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Féminisme blanc : le mépris de Lou Doillon

Ca a commencé par une entrevue accordée par la chanteuse vaguement célèbre Lou Doillon au quotidien espagnol El Pais dans laquelle la fille de sa mère s’est exprimée sur le féminisme et ses nouvelles icônes (Beyoncé, Nicki Minaj, etc…).  A une époque où les actrices semblent plus capter l’attention par leur capacité à récupérer leur silhouette de rêve – diktat de la minceur oblige – quelques semaines après la naissance de leur enfant, savoir qu’une comédienne a une opinion pertinente sur le féminisme pourrait sembler rafraichissant. Sauf que dans ses propos, Lou Doillon prouve à quel point le mépris des les femmes blanches vis à vis des femmes noires est flagrant.

Féminisme blanc: Entre culpabilisations et injonctions

Lou Doillon : Chanteuse méconnue

Lou Doillon : Chanteuse méconnue

Avant de s’en prendre directement à Beyoncé et à Nicki Minaj, Lou Doillon se gargarise en se vantant de faire partie de la première génération de femmes en mesure « de jeter un mec à la rue, de dispo­ser de son propre salaire, d’avoir une maison à son nom et de pouvoir élever seule son fils ». Ok, donc ça, c’était le passage “je fais la promo de ma réussite, regardez combien j’ai cartonné”, presque incontournable dans la vie de toute artiste dont le talent et le succès restent à prouver car quand on est jamais félicitée, autant se féliciter soit même. Ca va les chevilles ? Les femmes qui subissent des violences conjugales et qui ne jettent pas leur mec à la rue, sans disposer d’un salaire, tout en élevant leur gosse dans une maison à leur nom ont de quoi complexer. Elles avaient qu’à faire comme Lou Doillon, bon sang! venant de la part d’une bourgeoise qui ne doit ses réussites qu’à son entourage familial, cette déclaration fait sourire. Belle essentialisation. Passons. « Quand je vois Nicki Minaj et Kim Kardashian, je suis scan­da­li­séeJe me dis que ma grand-mère s’est battue pour autre chose que le droit de porter un string. » Sapristi ! Quelqu’un a osé trahir le combat de nos aînées! Bien que j’ignore tout des “combats” d’une nunuche en chef comme Kim Kardashian, il ne me semble pas que Nicki Minaj se soit présentée comme militante pour le port du string. Par contre, sans trop m’avancer, je peux dire que la génération de femmes “qui se sont battues” et dont doit faire partie la grand mère de Lou Doillon, sont surtout des femmes qui se sont battues pour “avoir le choix”. A moins qu’une chanteuse blanche inconnue au rayon des féministes pense avoir le droit de juger les choix des unes et des autres ? Prochaine étape : distribution de bons points féministes par le juge Doillon ?! Notez bien que pour une féministe blanche, lorsqu’on “sort du rang”, c’est toujours considéré comme une trahison à une lutte mais quand elles font des choix “traditionnellement patriarcaux” comme devenir mère ou se marier, ce sont toujours des libertés individuelles fondamentales.

Mais Lou Doillon ne s’arrête pas là. D’après elle, des chanteuses comme Béyoncé trahissent le féminisme dans la mesure où “comme les garçons ne nous frappent plus le cul, on le fait nous-mêmes. Comme plus personne ne nous traite de “chienne”, on se le dit entre nous”. Peut être que dans le monde de Lou Doillon, celui où Jane Birkin a donné son nom à un sac Hermès hors de prix et où on ne prend jamais le métro, tout va bien, mais dans le reste du monde, il me semble qu’on traite encore de “chienne” et qu’on tape encore sur le cul des femmes et même ailleurs à tel point qu’une femme décède tous les trois jours en France à la suite des coups reçus par son compagnon. Ces femmes là n’étant pas issues du très restreint cercle d’amies de Lou Doillon, j’imagine que leur triste sort n’a pas dû arriver à ses oreilles, ni réussi à l’émouvoir.

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Les 2 nouvelles idoles de Lou Doillon

Quand je vois Beyoncé chan­ter nue sous la douche en suppliant son copain de la prendre, je me dis : “On assiste à une catas­trophe”. Et en plus, on me dit que je n’ai rien compris, que c’est vrai­ment une fémi­niste parce que dans ses concerts, un écran énorme le dit. Mais c’est dange­reux de croire que c’est cool. » Bon. Je vais le dire également à Lou Doillon : vous n’avez rien compris. Béyoncé n’est pas féministe parce qu’elle affiche le mot “FEMINIST” partout mais parce que, et cela peu importe votre position de féministe, elle s’est appropriée cette identité. Des Destiny’s Child à aujourd’hui, la musique de Béyoncé a toujours été truffée de messages qui promeuvent l’empowerment des femmes si ce n’est le féminisme. Un peu de sexualité, de sensualité vous gênent ? Soit. Mais pourquoi avoir attendu Nicki Minaj et Béyoncé ? Où était Lou Doillon lorsque Cher dansait en string sur un bateau ou dans le clip de If I Could Turn Back Time, devenant la première chanteuse censurée par MTV dans les années 80 ? Où était-elle quand Madonna sortait Erotica, l’album le plus sulfureux des années 90, avec clips ultra érotiques et un livre sobrement intitulé SEX dans lequel elle explorait ses fantasmes? Où était-elle lorsque Britney Spears chantait vouloir être l’esclave sexuelle de son amant dans Slave For You dans une tenue des plus érotiques? Où était-elle lorsque Christina Aguilera dansait, le corps huilé, dans le clip de Dirrty, fesses à l’air, avant de recevoir une fessée de Redman ? Où était-elle lorsque Iggy Azalea dansait lascivement en mini-short dans le clip de Work? Plus récemment, où peut-on l’entendre s’exprimer sur les récentes frasques d’une Miley Cyrus qui s’affiche nue dans ses clips et va jusqu’à crier en plein concert “mange ma chatte” ? Non, pour Doillon, les seules paumées sont des noires. Elles seraient frappées par le “syndrome de Stockholm”. Merci pour l’analyse, Dr Doillon.

De l’importance de bien connaitre le sujet et d’être cohérente

Certes, Lou Doillon n’est pas une figure moderne du féminisme. Je doute qu’elle ait jamais soutenu un mouvement féministe, sachant qu’elle fait partie de cette classe qui n’a jamais réellement eu à militer. La lutte, c’est pour les pauvres. Chez les privilégié-e-s, quand on lutte, c’est pour conserver des acquis, le reste du temps, on se gargarise et on cogne sur les assisté-e-s. Peu importe que Béyoncé et compagnie aient du talent mais il faudrait que ces femmes qui se reconnaissent dans “l’analyse” Doillon comprennent une bonne fois pour toutes que toutes les trajectoires ne sont pas identiques, que certaines femmes, les plus noires et les plus faibles, ne sont pas toutes nées dans le confort du 16ème arrondissement.   Quand bien même elles seraient riches, elles ne sont pas nées dans une société où leur sexualité, où leur féminité et où leur beauté est “la norme”. Ces femmes évoluent dans un monde où leur physique n’a jamais été “validé” par l’establishment, n’a jamais été mis à l’honneur ou valorisé. Et venant de la part d’une femme qui représente à 100% l’idéal féminin de l’establishment, à savoir “blanche, mince, jeune, fertile & riche”, la remarque est assez déplacée. Pour la culture personnelle de Doillon, il faudrait également rappeler que Béyoncé & Nicki Minaj encouragent régulièrement leurs jeunes fans à se battre pour leur indépendance et leur avenir et que même si cela semble être un féminisme de façade, c’est un message qui sera entendu et compris par beaucoup plus de personnes qui daigneront acheter ou écouter un CD de Lou Doillon.

Les propos rapportés n’émanent pas que d’une bourgeoise blanche des beaux quartiers. Ils émanent d’une chanteuse qui ne s’est jamais gênée pour afficher sa nudité sans que qui que ce soit se sente obligé de commenter son “geste”. En effet, Lou Doillon a posé nu pour un magazine, et non des moindres, puisqu’il s’agissait de Playboy. Elle est également apparue nue dans une publicité pour Givenchy. Et ça prend des airs indignés pour parler des autres? Allez j’ose une question pudique : existe-t-il une nudité plus acceptable qu’une autre ? Je vais plus loin : la nudité blanche est-elle plus acceptable que la nudité noire ? Pire encore : la nudité noire gêne-t-elle Lou Doillon parce qu’elle lui parait, au fond, comme… impure parce qu’elle échappe aux codes de beauté blanche? A méditer. En tout cas, critiquer chez les autres ce qu’on fait soi-même, c’est l’arme des puissants qui ne connaissent jamais la honte car ils ne reconnaissent jamais leurs incohérences ou leur erreurs.

En conclusion, bonne chance à ces féministes ou critiques des autres féministes qui devraient comprendre, depuis le temps qu’on leur rabâche, qu’il existe des féminismes et que toutes les femmes ne viennent pas du même endroit, en terme de vécu et de moyens. Vous voulez lutter contre le patriarcat au point d’établir un nouveau patriarcat mais contre les femmes qui ont le tort de ne pas se reconnaitre dans votre féminisme bourgeois (même quand il se veut de gauche) car il n’arrive pas à s’affranchir de son racisme. En témoigne le dernier “coup” tordu de Pauline Arrighi, porte parole de l’association Osez le Féminisme, qui ose un parallèle des plus ignobles entre les luttes des noir-e-s et… les personnes athées, comme si ces dernières avaient vécu quelque chose de comparable à la traite négrière, aux déportations, aux génocides, à la Françafrique, aux luttes sociales et à tout ce que les noir-e-s ont vécu et continuent de vivre et pas qu’aux USA. (EDIT DU 15/05 : ayant reçu un message sur Twitter de cette dernière me demandant de retirer la dite photo, elle a donc été retirée. Je vous laisse juges de ce type de réactions.) Féministes blanches, par pitié, cessez de parler “au nom de” et “à la place de” surtout quand ça trahit une ignorance que vous ne reconnaitrez jamais parce que l’idée de ne pas détenir les clés du féminisme vous horripile. Cessez de vous afficher en tant que gardiennes du temple du féminisme, surtout lorsque vous pratiquez un féminisme qui n’éprouve aucune honte à afficher une condescendance raciste et de classe. Laissez aux femmes qui ont leur propre histoire choisir leur propre destin mais surtout… N’oubliez pas qu’à force de vouloir confisquer la parole, vous n’allez faire qu’amplifier des voix que vous refusiez d’entendre. Ca fera du bruit… pour le bien de toutes.

Ils viennent de découvrir ce que c’est que d’être noir-e, chez libé !

Avec la diffusion de “Trop Noire pour être française?” sur Arte, la rédac’ blanche de chez Libé vient de faire la découverte du siècle. Non, chez libé, quand on ne dénigre pas le vote de la Grèce qu’on rapproche sans honte du FN juste pour mieux vomir la décision d’un peuple, on découvre les noir-e-s ! Vous pensiez que l’abolition de l’esclavage, que les (peu nombreux) débats sur la colonisation et la traite négrière, les élections d’Obama, l’attentat de Charleston et les émeutes de Ferguson & Baltimore avaient éduqué Libé sur la question noire? Vous êtes d’une naïveté, pauvres amis! Bien entendu, chez Libé, pour parler de noirs, on est blanc. On est des “non basanés”, des “non recalés du corps traditionnel français”, des “sans commentaire”, des exclus du marché juteux du racisme, des chanceux (ou chanceuses) qui ne connaissent pas le bonheur de vivre une vie dans laquelle on vous demande assez souvent d’où vous venez puis d’où vous venez “à la base, quoi” vu que “je suis français-e” ne suffit jamais comme réponse. Mais bon, après, on parlera d’intégration, oubliant que c’est à ceux qui ne voient la francité qu’à travers la blanchité de faire le travail…

Ainsi, Libé découvre les noir-e-s et s’intéresse, à l’occasion d’un documentaire, à cette problématique. Un appel aux témoignages a été lancé… et j’en ai ri. Comme si les témoignages étaient rares au point de nécessiter une telle mobilisation. Comme si “nous” n’en parlions pas assez. Comme si Rokhaya Diallo, Amandine Gay ou même le collectif Mwasi n’existaient pas mais bon, souvenons-nous que Libé est un journal pro-establishment qui doit forcément considérer les sources citées précédemment comme étant de mauvaise qualité… parce qu’elle ne sont pas blanches et donc n’ont pas de caution intellectuelle ? Je n’ose le croire… Mais Libé est un journal où travaillent de grandes intellectuelles comme Elsa Maudet qui, grosse surprise, vient de découvrir qu’un hastag comme #TuSaisQueTesNoirEnFranceQuand est l’occasion pour le racisme le plus décomplexé de s’exprimer sans la moindre retenue. Passé ce constat, l’article de Maudet laisse place aux témoignages, 100 fois lus et entendus mais qui, pour des oreilles et des yeux blancs doivent ruisseler de subversion! Du jamais vu au pays des ignorants.

La

La niaiserie antiraciste…

S’ensuit une interview de la réalisatrice du documentaire «Trop noire pour être Française ?», Isabelle Boni-Claverie, toujours par Elsa Maudet et dont les questions trahissent sa candeur. En effet, non seulement, les questions posées dans l’entretien sont aussi basiques qu’un formulaire d’entrée sur le sol canadien mais surtout… on évite les questions qui sont trop subversives (pour libé ?).  Maudet apprend de la bouche de la réalisatrice que «si les stéréotypes perdurent, c’est qu’ils ont une utilité sociale» et demande laquelle (!). Je n’ose croire que c’est la méconnaissance d’un sujet aussi complexe ou tout simplement l’ignorance qui nécessite un complément d’informations. C’est ici vous dire le fossé qu’il y a entre ces gens comme Elsa Maudet, blancs, non racistes (sans être antiracistes non plus) avec leur vie bien propre qui n’ont pas à souffrir du moindre stéréotype qui soit handicapant pour eux ou elles et la vie des autres qui est souvent faite de galères et de stigmatisation. Cette simple question et toute la naïveté qui en découle prouve combien les non concerné-e-s par les oppressions racistes mais qui se veulent souvent être les plus mobilisé-e-s au nom d’un certain humanisme propre à leur “rang” sont à des lieux de s’imaginer la dure réalité de l’existence noire. Pour ces gens là, le racisme, c’est brutal, caricatural et ça a les traits d’un Lepéniste en puissance ou d’un skinhead et rien d’autre. On nie au passage que le racisme est un système d’une perversité inouïe et qu’il traverse la société puisqu’il est tout simplement structurel. On nie également que le racisme, de gauche à droite, tend à conforter les majorités dans leurs position dominantes sur le dos de minorités et que le discours ambiant a tellement bien prit que même nos plus grands anti-racistes blancs… finissent des fois par faire preuve de racisme à leur tour ! Le racisme, c’est pas juste le cortège du FN, ce sont également et surtout, le refus de décoloniser son esprit, le refus de prendre conscience de la pleine humanité d’une personne de couleur en la renvoyant systématiquement à ses origines comme on renvoie systématiquement les femmes à leur féminité (ou l’idée qu’on se fait de la féminité) pour leur éviter d’exister autrement. Mais ça, Elsa Maudet n’en parlera jamais.

Une interview qui traite du racisme anti-noir. Ok. Mais éviter les contextes historiques, les questions liées à l’héritage colonial et les luttes de ces cinquante dernières années, c’est ce qui s’appelle une faute de débutante… C’est comme parler des conflits qui perdurent actuellement en Irak et en Syrie sans jamais faire référence à leur contexte mais également à ce qui les a précédé. De ce fait, l’article d’Elsa Maudet, par sa simplicité et sa naïveté s’inscrit dans la lignée de cette culture cruche de l’antiracisme niais, tellement estampillé “Parti Socialiste”, tellement estampillé “S.O.S Racisme”, qui ne remet jamais en question ses privilèges, qui fait de l’émotionnel sur une discrimination raciale sans jamais montrer à qui elle profite ni même admettre que le racisme profite toujours aux dominants, qui ne voit aucun mal dans des panels avec 99% de blancs venus discuter de racisme et d’exclusion à la place des principaux concernés, qui nie d’autres paroles en leur ôtant toute légitimité, qui ne questionne jamais le racisme d’état, ni même les deux poids / deux mesures qui sont la faute de tout l’échiquier politique et qui n’admet jamais le racisme de son antiracisme. Bon courage à toutes celles et tous ceux qui n’éprouvent aucun complexe à donner dans la niaiserie journalistique, à caresser des problématiques dans le sens du poil sans oser aller là où on aimerait tant qu’ils aillent. Mais bon, il parait que c’est pas bon pour le vivre-ensemble, alors…

 

Charlie partout, Charleston Nulle Part

Il a tué neuf noirs. Des hommes et des femmes. Croyants. Américains. Chrétiens. Dans une église. Il, c’est Dylan Roof, le tueur. Il voulait une guerre raciale, il voulait faire croire à la suprématie blanche. C’est un jeune homme d’à peine 21 ans. A une époque où les guerres ravagent toujours, où la moindre actualité en rapport avec Daesh mobilise nos ondes et nos gros titres et où les problématiques de lois relatives au terrorisme sont omniprésentes, on pensait avoir eu notre dose de sang. Sauf que là, il s’agit de sang noir qui coule de par la faute d’un blanc. Et ça change toute la donne.

Terroriste ou pas terroriste ? Vous avez quatre heures.

Et oui, car quand l’auteur d’un crime de masse n’a pas la particularité d’être soit noir, soit arabe ou carrément musulman, l’establishment a du mal à choisir ses mots. Pudiquement, on parle d’un déséquilibré, manière assez pompeuse de nous faire croire, implicitement, à un acte presque accidentel. La terreur, dans le grand imaginaire collectif, ne peut être blanche que lorsque le terroriste ressemble à la caricature du fasciste. Sauf que Dylan Roof, en apparence, n’a rien d’un skinhead mais tout d’un jeune homme blanc lambda. Tellement blanc qu’il aura le droit, comme Anders Breivik, à un procès. On juge les malades tandis qu’on abat les terroristes. La différence ? Tuer en scandant “Allahu Akbar” assure une place au premier rang des terroristes tandis que tuer “en silence” n’est qu’un geste de malade. Un terroriste, voyez-vous, c’est un produit terminé, indésirable, irrécupérable tandis que le malade, le déséquilibré, lui, a la chance d’être présenté comme étant un déviant et donc “pas tout à fait responsable”, quelque part. Et quand un tueur bénéficie d’un tel traitement, c’est parce que d’emblée on croit qu’il reste en lui quelque chose de récupérable, quelque chose d’humain et donc, de l’espoir. Vous pensiez qu’un tueur restait un tueur, peu importe ses motivations ou ses méthodes et que la vie de personnes blanches et de personnes noires étaient équivalentes ? Vous vous trompiez. Certains ont même pris le temps d’expliquer en quoi cet attentat était un acte terroriste, c’est pour vous dire. Par contre, lorsque des gens meurent sous les balles de terroristes d’obédience musulmane, le qualificatif de terroriste ne se fait pas attendre… Avez-vous entendu parler du terroriste de la Nouvelle Orléans ? J’imagine que non. Avez-vous également entendu parler de Robert Doggart, cet ex-candidat au congrès US qui prévoyait un massacre ? Là aussi, j’imagine que non. Pourquoi ? Parce que l’establishment a décidé de ne consacrer l’expression “terroriste” qu’à toute personne se réclamant de l’Islam, les autres n’étant que des êtres dérangés.

Je n’ai pas envie d’être politiquement correct. Je n’ai pas envie de vomir le traitement super favorable qui a été accordé à Dylan Roof. Ce soir, je vomis, après avoir tenté de digérer pendant une semaine, le privilège blanc qui s’applique même aux terroristes dès qu’ils ont la chance de ne pas ressembler physiquement et/ou éthniquement aux frères Kouachi ou à Mohamed Merah. L’histoire de Dylan Roof, c’est l’histoire de l’arrogance blanche meurtrière dans sa plus grande folie; c’est l’histoire des privilégiés du nord qui ne savent même plus à quel point ils sont privilégiés tellement ils sont insouciants. Ils vivent dans une société où le référentiel est blanc et où leur identité raciale ne sera jamais un frein à leur ascension dans la société mais se trouvent quand même des raisons de “passer à l’acte”. Ils souffrent, les pauvres. A tel point que la police américaine n’a rien trouvé d’autre à proposer que d’emmener le principal suspect chez Burger King… Qui osera me dire que ce n’est pas là l’expression formelle d’un traitement différencié ?

Les premières analyses parlent de tensions raciales. Les malheureux qui ont perdu leur vie en allant à l’église ne l’ont pas cherché “mais”… Les “tensions raciales”, vous comprenez ? Elles se subissent et Dylan Roof est une victime car il les a subies, le pauvre! Encore une belle façon d’ôter des responsabilités à un meurtrier. Du white washing de base. Implicitement, parler de tensions donne l’impression d’un acte qui n’était qu’inévitable, presque fatal.

Dylan Roof n’était pas un déséquilibré ou un de ces hommes qui souffrent en silence et finissent par craquer. Franchement, dans une Amérique où les blancs et les noirs ne sont pas du tout sur un pied d’égalité réelle et où la violence s’exprime surtout envers les populations racisées, où la police peut tuer des noirs sans jamais être inquiétée, qui peut encore croire aux délires de persécutions d’un mâle blanc de 21 ans ? Mais non, les éditocrates ne veulent pas dire de lui que c’était un terroriste. Sans doute parce qu’on est loin du barbu de banlieue financé par Al Qaeda. Peut être qu’écrire un manifeste plutôt que de se baser sur des écrits religieux trafiqués fait toute la différence… Attendons que les spécialistes se penchent sur la question vu qu’il faille apparemment que l’on se pose la question de savoir s’il s’agit d’un attentat alors que dans d’autres situations, le qualificatif d’attentat ne demande pas autant de réflexion.

L’après Charleston qui n’en fait pas des tonnes…

Contrairement aux attentats contre Charlie Hebdo, les attentats de Charleston n’auront pas bénéficié de débats publics ou politiques. Lorsque des fondamentalistes tuent, on a le droit aux débats sans rapport sur l’intégration, l’assimilation, le communautarisme, la laïcité. Quand un blanc tue, point de débat. On parle vaguement du port d’armes aux USA. Sacré veine pour le “peuple d’en haut”. On concède à demi mot que Dylan Roof soit un terroriste mais sans réflexion sur l’incidence de cet acte sur le monde et le sacro saint “vivre ensemble”. On ne somme aucune bonne âme blanche de se désolidariser du “forcené” juste parce que c’est également une âme blanche. Je repense à Valérie Toranian, qui, dans son édito de la Revue des Deux Mondes et suite aux attentats de Janvier déclarait, que le lien entre les terroristes et l’islam était “réel puisque le réel a bien eu lieu et qu’il s’agit d’actes commis, certes par des fanatiques, mais en invoquant le nom d’Allah”. J’ai un minuscule sourire amusé. J’ai envie de demander à ces bonnes âmes qui en Janvier ne voulaient pas, disent-elles, amalgamer musulmans et terroristes tout en revendiquant une filiation entre les deux, si, à leur tour, elles apprécieraient qu’on n’amalgame pas blancs et terroristes tout en revendiquant un rapport entre les deux. “Je ne te rend pas coupable mais un peu quand même”. J’ai envie aussi, histoire d’inverser les rôles pour ces élites blanches tant habituées à décider pour “les autres” sans les consulter et pour bien les dominer, de vous dire combien vous n’avez rien à voir avec cet attentat tout en vous mettant mal à l’aise en vous plaçant vous et votre identité au centre de toutes les discussions politiques. Toujours dans cette veine, j’ai envie de faire de l’anecdote la plus banale une vérité des plus générales, de parler de vous comme d’un groupe monolithique linéaire et menaçant, de consacrer des articles et des livres à votre intégration foirée, à votre communautarisme “meurtrier”, à vos écoles, à votre façon de voir la vie, bref, vous dire combien vous “n’avez rien à voir avec ça” tout en vous lynchant publiquement, quitte à faire appel à des équivalents blancs imaginaires de Chalghoumi ou Lydia Guirous, en vous vomissant à la face des injonctions du type “Intègre toi” et “vive la liberté”! Toujours pour inverser les rôles et vous accabler alors que vous n’y êtes pour rien, j’ai envie de faire des liens entre l’absence cruelle des blancs dans la dénonciation d’une fumisterie comme Exhibit B, d’y voir là toute l’essence du problème noir/ blanc, voir du choc des civilisations. Et quand ça commencera à retomber un petit peu, j’en rajouterai une couche avec la couverture d’un mensuel bien connu en titrant “ces complices de la négrophobie” où je lyncherai ceux qui ne crient pas assez fort qu’ils n’ont rien à voir avec Dylan Roof. Bref, je ferai tout ce qui a été fait contre les musulmans ces derniers temps suite aux attentats de Janvier mais en prenant cette fois pour cible les blancs, sans jamais leur donner la parole. Entre temps, de nombreux actes de vandalisme et de violence cibleront les blancs sans que jamais les médias ne s’y intéressent. On criera mais personne n’entendra. Alors, vous comprenez maintenant? Vous comprenez la douleur de ceux que l’on identifie à travers ce que 2 terroristes font et à qui on demande de se désolidariser comme si, d’emblée, ils étaient tous solidaires et tous unis avec les terroristes juste parce qu’ils ont la même religion ? Non, vous ne comprendrez jamais car vous ne connaitrez jamais la honte même quand le débat prouve votre inégalité de traitement et votre incapacité à voir la barbarie ailleurs que chez les musulmans.

Où est Charlie ? Et Marianne ?

Pas d’unité nationale pour Charleston. On est sans doute occupés à vouloir noyer le scandale des écoutes de la NSA ou des loisirs du premier ministre payés par le contribuable. Marcher en mémoire à des dessinateurs qui pratiquaient un humour pas toujours bien compris en la présence de chefs d’états aux politiques liberticides qui brillent dans l’art de passer pour des démocrates, c’est bien. Ca fait vendre du papier et des images. Ca occupe une bonne demie page dans les manuels scolaires. Ca en dit long sur ce peuple de France uni contre un ennemi flou, jamais réellement identifié. Les morts de Charleston n’étaient sans doute que des anonymes qui n’ont pas “marqué l’histoire”. Déjà qu’ils étaient noirs! Ca ne fait pas assez rêver. Ca n’émeut pas assez. La priorité, pour les Charlie, en ce moment, pour ceux qui chantaient la marseillaise et vibraient pour l’union nationale, c’est de se planquer. Leur discours a crée un esprit du 11 janvier qui s’est évaporé. La solidarité et la fraternité, l’espace d’un rassemblement, tant que ça n’implique rien d’autre que de crier son droit à la caricature sans jamais envisager d’autres perspectives sur la question, c’est bien sur le moment. Quand il s’agit d’être réellement solidaires et fraternels, à commencer avec les migrants qui, grande surprise, sont majoritairement noirs, plus personne. A croire que les meurtres et les souffrances noires ne déplacent pas des foules et ne mobilisent pas autant car “on” ne s’y reconnaîtrait pas. Ca ne parle pas. Comme pour les meurtres de Chapel Hill. Une fois de plus, l’universalisme s’arrête aux portes de Paris. Pourtant, qu’est-ce que j’aurai aimé voir des hommes politiques comme Netanyahu, défiler en soutien à ces noir-e-s mort-e-s alors que les noirs israéliens vivent actuellement une situation de dominés très comparable à ce que les noirs aux USA ont connu il y a encore quelques décennies! Un autre bal de l’hypocrisie, c’est jamais un divertissement de trop. J’attends l’analyse des plus grands experts auto-proclamés de la liberté d’expression sur ce sujet mais aussi leur avis sur le drapeau confédéré… puisque ces gens se permettent tout!

On évite aussi soigneusement toute comparaison avec la France. On s’autorise à parler de race, de noirs et de blancs aux USA sans se ménager alors qu’un tel champ lexical fait hérisser les poils de nos élites qui elles, pensant être bienveillantes, déclarent toujours “ne jamais voir de couleur”. Degré zéro de la réflexion anti-raciste mais 100% républicaine. On n’aime pas ces mots là. Sauf que utiliser les bons mots, ça serait reconnaitre un problème plutôt que de perdre son temps dans des débats qui ne vont convaincre personne. On pourrait saisir de tels évènements pour bâtir une véritable refonte de société. On pourrait étudier le rapport entre des images collectives qui ciblent les minorités et leur place dans la société. On pourrait également cesser d’avoir recours à des exemples de parcours ” de réussite” pour neutraliser les “échecs” de leurs semblables aussi. Mais non… Ce n’est certainement pas assez vendeur.

Depuis cette attaque et le drame tunisien de cette fin de semaine, je ne cesse de penser à Noam Chomsky et une phrase qui est, hélas, toujours d’actualité : “On ne combat pas le terrorisme avec des armes. On le prive de ce qui le nourrit : la misère, l’injustice, l’arrogance des puissants.” Mais ça, ce n’est malheureusement pas au programme. Pleurons les morts et les inégalités de traitement lorsque la mort frappe les plus faibles. C’est tout ce qui nous reste à faire.