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Homophobie : De Cyril Hanouna à la Tchétchénie

“Et toute la peine continue de grandir. Et je prétends ne rien sentir”.

Courtney Love – Uncool (America’s sweetheart)

Hélas, l’ambiance est au beau fixe homophobe et la haine prouve qu’elle peut être fédératrice et toujours aussi dévastatrice quand on se trouve du mauvais côté de la grille. On peut se réfugier sous l’arbre de l’intimité solitaire et lever les yeux sur la nuit étoilée pour y peindre ses modestes rêves de paix mais les mots et les actes des autres arrivent à faire un bruit qui neutralise tout espoir.

50 nuances d’homophobie

L’homophobie, qu’elle soit celle d’un animateur télé sympathique ou de celle des milices du président Kadyrov, en passant par celle de différents groupes politiques ou d’états, reste de l’homophobie. Certes, l’écart est grand, entre l’insulte et le meurtre tout comme entre la société et les lois mais le fond reste le même : la haine. Dans le grand pot pourri homophobe, Il y a de tout : ceux qui se raclent passionnément le fond de la gorge pour cracher à la gueule de ceux qui subissent, ceux qui tournent le dos sans même un regard par dessus l’épaule, ceux qui condamnent mais en tolérant l’intolérable, ceux qui préfèrent regarder de l’autre côté, ceux qui préfèrent en rire et ceux qui préfèrent déplacer le problème.

Le cas Tchétchène

Ou plutôt le silence chaotique. Des homosexuels tabassés, enlevés, séquestrés, tués ou en fuite pour ceux qui auraient cette possibilité, pour ne pas parler de chance. Les témoignages relatés se ressemblent souvent : la bête à traquer est piégée, brutalisée et condamnée à une mort atroce. Au plus haut niveau de l’état, on conteste l’actualité puisque, et c’est souvent le cas, on prétend que l’homosexualité n’existe pas.

De notre côté, le silence est presque chaotique, même si l’on est quelque peu habitués à ce son qui ne fait que trahir la présence d’un tabou. Lors de l’abominable meurtre de masse à Orlando, rares étaient les médias dits “grands publics” à avoir parlé explicitement d’homophobie. Il y avait eu quelques rassemblements et pancartes colorées pour exprimer une solidarité sincère et émouvante mais alors que l’on s’attendait à avoir cette discussion tant espérée, il n’y eut rien.  Quelques mots presque réconfortants, beaux sur l’instant, doux quand on les reçoit comme de petites pincées d’amour saupoudrées lentement mais sans conséquence. Ce soir, quand des tchétchènes ne pourront pas fuir, à la fois parce que l’horreur les aura rattrapés et parce que personne n’aura voulu les accueillir, que fera l’humanité?

L’homophobie pour tous

 

Il est très difficile de rire devant les récentes frasques audiovisuelles de Cyril Hanouna et pour cause : elles amplifient l’écho d’un passé, plus ou moins lointain, et rappellent combien l’homophobie coule comme un ruisseau tranquille dans notre société. De par son comportement, Hanouna rappelle les quarts d’heures d’humiliation et de souffrance qui durent, en réalité, plus longtemps quand on s’aperçoit qu’on est forcés d’en trimballer les souvenirs le temps d’une vie et qu’il est difficile de trouver une pommade qui en efface la trace qu’ils laissent. Dans le faux piège tendu par Hanouna, j’ai revu beaucoup d’histoires; celles qui m’ont été racontées en chuchotant, avec la voix de la prudence. Celle de l’enseignant piégé par un élève via un site de rencontres, celle de Michael Sandy, celle de Bruno Wiel, celle de Matthew Shepard

Il y a, hélas, ceux qui s’obstinent à défendre Hanouna. Les arguments avancés partagent cet air de famille avec ceux qui sont couramment utilisés pour se dérober à toute accusation de racisme ou de sexisme. “Comment pourrait-on oser croire qu’un homme, si ouvert et bienveillant, qui soutiendrait des associations de lutte contre l’homophobie, pourrait être homophobe?”. “Cyril ne pourrait pas être homophobe : il a des homos dans son équipe!”. “Hanouna pratique l’humour, ce n’est pas un drame”. “Cyril Hanouna vit tellement mal qu’on le traite d’homophobe qu’il en a pleuré”. “On peut se moquer des homosexuels sans être homophobe”. C’est vrai que récupérer les outils les plus violents de l’homophobie mais les enrober vulgairement d’un humour lourd et facile, caricatural, stigmatisant dans lequel les grands perdants se reconnaissent, ce n’est pas homophobe. C’est juste divertissant, voyons. Désolé mais rire, ce n’est pas humilier. Aimer, ce n’est pas accabler. Et la meilleure façon de soutenir, ce n’est pas de donner de l’argent à des associations de défense des homosexuels mais de veiller à ce qu’on ne contribue pas, de loin ou de près, à exacerber leur souffrance ou à forcer leur exil.

Donc ?

J’en terminerais avec un appel lancé aux sages gardiens autoproclamés de la linguistique, historiens de tout et de rien à leurs heures perdues mais qui ne peuvent s’empêcher de prendre en otage le langage : prenez un fauteuil et taisez-vous. Tout comme l’islamophobie, l’homophobie est une haine à la férocité variable et il appartient aux concernés de la définir selon leurs critères à eux et non selon ceux dont l’avis est souvent impertinent et révélateur de leur plus grande crainte : celle de se retrouver dans celui qu’on pointe du doigt. La particularité de la haine, c’est qu’elle a plusieurs modes d’expression, de l’accident à l’acte assumé, mais soyez rassurés : on peut en guérir.  A condition de le vouloir.