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Super Rossignol, le féminisme Galeries Lafayette et la suprématie blanche

NB: Suite à un message reçu sur twitter, la photo représentant Pauline Arrigui portant le bien sinistre et méprisant tee shirt “Atheism ls The New Black” a été retirée. Je vous laisse juges de cette demande.

Le féminisme blanc a encore frappé. Rien de bien surprenant. Mais aujourd’hui, il confirme sa relation amoureuse avec la suprématie blanche et malheureusement, par les temps qui courent, un constat semble implacable : ils vivront heureux et auront des tas d’enfants qui nous créeront des tas d’emmerdes. Nous, c’est un “nous” assez vague, ultra compliqué, très divers mais qu’on peut simplement résumer ainsi : “nous” concernera tous ceux pour qui ce féminisme blanc raciste, rebaptisé féminisme galeries Lafayette, sera un frein pour sa libération.

Laurence Rossignol et le féminisme conquérant

La raison de tout ce remue ménage ? Quoi, vous ne voyez pas ? Et bien oui : la femme musulmane voilée. Encore et toujours. Sauf que dans le mépris, elle aura été accompagnée de tous les noir-e-s de la planète entière, rebaptisés “nègres afric… nègres américains” par notre Ministre du Droit des Femmes (de la famille et de l’enfance, comme dans une publicité pour de la lessive en poudre). Interrogée sur la tendance de la mode islamique, Laurence Rossignol a été claire : “Ces marques expliquent que ce sont juste des vêtements mais qui ne font la promotion d’aucun mode de vie. Comme s’il y avait une dissociation entre les vêtements et les modes de vie. Or, dans l’histoire, par exemple, dans les années 60, les femmes peuvent avoir un compte en banque, elles vont à l’école, elles vont à l’université, elles ont accès à la contraception et en même temps, les jupes raccourcissent (ou elles mettent des pantalons). Ce qui prouve bien qu’entre la tenue des femmes et leurs droits, il y a un lien parce que l’enjeu c’est celui du contrôle social sur le corps des femmes.” On est à deux doigts du complot, on dirait! Donc l’habit ferait la nonne ou du moins ferait le pouvoir ? C’est original. C’est sans doute pour ça que je n’ai jamais trouvé de maillot deux pièces, string argenté au rayon Menswear de Zara… Ce que la ministre dit peut être discuté à longueur de pages et dans des débats interminables mais ce qu’il faut en retenir, c’est la stratégie d’argumentation :

  • Toujours faire référence à l’antithèse du voile qui sera la minijupe (ou le string, ça dépend des périodes). Ce faisant, on a presque l’impression que des femmes se seraient battues pour porter une minijupe, transformant plus d’un demi siècle de luttes féministes en vulgaire bataille pour le droit à porter une jupe et danser le twist. Et lier longueur de vêtement avec la liberté d’une femme… Franchement… En 2016 ? De la part d’une ministre et du droit des femmes, par dessus tout ?!
  • Toujours les apparences. Nous sommes dans une France d’apparence, de faciès, de sale gueule, de bonne gueule. Sauf que, le contrôle social sur le corps des femmes, en France, il porte plus sur ce qu’elles décident d’en faire ou de ne pas en faire. La subjectivité du choix d’une tenue reste un choix critiquable, mais le courage, le vrai, quand on parle de contrôle des corps et en tant que ministre des droits des femmes, ça serait de s’attaquer au diktat de la minceur, à la glorification de l’épilation intégrale, au racisme de l’industrie de la mode et des cosmétiques et à ses répercussions désastreuses sur des générations de femmes qui sont prêtes à tout pour rentrer dans le moule, quitte à relever des défis de plus en plus fous,  bref, de ce qui nuit mentalement et physiquement aux femmes qui ont été incarcérées dans  un rôle où l’on se fout éperdument de ce qu’elles ont à dire ou à penser, tant qu’elles sont jolies “à notre façon”.

Laurence Rossignol et le féminisme “on est plus chez nous, trop de bougnou… gens méchants!”

La Ministre poursuit : “Lorsque des marques investissent ce marché de la tenue islamique lucratif, un marché pour les pays d’Europe, ce n’est pas le marché pour les pays du Golfe, à ce moment là, ils se mettent en retrait de leur responsabilité sociale et d’une certaine façon, ils font la promotion de cet enfermement du corps des femmes”.

Donc notre ministre nationale pense pouvoir parler au nom de toutes les européennes… Qu’elle parle au nom de toutes les françaises serait plus que prétentieux mais là, on comprend à quel type de personne on a affaire : de la pire espèce, celles qui parlent soit disant au nom du plus grand nombre car elles se voient tellement comme la norme, l’originale, la vraie, l’authentique, à laquelle il ne faut rien demander puisqu’elle est dominante. Quant aux marques qui font la promotion d’une façon de s’habiller… Et alors ? UNE COLLECTION DE TENUES ISLAMIQUES CHEZ DOLCE & GABANNA ! UNE SEULE ! Quelques écharpes, jilbebs, tuniques, foulards et étoffes et vous avez l’impression de subir une crise cardiaque, de subir un envahissement ? Qu’est-ce qui se passe dans cette France qui devient hystérique pour une histoire de foulard ?! Notez que pour la Ministre, la panique, c’est que le “phénomène” atteigne l’Europe. On pouvait encore tolérer que la femme de ménage marocaine nous offre des caftans, mais là, ça commence à faire un peu beaucoup, quand même…

Quant à la responsabilité sociale des marques…. Parlons-en. Parlons des propos absolument grossophobes d’un certain Karl Lagerfeld, des marques qui, dès qu’elles conçoivent un vêtement un peu plus grand, induisent une différence de prix, de la minceur qui est devenue une norme en dehors de laquelle seront exclues toutes celles qui ne parviendront pas à fermer le dernier bouton de leur jean taille 36. Parlons de ces marques qui ne font pas ou peu appel à des mannequins de couleur, des gaines et des corsets qui s’achètent par centaines de milliers et qui peuvent provoquer des maladies ou des déformations. Parlons des gamines employées par des sociétés de cosmétiques pour des gammes réservées à des femmes plus âgées et de la perversité du message. Parlons de la difficulté pour les femmes enceintes de trouver des tenues à la fois confortables et aux prix abordables. Parlons de cette industrie qui veut éclaircir les peaux, défriser les cheveux et créer des regards absolument irréels. Et je ne vais même pas m’étaler sur le nombre de maladies type anorexie ou boulimie liés à cette industrie où il vaut mieux ressembler au modèle dominant ou aspirer à lui ressembler. Elles sont là, les vraies responsabilités, pointées du doigt par des centaines d’associations, de chercheurs ET DE FEMINISTES mais dont la ministre du droit des femmes se tape comme de l’an 40.

Laurence Rossignol, la ministre sauveuse des musulmanes dominées, potentiellement libérables par la sainte République.

On l’aura deviné : la Ministre aime ses musulmanes. “Mon sujet, c’est l’ensemble des femmes musulmanes qui vivent en France et qui sont sous l’emprise, grandissante, de groupes salafistes qui se sont mis en situation de dire aux musulmans de France qui est un bon musulman et qui ne l’est pas”. Vous pouvez trembler. Merci madame Rossignol d’avoir osé rompre le silence et parlé de ces milices qui viennent nous oppresser! C’est vraiment du tout neuf comme idée. On en avait jamais entendu parler… D’après notre sauveuse, les musulmans et les musulmanes devrait pouvoir, ici, en France s’attendre à ce que la République les protège en leur offrant de l’égalité, de la liberté et de la fraternité. Ce serait drôle si la situation n’était pas horriblement tragique. Aujourd’hui, en République, l’égalité, ça sera sous certaines conditions, pareil pour la liberté, quand on voit que l’Etat se fait condamner pour discrimination au faciès sans en tirer les conclusions ou faire de bruit autour de . Quant à la Fraternité… Dans un pays où on méprise encore l’Islamophobie en niant l’essence même du mot, à droite comme à gauche et où, on va souvent reprocher aux premières victimes de l’islamophobie d’être, en gros, ostensiblement musulmanes, je me demande de quelle fraternité parle madame la Ministre.

Mais heureusement que Super Rossignol est là! Elle savait ce qui se tramait, à l’ombre des voiles. Et elle l’a vu : “on voit de moins en moins de femmes dans la rue, dans les cafés, vivre de manière libre dans leurs quartiers”. Tiens, on assiste à une Finkielkrautisation des esprits! Encore un individu blanc de plus de 55 ans, vivant en dehors de ces mystérieux quartiers mais qui, du haut de son perchoir d’humaniste, a entendu l’appel ? Non. En vérité, la thématique des femmes absentes de l’espace public, c’est un vieux procédé. Même Anne Zelensky, une féministe pourrie par l’islamophobie la plus crasse, qui a fini chez Riposte Laïque l’avait écrit : “Cela se passe à Aubervilliers, territoire perdu de la République. Des mœurs d’un autre âge s’y sont implanté. Ainsi les cafés et leurs terrasses sont occupés exclusivement par les hommes. On se croirait transporté dans un bled quelconque d’Arabie”. Elle parlait même de reconquista… Et, bingo, Laurence Rossignol a fait référence à cette sordide histoire.

Laurence Rossignol et les dérapages

Madame la Ministre dit ne pas croire au grand remplacement. Néanmoins, elle n’hésite pas à parler de “franco-musulmans”, une petite perle orale qui démolit toute la théorie sur l’intégration façon gauche caviar qui adore le couscous et le spa du Club Med Djerba ou en Musulmanie, peut être ? Venant de la part d’une formation politique où on nous répète à longueur de journée que “oui, on peut être français et musulman, pardi!”, que les couleurs n’existent pas, que la citoyenneté doit passer avant tout, que la laïcité est merveilleuse car elle protège les religions et tout le blabla, ce lapsus est assez… succulent. Après la bi-nationalité, va-t-on parler de natioreligion? J’ai hâte d’entendre parler de Franco-protestants ou de Franco-athées! On nous dira ce qu’on voudra mais dans ce lapsus, j’entends ce que l’on n’ose jamais dire : qu’on a glissé de la question ethnique à la question religieuse et que même les bas fonds de l’inconcient d’une ministre du droit des femmes passée par la pathétique association “Sos Racisme” peut nous en faire la démonstration.

Mais la perle orale, la vraie, portait sur la question du libre arbitre. Souvent, pour convaincre une audience trop inculte ou à l’esprit trop simple pour des réalités évidentes, il faut avoir recours aux images. Pour parler des dangers du Tabac ou de la conduite en état d’ivresse, qui s’est retenu des photos ou vidéos choc ? Et ben, Rossignol, c’est pareil. Mais en beaucoup moins bien. Je dirais même, en version tellement dégueulasse qu’on en a la gerbe. La Ministre, la liberté de se voiler, elle n’y croit pas. On ne lui fait pas, à elle. Elle qui est en contact avec des associations de quartiers dirigées par des nunuches comme Nadia Remadana, elle en sait quelque chose. Et elle voudrait qu’on la comprenne et déclare en toute tranquillité que “il y avait aussi des nègres afric… des nègres américains qui étaient pour l’esclavage”, sans voir un seul instant le caractère odieux d’un tel énoncé (ni même se faire reprendre par Bourdin… exactement comme Elice Lucet qui laissait tranquillement Guerlain parler de nègres sur son plateau). L’indignation est multiple :

  • Avoir recours à une comparaison avec l’esclavage est tout aussi indigne que la comparaison avec le nazisme pour x raisons. C’est une banalisation d’un phénomène horrible, pas tout à fait achevé et qui n’a absolument rien à voir avec ce à quoi on l’accole.  Parler d”esclavage pour parler de prostitution ou de voile (ou même, comme on l’a vu dernièrement lors des rassemblements contre la loi travail), revient à mépriser d’un seul trait les prostituées, les femmes voilées et surtout les esclaves (qui n’ont pourtant jamais obtenu la moindre réparation). Et pire encore : ça dénote qu’on ne veut pas de ça chez nous… et qu’on tolèrerait ça ailleurs. Parler d’exploitation serait plus approprié.
  • La question du libre arbitre est choquante. A écouter ces féministes rebaptisées “féministes galeries Lafayette”, lorsqu’une femme ne fait pas le “bon choix”, elles sont aliénées, folles et ne s’en rendent pas compte. C’est, à mon sens, un pur contresens et un cliché antiféministe flagrant vieux comme le monde : madame Rossignol n’a-t-elle pas lu ces autobiographies de féministes qui, parce qu’elles sortaient des sentiers battus et se refusaient à suivre le dictat de la société dans laquelle elles évoluaient, ont été taxées de folles, de marginales, juste à cause d’un choix personnel ?
  • Le choix du terme “nègre” est, à mon sens, la pire. Loin de moi l’idée de mettre en concurrence les femmes portant un foulard et l’insulte négrophobe, mais elle est lourde de sens. Premièrement, vous remarquerez qu’elle a été prononcé sans grande difficulté. On pouvait parler de noirs, d’esclaves, de traite mais de nègres…. Mais on nous dira que ce n’est qu’un dérapage! Le blantriarcat a le droit de déraper, de se reprendre, car lui, quand il faute, c’est toujours contre sa volonté, contre sa ligne droite, pour une question de volant qui a été lâché un court instance, en pleine aisance. Le blantriarcat a ce privilège tout simplement parce qu’il est conçu comme la norme parfaite, indiscutable et dont les fautes ne peuvent jamais lui être reprochées.
  • Il faut cesser de faire dire à l’esclavage ce qu’il n’était pas en le déconnectant de sa réalité et de son contexte historique et stratégique. Combien de “nègres” ont accepté l’esclavage, de bonté de coeur ? Qui peut avoir un chiffre parlant et significatif ? Personne. Qu’on mène des recherches sérieuses à ce sujet afin de mettre un terme à ce mythe, purement anecdotique et insignifiant sur l’histoire de l’esclavage qui ne fait que le réviser et, d’une certaine façon, disqualifier scandaleusement ce que la traite négrière a été… et ce qu’elle a rapporté. Vous arrivez à imaginer, des comparaisons avec les camps de concentration, dans quelques années, sur un plateau télé, avec un ministre qui déclarerait “beaucoup de juifs étaient pour les camps” ?! L’idée vous parait dingue ? Préparez-vous, car rien n’est impossible avec cette classe politique qui n’hésite pas à plonger dans le racisme et les comparaisons ignobles pour vendre sa soupe.

Vive le Blantriarcat !

Il y a eu très peu de réactions de la part du gouvernement. On pensait qu’avec ce qui avait été traversé par Christiane Taubira, on aurait pu avoir un ou deux mots mais, au Parti Socialiste, c’est le racisme caricatural type FN qu’on aime pas, le reste…. ça se tolère un peu. Du bon racisme de gauche, en soit. Par chance et certainement par humanisme, les femmes voilées et les noir-e-s sont beaucoup plus intelligents : aucune demande de désolidarisation n’a été exprimée. Anne Cécile Mailfert, Pauline Arrighi et d’autres peuvent dormir tranquillement sans crainte d’avoir à se justifier ou à souffrir du rejet en allant s’asseoir à côté d’un noir dans le métro ou d’une femme voilée dans le bus. Et puis, personne chez les concerné-e-s n’a publié de tribune ou d’édito, dénonçant des propos issus d’une blanchité qui adore son reflet dans le miroir.

Néanmoins, ce qu’il y a de fascinant avec le blantriarcat, c’est cette tendance à ne jamais reconnaitre complètement ses erreurs, voir à les transformer en des qualités. L’entourage de la ministre a même déclaré : ” Le mot nègre est un mot péjoratif qui ne s’emploie plus que pour évoquer l’esclavage, en référence à l’ouvrage abolitionniste De l’esclavage des nègres de Montesquieu “. Pauvres noirs! Qu’est-ce qu’ils sont bêtes, quand ils n’ont pas le sens de l’humour! Incapables, eux aussi, de comprendre la finesse de la langue française! Quand un homme politique blanc dérapera à son tour, et mon doigt me dit que ça ne saurait tarder, en parlant de “salopes”, on attendra qu’il nous dise qu’il faisait référence au manifeste des 343 salopes de Charlie Hebdo en pleine époque de lutte pour l’avortement, pour voir si la pilule passe aussi bien auprès des concernées et si nier sa faute sans s’excuser suffira à apaiser la douleur de l’épithète raciste. Mais, malheureusement, le blantriarcat est une machine haute comme un monument, qui sait faire face à toutes les critiques qu’il veut taire, lui qui se disait si Charlie. En témoignent les tweets insensés d’Eric Mattout qui récupère la Négritude de Aimé Césaire pour se livrer à un hors sujet mêlant féminisme, voile, droit de vote des femmes… Un bon condensé où on vomit son incompréhension. Et Heureusement que Audrey Pulvar est là. Il en faut toujours une, de toute façon. Sa fonction : rassurer le blantriarcat en apportant sa protection et en validant l’expression. Elle est la bonne conscience. Un équivalent pathétique de “l’amie arabe qui prépare des couscous” et qui donc, est le plus évident gage d’antiracisme. Et puis, Laurence Rossignol “est issue” de la mouvance “SOS Racisme”, voyons….

Ainsi, nous laisseront les féministes galeries Lafayette prendre l’escalator et se diriger à la caisse du magasin “racisme”. La traque aux prostituées étant passée de mode, il faut concentrer son énergie sur le grand méchant “non blantriarcat friendly” ennemi de l’intérieur. Ne les taxez pas d’islamophobes : elles ne veulent que défendre la laïcité menacée par un steak halal qui s’est retrouvé dans leur panier à Sephora. Ne les taxez pas d’antiracisme niais : elles maitrisent l’art du contouring spécial “beurette” parce qu’elles les trouvent belles, les arabes, sauf quand elles apparaissent sur la même liste aux élections européennes qu’une islamophobe notoire comme Annie Sugier (oui, Caroline De Haas et Anne Cécile Mailfert, on sait que vous avez monté un projet avec elle !) pour après pleurer la chute de la gauche, après avoir tenté l’union avec le Diable. Ne les taxez pas de négrophobie : elles invoqueront la langue française, qui n’a fourché que dans nos oreilles d’incultes. Ne les taxez pas d’obsession sur le voile : elles vous parleront de l’impact du film Jamais Sans Ma Fille sur leur conscience féministe. Ne les taxez de rien. Laissez les s’étouffer dans leur bienveillance obsessionnelle et leur mépris condescendant. Laissez-les parler d’universalisme et entendez-là un nombrilisme parce qu’elles sont persuadées d’être authentiques et ne reproduisent qu’un schéma raciste appliqué au féminisme. Laissez-les suffoquer en voyant une femme voilée et voyez-y la marque de leur impossibilité à se défaire d’un machisme où des règles pensées contre elles sont maintenant utilisées contre celles qui auraient pu être leurs soeurs. Laissez les pleurer sur les femmes qui n’empruntent pas leur route et voyez là leur faillite et leur grand paradoxe : lutter contre la haine en faisant de la haine, c’est efficace à court terme, mais jamais révolutionnaire car ça ne bénéficie que rarement aux plus démunis. Pas surprenant que la théorie antiraciste des non concernés et le féminisme blanc trouvent si peu leur public parmi ce vague “nous” que beaucoup ont décidé de mépriser parce qu’il refuse de servir de paillasson… Mais bon, on imagine qu’il vous restera vos journées sans voile et vos actions antiracistes pour vous occuper et que vous viendrez goûter à la chaleur des banlieues quand on vous y enverra pour récolter des voix, entre deux thés à la menthe et beignets à la sénégalaise.

 

“Much Loved”, la prostitution et nous

Le Maroc de Much Loved

Much Loved de Nabil Ayouche.

Much Loved de Nabil Ayouche.

Noha, Randa et Soukaina sont trois prostituées marocaines dont “Much Loved” dévoile le quotidien. Elles vivent de rapports sexuels tarifés, entre clients du Golfe, européens et marocains sous le soleil de Marrakech. Elles survivent tant bien que mal dans une société où la question de la prostitution est l’ultime tabou. Entre moments de violence, moments complices et moments de tristesse, les héroïnes de “Much Loved” mènent toujours la danse et rappellent au spectateur que peu importe notre avis sur la question de la prostitution, seul le vécu et la volonté de la principale concernée doit compter.

J’ai aimé Noha comme on aime la cheffe d’un groupe. J’ai aimé son humour, sa force, son intelligence et sous son apparente dureté, ses faiblesses. J’ai aimé Randa comme on aime quelqu’un que personne n’aime. J’ai aimé sa fragilité, sa pudeur. J’ai aimé Soukaina comme on aime un enfant. J’ai aimé sa naïveté, sa douceur. J’ai aimé Hlima dite “Ahlème” pour ses maladresses et sa franchise. J’ai aimé Saïd pour son soutien et sa discrétion. J’ai aimé Much Loved car ce n’est pas un énième film sur la prostitution qui donne soit dans un glamour romantique à la Pretty Woman ou dans un froid glacial à la Takken. J’ai aimé Much Loved pour son absence de compromis, l’incroyable réalisme pour quiconque connait la question du travail sexuel au Maroc.

Au Maroc, la polémique a été au rendez-vous avant même que le film ne sorte en salles. Selon le ministère de la communication, le film représente un “outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine et une atteinte flagrante à l’image du royaume”. Condamner un film avant sa sortie ? C’est curieux. Il est quand même dommage que le Maroc accorde un visa pour réaliser un film qui finira interdit au nom de ce que le film a de nuisible au Maroc et d’un certain féminisme. En 2015, le Maroc ne veut pas voir la prostitution droit dans les yeux. On préfère encore ignorer tout ce qui ne plait pas comme si le fait de tourner la tête faisait disparaitre ce qui dérange et malheureusement, la prostitution n’est qu’un des milliers de sujets tabous qu’on ignore, en pensant naïvement qu’une telle attitude fera disparaitre le phénomène.

Certains n’ont rien trouvé d’autre que de créer des pages Facebook incitant au meurtre de l’actrice principale, Loubna Abidar. On balance son adresse, son numéro de téléphone en espérant que quelqu’un “passe à l’acte” et venge la fameuse femme marocaine outrée par la performance de Loubna Abidar. Rappelons à ceux pour qui l’image de la femme marocaine  est importante qu’un appel au meurtre d’une actrice marocaine qui a osé jouer le rôle d’une prostituée, c’est là le pire outrage à la femme marocaine. J’aimerais leur rappeler, malheureusement, que ce qui constitue un outrage à la femme marocaine actuellement, ce n’est pas une performance dans un film, aussi réaliste soit-elle, mais tout une liste de lois complètement rétrogrades. Quant à l’image du Maroc, Much Loved n’a rien apprit : on sait pertinemment que la prostitution, surtout en 2015, est globale alors pourquoi est-ce que le Maroc devrait y échapper ? Mais si ça vous arrange de continuer à vivre avec des oeillères et à prétendre que tout va bien, ne vous risquez surtout pas à les enlever : ce que vous pourrez voir risquerait de vous faire tomber brutalement de votre nuage.

Pour Much Loved, j’aurai aimé que Nabil Ayouche garde certaines scènes qui ont été coupées ou raccourcies. J’ai aimé les discussions avec ces richissimes saoudiens, pourris par leur argent qui pensent être les maitres du monde alors qu’ils ne doivent leur confort qu’à des gisements de pétrole hasardeux qui les ont transformés en business men. J’ai aimé que le film mentionne non seulement d’autres tabous au Maroc mais aussi la solidarité entre certains groupes oppressés sans tomber dans une caricature ou dévier sur un autre sujet. J’ai aimé les discussions, dures et sans fards, beaucoup plus intéressantes et “efficaces” que certaines scènes de sexe. J’aurai également que la présence de Saïd, le chauffeur de ces dames, soit un peu plus expliquée… Il veille tel un ange gardien sur ces femmes et joue les chauffeurs sans jamais demander quoique ce soit. D’ailleurs, à l’exception de Noha et de Hlima, on ne connait rien des antécédents des autres femmes de ce film. J’aurai aimé en savoir un peu plus… Curiosité de spectateur sans doute. J’aimerais en dire plus mais je pense qu’il faudrait que le film soit vu par un maximum de personnes. Et, au delà de l’intrigue, les performances de toutes les actrices sont excellentes, surtout Loubna Abidar qui peut vous faire pleurer d’une seconde à l’autre avant de vous faire rire puis pleurer à nouveau.

Et nous dans tout ça ?

Les quelques abolitionnistes de la prostitution croisées lors de la projection de ce film ont été assez déçues. Elles qui voulaient des prostituées victimes, forcées et honteuses sont tombées sur des prostituées victimisées et qui ne prétendent pas vraiment au titre de femmes les plus malheureuses au monde et qui attendent qu’on vienne les sauver. Certes, le film ne ménage pas le spectateur sur ce que la prostitution clandestine peut avoir de violent mais sans jamais ôter de dignité aux travailleuses du sexe. Le monde dont rêvent les abolitionnistes et où le client est pénalisé, qu’elles le veulent ou pas, c’est le Maroc de Much Loved : un monde où le client peut être pénalisé mais où la prostituée sera toujours 100 fois plus victime, 100 fois plus oppressée, 100 fois plus stigmatisée. Much Loved leur montre cette société dans laquelle la travailleuse du sexe cumule des oppressions à cause d’une clandestinité qui ne la protège de rien et la fragilise encore plus. Dans cette société prohibitioniste, le pouvoir est encore plus concentré entre les mains du client qui peut se permettre toutes les violences, tous les fantasmes et tous les abus. La Police ? Elle joue le vulgaire rôle d’arbitre dans ce monde underground et comme dans toute situation clandestine, ne s’interdit aucun abus : quand la victime est déjà marginalisée et stigmatisée par tous les pans de la société, pourquoi la respecter? Comme dans nos rues et dans nos commissariats bien français, on fait sa loi, on confisque, on harcèle et on viole sans ménagement.

Dommage que nos féministes françaises converties dans le catéchisme anti-prostitution au nom d’une certaine morale, plus proche de la Religion que de la laïcité qui serait devenue leur “truc à elles”, continuent de monopoliser un débat dans lequel elles n’ont aucune légitimité (Caroline De Haas, Anne Cécile Mailfert, Pauline Arrighi, Thalia Breton et autres féministes carriéristes et charismatiques de la France d’en haut qu’on a entendu sur tous les plateaux et sur toutes les ondes ont été travailleuses du sexe pendant…. jamais!). Dommage que nos féministes françaises qui se targuent d’un antiracisme évident, souvent aussi niais et contreproductif que celui de la licra ou de SoS Racisme, donnent dans l’amalgame raciste le plus flagrant, à savoir “majorité de femmes étrangères dans la prostitution = femmes issues de la traite = femmes forcées = oulala pas bien” car, c’est bien connu, une étrangère qui se prostitue ne peut être que contrainte, voyons. Allez dire ça aux travailleuses sexuelles maghrébines que l’on retrouve dans les salons de massage des émirats arabes unis, du Koweit, du Qatar ou encore du Bahrein… Allez dire ça aux chinoises qui s’organisent dans des associations en plein Paris et qui ont des discours à l’opposé de ce qui se dit dans les milieux féministes de l’establishment. Allez leur dire, du haut de votre expérience nulle en tant que travailleuses du sexe, que ces femmes ne peuvent être qu’issues de la traite des êtres humains, qu’elles doivent être sauvées, écoutées. Dommage que nos féministes françaises qui, font mine de s’indigner du contrôle au faciès avec une main, continuent d’appuyer et de valider les pleins pouvoirs à la police de l’autre, ce qui n’aura pour conséquence que plus de répression envers celles qu’elles considèrent, du haut de leur perchoir de bourgeoises, comme des victimes. Une fois de plus, allez voir celles qui ont été confrontées à la police, harcelées, contrôlées, ramassées à 25 dans des cars de police pour finir en garde à vue en étant 12 dans la même cellule sans fiche de garde à vue juste parce qu’elles ont eu le malheur de racoler. C’est ça, le pouvoir que vous voulez renforcer ? La solution, c’est d’augmenter la répression qui n’aura aucun impact direct sur le client? Que vous êtes courageuses.

Rosen Hicher & Linda Lovelace : deux "survivantes" de l'industrie du texte passées du statut de militante pro travail du sexe pour basculer dans le camp opposé...

Rosen Hicher & Linda Lovelace : deux “survivantes” de l’industrie du sexe passées du statut de militante pro travail du sexe pour basculer dans le camp opposé…

Dommage que nos féministes françaises usent et abusent d’une stratégie vieille, à savoir s’approprier des vécus, pour en faire l’illustration parfaite de leurs arguments. Aujourd’hui, nos féministes françaises ont Rosen Hicher comme certaines féministes américaines ont eu Linda Lovelace dans les années 80, pour faire avancer leur agenda anti travail du sexe. On adore les icônes : on les prend sous notre aile, on les médiatise un peu et on leur donne un acte symbolique à accomplir (Rosen Hicher a traversé la France à pied, super). Au passage, on s’autorise des discours plein d’angélisme avec des citations cucul la praline comme le fameux “on fait ça pour nos filles, pour la prochaine génération”; d’habitude, ce genre de phrase est balayé d’un revers de la main par ces féministes qui veulent rompre avec ce genres de discours qui rappelle trop un féminisme pas très féministe, cher à des personnalités comme Sarah Palin ou Michelle Bachman mais qui dans la bouche d’une alliée alibi des féministes comme Rosen Hicher n’est plus ringard, puritain, lisse, etc…  Rosen Hichen ira même défiler avec les Femen, portant dans ses bras une petite fille, histoire de bien émouvoir le peuple blanc venu la soutenir après sa marche. L’image est éloquente, la figure de l’enfant dans les bras de la survivante de la prostitution parle à tous et à toutes sans que personne ne trouve le procédé indécent comme lors des manifestations contre le mariage pour tous… Ici, la famille, c’est respectable, hein. Au passage, une telle image aura été l’occasion rêver de réunir sous la même bannière un beau monde riche de sa diversité blanche des groupes qui ont peu de choses en commun mais qui se sont fait violence le temps d’une action ridicule:  des religiophobes anti laïcité aux seins nus et guirlandes de fleurs, des associations d’origine catholique qui se refusent toujours à distribuer des préservatifs et qui sont encore liées à l’église comme le Nid dont la plupart de ses sites sont situés dans des paroisses ou églises et dont le délégué le plus célèbre est diacre, des féministes du PS et j’en passe… Rappelons juste que, outre ce statut de “survivante qui donne de la légitimité au combat contre le travail sexuel”, Rosen Hicher et Linda Lovelace ont en commun le fait d’avoir écrit des livres à la gloire du travail sexuel, avant de basculer dans le camp adverse et de rejoindre les rangs du militantisme anti travail du sexe. A la fin de sa vie, Linda Lovelace est revenu sur son militantisme anti pornographie, a posé en lingerie pour un magasine érotique, assisté comme vedette à des foires pornographiques où elle a dédicacé des VHS de Gorge Profonde et dénoncé l’instrumentalisation de son histoire par le féminisme de l’époque. Quand Linda Lovelace était obligée de travailler comme femme de ménage de nuit et secrétaire de jour pour payer ses factures médicales et subvenir aux besoins de sa famille, aucune féministe n’était là pour la soutenir. Alors, à celles qui attendent que les cavalières de l’abolition leur viennent en aide, n’oubliez jamais qu’elles vous exploiteront à leur tour comme vous l’avez été ou avez eu le sentiment de l’être pour faire avancer LEUR cause, pas la vôtre. Dommage que nos féministes françaises n’aient que pour seul argument l’idée que le travail sexuel ne pourrait être tolérable parce que c’est une violence et que c’est une exploitation. Que ce soit une violence, c’est toujours discutable, mais ce n’est pas l’augmentation de la répression, l’invisibilisation de la profession et le harcèlement qui rendra le métier moins violent. Quand à l’exploitation… si elles veulent qu’on les prenne au sérieux, que nos féministes françaises brûlent leurs vêtements achetés dans de grandes enseignes de prêt à porter mais fabriqués dans des ateliers de confection où l’on exploite l’être humain jusqu’aux suicides et aux évanouissements des salarié-e-s et on en discutera. Aucune féministe française ne prendra des airs outrés ou ne déclarera, sourcils froncés et air grave dans les yeux, que “le client doit être responsabilisé et savoir ce qu’il a en face de lui”. Et si le client, ce sont les abolitionnistes ou les lectrices du magasine ELLE qui achètent des tee shirts portant la mention “This is what a feminist looks like” fabriqués dans des conditions inhumaines par des femmes qui travaillent 16 heures par jour , on vous pénalise comment? A moins qu’une exploitation soit plus acceptable qu’une autre ? Je rappelle qu’au delà du textile, il existe aussi d’autres formes d’exploitation qui couvrent de nombreux secteurs comme la restauration, la fabrication de nombreux articles de consommation courante, l’électroménager, etc… L’exploitation qui n’a pas le droit à l’indignation féministe, c’est celle qui concerne nos smartphones qui sont crées en Chine dans des bâtiments équipés de grillages afin d’éviter des suicides sur place , l’huile d’Argan que l’on importe en France après avoir pillé les réserves au Maroc et ruiné la santé des marocaines qui vont l’extraire afin que les européennes puissent se trémousser cheveux en vain et cela quelque soit le climat, mais aussi nos nourrices de France, généralement immigrées, mais qui torchent le cul de leurs gosses pour leur permettre à ces femmes du XXI ème siècle, de faire carrière sans trop de difficultés, etc… On pourra également parler de toutes ces professions qui sont des exploitations qui touchent des individus que nous ne remarquons même plus tant notre regard s’est habitué à les ignorer mais qui n’ont pas le droit d’être défendus par nos féministes. Ce sont des exploitations qui concernent beaucoup plus de monde et couvrent beaucoup plus de domaines mais jamais les abolitionnistes ne s’attaqueront à une exploitation aussi puissante. Comme d’habitude, c’est tellement plus facile de taper sur les plus faibles, les plus précaires, les victimes comme elles les appellent (quand elles ne parlent pas des travailleuses du sexe comme étant des “pauvres filles”) et qu’elles veulent sauver malgré elles car elles auront toujours raison. Dans les courants féministes “d’en haut”, on se trouve digne, subversif et sans doute admirable quand on supplie Google France de verser encore quelques subventions comme Anne Cécile Mailfert l’a fait sans jamais se dire qu’au final, il n’y a aucune différence entre gratter des euros à une multinationale américaine en battant des cils et monnayer un rapport sexuel consenti. Chez OLF, va-t-on considérer Mailfert comme une victime et pénaliser Google ? Vous avez 4 heures. Mais chez les abolitionnistes, quand on est persuadé de détenir la vérité à la place de ceux qui l’a vivent, tous les moyens justifient la fin. On va jusqu’à présenter  un court métrage ringard, alarmiste pour rien, puant la morale puritaine et qui n’a absolument rien à envier aux montages photos racistes et homophobes trainant sur internet et qui traitent, avec effet de panique, du déclin de la civilisation, de cette société à la dérive, de nos “valeurs”, etc… Ca va les abolitionnistes ? Pas le sentiment de tomber dans la caricature ? Pas le sentiment d’agir exactement comme ceux qui sont vos ennemis, en temps normal, comme ce patriarcat qui s’affole du futur quand “un changement” arrive?

10522182_657907420970464_109752714_a Aux bonnes âmes de France qui veulent à tout prix intervenir dans le débat sur l’abolition de la prostitution, souvenez-vous que vous ne pouvez pas pleurer le manque de représentation de femmes dans tous les domaines de la terre (assemblée nationale, sénat, armées, CA des entreprises, etc…) et occuper l’espace et la parole des travailleuses du sexe. Vous ne pouvez pas non plus décider que seules les ex travailleuses du sexe qui ont fait le deuil de leur métier au point d’en nourrir votre argumentaire et de militer à vos côté ont le droit de parler… alors que la loi n’aura aucune incidence sur elles. Vous ne pouvez pas également continuer à marcher sur la tête quand on a un volet social merdique à proposer pour celles qui souhaitent quitter le travail du sexe et qu’on propose une aide conditionnée à des travailleuses sans papier qui, pour le coup, ressemble à s’y méprendre avec du chantage. Aux bonnes âmes de France qui, comme Patric Jean et autres guignols de chez Zéro Macho, crient haut et fort combien ils ne sont pas clients de la prostitution qui est abominable et tout le baratin des bourgeois qui n’ont jamais été dans le besoin : votre ligne de conduite et vos arguments sont inutiles. Votre seul argument, c’est de dire que vous êtes contre la prostitution. Et là, l’envie de vous répondre me brûle les lèvres : et alors ? Vous êtes contre ? Vous voulez une médaille, un avantage fiscal ? En quoi le fait de dire que vous êtes contre est pertinent dans le débat (pour glousser quand on une travailleuse du sexe parle, ça c’est pas très zéro macho au passage, hein).Bien. Passez votre chemin. Et cessez de grignoter le temps de débat et de discussions qui doit être autour, une fois de plus, concentré entre les premières concernées. Cessez les aberrations du genre “Il faut du désir” ou “c’est une violence”. C’est bien le sentimentalisme, ça rapporte beaucoup d’argent à Hollywood, mais politiquement ça montre vos limites et faiblesses quand vous ne pouvez plus traiter celles qui ont le malheur de ne pas être abolitionnistes d’aliénées, de “pauvres filles” et autres qualificatifs. Une bonne fois pour toutes : aller à la rencontre de prostituées en activité, non issues de la traite et laisser les parler. Laisser. Les. Parler. En tout cas, personne n’est dupe et quand on voit de quoi est capable, en terme d’attaques, d’insultes et de calomnies, le camp abolitionniste, on perd toute sympathie à son égard.

Aux bonnes âmes marocaines, regardez la vérité en face. Et sachez que la grande confrontation ne peut être indéfiniment repoussée quand on sait combien les choses bougent rapidement. Much Loved a scandalisé alors qu’il pouvait être l’occasion de débattre, d’officialiser une discussion et un phénomène. J’espère sincèrement que ce film n’était pas une petite parenthèse dans la société marocaine mais que le sujet reviendra sur la table. La prochaine fois, peut être…

 

Féminisme blanc : le mépris de Lou Doillon

Ca a commencé par une entrevue accordée par la chanteuse vaguement célèbre Lou Doillon au quotidien espagnol El Pais dans laquelle la fille de sa mère s’est exprimée sur le féminisme et ses nouvelles icônes (Beyoncé, Nicki Minaj, etc…).  A une époque où les actrices semblent plus capter l’attention par leur capacité à récupérer leur silhouette de rêve – diktat de la minceur oblige – quelques semaines après la naissance de leur enfant, savoir qu’une comédienne a une opinion pertinente sur le féminisme pourrait sembler rafraichissant. Sauf que dans ses propos, Lou Doillon prouve à quel point le mépris des les femmes blanches vis à vis des femmes noires est flagrant.

Féminisme blanc: Entre culpabilisations et injonctions

Lou Doillon : Chanteuse méconnue

Lou Doillon : Chanteuse méconnue

Avant de s’en prendre directement à Beyoncé et à Nicki Minaj, Lou Doillon se gargarise en se vantant de faire partie de la première génération de femmes en mesure « de jeter un mec à la rue, de dispo­ser de son propre salaire, d’avoir une maison à son nom et de pouvoir élever seule son fils ». Ok, donc ça, c’était le passage “je fais la promo de ma réussite, regardez combien j’ai cartonné”, presque incontournable dans la vie de toute artiste dont le talent et le succès restent à prouver car quand on est jamais félicitée, autant se féliciter soit même. Ca va les chevilles ? Les femmes qui subissent des violences conjugales et qui ne jettent pas leur mec à la rue, sans disposer d’un salaire, tout en élevant leur gosse dans une maison à leur nom ont de quoi complexer. Elles avaient qu’à faire comme Lou Doillon, bon sang! venant de la part d’une bourgeoise qui ne doit ses réussites qu’à son entourage familial, cette déclaration fait sourire. Belle essentialisation. Passons. « Quand je vois Nicki Minaj et Kim Kardashian, je suis scan­da­li­séeJe me dis que ma grand-mère s’est battue pour autre chose que le droit de porter un string. » Sapristi ! Quelqu’un a osé trahir le combat de nos aînées! Bien que j’ignore tout des “combats” d’une nunuche en chef comme Kim Kardashian, il ne me semble pas que Nicki Minaj se soit présentée comme militante pour le port du string. Par contre, sans trop m’avancer, je peux dire que la génération de femmes “qui se sont battues” et dont doit faire partie la grand mère de Lou Doillon, sont surtout des femmes qui se sont battues pour “avoir le choix”. A moins qu’une chanteuse blanche inconnue au rayon des féministes pense avoir le droit de juger les choix des unes et des autres ? Prochaine étape : distribution de bons points féministes par le juge Doillon ?! Notez bien que pour une féministe blanche, lorsqu’on “sort du rang”, c’est toujours considéré comme une trahison à une lutte mais quand elles font des choix “traditionnellement patriarcaux” comme devenir mère ou se marier, ce sont toujours des libertés individuelles fondamentales.

Mais Lou Doillon ne s’arrête pas là. D’après elle, des chanteuses comme Béyoncé trahissent le féminisme dans la mesure où “comme les garçons ne nous frappent plus le cul, on le fait nous-mêmes. Comme plus personne ne nous traite de “chienne”, on se le dit entre nous”. Peut être que dans le monde de Lou Doillon, celui où Jane Birkin a donné son nom à un sac Hermès hors de prix et où on ne prend jamais le métro, tout va bien, mais dans le reste du monde, il me semble qu’on traite encore de “chienne” et qu’on tape encore sur le cul des femmes et même ailleurs à tel point qu’une femme décède tous les trois jours en France à la suite des coups reçus par son compagnon. Ces femmes là n’étant pas issues du très restreint cercle d’amies de Lou Doillon, j’imagine que leur triste sort n’a pas dû arriver à ses oreilles, ni réussi à l’émouvoir.

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Les 2 nouvelles idoles de Lou Doillon

Quand je vois Beyoncé chan­ter nue sous la douche en suppliant son copain de la prendre, je me dis : “On assiste à une catas­trophe”. Et en plus, on me dit que je n’ai rien compris, que c’est vrai­ment une fémi­niste parce que dans ses concerts, un écran énorme le dit. Mais c’est dange­reux de croire que c’est cool. » Bon. Je vais le dire également à Lou Doillon : vous n’avez rien compris. Béyoncé n’est pas féministe parce qu’elle affiche le mot “FEMINIST” partout mais parce que, et cela peu importe votre position de féministe, elle s’est appropriée cette identité. Des Destiny’s Child à aujourd’hui, la musique de Béyoncé a toujours été truffée de messages qui promeuvent l’empowerment des femmes si ce n’est le féminisme. Un peu de sexualité, de sensualité vous gênent ? Soit. Mais pourquoi avoir attendu Nicki Minaj et Béyoncé ? Où était Lou Doillon lorsque Cher dansait en string sur un bateau ou dans le clip de If I Could Turn Back Time, devenant la première chanteuse censurée par MTV dans les années 80 ? Où était-elle quand Madonna sortait Erotica, l’album le plus sulfureux des années 90, avec clips ultra érotiques et un livre sobrement intitulé SEX dans lequel elle explorait ses fantasmes? Où était-elle lorsque Britney Spears chantait vouloir être l’esclave sexuelle de son amant dans Slave For You dans une tenue des plus érotiques? Où était-elle lorsque Christina Aguilera dansait, le corps huilé, dans le clip de Dirrty, fesses à l’air, avant de recevoir une fessée de Redman ? Où était-elle lorsque Iggy Azalea dansait lascivement en mini-short dans le clip de Work? Plus récemment, où peut-on l’entendre s’exprimer sur les récentes frasques d’une Miley Cyrus qui s’affiche nue dans ses clips et va jusqu’à crier en plein concert “mange ma chatte” ? Non, pour Doillon, les seules paumées sont des noires. Elles seraient frappées par le “syndrome de Stockholm”. Merci pour l’analyse, Dr Doillon.

De l’importance de bien connaitre le sujet et d’être cohérente

Certes, Lou Doillon n’est pas une figure moderne du féminisme. Je doute qu’elle ait jamais soutenu un mouvement féministe, sachant qu’elle fait partie de cette classe qui n’a jamais réellement eu à militer. La lutte, c’est pour les pauvres. Chez les privilégié-e-s, quand on lutte, c’est pour conserver des acquis, le reste du temps, on se gargarise et on cogne sur les assisté-e-s. Peu importe que Béyoncé et compagnie aient du talent mais il faudrait que ces femmes qui se reconnaissent dans “l’analyse” Doillon comprennent une bonne fois pour toutes que toutes les trajectoires ne sont pas identiques, que certaines femmes, les plus noires et les plus faibles, ne sont pas toutes nées dans le confort du 16ème arrondissement.   Quand bien même elles seraient riches, elles ne sont pas nées dans une société où leur sexualité, où leur féminité et où leur beauté est “la norme”. Ces femmes évoluent dans un monde où leur physique n’a jamais été “validé” par l’establishment, n’a jamais été mis à l’honneur ou valorisé. Et venant de la part d’une femme qui représente à 100% l’idéal féminin de l’establishment, à savoir “blanche, mince, jeune, fertile & riche”, la remarque est assez déplacée. Pour la culture personnelle de Doillon, il faudrait également rappeler que Béyoncé & Nicki Minaj encouragent régulièrement leurs jeunes fans à se battre pour leur indépendance et leur avenir et que même si cela semble être un féminisme de façade, c’est un message qui sera entendu et compris par beaucoup plus de personnes qui daigneront acheter ou écouter un CD de Lou Doillon.

Les propos rapportés n’émanent pas que d’une bourgeoise blanche des beaux quartiers. Ils émanent d’une chanteuse qui ne s’est jamais gênée pour afficher sa nudité sans que qui que ce soit se sente obligé de commenter son “geste”. En effet, Lou Doillon a posé nu pour un magazine, et non des moindres, puisqu’il s’agissait de Playboy. Elle est également apparue nue dans une publicité pour Givenchy. Et ça prend des airs indignés pour parler des autres? Allez j’ose une question pudique : existe-t-il une nudité plus acceptable qu’une autre ? Je vais plus loin : la nudité blanche est-elle plus acceptable que la nudité noire ? Pire encore : la nudité noire gêne-t-elle Lou Doillon parce qu’elle lui parait, au fond, comme… impure parce qu’elle échappe aux codes de beauté blanche? A méditer. En tout cas, critiquer chez les autres ce qu’on fait soi-même, c’est l’arme des puissants qui ne connaissent jamais la honte car ils ne reconnaissent jamais leurs incohérences ou leur erreurs.

En conclusion, bonne chance à ces féministes ou critiques des autres féministes qui devraient comprendre, depuis le temps qu’on leur rabâche, qu’il existe des féminismes et que toutes les femmes ne viennent pas du même endroit, en terme de vécu et de moyens. Vous voulez lutter contre le patriarcat au point d’établir un nouveau patriarcat mais contre les femmes qui ont le tort de ne pas se reconnaitre dans votre féminisme bourgeois (même quand il se veut de gauche) car il n’arrive pas à s’affranchir de son racisme. En témoigne le dernier “coup” tordu de Pauline Arrighi, porte parole de l’association Osez le Féminisme, qui ose un parallèle des plus ignobles entre les luttes des noir-e-s et… les personnes athées, comme si ces dernières avaient vécu quelque chose de comparable à la traite négrière, aux déportations, aux génocides, à la Françafrique, aux luttes sociales et à tout ce que les noir-e-s ont vécu et continuent de vivre et pas qu’aux USA. (EDIT DU 15/05 : ayant reçu un message sur Twitter de cette dernière me demandant de retirer la dite photo, elle a donc été retirée. Je vous laisse juges de ce type de réactions.) Féministes blanches, par pitié, cessez de parler “au nom de” et “à la place de” surtout quand ça trahit une ignorance que vous ne reconnaitrez jamais parce que l’idée de ne pas détenir les clés du féminisme vous horripile. Cessez de vous afficher en tant que gardiennes du temple du féminisme, surtout lorsque vous pratiquez un féminisme qui n’éprouve aucune honte à afficher une condescendance raciste et de classe. Laissez aux femmes qui ont leur propre histoire choisir leur propre destin mais surtout… N’oubliez pas qu’à force de vouloir confisquer la parole, vous n’allez faire qu’amplifier des voix que vous refusiez d’entendre. Ca fera du bruit… pour le bien de toutes.