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Le barrage ? Sans moi et sans émois.

“Faire des miracles demande beaucoup de travail. La plupart des gens abandonnent avant qu’ils ne se produisent”.

Sheryl Crow – Maybe that’s something (The Globe Sessions)

Malheur, urgence, désespoir : Marine le Pen est au second tour de cette tragi-comédie burlesque que l’on appelle l’élection présidentielle. Face à Emmanuel Macron. Oui, Marine Le Pen. La fille de Jean Marie. Celle qui a nettoyé la vitrine mais pour y exposer les mêmes produits que son père. Le risque qu’elle accède au pouvoir est grand. Musique d’ambiance et plan au ralenti.

Cette fois, la nouvelle n’indigne pas, contrairement à 2002. Pas de cris d’effroi, de débats, de longues tirades passionnées saupoudrées de paroles creuses ou d’humanisme servit en deuxième partie de soirée. Rien. Un moment de botox vocal où même les quelques pourcents séparant Macron de Le Pen n’ont pas abouti sur un commentaire. Horreur de la froide fatalité acceptée.

Puis, quelques heures après, on a appelé à barrer la route au Front National. Tweets, tribunes, blogs, billets d’humeur : l’appel à sauver le soldat démocratie était lancé mais telle une flèche aiguisée en direction des abstentionnistes et sans dialogue préalable. Démocratie ? On peut faire mieux. Taper sur ceux qu’on pense convaincre en les accablant et en les culpabilisant ? Contreproductif et ignoble. Aussi vulgaire et violent que d’insulter une jeune fille insensible aux sifflets qu’elle récolte sur son passage parce qu’elle ne s’arrête pas mais après tout, on s’en fiche : la fin justifie les moyens. Le plaisir d’incarner ce bras fièrement musclé et moralisateur qui sortira les abstentionnistes pour les pousser aux urnes est trop grand pour s’éterniser sur ces petits détails.

« Il faut éviter le pire » !

C’était ce qu’on entendait à table, à la machine à café, au bureau de tabac, dans le train, à l’entrée des aéroports et sur les parkings des super marchés. Le pire, ça serait la victoire du FN qui propulserait ce pays dans de nouvelles pages sombres de son Histoire, écrites avec le sang que les abstentionnistes ont fait couler en décidant de bouder les bureaux de votes, manquant indéniablement de respect à ces milliers de révolutionnaires morts pour la démocratie.

Le débat n’aurait pas lieu si le pire n’était pas aussi mal défini. Il apparaît difficile de concevoir que le pire, pour quelques abstentionnistes que l’on ne veut ni entendre ni comprendre, ait déjà commencé. Pour bon nombre d’abstentionnistes, le pire est déjà leur pain et leur beurre et avant que l’on ne leur sorte la carte « victimisation ! », incontournable joker de la discussion, il faudrait accepter d’entendre qu’une présidence Macron ou Le Pen ne serait, hélas, que la promesse d’une légère aggravation des problèmes déjà existants : discriminations, précarité, exclusion sociale, invisibilisation, mépris culturel, mépris de classe, violences policières, violences économiques, glorification du passé colonial, etc… Quelle serait la nouvelle donne ? Une attaque à peine plus frontale, toujours aussi injuste et humiliante, mais, comme toujours, servie sous couvert de nobles combats menés au nom du vivre ensemble, de la laïcité, du féminisme et même de l’antiracisme…

Le pire n’est donc qu’une caricature du présent. Le pire, c’est qu’on connaît le pire et qu’on le vit et que l’on a rien fait d’autre pour nous que de nous dire que ça pouvait être pire que pire, à tel point qu’on se demande vraiment d’où on peut affirmer que le pire à venir sera pire que le pire du moment présent. Passé cet enfantin jeu de mot, on sait ce qu’il y a de pire pour ceux qui veulent s’éviter le pire : la honte. Parce que c’est principalement ça qu’on veut éviter à tout prix : la honte et les explications qui en découlent, comme si l’heure de se désolidariser sonnerait mais, cette fois-ci, pas pour les mêmes. Parce que la possible victoire du FN remet beaucoup de choses en jeu, à commencer par l’aura dorée de la France qui risque de rouiller sur le plan international. Ceux qui n’ont que peu de choses à craindre du FN le savent : c’est une réputation qui est en jeu dans cette élection. Celle de la patrie des lumières, France éternelle et brillante, défendue par Fatou Diome avec la passion d’une amoureuse transie. Pays des droits humains qui risque de prouver ses limites comme un vulgaire produit de beauté surcôté.

« Mais quand même comment en est-on arrivés là ? »

Les mots sont forts, tout autant que la réalité : le pays souffre de toxicomanie raciste. Ces dernières années ont été celles du brouillage idéologique où tout le monde s’est retrouvé à faire du front national jusqu’à en droguer le pays tout entier. De l’immigration à l’Islam, à la présence dans les médias de personnages hautement contestés relayant les pires mensonges et préjugés, aux calomnies visant ceux qui ont osé contredire l’amas de haine raciste, on a eu une dose déferlante de front national, servie tous les jours dans le sirop médiatique, avalé de gré ou de force mais toujours goulument. Mais, c’était le bon front national, comprenez : celui qui sort de la bouche de dirigeants politiques, d’intellectuels qui portent bien la toilette, qui se disent Républicains, de gauche ou de droite mais qui, jamais, au grand jamais, ne seraient racistes. Comme si cela faisait une différence pour celui qui sent sur sa tête l’ombre brûlante du doigt pointé accusateur. Un racisme qui n’est pas du FN n’est pas un racisme vertueux. Il est vicieux. Fignolé pour avoir l’air propre alors qu’il demeure sale. Même quand il est dévoyé pour prétendre à la défense des femmes, de la laïcité ou d’autres combats nobles. Encore plus quand une ministre s’en sert dans un exercice de féminisme galeries Lafayette à la sauce négrophobe. Même quand un homme de gauche approuve l’extrême droite. Même quand les Unes des magazines se font toutes retoucher par le même chirurgien esthétique pour ressembler à Valeurs Actuelles.

Il y a de quoi sourire avec amertume, devant la panique des militants du barrage républicain et leur argumentaire typique d’un vendeur indépendant de contrats d’assurances du Wyoming. Passionnés et pleins d’entrain, ils auraient enfin presque compris que l’heure était grave maintenant que la flamme commençait à se rapprocher. A mes yeux, c’est comme être celui qui se trouve sur une terre torpillée par une progressive catastrophe naturelle qu’il était le seul à subir dans l’indifférence mais que le reste du monde n’a daigné considérer que lorsqu’elle s’est invitée sous sa fenêtre. Et encore : il n’a été question que de faire barrage au FN. Qu’en est-il de tout ce qui précède le FN ? Rien. Et pourtant, entre l’état d’urgence, la création du ministère de l’identité nationale, les lois antivoile ou burkini, l’impérialisme, la protection des auteurs de violences policières, le mépris, les discriminations, l’asphyxie économique des quartiers populaires avec la Loi Travail, les bombardements à l’international, la banalisation des agressions à caractère islamophobe, il y avait de quoi s’arrêter et réfléchir. A moins que les plus rusés aient compris que le maximum à faire revient à faire des promesses, choses que l’on déteste de nos jours.

S’il reste quelques âmes candides pour se demander comment on en est arrivés là, mon conseil serait d’aller vous adresser directement à ceux qui ont voté pour le FN. Comme pour l’élection de Trump, il faudrait cesser de viser lâchement ceux qui ne sont en rien responsables du résultat qu’on connait.

L’abstention veut dire l’abstention.

Parce que les leçons ne sont jamais retenues par ceux qui se bornent à croire qu’il n’ont rien à apprendre de nous, il convient de continuer à jouer à ce jeu par l’abstention. Elle est, à elle seule, un geste politique. Moins grossier que le bras d’honneur mais tout aussi symbolique. Les gens outrés par cette posture parleront immédiatement de cadeau fait au FN, de communautarisme, de division et, en épuisant les cartouches avec lesquelles ils tirent, finiront par faire tomber les masques en nous disant que de toute façon, ils n’auraient rien à craindre du FN au pouvoir et que le barrage serait surtout pour nous protéger. Quelle grandeur d’âme! Quelle bonté ! Ô, mes amis ennemis ! Triste nouvelle pour vous : je n’ai plus que le regard indifférent de Joan Crawford pour répondre à ce paternalisme teinté de mépris tellement ordinaire qu’il vous a échappé ! L’heure des génuflexions devant votre agenda est une heure morte et enterrée. Elle a épuisé toute ma souplesse et convaincu à jamais qu’être la pom pom girl d’une équipe qui ne mobilise ses troupes que pour sauver sa propre peau ne sauvera jamais la mienne alors qu’elle en a eu mille occasions. Et je n’en suis même pas désolé.

Super Rossignol, le féminisme Galeries Lafayette et la suprématie blanche

NB: Suite à un message reçu sur twitter, la photo représentant Pauline Arrigui portant le bien sinistre et méprisant tee shirt “Atheism ls The New Black” a été retirée. Je vous laisse juges de cette demande.

Le féminisme blanc a encore frappé. Rien de bien surprenant. Mais aujourd’hui, il confirme sa relation amoureuse avec la suprématie blanche et malheureusement, par les temps qui courent, un constat semble implacable : ils vivront heureux et auront des tas d’enfants qui nous créeront des tas d’emmerdes. Nous, c’est un “nous” assez vague, ultra compliqué, très divers mais qu’on peut simplement résumer ainsi : “nous” concernera tous ceux pour qui ce féminisme blanc raciste, rebaptisé féminisme galeries Lafayette, sera un frein pour sa libération.

Laurence Rossignol et le féminisme conquérant

La raison de tout ce remue ménage ? Quoi, vous ne voyez pas ? Et bien oui : la femme musulmane voilée. Encore et toujours. Sauf que dans le mépris, elle aura été accompagnée de tous les noir-e-s de la planète entière, rebaptisés “nègres afric… nègres américains” par notre Ministre du Droit des Femmes (de la famille et de l’enfance, comme dans une publicité pour de la lessive en poudre). Interrogée sur la tendance de la mode islamique, Laurence Rossignol a été claire : “Ces marques expliquent que ce sont juste des vêtements mais qui ne font la promotion d’aucun mode de vie. Comme s’il y avait une dissociation entre les vêtements et les modes de vie. Or, dans l’histoire, par exemple, dans les années 60, les femmes peuvent avoir un compte en banque, elles vont à l’école, elles vont à l’université, elles ont accès à la contraception et en même temps, les jupes raccourcissent (ou elles mettent des pantalons). Ce qui prouve bien qu’entre la tenue des femmes et leurs droits, il y a un lien parce que l’enjeu c’est celui du contrôle social sur le corps des femmes.” On est à deux doigts du complot, on dirait! Donc l’habit ferait la nonne ou du moins ferait le pouvoir ? C’est original. C’est sans doute pour ça que je n’ai jamais trouvé de maillot deux pièces, string argenté au rayon Menswear de Zara… Ce que la ministre dit peut être discuté à longueur de pages et dans des débats interminables mais ce qu’il faut en retenir, c’est la stratégie d’argumentation :

  • Toujours faire référence à l’antithèse du voile qui sera la minijupe (ou le string, ça dépend des périodes). Ce faisant, on a presque l’impression que des femmes se seraient battues pour porter une minijupe, transformant plus d’un demi siècle de luttes féministes en vulgaire bataille pour le droit à porter une jupe et danser le twist. Et lier longueur de vêtement avec la liberté d’une femme… Franchement… En 2016 ? De la part d’une ministre et du droit des femmes, par dessus tout ?!
  • Toujours les apparences. Nous sommes dans une France d’apparence, de faciès, de sale gueule, de bonne gueule. Sauf que, le contrôle social sur le corps des femmes, en France, il porte plus sur ce qu’elles décident d’en faire ou de ne pas en faire. La subjectivité du choix d’une tenue reste un choix critiquable, mais le courage, le vrai, quand on parle de contrôle des corps et en tant que ministre des droits des femmes, ça serait de s’attaquer au diktat de la minceur, à la glorification de l’épilation intégrale, au racisme de l’industrie de la mode et des cosmétiques et à ses répercussions désastreuses sur des générations de femmes qui sont prêtes à tout pour rentrer dans le moule, quitte à relever des défis de plus en plus fous,  bref, de ce qui nuit mentalement et physiquement aux femmes qui ont été incarcérées dans  un rôle où l’on se fout éperdument de ce qu’elles ont à dire ou à penser, tant qu’elles sont jolies “à notre façon”.

Laurence Rossignol et le féminisme “on est plus chez nous, trop de bougnou… gens méchants!”

La Ministre poursuit : “Lorsque des marques investissent ce marché de la tenue islamique lucratif, un marché pour les pays d’Europe, ce n’est pas le marché pour les pays du Golfe, à ce moment là, ils se mettent en retrait de leur responsabilité sociale et d’une certaine façon, ils font la promotion de cet enfermement du corps des femmes”.

Donc notre ministre nationale pense pouvoir parler au nom de toutes les européennes… Qu’elle parle au nom de toutes les françaises serait plus que prétentieux mais là, on comprend à quel type de personne on a affaire : de la pire espèce, celles qui parlent soit disant au nom du plus grand nombre car elles se voient tellement comme la norme, l’originale, la vraie, l’authentique, à laquelle il ne faut rien demander puisqu’elle est dominante. Quant aux marques qui font la promotion d’une façon de s’habiller… Et alors ? UNE COLLECTION DE TENUES ISLAMIQUES CHEZ DOLCE & GABANNA ! UNE SEULE ! Quelques écharpes, jilbebs, tuniques, foulards et étoffes et vous avez l’impression de subir une crise cardiaque, de subir un envahissement ? Qu’est-ce qui se passe dans cette France qui devient hystérique pour une histoire de foulard ?! Notez que pour la Ministre, la panique, c’est que le “phénomène” atteigne l’Europe. On pouvait encore tolérer que la femme de ménage marocaine nous offre des caftans, mais là, ça commence à faire un peu beaucoup, quand même…

Quant à la responsabilité sociale des marques…. Parlons-en. Parlons des propos absolument grossophobes d’un certain Karl Lagerfeld, des marques qui, dès qu’elles conçoivent un vêtement un peu plus grand, induisent une différence de prix, de la minceur qui est devenue une norme en dehors de laquelle seront exclues toutes celles qui ne parviendront pas à fermer le dernier bouton de leur jean taille 36. Parlons de ces marques qui ne font pas ou peu appel à des mannequins de couleur, des gaines et des corsets qui s’achètent par centaines de milliers et qui peuvent provoquer des maladies ou des déformations. Parlons des gamines employées par des sociétés de cosmétiques pour des gammes réservées à des femmes plus âgées et de la perversité du message. Parlons de la difficulté pour les femmes enceintes de trouver des tenues à la fois confortables et aux prix abordables. Parlons de cette industrie qui veut éclaircir les peaux, défriser les cheveux et créer des regards absolument irréels. Et je ne vais même pas m’étaler sur le nombre de maladies type anorexie ou boulimie liés à cette industrie où il vaut mieux ressembler au modèle dominant ou aspirer à lui ressembler. Elles sont là, les vraies responsabilités, pointées du doigt par des centaines d’associations, de chercheurs ET DE FEMINISTES mais dont la ministre du droit des femmes se tape comme de l’an 40.

Laurence Rossignol, la ministre sauveuse des musulmanes dominées, potentiellement libérables par la sainte République.

On l’aura deviné : la Ministre aime ses musulmanes. “Mon sujet, c’est l’ensemble des femmes musulmanes qui vivent en France et qui sont sous l’emprise, grandissante, de groupes salafistes qui se sont mis en situation de dire aux musulmans de France qui est un bon musulman et qui ne l’est pas”. Vous pouvez trembler. Merci madame Rossignol d’avoir osé rompre le silence et parlé de ces milices qui viennent nous oppresser! C’est vraiment du tout neuf comme idée. On en avait jamais entendu parler… D’après notre sauveuse, les musulmans et les musulmanes devrait pouvoir, ici, en France s’attendre à ce que la République les protège en leur offrant de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. Ce serait drôle si la situation n’était pas horriblement tragique. Aujourd’hui, en République, l’égalité, ça sera sous certaines conditions, pareil pour la liberté, quand on voit que l’Etat se fait condamner pour discrimination au faciès sans en tirer les conclusions ou faire de bruit autour de . Quant à la Fraternité… Dans un pays où on méprise encore l’Islamophobie en niant l’essence même du mot, à droite comme à gauche et où, on va souvent reprocher aux premières victimes de l’islamophobie d’être, en gros, ostensiblement musulmanes, je me demande de quelle fraternité parle madame la Ministre.

Mais heureusement que Super Rossignol est là! Elle savait ce qui se tramait, à l’ombre des voiles. Et elle l’a vu : “on voit de moins en moins de femmes dans la rue, dans les cafés, vivre de manière libre dans leurs quartiers”. Tiens, on assiste à une Finkielkrautisation des esprits! Encore un individu blanc de plus de 55 ans, vivant en dehors de ces mystérieux quartiers mais qui, du haut de son perchoir d’humaniste, a entendu l’appel ? Non. En vérité, la thématique des femmes absentes de l’espace public, c’est un vieux procédé. Même Anne Zelensky, une féministe pourrie par l’islamophobie la plus crasse, qui a fini chez Riposte Laïque l’avait écrit : “Cela se passe à Aubervilliers, territoire perdu de la République. Des mœurs d’un autre âge s’y sont implanté. Ainsi les cafés et leurs terrasses sont occupés exclusivement par les hommes. On se croirait transporté dans un bled quelconque d’Arabie”. Elle parlait même de reconquista… Et, bingo, Laurence Rossignol a fait référence à cette sordide histoire.

Laurence Rossignol et les dérapages

Madame la Ministre dit ne pas croire au grand remplacement. Néanmoins, elle n’hésite pas à parler de “franco-musulmans”, une petite perle orale qui démolit toute la théorie sur l’intégration façon gauche caviar qui adore le couscous et le spa du Club Med Djerba ou en Musulmanie, peut être ? Venant de la part d’une formation politique où on nous répète à longueur de journée que “oui, on peut être français et musulman, pardi!”, que les couleurs n’existent pas, que la citoyenneté doit passer avant tout, que la laïcité est merveilleuse car elle protège les religions et tout le blabla, ce lapsus est assez… succulent. Après la bi-nationalité, va-t-on parler de natioreligion? J’ai hâte d’entendre parler de Franco-protestants ou de Franco-athées! On nous dira ce qu’on voudra mais dans ce lapsus, j’entends ce que l’on n’ose jamais dire : qu’on a glissé de la question ethnique à la question religieuse et que même les bas fonds de l’inconcient d’une ministre du droit des femmes passée par la pathétique association “Sos Racisme” peut nous en faire la démonstration.

Mais la perle orale, la vraie, portait sur la question du libre arbitre. Souvent, pour convaincre une audience trop inculte ou à l’esprit trop simple pour des réalités évidentes, il faut avoir recours aux images. Pour parler des dangers du Tabac ou de la conduite en état d’ivresse, qui s’est retenu des photos ou vidéos choc ? Et ben, Rossignol, c’est pareil. Mais en beaucoup moins bien. Je dirais même, en version tellement dégueulasse qu’on en a la gerbe. La Ministre, la liberté de se voiler, elle n’y croit pas. On ne lui fait pas, à elle. Elle qui est en contact avec des associations de quartiers dirigées par des nunuches comme Nadia Remadana, elle en sait quelque chose. Et elle voudrait qu’on la comprenne et déclare en toute tranquillité que “il y avait aussi des nègres afric… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage”, sans voir un seul instant le caractère odieux d’un tel énoncé (ni même se faire reprendre par Bourdin… exactement comme Elice Lucet qui laissait tranquillement Guerlain parler de nègres sur son plateau). L’indignation est multiple :

  • Avoir recours à une comparaison avec l’esclavage est tout aussi indigne que la comparaison avec le nazisme pour x raisons. C’est une banalisation d’un phénomène horrible, pas tout à fait achevé et qui n’a absolument rien à voir avec ce à quoi on l’accole.  Parler d”esclavage pour parler de prostitution ou de voile (ou même, comme on l’a vu dernièrement lors des rassemblements contre la loi travail), revient à mépriser d’un seul trait les prostituées, les femmes voilées et surtout les esclaves (qui n’ont pourtant jamais obtenu la moindre réparation). Et pire encore : ça dénote qu’on ne veut pas de ça chez nous… et qu’on tolèrerait ça ailleurs. Parler d’exploitation serait plus approprié.
  • La question du libre arbitre est choquante. A écouter ces féministes rebaptisées “féministes galeries Lafayette”, lorsqu’une femme ne fait pas le “bon choix”, elles sont aliénées, folles et ne s’en rendent pas compte. C’est, à mon sens, un pur contresens et un cliché antiféministe flagrant vieux comme le monde : madame Rossignol n’a-t-elle pas lu ces autobiographies de féministes qui, parce qu’elles sortaient des sentiers battus et se refusaient à suivre le dictat de la société dans laquelle elles évoluaient, ont été taxées de folles, de marginales, juste à cause d’un choix personnel ?
  • Le choix du terme “nègre” est, à mon sens, la pire. Loin de moi l’idée de mettre en concurrence les femmes portant un foulard et l’insulte négrophobe, mais elle est lourde de sens. Premièrement, vous remarquerez qu’elle a été prononcé sans grande difficulté. On pouvait parler de noirs, d’esclaves, de traite mais de nègres…. Mais on nous dira que ce n’est qu’un dérapage! Le blantriarcat a le droit de déraper, de se reprendre, car lui, quand il faute, c’est toujours contre sa volonté, contre sa ligne droite, pour une question de volant qui a été lâché un court instance, en pleine aisance. Le blantriarcat a ce privilège tout simplement parce qu’il est conçu comme la norme parfaite, indiscutable et dont les fautes ne peuvent jamais lui être reprochées.
  • Il faut cesser de faire dire à l’esclavage ce qu’il n’était pas en le déconnectant de sa réalité et de son contexte historique et stratégique. Combien de “nègres” ont accepté l’esclavage, de bonté de coeur ? Qui peut avoir un chiffre parlant et significatif ? Personne. Qu’on mène des recherches sérieuses à ce sujet afin de mettre un terme à ce mythe, purement anecdotique et insignifiant sur l’histoire de l’esclavage qui ne fait que le réviser et, d’une certaine façon, disqualifier scandaleusement ce que la traite négrière a été… et ce qu’elle a rapporté. Vous arrivez à imaginer, des comparaisons avec les camps de concentration, dans quelques années, sur un plateau télé, avec un ministre qui déclarerait “beaucoup de juifs étaient pour les camps” ?! L’idée vous parait dingue ? Préparez-vous, car rien n’est impossible avec cette classe politique qui n’hésite pas à plonger dans le racisme et les comparaisons ignobles pour vendre sa soupe.

Vive le Blantriarcat !

Il y a eu très peu de réactions de la part du gouvernement. On pensait qu’avec ce qui avait été traversé par Christiane Taubira, on aurait pu avoir un ou deux mots mais, au Parti Socialiste, c’est le racisme caricatural type FN qu’on aime pas, le reste…. ça se tolère un peu. Du bon racisme de gauche, en soit. Par chance et certainement par humanisme, les femmes voilées et les noir-e-s sont beaucoup plus intelligents : aucune demande de désolidarisation n’a été exprimée. Anne Cécile Mailfert, Pauline Arrighi et d’autres peuvent dormir tranquillement sans crainte d’avoir à se justifier ou à souffrir du rejet en allant s’asseoir à côté d’un noir dans le métro ou d’une femme voilée dans le bus. Et puis, personne chez les concerné-e-s n’a publié de tribune ou d’édito, dénonçant des propos issus d’une blanchité qui adore son reflet dans le miroir.

Néanmoins, ce qu’il y a de fascinant avec le blantriarcat, c’est cette tendance à ne jamais reconnaitre complètement ses erreurs, voir à les transformer en des qualités. L’entourage de la ministre a même déclaré : ” Le mot nègre est un mot péjoratif qui ne s’emploie plus que pour évoquer l’esclavage, en référence à l’ouvrage abolitionniste De l’esclavage des nègres de Montesquieu “. Pauvres noirs! Qu’est-ce qu’ils sont bêtes, quand ils n’ont pas le sens de l’humour! Incapables, eux aussi, de comprendre la finesse de la langue française! Quand un homme politique blanc dérapera à son tour, et mon doigt me dit que ça ne saurait tarder, en parlant de “salopes”, on attendra qu’il nous dise qu’il faisait référence au manifeste des 343 salopes de Charlie Hebdo en pleine époque de lutte pour l’avortement, pour voir si la pilule passe aussi bien auprès des concernées et si nier sa faute sans s’excuser suffira à apaiser la douleur de l’épithète raciste. Mais, malheureusement, le blantriarcat est une machine haute comme un monument, qui sait faire face à toutes les critiques qu’il veut taire, lui qui se disait si Charlie. En témoignent les tweets insensés d’Eric Mattout qui récupère la Négritude de Aimé Césaire pour se livrer à un hors sujet mêlant féminisme, voile, droit de vote des femmes… Un bon condensé où on vomit son incompréhension. Et Heureusement que Audrey Pulvar est là. Il en faut toujours une, de toute façon. Sa fonction : rassurer le blantriarcat en apportant sa protection et en validant l’expression. Elle est la bonne conscience. Un équivalent pathétique de “l’amie arabe qui prépare des couscous” et qui donc, est le plus évident gage d’antiracisme. Et puis, Laurence Rossignol “est issue” de la mouvance “SOS Racisme”, voyons….

Ainsi, nous laisseront les féministes galeries Lafayette prendre l’escalator et se diriger à la caisse du magasin “racisme”. La traque aux prostituées étant passée de mode, il faut concentrer son énergie sur le grand méchant “non blantriarcat friendly” ennemi de l’intérieur. Ne les taxez pas d’islamophobes : elles ne veulent que défendre la laïcité menacée par un steak halal qui s’est retrouvé dans leur panier à Sephora. Ne les taxez pas d’antiracisme niais : elles maitrisent l’art du contouring spécial “beurette” parce qu’elles les trouvent belles, les arabes, sauf quand elles apparaissent sur la même liste aux élections européennes qu’une islamophobe notoire comme Annie Sugier (oui, Caroline De Haas et Anne Cécile Mailfert, on sait que vous avez monté un projet avec elle !) pour après pleurer la chute de la gauche, après avoir tenté l’union avec le Diable. Ne les taxez pas de négrophobie : elles invoqueront la langue française, qui n’a fourché que dans nos oreilles d’incultes. Ne les taxez pas d’obsession sur le voile : elles vous parleront de l’impact du film Jamais Sans Ma Fille sur leur conscience féministe. Ne les taxez de rien. Laissez les s’étouffer dans leur bienveillance obsessionnelle et leur mépris condescendant. Laissez-les parler d’universalisme et entendez-là un nombrilisme parce qu’elles sont persuadées d’être authentiques et ne reproduisent qu’un schéma raciste appliqué au féminisme. Laissez-les suffoquer en voyant une femme voilée et voyez-y la marque de leur impossibilité à se défaire d’un machisme où des règles pensées contre elles sont maintenant utilisées contre celles qui auraient pu être leurs soeurs. Laissez les pleurer sur les femmes qui n’empruntent pas leur route et voyez là leur faillite et leur grand paradoxe : lutter contre la haine en faisant de la haine, c’est efficace à court terme, mais jamais révolutionnaire car ça ne bénéficie que rarement aux plus démunis. Pas surprenant que la théorie antiraciste des non concernés et le féminisme blanc trouvent si peu leur public parmi ce vague “nous” que beaucoup ont décidé de mépriser parce qu’il refuse de servir de paillasson… Mais bon, on imagine qu’il vous restera vos journées sans voile et vos actions antiracistes pour vous occuper et que vous viendrez goûter à la chaleur des banlieues quand on vous y enverra pour récolter des voix, entre deux thés à la menthe et beignets à la sénégalaise.