait, l’article d’Elsa Maudet, par sa simplicité et sa naïveté s’inscrit dans la lignée de cette culture cruche de l’antiracisme niais, tellement estampillé “Parti Socialiste”, tellement estampillé “S.O.S Racisme”, qui ne remet jamais en question ses privilèges, qui fait de l’émotionnel sur une discrimination raciale sans jamais montrer à qui elle profite ni même admettre que le racisme profite toujours aux dominants, qui ne voit aucun mal dans des panels avec 99% de blancs venus discuter de racisme et d’exclusion à la place des principaux concernés, qui nie d’autres paroles en leur ôtant toute légitimité, qui ne questionne jamais le racisme d’état, ni même les deux poids / deux mesures qui sont la faute de tout l’échiquier politique et qui n’admet jamais le racisme de son antiracisme. Bon courage à toutes celles et tous ceux qui n’éprouvent aucun complexe à donner dans la niaiserie journalistique, à caresser des problématiques dans le sens du poil sans oser aller là où on aimerait tant qu’ils aillent. Mais bon, il parait que c’est pas bon pour le vivre-ensemble, alors…

 

Chrétiens d’Orient, Crétins d’Occident

“Tout le monde passe sa vie à apprendre comment faire du troc : Il suffit de savoir qui a besoin de quoi pour manipuler les gens comme on veut.” écrivait Anita Nair dans L’inconnue de Bangalore en 2013. Et malheureusement, il est triste de constater combien cette simple citation est criante de vérité lorsque le sujet des chrétiens d’Orient est amené sur la table. Parce qu’en occident, après les droits des LGBT en contrée exotique ou les droits des femmes en “terre d’Islam”, il faut encore vendre le choc des civilisations en récupérant à son compte le triste sort d’un groupe plus ou moins minoritaire, à savoir les “Chrétiens d’Orient”.

On découvre un christianisme arabe alors qu’on pensait les arabes comme étant exclusivement musulmans. Mais là, grosse émotion : on a découvert en 2014 les chrétiens d’orient et on s’arrête à ça sans jamais expliquer leur histoire, leurs différences internes et leurs différents statuts selon les sociétés dans lesquelles ils existent. L’expression est sensée “nous parler”, comme s’il s’agissait d’un groupe lisse et uniforme sauf que, pour toute personne un peu instruite sur le sujet, les chrétiens du Liban dans toute leur diversité, ne sont pas les mêmes que ceux d’Irak, de Syrie ou d’Egypte. A l’intérieur des pays dans lesquels ils se trouvent, ils sont tout aussi arabes que les autres croyants et n’ont aucune spécificité particulière à l’exception de leur religion. Malheureusement, l’espèce d’engouement médiatique pour ces minorités occulte cette réalité car on aime se plaire dans l’idée d’un groupe monolithique qui serait devenu la cible prioritaire, voir exclusive des attaques. Dans un occident qui fait encore référence à ses racines chrétiennes pour mieux renier ses musulmans, le sort des arabes chrétiens résonne :  ce sont “nos chrétiens à nous” qui souffrent, de “bons arabes” avec qui la solidarité est presque innée car ils sont chrétiens. La machine est lâchée : on arbore la lettre “nûn” dans son nom sur les réseaux sociaux pour se solidariser des victimes chrétiennes de l’Etat islamique (cette lettre faisant référence aux nazaréens, littéralement “peuple de nazareth” en arabe) et on poste quelques photos d’églises vandalisées. On parle de ces chrétiens du matin au soir, comme s’ils étaient les seuls victimes et sans jamais reprendre l’histoire là où elle a commencé. Non, en occident, on ne fait pas de pédagogie et on présente un tableau qui peut mettre d’accord à peu près tout le monde : les laïques, les islamophobes, les chrétiens les plus fervents et mêmes les athées “bouffeurs de curé” sont submergé d’une émotion jusqu’à présent inédite. A l’UMP (enfin… chez les Républicains…), on se mobilise et à fond. Pécresse et Fillon parlent de minorités persécutées et se demandent même “Si l’Etat français ne se préoccupe pas des chrétiens d’Orient, quel État le fera?”. Le PS se félicite des efforts déployés par la France et appelle la communauté internationale à réagir. Bon, au FN, même si on ne veut pas les accueillir, on veut quand même attirer l’attention sur la situation des réfugiés Syriens chrétiens au Liban. Et les autres groupes religieux ? On s’en fiche.

Une étrange solidarité qui en dit long sur l’idée qu’on se fait de l’Orient…

Parce qu’en réalité, le soutien des occidentaux aux Chrétiens d’Orient n’est qu’un soutien d’occidentaux à d’autres occidentaux mais qu’on voit différemment; en effet, le terme “orient” est complètement figé en occident. Chez nous, Orient veut dire arabo-musulman et rien d’autre. L’Orient, en occident, c’est l’Islam ou, quand on est un peu rigoureux, des Islams. Ainsi, toute personne issue de l’Orient mais étant d’obédience chrétienne est perçue comme occidentale parce qu’on croit encore que le Christianisme est une spécificité occidentale… d’où ce rapprochement avec ces chrétiens d’orient. Inutile de rappeler aux pasionarias de la cause des Chrétiens d’Orient que les trois monothéismes sont nés en Orient et sont donc, avant tout, orientaux, avant de s’être étalés jusqu’en occident. Inutile également de leur rappeler qu’en mettant la focale uniquement sur les chrétiens, on donne l’impression que le sort des autres groupes ne les intéresse pas, voir même qu’il les indiffère. Inutile aussi de leur montrer que cette vague de sympathie pour les minorités chrétiennes donne l’impression, en plein débat sur la laïcité et le communautarisme, qu’on ne s’émeut que du sort de “ceux qui nous ressemblent dans nos racines les plus profondes”. Inutilement également de leur rappeler que d’appeler à la solidarité envers un groupe persécuté qui fuit la guerre alors qu’on refoule sur notre sol des gens qui fuient également des persécutions, c’est juste se moquer du monde. Enfin, inutile de ne pas voir ici une contradiction évidente de la classe politique qui considère communautariste tout soutien à la Palestine (où, curieusement, les chrétiens palestiniens, lorsqu’ils sont victimes des politiques sanguinaires de l’Etat d’Israel n’ont jamais eu le droit à un tel soutien) sans voir dans son soutien aux chrétiens d’Orient un soutien tout aussi… “communautariste” ?

pho604a386a-10e9-11e4-9ed5-8037e64775c4-805x453_1Le Vatican a demandé aux leaders musulmans de prendre position en faveur des chrétiens d’Orient, un peu à la manière de Carayon (UMP) qui avait demandé aux français de confession musulmane de prouver leur “islam modéré” en manifestant en masse. On apprécie le conseil! On peut également demander à tous ces députés émus de manifester leur refus de la violence en se désolidarisant de tous les responsables politiques occidentaux qui ont enclenché des guerres au Moyen Orient, tuant au passage, qu’ils le veulent ou non, des musulmans ET des chrétiens. Et si ces hommes politiques sont tellement émus de la situation actuelle des chrétiens d’orient, pourquoi se bornent-ils à n’en parler que maintenant qu’ils subissent la barbarie de l’Etat Islamique (Daesh) ? Pourquoi ne pas remonter aux origines du problème, à savoir le soutien à des interventions impérialistes, à des régimes dictatoriaux et à une colonisation qui n’en finit plus ? Pourquoi ne jamais dire explicitement que si nous n’avions pas soutenu ces guerres, si nous n’avions pas accepté de danser avec des dictateurs, rien de ce qui se passe actuellement ne s’y passerait ? Pourquoi récupérer de façon aussi fallacieuse le tragique sort d’une partie de l’orient – la bonne car elle pratique une religion “bien de chez nous”, sans halal ni imam – alors qu’il s’agit d’une crise qui n’épargne personne ? Pourquoi choisir nos victimes ? Et surtout, pourquoi entretenir l’idée d’une minorité plus persécutée que d’autres alors que Chrétiens & Musulmans résistent ensemble ? N’est-ce pas là une formidable et presque respectable façon de faire vivre le mythe de la guerre des civilisations ?

Je ne vais pas parler de Gaza. Non pas que je trouve logique qu’on parle de communautarisme toujours pour les mêmes (noir-e-s, arabes et musulman-e-s dans la plupart des cas) et qu’on leur demande de montrer patte blanche alors qu’il n’a jamais été demandé à un seul juif “d’occident” de se démarquer de l’occupation Israëlienne. Simplement parce que les chrétiens de Gaza, qui subissent également des violences, ne sont jamais inclus dans le groupe “chrétiens d’Orient” car leur oppression vient d’un occupant qui n’est pas musulman. Des juifs (Israël) ou des chrétiens (usa) qui buttent de l’oriental, majoritairement musulman, mais aussi chrétien des fois, ça ne plait pas, tout comme des musulmans qui s’entretuent ne font plus vendre de papier et ne font plus pleurer nos politiques. Pourquoi en débattre? On vous parlera de femmes qui se libèrent de la Burqa, de combattantes Kurdes sexy à en réchauffer la banquise et de persécutions atroces commises par des monstres qui osent encore se réclamer de l’Islam car c’est bien ce qui est visé. La seule chose vaguement musulmane qui interesse la populace, c’est un sensationnalisme du plus mauvais goût aux travers d’images chocs montrant la destruction d’oeuvres d’art de l’âge d’or de l’Islam et d’avant. Une belle façon subliminale, en plein débat populaire sur “la liberté d’expression”, de bien montrer la barbarie musulmane dans toute sa splendeur. Les Chrétiens d’Orient permettent également, aux chers peuples démocratiques toujours éclairés, de montrer leur soudaine générosité en terme d’immigration comme on a pu le voir dans le supplément où une famille chrétienne d’Irak est accueillie par une famille française dans le Nord… à une époque où la France expulse comme jamais et sans le moindre complexe et où Eric Woerth joue avec nos instincts les plus bas en mélangeant les concepts d’immigration dite “musulmane” et d’acquisition de nationalité française. Sarkozy compare même l’afflux de migrants à des dégâts des eaux… Sympa. Et après, ils oseront vous parler, la larme à l’oeil, des chrétiens persécutés d’Orient sans rien faire d’autre que d’en parler. On aurait aimer voir nos élites politiques qui font preuve d’un tel humanisme et d’une telle compassion pleurer le sort des Rohingyas qui sont un peuple, musulman cette fois, mais surtout le plus persécuté d’après l’ONU. On aimerait également voir ces personnalités médiatico-politiques de Droite aux USA qui pleurent les massacres de Chrétiens en Irak alors qu’ils ont applaudit la guerre. On aimerait également voir plus de reportages sur les origines du conflit, qu’il s’agisse de la création de Daesh, mais aussi un comparatif un peu plus réaliste entre l’Irak d’avant et l’Irak d’après vu que certains s’obstinent à croire qu’on a bien fait d’aller envahir un pays souverain pour destituer un dictateur “au nom de la liberté” en même temps qu’on se promène main dans la main avec des chefs d’état d’Orient qui sont loin d’être des champions des droits de l’homme ET de la démocratie.

Le Terrorisme, les massacres et les persécutions qui nous intéressent sont ceux qui mettent en scène la domination musulmane

Alors cessons de parler à tout va d’union nationale, d’égalité et de solidarité quand on a encore des réflexes de caste et recours à des expressions comme “chrétiens d’Orient” pour créer des hiérarchies entre les victimes et choisir quel peuple nous émeut prioritairement et comment on va se servir d’un conflit à des kilomètres de chez nous pour mieux manipuler nos peuples. Si on veut nous toucher dans nos émotions les plus profondes, nous toucher dans ce qui nous reste d’humain, commençons par cesser de s’ingérer dans les histoires politiques d’autres pays, commençons par réfléchir et écouter tout le monde avant d’envahir, de coloniser, de déshumaniser et de piller. Et rappelons nous qu’il est facile de nous faire croire en l’idée d’un islam qui aurait le monopole de la barbarie quand on sait que la barbarie de Daesh n’existe pas sans l’Occident, que nos militaires français – et donc engagés en notre nom -, s’en donnent à coeur joie en violant des petits africains, que 9 noirs ont été tués dans une église par un homme blanc sans connexion à un quelconque groupe musulman, qu’un athée à tué 3 musulmans de sang froid au seul motifs qu’ils étaient musulmans, que nous avons – par le biais de nos élus – soutenu les pires opérations, qu’il y a déjà eu cette année des actes de terrorisme mais passés sous silence car non opérés par des musulmans et surtout, que des colons israéliens s’en prennent à des lieux de culte Chrétiens exactement avec la même violence aveugle que l’Etat Islamique mais jamais faire la Une, mais surtout rappelons nous qu’il est facile de présenter des faits pour leur donner une dimension bien spécifique à partir du moment où on est dans une démarche de manipulation des esprits qui ne profite qu’à un tout petit groupe d’individus qui n’a que faire du peuple qui l’a porté dans les sphères les plus hautes du pouvoir.

Lydia Guirous : Nouvelle PomPom Girl de l’Islamophobie décomplexée ?

Au rayon des nouvelles venues opportunistes à tendance caution « beur », je vous présente Lydia Guirous ! Quoi ? Vous ne connaissez pas la toute dernière coqueluche de l’UMP ? Vous devriez, pour commencer, la suivre sur Twitter, puis lire ses différentes interviews qui foisonnent actuellement. Hélas, avec un tel patronyme et un tel faciès, cette personne n’est utile à l’UMP que dans le rôle de l’arabe du moment, une espèce de relève à Rachida Dati pour parler des seuls thèmes qu’une personne de sa catégorie semble avoir le droit d’aborder, à savoir tout ce qui a à voir, de loin ou de près, avec l’Islam, de préférence sous le spectre de l’islamisation rampante, du communautariste islamiste, du halal généralisé et autres faits présentés à la France contemporaine comme étant les causes principales des maux de notre époque. Oui, je sais : ça pue l’arnaque et le plan B mais “ils” veulent qu’on y croit, alors, allons-y et croyons.

guirDonc après NPNS, voici Lydia Guirous. Difficile de ne pas voir de rapport entre un mouvement qui a contribué à racialiser la question du sexisme dit “de banlieue” et les premiers pas de cette figure du militantisme islamophobe beauf tant le concept est similaire : on va prendre une maghrébine un minimum instruite” (comprenez par là “une arabe qui ne fait pas trop caillera et qui a un brushing soigné”), qui adore la France à en crever et surtout qui est tellement consciente de sa chance qu’elle défend sa patrie comme une VRAIE française bien de chez nous ; à l’UMP, Lydia Guirous occupe le poste de secrétaire nationale en charge des valeurs de la République et de la laïcité parce que à Droite, on a comprit que la politique qui touche à ce qui n’est pas “issu du corps traditionnel français”, c’est pour les arabes et des noirs. On ne laisse pas aux arabes et noirs le soin de s’occuper de l’économie ou de la culture : les personnes racisées sont utilisées pour des “trucs de racisés”. Le concept n’a rien de nouveau pour le citoyen averti: les noms de Fadela Amara, Safia Lebdi, Loubna Méliane et autres figures d’origine maghrébines propulsées dans des groupes qui émanent du pouvoir doivent vous dire quelque chose…

Lydia Guirous est ce que la République aime considérer comme un pur produit de l’intégration réussie, garanti 0% islam, 100% « laïcité » de combat et d’exclusion. Admirez : elle est née en Kabylie, arrivée en France à 6 ans, a réussi ses études avant de se retrouver promue chez l’UMP comme nouvelle pompom girl de l’islamophobie d’état. L’exclusion des lycéennes portant le voile ou une robe longue ? Elle est pour, car c’est une provocation. Même son de cloche pour les mamans voilées accompagnant les enfants lors des sorties scolaires, les repas de substitution dans les cantines et l’invisibilité de l’islam dans sa “République”. Par contre, elle ne mettra pas sur le même plan le catholicisme, puisqu’elle considère qu’il a une histoire riche de 2000 ans en France, ce qui est faux, comme une certaine… Marine Le Pen. La laïcité qui ne traite pas toutes les religions à égalité ? Fallait l’inventer. Enfin, tout cela devrait être normal selon elle, au nom du “vivre ensemble”, le nouveau slogan de ceux et celles qui vivent surtout “entre eux”, non pas parce qu’ils sont réunies autour de valeurs fédératrices universelles mais entre privilégiés à des niveaux différents mais à l’intérieur d’une même caste. A écouter Lydia Guirous, tout va bien en France pour tout le monde  à condition de “travailler”. Donc échec = pas travaillé. En aucun cas, Lydia Guirous ne mentionne le fait qu’on ne puisse pas réussir même en ayant travaillé car elle se veut comme preuve vivante de la réussite; Elle y est arrivée ? Vous devez donc y arriver, c’est aussi simple que ça pour elle. Faute d’avoir des arguments, Lydia Guirous a systématiquement recours à des anecdotes personnelles pour expliquer comment s’en sortir… comme si chaque personne était identique, qu’il n’y avait que le travail qui pouvait permettre de s’élever socialement et niant qu’il existe dans notre société une longue liste d’obstacles qui varient d’une personne à l’autre. Rien de bien nouveau pour la Droite décomplexée et son discours moraliste, qui ignore la réalité des mécanismes d’exclusion, du rejet et de la marginalisation. Et avec une maghrébine comme porte parole de ce discours, la voix des principaux marginalisés est invalidée puisqu’on l’a devant vous, cette preuve que le travail paie toujours ! Et comme si cela ne suffisait pas, il faut que Mme Guirous publie un livre pour valider son parcours et s’acheter une crédibilité dans le paysage médiatico-politique. Bon, je dois avouer que n’ayant pas d’insomnies, je n’ai pas eu à lire son pavé dans son intégralité mais le peu qui en ressort est à l’image de son auteure : narcissique, manichéen et niais. Ca s’appelle « Allah est grand et La République aussi ». Un titre bidon  met en concurrence l’Islam et la République sur un mode du  « ok, vous pouvez croire mais à condition de respecter les lois de la tout aussi divine République, quand même !» pour un ouvrage à l’argumentation faible sensé sceller « l’engagement pour la France » de son auteure. Pour une femme qui se dit féministe et qui donc, par définition, sait combien une catégorie d’individus doit lutter contre les stéréotypes et les amalgames pour conquérir sa liberté et sa dignité, Lydia Guirous excelle dans la contradiction en produisant à son tour une série d’amalgames qui contribuent à renforcer l’ambiance “péril islamique français” de son livre. Par ailleurs, faute grave de l’auteure : aucune “solution” concrète et/ ou un minimum subversive n’est apportée pour résoudre les problèmes dont elle parle sans même évoquer leurs origines… Faut de temps, sans doute. Par contre, pour ceux qui sont à la recherche de déclarations d’amour à la France, de séances de self adoration, lisez son livre : l’auteure ne manque pas une occasion d’étaler son “jeune” parcours comme s’il avait quelque chose d’extraordinaire, tout en criant son amour de cette République toujours généreuse et fondamentalement égalitaire qui aurait abdiqué face aux musulmans qui sont tous apprentis intégristes ou déjà intégristes… Lydia Guirous ne manque pas une occasion de se présenter en victime qui s’est sacrifiée, en usant et en abusant des termes à la mode qu’elle oppose entre eux (communautarisme / vivre ensemble, islam / laïcité, ect…) mais en veillant à se présenter toujours comme étant LA résistante. Yamina Benguigui pourrait en faire un film !

J’attends que Mme Guirous, qui, comme d’autres qui l’ont précédée dans le rôle de la Zoubida de Droite, nous explique réellement en quoi ses dires et ses prises de position vont contrer le grand méchant FN ? En quoi amalgamer, mentir, rabaisser et stigmatiser permet de ne pas faire le jeu du FN et « faire avancer les choses » ? En quoi se la jouer « plus française » que la « française », à détourner volontairement le sens des propos de ses adversaires politiques en leur faisant dire ce qu’ils n’ont jamais dit, donne envie à un seul musulman ou une seule musulmane, fussent- ils « modérés », l’envie de la soutenir dans sa lutte ? Lydia, ça fait quoi de devenir la mascotte de revues comme Valeurs Actuelles, Causeur et Dreuz ou de sites comme Riposte Laïque? Ca fait quoi d’avoir, dans ses soutiens les plus fervents, des magazines qui ne cachent rien de leur soutien aux interventions militaires colonialistes au moyen orient, leur homophobie et leur antisémitisme ? Ca fait quoi de n’exister politiquement qu’à travers une critique de la gauche et de son “laxisme” et de n’être instrumentalisée que pour ça ? Je ne m’adresse même pas à la « musulmane » ou à la maghrébine d’origine mais je parle à celle n’a que les termes “république », de méritocratie, de justice et d’égalité à la bouche veut contribuer à “améliorer la situation” et je demande : ça fait quoi d’être uniquement invitée dans les médias comme figure politique de la Droite pour parler de la problématique quartiers / islam / intégrisme et complètement mise de côté pour parler d’économie, d’éducation, de fiscalité ou d’entreprenariat ? Ca va, la conscience, pas trop l’impression de servir les dominants pour mieux écraser les dominés qui eux, ne peuvent parler, que s’ils adoptent une posture d’assimilé blanchi dans le reni de ses origines ?

Ce qui est succulent avec les pompom girls de l’islamophobie comme Lydia Guirous, c’est de lire sur leur visage et au son de leur voix leur douleur quand l’autorité blanche “bien française” leur rappelle qu’elles ne sont pas “comme eux”. C’était le cas lors de son passage sur TV5, lorsque Patrick Simonin l’a présentée comme une « jeune immigrée Kabyle arrivée en France avec un rêve français », ce à quoi l’intéressée a immédiatement répondu « je suis Française! », avec la réactivité qui trahissait sa gêne. Parce que le rêve français dont Lydia Guerous parle sans jamais réellement le définir, c’est ça : être française “sans commentaire”. Mais, très chère Lydia, vous souffrez et vous avez beau couvrir la “République” d’amour et de déclarations passionnées, elle, par le biais d’un journaliste lambda vous renvoie à votre case et à votre caste l’air de dire “vous êtes quand même bien différente”, histoire de vous humilier dans une justification à laquelle vous répondez spontanément comme pour vous prouver à vous même votre francité qui est refusée par ceux qui, en dépit de vos “efforts” et de vos engagement vous voient encore comme une Kabyle… Et là, on a juste envie de demander à Lydia Guirous si “travailler”, comme elle le prétend, ça contribue à ce que des journalistes s’adressent à elle sans avoir à lui renvoyer ses origines en pleine face et en la présentant comme une immigrée, fraîchement débarquée. Comme quoi, ça ne sert à rien de taper tant sur ses semblables qui “fautent” en s’affichant en hijab, babouches et djellabah, mangent halal, ect… Plus tard, Lydia Guirous a été interrogée sur le débat autour de l’interdiction du voile à l’université (quand je vous dis qu’elle n’est “bonne qu’à ça”…) et a eu l’occasion de prendre sa petite revanche lorsqu’elle a  déclaré « Quand je vais en Algérie, je quitte ma mini jupe, les étrangers doivent quitter le voile à l’université ». Waw ! Les femmes voilées sont donc des étrangères ? Un voile est porteur d’une nationalité ? Vous avez le même discours sur la couleur de peau et de cheveux ou ça s’arrête avant ? Du coup, vous, par votre faciès, accepteriez-vous que l’on vous catalogue “étrangère” en niant votre francité comme vous vous le permettez avec les femmes voilées ? Cela peut paraitre secondaire mais cet amalgame là montre à quel point Lydia Guirous a intériorisé l’amalgame nauséabond largement répandu qui veut que la francité soit quelque chose qui “se voit” sur une personne. Et ça sort de la bouche d’une femme qui a été présentée comme une immigrée et qui est loin de représenter physiquement l’image que l’on se fait de la Française “typique”…

Je suis à peu près tout les médias dans lesquels cette femme peut s’exprimer. Non pas par pur sadisme mais parce que, comme c’était le cas avec Benjamin Lancar, j’aime assister aux séances de tapinage médiatique où l’apprenti-e UMPien-ne se veut plus UMP que l’UMP et dans le cas de Lydia Guirous, plus français que le français au point de décider du haut de sa “grandeur” qui est républicain, laïque ou juste bon à se faire virer. Je ne peux m’empêcher d’imaginer les cadres blancs de son parti se frotter les mains en la voyant intervenir et en se disant “elle parle bien, t’as vu, elle est bien!” parce qu’elle sert avec brio les idées de l’UMP. Regardez chacune de ses interventions : elle agit en porte parole de l’UMP sur des thématiques délicates mais qui, dans la bouche d’une arabe, ne peuvent être taxées de racisme. Son passage le plus remarqué est évidemment chez Taddei sur France 3, où à court d’argument, elle a confessé, grosso modo, que l’égalité homme – femme était une utopie (!), mais où elle a également révélé sa méthode; pour exister, il suffit de donner dans le « moi je », signe de son égocentricité et son carriérisme, mais aussi de faire des raccourcis ridicules (critique d’une situation d’une France = “vous savez, être français c’est pas une insulte, c’est pas un gros mot”) pour mieux se placer en détentrice de la vérité, quitte à nier les réalités sociales. A l’écouter, pas d’islamophobie ni de racisme en France. Les attaques contre les mosquées et les agressions, ça ne compte pas ? Ou alors c’est mérité étant donné le contexte de fondamentalisme largement relayé par les médias, donc ça n’a aucune valeur à ses yeux ? On dirait… Et nier ne fait qu’empirer les choses. Car dire qu’il n’y a pas d’islamophobie juste parce qu’on ne l’a pas vécue personnellement, c’est à peu près aussi immonde que ces personnes qui balaient de la main l’existence de l’insulte raciste ou sexiste parce qu’ils ne l’ont pas vécue.

Je ne vais même pas m’eterniser sur les concepts bidons dont parle Guirous, comme le fameux “complexe du colonisé” qui expliquerait que la France aurait capitulé face aux musulmans qui sont tous des salafistes en puissance… Ni même commenter les anecdotes personnelles destinées à lui garantir un statut de victime, tant chéri par des gens comme Valérie Toranian qui adorent les musulmanes opprimées ou ex-musulmanes survivantes de l’islam des cités devenues émancipées grâce à la laïcité salvatrice et tout le tralala… Non. Je ne vais pas m’étendre non plus sur l’arnaque de la lutte contre le grand méchant communautarisme qui n’intéresse Lydia Guirous et sa caste que lorsqu’il est noir, pauvre, rom, arabe et/ou musulman mais qui ne choque pas la soit disant républicaine qu’elle est lorsqu’il est question du communautarisme de l’assemblée nationale ou des élites. Je ne vais pas m’étendre sur les mythiques revendications religieuses – toujours présentées comme émanant de musulmans sans même la moindre preuve – qui n’intéressent pas Lydia Guirous quand il est question de dénoncer la pression de mouvements chrétiens sur les questions relatives aux droits LGBT ou même, j’ose le dire, les revendications clairement assumées du CRIF qui pèsent énormément sur notre soutien inconditionnel à Israël. Je ne vais pas m’étendre non plus sur l’ignorance de Lydia Guirous qui s’interroge naïvement sur les restaurants japonais halal comme si aujourd’hui, en France, le débat portait sur la religiosité ou non de la nourriture au lieu du fait que certaines personnes ont encore du mal à se nourrir aujourd’hui et en France.

Je vais laisser Lydia Guirous se crasher en politique comme ses précédentes. Jouer les pompom girls islamophobes, au bout d’un moment, ça doit épuiser, surtout que ce genre de ressources, ça lasse vite ! Fadela Amara doit surement être pleine de conseils à ce sujet. Laissons là dans ce long moment d’égarement où la fiction l’a emporté sur la réalité, où la caricature est devenue une réalité mais attention… plus dure sera la chute ! Et oui, car, tant qu’on sert les intérêts de quelqu’un et qu’on joue les sténos avec brio, tout va bien, mais le jour où on veut faire péter le plafond de verre et défendre ses propres idées qui sont pas tout le temps celles de la majorité de son groupe, on finit par se faire taper sur les doigts! Je ne regrette qu’une seule chose : ne pas être une souris pour voir comment la pompom girl réagit lorsqu’elle entend Lagarde dire que l’ex roi d’Arabie Saoudite était un féministe discret, ou quand Brice Hortefeux balance une blague bien lourde sur les arabes ou même quand Laurent Wauquiez encourage les maires à violer la loi en refusant de marier des couples homosexuels au nom de cette même vision fantasme et obsolète de la République. Dans ces moments-là, Lydia Guirous, vous croyez qu’elle se révolte, monte sur ses grands chevaux “républicains” et laisse exploser son désaccord ou vous croyez qu’elle se contente juste de sourire bêtement sans trop la ramener pour ne pas risquer sa place ? Je vous laisse imaginer…

PS : Quand on partage les mêmes idées que le FN qu’on prétend combattre, qu’on est islamomaniaque et qu’on publie un livre qui reçoit les louanges d’un site comme Riposte Laïque, on sait de quel côté on se trouve. Et on se dit surtout qu’on a les soutiens qu’on mérite…