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La colère, le sang et la perte

J’ai écrit cet article pour les blessés, les meurtris, les apeurés et les affaiblis. Et je n’ai pas à m’excuser des erreurs des autres. Juste à pleurer de rage les tourments de notre époque.

       D’abord, on apprend le drame. Comme en Janvier 2015, on cesse toute activité immédiatement tant la nouvelle nous glace le sang et fige tous nos muscles. On se passe de toute réflexion, de tout ce qui pourrait empêcher la communication entre le cœur et l’esprit pour se concentrer sur ce qui vient de se briser à l’intérieur. On allume sa télévision, on lâche son téléphone portable et on attend. Et l’info continue nous drogue.

            Pourvu qu’il ne se soit rien passé. Que ce soit juste un accident. Quelque chose de banal. Quelque chose qui n’ait aucune conséquence. Un pétard qui a fait trop de bruit ou un accident comme on en voit toutes les nuits. Pourvu qu’il n’y ait pas de morts. Pourvu qu’ils s’en sortent.

            La nouvelle tombe. L’horreur est revenue. Elle avait frappé la veille à Beyrouth, chez les arabes, aussi divers et différents qu’ils soient. On s’en fichait royalement. Comme d’habitude. Le moyen orient, même s’il obsède les patriotes à deux balles, même s’il fascine parfois les plus paumés de chez nous et même s’il abrite une poignée de tortionnaires amis de nos présidents bien occidentaux, c’est quand même loin sur la carte. Mais là, on sent le rapprochement.

            Pourvu que ce ne soit pas un carnage. Pourvu qu’on retrouve que des survivants. Pourvu que le plan meurtrier ait échoué. Pourvu que les médias fournissent un travail de qualité. Pourvu qu’ils soient tous en sécurité. Pourvu qu’on se réveille à tant.

            J’étais de ceux qui ont alterné les pleurs et les cris, la douleur et la rage. J’étais de ceux qui auraient pu se trouver sur les lieux, qui ont vibré dans des concerts de rock, qui ont dîné ou bu un verre en terrasse, qui ont marché dans les rues de Paris dans la sérénité. J’étais de ceux qui ne comprenaient pas, qui se demandaient « pourquoi » et qui ne voulaient pas voir de photos, entendre des témoignages, lire des messages de haine. Et puis deux mois plus tard, je suis revenu à moi, la page se tournait difficilement, avec une écornure comme pour me dire que je ne pouvais éviter ce passage dans ma vie. Dans nos vies.

La violence

           Rien ne saurait justifier l’horreur d’un attentat. Même si je ne trie pas mes larmes parce que je considère que chaque vie compte et dois compter pour toujours, je dois avouer que plus les attentats se rapprochent de nous et plus l’avenir me paraît incertain. Le danger est imminent, les rues ne sont plus sûres. La suspicion est revenue même si on a le droit à des remarques blessantes mais qu’on mettra sur le compte d’une émotion encore trop vive. On se dit que la sagesse, c’est de tolérer, en surface, temporairement, le refus des poignées de main et de la discussion, parce que des gens sont en colère. On a rien fait, on est pas plus responsables de ce que des assassins commettent mais il paraît qu’on leur ressemble, qu’on soit à peine basané, musulman convaincu, hésitant ou pratiquant, banlieusard, fan de rap ou de blues et qu’on devrait laisser passer un deuil qui nous exclu, au nom de l’unité nationale. Inutile de leur rappeler qu’on est tous concernés parce qu’il paraît qu’on a voulu toucher en priorité ces gens-là plutôt que d’autres. Et il y aura toujours un beauf pour nous dire que si les terroristes voulaient vraiment tuer du musulman, ils auraient choisit Barbès… Comme si une communauté était particulièrement épargnée. Inutile également de leur rappeler que l’attentat de Saint Denis qui a échoué allait toucher la France dans sa plus grande diversité : celle qui est noire, celle qui est arabe, celle qui est blanche, celle qui est asiatique, celle qui est croyante, celle qui est athée, celle qui aime le foot, celle qui aime accompagner ceux qui aiment le foot, celle qui se force à aimer le foot le temps d’un match…

            Comme en janvier, on est quelque chose. Cette fois, on est Paris. Dans l’émotion suscitée par la violence, on ne pond que des slogans. Nulle question de se demander ce qu’on a bien pu être avant de devenir Paris ou Charlie. Alors, j’ai décidé que je serai plus que jamais moi même plutôt que d’être ce qu’on attend de moi comme si cela coulait de source ou comme si je leur devais bien. S’indigner qu’on ne soit pas Charlie ou Paris ou s’indigner que d’autres préfèrent être Beyrouth ou Gaza, c’est le début de la fin. Crier haut et fort qu’on est un slogan, pointer du doigt ceux qui ne sont pas « comme nous », se lancer dans un recensement statistique, profiler les infidèles du camp du bien, c’est le début du fascisme. En ce qui me concerne, je refuse de céder au piège d’être « quelque chose » juste pour rassurer la planète entière de la pureté de mon âme ou de rentrer dans un moule. Et surtout, je refuse de me tromper, de crier à la planète entière « #jesuisenterrasse », car c’est là la plus grosse arnaque possible : les terroristes se foutent de qui est en terrasse, qui boit un mojito en écoutant Rihanna ou qui partage un repas dans un restaurant huppé. Ils tuent des civils innocents parce qu’ils sont dans une logique meurtrière parce qu’ils sont animés par un esprit de vengeance qui leur a rongé l’âme et rien d’autre.

            Au delà des slogans, on a réussi à créer un tout petit peu de réflexion. Pas toujours la meilleure. La France est en guerre, dit-on. Le temps d’endormir les masses, on parlera de guerre de civilisation. Le fantôme du 11 Septembre et ses thèses néoconservatrices qui ont massacré des populations innocentes sont toujours là, comme des ombres. Charlie Hebdo confirme la pensée, avec une caricature qui montre un homme buvant un coup sous la mention « ils ont les armes, on les emmerde, on a le champagne », qui me rappelle étrangement la sinistrement célèbre chanson de Michel Sardou où il était question d’opposer la culture française, vivante et avancée, face à la culture arabe, arriérée et insipide et donc tellement inférieure. Qu’est-ce qu’ils ont, à part le pétrole, disait-il. Je suis tenté de lui répondre : tellement de choses, si tu savais !

            Il suffit que quelques personnalités politiques reprennent le thème, que quelques intellectuels suivent et le concept est installé : les terroristes sont venus tuer la civilisation française, celle qui boit, danse, dîne en terrasse, aime les concerts de Rock, le foot, bref la vie. Et que ceux qui ne se reconnaissent pas dans cet art de vivre comprennent immédiatement à quel camp ils appartiennent. Vous serez avec nous ou contre nous. Certains, généralement marqués à gauche d’ailleurs, ne se cachent plus pour utiliser une rhétorique proche de celle des néoconservateurs américains en déclarant que si les terroristes ne voulaient pas s’en prendre à la France et ce qu’elle symboliserait (la frivolité, les droits de l’Homme, la laïcité, etc…), ils auraient pu s’en prendre à l’Etat en s’attaquant directement à l’Elysée. Comme si s’attaquer à un gouvernement dont l’impopularité n’est plus à prouver est comparable avec une attaque qui cible des civils qui ne bénéficient pas de la protection dont peuvent bénéficier les personnalités politiques.

            Que l’on pense la civilisation française comme celle du « bon vivre », du loisir et d’une certaine frivolité ne me gêne pas. Mais en faire la seule civilisation du « bon vivre » relève du mensonge crasseux qui déshumanise également ceux qui ne suivent pas le modèle. D’ailleurs, il serait bien de rappeler que bon nombre de Syriens ou d’Irakiens aimeraient, eux aussi, boire un verre en terrasse ou assister à un concert s’ils ne subissaient pas des frappes bien occidentales, que leur terre n’était pas soumise à la violence continuellement… Et oui, contrairement au dessin misogyne qui a circulé sur les réseaux sociaux, nos bombes ne sont pas sexuelles mais bel et bien meurtrières. Elles tuent. Elles démolissent des vies dans des écoles, des hôpitaux et des lieux de culte mais provoquent moins d’émotions que lorsque des terroristes démolissent des œuvres d’art ou égorgent leurs semblables. Et ce sont à cause de nos frappes qu’on finit par se faire zigouiller en plein Paris. Précisons également aux ignorants qui ont décidé d’ignorer nos bombes, nos drones et nos frappes, que 2015 est une très bonne année en France étant donnée qu’on a explosé les records de vente d’armes… pas toujours avec des clients exemptés de tout soupçon.

            On veut toujours nous parler de guerre de civilisation ? D’accord. A condition de tout reprendre depuis le début. La guerre de civilisation dont on nous parle, serait celle initiée par Daesh contre la démocratie, l’occident et tout ce qui ne leur ressemble pas. Sauf que, à l’origine, c’est un concept pensé et inventé en occident et pas ailleurs. La guerre de civilisation, si elle existe vraiment, elle a commencé quand on a envahi l’Irak, violé des gamines, enfermé des civils dans des prisons, bombardé des villages et des ports au nom des droits de l’homme, du féminisme et j’en passe… Et quand on abordait la question du mensonge sur les armes de destruction massive et qu’on évoquait le pillage du pétrole, tous nos grands stratèges en carton nous répliquait que c’était faux, fantasmé, délirant. 13 ans plus tard, quand on nous dit que Daesh vit du business du pétrole, c’est assez « drôle » de voir que ceux qui réfutaient toute existence du pétrole avant l’invasion américaine finissent par accepter cette information maintenant sans la questionner.

            Aujourd’hui, on s’est alignés sur la politique américaine de l’ère George W Bush quand l’Amérique cherche, timidement au passage, à s’en sortir. Sur le sujet, je ne pardonnerai jamais à Sarkozy & Hollande leur suivisme, leurs amitiés douteuses avec les pétromonarchies du golf et leur complexe de ne pas avoir fait partie de l’axe du bien lors de l’invasion américaine en 2003. Et pourquoi au final ? Pour rien de bien. Pour bombarder des peuples qui ne nous ont strictement rien fait, dont les leaders (Hussein, Khadafi, Assad, etc…) ont soit financé ou sympatisé certains de nos dirigeants, s’attiser la haine et la rancœur, interférer dans des conflits qui ne nous regardent pas et perdre nos proches dans des massacres comme ceux du 13 Novembre.

On fait quoi maintenant ?

Rien. On a vu le résultat décevant des perquisitions qui n’ont pas apporté de résultats. On a eu le droit au défilé interminables de prêcheurs de haine dont la tv raffole (Finkielkraut, Onfray, Geoffroy Lejeune, etc…). La gauche propose la déchéance de nationalité pour les Binationaux. Bravo ! Quel est le rapport ? Aucun. Comme si cela importait pour les terroristes. Comme si cela allait les retenir dans leur folie. Mais, par contre, précariser la nationalité française, par contre, ça fera augmenter le ressentiment, les tensions et compliquera le fameux « vivre ensemble » qu’on utilise pour faire complexer les plus faibles d’entre nous.

De hors sujets en hors sujets.

Premier hors sujet au lendemain des attentats : la laïcité. Je ne saisis toujours pas le rapport. Comme si la France n’était pas assez laïque, ou trop laxiste, ou trop tolérante et que si la laïcité aurait été plus appliquée (et je ne vois pas trop comment on pourrait s’y prendre), il y aurait eu moins ou pas d’attentats. Pour information, la Syrie et l’Irak, que cela nous plaise ou non, étaient dirigées par des leaders laïques. La question de la laïcité n’est juste qu’une diversion, un thème récurrent qu’on utilise pour taper sur des coupables bien désignés, des ennemis de l’intérieur. Nous ne sommes pas attaqués par manque de laïcité mais pour d’autres raisons (et je précise qu’expliquer ne justifie en rien l’attentat). Au lendemain des attaques contre Charlie Hebdo, on a eu le droit à des tables rondes sur la laïcité en présence de personnalités comme Inna Shevchenko, la leader des Femen dont le mouvement considère la laïcité comme le fait de tolérer l’intolérable (bouh la religion, c’est de la merde), dont l’expertise en la matière reste à prouver.

Deuxième hors sujet, les « minorités visibles » mais bien utilisées. Je parle ici de personnes comme Lydia Guirous ou Zineb El Rhazaoui qui, un jour, se rendront compte que leur seule utilité aura été de lire un prompteur pour servir un pouvoir qui n’a besoin d’elles que pour taper sur leurs semblables et qui s’en débarrassera une fois leur mission arrivée à terme. Si elles n’étaient pas ce qu’elles pensent avoir oublié, arabes et de culture musulmane, elles ne se seraient jamais hissées là où elles se trouvent maintenant. Ce sont des pions, des alibis, des personnes qui ne servent que pour s’éviter des accusations de racisme, mais en dehors de ça… elles sont impertinentes. Et puis, franchement, à part nous offrir des débats qui ressemblent à des combats de poules ou à des naufrages, quel est l’intérêt ? Où est la progression ? Qu’est-ce qui en ressort, à part le ridicule ?

Troisième hors sujet, la liberté d’expression. Non, je le dis et je le redis, la liberté d’expression « au sens traditionnel », n’est pas en danger. On peut être islamophobe, raciste, sexiste et s’en tirer très bien en France. On peut publier des UNES racoleuses, faire des documentaires aux sensations fortes sur nos obsessions bien françaises (voile, burqa, délinquance, excision, polygamie, etc…), être omniprésent sans craindre de s’attirer les foudres de l’état. Pire encore : la vraie liberté d’expression, celle qu’il faut défendre, c’est celle de faire des reportages qui ne soient pas censurés suite à des pressions de la part de multinationales qui veulent s’éviter des situations embarrassantes. Mais là, pas un mot de la part des plus grands défenseurs de la liberté d’expression qui l’ont résumée à taper sur l’Islam et les musulmans à coup de « oh mais on ne peut plus rien dire, de nos jours, c’est affreux ». Non, les gens, vous pouvez tout dire, tout le temps, sur tous les plateaux, dans toutes les stations de radio et le pire, dans tout ça, c’est que vous pensez incarner une espèce de résistance face au pouvoir musulman qui n’existe que dans vos fantasmes alors que penser que la parole est muselée en France est devenu une opinion quasi majoritaire. Badinter l’a dit: n’ayez pas peur d’être islamophobes!  Quant à la critique de l’Islam, sincèrement, si elle était interdite ou quasi-impossible, ça se saurait. On ne cesse de nous demander si l’Islam pouvait être critiqué et on vous le dit : allez-y ! Brûlez des drapeaux musulmans jugés salafistes (alors qu’ils ne le sont pas : reproduire la profession de foi islamique sur un drapeau n’en fait pas un drapeau salafiste, faudrait commencer à se cultiver sur la question), continuez les amalgames et le racolage. D’ailleurs, que n’a-t-on pas critiqué, dans l’Islam ? Qui ne s’y est pas donné, ne serait-ce qu’un petit peu ? Et que sont devenues les personnes qui ont critiqué l’Islam ? Ont-elles été boycottées, menacées dans leur emploi ? J’ai, quand même un message pour les modérateurs auto-proclamés de la liberté d’expression en France : du haut de votre perchoir, vous avez décidé de tout arbitrer en décidant de ce qui est raciste ou non à la place des concernés mais également de vous lancer dans un véritable lynchage de toute personne qui organise des meetings où vous n’avez pas votre place. Ca la fout mal pour les passionarias de la liberté d’expression.

Quatrième hors sujet : les mots et les réflexes haineux. Cessez de parler de Djihadisme si vous n’avez jamais lu le Coran. Cessez également de nous bassiner avec la civilisation judéo-chrétienne, ce fantasme qu’on utilise pour opposer la France « bien blanche » aux musulmans. Et puis, sincèrement, entendre parler de civilisation judéo-chrétienne dans un pays où on a persécuté des juifs il n’y a pas si longtemps que ça, relève du délire. Cessez également de prendre des airs de vierges effarouchées quand on parle de blancs, de noirs, d’arabes, etc… L’universalisme color blind, personne n’y croit plus. La preuve : on parle de déchéance de nationalité à tout le monde, y compris aux personnes racisées qui n’ont pas de double nationalité. Comme quoi les discours assimilationistes ne sont qu’une fumisterie : on sait très bien quand on a un racisé devant soit, ne nous prenez pas pour des imbéciles. Cessez également votre féminisme de circonstance, celui qui transforme les plus antiféministes en combattants de la dignité des femmes à chaque fois que l’oppression patriarcale vient de personnes « arabes ». Oui, je fais références aux viols de Cologne où certain(e)s n’ont rien trouvé d’autre à faire que de parler de choc des civilisations. Parce que des arabes violent des femmes blanches, vous sentez la terre trembler ? Vous profitez sans baisser les yeux d’un acte d’une violence ignoble pour asseoir vos théories de choc des civilisations ? Mauvaise nouvelle pour vous : le viol, malheureusement, en 2016, n’a pas attendu Cologne pour exister. On viole à Rio, New York, Casablanca, Paris, Londres, Buenos Aires, Sydney et Osaka de la même façon : en brisant une femme par la brutalité. Et dire que l’Islam est la raison de ces viols est aussi stupide et mensonger que de dire que marcher sur le sable en portant des faux cils peut entrainer le cancer des poumons. Mais, je doute que ces féministes en carton qui ont cédé à la tentation raciste (et pour le coup, vraiment complotiste !) partagent la même indignité lorsqu’elles apprennent que leurs frères « bien blancs et bien de chez elles » violent des gosses en République Centrafricaine, des femmes de ménages noires ou excellent dans le tourisme sexuel dans les pays du tiers monde. On attend toujours que vous vous désolidarisiez ! Comment ça, “nous n’avons rien à voir avec ces barbares” ? Ah, vous trouvez cette injonction ignoble ? Bravo, vous commencez à comprendre. Ou du moins, vous êtes sur le chemin. Au passage, si des violeurs qui se trouvent être musulmans « violent des occidentales au nom de l’Islam », doit-on en déduire que des violeurs qui se trouvent être fonctionnaires français ou de simples citoyens français (au sens traditionnel, comprenez « de race blanche ») violent au nom de la France et donc des français et donc en votre nom ? Vous trouvez ça bidon, bête, sans rapport ? Parfait. Comprenez notre indignité quand on engage toute une religion ou tout un pays alors qu’on agit individuellement.

Cinquième hors sujet : l’islam. Oui parce que répéter à longueur de temps « ah si, ça a tout à voir avec l’Islam » alors qu’on a rien dit sur des guerres où le christianisme a aussi été utilisé, prouve le parti prit de certaines personnes. Oui, des personnes rejoignent les rangs de l’Etat Islamique pour décapiter, tuer, massacrer. Oui, ces personnes sont musulmanes, fraichement converties pour la plupart et assez isolées dans leur islamité d’après ce qui est rapporté. Et alors ? Vous voulez vraiment entretenir la psychose ? Quand un mec viole ou tabasse une femme, au nom de sa virilité toute puissante, nous impose-t-on des débats interminables culpabilisateurs pour tous les hommes avec des non concernés ? Pour en arriver à quelle conclusion ? Et pourquoi quand, des musulmans, comme les Kurdes par exemple, mènent des combats nobles « au nom de l’Islam », on leur ôte leur islamité ? Pourquoi, quand des musulmans accueillent des persécutés, chrétiens ou non d’ailleurs, ne reconnaît-on pas le rôle positif de l’Islam pour une fois ? Pourquoi nier l’implication de l’Islam quand quelque chose de bénéfique à tous et à toutes en sort mais mettre le paquet quand ça débouche sur des attentats ? Pourquoi nous gaver de votre obsession sur le voile à chaque fois qu’une tragédie nous frappe en plein coeur ? Vous rendez vous compte que cela nourrit un ressentiment ? Que cela fait accroitre la suspicion ? Et, pour quoi, au final ? Pour rien. Inutile et blessant. Cessez également votre dernière lubie, la cause des chrétiens d’Orient, qui ne trahit que votre préférence solidaire. Vous êtes universalistes ou non…

Sixième hors sujet : les causes bidons. Parler du rôle de Starbucks ou McDo dans le terrorisme est d’une imbécillité sans nom. A croire qu’on retarde le moment où les gens iront se documenter, consulter les archives de wikileaks, revoir les débats, étudier la création de l’EI. C’est vraiment nous mépriser que de proposer ce type d’analyses. Il serait beaucoup plus intéressant de présenter la vérité sur la création de Daesh, son financement, son intérêt pour certains pays de la région mais surtout notre implication dans le conflit. Faudrait également, avec toutes les informations dont on dispose sur le conflit, qu’on pense à parler sérieusement de notre politique étrangère. Qu’on arrête un peu les danses du ventre avec l’Arabie Saoudite, qu’on veille plutôt à avoir des relations plus saines avec l’Iran, qu’on discute réellement de la Syrie et de l’Irak sans se lancer dans des débats sans rapport, qu’on réfléchisse également à une façon de ne plus faire de la politique intrusive et à laisser les peuples décider de leur destin. Et qu’on réfléchisse aux conséquences de l’Etat d’Urgence et qu’on réfléchisse à la culture de violence dans laquelle on baigne du matin au soir. Ca aussi, c’est devenu “typiquement français”…

J’étais de ceux qui étaient choqués en 2001, en 2003 et toutes les années qui ont suivi. A chaque attentat. En parlant avec mes amis du Liban, je m’estimais heureux de vivre sur une terre qui ne connaisse aucune guerre et où, malgré les difficultés du quotidien qui, hélas, sont devenues ordinaire, il était possible de vivre. De sortir sans craindre pour sa vie. De monter dans un bus ou un métro le cœur léger. Maintenant, on se demande si chaque instant n’est pas un danger potentiel.

J’ai revu les photos des personnes qui ont perdu la vie. Majoritairement jeunes. Ces turcs, français, tunisiens, syriens, irakiens, burkinabés. Ces gens-là n’ont peut être jamais soutenu la moindre intervention militaire, ont vécu dans la joie et l’insouciance alors qu’on bombardait et qu’on préparait des guerres. Ils ont payé le prix de leur vie. Alors qu’on aurait largement pu éviter cela.

En Novembre, j’écrivais que je voulais juste dormir, pour fuir la réalité et me faire incarcérer dans un rêve. Un beau rêve. Là où ils seraient tous encore en vie, une dernière fois. Aujourd’hui, avec la spirale dans laquelle nous nous sommes engouffrés, la colère que j’éprouve envers nos dirigeants et nos médias en quête de sensations fortes, je n’arrive même plus à rêver d’eux.

PS : Je n’ai jamais été Charlie et je ne le serai probablement jamais. En revanche, je suis solidaire de toutes les personnes qui ont perdu la vie ainsi que leurs proches, qu’elles soient victimes d’attentats, de guerres civiles ou de guerres maquillées comme des actes destinés à apporter de la lumière dans l’obscurité. Parce que nos morts = leurs morts = la mort de l’humanité, sans distinction.

Charlie partout, Charleston Nulle Part

Il a tué neuf noirs. Des hommes et des femmes. Croyants. Américains. Chrétiens. Dans une église. Il, c’est Dylan Roof, le tueur. Il voulait une guerre raciale, il voulait faire croire à la suprématie blanche. C’est un jeune homme d’à peine 21 ans. A une époque où les guerres ravagent toujours, où la moindre actualité en rapport avec Daesh mobilise nos ondes et nos gros titres et où les problématiques de lois relatives au terrorisme sont omniprésentes, on pensait avoir eu notre dose de sang. Sauf que là, il s’agit de sang noir qui coule de par la faute d’un blanc. Et ça change toute la donne.

Terroriste ou pas terroriste ? Vous avez quatre heures.

Et oui, car quand l’auteur d’un crime de masse n’a pas la particularité d’être soit noir, soit arabe ou carrément musulman, l’establishment a du mal à choisir ses mots. Pudiquement, on parle d’un déséquilibré, manière assez pompeuse de nous faire croire, implicitement, à un acte presque accidentel. La terreur, dans le grand imaginaire collectif, ne peut être blanche que lorsque le terroriste ressemble à la caricature du fasciste. Sauf que Dylan Roof, en apparence, n’a rien d’un skinhead mais tout d’un jeune homme blanc lambda. Tellement blanc qu’il aura le droit, comme Anders Breivik, à un procès. On juge les malades tandis qu’on abat les terroristes. La différence ? Tuer en scandant “Allahu Akbar” assure une place au premier rang des terroristes tandis que tuer “en silence” n’est qu’un geste de malade. Un terroriste, voyez-vous, c’est un produit terminé, indésirable, irrécupérable tandis que le malade, le déséquilibré, lui, a la chance d’être présenté comme étant un déviant et donc “pas tout à fait responsable”, quelque part. Et quand un tueur bénéficie d’un tel traitement, c’est parce que d’emblée on croit qu’il reste en lui quelque chose de récupérable, quelque chose d’humain et donc, de l’espoir. Vous pensiez qu’un tueur restait un tueur, peu importe ses motivations ou ses méthodes et que la vie de personnes blanches et de personnes noires étaient équivalentes ? Vous vous trompiez. Certains ont même pris le temps d’expliquer en quoi cet attentat était un acte terroriste, c’est pour vous dire. Par contre, lorsque des gens meurent sous les balles de terroristes d’obédience musulmane, le qualificatif de terroriste ne se fait pas attendre… Avez-vous entendu parler du terroriste de la Nouvelle Orléans ? J’imagine que non. Avez-vous également entendu parler de Robert Doggart, cet ex-candidat au congrès US qui prévoyait un massacre ? Là aussi, j’imagine que non. Pourquoi ? Parce que l’establishment a décidé de ne consacrer l’expression “terroriste” qu’à toute personne se réclamant de l’Islam, les autres n’étant que des êtres dérangés.

Je n’ai pas envie d’être politiquement correct. Je n’ai pas envie de vomir le traitement super favorable qui a été accordé à Dylan Roof. Ce soir, je vomis, après avoir tenté de digérer pendant une semaine, le privilège blanc qui s’applique même aux terroristes dès qu’ils ont la chance de ne pas ressembler physiquement et/ou éthniquement aux frères Kouachi ou à Mohamed Merah. L’histoire de Dylan Roof, c’est l’histoire de l’arrogance blanche meurtrière dans sa plus grande folie; c’est l’histoire des privilégiés du nord qui ne savent même plus à quel point ils sont privilégiés tellement ils sont insouciants. Ils vivent dans une société où le référentiel est blanc et où leur identité raciale ne sera jamais un frein à leur ascension dans la société mais se trouvent quand même des raisons de “passer à l’acte”. Ils souffrent, les pauvres. A tel point que la police américaine n’a rien trouvé d’autre à proposer que d’emmener le principal suspect chez Burger King… Qui osera me dire que ce n’est pas là l’expression formelle d’un traitement différencié ?

Les premières analyses parlent de tensions raciales. Les malheureux qui ont perdu leur vie en allant à l’église ne l’ont pas cherché “mais”… Les “tensions raciales”, vous comprenez ? Elles se subissent et Dylan Roof est une victime car il les a subies, le pauvre! Encore une belle façon d’ôter des responsabilités à un meurtrier. Du white washing de base. Implicitement, parler de tensions donne l’impression d’un acte qui n’était qu’inévitable, presque fatal.

Dylan Roof n’était pas un déséquilibré ou un de ces hommes qui souffrent en silence et finissent par craquer. Franchement, dans une Amérique où les blancs et les noirs ne sont pas du tout sur un pied d’égalité réelle et où la violence s’exprime surtout envers les populations racisées, où la police peut tuer des noirs sans jamais être inquiétée, qui peut encore croire aux délires de persécutions d’un mâle blanc de 21 ans ? Mais non, les éditocrates ne veulent pas dire de lui que c’était un terroriste. Sans doute parce qu’on est loin du barbu de banlieue financé par Al Qaeda. Peut être qu’écrire un manifeste plutôt que de se baser sur des écrits religieux trafiqués fait toute la différence… Attendons que les spécialistes se penchent sur la question vu qu’il faille apparemment que l’on se pose la question de savoir s’il s’agit d’un attentat alors que dans d’autres situations, le qualificatif d’attentat ne demande pas autant de réflexion.

L’après Charleston qui n’en fait pas des tonnes…

Contrairement aux attentats contre Charlie Hebdo, les attentats de Charleston n’auront pas bénéficié de débats publics ou politiques. Lorsque des fondamentalistes tuent, on a le droit aux débats sans rapport sur l’intégration, l’assimilation, le communautarisme, la laïcité. Quand un blanc tue, point de débat. On parle vaguement du port d’armes aux USA. Sacré veine pour le “peuple d’en haut”. On concède à demi mot que Dylan Roof soit un terroriste mais sans réflexion sur l’incidence de cet acte sur le monde et le sacro saint “vivre ensemble”. On ne somme aucune bonne âme blanche de se désolidariser du “forcené” juste parce que c’est également une âme blanche. Je repense à Valérie Toranian, qui, dans son édito de la Revue des Deux Mondes et suite aux attentats de Janvier déclarait, que le lien entre les terroristes et l’islam était “réel puisque le réel a bien eu lieu et qu’il s’agit d’actes commis, certes par des fanatiques, mais en invoquant le nom d’Allah”. J’ai un minuscule sourire amusé. J’ai envie de demander à ces bonnes âmes qui en Janvier ne voulaient pas, disent-elles, amalgamer musulmans et terroristes tout en revendiquant une filiation entre les deux, si, à leur tour, elles apprécieraient qu’on n’amalgame pas blancs et terroristes tout en revendiquant un rapport entre les deux. “Je ne te rend pas coupable mais un peu quand même”. J’ai envie aussi, histoire d’inverser les rôles pour ces élites blanches tant habituées à décider pour “les autres” sans les consulter et pour bien les dominer, de vous dire combien vous n’avez rien à voir avec cet attentat tout en vous mettant mal à l’aise en vous plaçant vous et votre identité au centre de toutes les discussions politiques. Toujours dans cette veine, j’ai envie de faire de l’anecdote la plus banale une vérité des plus générales, de parler de vous comme d’un groupe monolithique linéaire et menaçant, de consacrer des articles et des livres à votre intégration foirée, à votre communautarisme “meurtrier”, à vos écoles, à votre façon de voir la vie, bref, vous dire combien vous “n’avez rien à voir avec ça” tout en vous lynchant publiquement, quitte à faire appel à des équivalents blancs imaginaires de Chalghoumi ou Lydia Guirous, en vous vomissant à la face des injonctions du type “Intègre toi” et “vive la liberté”! Toujours pour inverser les rôles et vous accabler alors que vous n’y êtes pour rien, j’ai envie de faire des liens entre l’absence cruelle des blancs dans la dénonciation d’une fumisterie comme Exhibit B, d’y voir là toute l’essence du problème noir/ blanc, voir du choc des civilisations. Et quand ça commencera à retomber un petit peu, j’en rajouterai une couche avec la couverture d’un mensuel bien connu en titrant “ces complices de la négrophobie” où je lyncherai ceux qui ne crient pas assez fort qu’ils n’ont rien à voir avec Dylan Roof. Bref, je ferai tout ce qui a été fait contre les musulmans ces derniers temps suite aux attentats de Janvier mais en prenant cette fois pour cible les blancs, sans jamais leur donner la parole. Entre temps, de nombreux actes de vandalisme et de violence cibleront les blancs sans que jamais les médias ne s’y intéressent. On criera mais personne n’entendra. Alors, vous comprenez maintenant? Vous comprenez la douleur de ceux que l’on identifie à travers ce que 2 terroristes font et à qui on demande de se désolidariser comme si, d’emblée, ils étaient tous solidaires et tous unis avec les terroristes juste parce qu’ils ont la même religion ? Non, vous ne comprendrez jamais car vous ne connaitrez jamais la honte même quand le débat prouve votre inégalité de traitement et votre incapacité à voir la barbarie ailleurs que chez les musulmans.

Où est Charlie ? Et Marianne ?

Pas d’unité nationale pour Charleston. On est sans doute occupés à vouloir noyer le scandale des écoutes de la NSA ou des loisirs du premier ministre payés par le contribuable. Marcher en mémoire à des dessinateurs qui pratiquaient un humour pas toujours bien compris en la présence de chefs d’états aux politiques liberticides qui brillent dans l’art de passer pour des démocrates, c’est bien. Ca fait vendre du papier et des images. Ca occupe une bonne demie page dans les manuels scolaires. Ca en dit long sur ce peuple de France uni contre un ennemi flou, jamais réellement identifié. Les morts de Charleston n’étaient sans doute que des anonymes qui n’ont pas “marqué l’histoire”. Déjà qu’ils étaient noirs! Ca ne fait pas assez rêver. Ca n’émeut pas assez. La priorité, pour les Charlie, en ce moment, pour ceux qui chantaient la marseillaise et vibraient pour l’union nationale, c’est de se planquer. Leur discours a crée un esprit du 11 janvier qui s’est évaporé. La solidarité et la fraternité, l’espace d’un rassemblement, tant que ça n’implique rien d’autre que de crier son droit à la caricature sans jamais envisager d’autres perspectives sur la question, c’est bien sur le moment. Quand il s’agit d’être réellement solidaires et fraternels, à commencer avec les migrants qui, grande surprise, sont majoritairement noirs, plus personne. A croire que les meurtres et les souffrances noires ne déplacent pas des foules et ne mobilisent pas autant car “on” ne s’y reconnaîtrait pas. Ca ne parle pas. Comme pour les meurtres de Chapel Hill. Une fois de plus, l’universalisme s’arrête aux portes de Paris. Pourtant, qu’est-ce que j’aurai aimé voir des hommes politiques comme Netanyahu, défiler en soutien à ces noir-e-s mort-e-s alors que les noirs israéliens vivent actuellement une situation de dominés très comparable à ce que les noirs aux USA ont connu il y a encore quelques décennies! Un autre bal de l’hypocrisie, c’est jamais un divertissement de trop. J’attends l’analyse des plus grands experts auto-proclamés de la liberté d’expression sur ce sujet mais aussi leur avis sur le drapeau confédéré… puisque ces gens se permettent tout!

On évite aussi soigneusement toute comparaison avec la France. On s’autorise à parler de race, de noirs et de blancs aux USA sans se ménager alors qu’un tel champ lexical fait hérisser les poils de nos élites qui elles, pensant être bienveillantes, déclarent toujours “ne jamais voir de couleur”. Degré zéro de la réflexion anti-raciste mais 100% républicaine. On n’aime pas ces mots là. Sauf que utiliser les bons mots, ça serait reconnaitre un problème plutôt que de perdre son temps dans des débats qui ne vont convaincre personne. On pourrait saisir de tels évènements pour bâtir une véritable refonte de société. On pourrait étudier le rapport entre des images collectives qui ciblent les minorités et leur place dans la société. On pourrait également cesser d’avoir recours à des exemples de parcours ” de réussite” pour neutraliser les “échecs” de leurs semblables aussi. Mais non… Ce n’est certainement pas assez vendeur.

Depuis cette attaque et le drame tunisien de cette fin de semaine, je ne cesse de penser à Noam Chomsky et une phrase qui est, hélas, toujours d’actualité : “On ne combat pas le terrorisme avec des armes. On le prive de ce qui le nourrit : la misère, l’injustice, l’arrogance des puissants.” Mais ça, ce n’est malheureusement pas au programme. Pleurons les morts et les inégalités de traitement lorsque la mort frappe les plus faibles. C’est tout ce qui nous reste à faire.

Lydia Guirous : Nouvelle PomPom Girl de l’Islamophobie décomplexée ?

Au rayon des nouvelles venues opportunistes à tendance caution « beur », je vous présente Lydia Guirous ! Quoi ? Vous ne connaissez pas la toute dernière coqueluche de l’UMP ? Vous devriez, pour commencer, la suivre sur Twitter, puis lire ses différentes interviews qui foisonnent actuellement. Hélas, avec un tel patronyme et un tel faciès, cette personne n’est utile à l’UMP que dans le rôle de l’arabe du moment, une espèce de relève à Rachida Dati pour parler des seuls thèmes qu’une personne de sa catégorie semble avoir le droit d’aborder, à savoir tout ce qui a à voir, de loin ou de près, avec l’Islam, de préférence sous le spectre de l’islamisation rampante, du communautariste islamiste, du halal généralisé et autres faits présentés à la France contemporaine comme étant les causes principales des maux de notre époque. Oui, je sais : ça pue l’arnaque et le plan B mais “ils” veulent qu’on y croit, alors, allons-y et croyons.

guirDonc après NPNS, voici Lydia Guirous. Difficile de ne pas voir de rapport entre un mouvement qui a contribué à racialiser la question du sexisme dit “de banlieue” et les premiers pas de cette figure du militantisme islamophobe beauf tant le concept est similaire : on va prendre une maghrébine un minimum instruite” (comprenez par là “une arabe qui ne fait pas trop caillera et qui a un brushing soigné”), qui adore la France à en crever et surtout qui est tellement consciente de sa chance qu’elle défend sa patrie comme une VRAIE française bien de chez nous ; à l’UMP, Lydia Guirous occupe le poste de secrétaire nationale en charge des valeurs de la République et de la laïcité parce que à Droite, on a comprit que la politique qui touche à ce qui n’est pas “issu du corps traditionnel français”, c’est pour les arabes et des noirs. On ne laisse pas aux arabes et noirs le soin de s’occuper de l’économie ou de la culture : les personnes racisées sont utilisées pour des “trucs de racisés”. Le concept n’a rien de nouveau pour le citoyen averti: les noms de Fadela Amara, Safia Lebdi, Loubna Méliane et autres figures d’origine maghrébines propulsées dans des groupes qui émanent du pouvoir doivent vous dire quelque chose…

Lydia Guirous est ce que la République aime considérer comme un pur produit de l’intégration réussie, garanti 0% islam, 100% « laïcité » de combat et d’exclusion. Admirez : elle est née en Kabylie, arrivée en France à 6 ans, a réussi ses études avant de se retrouver promue chez l’UMP comme nouvelle pompom girl de l’islamophobie d’état. L’exclusion des lycéennes portant le voile ou une robe longue ? Elle est pour, car c’est une provocation. Même son de cloche pour les mamans voilées accompagnant les enfants lors des sorties scolaires, les repas de substitution dans les cantines et l’invisibilité de l’islam dans sa “République”. Par contre, elle ne mettra pas sur le même plan le catholicisme, puisqu’elle considère qu’il a une histoire riche de 2000 ans en France, ce qui est faux, comme une certaine… Marine Le Pen. La laïcité qui ne traite pas toutes les religions à égalité ? Fallait l’inventer. Enfin, tout cela devrait être normal selon elle, au nom du “vivre ensemble”, le nouveau slogan de ceux et celles qui vivent surtout “entre eux”, non pas parce qu’ils sont réunies autour de valeurs fédératrices universelles mais entre privilégiés à des niveaux différents mais à l’intérieur d’une même caste. A écouter Lydia Guirous, tout va bien en France pour tout le monde  à condition de “travailler”. Donc échec = pas travaillé. En aucun cas, Lydia Guirous ne mentionne le fait qu’on ne puisse pas réussir même en ayant travaillé car elle se veut comme preuve vivante de la réussite; Elle y est arrivée ? Vous devez donc y arriver, c’est aussi simple que ça pour elle. Faute d’avoir des arguments, Lydia Guirous a systématiquement recours à des anecdotes personnelles pour expliquer comment s’en sortir… comme si chaque personne était identique, qu’il n’y avait que le travail qui pouvait permettre de s’élever socialement et niant qu’il existe dans notre société une longue liste d’obstacles qui varient d’une personne à l’autre. Rien de bien nouveau pour la Droite décomplexée et son discours moraliste, qui ignore la réalité des mécanismes d’exclusion, du rejet et de la marginalisation. Et avec une maghrébine comme porte parole de ce discours, la voix des principaux marginalisés est invalidée puisqu’on l’a devant vous, cette preuve que le travail paie toujours ! Et comme si cela ne suffisait pas, il faut que Mme Guirous publie un livre pour valider son parcours et s’acheter une crédibilité dans le paysage médiatico-politique. Bon, je dois avouer que n’ayant pas d’insomnies, je n’ai pas eu à lire son pavé dans son intégralité mais le peu qui en ressort est à l’image de son auteure : narcissique, manichéen et niais. Ca s’appelle « Allah est grand et La République aussi ». Un titre bidon  met en concurrence l’Islam et la République sur un mode du  « ok, vous pouvez croire mais à condition de respecter les lois de la tout aussi divine République, quand même !» pour un ouvrage à l’argumentation faible sensé sceller « l’engagement pour la France » de son auteure. Pour une femme qui se dit féministe et qui donc, par définition, sait combien une catégorie d’individus doit lutter contre les stéréotypes et les amalgames pour conquérir sa liberté et sa dignité, Lydia Guirous excelle dans la contradiction en produisant à son tour une série d’amalgames qui contribuent à renforcer l’ambiance “péril islamique français” de son livre. Par ailleurs, faute grave de l’auteure : aucune “solution” concrète et/ ou un minimum subversive n’est apportée pour résoudre les problèmes dont elle parle sans même évoquer leurs origines… Faut de temps, sans doute. Par contre, pour ceux qui sont à la recherche de déclarations d’amour à la France, de séances de self adoration, lisez son livre : l’auteure ne manque pas une occasion d’étaler son “jeune” parcours comme s’il avait quelque chose d’extraordinaire, tout en criant son amour de cette République toujours généreuse et fondamentalement égalitaire qui aurait abdiqué face aux musulmans qui sont tous apprentis intégristes ou déjà intégristes… Lydia Guirous ne manque pas une occasion de se présenter en victime qui s’est sacrifiée, en usant et en abusant des termes à la mode qu’elle oppose entre eux (communautarisme / vivre ensemble, islam / laïcité, ect…) mais en veillant à se présenter toujours comme étant LA résistante. Yamina Benguigui pourrait en faire un film !

J’attends que Mme Guirous, qui, comme d’autres qui l’ont précédée dans le rôle de la Zoubida de Droite, nous explique réellement en quoi ses dires et ses prises de position vont contrer le grand méchant FN ? En quoi amalgamer, mentir, rabaisser et stigmatiser permet de ne pas faire le jeu du FN et « faire avancer les choses » ? En quoi se la jouer « plus française » que la « française », à détourner volontairement le sens des propos de ses adversaires politiques en leur faisant dire ce qu’ils n’ont jamais dit, donne envie à un seul musulman ou une seule musulmane, fussent- ils « modérés », l’envie de la soutenir dans sa lutte ? Lydia, ça fait quoi de devenir la mascotte de revues comme Valeurs Actuelles, Causeur et Dreuz ou de sites comme Riposte Laïque? Ca fait quoi d’avoir, dans ses soutiens les plus fervents, des magazines qui ne cachent rien de leur soutien aux interventions militaires colonialistes au moyen orient, leur homophobie et leur antisémitisme ? Ca fait quoi de n’exister politiquement qu’à travers une critique de la gauche et de son “laxisme” et de n’être instrumentalisée que pour ça ? Je ne m’adresse même pas à la « musulmane » ou à la maghrébine d’origine mais je parle à celle n’a que les termes “république », de méritocratie, de justice et d’égalité à la bouche veut contribuer à “améliorer la situation” et je demande : ça fait quoi d’être uniquement invitée dans les médias comme figure politique de la Droite pour parler de la problématique quartiers / islam / intégrisme et complètement mise de côté pour parler d’économie, d’éducation, de fiscalité ou d’entreprenariat ? Ca va, la conscience, pas trop l’impression de servir les dominants pour mieux écraser les dominés qui eux, ne peuvent parler, que s’ils adoptent une posture d’assimilé blanchi dans le reni de ses origines ?

Ce qui est succulent avec les pompom girls de l’islamophobie comme Lydia Guirous, c’est de lire sur leur visage et au son de leur voix leur douleur quand l’autorité blanche “bien française” leur rappelle qu’elles ne sont pas “comme eux”. C’était le cas lors de son passage sur TV5, lorsque Patrick Simonin l’a présentée comme une « jeune immigrée Kabyle arrivée en France avec un rêve français », ce à quoi l’intéressée a immédiatement répondu « je suis Française! », avec la réactivité qui trahissait sa gêne. Parce que le rêve français dont Lydia Guerous parle sans jamais réellement le définir, c’est ça : être française “sans commentaire”. Mais, très chère Lydia, vous souffrez et vous avez beau couvrir la “République” d’amour et de déclarations passionnées, elle, par le biais d’un journaliste lambda vous renvoie à votre case et à votre caste l’air de dire “vous êtes quand même bien différente”, histoire de vous humilier dans une justification à laquelle vous répondez spontanément comme pour vous prouver à vous même votre francité qui est refusée par ceux qui, en dépit de vos “efforts” et de vos engagement vous voient encore comme une Kabyle… Et là, on a juste envie de demander à Lydia Guirous si “travailler”, comme elle le prétend, ça contribue à ce que des journalistes s’adressent à elle sans avoir à lui renvoyer ses origines en pleine face et en la présentant comme une immigrée, fraîchement débarquée. Comme quoi, ça ne sert à rien de taper tant sur ses semblables qui “fautent” en s’affichant en hijab, babouches et djellabah, mangent halal, ect… Plus tard, Lydia Guirous a été interrogée sur le débat autour de l’interdiction du voile à l’université (quand je vous dis qu’elle n’est “bonne qu’à ça”…) et a eu l’occasion de prendre sa petite revanche lorsqu’elle a  déclaré « Quand je vais en Algérie, je quitte ma mini jupe, les étrangers doivent quitter le voile à l’université ». Waw ! Les femmes voilées sont donc des étrangères ? Un voile est porteur d’une nationalité ? Vous avez le même discours sur la couleur de peau et de cheveux ou ça s’arrête avant ? Du coup, vous, par votre faciès, accepteriez-vous que l’on vous catalogue “étrangère” en niant votre francité comme vous vous le permettez avec les femmes voilées ? Cela peut paraitre secondaire mais cet amalgame là montre à quel point Lydia Guirous a intériorisé l’amalgame nauséabond largement répandu qui veut que la francité soit quelque chose qui “se voit” sur une personne. Et ça sort de la bouche d’une femme qui a été présentée comme une immigrée et qui est loin de représenter physiquement l’image que l’on se fait de la Française “typique”…

Je suis à peu près tout les médias dans lesquels cette femme peut s’exprimer. Non pas par pur sadisme mais parce que, comme c’était le cas avec Benjamin Lancar, j’aime assister aux séances de tapinage médiatique où l’apprenti-e UMPien-ne se veut plus UMP que l’UMP et dans le cas de Lydia Guirous, plus français que le français au point de décider du haut de sa “grandeur” qui est républicain, laïque ou juste bon à se faire virer. Je ne peux m’empêcher d’imaginer les cadres blancs de son parti se frotter les mains en la voyant intervenir et en se disant “elle parle bien, t’as vu, elle est bien!” parce qu’elle sert avec brio les idées de l’UMP. Regardez chacune de ses interventions : elle agit en porte parole de l’UMP sur des thématiques délicates mais qui, dans la bouche d’une arabe, ne peuvent être taxées de racisme. Son passage le plus remarqué est évidemment chez Taddei sur France 3, où à court d’argument, elle a confessé, grosso modo, que l’égalité homme – femme était une utopie (!), mais où elle a également révélé sa méthode; pour exister, il suffit de donner dans le « moi je », signe de son égocentricité et son carriérisme, mais aussi de faire des raccourcis ridicules (critique d’une situation d’une France = “vous savez, être français c’est pas une insulte, c’est pas un gros mot”) pour mieux se placer en détentrice de la vérité, quitte à nier les réalités sociales. A l’écouter, pas d’islamophobie ni de racisme en France. Les attaques contre les mosquées et les agressions, ça ne compte pas ? Ou alors c’est mérité étant donné le contexte de fondamentalisme largement relayé par les médias, donc ça n’a aucune valeur à ses yeux ? On dirait… Et nier ne fait qu’empirer les choses. Car dire qu’il n’y a pas d’islamophobie juste parce qu’on ne l’a pas vécue personnellement, c’est à peu près aussi immonde que ces personnes qui balaient de la main l’existence de l’insulte raciste ou sexiste parce qu’ils ne l’ont pas vécue.

Je ne vais même pas m’eterniser sur les concepts bidons dont parle Guirous, comme le fameux “complexe du colonisé” qui expliquerait que la France aurait capitulé face aux musulmans qui sont tous des salafistes en puissance… Ni même commenter les anecdotes personnelles destinées à lui garantir un statut de victime, tant chéri par des gens comme Valérie Toranian qui adorent les musulmanes opprimées ou ex-musulmanes survivantes de l’islam des cités devenues émancipées grâce à la laïcité salvatrice et tout le tralala… Non. Je ne vais pas m’étendre non plus sur l’arnaque de la lutte contre le grand méchant communautarisme qui n’intéresse Lydia Guirous et sa caste que lorsqu’il est noir, pauvre, rom, arabe et/ou musulman mais qui ne choque pas la soit disant républicaine qu’elle est lorsqu’il est question du communautarisme de l’assemblée nationale ou des élites. Je ne vais pas m’étendre sur les mythiques revendications religieuses – toujours présentées comme émanant de musulmans sans même la moindre preuve – qui n’intéressent pas Lydia Guirous quand il est question de dénoncer la pression de mouvements chrétiens sur les questions relatives aux droits LGBT ou même, j’ose le dire, les revendications clairement assumées du CRIF qui pèsent énormément sur notre soutien inconditionnel à Israël. Je ne vais pas m’étendre non plus sur l’ignorance de Lydia Guirous qui s’interroge naïvement sur les restaurants japonais halal comme si aujourd’hui, en France, le débat portait sur la religiosité ou non de la nourriture au lieu du fait que certaines personnes ont encore du mal à se nourrir aujourd’hui et en France.

Je vais laisser Lydia Guirous se crasher en politique comme ses précédentes. Jouer les pompom girls islamophobes, au bout d’un moment, ça doit épuiser, surtout que ce genre de ressources, ça lasse vite ! Fadela Amara doit surement être pleine de conseils à ce sujet. Laissons là dans ce long moment d’égarement où la fiction l’a emporté sur la réalité, où la caricature est devenue une réalité mais attention… plus dure sera la chute ! Et oui, car, tant qu’on sert les intérêts de quelqu’un et qu’on joue les sténos avec brio, tout va bien, mais le jour où on veut faire péter le plafond de verre et défendre ses propres idées qui sont pas tout le temps celles de la majorité de son groupe, on finit par se faire taper sur les doigts! Je ne regrette qu’une seule chose : ne pas être une souris pour voir comment la pompom girl réagit lorsqu’elle entend Lagarde dire que l’ex roi d’Arabie Saoudite était un féministe discret, ou quand Brice Hortefeux balance une blague bien lourde sur les arabes ou même quand Laurent Wauquiez encourage les maires à violer la loi en refusant de marier des couples homosexuels au nom de cette même vision fantasme et obsolète de la République. Dans ces moments-là, Lydia Guirous, vous croyez qu’elle se révolte, monte sur ses grands chevaux “républicains” et laisse exploser son désaccord ou vous croyez qu’elle se contente juste de sourire bêtement sans trop la ramener pour ne pas risquer sa place ? Je vous laisse imaginer…

PS : Quand on partage les mêmes idées que le FN qu’on prétend combattre, qu’on est islamomaniaque et qu’on publie un livre qui reçoit les louanges d’un site comme Riposte Laïque, on sait de quel côté on se trouve. Et on se dit surtout qu’on a les soutiens qu’on mérite…