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Vous trouvez ça tiré par les cheveux ? Pas moi….

Good hair means curls and waves
Bad hair means you look like a slave
At the turn of the century
Its time for us to redefine who we be
You can shave it off
Like a South African beauty
Or get in on lock
Like Bob Marley
You can rock it straight
Like Oprah Winfrey
If its not what’s on your head
Its what’s underneath and say HEY….

 

Vous êtes noir(e) ? Mauvaise nouvelle : vos cheveux appartiennent à l’establishment. Par conséquent, vous devez accepter sans rechigner toutes les blagues lourdes, racistes et déjà entendues des centaines de fois sur vos cheveux qui sont devenus la dernière composante de votre identité que certaines personnes, qu’on imagine généralement non noires et dominantes, utilisent encore pour vous rabaisser.

Petit rappel socio culturel des faits : nos frères mais surtout nos soeurs noir-e-s, parce que lassé-e-s que la parole leur soit systématiquement confisquée, ont décidé de faire péter le plafond de verre pour investir la scène, être visibles et mener leurs propres combats sans avoir à quémander la permission d’une quelconque autorité. Je ne vais pas m’étendre sur l’histoire colonialiste française, la domination d’un nord majoritairement blanc sur un sud majoritairement noir, le chantage presque systématique sur les pays du sud, la Méditerranée qui s’est transformée en cimetière pour des migrants sans soulever la moindre indignation, etc… Je ne vais pas m’étendre non plus sur les dernières polémiques soulevées par des torchons qui ridiculisent la coupe “afro”, cherchant à comparer le mépris de la coupe afro avec le fait de mépriser des chauves (ne cherchez pas le rapport, il n’y en a pas)… Non. Ce qui est interessant, c’est de décortiquer ce qui met mal à l’aise dans ce mouvement afro qui est avant tout visible à travers la chevelure.

Premièrement, il ne faut pas se mentir : en France, on a un référentiel blanc, qu’on veut et qu’on envisage comme immuable, inébranlable qu’il faut préserver car c’est LE modèle. On a beau nous dire que la “République” reconnait tous ses “enfants”, elle a quand même du mal à reconnaitre ceux qui ne sont pas blancs, au point de les qualifier de “venant de la diversité” au lieu de juste les reconnaitre et leur garantir l’égalité des chances dans tous les domaines. En parlant de “diversité”, on crée une seconde catégorie, pour “ceux qui ne rentrent pas dans le moule” parce qu’ils ne sont pas blancs. Ce terme de diversité est à la fois parfait pour compartimenter la société mais également pour dire aux personnes blanches qu’elles n’ont pas à s’inquiéter de voir toutes ces personnes qui ne leur ressemblent pas être aussi considérées comme françaises vu qu’elles seront toujours françaises “mais de la diversité…”. Si nous étions naïfs, on pourrait s’en féliciter, en considérant que la mention “diversité” est une valeur ajouté, une espèce de bonus sauf que dans la réalité des choses, “français issu de la diversité”, ça veut dire “français contrefait” en opposition à un français blanc, non issu de la diversité et donc produit “pur”. Bien entendu, cela n’est en rien mon opinion mais l’opinion qui découle du “faux débat” qui n’a pas encore lieu car le problème n’est pas encore sur la table. Il va sans doute falloir attendre que nos politiques se lassent de leur obsession pour le voile et la jupe longue avant de passer à la couleur de peau…

Aujourd’hui, il est presque largement admis que se moquer de la couleur d’une personne est raciste. Du bobo d’extrême gauche à la députée de droite, on sait très bien que dire du mal de la couleur, c’est mal. Sauf que, lorsque vous êtes noir, que vous soyez originaire des DOM-TOM ou d’Afrique, la République, elle, sans vous le dire, veut votre intégration et, si la couleur de peau ne peut être changée, vos cheveux, eux, appartiennent à la société qui a le droit de vous offenser car elle, dans sa grande prétention, ne comprend pas que les blagues vaseuses sur les cheveux des noir-e-s puissent faire énormément de mal. Ce n’est pas explicitement dit mais sachez que vous devez les lisser pour coller au mieux au “référentiel”, abandonner toute trace d’identité qui rappelle trop “ce qui n’est pas français”, ce qui implique d’abandonner le naturel, les nattes, les perles, ect… Vous trouvez que j’exagère ? Jetez un coup d’oeil aux figures médiatiques en France qui ont, le “malheur” d’être des femmes noires : ce sont majoritairement des visages aux cheveux parfaitement défrisés pour “rentrer dans le moule”. Maintenant, imaginez une jeune femme noire grandissant en France : elle va subir les diktats que toutes les femmes de sa génération subissent en même temps (minceur, chasse à la cellulite et aux vergetures, injonction à la grosse poitrine, etc…) MAIS avec une fixation sur sa chevelure que la société ridiculise, présente comme étant “sauvage”, etc… Ces jeunes femmes peuvent grandir avec la haine de leur naturel, qu’elles vont chercher à estomper au maximum pour rentrer dans le moule de la beauté qui lui, qu’on le veuille ou non, est lié au moule raciste qui promeut le type de cheveux lisse au détriment du cheveu des femmes noires qu’on compare à un dessous de bras sans même se rétracter quand les premières concernées font part de leur douleur. Sans être extrémiste, avec ce type de mentalité, on va bientôt en arriver à considérer les cheveux frisés, crépus ou bouclés comme étant déviant, rebelles et incompatibles avec la République, pendant qu’on y est !

Ce que cache ce mépris, c’est une grande rancoeur. Car, femmes noires, vous le savez, en acceptant votre naturel, on vous en veut. On vous en veut car vous résistez. On vous en veut car vous refusez la domination d’une norme sur l’autre. On vous en veut car vous ajoutez une nuance à l’arc en ciel de normes et cela, on en veut pas. Pourquoi ? Car la noire, dans le grand inconscient de l’homme blanc, doit être encore domptée comme un animal. Regardez comment Grazia (décidément encore un magasine tenu par des intellectuel-le-s) parle des Afroféministes : comme des personnes qui sortent “du bois” pour “envahir” twitter. Je crois qu’il n’est pas exagéré de voir ici la déshumanisation de femmes noires qui luttent car transformées en animaux et jugées “envahissantes”… C’est là la preuve que même lorsque vous mettez en lutte, l’establishment blanc trouve toujours le moyen, à coup d’expressions crapuleuses de vous rappelez à votre “catégorie”.

Difficile pour les esprits de l’establishment de ne pas voir de rébellion dans la coupe Afro. Comme pour le voile, vous êtes un rappel historique qui fait mal. La coupe Afro, ce sont les populations du Kenya qui l’ont porté en premier avec fierté en résistance à l’occupant Italien, ce sont les activistes aux USA, bref, ce sont tous les damnés de la terre qui ont refusé, se sont rebellés et ont résisté. La coupe Afro, pour “les gens d’en face”, c’est un naturel qui semble crier “j’ai une histoire” et pas celle qui plait. Et forcément, tout ça, pour un esprit qui ne s’est pas tout à fait affranchi d’une mentalité coloniale, c’est insupportable, c’est vécu comme une agression, alors que c’est la simple expression de sa propre identité qu’on se réapproprie. Mais tout ça, désolé de décevoir, mais c’est dans la tête des blancs que ça se passe. Une jeune femme qui porte ses cheveux au naturel, croyez-vous sincèrement qu’elle considère ça comme un geste automatiquement politique, avec une portée forcément symbolique ? Vous y voyez toujours une provocation ? Et une provocation par rapport à quoi et à qui ? Dans quel but ? Que faut-il faire pour porter sa coupe afro de façon respectable ? La teindre en bleu, blanc et rouge ? Alors total respect et totale solidarité aux afros qui sont nappy, qui se refusent à suivre des diktats décidés par d’autres et contre elles, qui ont leur propre histoire et veulent tracer leur propre destinée.

Je terminerai en disant que même si je ne suis qu’en “partie” noir, ce problème fait partie de “mes problèmes”. J’ai grandi avec des amies et des membres de ma famille qui ont intériorisé toutes ces injonctions à être “normales”, qui n’ont pas vécu une semaine dans leur vie sans qu’on leur demande de toucher leurs cheveux, qui n’ont jamais trouvé leur bonheur en parfumerie, qui ont connu l’enfer des produits chimiques qui ont failli les brûler et qui se sont prit des remarques sur la couleur de leur peau mais qui, sous prétexte d’humour, ne seraient pas des remarques racistes et blessantes. Si vous ne comprenez (toujours) pas, regardez et rencontrez. La liste de blogs est longue, il y a une véritable pile de ressources disponibles en libre accès sur internet, ce qui est une véritable mine d’infos pour quiconque à envie de comprendre cette problématique… en leur présence, de préférence, pas entre non concerné-e-s. Et à nos soeurs qui luttent… luttez, mesdames !

PS : J’en profite pour préciser à SOS RACISME et toutes les organisation satellites du PS et donc pro-establishment que personne n’a demandé leur aval ou leur soutien donc inutile de venir faire un coup chez les Afrofeministes, je pense qu’elles refuseront toujours d’adhérer à une association qui ne fait que suivre des ordres qui lui ont été donné par un dominant qui veut encore plus dominer les dominé-e-s et dont l’intérêt reste encore dans le flou.

PS 2: Je précise aussi que je ne porte aucun jugement pour celles qui ont décidé de ne pas porter de coupe afro ou de nattes. J’ai grandi en admirant des noir-e-s très différents, de Will Smith à Angela Basset, en passant par Morgan Freeman, Janet Jackson, Naomi Campbell, India Arie, Angela Davis, Jada Pinkett, Alice Walker, Tyra Banks, Janet Mock, etc… Je ne dis pas ça pour la “Black Touch”, pour avoir des “black credentials” ou montrer combien je suis cool avec mes idoles noires mais pour vous montrer que ces modèles sont, dans leur écrasante majorité, des noirs qui ne sont pas issus de la production artistique et/ou médiatique et/ ou intellectuelle française qui est, là encore, en retard.