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Des Burkinis et des hommes

« Êtes-vous déjà tombés par hasard sur votre reflet dans le miroir ? C’est là qu’on voit ce qu’on est depuis l’extérieur et c’est ce qu’il est impossible de voir depuis l’intérieur… »

                                                                                                                     Dorothy Dandrige

La France d’avant

Avant, quand la France était encore un pays où l’air y était presque respirable, l’été pouvait se passer sans qu’une polémique inutile et de mauvais goût ne s’invite à toutes les tables. Les plus chanceux voyageaient, ramenant des anecdotes et des récits d’aventures rocambolesques pour divertir ceux qui n’avaient pas été autant privilégiés. Dans l’ensemble, bien avant notre époque de paranoïa identitaire et d’automatismes racistes décomplexés, on allait bien. On avait que faire de débats de bouts de table, de futilités diverses et de polémiques gratuites auxquels on ne réservait même pas un encadré dans un mensuel. Tout allait bien…

Aujourd’hui, tout va mal. Les caisses sont vides, la rage est en pleine croissance, ce secteur d’avenir qui recrute partout y compris là où l’on se croit antiraciste. Un an après la fausse affaire du maillot de Reims qui aurait du nous servir à tous de leçon, nous voilà repartis pour un tour sur le cheval excité de l’islamophobie. Un an après bien des drames, bien des morts et bien des pistes de réflexion à explorer, nous revoilà retombés dans les bas fonds de la haine et sans même s’empêcher, sans même avoir tenté de se retenir de tomber dans le précipice.

Vite, une polémique !

Polémique n°1234598 sur l'islam. Encore une...

Polémique n°1234598 sur l’islam. Encore une…

Donc une polémique de plus sur l’Islam. Un Casual Friday à la française qui dure depuis longtemps pour 6 millions de musulmans. En fait, nos polémiques islamophobes sont comme les rumeurs prenant pour cible cette pauvre Jennifer Aniston : on finit par être autant désolés pour ceux qui font carrière dessus que pour les principaux concernés qui, quoiqu’ils et souvent elles aient à dire, se retrouvent privés de parole et donc dans l’incapacité de se défendre. On en avait l’habitude, me direz-vous. Après la viande Halal, le foulard, la burqa, le foulard qui veut mettre une burqa et manger halal, au volant ou en terrasse, nous voilà au bon point de départ : ce que certaines femmes musulmanes portent. On parle donc, non sans condescendance, de Burkini, ce maillot de bain couvrant, absolument identique à une combinaison de plongée mais sur lequel bien des fantasmes sont brodés. En fait, ce débat, ce n’est que la version estivale d’un autre débat classique et indémodable, celui du foulard, mais dans une version inédite aujourd’hui, un numéro hors série, une édition limitée et d’été pour celles et ceux qui ne parviendraient à attendre le prochain débat autour de l’interdiction du foulard (en bibliothèque ou au cinéma, à vous de choisir vu qu’il faudrait le bannir partout, comme la pire des choses sur cette terre). Pauvre France, ridiculisée par les médias étrangers, prise en otage par une vilaine obsession, un péché loin d’être mignon puisqu’il blesse et rabaisse. Pauvre France, incapable de plonger le nez dans ses priorités et de faire sa propre psychanalyse et d’y puiser ses torts et ses remords. Pauvre France, incapable de se regarder autrement qu’en s’éblouissant de ses lumières et incapable de voir que son universalisme n’est qu’un narcissisme dont la mission est de faire perdurer son beau reflet partout sur terre et, de préférence, dans tous les cœurs.

Il paraitrait donc que le burkini serait à la fois contraire à la dignité de la femme, une menace pour la laïcité (nouvelle religion d’état, soumise à interprétations diverses) et le symbole d’un combat intégriste. Pour ce qui est de la dignité des femmes, j’attends toujours de voir où est l’indignité dans cette tenue et ce qui fait qu’un bikini ou maillot de bain classique n’incarne pas l’indignité. Pourquoi l’un et pas l’autre ? Pour ce qui est d’une menace pour la laïcité, alors si chaque tenue à connotation religieuse, pour raison évidente ou non, est une menace pour la laïcité, nous sommes soit devenus extrêmement paresseux d’un point de vue intellectuel, soit des réacs qui s’ignorent et invoquent la laïcité à tout bout de champ, comme une issue de secours. Rappelez-vous tout de même que la France est un état laïc et que cela s’arrête là. Les maillots de bains, les tongs, les serviettes et les parasols sont libres de porter des symboles religieux. Quant à parler d’uniforme intégriste, cela traduit une méconnaissance presque risible de l’intégrisme musulman : croyez-vous que pour Daesh, Al Qaeda ou même l’Arabie Saoudite notre grande alliée que le burkini est ne serait-ce que tolérable ? Croyez-vous l’espace d’une seconde qu’il soit acceptable, dans l’idéologie fondamentaliste, qu’une femme se rende à la plage et s’y baigne ? Est-ce que nos maitres à penser sont à ce point limités en terme d’arguments pour nous faire détester le Burkini et par extension les femmes qui le portent et la communauté dont elles ne sont qu’un échantillon ?

Les polémistes en herbe

Peu importe l’opinion à avoir sur le Burkini : le travail a déjà été mâché. Dans un billet publié sur le Huffington Post, Caroline Fourest est claire : « Toute personne un tantinet féministe ou simplement inquiet du radicalisme se sentirait mal à l’aise à l’idée de se baigner à côté d’une femme ou d’un groupe de femmes en burkini. ». Merci de donner raison aux critiques de l’establishment féministe qui parlent de mouvement « dans une phase stalinienne » : au nom de qui parle Caroline Fourest ? De quel droit ? Quel est ce type de féminisme qui prétend relayer la parole du féminisme même le plus léger et les inquiétudes des gens face au radicalisme ? Surprenant pour une essayiste qui tartine ses essais d’universalisme, de démocratie et autres foutaises qui, sous sa plume, sont utilisées comme des armes. Elle poursuit : « Quand on va à la mer, c’est pour se détendre, pas pour se prendre les problèmes psychologiques ou les convictions idéologiques des autres en pleine figure. Si quelqu’un est si mal à l’aise avec son corps et croit en la pudeur, il peut tout simplement éviter de se baigner en public et choisir des espaces plus pudiques… Comme une piscine privée ou sa baignoire. ». Parfait condensé de nombrilisme (« quand on va à la plage, c’est pour… »), de mépris sur une incompréhension (les personnes ayant un rapport différent à la semi nudité sont taxées de souffrir de problèmes psychologiques, c’est très sympa. Ca rappelle étrangement les thèses homophobes de certains psys des années 70…) et de mépris classiciste : la dame vous invite à trouver une piscine privée (était-elle au courant qu’on a refusé une privatisation ?) ou à nager dans sa propre baignoire. Il y a quelque chose de très drôle et on ne peut plus révélateur dans cette dernière phrase : un racisme en filigrane qui fait exactement ce qu’on craignait que l’intégrisme face aux pauvres femmes musulmanes. Retourne à ta baignoire n’est que le nouveau retourne chez toi, un chez toi ridicule, pauvre, en Afrique en général, étroit, exactement comme cette baignoire. C’est très ironique, finalement, de vouloir défier le sexisme des fondamentalistes en faisant leur travail, c’est à dire renvoyer les femmes musulmanes à leur foyer et les condamner à l’invisibilité. Mais comme c’est dramatique de faire, pour le coup, le travail de Daesh en continuant dans la logique de division, de mépris et d’invisibilation. Et on osera se plaindre de l’efficacité des discours des recruteurs ?! On fait leur SAV, avec de tels mots ! Mais bon, étant donné les nombreux mensonges qui étayent l’oeuvre de cette femme, on peut se dire qu’elle va changer d’avis prochainement et opérer un demi tour, hein.

Dans un registre voisin, Raphaël Enthoven, incarnation du mâle blanc dominant qui a son mot à dire sur tout à commencer par ce qu’il n’a jamais traversé, s’est demandé, certainement au terme d’une longue réflexion si les partisans du burkini le défendent au nom de la tolérance qu’ils invoquent pour le port du string sur les plages saoudiennes. Oui, comme d’habitude, toute discussion sur l’Islam vestimentaire ne peut se passer du point « Arabie Saoudite », certainement plus parlant que le point Iran, Pakistan ou Afghanistan, des noms de pays à faire froid dans le dos de toute personne « un tantinet féministe », si vous voyez ce que je veux dire…

Or, là n’est pas la question. Dans cette comparaison, il y a trois choses à retenir.

  • La première réside dans la limite posée par le sujet : quand on parle d’Arabie Saoudite où de ce qui se passe en terre d’islam terrifiant, c’est par manque d’éléments sur la situation donnée. Non, ce qui se passe en Arabie Saoudite ou ailleurs, ne doit pas s’inviter dans une polémique nationale. Ce qui se passe en Arabie Saoudite doit rester en Arabie Saoudite et cela devrait être aussi simple que ça.
  • La deuxième chose, c’est le mépris affiché pour les Saoudiennes et leurs droits. Vraiment, le string sur la plage, c’est la première chose qui vous vient en tête quand il s’agit de réfléchir à la condition de ces femmes ? Est-ce que le philosophe est à ce point assoiffé d’images crues de culs de saoudiennes pour tomber à ce niveau ? Ou est-il simplement en train de faire la preuve flagrante de son manque de connaissances sur la situation ?
  • La troisième chose, c’est le racisme qui découle d’un tel procédé. Les musulmans, quoiqu’on en dise, quoiqu’on en pense, en France, sont, dans leur extrême majorité, des citoyens français. Tout le blabla color blind, intégrationiste « tout le monde a sa chance » se pète la gueule quand on renvoit les musulmans en général et les musulmanes en particulier à ce qui se passe en Iran, en Afghanistan et en Arabie Saoudite. Les musulmans sont des français contrefaits,  quand on les rattache à ce qui se passe ailleurs. Et on osera après se plaindre de la racialisation des musulmans, d’une fierté religieuse ostentatoire, d’un désintérêt pour la nation exprimé par de faibles taux de participation aux élections ou dans d’autres secteurs ? Qui pousse qui dans les bras de l’autre dont on ne se sert que pour mieux complexer et brimer ? Qui se sert d’une imagerie raciste et réductrice pour faire valoir ses arguments ? Enthoven s’était déjà illustré dans un cyber clash avec le rappeur Kery James. Il ne semblait pas avoir apprécié les mots durs d’un de ses titres où il chantait « Rabzas et Renois, à leurs yeux, on est toujours des étrangers ». Aujourd’hui, à la lecture de cet article où sont comparées musulmanes françaises et musulmanes saoudiennes, on ne peut que comprendre la position de Kery James.

Et nous dans tout ça…

europe-double-standard-on-freedom-of-speechJe ne parlerai pas de ces journaux qui n’auront rien trouvé d’autre à faire que de relayer des articles vides d’intérêt sur les situations marocaine, algérienne et saoudienne : notre establishment adore recevoir des renforts de l’étranger quand il a une idée à faire passer. Qu’est-ce qu’on adore crier à l’intégration des “musulmans” comme s’ils venaient de musulmanie, d’une part, et leur parler de théocraties musulmanes auxquels ils sont étrangers de l’autre! Quand je lis que les musulmans doivent s’adapter aux lois du pays, je vois que le travail est réalisé sans que cela ne gêne personne : on parle de musulmans comme d’éternels migrants n’ayant que le droit de la fermer. Belle image que l’on donne du pays des droits de l’Homme, hein. Vous la voulez l’intégration ou vous voulez la retarder en créant une sous catégorie déjà blessée par le racisme général ? Savez-vous que vous vous adressée à une catégorie aux multiples polémiques stériles, gangrenée par votre haine, détachée du bloc national, désintégrée par sa religion mais rappelée à l’ordre par la plume de journalistes maghrébins du Maghreb, haute autorité s’il en fallait une pour mieux dompter la bête musulmane de France ? Savez-vous qu’avec ces polémiques, vous faites du tort là où on aimerait qu’on nous fasse enfin du bien ?

Je ne parlerai pas non plus des associations de féminisme pro-establishment à la OLF qui ne peuvent condamner les arrêtés anti-burkini sans en rajouter une couche sur les religions (toutes les religions qu’elles vous disent, histoire de s’éviter une accusation d’islamophobie, grande technique déjà relevée et commentée précédemment), les iraniennes et les pauvres musulmanes oppressées en France qui n’attendent qu’un dévoilement de masse pour goûter à la joie de vivre. Restez entre socialites, mesdames, et continuez de taxer d’islamogauchistes ceux qui, dans l’ensemble, n’ont que faire de votre racisme et de votre vision néocolonialiste du monde.

Je ne parlerai pas non plus des humanistes du dimanche, ceux qui n’ont que du « moi je » à la bouche, ce fameux « moi, quand je vais dans un pays étranger… », ce « moi » faussement universaliste, intellectuel, intègre, bref colonialiste qui ne considère le monde dans son ensemble qu’à la lumière de sa grande sagesse et expertise de comptoir, qui parle et parle, sans jamais écouter, à la place de, au nom de et sans crainte de basculer dans le racisme ou l’exclusion, parce qu’il a un ami musulman qui lui aurait confié sa honte d’être musulman, parce qu’il a lu le Coran, parce qu’il est issu des lumières, jamais suspecté d’impureté de sang, jamais renvoyé à d’autres pays ou réduit à une citoyenneté religieuse dont il n’a jamais voulu mais suffisamment intelligent, du moins plus que les concernés, ces abrutis, pour pouvoir parler en leur nom.

De même que je ne vais pas m’attarder sur les musulman-e-s de services, pom pom girls d’une France où ils ne servent qu’à valider le travail d’accablement car, amis politiques, on sait qu’on ne vous sert qu’à ça. Nous ne sommes pas dupes des politiques ambitieux et de leur besoin de visages basanés mais républicains, d’en bas mais voulant se hisser tout en haut d’un navire sur le point de couler après être tombés dans le piège de Daesh et de sa propre bétise.

Aujourd’hui, il est urgent de comprendre que tout ce remue ménage ne profite, au final, qu’à faire la guerre. On adore la guerre, plus que la paix. La guerre, c’est contemporain, masculin. L’expression ultime de la puissance et de l’arrogance. J’ai bien peur qu’une grosse guerre ait déjà commencé ici, chez nous, sans dire son nom et qu’elle continuera sa macabre danse très loin, emportée par le vent de la propagande, jusqu’aux portes de nouvelles terres à conquérir puis à exploiter.

Je ne veux pas de vos guerres, ni même de votre sagesse, intellectuels progressistes devenus réacs ou féministes ouvertement racistes. Il faut dire que, depuis quelques années, je suis insensible à vos performances, même quand l’effort de paraître sympathique est là, même quand vous vous autorisez, de façon temporaire, une crise d’islamogauchisme et que vous donnez l’impression d’être de nouvelles personnes. Voyez-vous, j’ai une mémoire d’éléphant : je n’oublie pas tout ce qu’on se prend en pleine figure, même sous couvert d’humanisme ou d’un autre « isme » qui, je le sens, ne servira, dans quelques années, qu’à servir de totalitarisme. « I am still mad as hell » (« Je suis toujours aussi furieuse ») chantaient les Dixie Chicks dans Not Ready To Make Nice quand, de façon très pudique, l’Amérique de Bush s’excusait de les avoir mises de côté. Pour le moment, je suis déjà furieux et c’est largement suffisant.

Super Rossignol, le féminisme Galeries Lafayette et la suprématie blanche

NB: Suite à un message reçu sur twitter, la photo représentant Pauline Arrigui portant le bien sinistre et méprisant tee shirt “Atheism ls The New Black” a été retirée. Je vous laisse juges de cette demande.

Le féminisme blanc a encore frappé. Rien de bien surprenant. Mais aujourd’hui, il confirme sa relation amoureuse avec la suprématie blanche et malheureusement, par les temps qui courent, un constat semble implacable : ils vivront heureux et auront des tas d’enfants qui nous créeront des tas d’emmerdes. Nous, c’est un “nous” assez vague, ultra compliqué, très divers mais qu’on peut simplement résumer ainsi : “nous” concernera tous ceux pour qui ce féminisme blanc raciste, rebaptisé féminisme galeries Lafayette, sera un frein pour sa libération.

Laurence Rossignol et le féminisme conquérant

La raison de tout ce remue ménage ? Quoi, vous ne voyez pas ? Et bien oui : la femme musulmane voilée. Encore et toujours. Sauf que dans le mépris, elle aura été accompagnée de tous les noir-e-s de la planète entière, rebaptisés “nègres afric… nègres américains” par notre Ministre du Droit des Femmes (de la famille et de l’enfance, comme dans une publicité pour de la lessive en poudre). Interrogée sur la tendance de la mode islamique, Laurence Rossignol a été claire : “Ces marques expliquent que ce sont juste des vêtements mais qui ne font la promotion d’aucun mode de vie. Comme s’il y avait une dissociation entre les vêtements et les modes de vie. Or, dans l’histoire, par exemple, dans les années 60, les femmes peuvent avoir un compte en banque, elles vont à l’école, elles vont à l’université, elles ont accès à la contraception et en même temps, les jupes raccourcissent (ou elles mettent des pantalons). Ce qui prouve bien qu’entre la tenue des femmes et leurs droits, il y a un lien parce que l’enjeu c’est celui du contrôle social sur le corps des femmes.” On est à deux doigts du complot, on dirait! Donc l’habit ferait la nonne ou du moins ferait le pouvoir ? C’est original. C’est sans doute pour ça que je n’ai jamais trouvé de maillot deux pièces, string argenté au rayon Menswear de Zara… Ce que la ministre dit peut être discuté à longueur de pages et dans des débats interminables mais ce qu’il faut en retenir, c’est la stratégie d’argumentation :

  • Toujours faire référence à l’antithèse du voile qui sera la minijupe (ou le string, ça dépend des périodes). Ce faisant, on a presque l’impression que des femmes se seraient battues pour porter une minijupe, transformant plus d’un demi siècle de luttes féministes en vulgaire bataille pour le droit à porter une jupe et danser le twist. Et lier longueur de vêtement avec la liberté d’une femme… Franchement… En 2016 ? De la part d’une ministre et du droit des femmes, par dessus tout ?!
  • Toujours les apparences. Nous sommes dans une France d’apparence, de faciès, de sale gueule, de bonne gueule. Sauf que, le contrôle social sur le corps des femmes, en France, il porte plus sur ce qu’elles décident d’en faire ou de ne pas en faire. La subjectivité du choix d’une tenue reste un choix critiquable, mais le courage, le vrai, quand on parle de contrôle des corps et en tant que ministre des droits des femmes, ça serait de s’attaquer au diktat de la minceur, à la glorification de l’épilation intégrale, au racisme de l’industrie de la mode et des cosmétiques et à ses répercussions désastreuses sur des générations de femmes qui sont prêtes à tout pour rentrer dans le moule, quitte à relever des défis de plus en plus fous,  bref, de ce qui nuit mentalement et physiquement aux femmes qui ont été incarcérées dans  un rôle où l’on se fout éperdument de ce qu’elles ont à dire ou à penser, tant qu’elles sont jolies “à notre façon”.

Laurence Rossignol et le féminisme “on est plus chez nous, trop de bougnou… gens méchants!”

La Ministre poursuit : “Lorsque des marques investissent ce marché de la tenue islamique lucratif, un marché pour les pays d’Europe, ce n’est pas le marché pour les pays du Golfe, à ce moment là, ils se mettent en retrait de leur responsabilité sociale et d’une certaine façon, ils font la promotion de cet enfermement du corps des femmes”.

Donc notre ministre nationale pense pouvoir parler au nom de toutes les européennes… Qu’elle parle au nom de toutes les françaises serait plus que prétentieux mais là, on comprend à quel type de personne on a affaire : de la pire espèce, celles qui parlent soit disant au nom du plus grand nombre car elles se voient tellement comme la norme, l’originale, la vraie, l’authentique, à laquelle il ne faut rien demander puisqu’elle est dominante. Quant aux marques qui font la promotion d’une façon de s’habiller… Et alors ? UNE COLLECTION DE TENUES ISLAMIQUES CHEZ DOLCE & GABANNA ! UNE SEULE ! Quelques écharpes, jilbebs, tuniques, foulards et étoffes et vous avez l’impression de subir une crise cardiaque, de subir un envahissement ? Qu’est-ce qui se passe dans cette France qui devient hystérique pour une histoire de foulard ?! Notez que pour la Ministre, la panique, c’est que le “phénomène” atteigne l’Europe. On pouvait encore tolérer que la femme de ménage marocaine nous offre des caftans, mais là, ça commence à faire un peu beaucoup, quand même…

Quant à la responsabilité sociale des marques…. Parlons-en. Parlons des propos absolument grossophobes d’un certain Karl Lagerfeld, des marques qui, dès qu’elles conçoivent un vêtement un peu plus grand, induisent une différence de prix, de la minceur qui est devenue une norme en dehors de laquelle seront exclues toutes celles qui ne parviendront pas à fermer le dernier bouton de leur jean taille 36. Parlons de ces marques qui ne font pas ou peu appel à des mannequins de couleur, des gaines et des corsets qui s’achètent par centaines de milliers et qui peuvent provoquer des maladies ou des déformations. Parlons des gamines employées par des sociétés de cosmétiques pour des gammes réservées à des femmes plus âgées et de la perversité du message. Parlons de la difficulté pour les femmes enceintes de trouver des tenues à la fois confortables et aux prix abordables. Parlons de cette industrie qui veut éclaircir les peaux, défriser les cheveux et créer des regards absolument irréels. Et je ne vais même pas m’étaler sur le nombre de maladies type anorexie ou boulimie liés à cette industrie où il vaut mieux ressembler au modèle dominant ou aspirer à lui ressembler. Elles sont là, les vraies responsabilités, pointées du doigt par des centaines d’associations, de chercheurs ET DE FEMINISTES mais dont la ministre du droit des femmes se tape comme de l’an 40.

Laurence Rossignol, la ministre sauveuse des musulmanes dominées, potentiellement libérables par la sainte République.

On l’aura deviné : la Ministre aime ses musulmanes. “Mon sujet, c’est l’ensemble des femmes musulmanes qui vivent en France et qui sont sous l’emprise, grandissante, de groupes salafistes qui se sont mis en situation de dire aux musulmans de France qui est un bon musulman et qui ne l’est pas”. Vous pouvez trembler. Merci madame Rossignol d’avoir osé rompre le silence et parlé de ces milices qui viennent nous oppresser! C’est vraiment du tout neuf comme idée. On en avait jamais entendu parler… D’après notre sauveuse, les musulmans et les musulmanes devrait pouvoir, ici, en France s’attendre à ce que la République les protège en leur offrant de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. Ce serait drôle si la situation n’était pas horriblement tragique. Aujourd’hui, en République, l’égalité, ça sera sous certaines conditions, pareil pour la liberté, quand on voit que l’Etat se fait condamner pour discrimination au faciès sans en tirer les conclusions ou faire de bruit autour de . Quant à la Fraternité… Dans un pays où on méprise encore l’Islamophobie en niant l’essence même du mot, à droite comme à gauche et où, on va souvent reprocher aux premières victimes de l’islamophobie d’être, en gros, ostensiblement musulmanes, je me demande de quelle fraternité parle madame la Ministre.

Mais heureusement que Super Rossignol est là! Elle savait ce qui se tramait, à l’ombre des voiles. Et elle l’a vu : “on voit de moins en moins de femmes dans la rue, dans les cafés, vivre de manière libre dans leurs quartiers”. Tiens, on assiste à une Finkielkrautisation des esprits! Encore un individu blanc de plus de 55 ans, vivant en dehors de ces mystérieux quartiers mais qui, du haut de son perchoir d’humaniste, a entendu l’appel ? Non. En vérité, la thématique des femmes absentes de l’espace public, c’est un vieux procédé. Même Anne Zelensky, une féministe pourrie par l’islamophobie la plus crasse, qui a fini chez Riposte Laïque l’avait écrit : “Cela se passe à Aubervilliers, territoire perdu de la République. Des mœurs d’un autre âge s’y sont implanté. Ainsi les cafés et leurs terrasses sont occupés exclusivement par les hommes. On se croirait transporté dans un bled quelconque d’Arabie”. Elle parlait même de reconquista… Et, bingo, Laurence Rossignol a fait référence à cette sordide histoire.

Laurence Rossignol et les dérapages

Madame la Ministre dit ne pas croire au grand remplacement. Néanmoins, elle n’hésite pas à parler de “franco-musulmans”, une petite perle orale qui démolit toute la théorie sur l’intégration façon gauche caviar qui adore le couscous et le spa du Club Med Djerba ou en Musulmanie, peut être ? Venant de la part d’une formation politique où on nous répète à longueur de journée que “oui, on peut être français et musulman, pardi!”, que les couleurs n’existent pas, que la citoyenneté doit passer avant tout, que la laïcité est merveilleuse car elle protège les religions et tout le blabla, ce lapsus est assez… succulent. Après la bi-nationalité, va-t-on parler de natioreligion? J’ai hâte d’entendre parler de Franco-protestants ou de Franco-athées! On nous dira ce qu’on voudra mais dans ce lapsus, j’entends ce que l’on n’ose jamais dire : qu’on a glissé de la question ethnique à la question religieuse et que même les bas fonds de l’inconcient d’une ministre du droit des femmes passée par la pathétique association “Sos Racisme” peut nous en faire la démonstration.

Mais la perle orale, la vraie, portait sur la question du libre arbitre. Souvent, pour convaincre une audience trop inculte ou à l’esprit trop simple pour des réalités évidentes, il faut avoir recours aux images. Pour parler des dangers du Tabac ou de la conduite en état d’ivresse, qui s’est retenu des photos ou vidéos choc ? Et ben, Rossignol, c’est pareil. Mais en beaucoup moins bien. Je dirais même, en version tellement dégueulasse qu’on en a la gerbe. La Ministre, la liberté de se voiler, elle n’y croit pas. On ne lui fait pas, à elle. Elle qui est en contact avec des associations de quartiers dirigées par des nunuches comme Nadia Remadana, elle en sait quelque chose. Et elle voudrait qu’on la comprenne et déclare en toute tranquillité que “il y avait aussi des nègres afric… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage”, sans voir un seul instant le caractère odieux d’un tel énoncé (ni même se faire reprendre par Bourdin… exactement comme Elice Lucet qui laissait tranquillement Guerlain parler de nègres sur son plateau). L’indignation est multiple :

  • Avoir recours à une comparaison avec l’esclavage est tout aussi indigne que la comparaison avec le nazisme pour x raisons. C’est une banalisation d’un phénomène horrible, pas tout à fait achevé et qui n’a absolument rien à voir avec ce à quoi on l’accole.  Parler d”esclavage pour parler de prostitution ou de voile (ou même, comme on l’a vu dernièrement lors des rassemblements contre la loi travail), revient à mépriser d’un seul trait les prostituées, les femmes voilées et surtout les esclaves (qui n’ont pourtant jamais obtenu la moindre réparation). Et pire encore : ça dénote qu’on ne veut pas de ça chez nous… et qu’on tolèrerait ça ailleurs. Parler d’exploitation serait plus approprié.
  • La question du libre arbitre est choquante. A écouter ces féministes rebaptisées “féministes galeries Lafayette”, lorsqu’une femme ne fait pas le “bon choix”, elles sont aliénées, folles et ne s’en rendent pas compte. C’est, à mon sens, un pur contresens et un cliché antiféministe flagrant vieux comme le monde : madame Rossignol n’a-t-elle pas lu ces autobiographies de féministes qui, parce qu’elles sortaient des sentiers battus et se refusaient à suivre le dictat de la société dans laquelle elles évoluaient, ont été taxées de folles, de marginales, juste à cause d’un choix personnel ?
  • Le choix du terme “nègre” est, à mon sens, la pire. Loin de moi l’idée de mettre en concurrence les femmes portant un foulard et l’insulte négrophobe, mais elle est lourde de sens. Premièrement, vous remarquerez qu’elle a été prononcé sans grande difficulté. On pouvait parler de noirs, d’esclaves, de traite mais de nègres…. Mais on nous dira que ce n’est qu’un dérapage! Le blantriarcat a le droit de déraper, de se reprendre, car lui, quand il faute, c’est toujours contre sa volonté, contre sa ligne droite, pour une question de volant qui a été lâché un court instance, en pleine aisance. Le blantriarcat a ce privilège tout simplement parce qu’il est conçu comme la norme parfaite, indiscutable et dont les fautes ne peuvent jamais lui être reprochées.
  • Il faut cesser de faire dire à l’esclavage ce qu’il n’était pas en le déconnectant de sa réalité et de son contexte historique et stratégique. Combien de “nègres” ont accepté l’esclavage, de bonté de coeur ? Qui peut avoir un chiffre parlant et significatif ? Personne. Qu’on mène des recherches sérieuses à ce sujet afin de mettre un terme à ce mythe, purement anecdotique et insignifiant sur l’histoire de l’esclavage qui ne fait que le réviser et, d’une certaine façon, disqualifier scandaleusement ce que la traite négrière a été… et ce qu’elle a rapporté. Vous arrivez à imaginer, des comparaisons avec les camps de concentration, dans quelques années, sur un plateau télé, avec un ministre qui déclarerait “beaucoup de juifs étaient pour les camps” ?! L’idée vous parait dingue ? Préparez-vous, car rien n’est impossible avec cette classe politique qui n’hésite pas à plonger dans le racisme et les comparaisons ignobles pour vendre sa soupe.

Vive le Blantriarcat !

Il y a eu très peu de réactions de la part du gouvernement. On pensait qu’avec ce qui avait été traversé par Christiane Taubira, on aurait pu avoir un ou deux mots mais, au Parti Socialiste, c’est le racisme caricatural type FN qu’on aime pas, le reste…. ça se tolère un peu. Du bon racisme de gauche, en soit. Par chance et certainement par humanisme, les femmes voilées et les noir-e-s sont beaucoup plus intelligents : aucune demande de désolidarisation n’a été exprimée. Anne Cécile Mailfert, Pauline Arrighi et d’autres peuvent dormir tranquillement sans crainte d’avoir à se justifier ou à souffrir du rejet en allant s’asseoir à côté d’un noir dans le métro ou d’une femme voilée dans le bus. Et puis, personne chez les concerné-e-s n’a publié de tribune ou d’édito, dénonçant des propos issus d’une blanchité qui adore son reflet dans le miroir.

Néanmoins, ce qu’il y a de fascinant avec le blantriarcat, c’est cette tendance à ne jamais reconnaitre complètement ses erreurs, voir à les transformer en des qualités. L’entourage de la ministre a même déclaré : ” Le mot nègre est un mot péjoratif qui ne s’emploie plus que pour évoquer l’esclavage, en référence à l’ouvrage abolitionniste De l’esclavage des nègres de Montesquieu “. Pauvres noirs! Qu’est-ce qu’ils sont bêtes, quand ils n’ont pas le sens de l’humour! Incapables, eux aussi, de comprendre la finesse de la langue française! Quand un homme politique blanc dérapera à son tour, et mon doigt me dit que ça ne saurait tarder, en parlant de “salopes”, on attendra qu’il nous dise qu’il faisait référence au manifeste des 343 salopes de Charlie Hebdo en pleine époque de lutte pour l’avortement, pour voir si la pilule passe aussi bien auprès des concernées et si nier sa faute sans s’excuser suffira à apaiser la douleur de l’épithète raciste. Mais, malheureusement, le blantriarcat est une machine haute comme un monument, qui sait faire face à toutes les critiques qu’il veut taire, lui qui se disait si Charlie. En témoignent les tweets insensés d’Eric Mattout qui récupère la Négritude de Aimé Césaire pour se livrer à un hors sujet mêlant féminisme, voile, droit de vote des femmes… Un bon condensé où on vomit son incompréhension. Et Heureusement que Audrey Pulvar est là. Il en faut toujours une, de toute façon. Sa fonction : rassurer le blantriarcat en apportant sa protection et en validant l’expression. Elle est la bonne conscience. Un équivalent pathétique de “l’amie arabe qui prépare des couscous” et qui donc, est le plus évident gage d’antiracisme. Et puis, Laurence Rossignol “est issue” de la mouvance “SOS Racisme”, voyons….

Ainsi, nous laisseront les féministes galeries Lafayette prendre l’escalator et se diriger à la caisse du magasin “racisme”. La traque aux prostituées étant passée de mode, il faut concentrer son énergie sur le grand méchant “non blantriarcat friendly” ennemi de l’intérieur. Ne les taxez pas d’islamophobes : elles ne veulent que défendre la laïcité menacée par un steak halal qui s’est retrouvé dans leur panier à Sephora. Ne les taxez pas d’antiracisme niais : elles maitrisent l’art du contouring spécial “beurette” parce qu’elles les trouvent belles, les arabes, sauf quand elles apparaissent sur la même liste aux élections européennes qu’une islamophobe notoire comme Annie Sugier (oui, Caroline De Haas et Anne Cécile Mailfert, on sait que vous avez monté un projet avec elle !) pour après pleurer la chute de la gauche, après avoir tenté l’union avec le Diable. Ne les taxez pas de négrophobie : elles invoqueront la langue française, qui n’a fourché que dans nos oreilles d’incultes. Ne les taxez pas d’obsession sur le voile : elles vous parleront de l’impact du film Jamais Sans Ma Fille sur leur conscience féministe. Ne les taxez de rien. Laissez les s’étouffer dans leur bienveillance obsessionnelle et leur mépris condescendant. Laissez-les parler d’universalisme et entendez-là un nombrilisme parce qu’elles sont persuadées d’être authentiques et ne reproduisent qu’un schéma raciste appliqué au féminisme. Laissez-les suffoquer en voyant une femme voilée et voyez-y la marque de leur impossibilité à se défaire d’un machisme où des règles pensées contre elles sont maintenant utilisées contre celles qui auraient pu être leurs soeurs. Laissez les pleurer sur les femmes qui n’empruntent pas leur route et voyez là leur faillite et leur grand paradoxe : lutter contre la haine en faisant de la haine, c’est efficace à court terme, mais jamais révolutionnaire car ça ne bénéficie que rarement aux plus démunis. Pas surprenant que la théorie antiraciste des non concernés et le féminisme blanc trouvent si peu leur public parmi ce vague “nous” que beaucoup ont décidé de mépriser parce qu’il refuse de servir de paillasson… Mais bon, on imagine qu’il vous restera vos journées sans voile et vos actions antiracistes pour vous occuper et que vous viendrez goûter à la chaleur des banlieues quand on vous y enverra pour récolter des voix, entre deux thés à la menthe et beignets à la sénégalaise.

 

Etude comparée : Quand Canal + fait mine de s’intéresser au féminisme…

MLa télévision française a beaucoup de mal à parler de féminisme. Même à l’occasion de la journée de la femme, date féministe s’il fallait n’en retenir qu’une seule, le service public n’a rien trouvé d’autre à proposer… qu’une émission 100% femmes sur France 2, en deuxième partie de soirée, sous la tour Eiffel et animée par Alessandra Sublet qui déclarait se sentir “de moins en moins féministe” pour une histoire de paires de couilles. Il paraît que les temps changent et pourtant, les clichés les plus antiféministes résistent, tout comme leurs cousins, à savoir les clichés racistes. Et malheureusement, ce ne sont pas les reportages de Canal + qui nous feront penser le contraire.

2015, chez Canal +, c’est l’année Charlie, année Liberté d’expression, année liberté de l’information, année de la démocratie et année du vent. 3 reportages, sous forme de portraits accompagnés de courts entretiens résument à eux la pensée Canal + et ont attiré mon attention. Ainsi, ces 3 reportages réunissent tout ce qu’il y a de plus caricatural et de plus sournois dans la mentalité « féministe » de Canal+.

Mona Eltahawy, Anne Cécile Mailfert et Rokhaya Diallo.

Mona Eltahawy, Anne Cécile Mailfert et Rokhaya Diallo. 3 visages, 3 féminismes.

Il y a d’abord un reportage dans la Nouvelle Edition sur Mona Eltahawy, à l’occasion de la sortie de son livre, «Foulards & Hymens ». Canal + annonce la couleur : Mona Eltahawy est féministe et musulmane. Et pleine d’humour, en plus. Trio gagnant ! S’ensuit une présentation ultra laconique de l’auteur féministe musulmane : elle est journaliste, a couvert la révolution égyptienne au cours de laquelle elle a été violée et brutalisée et aujourd’hui, elle a les cheveux rouges et de chouettes tatouages sur les bras. On mentionne rapidement le fait qu’elle ait été arrêtée dans le Métro de New York alors qu’elle taguait sur une affiche « anti-musulmane » (le mot « Islamophobie » est probablement plus difficile à prononcer) sans donner de plus amples détails. La présentation paraît complète, or, il aurait fallu mentionner ce qui a véritablement rendu célèbre Mona Eltahawy, à savoir cet article publié dans « Foreign Affairs » intitulé « why do they hate us ? »… C’est cet article, truffé d’essentialisations, d’orientalisme et qui diabolise les hommes arabes et musulmans, qui l’a propulsée au rang de ces féministes arabes alliées du Nord et dont l’occident raffole comme il raffole des dattes et des cornes de gazelles : juste pour la touche « arabe ».

En revanche, Canal + s’attarde un peu sur le voile que portait Mona Eltahawy. Après tout, son libre s’appelle bien « Foulards & Hymens », n’est-ce pas ? Eltahawy avoue ne pas avoir été heureuse lorsqu’elle le portait. «Une fois dans le bus, il y avait une femme assise en face de moi qui portait un niqab. Elle a essayé de me convaincre de me couvrir le visage aussi», raconte-t-elle. «Je lui ai montré mon voile en lui disant “ça ne suffit pas ?”. Elle m’a répondu : “si tu veux manger un bonbon tu le préfères emballé ou pas emballé ?”. Je lui ai répondu : “Je suis une femme, pas un bonbon”.» C’est l’argumentaire anti-voile de la Nouvelle Edition sauce bistro du coin : « voyez ces femmes qui ont subi le harcèlement en terre barbare, oops, en terre arabe, et vous osez porter le voile ici ?! En plus, elles vous disent qu’elles n’étaient même pas heureuses de le porter ! ». Bien… Par contre, la Nouvelle Edition aurait quand même du préciser un détail qui a toute son importance : Mona Eltahawy était forcée de porter le voile parce qu’elle vivait en Arabie Saoudite, là où le voile est une obligation. Non, Canal présente cette histoire du voile comme si Mona Eltahawy l’avait réellement choisit pour finir par le regretter alors que dans les faits, elle a été forcée et donc, naturellement, ne pouvait être heureuse.

On se décide enfin à parler du livre ! Pour dire quoi ? Rien. Mona Eltahawy lit son introduction et signale que les femmes du moyen orient et d’Afrique du Nord sont souvent réduites à ce qu’elles ont sur la tête – le voile, toujours le voile – et entre les jambes. Tout ça, pour ça… Mais une arabe qui parle vaguement de sexualité, qui s’extasie devant une statue qui cache le sexe d’un ange par une feuille, à la TV Française, en accablant un peu le moyen orient, quitte à donner dans l’essentialisation la plus basique, c’est un plaisir qui ne se refuse pas. L’ironie, c’est que ce reportage fait exactement ce que dénonce Mona Eltahawy : il l’a réduite à ce qu’elle a sur la tête (un voile puis les cheveux rouges) et ce qu’elle a entre les jambes.

Place à Anne Cécile Mailfert dans Le Supplément. Elle est présentée par Guillaume Hennette comme une féministe « pas Femen » car elle ne « va pas montrer ses seins pour essayer d’avoir raison sur différentes causes ». La déception des hommes assis autour de la table est palpable au son de leurs gloussements mais peu importe : Anne Cécile Mailfert est issue d’une structure du féminisme dit « classique », comprenez par là « féminisme mainstream, légal et bien lisse». Elle est même présentée sous le charmant nom de « féministe 2.0 », comprenez par là « la féministe légitime car si elle est 2.0 cela veut dire qu’elle est la suite de l’originale, c’est à dire la 1.0 ». Le sujet qui lui est consacré ressemble à une collection de bandes dessinées Martine. On a le droit à l’épisode de Anne Cécile gratte des subventions chez Google France « parce qu’ils font vachement de bénéfices ». Puis l’épisode Anne Cécile en brainstorming avec son équipe féministe (épisode avec un casting 100% blanc, seuls les meubles, la bière et certains vêtements étaient de couleur, probablement pour des raisons de budget serré, la faute à Google, sans doute) pour trouver une stratégie pour imposer la parité aux prochaines élections. Vient après l’épisode Anne Cécile et ses copines dans le métro pour une action « anti harcèlement en perruque », sans grand intérêt. Je ne vais pas m’attarder sur les épisodes Anne Cécile et le cyber harcèlement et Anne Cecile raconte son Avortement pour m’arrêter sur l’épisode Anne Cécile et l’ex-prostituée Nigériane. Comme d’habitude, la féministe blanche a sauvé, grande surprise, une femme noire, prostituée probablement contre son gré et sans doute « sans papiers », qui, cerise sur le gâteau, attend un enfant dont Anne Cécile sera la marraine. Le spectateur n’a pas le temps de voir Anne Cécile Mailfert se gargariser d’incarner un « féminisme pas déconnecté » selon ses propres mots que le contre argument se fait entendre : Rokhaya Diallo, autre militante féministe, reproche à l’association Osez Le Féminisme et donc à Anne Cécile Mailfert d’incarner un féminisme déconnecté car blanc, bourgeois et pas très représentatif de l’ensemble des femmes. La suite du portrait enchaîne sur de courts extraits de l’épisode Anne Cécile & la PMA, laissant le spectateur stoïque devant une Anne Cécile Mailfert qui déclare, en faisant cette grimace propre aux addicts, à propos de l’engagement féministe : « Nan, j’sais pas, c’est un peu une drogue j’crois… Mais c’est une drogue qui fait du bien ! ». Vive le pétard, donc.

Après ce bref portrait, Anne Cécile Mailfert rejoint le plateau du supplément, en compagnie de Ségolène Royal. L’interview est plaisante. Anne Cécile Mailfert déplore l’absence d’un ministère du droit des femmes mais aussi l’absence de femmes têtes de listes, en rajoute une couche, et à raison, sur l’éternel écart de salaires, le temps partiel, les discriminations à l’embauche en 30 secondes chrono sous le regard d’une Ségolène Royal qui préfèrerait sans doute être dans son bain à regarder un téléfilm avec Shannen Doherty … Ah ces féministes ! Elles râlent toujours décidément ! Vient ensuite la fameuse affaire de la jupe qui a secoué la planète laïcité en ce début d’année. Anne Cécile Mailfert juge qu’il ne faut pas exclure. Elle est d’ailleurs tellement choquée et marquée par cette affaire qu’elle a… relayé le hastag sur Twitter. C’est donc ça, le féminisme 2.0 ! Relayer un hastag is the new activisme français ?! Maïtena Biraben pose la question à 5 millions de dollars (question Google pour celles et ceux qui ont suivi) : Féministe et voilée, c’est possible ? Réponse de la féministe 2.0 droguée? « Toute femme qui se revendique féministe euh… se revendique féministe. » Merci madame Mailfert pour l’autorisation. Droguée et cheftaine du féminisme, rien que ça. « Euh… nous on va pas juger est-ce qu’on est plus ou moins féministe euh… donc donc… (…) on ne dévoile pas, nan nan, on n’impose pas ça, pas du tout, c’est un peu violent, non ». Bonne nouvelle, le féminisme 2.0 ne veut pas dévoiler. Poursuivons. « par contre, euh euh, nous on a une position sur le voile qu’est de dire que les voiles, pas seulement le voile musulman, pour nous ce sont, c’est un signal qui est envoyé de… bah de se cacher pour les femmes et c’est vrai que nous on est contre ». Anne Cécile Mailfert, je ne sais pas si ce sont les drogues qui parlent, mais quand on vous pose des questions sur le voile, inutile de tenter une pirouette en parlant « des voiles, pas seulement le musulman » quand la question est exclusivement centrée autour du foulard musulman. C’est ni brave, ni courageux. C’est juste la réponse typique de celles qui veulent s’éviter une accusation d’islamophobie en parlant « de tous les voiles ». Bien joué, mais en 2015, plus personne n’est dupe. Quant à l’idée de cacher les femmes… Ces femmes voilées, qui les cache ? Le voile ou les écoles qui les refusent, les entreprises qui les recalent, les hommes qui les agressent ? Ces femmes qui, souvent, aimeraient que leurs idées soient entendues et contribuer à un féminisme enrichi d’expériences différentes pour créer un féminisme encore plus puissant, vous les trouvez cachées ? Pourtant, croyez-le ou non, ces femmes qui ne méritent pas votre activisme 2.0, elles ont pourtant des tas de contribution à faire sur ce qu’elles vivent en terme de harcèlement, de machisme, de discrimination et de marginalisation. Devant une telle perle argumentative, Maïtena Biraben demande à Ségolène Royal si l’on peut être voilée et devenir féministe. Réponse culte : «  On peut être voilée et devenir féministe (…) on peut être voilée dans la sphère privée et enlever son voile dans la sphère publique ». Preuve irréfutable de l’ignorance socialiste qui ne sait même pas en quoi consiste le port du voile et décrète qui sera féministe ou pas. L’entretien se termine dans une ambiance bon enfant, colorée, comme d’habitude. Le Supplément a présenté la fille légitime du féminisme dit « des première, deuxième et troisième vague », plus souriante que celles qu’on connaissait et surtout sur tous les fronts ! Infatigable, presque sans langue de bois et convaincue, Canal + a réussit a forger les esprits : le féminisme français majoritaire, qui a raison tout le temps et sur tout (et qui est à gauche en plus !), ce sera ELLE. Les propos d’ Anne Cécile Mailfert sur le voile ont provoqué une petite polémique qui a entrainé le départ de militantes d’Osez le féminisme. Certes, l’accusation d’islamophobie semble grossière mais quand la nouvelle dirigeante de l’association déclare aux Inrocks : « Nous considérons le voile comme un symbole d’oppression patriarcale. (…) Cependant nous n’avons pas de solution pour le combattre, car les femmes musulmanes sont victimes d’une double oppression, raciste et sexiste, et nous ne voulons pas les stigmatiser ». Alors, pourquoi tenir un discours en plateau et dire l’inverse aux Inrocks ? Au passage, sachez que chercher une solution pour combattre le voile tout en cherchant à ne pas stigmatiser (sans se cacher de soutenir des initiatives qui stigmatisent comme la journée sans voile), c’est de l’insanité. Pour finir, il aurait été intelligent de la part de Canal d’interroger Anne Cécile Mailfert sur des problématiques d’actualité, comme la pénalisation des clients de prostituées et le projet de loi d’interdiction du voile dans les universités, histoire de laisser s’exprimer ce féminisme « pas déconnecté ». Une prochaine fois, peut être ?

Lorsque le supplément consacre un portrait à Rokhaya Diallo à l’occasion de la sortie de sa BD, « Paris d’amies », et de son ouvrage « Moi raciste? Jamais! », l’ambiance est largement différente. Le sujet s’appelle « Les Clashs De Rokhaya Diallo ». Le ton est donné. Le qualificatif de Féministe 2.0 étant déjà prit, la voix off présente Rokhaya Diallo comme l’une des « rares femmes noires dans le paysage médiatique français », pour ensuite faire référence à elle comme « la femme des clashs » et « l’anti-zemmour de service ». Ah, Zemmour : bizarre comme il est le seul nom à revenir quand on parle de racisme, comme s’il cristallisait tout seul ce racisme contre lequel Diallo se bat! Amis du supplément, Zemmour n’est que l’expression la plus vulgaire du racisme décomplexé. Passé cette brève introduction, le spectateur aura le droit à un résumé plus que caricatural des combats de Diallo ; en effet, elle est, dans l’ordre «une militante qui agace à droite comme à gauche» (en langage beauf, on appelle ça une chieuse ou une féministe, mais Canal + a trop de classe pour ça), quelqu’un qui combat «en faveur du voile et contre l’islamophobie» avant de se demander qui elle est et ce qu’elle défend vraiment. Tremblez ! Le portrait revient sur son passage chez RTL au moment des attentats lorsque Rioufol lui a demandé de se désolidariser des terroristes. Puis, on parle vaguement de ses oppositions avec Elizabeth Levy qu’on annonce comme «l’une des cibles régulières de Rokhaya Diallo». Ici, le mot « cible » n’est pas un choix anodin ; en effet, ce terme permet de faire passer E. Levy pour la victime des attaques de Rokhaya Diallo. Brillant procédé de diabolisation qui permet de prendre en otage la cervelle du spectateur qui désormais ne peut voir le combat de Rokhaya Diallo que d’un mauvais œil.

Et en effet, le mauvais œil est partout dans la suite du portrait. Les Y’A Bon Awards ? Des récompenses des perles racistes « parfois très critiquées ». Par qui ? Par Caroline Fourest en personne. La voix off n’en dira pas plus, sans même citer les propos qui lui ont valu une banane d’or et qui ne sont que mensonges et calomnies. On donne l’impression de récompenses gratuites, non méritées, injustes. Pas un mot non plus sur les membres du jury, pourtant assez diversifié. Christophe Barbier est venu chercher son prix pour des unes « considérées comme Islamophobes ». Justes considérées? De toute façon, la voix off n’est pas « sûre qu’il y retournerait ». Le pauvre. A se demander si Canal ne le considèrerait pas, lui aussi, comme étant « l’une des cibles régulières de Rokhaya Diallo » ! Le reportage mentionne quand même la présence de Melissa Theuriau dans l’entourage de Rokhaya Diallo, histoire d’apporter une petite touche de crédibilité intellectuelle mais le spectateur n’a pas encore le temps de la laisser remonter dans son estime que le supplément touche au sacro saint sujet de tous les temps : Charlie Hebdo. Qu’en dit-on ? Qu’elle a signé une pétition contre le soutien à Charlie Hebdo au moment de l’incendie de 2012. Bien. Mais il en faut encore plus : on mentionne également que les vilains Indigènes de la République, autrement dit le Diable en personne dans le monde médiatique, ont également signé la pétition. Et Canal enfonce le clou : Rokhaya Diallo serait antisémite. Source : un entretien de Dieudonné et de Soral réalisé pour la chaine LCP. Que lui reproche-t-on ? D’avoir présenté Soral juste comme un polémiste. Ah… Et présenter Rokhaya Diallo comme la femme des clashs ou l’anti-zemmour de service, on en parle ? Pourquoi reprocher aux autres ce qu’on n’applique pas ? Et surtout… qui ne connaît pas Alain Soral ?! La fin du portrait n’est guère plus favorable à Rokhaya Diallo qui sera toujours présentée comme « féministe pro-voile », « en faveur du voile ». Comme pour Mona Eltahawy : on réduit les combats des féministes « non filles légitimes des vagues passées » à quelques points de vue.

L’interview sur le plateau laisse place à une Maïtena Biraben beaucoup plus pugnace que d’habitude. Le sujet Dieudonné revient. Rokhaya Diallo déplore que tous les racismes ne soient pas traités de la même façon. Aucune réaction en face. Quant à Charlie Hebdo, Maïtena Biraben déclare : « vous êtes pour la liberté de porter le voile si on le souhaite, pour la liberté de se prostituer mais contre la liberté d’aller trop loin dans l’humour si Charlie Hebdo le souhaite ! ». Rokhaya Diallo a beau expliquer qu’elle a le droit de ne pas être d’accord avec l’humour Charlie mais Maïtena Biraben la reprend, esprit charlie oblige : « vous trouvez que c’est islamophobe !». Elle rappelle qu’elle a signé une pétition de « non soutien » (sans préciser que la pétition ne faisait aucunement suite aux attentats du mois de Janvier 2015, probablement pour entretenir l’ambiguïté). Que voulez-vous que Rokhaya Diallo lui réponde quand des questions aux nombreux sous-entendus s’enchaînent ? Au final, MB fera une preuve flagrante de racisme light en déclarant qu’elle s’ignorait raciste puisqu’elle ne voyait pas de racisme dans le fait de dire « Tu es Espagnole ? J’adore la paëlla ». Ne réussissant pas à la convaincre, Biraben diffuse des extraits de sketchs du Jamel Comedy Club. Réponse de Diallo ? La nuance est dans « la bienveillance ». Heureusement que Rémy Pflimlin, présent sur le plateau à ce moment là, rappelle que les témoignages issus du livre de Diallo sont véridiques car issus de la plateforme internet. Boom, changement de sujet, on passe à nouveau à Dieudonné et Soral ! Rokhaya Diallo rappelle que le fait d’interviewer une personne n’est pas un signe d’adhésion à ses idées. Maïtena Biraben trouve quand même scandaleux que Rokhaya Diallo n’ait pas donné d’autorisation de diffusion de son interview dans son portrait… Et on a envie de lui répondre que le mal est déjà fait mais Canal n’aime pas trop les résistances… La fin de l’entretien portera sur des questions somme toutes déjà entendues sur la diversité à la télé…

Que retenir de ces trois portraits différents ? Premièrement, Canal aborde le féminisme en version accélérée. C’est très court et surtout, très stéréotypé. 3 féministes, 3 histoires différentes, 3 parcours différents, 3 niveaux de médiatisation différents, 3 affiliations différentes pour 3 femmes qui évoluent dans des cercles différents mais on parlera toujours et encore du voile. On ne se prive pas de raccourcis, de contre vérités, de petites calomnies subliminales et de coller des étiquettes : Mona Eltahawy la féministe ET musulmane ex-voilée puis décolorée qui adore le mot « VAGIN », Anne Cécile Mailfert la féministe « classique » et donc la plus légitime au titre de féministe de base et Rokhaya Diallo, la féministe « contrefaite » car « pro-voile » qu’on ose à peine nommer féministe quand on ne parle pas d’elle comme d’une agitatrice, reine du clash et qui aurait, la vilaine, ses cibles. Belle schématisation !

Deuxièmement, Canal refuse systématiquement de parler du contenu des combats (livres, films, textes…) pour parler des auteures comme si cela était plus important. Pourquoi ne pas avoir développé quelques points des thèses de Mona Eltahawy ou de Rokhaya Diallo ? Pourquoi insister sur des informations personnelles, certes à l’origine de leurs combats, sans montrer le rapport avec les luttes ? Pourquoi ne pas poser des questions de fond sur les combats que mènent ces femmes, quittent à ce qu’elles ne développent qu’un seul point ?

Troisièmement, Canal passe sous silence ce qui lui chante. Présenter Mona Eltahawy en prétendant que sa « célébrité » a commencé avec la révolution égyptienne, c’est à la fois mensonger et grossier. Taire sa présence aux seins d’organisations qui se définissent elles mêmes comme appartenant au féminisme islamique, que “tout le monde” en France a en horreur, trahit soit une manipulation soit un manque de recherches de la part de Canal. De même que dire d’Osez le féminisme que c’est une association « qui a prit ses distances avec le parti socialiste » sans expliquer que certaines membres de cette association n’ont aucun complexe à côtoyer  des gens vraiment pas à gauche (pensez à Caroline De Haas, membre historique d’OLF qui a rejoint le collectif « Féministes pour une Europe Solidaire » aux côtés de Mailfert mais aussi d’une certaine Annie Sugier… qui était l’une des animatrices du site ultra islamophobe « Riposte Laïque »…), c’est cacher une vérité très dérangeante qui aurait du interpeller… Mais on ne se gênera pas pour inventer des filiations idéologiques Dieudonné – Alain Soral – Rokhaya Diallo sur la base d’une interview donnée pour LCP. Comme c’est étrange…

Enfin, pour terminer, il serait intelligent que Canal traite du féminisme autrement. Montrer des féministes qui écrivent, luttent, discutent de stratégies, c’est bien mais sans expliquer la pertinence de ces luttes dans les sociétés actuelles, c’est nul. En conclusion, bon courage aux féministes qui luttent, réellement, sans avoir à déformer la vérité tant qu’elle leur est favorable à coups d’actions et/ou de reportages bidons et j’ai une tendre pensée pour celles persuadées, du haut de leur grandeur, que leur mission sur terre et de libérer tout le monde, y compris celles qui ne se reconnaissent pas dans leurs luttes et qui n’hésitent pas à discréditer leurs adversaires en les insultant, elles qui appartiennent à cette gauche qui ose encore affirmer que l’islamophobie consiste à taxer une personne d’islamophobe pour discréditer ses propos :

1-2

3-4 5

Il est clair que je préfère la version Twitter de Anne Cécile Mailfert qui a le mérite d’être beaucoup moins “sous drogue” que sa version télé qui ne sait que sourire mécaniquement et répondre à côté des questions! Envoyer bouler des interlocuteurs en les traitant de #troll, ça, c’est certain, c’est le féminisme 2.0.

Patric, j’en veux pas… Enfin pas comme ça.

Des fois, il arrive que des gens sortis de nulle part viennent en soutien de luttes qui ne les concernent pas. C’est bien sauf que des fois, ces personnes veulent parler encore plus fort que les personnes directement concernées. On a tous connu cet énergumène blanc venu du fin fond “des lumières” pour apprendre au racisé ce qui est raciste et ce qui ne l’est pas comme on a tous connu ces hommes venus montrer aux femmes ce est sexiste et ce qui ne l’est pas. Merci pour la leçon mais je crois qu’il serait souhaitable que les premières personnes concernées soient écoutées et décident à leur place de ce que représentent leurs luttes, sans qu’une personne dresse un portrait de leur situation à coups de figures de styles qui ont plus leur place dans un roman sentimental que dans une discussion d’ordre politique. Malheureusement, des gens qui peuvent nous sembler “clean” comme Patric Jean peuvent incarner cet archétype du mec blanc moralisateur et engagé sur le papier. Je dois avouer que j’ai du passer par Wikipédia pour en savoir plus sur cet homme dont je n’ai entendu parler de lui que lors des “débats” sur la question de la pénalisation des clients de la prostitution. J’ai entendu parler de “Zéro Macho” et là, foutu pour foutu, j’étais intrigué! Bon, je suis néanmoins ravi de ne pas m’être plus penché sur cette association quand on sait qu’elle compte parmis ces rangs un véritable guignol du féminisme masculin (auquel Patric Jean s’identifie pudiquement en se présentant comme “pro-féministe”), à savoir Christian Delarue. Et quand je lis ses tirades absolument délirantes sur les histoires de jupes ostentatoires, je suis rassuré: je me suis arrêté de me torturer inutilement à temps. En réalité, l’objet de mon texte porte sur le dernier  article de Patric Jean, sobrement intitulé “Les Nouveaux Nazis”. Je ne vais pas y passer par 4 chemins : Patric Jean veut “bien faire” mais il est complètement à côté de la plaque. Le pire dans tout ça, c’est qu’il représente à merveille cette caste qui commente tranquillement une situation qu’il vit de loin, voir de “très loin”, en donnant des leçons mais sans jamais renoncer à ses privilèges.

Autant que je le dise sans détour : Patric Jean n’est sans doute pas raciste mais fait dans l’antiracisme niais. C’est, au mieux, digne de la plume de Nadia Khouri Dagher, au pire, de l’ignorance. Il se demande sur son blog, “comment font les jeunes dits “des banlieues” pour se tenir si tranquilles malgré la violence qui leur est faite. Racisme institutionnalisé, ghettoïsation de la pauvreté, violences policières”. C’est vrai ça, comment font-ils ?! Je lui réponds : ils luttent et la ferment. Quand on parle en banlieue de désarroi, on est tout de suite considéré comme étant dans une démarche de “revendication” mais une revendication perturbatrice car on est des sauvages qui ne savent pas se tenir. Quand on commence à saisir les moyens à disposition, on a le droit à de jolies leçons de morale où le mot “République” est répété à tort et à travers comme pour essayer de colmater ce qui se passe. Enfin, ça c’est dans le meilleur des cas. Généralement, on préfère mettre la focale sur des histoires destinées à divertir ou effrayer les masses comme l’arnaque du communautarisme qui serait une menace sur le “vivre ensemble”. Patric Jean s’improvise psychiatre spécialiste des banlieues en disant que nos pauvres jeunes auraient honte de “ne pas coller au modèle, (…) de ne pas pouvoir consommer selon les injonctions à la mode, (…) d’appartenir à une classe sociale ou de porter une couleur de peau qui fait peur. Cette honte a souvent dégénéré en une haine de soi conduisant toujours aux mêmes conséquences: drogue, alcoolisme, violence contre les siens”. Alors là, n’importe quoi. Patric Jean, vous vous égarez. Pour reprendre les termes des banlieusards que vous ne connaissez pas, vous racontez que de la merde. En banlieue, on a pas honte d’être pauvre, on a mal d’être pauvre. On a mal d’être isolés géographiquement, d’être prioritaire dans les contrôles et les brutalités policières, d’avoir peu de ressources, on a mal quand on entend des injonctions à se désolidariser de terroristes comme si on était, du fait d’avoir une religion en commun, automatiquement solidaires d’actes barbares. On a pas honte d’appartenir à la France d’en bas, la France populaire, on a mal de ne pas pouvoir s’arracher à cette couche pour rejoindre une France qui ne reconnait pas tous ses enfants et qui se refuse à garantir l’égalité des chances. Quand à la couleur de peau…. Désolé mais une fois de plus, c’est du grand n’importe quoi. Personne n’a honte d’être basané car noir ou arabe. Par contre, on a mal de savoir que notre couleur de peau est plus qu’une caractéristique physique sur laquelle on plaque des fantasmes et des peurs; on a pas honte de sa couleur, on a mal de voir que pour ceux qui sont blancs, et qui symbolisent le pouvoir car ils sont la majorité, on est tout un ensemble de choses dégradantes : beur ou beurette, bougnoule, délinquants, intégriste, etc… On a pas de complexes ou de honte par rapport à sa couleur de peau même si elle n’est pas la référence, même si on nous le rappelle implicitement à travers cette façon quasi systématique qu’on nous renvoie à des origines supposées (ce “chez vous” qui désigne un “chez soi” qui n’est jamais considéré comme étant la France). On ne se déteste pas avant de sombrer, fatalement, dans la drogue et l’alcool. Il faut arrêter cet enchainement de stéréotypes qui n’existent que dans les fantasmes les plus fous, bon sang !

Si Patric Jean parle quand même avec un peu de justesse du racisme envers les noirs et les arabes, notamment en parlant de sa mutation en islamophobie sous couvert de laïcité, mais loupe un gros détail : le continuum colonial. Et oui, désolé, mais quand il parle de “ces populations”, il oublie de mentionner qu’elles ont un statut de dominés qu’elles ont hérité de l’ex-statut de colonisés de leurs grands parents. Il oublie de préciser que le premier critère commun dans les affaires d’agressions de femmes voilées en banlieues, de contrôles au faciès, d’accusation de communautarisme et autres condamnations, c’est que l’ennemi désigné et humilié, c’est quelqu’un qui descend de l’histoire coloniale. Il oublie de préciser que lorsque nos politiques daignent s’intéresser à nos banlieues présentées comme en déficit de civilisation, c’est uniquement pour faire des danses du ventre qui n’aboutissent qu’à la création d’associations paternalistes et racialistes (NPNS, Sos Racisme, etc…) ou à récupérer quelques “divers” pour les promouvoir dans des postes à haute responsabilité. Et les revendications des quartiers, on les écoute ? Jamais. On fait du cosmétique : on pioche dans la masse, on prend quelques noirs qu’on met en valeur en pensant que le seul fait de voir des gens issus des quartiers populaires va régler tous les problèmes de ces gens. Non merci.

Comme tout féministe se réclamant de Zéro Macho et donc du féminisme blanc mainstream, impossible pour Patric Jean de ne pas parler du voile lorsqu’on aborde la question des banlieues. Ce n’est pas un cliché, voyons. L’égalité salariale, la PMA, la garde alternée, c’est pas pour les bougnoules, hein. Parlons-leur de ce qui les concerne mais avec condescendance. Patric Jean déplore que “la question du voile a transformé en une semaine des milliers d’hommes en combattants pour les droits des femmes alors qu’on ne les a jamais entendus sur cette question ni avant ni après”. Bon, on lui dit? Premièrement, il parle de milliers d’hommes ce qui est abusif. Patric Jean étant un artiste, je lui pardonne cet excès à moins qu’il soit muni d’un registre avec le nombre exact des “combattants” (pourquoi ne pas parler de défenseurs et utiliser le terme de “combattants” ?). J’ai, en revanche, beaucoup moins de facilité à pardonner le mensonge qui consiste à dire que ces hommes se sont transformés en combattants des droits des femmes. Il faudrait savoir qu’à moins de se déclarer ouvertement féministe / combattant des droits des femmes, aucun homme qui a “défendu” le port du voile ne l’a fait sous l’angle du féminisme. On peut défendre le droit à porter le voile ou n’importe quel autre droit sans s’inscrire forcément dans une démarche féministe, non ? Quant à dire qu’on a jamais entendu ces hommes s’exprimer sur le sujet, il faudrait quand même sortir du monde féérique de Disney et regarder la vérité en face : si les musulmanes qui portent un voile ont été privées de parole car considérées comme étant forcées et/ou sous la coupe des hommes, pensez-vous VRAIMENT que ce sont des hommes qui vont être entendus sur la question ? D’ailleurs, ces milliers d’hommes, vous pensez vraiment qu’ils vont s’exprimer prioritairement sur ce sujet, sachant qu’ils risquent de tomber dans la caricature du “je défends mon droit à voiler les femmes” ? Les principales intéressées sont constamment absentes des débats qui les concerne et vous pensez que ce sont leurs frères, pères, fils, cousins, voisins, amants, copains qu’on va écouter ? Ca la fout mal pour un féministe que de demander aux hommes d’avoir un avis sur des problématiques de femmes à leur place. Ca la fout mal également de les considérer comme des combattant des droits des femmes uniquement sur la question du voile en banlieue et de ne pas en faire de même quand ces mêmes combattants parlent de précarité, de chômage et d’exclusion qui sont aussi des thématiques féministes. Mais puisqu’il le dit… Cela dit, je précise qu’être en désaccord avec une situation ne fait de personne un combattant; c’est non seulement nourrir un mépris sur ce qu’est réellement la lutte que de taxer abusivement de combattant quelqu’un qui a juste une idée différente. Par contre, ce qui serait bien, avant de tomber dans les hyperboles qui donnent à croire qu’il y aura une foule d’hommes venus défendre le port du voile, ce serait aussi de dire comment le voile est systématiquement présenté dans les médias… cela pourrait expliquer bien des choses.

Le reste de l’article aborde la question de la laïcité. Même si je peux reconnaitre certains arguments, j’ai quand même manqué de m’étouffer de rire quand j’ai lu le passage sur le dernier clip de Médine. On dirait que Patric Jean fonde son article sur des bases solides! D’après Patric Jean, Médine “crie maladroitement une haine que nous avions prévue”. Adroitement, ça voudrait dire quoi ? Sans mentionner Caroline Fourest, Nadine Morano ou Copé ? Sans dire la réalité ou en bannissant les “gros mots” parce que ça fait tâche ? A moins que le problème soit le rap? Médine aurait-il dû le faire sur un air d’Opéra ? Pour Patric Jean, le clip de Médine et les thèmes de son titre tombent comme ça. Aucun rappel des faits, ni explication ni retour sur les travaux de Caroline Fourest ou les sorties immondes de Morano ou Copé. Peut être que Patric Jean croit en la haine innée des habitants des banlieues qui rappent en dehors de tout contexte social, juste pour cracher une rage qui sort de nulle part… On voudrait bien des explications mais Patric Jean n’a pas le temps, il faut faire vite car nous allons droit vers le choc des civilisations : “Nous allons donc nous retrouver entre, d’une part les “nouveaux nazis” (le terme s’applique ici parfaitement) et les exclus devenus fous (de dieu). Nous n’aurons pas à choisir un des deux camps. Seulement à subir deux folies qui s’affronteront parce que nous aurons été indifférents ou cyniques.”. Vite, agissons pour la survie du “vivre ensemble”! C’est Patric Jean qui vous le dit. Et avant que le péril islamique ne l’ait emporté, il vous fait prendre connaissance de son plan : “il nous reste à nous les blancs, laïcs, refusant tout racisme et révoltés contre les injustices sociales, à faire savoir que nous sommes là et que nous ne cèderons pas à cette folie qui nous emporte”. Bon. Déjà, je ne vois pas l’intérêt de se présenter comme laïc, du moins dans ce contexte mais pourquoi pas. Après, dire aux habitants des quartiers que vous êtes là, désolé, mais on s’en fiche. “Je suis là pour toi”, c’est la phrase passe partout, super usée, un cliché parmi les clichés. C’est une phrase tout prête, toute faite, à congeler et à décongeler selon les circonstances et qui ne veut absolument rien dire. C’était la phrase de ma meilleure amie qui, depuis, vit à Beverly Hills et n’est là qu’à distance, ce qui est une blague. “Je suis là”, quand on a pas défini le “là” et qu’on s’exprime dans un confort qui n’a rien à voir avec le quotidien des gens dont on parle, c’est inutile. Surtout que, jusqu’à présent, “je suis là” pour les banlieues, bon nombre de gens l’ont dit. On a pas lu de chroniques ou vu de vidéos de Patric Jean dans le procès Zyed & Bouna. On a pas entendu Patric Jean sur le projet de loi d’interdiction du foulard à l’université. Non. Patric Jean quand il se pense “là”, c’est à dire avec les banlieues, c’est pour leur rappeler combien leur sort est injuste avec un article bidon qui a plus sa place dans les pages de Nous Deux que dans une discussion sérieuse. Et si être là pour les banlieues, c’est être là comme vous l’êtes pour les prostituées, c’est à dire taxer d’aliéné-e-s, de taré-e-s, de dominé-e-s qui se contraignent sans se rendre compte les pauvres, avec toute la condescendance du monde, je pense qu’on va s’en passer, hein.

J’aurai adoré écrire un autre article mais malheureusement face à un tel ramassis de bêtises, comment ne pas écrire autre chose ? J’aimerais applaudir un discours d’allié authentique sur les banlieues mais ce que j’ai lu, c’est de la candeur condescendante. Ben ouais, quoi, comment qu’ils font les gens des banlieues pour accepter leur condition, quoi ?! Ils ont qu’à devenir riches, tiens! Je sais bien que le m’expose à une accusation de lynchage (comme Patric Jean l’a fait lorsqu’il a parlé du Y’a Bon Award de Caroline Fourest, partant au passage dans un délire d’histoire de la religion vraiment hors sujet) car c’est le propre des habitants de banlieue : quand on ose affronter ceux qui pensent nous tendre la main, on est “violents” parce qu’on est des sauvages. On ne répond pas, on ne critique pas, non, pour “eux”, on lynche. On est devenus paresseux, menaçants et “des gens avec des revendications politico-religieuses” le jour où on a décidé d’ouvrir nos gueules et de tracer notre propre destinée et c’est là que les emmerdes ont commencé. Sur ce, laissons Patric Jean donner des cours de sociologie de banlieue si ça l’aide à soulager sa conscience. Laissons-le s’exprimer sur le voile, lui qui a la connaissance et la science et qui s’estime tant concerné. Laissons le également nous enseigner la vie, nous les ignares, mais rappelons lui que, quand même, un mec blanc cis qui parle des banlieues, du foulard et de la pauvreté sans expliquer le pourquoi du comment et sans mentionner un seul instant ses privilèges, c’est quand même un truc de bobo bienveillants paternalistes.

PS : Quand Patric Jean ne soutient pas les Femen ou méprise les travailleuses du sexe, il déplore la ré-election de  Netanyahu qu’il impute aux islamistes. Oui, je sais, c’est vraiment du n’importe quoi.

PS 2 : Dans le rayon “vraiment à côté de la plaque”, il n’y a qu’à voir la réaction de Patric Jean sur l’interdiction du film Much Loved au Maroc qu’il interprète comme une censure d’état sur le fait de montrer la violence de la prostitution… Il a tout faux : si ce film a été censuré, c’est pour la bonne et simple raison qu’au Maroc, la prostitution est prohibée et que ce qui est censuré en réalité, c’est le fait qu’il existerait une prostitution mais qui aurait été “abolie”. Cette censure est donc faite pour “rassurer” ceux que l’idée de la prostitution irrite (essentiellement pour des raisons religieuses ou morales) mais aussi pour lutter contre le cliché du Maroc, paradis du tourisme sexuel. Mais bon… puisqu’il vous l’dit…

Quand Audrey veut Pulvariser le voile….

Voile. Foulard. Burqa. Niqab. Tchador. Voile. Voile. Voile… Voilà le champ lexical du débat féministe du Grand 8 suite à l’interview de Diam’s sur TF1. Le droit à l’IVG, l’inégalité salariale, le mythe de la beauté, le “Fat Shaming”, les viols dans l’Armée, on en parlera quand ? Pas aujourd’hui.

r-DIAMS-large570Diam’s, rappeuse qui a connu son heure de gloire s’est retirée de la scène médiatique. Elle s’est convertie à l’Islam, est devenue maman et porte le voile. Après cela, elle est apparue deux fois dans l’émission 7 à 8 pour assurer la promotion de ses livres. Ce que Diam’s a à dire, que ce soit sur le terrorisme, son rôle de mère, son amour des diamants ou ses moments de détresse, les bourgeoises de D8 s’en tapent. Ce qui les importe chez Diam’s, c’est… c’est… suspense… c’est… son voile! Elle a beau répondre à des questions qui portent sur sa “nouvelle vie”, sur l’extrémisme, le blasphème et l’attentat à Charlie Hebdo, ce que les animatrices du grand 8 ont retenu de cet échange, c’est son voile. Car, n’en déplaisent à ces féministes du petit écran, elles reproduisent un mécanisme sexiste qui consiste à se limiter à l’apparence d’une femme lorsqu’elle apparait publiquement plutôt que de discuter de ses propos. J’aimerais qu’elles me contredisent et j’attends donc de voir sur quoi porteront leurs commentaires lorsqu’elles parleront de l’interview d’un rappeur ou d’un acteur…

Au pays des multiples lois anti-voiles, le cas Diam’s sait rassembler à peu près tous les intolérants des différents coins de la France. Il y a les bobos qui n’ont jamais écouté un seul morceau de rap et qui se pissent dessus à la vue d’un mec en airmax et qui trouvent que “c’est du gâchis”. Il y a les actrices islamophobes revendiquées qui n’ont rien compris et trahissent leur ignorance et leur bêtise à coups de tweets débiles. Et il y a Audrey Pulvar.

Audrey-Pulvar-enfourche-une-nouvelle-vie_article_landscape_pm_v8Je l’aimais bien  Audrey Pulvar. Dans Le Grand 8, émission talk show française calquée sur l’émission américaine The View, Pulvar est claire : elle est opposée au port du voile, cet “outil d’asservissement des femmes” et en plus, c’est même pas une obligation coranique. Chapeau Audrey, merci pour le scoop ! Je pense qu’il convient de lui rappeler que si le voile est un signe d’asservissement des femmes alors tous les signes sont des signes d’asservissements. Qu’est ce qui, dans le monde de Pulvar, celui du féministe mainstream blanc bien propre, décide de ce qu’est un outil d’asservissement ou pas ? Qui décide pour qui ? Qui parle à la place de qui ? Toujours au sujet de Diam’s, elle déclare qu’elle “a bien de la chance d’être en France, dans un pays dans lequel les droits des femmes sont à l’égal de ceux des hommes (!) parce que évidemment les musulmanes peuvent divorcer, se séparer, se remarier, sauf que dans la plupart des pays musulmans, pas dans tous mais dans la plupart des pays musulmans (!), les femmes qui divorcent perdent automatiquement la garde de leurs enfants et elles n’ont pas un maintient de leur niveau de vie. Donc y’a beaucoup de femmes dans les pays musulmans qui ne divorcent pas car elles savent qu’elles perdent la garde de leurs enfants”. Quand une musulmane ose porter un voile et par dessus le marché, ne pas se comporter en femme soumise, il faut l’humilier. Elle qui a osé porter le foulard dans lequel les féministes mainstream ont décidé d’y voir le patriarcat et la soumission, elle a divorcé des féministes. C’est gênant pour les féministes mainstream. Elles ont été trahies. Elles ont donc le droit de la salir. Pour elles, Diam’s a fait le choix de la soumission en se voilant et devrait donc “vivre en soumise”… mais ce n’est pas son cas. Donc, il faut lui montrer sa “chance” en lui renvoyant à la gueule la situation dans les pays musulmans (dont les citoyennes sont toujours soumises, privées de tout, opprimées, excisées et tout le blabla cher aux féministes mainstream) sur la question du divorce. Or, en faisant référence à ces pays musulmans, Audrey Pulvar trahit son racisme latent à l’encontre des musulmanes. En agissant ainsi, elle la désintégre d’ici pour la comparer à ce qui se passe dans un ailleurs dont elle devrait se sentir automatiquement proche juste parce qu’elle est musulmane. Excusez ma candeur, mais quand une femme juive divorce en France, lui rappelle-t-on combien elle a la chance de divorcer parce que en Israël, c’est pas aussi simple ? Quand une cubaine avorte à la Havane, lui rappelle-t-on combien elle est chanceuse parce que d’autres femmes d’Amérique Latine n’ont pas le droit d’avorter ? Non car ces femmes, contrairement à la musulmane, sont bien d’ici tandis que Diam’s, elle, parce qu’elle porte le voile est exotisée. Elle est désormais “française mais…” et doit répondre pour les millions de musulmanes d’ailleurs avec qui, elle a sans doute moins de points communs qu’avec Audrey Pulvar. C’est un procédé récurrent chez nos féministes mainstream qui n’ont cessé de parler aux femmes voilées françaises des iraniennes qui se battent contre le voile. Ces mêmes féministes qui crient à l’intégration et à l’assimilationisme mais qui n’hésitent pas à faire référence à la situation d’autres pays, majoritairement musulmans ou non, souvent rétrogrades, dont ne sont pas originaires ces femmes voilées françaises juste pour les culpabiliser. A les écouter, chaque femme musulmane devrait, dans n’importe lequel de ses choix, se référer à ce que vivent les Iraniennes et les Saoudiennes (ou les Afghanes, très à la mode dernièrement) avant de faire des choix personnels. Je ne vais même pas m’éterniser sur la question du divorce qui est présentée par Pulvar comme n’étant pas en faveur des mères dans “la plupart des pays musulmans mais pas tous”. J’ignorais qu’elle avait une telle expertise sur le sujet ! Je ne savais pas que présenter le journal sur France 3, jouer les chroniqueuses du samedi soir sur France 2 et les grincheuses sur D8 enrichissait les cerveaux de connaissances sur le droit des pays musulmans ! Peut-on juste expliquer à Audrey Pulvar que, le divorce, au Maroc, au Qatar, en Arabie Saoudite, en Libye, en Syrie, au Yemen, en Turquie, en Indonésie, ce n’est jamais la même chose d’un point de vue de la loi et que tous les pays musulmans ne sont pas identiques ? Peut-on lui rappeler que le mythe du monde musulman monolithique, c’est une technique presque périmée des néo-conservateurs ? Pour une journaliste, j’avoue qu’une telle faute me consterne! Sauf que Madame Pulvar ne s’arrête pas là. On a beau lui dire qu’il existe des femmes qui choisissent le voile en étant réellement volontaires, pour elle, c’est faux. Pulvar a-t-elle mené l’enquête, questionné toutes les porteuses de voile, recensé, préparé des fiches et des statistiques comme Robert Ménard ou ne fait-elle que répéter ce que les féministes mainstream ne font que répéter depuis des années sans la moindre preuve? A-t-elle lu l’ouvrage de Faïza Zerouala pour baser son argumentation, a-t-elle fait le b.a-ba de toute étude à savoir s’adresser aux premières concernées, a-t-elle documenté son point de vue ? A-t-elle assisté à un cours d’ Amal al-Malki ou discuté avec Ibtihal Al-Khatib ? La réponse est sans doute non. Mais elle sait mieux, Audrey Pulvar… Le journalisme de cette dame est un journalisme “sur le pouce” qui saisit les pires caricatures et les pires stéréotypes pour fonder dessus un argumentaire. Bravo.

Elisabeth+Bost+Arrivals+Global+Gift+Gala+q-q03OvRJyolA l’exception de Hapsatou Sy, le reste du plateau du grand 8 approuve la position d’Audrey Pulvar. Roselyne Bachelot est offusquée et parle de “répudiations”. Dès là, c’est un miracle qu’on ne parle pas de tout ce qui suit ce terme, à savoir l’Afghanistan, la Burqa, le Terrorisme, les Crimes d’Honneurs, Les Tournantes, etc… Quand Diam’s dit recevoir des insultes, Elizabeth Bost, bourgeoise de service, déclare que ce n’est pas vrai. “Je n’ai jamais entendu dire des sauvageonnes voilées et des barbares barbus, non, on peut se dire comme avec Audrey, que le voile, on a l’impression que ça oppresse la femme sans forcement dire les sauvageonnes voilées, les barbares…”. Là, aussi argumentation implacable. Puisqu’elle vous le dit ! Juste parce qu’elle n’a jamais entendu de ses propres oreilles une insulte islamophobe ne veut pas dire que le phénomène n’existe pas. Pur réflexe de bobo qui croit que le monde s’arrête au delà de sa propre expérience. D’ailleurs, pour Elizabeth Bost, les femmes voilées insultées ont juste des problèmes d’audition; quand on vous insulte (et on sait que c’est malheureusement fréquent) ou du moins que vous avez l’impression qu’on vous insulte, c’est pour votre bien : à travers le “sale voilée” qu’on crie à la gueule des musulmanes, l’arrachage des voiles et les humiliations, pour Elizabeth Bost et sa bande, on ne ferait que vous dire qu’on a “l’impression que votre voile oppresse”. Quelle est la différence entre ce raisonnement et celui qui laisse croire qu’à travers un viol, on laisse dire à une femme qu’elle n’avait qu’à ne pas sortir vêtue de façon indécente ? Aucune. Je serai ravi d’entendre les tartufferies de Bosc quand une femme se fait traiter de pétasse ou qu’elle reçoit une main au cul dans le métro. Ca serait pour faire passer quel message ? A moins que certaines femmes subissent une violence qu’il est acceptable de nier parce que ce serait pour leur bien et que d’autres aient pleinement le droit au statut de victime ? J’attends que l’intéressée se manifeste.

Mais quand on est comme Audrey Pulvar, c’est à dire persuadée de détenir la vérité immuable, il est difficile de débattre. Audrey Pulvar fait du féminisme universaliste blanc dont les frontières s’arrêtent là où on la froisse, elle, la VRAIE féministe. Impossible de mettre le moindre bémol, elle doit avoir le dernier mot. Comme on est loin de la tradition d’écoute du féminisme! Hapsatou Sy a beau parler de femmes voilées qui choisissent de porter le voile, c’est tout simplement impossible. “Le propre de l’aliéné, c’est qu’il ne sait pas qu’il est aliéné”. Boum. C’est lâché comme un proverbe : c’est sage, inattaquable et ça ne doit pas être questionné. Mais ça sort de la bouche d’Audrey Pulvar et que j’aurai énormément de mal à prendre au sérieux ce qu’elle a à dire sur l’aliénation quand elle m’apparait tout aussi aliénée que celles qu’elle critique. En effet, quelle différence entre choisir de porter le voile et de choisir de s’épiler, de se maquiller, de maigrir, de se faire poser des implants mammaires, de porter une jupe, un jean, une robe ? Aucune. Existerait-il donc des aliénations prioritaires sur d’autres, au point de les combattre sans avoir à rougir de n’importe quel moyen à utiliser, quitte à être dans l’exclusion des femmes ? On penserait que oui… Par la suite, Audrey Pulvar ira même jusqu’à établir une comparaison des plus abjectes avec les victimes de viol qui ne sont pas prises au sérieux au moment de porter plainte car on leur reproche leur tenue jugée “aguichante”; pour elles, les musulmanes qui portent le voile le font pour se soustraire au regard des hommes. “C’est comme dire à une femme qui est violée “mais tu n’avais qu’à mettre une mini-jupe”. C’est rendre la femme responsable de l’attirance qu’elle provoque” dit-elle. Je cherche encore le rapport entre le port du voile et le viol mais si Audrey Pulvar l’a dit… J’aimerais juste préciser à Audrey Pulvar que les femmes voilées, étant donné qu’elle aime penser pour elles, ne sont pas idiotes ni débiles. Pensez-vous qu’elles portent le voile réellement pour échapper aux viols ? Savez-vous réellement ce qu’est le viol ou vous avez, en dépit de votre statut de féministe, encore en tête le cliché de la femme violée qui est forcément une jeune femme un peu saoule et légèrement vêtue qui se retrouve dans un lieu mal famé ? Savez-vous qu’il existe des femmes voilées qui ont été violées, par leurs coreligionnaires, par des athées ou dans le cadre de la guerre du golfe, par des militaires américains venus “libérer la femme irakienne” ?!

On l’aura compris : Diam’s et son livre n’existent plus. Ses propos n’intéressent pas alors qu’il y avait là matière à débattre. Le temps est certainement compté, diront-elles. Le voile n’est pas banalisé : à chacune apparition de ce bout de tissu, il faut en remettre une couche. Twitter se lâche quand une femme voilée apparait sur un plateau “normalement” pour parler d’autre chose que de son voile. Dans le sujet consacré à Diam’s, on agite les clichés. On parle des “pays musulmans” quand on ne veut pas faire référence à l’Iran ou à l’Arabie Saoudite. On parle de domination et d’asservissement avec hypocrisie comme si du haut de sa tête nue, de son athéisme et de son statut d’animatrice télé, on était le modèle de liberté et de réussite qu’il faut suivre à tout prix. On fait du féminisme un espèce de code de conduite aussi répressif que n’importe quelle religion car il émet des listes de tenues vestimentaires acceptables ou non et quand il rejette, il le fait à coups de lois discriminantes. On parle du Coran, aussi. Mais vite fait, dans les grandes lignes, juste pour vous dire qu’il ne parle pas du voile donc vous n’avez rien compris, bande de cruches. On est pas musulmane mais on “sait mieux”, complexe de l’ex-colon oblige, que l’indigène qui a mal lu et qui, même si c’est une musulmane, est jugée moins apte à interpréter ses propres textes religieux qu’une non musulmane. Idéalement, on récupère des musulmanes et des musulmans qui ne sont pas en faveur du choix du voile pour valider la justesse de sa position comme Hugh Heffner a récupéré des playgirls pour montrer combien le play boy club était fantastique pour les femmes. On oubliera qu’on fait des alliances avec des gens parfois pas très fréquentables car tous les coups sont permis. Après, peu importe que des musulmanes voilées voient dans leur démarche du féminisme : les féministes ont décidé entre elles (et eux) ce qui était bon pour elles. J’adorerai blâmer Audrey Pulvar individuellement mais hélas, elle ne fait que suivre l’establishment. Avant elle, toutes les féministes mainstream pro-establishment qui ont un rapport extrêmement violent avec l’Islam n’ont pas résisté à la tentation de la lutte contre le foulard; c’est même devenu un fond de commerce bien juteux. Des pages de ELLE de l’époque de Valérie Toranian, aux textes de Zelensky, Badinter et Sugier, aux ouvrages de Caroline Fourest et de Nadia Geerts, le voile est devenu le sujet de rassemblement de toutes les féministes. Encore mieux que l’égalité salariale, la PMA ou l’IVG. Et le voile, ça réconcilie et convoque à la table les France qui font semblant de se détester mais, union islamophobe oblige, on a trouvé de quoi oublier nos différents le temps d’un lynchage en bonne et due forme.

C’est dans cette lignée que la jeune génération féministe semble prendre le relai. Dernièrement, Anne Cécile Mailfert était interrogée sur la question de l’engagement féministe et du voile. Et comment répond-elle à Maïtena Biraben qui lui demande si on peut être féministe et voilée ? Par une sublime pirouette qui laisse entendre “sa vision du voile” et son incroyable ignorance : “Toute femme qui se revendique féministe euh… se revendique féministe. Euh… nous on va pas juger est-ce qu’on est plus ou moins féministe euh… donc donc… (…) on ne dévoile pas, nan nan, on n’impose pas ça, pas du tout, c’est un peu violent, non, par contre, euh euh, nous on a une position sur le voile qu’est de dire que les voiles, pas seulement le voile musulman, pour nous ce sont, c’est un signal qui est envoyé de… bah de se cacher pour les femmes et c’est vrai que nous on est contre”. Un savant mélange de propos confus qui laissent entendre que si Osez le féminisme ne dévoile pas des musulmanes, l’association trouve que le voile est l’idée de cacher les femmes. Bof. En gros, OLF recale les voilées dans son association et donc ne les reconnait pas féministes. Anne Cécile Mailfert parle de “tous les voiles”, histoire de dire “toutes les religions” et de s’éviter une quelconque accusation d’islamophobie comme le religiophobe dit “détester toutes les religions” pour s’éviter des ennuis, ce qui est à la fois abject et hypocrite quand on sait que le voile dans le débat public, c’est dans 100% des cas celui des musulmanes. Ségolène Royal qui était là, elle, a un avis bien plus clair et franc : “On peut être voilée et devenir féministe (…) on peut être voilée dans la sphère privée et enlever son voile dans la sphère publique”. L’échange aura duré 30 secondes avant que l’ex candidate à la présidence de la République bifurque en changeant légèrement de sujet pour dire qu’on est quand même “courageuses d’être encore féministes”. Madame Royal, c’est à cause de votre marginalisation décomplexée des femmes voilées que certaines se désintéressent du féminisme (mainstream) et que, d’une certaine façon, il existe encore un plafond de verre pour les femmes, contrairement à ce que Hilary Clinton raconte. Pire encore : en leur disant qu’elles peuvent être voilées en privé mais dévoilées en public, vous trahissez votre ignorance sur ce sujet. Et dire que ce sont ces mêmes gens là qui vont expliquer aux musulmanes que le Coran, elles l’ont mal lu et qu’il ne mentionne pas le voile, ect… Eduquez-vous avant de parler !

Au final, pas surprenant que les agressions envers les femmes voilées soient en constante augmentation. Ces femmes là ne sont plus que des voiles. Elles sont idiotes, ne se rendent pas compte de leur aliénation. Nadia Geerts veut les libérer de leur prosélytisme inconscient. Femen veut les foutre à poil voyant dans la nudité une liberté qu’elles refusent de concéder aux danseuses du moulin rouge. La ministre des droits des femmes veut les exclure de l’université. Pour en faire quoi, en fin de compte ? Des non voilées. Seront-elles plus libres, plus insérées sur le marché de l’emploi, moins marginalisées ? Pas certain. Mais, chez les féministes blanches mainstream, ce qui compte, c’est de prendre une décision qui soit purement symbolique, qui soulage leur conscience et leur donne l’impression d’avoir fait avancer leur agenda, peu importe que des femmes doivent renoncer à un choix personnel car toute subjectivité leur a été confisquée. Ne venez donc pas pleurer sur votre sort : vous avez fixé des frontières, un peu floues, donc ne tentez aucune danse du ventre pour essayer de séduire certaines âmes féministes exotiques juste pour apporter de la couleur à vos mouvements sans jamais questionner vos propres rapports de domination, votre propre racisme et votre rejet de celles qui ne rentrent pas dans votre moule.

Ils parlent de communautarisme…

Disclaimer : Je rappelle, une fois de plus, ne pas être un agent ni du complot LGBT-Islamo-marxiste-conquérant, ni du choc des civilisations. Je précise également ne pas bosser pour l’establishment, ni pour Daesh ou encore les frères musulmans. Je rappelle encore, pour finir, qu’il est pénible d’avoir à rappeler ces choses là pour être lu car une fois qu’on vous qualifie (sans la moindre preuve) de “faux nez de Tariq Ramadan” ou d’être allié de l’islamisme, vous avez presque perdu…

Il existe des termes qui sont à la mode tellement on les entend. En ce moment, je n’en peux plus de ce mot : communautarisme. Ce serait la cause de tous nos malheurs. Vous cherchiez un dénominateur commun au terrorisme, au machisme “de banlieue”, au chômage, à la précarité, à l’échec scolaire, à la faillite de “l’intégration”? Ne plongez pas le nez dans des études et n’allez surtout pas sur le terrain régulièrement, lâchez juste le mot “communautarisme” : tout le monde comprendra, en se contentant juste d’esquisser un léger rictus d’approbation. Ironie de l’histoire : même si ce mot est dans toutes les bouches, personne ne sait réellement de quoi il est question. Pour caricaturer les discours dominants, on parlera de communautarisme lorsqu’on verra un groupe d’individus “qui se ressemblent et donc s’assemblent”. On leur prêtera également un nombre d’intentions jamais vérifiées mais présentées comme des revendications destinées à perturber la paix sociale et l’égalité avec bon nombre de fantasmes pour endormir le peuple. Cela devrait, à priori, concerner tout le monde sauf que, dans les discours ambiants qui n’existent que pour lutter contre le communautarisme, cela ne concerne uniquement des minorités racisées et aucun autre groupe.

1_photo_4Vu que je prêche par l’exemple, je vais faire appel à votre pop culture pour comprendre ce concept foireux. Prenons les héroïnes de Sex & The City; elles pourraient être considérées comme communautaristes. Après tout, il s’agit de 4 femmes hétérosexuelles, élégantes, New Yorkaises, bourgeoises, consuméristes, centrées sur elles tranquillement dans leur petit monde… Mais pour l’establishment, ce n’est pas du communautarisme. Par contre, bande de filles, à savoir 4 noires d’origine modeste car “issues des banlieues”, pour l’establishment, c’est du communautarisme. La différence entre les deux ? Le privilège de la liberté : le premier groupe, Sex & The City, composé à 100% de femmes blanches est libre d’exister sans avoir à se justifier sur sa composition alors que le second doit justifier dans son existence le fait qu’il ne compte pas de femmes blanches. Le groupe de femmes racisées est perçu comme un groupe de femmes qui se sont “unies” sur une base ethnique tandis que l’autre apparait comme normal alors qu’il est tout aussi “critiquable” d’un point de vue “diversité”. Par conséquent, privilège blanc oblige, Sex & The City échappe à l’appellation “communautariste” tandis que Bande de Filles ne peut être qu’une horreur de communautarisme. Cette simple comparaison est déclinable à l’infini. Regardez les émissions de TV qui traitent du sujet : le communautarisme, c’est toujours 3 arabes, 3 noirs ou 3 rroms ensemble. Par contre, pas un mot sur 3 blancs ensemble, jamais. Pourquoi ? A cause du privilège blanc : lorsque le sujet est évoqué, ce n’est jamais sous l’angle blanc qui ne peut pas être menaçant et à l’origine des failles évoquées en introduction. Jamais remis en cause.

Alors, le communautarisme – des racisé-e-s, cela va sans dire, c’est super mal. Ca fait flipper. Ils sont la menace qui pèse. Sauf que… en réalité, le “communautarisme” d’un groupe n’existe que pour celui qui se perçoit à l’extérieur du groupe sans jamais questionner ses dynamiques culturelles et / ou sociales. Avant de mépriser des populations qu’on prétend vouloir sauver, s’est-on réellement posé la question de ce qui crée ce qu’on a décelé de communautariste chez ces gens-là ? Est-ce qu’on peut s’imaginer deux secondes, soyons fous, que des personnes peuvent former un groupe qui a des choses en communs qui ne sont pas ce qu’on voit d’elles ? Est-ce qu’on peut se dire que ces 4 filles arabes – désignées sous le terme de “beurettes” pour faire fantasmer le vieux beauf qui s’est découvert un faible pour les maghrébines depuis qu’il a vu Tabatha Cash dans Raï – forment un groupe avant tout parce qu’elles sont amies, soeurs, collègues, cousines, camarades et pas forcément parce qu’elles sont arabes ? Par contre, 3 lesbiennes “visibles” ou 3 gays “visibles”, eux, n’auront jamais à répondre d’accusation de communautarisme, pas plus que l’ensemble de la rédaction de journaux qui font fortune sur ce concept depuis des années, à coup de Unes et d’articles à tout va. Pourquoi les racisés seraient, tout à coup, devenus communautaristes ? Personne n’a daigné y répondre. Personne n’a daigné interrogé les principaux concernés. Personne n’a questionné le rapport entre l’environnement social, la différence de traitement d’un groupe à l’autre, non. On nous montre des communautaristes qui font peur et à nous de nous démerder avec cette horrible menace qui plane sur nous, blablabla…

Pour nous faire haïr les minorités visées à travers la haine du pseudo communautarisme qui n’existe que dans la tête de ceux qui en parlent, il faut une caution. Et pas n’importe laquelle : une caution bisounours, prête à penser, facile d’emploi et qui tient en deux mots puisqu’elle s’appelle le “vivre ensemble”. Forcément, quand on prend les gens pour des moutons, pas la peine de se lancer dans des théories foireuses : on va utiliser un mot simple à retenir et à comprendre. Par conséquent, en pointant du doigt “les communautaristes”, on veut nous monter des gens qui refusent le “brassage” car ils refusent le “vivre ensemble”. On nous fait croire, que parce que passe devant nos yeux un groupe d’individu-e-s ” de couleurs”, que ce groupe refuse tout ce qui ne lui ressemble pas car il s’est fondé sur sa propre “couleur”. On va nous faire croire également que c’est un refus du “vivre ensemble” que de vivre en cité au lieu de “vivre avec les autres”, en niant les réalités sociales. C’est à la fois prendre les gens pour des cons mais surtout faire dire, une fois de plus, aux premier-e-s concerné-e-s ce qui n’a jamais été dit. Cela n’est bien entendu valable que pour les minorités. Une bande d’amis blancs qui va au golf, sort en boite, dîne en terrasse, se balade en voiture, fait son shopping ou la queue devant la cigale, ça, c’est pas du communautarisme et eux, ils veulent vivre ensemble. Que faudrait-il faire pour ne pas donner l’impression d’être communautariste ? Rester une minorité et se trimballer avec un panneau qui dirait “je suis racisé-e mais je reste ouvert-e aux blancs, venez me voir, y’aura des Free Hugs !” ? Et pourquoi émettre une remarque toujours aux mêmes groupes lorsque d’autres semblent avoir le privilège de faire sa petite vie tranquillement sans qu’on ne lui consacre des doubles pages dans Libé, sans qu’on mette le doigts sur ses caractéristiques communes de ses relations, sans décortiquer méticuleusement son mode de vie, sans qu’on lui dise combien son “comportement” trahit ses revendications politiques ? Pourquoi ne pas faire exploser ce privilège blanc si on veut vraiment “vivre ensemble” ? Et surtout… pourquoi ceux et celles qui fustigent le communautarisme sont… eux mêmes communautaristes. Il existe donc un communautarisme blanc, d’en haut, humaniste, laïque et fier mais que le débat actuel ignore pour mieux ce concentrer sur le communautarisme du pauvre, qui est définit par les autres.

Pour ce qui est du “vivre ensemble”, ne nous laissons pas avoir par cette énorme farce. Si la démarche était sincère, le vivre ensemble devrait impliquer des actes concrets à savoir l’abolition des frontières : plus de classes, plus de castes, plus de différences, la chance pour tout le monde. Plus de petits, plus de grands, plus de banlieue, plus de ville. Cela voudrait signifier un abaissement des riches au niveau des pauvres pour que “ensemble” soit une réalité mais, bizarrement, là, personne ne répond présent. D’ailleurs, humanistes anti-communautaristes auto-proclamés, où étiez-vous, lorsque nous parlions d’identité nationale, d’unité nationale? Où était votre fabuleuse idée du “vivre ensemble” lorsque l’on expulsait des sans papiers, qu’on parlait de “ghettos” pour désigner les quartiers populaires, qu’on liquidait des budgets essentiels, qu’on racialisait des maux “bien français” comme le sexisme lorsque l’on parlait de banlieue ? Où étiez-vous, lorsque au nom d’une laïcité qui serait garante du “vivre ensemble” et un rempart contre le grand vilain communautarisme, on excluait des jeunes femmes portant le voile de l’école comme on s’apprête à les exclure de l’université ? Vous voulez “vivre ensemble” mais selon des règles qui ne bénéficient pas à tous.

Comme on peut pas parler de communautarisme sans évoquer son hypocrisie face aux “mouvements” tout aussi “communautaires” mais jamais décriés car majoritairement blancs, on ne peut pas évoquer des soit disant revendications communautaristes avec lesquelles on terrorise la France, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Qu’en est-il réellement ? Rien. Ah si, les catholiques de la manif pour tous. Sauf qu’on ne parle pas d’eux en terme de “communautaristes”, y compris lorsqu’ils fricotent avec un candidat à la présidentielle à des fins vraiment politiques. Par contre, quand des musulmans se rencontrent annuellement à un salon au bourget, on ne râtera pas une occasion de parler de communautarisme, allant même jusqu’à créer des liens complètement incongrus avec les évènements de Janvier. Lorsque des musulmans prient dans la rue, l’alarme communautariste est sonnée, de gauche à droite, quitte à parler d’ordre public ou d’occupation… Vous existez, et ben, vous existez trop ! Par contre, lorsque des gens animés par une islamophobie qui vit dans leurs veines se rassemblent autour du saucisson et du pinard dans la rue, on est choqué du silence de nos élites qui” luttent contre le communautarisme”.

Pour se rendre compte de l’arnaque qu’est le concept de communautariste, il suffit de regarder qui en parle à outrance : des beaufs qui n’ont aucune expertise à faire valoir en la matière, qu’ils soient de gauche ou de droite. Je ne vais pas tous les énumérer mais ce sont en général des personnes qui vivent loin des personnes désignées comme communautaristes et qui, par conséquent, sous couvert de lutte pour le vivre ensemble et donc pour le “bien commun”, pensent avoir une quelconque expertise en la matière. Sauf que, le communautariste est fondé sur des intentions stéréotypées qu’on prête aux gens : on pense que tel groupe est dans la revendication juste parce qu’il est racisé. Les plus grands théoriciens bidons de la lutte contre le communautarisme oublient juste une chose et il est possible que ce soit un oubli volontaire : le communautarisme dont il parle, il n’est que le produit d’une politique d’état et donc décidé par l’état sans qui il n’existerait pas. C’est l’état qui parque les pauvres dans des “ghettos”, tout comme c’est lui qui est responsable de la politique de la ville et du chômage. Vous considérez 3 noirs ensemble sur un banc comme une immonde provocation, un immonde affront au “vivre ensemble”, un “repli communautaire” féroce qui narguerait l’indivisibilité de la République ? Allez donc vous mélanger. C’est facile de fustiger mais, vous, la haute France qui méprise et prête des intentions à des individus qui n’ont aucune démarche politique dans le simple fait d’exister et d’être visibles, quelle est votre contribution? Pourriez-vous nous communiquer une liste de vos amis, collègues et proches qui vienne apporter de la crédibilité à votre “combat”? On pourrait calculer le taux de juifs, musulmanes, animistes, hindous, noirs, arabes, réunionnais, indiens, chinois, protestants et vous dire, en fonction des résultats si vous êtes universalistes ou communautaristes, avec remise d’une carte tricolore avec une médaille “anti-communautariste”. On pourrait également demander aux anti-communautaristes du Dimanche de nous donner des gages de sincérité de leur “vivre ensemble” afin d’évaluer si leur démarche vise à promouvoir réellement la mixité ou juste à créer une atmosphère de péril “communautariste” dont le but serait de mettre à terre la France.

La vérité, c’est que le communautarisme est inévitablement partout. Ce n’est pas juste un “phénomène” qu’il faut cantonner aux banlieues et aux quartiers “ethniques” des grandes villes. Je considère le public d’un meeting de l’UMP aussi communautariste que celui du FDG, tout comme je considère Barbès aussi communautariste que St Michel, Belleville ou Haussman. Le public d’un film de Jennifer Aniston, celui d’un film de Stallone, d’un concert de 30 Seconds to Mars ou de Béyoncé… tous ces groupes sont communautaristes, selon ce qu’on a décidé de voir en premier lieu. La différence, c’est que, contrairement aux humanistes obsédés par les “obsédés du complot”, je ne tombe pas dans le complotisme pour éviter de me pencher sur les échecs des différentes politiques de la ville. L’establishment a décidé de mettre la focale sur le communautarisme des pauvres pour rassurer les dominants et leur garantir le statut quo de leurs privilèges. Ce faisant, il invalide le vrai travail qui est mené par des populations qui n’aspirent qu’à exister autant que n’importe qui d’autre. En attendant, on pourra toujours s’ériger en martyr du communautarisme qui détruirait la société en découvrant des sites de drague dits “ethniques” mais on ne rentrera jamais dans des analyses aussi virulentes lorsqu’il est question de la pornographie qui exploite aussi le communautarisme ou du CSA qui se montre très frileux à l’idée d’intégrer – car c’est au sommet d’intégrer et non la base – des minorités raciales. On pourra toujours pleurer en voyant un groupe perçu comme “communautariste” mais tant que l’on continuera à enfermer et à coller des étiquettes pleines de mépris, comment voulez-vous qu’on croit au “vivre ensemble” ? D’ailleurs, vous avez peur de la viande halal, d’un foulard, d’une barbe, d’une jupe longue mais vous tenez à vivre ensemble ? Pour ma part, je ne veux pas vivre avec un grand nombre de personnes – l’axe qui va de l’islamophobie à l’antisémitisme en passant par le sexisme, le racisme et l’homophobie – à commencer par ceux qui, à votre façon, surfent sur des peurs fondées sur des fantasmes sans jamais s’attaquer à leur origine : l’état.

Quand Rokhaya Dit allo…

J’ai longtemps pensé à écrire cet article sans jamais le publier tant « le cas Rokhaya Diallo » est compliqué et révélateur de ce climat froid français. Je me suis rapidement rendu compte qu’il est impossible d’aborder une figure aussi « controversée » auprès de l’establishment sans avoir à se présenter. Disclaimer : je ne suis pas mandaté par Mme Diallo pour parler d’elle, de même que je ne suis pas financé par Dieudonné ou Soral, pathétiques personnages qui feront eux aussi l’objet d’un article, ni même que je n’ai aucun lien avec un quelconque lobby. Je tiens également à préciser, que je ne donne pas tout à fait dans le complot « islamico-socialo-prostitueur-lgbt-féministo-conquérant » et autres inépties dignes de journalistes en manque d’arguments qui refusent aux autres ce dont ils se réclament, à savoir l’indépendance d’esprit. Je ne connais Rokhaya Diallo qu’à travers ses livres, ses articles et ses apparitions médiatiques et je n’ai décidé d’écrire cet article que lorsque je me suis aperçu que son « cas » prouvait la pertinence de ses luttes mieux que n’importe quel ouvrage.

rokhaya dialloSoumise au lobby des proxénètes, Anti Charlie Hebdo, féministe pro-voile, faux nez de Tariq Ramadan, agent des USA, ect…  Une chose est sûre : quand on n’aime pas, on sait très bien dans quel camp ranger une personnalité, quitte à la calomnier et à lui inventer des connexions qui n’existent pas. Quand on ne rentre pas dans le moule, quand on a le malheur d’émettre des critiques saines et constructives mais qui ont le défaut de chambouler les dominants dans leurs idées et leurs idéaux, on devient une Rokhaya Diallo (admirez la rime !).

Tout a réellement commencé avec le « Y’A Bon AwardGate ». Chaque année, des trophées « bananes » sont remis aux hommes politiques, journalistes et artistes qui ont tenu des propos à caractère raciste. En 2012, c’est la méga célèbre Caroline Fourest, star des médias, qui a reçu un prix suite à sa sortie sur les « associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus, lever des fonds pour le Hamas », lors d’une convention du parti socialiste. Le jury, dans sa majorité, vote « Caroline Fourest » mais seule Rokhaya Diallo subit les foudres de l’essayiste qui ne comprend pas sa “victoire”. Dans l’article qu’elle publie sur le Huffington Post, elle ira jusqu’à écrire que « le but de Rokhaya Diallo et de son association (Les Indivisibles) n’est pas de militer contre le racisme » tout en lui inventant des liens suspects avec, je vous le donne en mille, tous les méchants de la terre : les indigènes du Royaume, le département Américain et Michel Collon, le «roi des complotistes»… Tout ça parce que Caroline Fourest, qui se présente comme intellectuelle humaniste féministe antiraciste universaliste démocrate et apôtre du « il faut critiquer » refuse… la critique. Au-delà de la critique, elle refuse juste tout débat en calomniant Rokhaya et sa bande (mais sans nommer les membres du jury), qui, à la lecture de l’article de Fourest, n’est bonne qu’à s’allier avec des extrémistes qui soutiennent l’intégrisme. En réagissant de la sorte, toute discussion est abandonnée puisqu’elle part sur la base d’accusations répugnantes. Marque suprême de Caroline Fourest : elle, la femme blanche si proche des médias et du pouvoir, sait qui est “réellement” raciste et pense être arbitre de cette question. Il y a de quoi rire nerveusement… Petite mention à l’attention de Caroline Fourest et de son fan club : si vos propos sont considérés comme racistes, inutile de pleurnicher. Inutile de parler des “autres” car ce sont vos propos à vous qui intéressent et qui interpellent. Inutile également de faire des amalgames immondes avec des attentats ou de laisser croire que les gens qui ne sont pas d’accord avec vous sont donc prêts à “Payer le ticket de bus à ceux qui rêvent de (vous) emmener en forêt pour (vous) bâillonner ou (vous) lapider”. Inutile de nous “rappeler” combien vous vous battez contre le racisme et donc nous rappeler que vous faîtes partie de la lutte antiraciste alors que nous ne parlons pas de la même chose. Vous pratiquez un antiracisme qui honore le racisme puisque vous ne le voyez qu’à travers sa forme la plus caricaturale et la plus stéréotypée, c’est à dire dans la bouche de l’extrême droite, alors que le but aujourd’hui est de montrer que sa banalisation est telle qu’il peut avoir, des fois, le visage de quelqu’un qui se dit de gauche… et qui se présente comme une intellectuelle humaniste féministe antiraciste universaliste démocrate.
Cet incident, qui aurait pu servir de genèse pour un vrai débat sur le racisme en France à partir de deux perspectives différentes, n’a servi en réalité qu’à isoler Rokhaya Diallo; en effet, quand on est une minorité qui se refuse à suivre la ligne de l’antiracisme “officiel” comme SOS Racisme, l’establishment vous lâche. Ce n’était que le début de la chasse à la Rokhaya.

En 2011, suite à l’incendie des locaux de Charlie Hebdo, Rokhaya Diallo co-signe une tribune contre le soutien apporté au journal. Même si la démarche peut sembler choquante pour certains pour des raisons de “timing”, la tribune vise plus à donner un éclaircissement de la position des signataires vis à vis du contenu de Charlie Hebdo et son rôle dans un contexte de “débat sur l’identité nationale” qu’une apologie du terrorisme. Une fois de plus, seule Rokhaya Diallo est retenue, présentée souvent comme la seule co-signataire de la tribune. Chacun peut la consulter librement sur internet et, une fois de plus, si elle semble inappropriée parce qu’elle “tombe mal”, il faut quand même lire et tenir compte des raisons qui ont justifié la publication de cette tribune. Cet évènement, lui aussi, vient noircir le parcours de Rokhaya Diallo qui est désormais considérée, dans le grand inconscient, comme étant de connivence avec les intégristes, les fanatiques religieux et les terroristes qui mènent des opérations criminelles de ce genre.

Entre temps, il faut bien se l’avouer, Rokhaya Diallo est devenue une figure presque incontournable des médias. Ses apparitions sont très regardées et, n’en déplaise à ses détracteurs, elle est invitée à débattre face à des personnalités qui ne sont pas “faciles” et qui sont plus dans l’injure et le mépris que dans la discussion et l’argumentation. Elle collabore aussi à différentes publication, sur des thèmes très variés (racisme, négrophobie, islamophobie, prostitution, viol, droits civiques, etc…) ce qui permet à la fois de faire connaitre ses idées mais également de comprendre dans quel courant de pensée elle s’inscrit. Mais trop d’indépendance, tue l’indépendance et “ça finit par se payer”….

rokhaya-diallo-en-larmes-sur-rtl-face-600x315-1Après les problèmes de digestion de Caroline Fourest viennent les problèmes d’égo surdimensionnés d’Isabelle Alonso. En effet, fin 2013, en plein débat sur la pénalisation des clients des prostitué-e-s, Rokhaya Diallo et Morgane Merteuil (membre du Strass, le syndicat du travail sexuel) publient une tribune dans Libération. Leur constat est simple : si les débats féministes semblent se concentrer sur les femmes les moins privilégiées, il serait bon de laisser les premières concernées décider pour elles mêmes ce qui est bon pour elles plutôt que de choisir à leur place et contre elles en leur laissant la parole. Sauf que, Isabelle Alonso, elle, ne supporte pas cette simple idée. A son tour, elle publie un article sur son blog. Je pensais y trouver une réponse à cette tribune et j’ai trouvé… plus qu’une réponse. En fait, Isabelle Alonso prouve combien le fossé est grand entre les féministes de l’establishment et celles des minorités car, pour Isabelle Alonso, lorsque deux féministes demandent à ce que la parole des premières concernées soit écoutée, Isabelle Alonso comprend qu’il lui est demandé de se taire et de rester dans sa case… De même, lorsque deux femmes signent une tribune en tant que journaliste pour l’une et travailleuse du sexe pour l’autre, Isabelle Alonso s’adresse en retour à… une musulmane et une prostituée. Après avoir chouiné sur deux paragraphes insupportables à lire, elle ne peut s’empêcher de ramener le débat autour d’elle en demandant “Où suis-je donc allée chercher le droit de me considérer personnellement impliquée par le port du voile ou l’exercice de la prostitution, au point d’émettre une opinion sur les sujets, alors que je me balade cheveux au vent même quand il pleut et que je baise gratis pour peu qu’on m’invite à dîner (…) Non mais de quoi je me mêle! C’est vrai kouâ, merder!”. Oui, je sais, c’est d’un ridicule égocentrique mais c’est également la marque de fabrique de ce texte qui s’enfonce dans la victimisation lorsque son auteure écrit : ” Que Rokhaya et Morgane veuillent bien me fournir la liste des sujets sur lesquelles ma parole serait légitime car issue d’une pratique personnelle et d’une expérience concluante. Et tant qu’elles y sont, qu’elles participent à l’élaboration des épreuves d’obtention d’un CAP de la pensée, Certificat d’Aptitude Personnelle à ouvrir sa gueule, ramener sa fraise et émettre une opinion. Elles pourraient faire partie du jury, ça a l’air de cadrer avec leur vision de la démocratie.” Après avoir balancé une blague de beaufs sur le CAP et, par dessus le marché, traité Merteuil et Diallo d’anti démocrates, Isabelle Alonso montre que lorsque des avis dits “minoritaires” demandent à être entendus, pour elle, cela signifie qu’il lui a été demandé de se taire… ce qui est faux. Maintenant, qui peut avoir envie de débattre avec quelqu’un qui a décidé d’interpréter la tribune de Rokhaya comme une espèce d’affront et qui y répond par un article condescendant ? Qui peut avoir envie de débattre après avoir lu un article qui rabaisse des auteures sans même les citer (ou alors écorcher le prénom de Rokhaya avant de se reprendre… ah, décidément, ces noirs et leurs prénoms! Pouvaient pas s’appeler Roberta?!) ? Et cet article, sur le fond, que dit-il de la position d’Isabelle Alonso ? Du n’importe quoi car elle écrit qu’elle se sent “solidaire par chaque fibre de (son) être avec toutes les femmes atteintes personnellement”. Vraiment ? Solidaire au point de rebondir immédiatement à la seconde où des femmes font un constat largement partagé au sein du mouvement féministe, à savoir que certaines paroles sont niées, voir ignorées ? C’est ça la solidarité d’Isabelle Alonso : penser à la place de toutes les femmes quitte à enfermer les femmes qui ne pensent pas comme elle dans un statut d’anti démocrates communautaristes. Encore un exemple de paternalisme puant, tellement symptomatique de ce féminisme dominant qui se considère comme un club fermé où celle qui ne respecte pas la pensée dominante est accusée de tous les torts. C’est ce féministe soit disant “universaliste” qui met des fils barbelés entre les différentes écoles de pensées, se créant en réalité son propre univers, parfaitement épuré de toute pensée divergente. Chouette.

Les attentats qui ont coûté la vie à la majorité des membres de la rédaction de Charlie Hebdo ainsi qu’à deux policiers ont remis au goût du jour le texte signé par Rokhaya Diallo en 2011. Outre le fait qu’on a donné l’impression qu’il est apparu après les attentats du mois de Janvier 2015, il faut voir avec quelle force on a cherché à la rendre, bizarrement, de loin ou de près, responsable des attaques. Ainsi, Jeanette Bougrab, qui s’est présentée comme la compagne de Charb contre l’avis de la famille de ce dernier, est la première à désigner, indirectement, Rokhaya Diallo (à travers l’association Les Indivisibles et la cérémonie des Y’a Bon Awards) comme complice des attentats. En gros, si vous n’êtes pas Charlie, que vous ne l’avez jamais été, voir même que vous avez été critique vis à vis du journal, en particulier sur le traitement de l’Islam à travers les caricatures, et ben vous êtes accusée de complicité. J’ose une comparaison : lorsqu’une femme battue meure (et c’est malheureusement loin d’être un fait rarissime), accuse-t-on tous les masculinistes les plus endurcis de complicité de féminicide ? Non. Alors pourquoi établir des rapports de responsabilité alors qu’ils n’ont pas lieu d’exister ? Pourquoi Jeanette Bougrab cherche-t-elle à rendre responsables d’actes barbares des personnes qui n’ont jamais descendu la moindre personne ? N’est-ce pas là une façon de limiter toute critique sous prétexte qu’elle pourrait inspirer des carnages dans une rédaction ?
Toujours dans le contexte Charlie, Rokhaya Diallo est prise à part par Ivan Rioufol lors d’une émission de radio. Son crime ? Ne pas avoir crié haut et fort combien elle se désolidarisait des terroristes. Au nom de quoi ? De son identité de musulmane. En France, en 2015 et à une heure de grande écoute, en plein débat sur le terrorisme, le djihadisme et la liberté sous toutes ses formes, on demande à une journaliste, au simple motif qu’elle a la même religion que les tueurs, de se désolidariser… N’est-ce pas là une façon d’entretenir l’amalgame le plus abject ? N’est-ce pas là une façon des plus ignobles d’entretenir l’idée selon laquelle tous les musulmans sont identiques et donc responsables les uns des autres et donc qu’ils doivent agir collectivement et surtout qu’ils sont d’accord sur tout? N’est-ce pas là une marque évidente d’un amalgame qui laisse croire que tous les musulmans approuvent cette tuerie brutale et sont donc, sauf s’ils l’expriment, en approbation devant le terrorisme ? Immonde. Toutes les personnes qui ont écouté l’émission ont pu sentir la douleur et le chagrin de Rokhaya Diallo qui ont vibré jusqu’à notre coeur. Et cet épisode n’a fait que contribuer à l’isolement de Rokhaya Diallo qui se devait, quand même, de montrer patte blanche comme si, de fait, elle était une espèce de pom pom girl du terrorisme. Cela dit, à l’exception de certaines personnes présentes ce jour là comme Laurence Parisot, rares fût les réactions. Enfin, sauf Caroline Fourest, qui a tenu son mot à dire lors de sa chronique “Charlie & les Charlots” sur cet échange en déclarant : “Il y a ce petit con qui exige de cette petite conne de se désolidariser en tant que « musulmane », alors que c’est bien parce qu’elle est conne et non musulmane qu’elle vous a craché dessus depuis tant d’années.” Pour Fourest, Rokhaya Diallo reste une conne  quoiqu’elle fasse. Elle n’avait qu’à soutenir Charlie au lieu d’être critique, elle aussi, voyons. C’est ça la démocratie ? Tout le monde d’accord sinon celui qui pense différemment n’est qu’un con ?  Caroline Fourest, celle qui a littéralement perdu son sang froid (et à raison) en direct face à l’homophobe en chef Béatrice Bourges qui doutait de son agression, aimerait-elle qu’on se serve de cet échange pour en profiter pour la traiter de conne et donc, implicitement, valider les remarques de Bourges ?
Libre à chacun d’aimer ou de ne pas aimer Charlie Hebdo, mais de là à parler de liberté pour, dans le même temps, ostraciser ceux qui ne sont pas Charlie, c’est vicieux… mais tellement inattendu de la part de l’establishment et de son mode de fonctionnement.

Tous ces éléments ont planté le décor pour Rokhaya Diallo qui ne sera plus considérée comme la gentille journaliste féministe antiraciste qu’elle est. Même s’il semble intéressant de voir qu’elle est, à présent, plus qu’une femme noire dans les médias, il est désolant de voir que parce qu’elle n’est pas LEUR noire à eux – les masses dirigeantes – elle ne peut pas être des leurs et donc bénéficier du respect total qui est accordé à toute personne racisée qui se plie à cet espèce d’assimilationisme de la pensée. Lorsque Rokhaya Diallo a partagé, sur Twitter, une vidéo opposant Nacira Guénif à Claude Askolovitch, ce dernier l’a très mal prit, au point de l’accuser de “faire commerce du malheur des autres”… le comble de l’ironie quand on sait que celui qui fait commerce de l’islamophobie que vivent les musulmans, n’est pas du tout concerné par le problème. Mais peu importe : Rokhaya Diallo se rebelle, le dominant s’énerve alors que tout allait bien auparavant et cela semble faire le bonheur de l’extrême droite. Diviser pour mieux régner…

Ainsi, la réputation de Rokhaya Diallo est faite. Parce qu’elle n’est pas “d’en haut” et ne suit pas les ordres et les chemins tout tracés, elle est l’ennemie. C’est ce qui motivera son bannissement de la semaine pour l’égalité homme-femme en Mars 2015 par la maire socialiste du 20ème arrondissement de Paris. Pourquoi ? A cause de sa position sur Charlie Hebdo et du prix satirique attribué à Caroline Fourest. Par ailleurs, la maire, Mme Calandra, ira plus loin en sous-entendant que Rokhaya Diallo serait l’alliée de Ben Laden lorsque , sur le sujet des troupes militaires en Afghanistan, elle aurait soutenu le leader d’Al Qaeda sur RTL… Waw, Rokhaya Diallo en combattante islamiste, on n’y avait jamais pensé. En réalité, voici ce Rokhaya Diallo a dit : “ce que vous dites, c’est que maintenant que Ben Laden nous a menacé en nous demandant de retirer les troupes, il n’est plus question de le faire, et je trouve que c’est absolument anormal de raisonner comme ça. On aurait dû les retirer. On aurait dû les retirer de puis bien longtemps, et le fait que Ben Laden se prononce ou pas dessus ne doit avoir absolument aucune incidence sur notre position “. Difficile d’y voir une quelconque apologie du terrorisme mais quand on n’aime pas Diallo, on chercher à la discréditer alors qu’au final, elle ne fait que dire qu’il aurait fallu retirer les troupes d’Afghanistan, que cela plaise à Ben Laden ou pas. Mais quand on s’est embarqué dans une campagne de diabolisation, on a aucune honte à tronquer des citations, à créer des contresens, à voir dans une position idéologique autre chose tant que ça peut contribuer à salir un opposant, on y va! Et le pire, c’est que cela ne s’arrête pas là puisque Calandra proposera un débat à Diallo en déclarant, après avoir dit qu’elle était “faite pour le féminisme comme moi pour être archevêque” : «Si un jour Mme Diallo veut débattre, pas de problème, je la défoncerai !». Trop la classe. Où sont les féministes ? Elles soutiennent Calandra. Est-ce que quelqu’un veut expliquer à la dame que dire qui est faite pour le féminisme et qui ne l’est pas est une démarche anti-féministe ? Est-ce que quelqu’un peut expliquer à une socialiste qui veut organiser un débat sur les violences faites aux femmes que dire “je la défoncerai”, en plus d’être une menace, ça la fout super mal ? Personne pour demander aux féministes de se désolidariser de cette dame ? Aux femmes blanches du XXème arrondissement ? A touts les Frédérique du monde ? A toute la famille Calandra ? Allo, y’a quelqu’un…??? Peu importe : le mal est fait. Et ce mal est resté impuni parce que c’est celui des privilégié-e-s de l’establishment, de celles qui ont le pouvoir sur les minorités et qui, de ce fait, peuvent bannir en se fondant sur des ragots et en invoquant des motifs hors sujet, la parole de quelqu’un en osant se proclamer “Charlie” et donc pour la liberté d’expression. Dans la même foulée, lors de la promotion de son livre consacré au racisme, on lui reprochera une interview jugée complaisante de Dieudonné, ennemi de l’establishment (et à raison, étant donné ce qu’il est devenu…) tout en ne trouvant rien à redire sur son interview tout aussi “complaisante” de Christine Boutin qui a des idées tout aussi condamnables. Mais bon, quand le coupable est désigné, pourquoi l’écouter ?

Alors, au final, on comprend bien que Rokhaya Diallo fait partie de ces ennemi-e-s de l’intérieur qu’il faut neutraliser mais sans jamais le dire. Par conséquent, on continue la campagne de diabolisation par association : impossible de parler d’elle sans parler de l’appel qui a été signé contre le soutien à Charlie Hebdo, impossible de parler d’elle sans lui faire comprendre qu’elle défend un antiracisme “incongru” (“Dire à quelqu’un tu es espagnole, ça tombe bien, j’adore la Paëlla, c’est raciste ? Ah bon ?!” s’étonne Anne Elizbeth Lemoine sur le plateau de C à Vous, c’est vous dire le fossé…), impossible de parler d’elle sans mentionner le vilain prix remis à Caroline Fourest, ect… Aucune chance de “se faire son opinion” n’est donnée à la personne qui découvre Rokhaya Diallo lorsqu’elle apparait car elle lui a tout de suite été présentée comme étant “dans le mauvais camp”. Et à force de répéter cela 1000 fois, au final, ça s’inscrit dans l’esprit et ça s’estompe que très difficilement. J’en ai pour preuve le portrait qui lui a été consacré dans le Supplément où le mot “voile” a été prononcé 7 fois en 4 minutes comme si l’engagement féministe de Diallo se limitait à cela alors qu’on a jamais parlé de ses positions sur le nappy, le viol, etc… On l’invite pour parler de son livre mais on rappelle quand même au téléspectateur “naïf” qu’elle a beau ne pas être membre des indigènes de la République, elle a quand même à peu près la même position qu’eux sur certains sujets. J’attends toujours qu’on fasse la même chose avec d’autres invités, cette fois bien mieux placés en France sur l’échelle du pouvoir et de la domination mais vu qu’on sait avec qui jouer les chiens de garde, je doute que cela arrive.

Au final, il est quand même extrêmement difficile de ne pas voir dans “le cas Rokhaya Diallo” tout ce qui nuit à la “République”, à savoir cette impossibilité de décoloniser son esprit et son rapport aux minorités émergentes. Il faut, non pas concéder, mais largement accepter et encourager l’idée que les opinions de ceux qu’on nomme “les autres” doivent exister dans la discussion. Sauf si l’on craint qu’elles soient trop subversives et qu’elles menacent les privilèges des décideurs. Je vais me risquer à une analogie en parlant des anti-mariage pour tous : a-t-on eu raison de laisser parler Béatrice Bourges, Ludivine De La Rochelle, Frigide Barjot et Christine Boutin ? Sans hésiter, oui. Pourquoi ? Parce qu’on a pu connaitre leur position, l’étudier, la décortiquer, la critiquer et expliquer ce qui nous opposait. A-t-on connu une guerre civile ou créé deux France ? Non. Parce qu’on a discuté, justement. Et à celles et ceux qui redoutent tant l’affrontement, n’ayez crainte : Nadiaa Geerts et Caroline De Haas sont toujours en vie depuis qu’elles ont débattu avec Rokhaya Diallo! Vous pouvez donc, soit continuer à “défoncer” sur le papier ou sur vos antennes, soit discuter sainement en face à face mais, la lâcheté étant la caractéristique principale de beaucoup de monde, je doute qu’un débat ait lieu de sitôt…

Quand Valérie Toranian ment…

Quand on est une obsédée de « l’islam des quartiers » et qu’on a été le sponsor officiel de mouvements comme NPNS, quoi de mieux que de récupérer un sordide fait divers pour étaler une critique lâche, plaquer ses fantasmes dessus et faire sa propre promo ? Je vous le demande.

Petit rappel des faits : dernièrement, une jeune fille prénommée Aïcha s’est suicidée. D’après ce que rapportent plusieurs articles, son suicide fait suite à l’apparition sur les réseaux sociaux d’une vidéo « sexy »  et aurait provoqué un violent lynchage. La jeune fille, asphyxiée par la honte et le harcèlement, se serait suicidée en se défenestrant depuis l’appartement de sa grand-mère. Ce fait divers n’a malheureusement rien d’original ; en effet, depuis de nombreuses années, on assiste au sordide essor du «Porn Revenge» qui consiste, pour certains individus, majoritairement masculins, à se venger de leur ex-compagne en publiant tout document (photo, mail, vidéo, etc…) intime sur le net dans le but de se « venger » par l’humiliation. Bien que le sujet soit d’actualité, peu de gens, excepté la réalisatrice Ovidie, se sont penchés sur la question, certainement parce le phénomène cristallise encore trop peu de peurs et n’est pas réellement rentable sur le papier. Ainsi, Aïcha a été décrite, de façon implicite comme une victime du Porn Revenge; la plupart des bulletins d’informations la concernant ont dressé le portrait d’une adolescente harcelée, insultée, menacée et intimidée pour cette “sex tape” qui l’a présentait, soit-disant, en compagnie de son amant, un adolescent noir, lui aussi issu des quartiers. Oui. Une beurette, un noir, du sexe, une caméra, la banlieue pour lieu commun et un suicide pour la fin : chez les journalistes monomaniaques du péril islamique libertaire, on sort le champagne.

Sauf qu’entre temps, la police et les proches de la famille n’ont jamais confirmé cette histoire qui ne serait qu’un tissu de mensonges : non seulement Aïcha n’a jamais été harcelée, mais elle ne figurerait même pas sur la vidéo ! Mais trop tard : un fait divers avec une jeune beurette qui met fin à ses jours à cause de la “honte” est un plat trop bon pour ne pas être avalé goulûment par des journalistes qui n’ont pas eu leur dose de faits divers “à caractère musulman” comme Valérie Toranian… ou des sites d’extrême droite. Aucun bulletin d’information n’a publié de communiqué pour revenir sur leurs affirmations préremptoires mais peu importe : il ne faut pas rater une opportunité d’exploiter le filon juteux de la barbarie musulmane de banlieue. Là où toute personne un minimum humaine se contenterait de juste regretter qu’une adolescente se suicide, Valérie Toranian, elle, saute sur cette occasion pour baver.

Après avoir dirigé le magasine Elle et avoir, grosso modo, enseigné aux femmes l’art de s’aliéner en suivant toute une liste de diktats, Valérie Toranian s’occupe aujourd’hui de la Revue Des Deux Mondes. Bien que toujours dans l’univers bobo, Valérie Toranian ne peut vivre sans casser de l’islam de temps à autre. Après avoir profité des tragiques évènements du mois de Janvier pour rappeler, je paraphrase, dans son édito, que les assassins qui ont tué les membres de la rédaction de Charlie Hebdo sont avant tout « des musulmans », qu’il est tout à fait possible d’être « islamophobe et républicain » puisque l’islamophobie n’est qu’une tactique empêchant toute critique de l’Islam, Valérie Toranian n’allait pas laisser passer ce fait divers sans ajouter sa touche… en faisant preuve d’une subjectivité qui en dit long sur ses intentions. En introduction, Toranian explique qu’à 15 ans il existe des codes (comme s’ils disparaissaient à l’âge adulte!) qui sont communs à tous les ados, avec lesquels on ne plaisante pas mais, qui, grande surprise, sont différents pour les jeunes filles musulmanes, qui, elles ont le droit à un autre code : celui de la pureté. Ces jeunes filles, que l’auteure voit comme les martyrs de la communauté musulmane, seraient surveillées, contrôlées, jusque dans leurs choix vestimentaires qui seraient désormais limités au port du foulard. Sur quoi Mme Toranian fonde cette idée ? On se le demande. Parce qu’au fond, parler d’un code qui existerait et serait propre aux ados, c’est, somme toute, banal, mais dire qu’il en existerait un “custom-made” pour toutes les adolescentes musulmanes, c’est au mieux, du fantasme ringard, au pire, de la propagande dans la veine des écrits d’Ayan Hirsi Ali. Mais Valérie Toranian ne se refuse rien!

Après avoir joué les sociologues de comptoir, Valérie Toranian va jouer les enquêtrices super engagées dans “l’affaire Aïcha”. Car si la police et les proches de la victime ne sont pas en mesure de nous en dire plus sur ce qui a poussé la jeune fille à se defenestrer, Mme Toranian, elle, parce qu’elle est la discrète libératrice des « filles des quartiers », elle sait ce qui s’est réellement passé  : Aïcha est morte en payant “le prix fort de la liberté”. Comme dans les fantasmes de journalistes mythomanes, avec V. Toranian, quand on est une jeune musulmane issue du 93 et dans une situation de détresse, il ne faut pas croire la version officielle, non. Là le complot n’est pas discutable. “On les connait” comme on dit… Aïcha s’est suicidée, pour Toranian, parce qu’elle était trop libre, devergondée, bref « pour un ourlet trop court ». Comme Fourest et l’affaire “Rabia Bentot”, ne croyez pas tout ce qu’on vous raconte, à commencer par la police et la principale concernée ou ses proches : c’est la liberté des musulmanes qu’on veut punir ! Paternalisme puant…

Au lieu de revenir sur terre et dans le réel, Toranian continue dans les délires. Pour émouvoir encore plus son lectorat en pantoufles de mohair, elle établit un parallèle des plus immondes avec une autre affaire, celle de la collégienne, Sarah, qui a été exclue de l’école pour port de jupe jugée ostentatoire. Le rapport entre les deux ? Aucun. Ah si: elles sont toutes les deux musulmanes, ce qui est un point commun suffisant aux yeux de l’auteure de l’article pour se lancer dans une comparaison des plus inappropriées. Tandis qu’elle voit Aïcha comme une icône de la liberté qui est morte pour ses choix de vie, Valérie Toranian voit en Sarah une provocatrice prosélyte qui a réussi son coup, et qui à présent pose pour les journalistes tout en narguant ses professeurs et la “République”. Bien que Sarah ne mérite pas ce qui lui est arrivé car elle n’a pas enfreint la loi, elle ne mérite pas son nouveau statut (qui reste vraiment à définir mais qui en tout cas ne plait pas à tout le monde). Pourquoi ? Parce qu’elle ferait de l’ombre à Aïcha ? A lire cet article, on pourrait le penser tant Toranian regrette que Aïcha n’ait pas été autant soutenue. Sauf que, chère Mme Toranian, les deux affaires n’ayant vraiment rien à voir, il ne faut pas vous tromper de colère mais en vouloir à la société qui méprise certains comportements, en l’occurrence ceux qui ont été prêtés à Aïcha, plutôt que les élans de solidarité envers une jeune musulmane exclue de l’école alors qu’elle n’aurait pas du l’être.

Le texte de Toranian va toucher à sa fin mais ne peut s’achever sans que son auteure fasse un nouveau parallèle avec, cette fois, l’Afghanistan. Et oui, car quand on veut vraiment faire flipper le français moyen, inutile de rester en France, il faut avoir recours à des images fortes. Et quoi de plus fort que l’Afghanistan, pays qui concentre en lui toutes les images flippantes de l’oppression des femmes ? Ainsi, pour faire écho au suicide de Aïcha, Valérie Toranian écrit : “Il n’y a qu’une vraie victime dans cette histoire : Aïcha, morte pour un ourlet trop court. Morte de l’intolérance, de l‘ignorance et du machisme. Morte pour n’avoir pas su résister à la police des mœurs, instance garante de la réputation des jeunes filles. A Kaboul, cette police s’appelle le Comité du Vice et de la Vertu : elle surveille… la longueur des ourlets.” Il ne manquait plus que la musique et la peur pouvait s’inviter. Et oui, ces immigrés, ces musulmans, ils ont importé avec eux en France, d’horribles traditions liberticides qui viennent souiller notre territoire ! Tremblez, tremblez! Que répondre à cela si ce n’est que lorsqu’on sait qu’on est dans l’exagération, on exagére encore plus ? Que dire à une personne, qui se veut féministe, mais qui dans le même temps n’hésite pas une seule seconde à procéder à des mises en concurrence de femmes qui n’ont rien à voir juste pour mieux en descendre une et, au final, montrer à quel point “on” déteste la liberté ? Que dire à Valérie Toranian sur son indécence ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on va exploiter deux faits divers complètement différents “à consonance musulmane” pour les opposer et désigner une vraie gagnante par opposition à une tricheuse ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on se borgne à parler d’Aïcha qu’on ne connait pas mais qu’on désigne comme victime de sa soif de liberté alors que rien ne prouve ses dires ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on ne respecte même pas la douleur de sa famille et de ses proches qu’on désigne comme étant, implicitement, responsables du drame car ils lui ont fait payer son “écart” ? Valérie Toranian ne fait que s’inscrire dans la lignée des féministes blanches de l’establishment qui  n’ont aucune honte à puiser dans les ragots et les mythes urbains pour mieux dépeindre une “autre” france, celle du péril islamique où la barbarie “pas-de-chez-nous” a été importée et où les femmes sont forcées de vivre à la mode Afghane.

Par pure provocation, j’ai quand même quelques questions à poser à Valérie Toranian. Puisque, on l’aura compris, elle est féministe et friande de beurettes libérables à sa façon, aurait-elle écrit un article aussi idéologique si Aïcha avait survécu ? En tant que féministe, se serait-elle précipitée à son chevet et aurait-elle appelé ses ami-e-s des médias pour lui donner la parole ou aurait-elle écrit un article bien moins porté sur l’émotionnel en dénonçant le Porn Revenge comme atteinte à la dignité de toutes les femmes, qu’elles viennent de milieu où le sexe est pas un tabou ou non ? Se serait-elle passée d’une référence à l’Afghanistan au profit d’une référence avec le projet de loi sur le renseignement qui lui, risque de créer un nouveau rapport à la vie privée dans ce genre d’histoires? Je ne le saurai jamais.