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Le barrage ? Sans moi et sans émois.

“Faire des miracles demande beaucoup de travail. La plupart des gens abandonnent avant qu’ils ne se produisent”.

Sheryl Crow – Maybe that’s something (The Globe Sessions)

Malheur, urgence, désespoir : Marine le Pen est au second tour de cette tragi-comédie burlesque que l’on appelle l’élection présidentielle. Face à Emmanuel Macron. Oui, Marine Le Pen. La fille de Jean Marie. Celle qui a nettoyé la vitrine mais pour y exposer les mêmes produits que son père. Le risque qu’elle accède au pouvoir est grand. Musique d’ambiance et plan au ralenti.

Cette fois, la nouvelle n’indigne pas, contrairement à 2002. Pas de cris d’effroi, de débats, de longues tirades passionnées saupoudrées de paroles creuses ou d’humanisme servit en deuxième partie de soirée. Rien. Un moment de botox vocal où même les quelques pourcents séparant Macron de Le Pen n’ont pas abouti sur un commentaire. Horreur de la froide fatalité acceptée.

Puis, quelques heures après, on a appelé à barrer la route au Front National. Tweets, tribunes, blogs, billets d’humeur : l’appel à sauver le soldat démocratie était lancé mais telle une flèche aiguisée en direction des abstentionnistes et sans dialogue préalable. Démocratie ? On peut faire mieux. Taper sur ceux qu’on pense convaincre en les accablant et en les culpabilisant ? Contreproductif et ignoble. Aussi vulgaire et violent que d’insulter une jeune fille insensible aux sifflets qu’elle récolte sur son passage parce qu’elle ne s’arrête pas mais après tout, on s’en fiche : la fin justifie les moyens. Le plaisir d’incarner ce bras fièrement musclé et moralisateur qui sortira les abstentionnistes pour les pousser aux urnes est trop grand pour s’éterniser sur ces petits détails.

« Il faut éviter le pire » !

C’était ce qu’on entendait à table, à la machine à café, au bureau de tabac, dans le train, à l’entrée des aéroports et sur les parkings des super marchés. Le pire, ça serait la victoire du FN qui propulserait ce pays dans de nouvelles pages sombres de son Histoire, écrites avec le sang que les abstentionnistes ont fait couler en décidant de bouder les bureaux de votes, manquant indéniablement de respect à ces milliers de révolutionnaires morts pour la démocratie.

Le débat n’aurait pas lieu si le pire n’était pas aussi mal défini. Il apparaît difficile de concevoir que le pire, pour quelques abstentionnistes que l’on ne veut ni entendre ni comprendre, ait déjà commencé. Pour bon nombre d’abstentionnistes, le pire est déjà leur pain et leur beurre et avant que l’on ne leur sorte la carte « victimisation ! », incontournable joker de la discussion, il faudrait accepter d’entendre qu’une présidence Macron ou Le Pen ne serait, hélas, que la promesse d’une légère aggravation des problèmes déjà existants : discriminations, précarité, exclusion sociale, invisibilisation, mépris culturel, mépris de classe, violences policières, violences économiques, glorification du passé colonial, etc… Quelle serait la nouvelle donne ? Une attaque à peine plus frontale, toujours aussi injuste et humiliante, mais, comme toujours, servie sous couvert de nobles combats menés au nom du vivre ensemble, de la laïcité, du féminisme et même de l’antiracisme…

Le pire n’est donc qu’une caricature du présent. Le pire, c’est qu’on connaît le pire et qu’on le vit et que l’on a rien fait d’autre pour nous que de nous dire que ça pouvait être pire que pire, à tel point qu’on se demande vraiment d’où on peut affirmer que le pire à venir sera pire que le pire du moment présent. Passé cet enfantin jeu de mot, on sait ce qu’il y a de pire pour ceux qui veulent s’éviter le pire : la honte. Parce que c’est principalement ça qu’on veut éviter à tout prix : la honte et les explications qui en découlent, comme si l’heure de se désolidariser sonnerait mais, cette fois-ci, pas pour les mêmes. Parce que la possible victoire du FN remet beaucoup de choses en jeu, à commencer par l’aura dorée de la France qui risque de rouiller sur le plan international. Ceux qui n’ont que peu de choses à craindre du FN le savent : c’est une réputation qui est en jeu dans cette élection. Celle de la patrie des lumières, France éternelle et brillante, défendue par Fatou Diome avec la passion d’une amoureuse transie. Pays des droits humains qui risque de prouver ses limites comme un vulgaire produit de beauté surcôté.

« Mais quand même comment en est-on arrivés là ? »

Les mots sont forts, tout autant que la réalité : le pays souffre de toxicomanie raciste. Ces dernières années ont été celles du brouillage idéologique où tout le monde s’est retrouvé à faire du front national jusqu’à en droguer le pays tout entier. De l’immigration à l’Islam, à la présence dans les médias de personnages hautement contestés relayant les pires mensonges et préjugés, aux calomnies visant ceux qui ont osé contredire l’amas de haine raciste, on a eu une dose déferlante de front national, servie tous les jours dans le sirop médiatique, avalé de gré ou de force mais toujours goulument. Mais, c’était le bon front national, comprenez : celui qui sort de la bouche de dirigeants politiques, d’intellectuels qui portent bien la toilette, qui se disent Républicains, de gauche ou de droite mais qui, jamais, au grand jamais, ne seraient racistes. Comme si cela faisait une différence pour celui qui sent sur sa tête l’ombre brûlante du doigt pointé accusateur. Un racisme qui n’est pas du FN n’est pas un racisme vertueux. Il est vicieux. Fignolé pour avoir l’air propre alors qu’il demeure sale. Même quand il est dévoyé pour prétendre à la défense des femmes, de la laïcité ou d’autres combats nobles. Encore plus quand une ministre s’en sert dans un exercice de féminisme galeries Lafayette à la sauce négrophobe. Même quand un homme de gauche approuve l’extrême droite. Même quand les Unes des magazines se font toutes retoucher par le même chirurgien esthétique pour ressembler à Valeurs Actuelles.

Il y a de quoi sourire avec amertume, devant la panique des militants du barrage républicain et leur argumentaire typique d’un vendeur indépendant de contrats d’assurances du Wyoming. Passionnés et pleins d’entrain, ils auraient enfin presque compris que l’heure était grave maintenant que la flamme commençait à se rapprocher. A mes yeux, c’est comme être celui qui se trouve sur une terre torpillée par une progressive catastrophe naturelle qu’il était le seul à subir dans l’indifférence mais que le reste du monde n’a daigné considérer que lorsqu’elle s’est invitée sous sa fenêtre. Et encore : il n’a été question que de faire barrage au FN. Qu’en est-il de tout ce qui précède le FN ? Rien. Et pourtant, entre l’état d’urgence, la création du ministère de l’identité nationale, les lois antivoile ou burkini, l’impérialisme, la protection des auteurs de violences policières, le mépris, les discriminations, l’asphyxie économique des quartiers populaires avec la Loi Travail, les bombardements à l’international, la banalisation des agressions à caractère islamophobe, il y avait de quoi s’arrêter et réfléchir. A moins que les plus rusés aient compris que le maximum à faire revient à faire des promesses, choses que l’on déteste de nos jours.

S’il reste quelques âmes candides pour se demander comment on en est arrivés là, mon conseil serait d’aller vous adresser directement à ceux qui ont voté pour le FN. Comme pour l’élection de Trump, il faudrait cesser de viser lâchement ceux qui ne sont en rien responsables du résultat qu’on connait.

L’abstention veut dire l’abstention.

Parce que les leçons ne sont jamais retenues par ceux qui se bornent à croire qu’il n’ont rien à apprendre de nous, il convient de continuer à jouer à ce jeu par l’abstention. Elle est, à elle seule, un geste politique. Moins grossier que le bras d’honneur mais tout aussi symbolique. Les gens outrés par cette posture parleront immédiatement de cadeau fait au FN, de communautarisme, de division et, en épuisant les cartouches avec lesquelles ils tirent, finiront par faire tomber les masques en nous disant que de toute façon, ils n’auraient rien à craindre du FN au pouvoir et que le barrage serait surtout pour nous protéger. Quelle grandeur d’âme! Quelle bonté ! Ô, mes amis ennemis ! Triste nouvelle pour vous : je n’ai plus que le regard indifférent de Joan Crawford pour répondre à ce paternalisme teinté de mépris tellement ordinaire qu’il vous a échappé ! L’heure des génuflexions devant votre agenda est une heure morte et enterrée. Elle a épuisé toute ma souplesse et convaincu à jamais qu’être la pom pom girl d’une équipe qui ne mobilise ses troupes que pour sauver sa propre peau ne sauvera jamais la mienne alors qu’elle en a eu mille occasions. Et je n’en suis même pas désolé.

Marche pour la dignité, Blantriarcat offensé

IMG_0022Dans Souffrances & Bonheur du Chrétien, Mauriac disait que “lorsque la réalité ne fournit pas au jaloux de quoi nourrir sa jalousie, il imagine, il invente”. Autant dire que cette citation s’impose pour résumer les réactions post Marche de la dignité. Impossible d’apporter une critique censée, fondée sur des arguments percutants pour analyser cette marche et son succès. Certes, il n’est pas surprenant de voir des rorchons réacs’ comme Valeurs Actuelles taxer cette marche de communautariste.  C’est le réflexe premier d’un blantriarcat paniqué devant la force d’un front qui refuse le silence et la soumission. Dans ce cas là, tout est bon à prendre pour rassurer les dominants. Il est juste regrettable que les personnes opposées à la Marche aient un argumentaire creux, une prétention sans borne mais aussi recours à des mensonges. On dit que “le monde n’est pas tombé bas mais que ce sont les hommes qui se complaisent dans la bassesse” et, hélas, les trois “opposants” à la marche de la dignité, se complaisent tellement dans la bassesse que cela ruine leurs thèses et rend quasiment nul leur argumentaire.

La première voix du Blantriarcat a s’être exprimée est celle de Véronique Genest. Pour dire quoi ? Rien de bien intellectuel, comme d’habitude. Elle conteste à la fois le nombre de manifestants et prétend que la Marche de la dignité était, “à moitié anti Israël”… ? Sur quelle base ? Aucune. D’où tire-t-elle ses informations ? Nul le sait. Mais c’est avec plaisir qu’on constate que la rage et le mensonge sont deux principaux traits chez les frustrés du Blantriarcat : quand on veut discréditer un évènement ou une lutte, il faut frapper là où ça fait mal, quitte à mentir effrontément, tant que ça conforte les dominants et accable les dominés. Cela dit, avoir Véronique Genest comme l’une des voix de l’anti marche de la dignité, c’est sans doute le plus beau révélateur du niveau intellectuel et idéologique du “camp d’en face”.

 

Capture d’écran 2015-11-07 à 22.02.21La Deuxième voix du Blantriarcat a s’être exprimée n’est pas une voix tout à fait blanche. Enfin, si. Puis, non. A vrai dire, Ahmed Meguini est un fantasme sur pattes du blantriarcat. Il est le produit fini de l’assimilationisme conquérant puisque lui, arabe à priori né musulman est devenu un fier patriote athée laïque (forcément, dans le blantriarcat, l’athéisme mène évidement à la laïcité, cet humanisme grandiose hérité des lumières et tout le blabla…). En plus, si on regarde bien son bras, il s’est fait tatouer #JeSuisCharlie, acte assez pathétique et puéril à mon sens mais qui doit probablement émouvoir “les gens d’en face”. Ce tatouage, c’est son label rouge, ou plutôt label bleu-blanc-rouge, un témoignage sincère destiné à rassurer ses amis blancs sur le mode d’un “je suis un arabe mais, voyez mon tatouage que j’exhibe en même temps que mon verre de vin, voyez-y la marque de mon intégration à vos valeurs, moi, l’arabe athée #jesuischarlie, qui n’a rien à voir avec les autres”. Par conséquent, un tel individu ne pouvait qu’être l’alibi idéal de ceux qu’il défend qui pourront disqualifier toute accusation de racisme en même temps pour qu’ils pourront utiliser un tel personnage pour faire avancer leurs thèses. Meguini, dans le paysage médiatique, c’est surtout la combinaison de trois casquettes qui n’ont d’intérêt que lorsqu’on les additionne : un arabe athée laïque. Il ne peut être intéressant et utile à la classe qu’il sert qu’en étant ces trois choses simultanément. En effet, un français athée et laïque, ça sert beaucoup moins l’assimilationisme neo-colonial qu’un arabe athée et laïque. Dans un article reprit par le Huffington Post, le pseudo rebeu subversif ose un comparatif entre la manifestation du 11 Janvier et la marche de la dignité. Le rapport ? Aucun. C’est sûr que quand on a Charlie dans la peau, on ne peut s’empêcher de tout ramener au 11 Janvier! Dès le départ, il discrédite cette marche car il y aurait vu “des associations communautaires musulmanes”. Oui et alors ? Bizarrement, le simple fait de voir des associations communautaires musulmane discrédite une marche ? Un peu raciste, non ? Passons. Meguini a vu des “des pro-Palestine composée d’antisémites notoires”. Vraiment ? Si les antisémites pro-Palestine sont notoires, qu’il donne des noms, qu’on puisse prévenir les juifs et juives révolutionnaires ou l’union juive française pour la Paix du danger qu’ils ont courru! Mais ça, on ne le saura pas en lisant cet article car avec Meguini, comme avec d’autres, l’accusation vaut la condamnation. Bien évidement, il critique la présence du PIR avec une punchline aussi fracassante que ridicule en parlant de “ceux qui ont choisi de s’autoproclamer le PIR (Parti des Indigènes de la République) avec pour slogan, ça ne s’invente pas, “le PIR est à venir”“. Analyse de type zéro pointé, passons. Il mentionne également “des femmes militant pour le port du voile”, ce vêtement que tout arabe musulman devenu athée a horreur tant elle lui rappellent son background religieux. Pour finir, il mentionne “une association dite “anti-négrophobie”“. Sur ce dernier point, j’ignore si Meguini parle d’anti négrophobie en utilisant des guillemets car soit il conteste  la sincérité de l’antiracisme de cette association ou s’il conteste ce terme de négrophobie (oui, le blantriarcat adore les guéguerres sématiques, rien de nouveau, hélas!). C’est une vraie question car, certaines personnes, sous prétexte d’être issues d’un groupe “non blanc” mais “voisin” d’un autre groupe non blanc se pensent experts et légitimes à parler de tout ce qui n’est pas blanc. Pour le coup, Méguini qui n’est pas noir mais arabe et donc ne subit pas la négrophobie qui est bien réelle, se permet de mépriser une lutte sans le moindre état d’âme en la disqualifiant en parlant d’association “dite “anti-négrophobie”. Amis du mépris, bonjour! C’est là l’essence du système blantriarcal dans ce qu’il a de plus violent et de plus confiscatoire : décréter pour les autres ce qui est réel ou non, prioritaire ou non, pertinent ou non sans jamais se rendre compte de son ingérence dans des oppressions qui ne le concernent pas en tant que victime; du haut de sa prétention, on pense avoir les compétences et la légitimité pour penser à la place des noir-e-s ce qui est négrophobe ou non sans jamais voir dans cette démarche tout le mépris de  race que cela trahit en discréditant une lutte. A ce rythme là, on aura peut être le droit, qui sait, à une déclaration farfelue du type “d’après nos recherches, le concept de négrophobie a été inventée par Malcolm X et Audrey Lorde pour empêcher toute critique des noirs” car on a que trop l’habitude de ces intellectuels de salon qui puisent leurs thèses dans les mythes et les délires les plus fous.

Après s’être perdu dans une description qui accable à peu près tout le monde (sans jamais mentionner la présence d’associations comme l’UJFP, le collectif Mwasi, des juifs et juives révolutionnaires, Solidarité Femmes Kobané, la voix des Rroms, etc… mais pour faire croire à une manifestation  100% islamiste), Meguini rentre enfin dans le vif du sujet. La marche aurait “manqué cruellement” de dignité. Pourquoi ? Parce que “ces associations ne dénoncent pas la violence, elles sont la violence et elles s’assoient bien volontiers sur la dignité. Elles s’en prennent délibérément à un symbole de l’Etat, de la République, avec la complicité de partis politique qui voient là l’occasion de faire leur marché pré-électoral”. Bouh, le chantage à la République, épisode 798! Lui qui parle, pour qualifier les manifestants, de génération “ouin ouin”, est, pour le coup, à fond dans le “ouin ouin”. C’est du “ouin ouin” bien ficelé, qui se veut moralisateur et culpabilisant mais qui est pathétique. La dignité, c’est ce qui manque quand on ignore et disqualifie tout un groupe en le désignant comme s’en prenant à un symbole de l’état après l’avoir déformé et jugé comme antisémite, islamiste, communautariste, etc… Le “ouin, ouin”, c’est pas le mot d’ordre de la Marche dont l’objectif n’était pas de quémander une quelconque dignité mais d’affirmer la sienne face à une oppression d’état. Mais ça, Meguini, ne l’entend pas. Inutile de lui citer la longue liste de victimes de crimes policiers, du harcèlement policier ou des politiques racistes et impérialistes. Lui, “arabe & athée”, n’y voit que des “forces réactionnaires, contre l’esprit des Lumières et de la Révolution française”. Comme Bougrab ou Zemmour, Meguini aime les chocs des civilisations à l’intérieur de la civilisation; il aime l’affrontement entre cette République qu’il idéalise à l’extrême et au delà de tout soupçon (probablement parce qu’elle ne lui a jamais été injuste et c’est tant mieux pour lui) contre des gens qui manqueraient cruellement de dignité. Une question s’impose : la dignité, c’est de s’opposer à des oppressions systémiques en marchant pacifiquement dans Paris quitte à prendre des risques par les temps qui courent ou servir les dominants en crachant sur ses semblables à coups d’arguments creux et en faisant ce que tous les réacs’ se complaisent à faire, c’est à dire dispenser un pseudo cours d’Histoire très sommaire sur “Les Lumières” avec une référence insipide comme si les Marcheurs n’étaient pas au courant de cet évènement historique et pour leur clouer le bec ? Pourquoi ce réflexe presque maladif de citer la “Révolution Française” (sans plus de détails…) pour neutraliser chaque expression d’une voix qui va à contre sens de l’ordre établi? Etrangement, Meguini appartient au camp de ceux qui disent à longueur de journée que l’ l’islamophobie n’est pas un racisme mais une technique mise au point pour stopper net toute critique de l’Islam alors qu’en réalité, il est celui qui a recours à la référence à “la grande époque” d’une histoire de france ultra fantasmée pour mettre un terme à toute critique de l’Etat. Il n’est donc pas surprenant qu’une personne qui soit si révérencieuse vis à vis de l’Etat ait beaucoup de mal à accepter les critiques. Mais j’imagine qu’un tatouage #JeSuisCharlie doit donner des ailes et doit probablement constituer un gage de qualité et de légitimité à déterminer qui est légitime à critiquer ou à être critiqué. Ah, la liberté d’expression et le camp #JeSuisCharlie… Une belle arnaque.

“Quand un homme politique marche derrière un communautariste, un intégriste, il en fait un prince, quand un média important lui donne parole, il en fait un Dieu aux yeux de ses pairs. Partout des usines à fabriquer des monstres sont à l’œuvre, dans une cadence sans cesse augmentée par la menace du procès en islamophobie.“. Alors, soyons bien clairs : que des hommes politiques flattent un certain communatarisme et/ou une communauté, ça se fait depuis la nuit des temps. Nos hommes politiques sont capables de serrer la main à des militants des droits de l’homme tout en serrant la main d’ambassadeurs de régimes pas vraiment portés sur ces mêmes droits. Mais il y a une nette différence entre serrer la main d’un “communautariste” et le pouvoir qu’on va lui donner. D’ailleurs, les organisations présentes lors de la Marche, qui leur a serré la main et ouvert les portes du pouvoir ? Personne. Quant à parler des médias, très sincèrement, quand on voit le vide médiatique qu’a connu cette marche dont très peu de médias ont parlé, il serait sage de s’abstenir d’écrire de telles inepties. Pour ce qui est de “la menace du procès en islamophobie“, cher Meguini, sachez que cette menace est aussi forte que celle des Kebabs sur l’avenir de la gastronomie française. Car, oui, en 2015, on peut parfaitement être islamophobe, faire carrière dessus, se promener de plateau TV en plateau TV, se déclarer islamophobe, publier des UNES islamophobes, des articles islamophobes, alimenter des fantasmes sur l’Islam et le grand remplacement sans finir sur une liste noire. Mieux encore : on pourra être soutenu, conserver son emploi, se découvrir de grands noms de la culture française comme premiers fans et ne jamais craindre le moindre ostracisme. Et malheureusement, les noms ne manquent pas pour appuyer cet argument…

Comme tous les réacs de son époque (Finkielkraut, Onfray, Zemmour, Polony, Bastié, etc…) mais aussi cette génération à laquelle il crache son venin condescendant et enrichi en mensonges, Meguini pleure. Il pleure, après avoir regretté un certain passé, loin de ce présent et de cette génération “qui n’en finit plus de pleurer tels des enfants capricieux, qui exigent tout et qui ne donneront jamais rien”. Et oui, lutter contre la précarité, le racisme, les violences policières, l’apartheid pour reprendre les termes de Valls, pour Meguini, cela relève du caprice. Lui qui s’est assimilé  “jusque dans sa chair” et se trouve à présent de l’autre côté, avec “les gens d’en face” comme je les appelle, il aimerait lui aussi, à son tour, jouir du privilège de classe qui nie la douleur des petites gens, leur exclusion et balaie d’un revers de la main tatouée, l’expression de leur dignité qu’il disqualifie lorsqu’il tombe dans un rare mépris essentialiste en écrivant : “Ils attendent le bec ouvert qu’on y jette un emploi précaire. Ils se comportent comme si l’Éducation Nationale les avait contraints à se déscolariser et qu’un dealer leur avait planté de force un joint dans la bouche.” Ouais, connards de manifestants, tous des incultes, des sans diplômes, des sans dents, des sans instructions qui osent attendre encore qu’on leur trouve du boulot (de merde, en plus!) alors qu’ils fument tous des joints! Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette phrase d’une autre phrase, prononcée par une certaine Marie Antoinette, autre figure du fameux siècle des lumières, qui, voyant le peuple affamé, aurait déclaré : “Ils n’ont pas de pain? Qu’ils mangent de la brioche!”. C’est là tout ce qu’il y a de plus nauséabond dans la parole Meguini : ça essentialise tout un groupe qu’on doit diaboliser coûte que coûte car il est hors de question qu’ils aient raison. C’est comme du Finkielkraut sauf que là, c’est un arabe, un bon arabe athée et patriote comme il se définit, qui n’est jamais vu sur le terrain, dans les quartiers populaires mais il est arabe et ça, ça suffit largement pour prétendre au titre d’expert sur la question comme on se satisfaisait lors de la loi sur le voile de l’opinion d’une Iranienne comme Chahdortt Djavann. La famille des victimes de violences policières appréciera les mots de l’humaniste bobo, qui n’a que des leçons creuses et sans aucune finalité à donner et qui lèvent surtout le voile sur son mépris de ceux qui, quoiqu’il fasse ou écrive, restent ses semblables.

Ahmed Meguini, merci pour ce moment : c’est toujours un plaisir de voir jusqu’où vont les laquais du Blantriarcat pour montrer patte blanche. Et c’est un plaisir encore plus grand quand on les voit, un jour, abandonnés, presque blacklistés, une fois qu’ils ne servent plus les intérêts de ceux qui les ont promus. A part un tatouage #JeSuisCharlie, qu’adviendra-t-il de cette personne ?

Toujours dans le registre des opposants à la Marche de la Dignité, on trouve également Christine Le Doaré. Une fois de plus, côté « personnalité de choc » et « caution humaniste », on a affaire à du très très bas de gamme. C’est pire que Véronique Genest et à peu près aussi dangereux pour pour la paix que Meguini. Le Doaré, c’est avant tout l’antiracisme niais, le féminisme discount, mais aussi le recours à des associations de concepts accablant et les amalgames d’une simplicité d’esprit telle qu’on se demande le temps de réflexion qu’il lui faut pour cracher de telles ignominies sur son blog où elle déclare vouloir “abolir la haine”… alors que la haine habite ses articles. Pour elle, l’appel à la Marche de la dignité était tentant. Oui mais non. Premièrement, personne ne lui a demandé son avis et deuxièmement, elle n’était pas la bienvenue.

Dès le départ, Le Doaré réfute l’idée d’un racisme d’état. « NON, n’y a pas de racisme d’état en France, il y a indéniablement du racisme, un racisme culturel et social, aussi des bavures policières, mais l’état ne les cautionne pas, même s’il pourrait toujours s’investir de manière plus efficiente. ». Pour une femme blanche qui n’a jamais souffert dans sa chair du racisme, il n’est pas étonnant qu’elle disqualifie cette notion de racisme d’état parce qu’elle ne peut penser l’espace d’un instant que le racisme soit téléguidé par le haut car “nous ne sommes pas ni aux USA, ni ailleurs, mais bien en République française laïque”. Argument percutant, s’il en fallait un! En réalité, le racisme d’état que Christine Le Doaré refuse de voir, c’est le racisme qui a coule depuis l’état, traverse des institutions pour finir par atteindre les populations concernées et cela, en toute légalité, au nom de combats plus ou moins dignes (lutte contre le sexisme, lutte contre le communautarisme, au nom du sacro saint “vivre-ensemble”, de la laïcité, etc…). Sans être d’une incroyable naïveté, il me semble que les lois refusant aux étudiantes voilées de se rendre à l’école, aux mères voilées d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire ou d’être assistantes maternelles, mais aussi les consignes concernant le contrôle d’identité dans la rue ou les aéroports, la création de frontex sans parler des tests ADN dans le cadre de regroupements familiaux, viennent de l’Etat, non? On est pas aux USA, certes, et ce n’est pas un argument en soi, mais l’impunité pour les crimes policiers, rebaptisés “bavures policières” – appréciez l’euphémisme -, ce n’est pas rare. Quand à l’idée que le racisme d’état ne pourrait pas exister car nous sommes “en République française laïque”… Qu’on cherche le rapport avec la laïcité et qu’on me l’explique.

En bonne donneuse de leçons qui s’étouffe à la vue d’une marche qui ne répond pas à ses critères d’antiraciste de canapé, elle s’indigne “que des groupes organisateurs et leur cortège dans la Marche, ne sont pas tant préoccupés par le racisme”. Pourtant, il semble que la majorité des cortèges dénonçaient des racismes malheureusement divers et variés. Il me semble même que la plupart des associations présentes et soutenant la marche ont toutes en commun la lutte contre le racisme. Peu importe, pour elle, ces associations ne seraient uniquement intéressées que par “ce qu’ils appellent  »islamophobie », aussi, la cause palestinienne et un rejet de l’occident et de ses valeurs”. Comme d’habitude, le Blantriarcat et la négation de l’islamophobie qu’on place entre guillemets, histoire de bien réfuter ce racisme. Fatiguant. Quant à la cause Palestinienne et le rejet de l’occident et de ses valeurs, de quoi parle-t-on ? A moins que pour Christine Le Doaré, rejeter le racisme, le sexisme et les violences perpétués au nom de l’Etat (impérialisme, colonialisme, contrôle des corps, etc…) soit un rejet des valeurs de l’occident ?! Merci pour le coming out! Et donc dans ce cas, autant être clair : oui, ces “valeurs” fondées sur un racisme pur, on en veut pas. Qui en voudrait d’ailleurs ?

Mais Le Doaré ne s’arrête pas dans les mensonges. Comme Véronique Genest, elle n’était pas présente sur les lieux mais a entendu parler d’ “’appels à la haine contre les FEMEN, contre CHARLIE, contre la laïcité, contre un prétendu lobby juif”. Une fois de plus, on accuse, on accable,  sans preuve ou justifications, sans témoignage et sans avoir été sur le terrain… et c’est écrit par une juriste, quand même. Qu’on nous apporte une seule preuve d’appel à la haine contre ce qui est cité plus haut, juste une seule!  Elle ne s’arrête pas en si bon chemin lorsqu’elle va jusqu’à se demander “comment marcher au milieu de drapeaux et mots d’ordre antisémites qui vont bien au-delà des appels au boycott d’Israël, soutien à peine voilé au terrorisme islamique du Hamas, à l’ »Intifada des couteaux » ?”. Cette question mérite une réponse claire et complète. Premièrement, aucune photo, aucun témoignage d’une personne présente ne peut corroborer l’idée d’un drapeau ou de mots d’ordres antisémites. A moins qu’un drapeau palestinien soit d’ordre antisémite et là, c’est vraiment du délire. Les seules personnes qui ont prétendu avoir entendu des insultes antisémites ont été démasquées car elles ont prétendu entendre des slogans antisémites lors de la Marche une semaine avant sa date. On est dans le pur fantasme, la pure diffamation. Deuxièmement, un appel au boycott est un appel au boycott. Certains y voient un moyen de pénaliser un état sur sa politique, d’autres y voient un moyen de pénaliser des entreprises, d’autres y voient une démarche 100 % compatible avec une lutte anti-coloniale, etc… Dire qu’il cache à peine un soutien à peine voilé au terrorisme, c’est aussi intelligent et défendable que de dire que l’appel au boycott des produits coca cola produits en Colombie (CSC) cache à un soutien à peine voilé aux FARC ou encore aux narco-trafiquants. Certes, le boycott tel que BDS l’envisage ne peut que bénéficier aux Palestiniens mais  le diaboliser tel que le fait Le Doaré, en revanche, en dit long sur son soutien au désastre humanitaire et politique en Palestine dont est responsable le gouvernement Israélien.

Il convient, avant d’expliquer le reste de la loghorée narcissique et mensongère de Christine Le Doaré, de se pencher sur son cas. Bien que se présentant avec toutes les qualités du monde (féministe, progressiste, anti raciste, etc…), il faut savoir qu’elle est très éloignée de ce qui est généralement porté par les termes “féministe”, “anti raciste” et “progressiste” et porte un regard absolument narcissique sur son vécu et son expérience. Humaniste ? A vous de juger à partir de ce florilège :

  • Elle a la prétention de décider du haut de son fauteuil qui est féministe ou pas selon ses propres critères. Au nom de quelle expérience ou reconnaissance dans le milieu féministe ? Aucune.
  • Elle adore taxer d’islamo-gauchiste toute personne qui se refuse à donner dans le “muslim bashing”, que ce soit en “temps normal” ou aux lendemain des attentats de Janvier tout donnant dans le color blind de base (“Je hais le racisme ! C’est quoi « blanc-che « ? C’est quoi « noir-e » ? A à partir de quelle concentration pigmentaire ?”),
  • Dans le registre Muslim Bashing mêlé à la sauce sexiste, elle est l’une des rares personnes en France qui a osé reprendre une certaine Nadine Morano qui s’indignait sur Facebook de la présence d’une femme voilée à la plage. Au lieu de condamner un tel geste qui transpire l’intolérance, Christine Le Doaré a saisi cette occasion pour soutenir implicitement celle dont la haine des réfugiés et l’amour de la race blanche n’est plus à prouver. J’avoue avoir trouvé délicieux de lire, sous la plume de Mme Le Doaré, que “la laïcité ne consiste pas à entraver la liberté de culte” pour lire quelques lignes plus tard “ersonnellement, je tolère les religions tant qu’elles restent dans la sphère privée”. Pas surprenant d’apprendre que cette femme soutienne sans ambigüité une initiative aussi débile que contreproductive que la journée sans voile.
  • Elle est à l’origine de l’affiche de la marche des fiertés de 2011 qui transpirait l’homonationalisme. Sa réponse ? Toujours aussi agressive : ceux qui ne sont pas d’accord avec elle sont des “ayatollah de l’intérieur” (la référence à l’Islam est récurrente chez elle, comme chez la plupart des Islamophobes qui doivent probablement croire à la responsabilité des musulmans dans le réchauffement climatique ou l’augmentation du prix des cigarettes) et elle ne voit nulle part le racisme, trouve cela exagéré…
  • Gaza ? Bof. Elle préfère fustiger des féministes engagées pour la paix et contre la colonisation sans jamais donner leur nom. S’agissait-il de Gloria Steinem, Even Ensler, Judith Butler, Sherry Wolf, Angela Davis, Naomi Wolf, Robin Morgan, Alice Walker, Amy Goodman ? On ne saura jamais. Le tout, bien entendu, dans un ramassis de raccourcis inutiles, en parlant de thèmes hors sujets pour faire diversion comme “l’esclavage musulman qui a saigné l’Afrique noire (et qui) n’est que rarement mentionné et pourtant, une recherche sur Internet permet en quelques clics, d’en mesurer l’ampleur” (“LOL” pour la recherche sur internet) tout en contribuant à cette idée on ne peut plus paternaliste d’une ville de Gaza manipulée par son élite politique et tout le blabla…
  • Son féminisme ? Un féminisme narcissique qui ne reconnait pas les autres féminismes, ce qui est un comble quand on prétend vouloir défendre les minorités. Bien entendu, pour vendre son féminisme, il faut caricaturer les autres féminismes, à commencer par mentir sans se retenir sur les manifestations du 8 Mars 2014 comme elle l’a fait pour la Marche de La dignité où elle n’y est pas allée de main morte. Heureusement que ses mensonges ont été tous démontés avec brio par Joao Gabriel.
  • Lorsque Fréderique Calendra décide de blacklister des féministes “pas assez Charlie”, Christine le Doaré se solidarise. Zut alors! Et moi qui pensais que réduire au silence, exclure, marginaliser, c’était l’arme de la domination masculine… Ah moins que certaines ne voient aucun mal à se battre contre une domination pour après, en dominer d’autres et reproduire le même schéma ?

Vous comprendrez que quiconque connait la “pensée Le Doaré” trouve absolument malvenu mais néanmoins hilarant qu’elle trouve quand même des choses à redire, entre ses mensonges et ses négations de la réalité. Elle se demande “Comment accepter que Voltuan, soit bousculé parce que sur sa pancarte était écrit « All lives matters » et cautionner ainsi ce violent rejet de l’universalisme ?” et il faudrait juste l’instruire sur l’arnaque de “All Lives Matter” comme si nous rejetions l’idée que toutes les vies avaient de l’importance. Avant toute chose, cette arnaque est en réponse au mouvement “Black Lives Matter” qui, excusez notre colère, a connu peu d’échos de la part des antiracistes niais qui, dans le meilleur des cas, se sont contentés d’en parler en déplorant avec retenue la condition des noirs aux USA (sans jamais questionner celle bien de chez nous, qu’ils soient en métropole ou ailleurs). “Black Lives Matter” est plus qu’un slogan, c’est un mouvement de dignité. Et voir un homme blanc sorti de nulle part avec sa pancarte “All Lives Matter” récupérer un mouvement pour s’y assurer lui aussi une place de victime, c’est inapproprié et offensant. Cela coupe court à toute discussion et dérive la problématique du racisme contre les noirs vers une problématique hors sujet sensée rassembler toutes les vies sous la bannière d’un universalisme de pacotille. Ce serait exactement comme voir un cortège féministe sous la pancarte “Non aux violences faites aux femmes” contré par un cortège dont la pancarte serait “Non à toutes les violences”. C’est inutile, méprisant et intellectuellement trompeur. C’est un dérivé du racisme anti-blanc qui n’existe que dans la tête de ceux et celles qui se cherchent un statut de victime. Précisions quand même que le mouvement “Black Lives Matter” s’est constitué à la suite de crimes policiers systémiques aux USA, commis par des blancs sur des noirs. Il est donc insupportable de voir des non concerné-e-s, généralement non solidaires, récupérer une lutte et une problématique pour se l’approprier. Il est donc normal qu’une pancarte “All Lives Matter” soit écartée de la Marche de la dignité car sa seule présence signifie à la fois un refus de prise en compte de la spécificité de l’oppression subie par les noir-e-s mais aussi un refus de la part du blantriarcat de voir ses nombreux privilèges que jamais les noir-e-s ne pourront connaitre. Quant à l’universalisme… Parlons-en! Quoi de plus violent que l’universalisme ? Parce que, en réalité, s’il y a bien quelque chose de profondément violent, c’est cette tendance à imposer le reflet de ses “réussites” et de les présenter comme étant universelles et donc comme ayant vocation à se répendre partout sur terre. L’universalisme, surtout dans la bouche de celles et ceux qui usent et abusent de ce concept, c’est ni plus ni moins qu’un outil de domination au service de personnes qui ne peuvent s’empêcher de se voir comme étant la référence unique qui doit être reproduite à la perfection et qui ne peuvent s’empêcher de décider de l’agendas des “autres”. Mais ça, Christine le Doaré qui se refuse à voir la couleur (contrairement à certains agents immobiliers, policiers, recruteurs et, ô surprise, personnalités politiques qui voient très bien les différences de pigmentation…), ne le comprend pas et ne le comprendra probablement jamais.

Elle se demande “dans quelle mesure les groupes féministes et LGBT qui cautionnent cette idéologique politique sont-ils conscients de conforter le sexisme et l’homophobie d’un communautarisme sectaire ?” . Du grand art. Donc la présence de groupes féministes et LGBT appuie des idées sexistes et homophobes de groupes communautaristes séctaires ? L’accusation est lourde car elle vise la présence des groupes féministes et LGBT avec lesquels elle ne s’interdit aucun paternalisme mais laisse penser qu’il figurait des groupes communautaristes et sectaires qui sont d’emblée sexistes et homophobes. Je ne me rappelle pas avoir vu le Temple du Soleil ou avoir constaté la présence de David Miscavige sur place! Plus sérieusement, je trouve absolument délirant de taxer de sexisme et d’homophobie des associations sans jamais les nommer, ni prouver ce qui est sexiste et homophobe… surtout venant de la part d’une femme qui, sur twitter et ailleurs, fait régulièrement preuve d’un racisme décomplexé quand elle ne marche pas avec des personnes irréprochables. Ci-dessous, une brève compilation des moments de gloire de Christine le Doaré:

Christine and the Queens ? Non. Par contre Christine & le péril islamique à la sauce grand remplacement, oui!

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe1

Christine et la religion comparée : oh non, non, c’est une moquerie, n’y voyez aucun mépris, voyons.

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe3

Christine joue les trolls religiophobes. Mais puisqu’elle dit vouloir le bien de l’humanité… Imaginez juste une caricature inversée avec des croyants envoyant tous les athées sur une autre planète… Vous comprenez ?

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe2

Et Christine Le Doaré qui ne voit pas les couleurs, est contre le racisme (il parait…) mais retweete sans complexe des gens aux thèses assez… claires et racistes.

Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe5 Christine Le Doaré Raciste Anti Voile Putophobe Transphobe Islamophobe4

Elle qui s’insurge contre la Marche, parce qu’elle pense bêtement et simplement le problème du racisme comme problème social sans y voir la trace de l’Etat, sans même s’aperçevoir de son racisme et de la haine qu’elle vomit en permanence sur internet à un rythme encore plus soutenu depuis qu’elle n’est plus présidence du centre LGBT ferait mieux de contrôler ses pulsions haineuses. Elle qui s’identifie comme féministe, produit un des clichés les plus connus de l’anti-féminisme mais cette fois sur la question de la lutte contre le racisme en parlant “d’esprit de vengeance” exactement comme lorsqu’on méprise le combat pour l’égalité des femmes qu’on caricature en guerre des sexes à l’arrière goût revanchard. Pire encore, elle parle “de division et de haine, au point de compromettre à tout jamais, toute possibilité de vivre ensemble”. Encore une fois, un fantasme utilisé pour faire culpabiliser sur le dos du plat concept qu’est le vivre ensemble. Doit-on lui rappeler son statut posté sur Facebook mais aussi son article dans lequel elle semble pleurer sa France d’autrefois, qui a tant changé, où “dans certaines rues de Paris, il n’y a plus d’autres commerces, écoles, crèches, cantines, que kasher et/ou israélites. Comme en écho au radicalisme musulman, un radicalisme judaïque se développe” (!) et où elle explique que “aujourd’hui, le ramadan est quasiment obligatoire, dans beaucoup de cantines, on mange hallal, dans beaucoup de piscines il y a des créneaux mixtes et non mixtes, etc.” ? Et ce n’est pourtant pas du Zemmour! Quant au vivre ensemble, évitons de convoquer cette notion vide de sens comme si elle n’était liée qu’à la volonté ou au manque de volonté de ceux et celles qu’elles incrimine. Vivre ensemble, c’est uniquement valable quand on a les moyens financiers de circuler et d’aller habiter là où on peut vivre dignement, là où les écoles ne pratiquent pas des politiques de séparatisme social absolument scandaleuses, où on peut avoir accès à un mode de vie décent. Il ne suffit donc pas de la vouloir pour le pouvoir et convoquer cet argument témoigne, une fois de plus, d’une ignorance des réalités de terrain affligeante. Ne venez pas parler de vivre ensemble à des populations qui connaissent des humiliations quasi quotidiennes que vous ne connaitrez jamais alors que vous êtes la première à pleurer leur présence et leur “manque de discrétion”. Et surtout, du fond du coeur, qui a envie de vivre avec quelqu’un comme Christine Le Doaré ?

Bien entendu, comme toutes les personnes qui se sont retenues de participer à cette marche alors qu’elles n’ont, heureusement, jamais été conviées ni mêmes sollicitées, ce qui serait un comble, Christine Le Doaré ne peut terminer son article sans mentionner des noms à faire froid dans le dos : Houria Bouteldja, Médine, Tariq Ramadan, etc… Il ne manquait plus que Ben Laden! Mais elle mentionne également Angela Davis, qui est à l’origine de l’appel pour la Marche, la qualifiant, au passage de Pro Voile et Pro Prostitution (sans preuves, comme d’habitude…) et réduisant son existence à “la cause noire aux USA”… Plus de 40 ans de militantisme, des livres traduits dans des quinzaines de langues, des conférences aux 4 coins du monde, des réflexions sur les oppressions de classe, de genre, de race, sur le capitalisme, le système carcéral, les prisonniers politiques et le black feminism mais Angela Davis, dans l’esprit bien étroit de Christine Le Doaré, n’est qu’une militante pro voile et pro prostitution et de la “cause noire” (tiens, là, on voit les couleurs!). Rappelons juste que ne pas avoir une haine épidermique du voile et ne pas être une abolitionniste de la prostitution n’est en rien signe de rattachement à une position pro voile et pro prostitution. Quant à dire que Angela Davis “a pourtant cautionné Elridge Cleaver et les autres militants noirs qui revendiquaient tout de même : «La libération de l’homme noir passe par le viol des femmes blanches »”, c’est un mensonge que seules celles gagnées par la haine peuvent oser. Quand on veut convaincre, on ne s’interdit rien. Au diable les fondements, l’éthique, les sources et les réflexions! Qu’on nous apporte une preuve de qu’avance Le Doaré, à la fois sur Cleaver mais aussi sur les “autres militants noirs” qu’elle semble être la seule a connaitre ainsi que le soutien apporté par Angela Davis. Là tout de suite, j’ai la citation de Michel Audiard qui me vient en tête  : “Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît!”.  Petite remarque : Le Doaré appartient à la caste des athées religiophobes parce que d’après elle, “rien n’a jamais été avéré, toute croyance relève de l’imaginaire”… Or, elle voudrait qu’on croit sur parole ses insinuations sans apporter la moindre preuve de ce qui est avancé tout au long de son article. Suis-je le seul à voir ici le paradoxe de son raisonnement ? Pour autant, si faire partie des black panthers signifie soutenir tout ce que leurs membres disent, pensent et ont envie de faire… alors Le Doaré a soutenu la Maire du XXème arrondissement qui elle même est socialiste comme un certain… DSK! Vous comprenez le raisonnement ? Pour info, si quelqu’un a un semblant de sources permettant d’appuyer les propos diffamatoires de Le Doaré au sujet de Angela Davis, on prend.

Comme cela a été répété à de nombreuses reprises, il est normal que cette marche ne trouve pas d’écho favorable au sein du blantriarcat, encore trop attaché à ses privilèges. Et tant mieux! Qui voudrait d’un soutien de personnes pour qui l’antiracisme consiste uniquement à décrier les insultes racistes les plus courantes et les plus caricaturales, à ne voir du racisme qu’à l’extrême droite tout en ignorant qu’il traverse la société et l’ensemble de l’échiquier politique ? Qui voudrait d’un antiracisme qui valide et soutienne des lois injustes, qui fasse la promotion d’un universalisme beauf où la seule finalité et le plaisir narcissique de voir et reconnaitre son reflet partout? Qui voudrait de soutiens émanant de personnes qui n’ont aucun scrupule à amalgamer ceux dont ils disqualifient les luttes sans jamais rien proposer à la place ou sans jamais aller à leur rencontre ni même sur le terrain? Qui voudrait de la présence à une marche de personnes incapables de construire un argumentaire rationnel qui ne soit pas basé sur des préjugés et des clichés? Qui voudrait d’un antiracisme niais, qui ne prenne jamais en considération à qui bénéficie le racisme, qui ne veuille jamais reconnaitre la responsabilité du haut sur le sort des gens d’en bas, qui ne comprenne pas que le racisme n’est qu’un rappel d’un colonialisme encore présent et qui se refuse, au nom de valeurs non identifiées à regarder les couleurs droit dans les yeux? Qui voudrait de soutiens qui viennent de personnes qui n’ont que le chantage au patriotisme, la référence à la Révolution Française et aux Lumières comme si ça allait de soi, comme argument ? Qui voudrait le soutien de personnes au complexe de supériorité énorme, qui n’ont rien en commun avec les principaux concernés, qui attendent d’eux qu’ils acceptent toutes les critiques possibles et imaginables mais qui refusent catégoriquement qu’on pointe du doigts leurs failles, leurs défauts, leurs faiblesses et leur tendance à travestir la vérité au maximum ? Qui voudrait d’un antiracisme qui n’est jamais sur le terrain mais qui sait tout ce qui s’y passe et s’autorise donc le droit de parler “au nom de” sans respecter la dignité ou l’agenda des premier-e-s concerné-e-s ? Qui voudrait le soutien de personnes qui refusent de voir qu’ils parlent depuis un poste de privilégiés, qui s’exprime avec dédain et qui pensent que leur parole et LA parole surtout quand le sujet ne les affecte pas directement mais qui pensent avoir quand même une opinion pertinente ? Qui voudrait du soutien de personnes qui se taisent sur l’impérialisme, se font rares lorsque des questions identitaires blanches sont sur la table et utilisées à des fins éléctorales et n’ont jamais questionné les rapports de domination nord-sud ? Qui voudrait du soutien de personnalités qui n’ont jamais été reconnues dans les milieux qu’ils et elles prétendent reconnaitre, non pas pour des petites controverses mais pour des opinions politiques qui sont à l’opposé d’un front anti raciste, décolonial et anti sexiste ? Qui veut du soutien de personnes qui ne trouvent rien à redire lorsque l’état envoie un gamin de 8 ans au commissariat pour apologie du terrorisme et qui en même temps ne sourcillent même pas lorsque Devilliers glorifie la colonisation qui est un crime contre l’humanité ? Qui ? Personne. Que ce soit avant, pendant ou après, personne ne veut de votre soutien. Gardez-le pour vous, entre vous. Et puis vos considérations sur la dignité, quand on sait de quoi sont nourris vos réflexions et qu’on lit la haine qui ronge vos claviers… Non Merci! La seule ombre au tableau, c’est de savoir que ces luttes historiques vont bénéficier à beaucoup de monde, y compris celles et ceux qui, du haut de leur aigreur, sont les premier-e-s à les vomir. Fanon disait que la grande confrontation ne pourra être indéfiniment reportée… Il avait raison, Fanon.

Urgence : La Marche de la Dignité

Marche de la dignitéQu’il est loin le temps où les luttes étaient téléguidées par un état qui se voulait bienveillant et où la récupération ne se faisait pas attendre. Qu’il est loin le temps où les racisé-e-s, probablement parce que méprisés dans leur identité multiple (jeunes, banlieusard-e-s, pauvres, “issu-e-s de l’immigration”, etc…) ne pouvaient se révolter qu’à condition de ne pas froisser l’état, de ne pas chambouler l’ordre établi et d’avoir principalement dans leurs rangs des cautions blanches et au profil d’intellectuel. Aujourd’hui, on a marché pour affirmer plus que jamais notre dignité.

Au départ, la marche a été diabolisée avant d’avoir lieu. Entre Yael Mellul, avocate connue pour son soutien inconditionnel à Israël et à sa politique catastrophique, qui a inventé une marche de la dignité avant même qu’elle ait lieu (!) en la faisant passer pour, grande surprise, un évènement antisémite et Caroline Fourest qui relaie un énième mensonge, via la Revue Prochoix, amalgamant Tariq Ramadan, le Hamas, la Manif pour tous, avec l’organisation de la marche, on aura tout fait pour jeter le discrédit sur la Marche. En plus, ce ne sont pas des racistes du FN, mais des “gens bien” qui sonnent l’alerte, vous avez vu! Bref, cet évènement, dont l’appel a été lancé par la Mafed (Marche des Femmes Pour La Dignité) n’a pas bénéficié de la promo dithyrambique et de la large couverture médiatique dont bénéficient les manifestations qui émanent de responsables politiques. Comme d’habitude, les mensonges pleuvent car, pour les dominants, quand on se sent au bout de ses arguments, il ne reste plus qu’une seule arme pour convaincre : diaboliser l’opposant quitte à tomber dans la bassesse, la lâcheté et la calomnie. Mais tant qu’on fait ça “pour la République”

Ici, pas de protestations débiles avec inscriptions au feutres sur corps sveltes et slaves avec slogans sans saveurs, ni réflexion. Cette marche s’inscrit dans la lignée des luttes historiques; ce sont des luttes qui n’ont jamais cessé d’exister car en 30 ans de débats interminables, rarement entre concerné-e-s, mais qui, malheureusement, ne pouvait que continuer à être pertinentes tant la situation des quartiers populaires s’est aggravée. Entre temps, il y a eu des révoltes urbaines, l’aggravation des crimes policiers, une banalisation d’un racisme décomplexé et exacerbé par le mythe d’un racisme anti-blanc, l’augmentation et la féminisation de l’islamophobie, sans oublier la pauvreté dont les quartiers populaires et leurs habitants sont les premières victimes. 2005 a été l’année du coup de projecteur pour les banlieues mais surtout le déclencheur d’une nouvelle génération d’activistes et de militants qui ont marché pour leur dignité, dans une société française ou leur parole est régulièrement confisquée, lorsqu’elle n’est pas déformée ou caricaturée. La Marche de la dignité, c’est l’expression la plus légitime qui puisse exister car elle émane cette fois directement des premier-e-s concerné-e-s qui sont et restent les premier-e-s sur le terrain. Elle échappe non seulement à la tutelle bienveillante et paternaliste du parti socialiste mais est également un message fort envoyé au gouvernement.

Mais les trolls racistes n’ont rien vu de tout ça. Ils ont vu de la racaille (probablement car la marche émanaient de gens “basané-e-s”). D’autres y ont vu de l’anti-France. J’y ai vu de la force. J’y ai vu à la fois la dénonciation du racisme d’état, du capitalisme, du sexisme, des violences policières, de l’impérialisme, la transphobie, l’islamophobie, la négrophobie. Mais ça, les “imbéciles d’en face” comme on les appelle, ils n’y comprennent rien. Aurore Bergé, qui récemment s’affichait en maillot de bain sur twitter lors de la foireuse affaire du Bikini, déclarait: “La est celle de l’indignité. Celle qui appelle au boycott d’Israël et crache sur la République.” Sauf que le chantage au patriotisme bidon (patriotisme flatté par des gens qui se tapent royalement de la France et dont la cause première est de chanteur leur amour pour Israël), pour des gens qui ne se reconnaissent pas dans la République, qui attendent encore l’égalité, la liberté et la fraternité, ça ne marche pas. De même que de se refuser de voir le rapport flagrant entre les oppressions systémiques des habitants des quartiers populaires et de leurs semblables avec l’oppression subie par le peuple palestinien depuis des décennies relève d’une mauvaise foi exemplaire. En réalité, on se solidarise dans la Palestine car c’est devenu un miroir de la situation bien française : une population de quasi enfermement, un apartheid, des lois d’exception (la laïcité a été dévoyée pour contrer les musulmans, n’en déplaise aux trolls religiophobes qui pensent se dédouaner de leur racisme quand ils affirment haïr “toutes les religions”), un taux de chômage monstrueux, une mixité sociale nulle, des moyens réduits et surtout la confiscation de son propre destin qu’on refuse encore aux premier-e-s concerné-e-s d’accomplir.

François Hollande promettait de lutter contre le délit de faciès. On attend toujours. Depuis, son ministre des transports, Alain Vidalies, a déclaré préférer la discrimination au risque d’attentats. En même temps, quand on est un homme blanc “mainstream”, la discrimination, on ne connait pas. On vous souhaite de vivre au quotidien le mépris, l’humiliation et la haine des contrôles systématiques, fondés uniquement sur votre couleur de peau, des jeunes abattus par la Police et nous en reparleront. On reparlera également du récépissé, abandonné par Valls car ce serait une mesure “trop lourde”…. On préfèrera bombarder la Syrie ou valser avec les Saoudiens, c’est certainement moins lourd sur la conscience que de lutter contre les abus dans la police. Les associations qui se solidarisent des victimes de violences policières vous le diront : le but, ce n’est pas d’incriminer l’ensemble du corps policier mais de garantir la liberté à tous de circuler sans contrôle au faciès mais surtout de garantir une vraie paix sociale.

Cette marche a quand même fait des déçu-e-s : pour ceux qui s’attendaient à des hymnes au fondamentalisme, à des “Allahu Akbar” scandés en même temps que des slogans antisémites avec des prières de rue dans le fond, il faudra vous trouver d’autres fantasmes. Par conséquent, on mettra la focale sur la présence du Parti Des Indigènes de La République. Pour l’establishment, il n’est pas concevable de marcher à leurs côtés, tant le PIR est désigné comme sémant la confusion et catégorisant la société; en effet, pour Pierre Kanuty, il est impossible de parler de racisme d’état “quand la ministre de la justice est noire”. Super convaincant… Et pourtant, ce ne sont pas les membres du NPA, d’Europe Ecologie, de l’Union Juive Française pour la Paix, des Juifs et Juives Révolutionnaires ou d’autres organisations anti-racistes qui se sont retenus de marcher pour réaffirmer leur dignité aux côtés du PIR. Une fois de plus, le chantage ne fonctionne pas. Surtout qu’en face, quand il est question, dans le camp dit “progressiste”, de lutter en faveur de la prostitution, cela ne gêne personne de faire ami-ami avec Guy Geoffroy dont les positions anti “mariage pour tous” ne semblent pas tout à fait rimer avec celles des abolitionnistes. Qu’on taxe le PIR d’antisémitisme est un sujet qui mérite, au moins, qu’on mette à plat tout ça une bonne fois pour toutes mais qu’on en fasse la raison principale du dénigrement de cette marche prouve, une fois de plus, combien l’establishment déteste qu’une lutte lui échappe des mains. Qu’est-ce qu’on déteste voir des dominés s’organiser, s’émanciper, se libérer, entreprendre ses luttes pour sa propre destinée! En réalité, qu’on le veuille ou non, la Marche est la synthèse de réflexions issues de décennies de luttes. On se lève pas un beau matin avec un sentiment de révolte; cette Marche est un événement majeur qui rappelle des affaires d’injustices flagrantes (Zyed et Bouna, Amine Bentounsi, Ali Ziri, Lamine Dieng, Mahmadou Marenga, Abou Bakari Tandia, Samir Abbache, Taoufik El-Amri, Albertine Sow, Louis Mendy, Chulan Liu, Lamba Soukouna, Remy Fraisse, etc…). On a hérité des fondements des luttes historiques qui permettent de repenser la dignité dans une société ou le racisme est d’Etat. Pour la personne non concernée, comprenez que le racisme d’état vous consume de l’intérieur, vous fait haïr et mépriser votre propre être (ce qui a pour conséquence d’engendre des individu-e-s comme Lydia Guirous et autres personnes qui détestent ce qu’elles sont) et aujourd’hui, la dignité de cette marche, c’est de clamer haut une résistance.

FemmesLes femmes ont porté la Marche. Elles étaient, dans leur immense diversité, présentes sur tous les fronts. On a rendu hommage à ces combattantes qui compilent des tas d’oppressions et qu’on a utilisées contre les hommes des banlieues qui, comme on le sait tous grâce à des associations comme NPNS (merci le PS!), seraient plus machistes et violents que les hommes blancs qui ne vivent pas dans les quartiers populaires. J’ai vu des femmes au discours sans appel mais néanmoins drôle (“Ta main dans mon afro, mon poing dans ta gueule!”), des femmes qui luttaient à la fois contre le capitalisme et le sexisme, des femmes qui rendaient hommages à leurs soeurs des pays du sud sans l’universalisme blanc narcissique. J’ai entendu les paroles de Stella Magliani Belkacem qui a rappelé que le changement ne pouvait venir que de luttes, admiré les femmes en luttes du 93, écouté Amal Bentounssi. J’ai entendu des discours trop souvent décriés comme étant “anti france” là où la France se prive de ce qui pourrait la sauver : la dignité des plus dominés. Ces femmes et ces hommes, qu’ils soient issus des organisations féministes, de la brigade anti-négrophobie, des Indivisibles ou d’associations anti impéralistes, nous ont montré par leur seule présence et parfois dans leurs mots durs que la dignité est notre plus grande arme. Quoi de plus normal que la Marraine de cette marche soit Angela Davis, icône incontestable des luttes féministes et anti racistes!

En conclusion, aux sceptiques des luttes non encadrées par le blantriarcat, aux frileux de la révolte populaire, aux mythomanes pyromanes, aux analphabètes de la dignité, sachez que vous avez perdu. Pas une guerre ou une bataille mais vous avez perdu la main sur nous. Nous ne serons plus jamais instrumentalisés par un quelconque pouvoir, qu’il soit de gauche ou de droite. Nous nous refusons à nous haïr entre nous pour que vous vous sentiez bien au dessus de nous. Nous nous refusons à vous laisser définir NOS luttes, NOS oppressions et NOTRE dignité. Vous qui nous avez tant sermonné sur tant de sujets sans jamais vous exprimer sur ce qui nous a profondément meurtri (la précarité, la marginalisation, la discrimination, les farces artistiquement racistes comme Exhibit B, etc…) tout en perdant du temps à disqualifier des concepts comme l’islamophobie, la “race” ou la gentifrication par manque de reconnaissance de votre propre racisme mais aussi par ignorance, vous n’avez plus de pouvoir sur nos propres luttes. Nous avons notre agenda et il sera contre l’oppression. Nous sommes tous et toutes solidaires de toute notre âme envers les victimes de la violence, qu’elle soit nationale ou internationale et qu’elles se trouvent en occident ou ailleurs. Le charlisme d’état, l’antiracisme niais et raciste, le refus de certaines réalités sémantiques ou sociétales, la hiérarchisation des oppressions, la concurrence des luttes, la surveillance de masse, l’instrumentalisation des blessures, la violence d’état et notre invisibilisation… On en veut pas. Et on luttera. Et on n’attend pas que la licra, Sos Racisme ou Gilles Clavreul et autres “antiracistes de canapés” se manifestent pour affirmer NOTRE dignité à nous.

PS : Bien essayé le chantage. Mais… venant de la part de personnes qui, pour le coup, font VRAIMENT monter le #FN dans ce pays, gardez vos conseils pour vous. Le #FN, c’est juste la pointe de l’iceberg, la caricature. Mais avant la caricatures, il y a beaucoup de monde et qui ne s’en rend même pas compte… tant les esprits ne sont pas décolonisés.

Patric, j’en veux pas… Enfin pas comme ça.

Des fois, il arrive que des gens sortis de nulle part viennent en soutien de luttes qui ne les concernent pas. C’est bien sauf que des fois, ces personnes veulent parler encore plus fort que les personnes directement concernées. On a tous connu cet énergumène blanc venu du fin fond “des lumières” pour apprendre au racisé ce qui est raciste et ce qui ne l’est pas comme on a tous connu ces hommes venus montrer aux femmes ce est sexiste et ce qui ne l’est pas. Merci pour la leçon mais je crois qu’il serait souhaitable que les premières personnes concernées soient écoutées et décident à leur place de ce que représentent leurs luttes, sans qu’une personne dresse un portrait de leur situation à coups de figures de styles qui ont plus leur place dans un roman sentimental que dans une discussion d’ordre politique. Malheureusement, des gens qui peuvent nous sembler “clean” comme Patric Jean peuvent incarner cet archétype du mec blanc moralisateur et engagé sur le papier. Je dois avouer que j’ai du passer par Wikipédia pour en savoir plus sur cet homme dont je n’ai entendu parler de lui que lors des “débats” sur la question de la pénalisation des clients de la prostitution. J’ai entendu parler de “Zéro Macho” et là, foutu pour foutu, j’étais intrigué! Bon, je suis néanmoins ravi de ne pas m’être plus penché sur cette association quand on sait qu’elle compte parmis ces rangs un véritable guignol du féminisme masculin (auquel Patric Jean s’identifie pudiquement en se présentant comme “pro-féministe”), à savoir Christian Delarue. Et quand je lis ses tirades absolument délirantes sur les histoires de jupes ostentatoires, je suis rassuré: je me suis arrêté de me torturer inutilement à temps. En réalité, l’objet de mon texte porte sur le dernier  article de Patric Jean, sobrement intitulé “Les Nouveaux Nazis”. Je ne vais pas y passer par 4 chemins : Patric Jean veut “bien faire” mais il est complètement à côté de la plaque. Le pire dans tout ça, c’est qu’il représente à merveille cette caste qui commente tranquillement une situation qu’il vit de loin, voir de “très loin”, en donnant des leçons mais sans jamais renoncer à ses privilèges.

Autant que je le dise sans détour : Patric Jean n’est sans doute pas raciste mais fait dans l’antiracisme niais. C’est, au mieux, digne de la plume de Nadia Khouri Dagher, au pire, de l’ignorance. Il se demande sur son blog, “comment font les jeunes dits “des banlieues” pour se tenir si tranquilles malgré la violence qui leur est faite. Racisme institutionnalisé, ghettoïsation de la pauvreté, violences policières”. C’est vrai ça, comment font-ils ?! Je lui réponds : ils luttent et la ferment. Quand on parle en banlieue de désarroi, on est tout de suite considéré comme étant dans une démarche de “revendication” mais une revendication perturbatrice car on est des sauvages qui ne savent pas se tenir. Quand on commence à saisir les moyens à disposition, on a le droit à de jolies leçons de morale où le mot “République” est répété à tort et à travers comme pour essayer de colmater ce qui se passe. Enfin, ça c’est dans le meilleur des cas. Généralement, on préfère mettre la focale sur des histoires destinées à divertir ou effrayer les masses comme l’arnaque du communautarisme qui serait une menace sur le “vivre ensemble”. Patric Jean s’improvise psychiatre spécialiste des banlieues en disant que nos pauvres jeunes auraient honte de “ne pas coller au modèle, (…) de ne pas pouvoir consommer selon les injonctions à la mode, (…) d’appartenir à une classe sociale ou de porter une couleur de peau qui fait peur. Cette honte a souvent dégénéré en une haine de soi conduisant toujours aux mêmes conséquences: drogue, alcoolisme, violence contre les siens”. Alors là, n’importe quoi. Patric Jean, vous vous égarez. Pour reprendre les termes des banlieusards que vous ne connaissez pas, vous racontez que de la merde. En banlieue, on a pas honte d’être pauvre, on a mal d’être pauvre. On a mal d’être isolés géographiquement, d’être prioritaire dans les contrôles et les brutalités policières, d’avoir peu de ressources, on a mal quand on entend des injonctions à se désolidariser de terroristes comme si on était, du fait d’avoir une religion en commun, automatiquement solidaires d’actes barbares. On a pas honte d’appartenir à la France d’en bas, la France populaire, on a mal de ne pas pouvoir s’arracher à cette couche pour rejoindre une France qui ne reconnait pas tous ses enfants et qui se refuse à garantir l’égalité des chances. Quand à la couleur de peau…. Désolé mais une fois de plus, c’est du grand n’importe quoi. Personne n’a honte d’être basané car noir ou arabe. Par contre, on a mal de savoir que notre couleur de peau est plus qu’une caractéristique physique sur laquelle on plaque des fantasmes et des peurs; on a pas honte de sa couleur, on a mal de voir que pour ceux qui sont blancs, et qui symbolisent le pouvoir car ils sont la majorité, on est tout un ensemble de choses dégradantes : beur ou beurette, bougnoule, délinquants, intégriste, etc… On a pas de complexes ou de honte par rapport à sa couleur de peau même si elle n’est pas la référence, même si on nous le rappelle implicitement à travers cette façon quasi systématique qu’on nous renvoie à des origines supposées (ce “chez vous” qui désigne un “chez soi” qui n’est jamais considéré comme étant la France). On ne se déteste pas avant de sombrer, fatalement, dans la drogue et l’alcool. Il faut arrêter cet enchainement de stéréotypes qui n’existent que dans les fantasmes les plus fous, bon sang !

Si Patric Jean parle quand même avec un peu de justesse du racisme envers les noirs et les arabes, notamment en parlant de sa mutation en islamophobie sous couvert de laïcité, mais loupe un gros détail : le continuum colonial. Et oui, désolé, mais quand il parle de “ces populations”, il oublie de mentionner qu’elles ont un statut de dominés qu’elles ont hérité de l’ex-statut de colonisés de leurs grands parents. Il oublie de préciser que le premier critère commun dans les affaires d’agressions de femmes voilées en banlieues, de contrôles au faciès, d’accusation de communautarisme et autres condamnations, c’est que l’ennemi désigné et humilié, c’est quelqu’un qui descend de l’histoire coloniale. Il oublie de préciser que lorsque nos politiques daignent s’intéresser à nos banlieues présentées comme en déficit de civilisation, c’est uniquement pour faire des danses du ventre qui n’aboutissent qu’à la création d’associations paternalistes et racialistes (NPNS, Sos Racisme, etc…) ou à récupérer quelques “divers” pour les promouvoir dans des postes à haute responsabilité. Et les revendications des quartiers, on les écoute ? Jamais. On fait du cosmétique : on pioche dans la masse, on prend quelques noirs qu’on met en valeur en pensant que le seul fait de voir des gens issus des quartiers populaires va régler tous les problèmes de ces gens. Non merci.

Comme tout féministe se réclamant de Zéro Macho et donc du féminisme blanc mainstream, impossible pour Patric Jean de ne pas parler du voile lorsqu’on aborde la question des banlieues. Ce n’est pas un cliché, voyons. L’égalité salariale, la PMA, la garde alternée, c’est pas pour les bougnoules, hein. Parlons-leur de ce qui les concerne mais avec condescendance. Patric Jean déplore que “la question du voile a transformé en une semaine des milliers d’hommes en combattants pour les droits des femmes alors qu’on ne les a jamais entendus sur cette question ni avant ni après”. Bon, on lui dit? Premièrement, il parle de milliers d’hommes ce qui est abusif. Patric Jean étant un artiste, je lui pardonne cet excès à moins qu’il soit muni d’un registre avec le nombre exact des “combattants” (pourquoi ne pas parler de défenseurs et utiliser le terme de “combattants” ?). J’ai, en revanche, beaucoup moins de facilité à pardonner le mensonge qui consiste à dire que ces hommes se sont transformés en combattants des droits des femmes. Il faudrait savoir qu’à moins de se déclarer ouvertement féministe / combattant des droits des femmes, aucun homme qui a “défendu” le port du voile ne l’a fait sous l’angle du féminisme. On peut défendre le droit à porter le voile ou n’importe quel autre droit sans s’inscrire forcément dans une démarche féministe, non ? Quant à dire qu’on a jamais entendu ces hommes s’exprimer sur le sujet, il faudrait quand même sortir du monde féérique de Disney et regarder la vérité en face : si les musulmanes qui portent un voile ont été privées de parole car considérées comme étant forcées et/ou sous la coupe des hommes, pensez-vous VRAIMENT que ce sont des hommes qui vont être entendus sur la question ? D’ailleurs, ces milliers d’hommes, vous pensez vraiment qu’ils vont s’exprimer prioritairement sur ce sujet, sachant qu’ils risquent de tomber dans la caricature du “je défends mon droit à voiler les femmes” ? Les principales intéressées sont constamment absentes des débats qui les concerne et vous pensez que ce sont leurs frères, pères, fils, cousins, voisins, amants, copains qu’on va écouter ? Ca la fout mal pour un féministe que de demander aux hommes d’avoir un avis sur des problématiques de femmes à leur place. Ca la fout mal également de les considérer comme des combattant des droits des femmes uniquement sur la question du voile en banlieue et de ne pas en faire de même quand ces mêmes combattants parlent de précarité, de chômage et d’exclusion qui sont aussi des thématiques féministes. Mais puisqu’il le dit… Cela dit, je précise qu’être en désaccord avec une situation ne fait de personne un combattant; c’est non seulement nourrir un mépris sur ce qu’est réellement la lutte que de taxer abusivement de combattant quelqu’un qui a juste une idée différente. Par contre, ce qui serait bien, avant de tomber dans les hyperboles qui donnent à croire qu’il y aura une foule d’hommes venus défendre le port du voile, ce serait aussi de dire comment le voile est systématiquement présenté dans les médias… cela pourrait expliquer bien des choses.

Le reste de l’article aborde la question de la laïcité. Même si je peux reconnaitre certains arguments, j’ai quand même manqué de m’étouffer de rire quand j’ai lu le passage sur le dernier clip de Médine. On dirait que Patric Jean fonde son article sur des bases solides! D’après Patric Jean, Médine “crie maladroitement une haine que nous avions prévue”. Adroitement, ça voudrait dire quoi ? Sans mentionner Caroline Fourest, Nadine Morano ou Copé ? Sans dire la réalité ou en bannissant les “gros mots” parce que ça fait tâche ? A moins que le problème soit le rap? Médine aurait-il dû le faire sur un air d’Opéra ? Pour Patric Jean, le clip de Médine et les thèmes de son titre tombent comme ça. Aucun rappel des faits, ni explication ni retour sur les travaux de Caroline Fourest ou les sorties immondes de Morano ou Copé. Peut être que Patric Jean croit en la haine innée des habitants des banlieues qui rappent en dehors de tout contexte social, juste pour cracher une rage qui sort de nulle part… On voudrait bien des explications mais Patric Jean n’a pas le temps, il faut faire vite car nous allons droit vers le choc des civilisations : “Nous allons donc nous retrouver entre, d’une part les “nouveaux nazis” (le terme s’applique ici parfaitement) et les exclus devenus fous (de dieu). Nous n’aurons pas à choisir un des deux camps. Seulement à subir deux folies qui s’affronteront parce que nous aurons été indifférents ou cyniques.”. Vite, agissons pour la survie du “vivre ensemble”! C’est Patric Jean qui vous le dit. Et avant que le péril islamique ne l’ait emporté, il vous fait prendre connaissance de son plan : “il nous reste à nous les blancs, laïcs, refusant tout racisme et révoltés contre les injustices sociales, à faire savoir que nous sommes là et que nous ne cèderons pas à cette folie qui nous emporte”. Bon. Déjà, je ne vois pas l’intérêt de se présenter comme laïc, du moins dans ce contexte mais pourquoi pas. Après, dire aux habitants des quartiers que vous êtes là, désolé, mais on s’en fiche. “Je suis là pour toi”, c’est la phrase passe partout, super usée, un cliché parmi les clichés. C’est une phrase tout prête, toute faite, à congeler et à décongeler selon les circonstances et qui ne veut absolument rien dire. C’était la phrase de ma meilleure amie qui, depuis, vit à Beverly Hills et n’est là qu’à distance, ce qui est une blague. “Je suis là”, quand on a pas défini le “là” et qu’on s’exprime dans un confort qui n’a rien à voir avec le quotidien des gens dont on parle, c’est inutile. Surtout que, jusqu’à présent, “je suis là” pour les banlieues, bon nombre de gens l’ont dit. On a pas lu de chroniques ou vu de vidéos de Patric Jean dans le procès Zyed & Bouna. On a pas entendu Patric Jean sur le projet de loi d’interdiction du foulard à l’université. Non. Patric Jean quand il se pense “là”, c’est à dire avec les banlieues, c’est pour leur rappeler combien leur sort est injuste avec un article bidon qui a plus sa place dans les pages de Nous Deux que dans une discussion sérieuse. Et si être là pour les banlieues, c’est être là comme vous l’êtes pour les prostituées, c’est à dire taxer d’aliéné-e-s, de taré-e-s, de dominé-e-s qui se contraignent sans se rendre compte les pauvres, avec toute la condescendance du monde, je pense qu’on va s’en passer, hein.

J’aurai adoré écrire un autre article mais malheureusement face à un tel ramassis de bêtises, comment ne pas écrire autre chose ? J’aimerais applaudir un discours d’allié authentique sur les banlieues mais ce que j’ai lu, c’est de la candeur condescendante. Ben ouais, quoi, comment qu’ils font les gens des banlieues pour accepter leur condition, quoi ?! Ils ont qu’à devenir riches, tiens! Je sais bien que le m’expose à une accusation de lynchage (comme Patric Jean l’a fait lorsqu’il a parlé du Y’a Bon Award de Caroline Fourest, partant au passage dans un délire d’histoire de la religion vraiment hors sujet) car c’est le propre des habitants de banlieue : quand on ose affronter ceux qui pensent nous tendre la main, on est “violents” parce qu’on est des sauvages. On ne répond pas, on ne critique pas, non, pour “eux”, on lynche. On est devenus paresseux, menaçants et “des gens avec des revendications politico-religieuses” le jour où on a décidé d’ouvrir nos gueules et de tracer notre propre destinée et c’est là que les emmerdes ont commencé. Sur ce, laissons Patric Jean donner des cours de sociologie de banlieue si ça l’aide à soulager sa conscience. Laissons-le s’exprimer sur le voile, lui qui a la connaissance et la science et qui s’estime tant concerné. Laissons le également nous enseigner la vie, nous les ignares, mais rappelons lui que, quand même, un mec blanc cis qui parle des banlieues, du foulard et de la pauvreté sans expliquer le pourquoi du comment et sans mentionner un seul instant ses privilèges, c’est quand même un truc de bobo bienveillants paternalistes.

PS : Quand Patric Jean ne soutient pas les Femen ou méprise les travailleuses du sexe, il déplore la ré-election de  Netanyahu qu’il impute aux islamistes. Oui, je sais, c’est vraiment du n’importe quoi.

PS 2 : Dans le rayon “vraiment à côté de la plaque”, il n’y a qu’à voir la réaction de Patric Jean sur l’interdiction du film Much Loved au Maroc qu’il interprète comme une censure d’état sur le fait de montrer la violence de la prostitution… Il a tout faux : si ce film a été censuré, c’est pour la bonne et simple raison qu’au Maroc, la prostitution est prohibée et que ce qui est censuré en réalité, c’est le fait qu’il existerait une prostitution mais qui aurait été “abolie”. Cette censure est donc faite pour “rassurer” ceux que l’idée de la prostitution irrite (essentiellement pour des raisons religieuses ou morales) mais aussi pour lutter contre le cliché du Maroc, paradis du tourisme sexuel. Mais bon… puisqu’il vous l’dit…

Ils parlent de communautarisme…

Disclaimer : Je rappelle, une fois de plus, ne pas être un agent ni du complot LGBT-Islamo-marxiste-conquérant, ni du choc des civilisations. Je précise également ne pas bosser pour l’establishment, ni pour Daesh ou encore les frères musulmans. Je rappelle encore, pour finir, qu’il est pénible d’avoir à rappeler ces choses là pour être lu car une fois qu’on vous qualifie (sans la moindre preuve) de “faux nez de Tariq Ramadan” ou d’être allié de l’islamisme, vous avez presque perdu…

Il existe des termes qui sont à la mode tellement on les entend. En ce moment, je n’en peux plus de ce mot : communautarisme. Ce serait la cause de tous nos malheurs. Vous cherchiez un dénominateur commun au terrorisme, au machisme “de banlieue”, au chômage, à la précarité, à l’échec scolaire, à la faillite de “l’intégration”? Ne plongez pas le nez dans des études et n’allez surtout pas sur le terrain régulièrement, lâchez juste le mot “communautarisme” : tout le monde comprendra, en se contentant juste d’esquisser un léger rictus d’approbation. Ironie de l’histoire : même si ce mot est dans toutes les bouches, personne ne sait réellement de quoi il est question. Pour caricaturer les discours dominants, on parlera de communautarisme lorsqu’on verra un groupe d’individus “qui se ressemblent et donc s’assemblent”. On leur prêtera également un nombre d’intentions jamais vérifiées mais présentées comme des revendications destinées à perturber la paix sociale et l’égalité avec bon nombre de fantasmes pour endormir le peuple. Cela devrait, à priori, concerner tout le monde sauf que, dans les discours ambiants qui n’existent que pour lutter contre le communautarisme, cela ne concerne uniquement des minorités racisées et aucun autre groupe.

1_photo_4Vu que je prêche par l’exemple, je vais faire appel à votre pop culture pour comprendre ce concept foireux. Prenons les héroïnes de Sex & The City; elles pourraient être considérées comme communautaristes. Après tout, il s’agit de 4 femmes hétérosexuelles, élégantes, New Yorkaises, bourgeoises, consuméristes, centrées sur elles tranquillement dans leur petit monde… Mais pour l’establishment, ce n’est pas du communautarisme. Par contre, bande de filles, à savoir 4 noires d’origine modeste car “issues des banlieues”, pour l’establishment, c’est du communautarisme. La différence entre les deux ? Le privilège de la liberté : le premier groupe, Sex & The City, composé à 100% de femmes blanches est libre d’exister sans avoir à se justifier sur sa composition alors que le second doit justifier dans son existence le fait qu’il ne compte pas de femmes blanches. Le groupe de femmes racisées est perçu comme un groupe de femmes qui se sont “unies” sur une base ethnique tandis que l’autre apparait comme normal alors qu’il est tout aussi “critiquable” d’un point de vue “diversité”. Par conséquent, privilège blanc oblige, Sex & The City échappe à l’appellation “communautariste” tandis que Bande de Filles ne peut être qu’une horreur de communautarisme. Cette simple comparaison est déclinable à l’infini. Regardez les émissions de TV qui traitent du sujet : le communautarisme, c’est toujours 3 arabes, 3 noirs ou 3 rroms ensemble. Par contre, pas un mot sur 3 blancs ensemble, jamais. Pourquoi ? A cause du privilège blanc : lorsque le sujet est évoqué, ce n’est jamais sous l’angle blanc qui ne peut pas être menaçant et à l’origine des failles évoquées en introduction. Jamais remis en cause.

Alors, le communautarisme – des racisé-e-s, cela va sans dire, c’est super mal. Ca fait flipper. Ils sont la menace qui pèse. Sauf que… en réalité, le “communautarisme” d’un groupe n’existe que pour celui qui se perçoit à l’extérieur du groupe sans jamais questionner ses dynamiques culturelles et / ou sociales. Avant de mépriser des populations qu’on prétend vouloir sauver, s’est-on réellement posé la question de ce qui crée ce qu’on a décelé de communautariste chez ces gens-là ? Est-ce qu’on peut s’imaginer deux secondes, soyons fous, que des personnes peuvent former un groupe qui a des choses en communs qui ne sont pas ce qu’on voit d’elles ? Est-ce qu’on peut se dire que ces 4 filles arabes – désignées sous le terme de “beurettes” pour faire fantasmer le vieux beauf qui s’est découvert un faible pour les maghrébines depuis qu’il a vu Tabatha Cash dans Raï – forment un groupe avant tout parce qu’elles sont amies, soeurs, collègues, cousines, camarades et pas forcément parce qu’elles sont arabes ? Par contre, 3 lesbiennes “visibles” ou 3 gays “visibles”, eux, n’auront jamais à répondre d’accusation de communautarisme, pas plus que l’ensemble de la rédaction de journaux qui font fortune sur ce concept depuis des années, à coup de Unes et d’articles à tout va. Pourquoi les racisés seraient, tout à coup, devenus communautaristes ? Personne n’a daigné y répondre. Personne n’a daigné interrogé les principaux concernés. Personne n’a questionné le rapport entre l’environnement social, la différence de traitement d’un groupe à l’autre, non. On nous montre des communautaristes qui font peur et à nous de nous démerder avec cette horrible menace qui plane sur nous, blablabla…

Pour nous faire haïr les minorités visées à travers la haine du pseudo communautarisme qui n’existe que dans la tête de ceux qui en parlent, il faut une caution. Et pas n’importe laquelle : une caution bisounours, prête à penser, facile d’emploi et qui tient en deux mots puisqu’elle s’appelle le “vivre ensemble”. Forcément, quand on prend les gens pour des moutons, pas la peine de se lancer dans des théories foireuses : on va utiliser un mot simple à retenir et à comprendre. Par conséquent, en pointant du doigt “les communautaristes”, on veut nous monter des gens qui refusent le “brassage” car ils refusent le “vivre ensemble”. On nous fait croire, que parce que passe devant nos yeux un groupe d’individu-e-s ” de couleurs”, que ce groupe refuse tout ce qui ne lui ressemble pas car il s’est fondé sur sa propre “couleur”. On va nous faire croire également que c’est un refus du “vivre ensemble” que de vivre en cité au lieu de “vivre avec les autres”, en niant les réalités sociales. C’est à la fois prendre les gens pour des cons mais surtout faire dire, une fois de plus, aux premier-e-s concerné-e-s ce qui n’a jamais été dit. Cela n’est bien entendu valable que pour les minorités. Une bande d’amis blancs qui va au golf, sort en boite, dîne en terrasse, se balade en voiture, fait son shopping ou la queue devant la cigale, ça, c’est pas du communautarisme et eux, ils veulent vivre ensemble. Que faudrait-il faire pour ne pas donner l’impression d’être communautariste ? Rester une minorité et se trimballer avec un panneau qui dirait “je suis racisé-e mais je reste ouvert-e aux blancs, venez me voir, y’aura des Free Hugs !” ? Et pourquoi émettre une remarque toujours aux mêmes groupes lorsque d’autres semblent avoir le privilège de faire sa petite vie tranquillement sans qu’on ne lui consacre des doubles pages dans Libé, sans qu’on mette le doigts sur ses caractéristiques communes de ses relations, sans décortiquer méticuleusement son mode de vie, sans qu’on lui dise combien son “comportement” trahit ses revendications politiques ? Pourquoi ne pas faire exploser ce privilège blanc si on veut vraiment “vivre ensemble” ? Et surtout… pourquoi ceux et celles qui fustigent le communautarisme sont… eux mêmes communautaristes. Il existe donc un communautarisme blanc, d’en haut, humaniste, laïque et fier mais que le débat actuel ignore pour mieux ce concentrer sur le communautarisme du pauvre, qui est définit par les autres.

Pour ce qui est du “vivre ensemble”, ne nous laissons pas avoir par cette énorme farce. Si la démarche était sincère, le vivre ensemble devrait impliquer des actes concrets à savoir l’abolition des frontières : plus de classes, plus de castes, plus de différences, la chance pour tout le monde. Plus de petits, plus de grands, plus de banlieue, plus de ville. Cela voudrait signifier un abaissement des riches au niveau des pauvres pour que “ensemble” soit une réalité mais, bizarrement, là, personne ne répond présent. D’ailleurs, humanistes anti-communautaristes auto-proclamés, où étiez-vous, lorsque nous parlions d’identité nationale, d’unité nationale? Où était votre fabuleuse idée du “vivre ensemble” lorsque l’on expulsait des sans papiers, qu’on parlait de “ghettos” pour désigner les quartiers populaires, qu’on liquidait des budgets essentiels, qu’on racialisait des maux “bien français” comme le sexisme lorsque l’on parlait de banlieue ? Où étiez-vous, lorsque au nom d’une laïcité qui serait garante du “vivre ensemble” et un rempart contre le grand vilain communautarisme, on excluait des jeunes femmes portant le voile de l’école comme on s’apprête à les exclure de l’université ? Vous voulez “vivre ensemble” mais selon des règles qui ne bénéficient pas à tous.

Comme on peut pas parler de communautarisme sans évoquer son hypocrisie face aux “mouvements” tout aussi “communautaires” mais jamais décriés car majoritairement blancs, on ne peut pas évoquer des soit disant revendications communautaristes avec lesquelles on terrorise la France, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Qu’en est-il réellement ? Rien. Ah si, les catholiques de la manif pour tous. Sauf qu’on ne parle pas d’eux en terme de “communautaristes”, y compris lorsqu’ils fricotent avec un candidat à la présidentielle à des fins vraiment politiques. Par contre, quand des musulmans se rencontrent annuellement à un salon au bourget, on ne râtera pas une occasion de parler de communautarisme, allant même jusqu’à créer des liens complètement incongrus avec les évènements de Janvier. Lorsque des musulmans prient dans la rue, l’alarme communautariste est sonnée, de gauche à droite, quitte à parler d’ordre public ou d’occupation… Vous existez, et ben, vous existez trop ! Par contre, lorsque des gens animés par une islamophobie qui vit dans leurs veines se rassemblent autour du saucisson et du pinard dans la rue, on est choqué du silence de nos élites qui” luttent contre le communautarisme”.

Pour se rendre compte de l’arnaque qu’est le concept de communautariste, il suffit de regarder qui en parle à outrance : des beaufs qui n’ont aucune expertise à faire valoir en la matière, qu’ils soient de gauche ou de droite. Je ne vais pas tous les énumérer mais ce sont en général des personnes qui vivent loin des personnes désignées comme communautaristes et qui, par conséquent, sous couvert de lutte pour le vivre ensemble et donc pour le “bien commun”, pensent avoir une quelconque expertise en la matière. Sauf que, le communautariste est fondé sur des intentions stéréotypées qu’on prête aux gens : on pense que tel groupe est dans la revendication juste parce qu’il est racisé. Les plus grands théoriciens bidons de la lutte contre le communautarisme oublient juste une chose et il est possible que ce soit un oubli volontaire : le communautarisme dont il parle, il n’est que le produit d’une politique d’état et donc décidé par l’état sans qui il n’existerait pas. C’est l’état qui parque les pauvres dans des “ghettos”, tout comme c’est lui qui est responsable de la politique de la ville et du chômage. Vous considérez 3 noirs ensemble sur un banc comme une immonde provocation, un immonde affront au “vivre ensemble”, un “repli communautaire” féroce qui narguerait l’indivisibilité de la République ? Allez donc vous mélanger. C’est facile de fustiger mais, vous, la haute France qui méprise et prête des intentions à des individus qui n’ont aucune démarche politique dans le simple fait d’exister et d’être visibles, quelle est votre contribution? Pourriez-vous nous communiquer une liste de vos amis, collègues et proches qui vienne apporter de la crédibilité à votre “combat”? On pourrait calculer le taux de juifs, musulmanes, animistes, hindous, noirs, arabes, réunionnais, indiens, chinois, protestants et vous dire, en fonction des résultats si vous êtes universalistes ou communautaristes, avec remise d’une carte tricolore avec une médaille “anti-communautariste”. On pourrait également demander aux anti-communautaristes du Dimanche de nous donner des gages de sincérité de leur “vivre ensemble” afin d’évaluer si leur démarche vise à promouvoir réellement la mixité ou juste à créer une atmosphère de péril “communautariste” dont le but serait de mettre à terre la France.

La vérité, c’est que le communautarisme est inévitablement partout. Ce n’est pas juste un “phénomène” qu’il faut cantonner aux banlieues et aux quartiers “ethniques” des grandes villes. Je considère le public d’un meeting de l’UMP aussi communautariste que celui du FDG, tout comme je considère Barbès aussi communautariste que St Michel, Belleville ou Haussman. Le public d’un film de Jennifer Aniston, celui d’un film de Stallone, d’un concert de 30 Seconds to Mars ou de Béyoncé… tous ces groupes sont communautaristes, selon ce qu’on a décidé de voir en premier lieu. La différence, c’est que, contrairement aux humanistes obsédés par les “obsédés du complot”, je ne tombe pas dans le complotisme pour éviter de me pencher sur les échecs des différentes politiques de la ville. L’establishment a décidé de mettre la focale sur le communautarisme des pauvres pour rassurer les dominants et leur garantir le statut quo de leurs privilèges. Ce faisant, il invalide le vrai travail qui est mené par des populations qui n’aspirent qu’à exister autant que n’importe qui d’autre. En attendant, on pourra toujours s’ériger en martyr du communautarisme qui détruirait la société en découvrant des sites de drague dits “ethniques” mais on ne rentrera jamais dans des analyses aussi virulentes lorsqu’il est question de la pornographie qui exploite aussi le communautarisme ou du CSA qui se montre très frileux à l’idée d’intégrer – car c’est au sommet d’intégrer et non la base – des minorités raciales. On pourra toujours pleurer en voyant un groupe perçu comme “communautariste” mais tant que l’on continuera à enfermer et à coller des étiquettes pleines de mépris, comment voulez-vous qu’on croit au “vivre ensemble” ? D’ailleurs, vous avez peur de la viande halal, d’un foulard, d’une barbe, d’une jupe longue mais vous tenez à vivre ensemble ? Pour ma part, je ne veux pas vivre avec un grand nombre de personnes – l’axe qui va de l’islamophobie à l’antisémitisme en passant par le sexisme, le racisme et l’homophobie – à commencer par ceux qui, à votre façon, surfent sur des peurs fondées sur des fantasmes sans jamais s’attaquer à leur origine : l’état.

Quand Valérie Toranian ment…

Quand on est une obsédée de « l’islam des quartiers » et qu’on a été le sponsor officiel de mouvements comme NPNS, quoi de mieux que de récupérer un sordide fait divers pour étaler une critique lâche, plaquer ses fantasmes dessus et faire sa propre promo ? Je vous le demande.

Petit rappel des faits : dernièrement, une jeune fille prénommée Aïcha s’est suicidée. D’après ce que rapportent plusieurs articles, son suicide fait suite à l’apparition sur les réseaux sociaux d’une vidéo « sexy »  et aurait provoqué un violent lynchage. La jeune fille, asphyxiée par la honte et le harcèlement, se serait suicidée en se défenestrant depuis l’appartement de sa grand-mère. Ce fait divers n’a malheureusement rien d’original ; en effet, depuis de nombreuses années, on assiste au sordide essor du «Porn Revenge» qui consiste, pour certains individus, majoritairement masculins, à se venger de leur ex-compagne en publiant tout document (photo, mail, vidéo, etc…) intime sur le net dans le but de se « venger » par l’humiliation. Bien que le sujet soit d’actualité, peu de gens, excepté la réalisatrice Ovidie, se sont penchés sur la question, certainement parce le phénomène cristallise encore trop peu de peurs et n’est pas réellement rentable sur le papier. Ainsi, Aïcha a été décrite, de façon implicite comme une victime du Porn Revenge; la plupart des bulletins d’informations la concernant ont dressé le portrait d’une adolescente harcelée, insultée, menacée et intimidée pour cette “sex tape” qui l’a présentait, soit-disant, en compagnie de son amant, un adolescent noir, lui aussi issu des quartiers. Oui. Une beurette, un noir, du sexe, une caméra, la banlieue pour lieu commun et un suicide pour la fin : chez les journalistes monomaniaques du péril islamique libertaire, on sort le champagne.

Sauf qu’entre temps, la police et les proches de la famille n’ont jamais confirmé cette histoire qui ne serait qu’un tissu de mensonges : non seulement Aïcha n’a jamais été harcelée, mais elle ne figurerait même pas sur la vidéo ! Mais trop tard : un fait divers avec une jeune beurette qui met fin à ses jours à cause de la “honte” est un plat trop bon pour ne pas être avalé goulûment par des journalistes qui n’ont pas eu leur dose de faits divers “à caractère musulman” comme Valérie Toranian… ou des sites d’extrême droite. Aucun bulletin d’information n’a publié de communiqué pour revenir sur leurs affirmations préremptoires mais peu importe : il ne faut pas rater une opportunité d’exploiter le filon juteux de la barbarie musulmane de banlieue. Là où toute personne un minimum humaine se contenterait de juste regretter qu’une adolescente se suicide, Valérie Toranian, elle, saute sur cette occasion pour baver.

Après avoir dirigé le magasine Elle et avoir, grosso modo, enseigné aux femmes l’art de s’aliéner en suivant toute une liste de diktats, Valérie Toranian s’occupe aujourd’hui de la Revue Des Deux Mondes. Bien que toujours dans l’univers bobo, Valérie Toranian ne peut vivre sans casser de l’islam de temps à autre. Après avoir profité des tragiques évènements du mois de Janvier pour rappeler, je paraphrase, dans son édito, que les assassins qui ont tué les membres de la rédaction de Charlie Hebdo sont avant tout « des musulmans », qu’il est tout à fait possible d’être « islamophobe et républicain » puisque l’islamophobie n’est qu’une tactique empêchant toute critique de l’Islam, Valérie Toranian n’allait pas laisser passer ce fait divers sans ajouter sa touche… en faisant preuve d’une subjectivité qui en dit long sur ses intentions. En introduction, Toranian explique qu’à 15 ans il existe des codes (comme s’ils disparaissaient à l’âge adulte!) qui sont communs à tous les ados, avec lesquels on ne plaisante pas mais, qui, grande surprise, sont différents pour les jeunes filles musulmanes, qui, elles ont le droit à un autre code : celui de la pureté. Ces jeunes filles, que l’auteure voit comme les martyrs de la communauté musulmane, seraient surveillées, contrôlées, jusque dans leurs choix vestimentaires qui seraient désormais limités au port du foulard. Sur quoi Mme Toranian fonde cette idée ? On se le demande. Parce qu’au fond, parler d’un code qui existerait et serait propre aux ados, c’est, somme toute, banal, mais dire qu’il en existerait un “custom-made” pour toutes les adolescentes musulmanes, c’est au mieux, du fantasme ringard, au pire, de la propagande dans la veine des écrits d’Ayan Hirsi Ali. Mais Valérie Toranian ne se refuse rien!

Après avoir joué les sociologues de comptoir, Valérie Toranian va jouer les enquêtrices super engagées dans “l’affaire Aïcha”. Car si la police et les proches de la victime ne sont pas en mesure de nous en dire plus sur ce qui a poussé la jeune fille à se defenestrer, Mme Toranian, elle, parce qu’elle est la discrète libératrice des « filles des quartiers », elle sait ce qui s’est réellement passé  : Aïcha est morte en payant “le prix fort de la liberté”. Comme dans les fantasmes de journalistes mythomanes, avec V. Toranian, quand on est une jeune musulmane issue du 93 et dans une situation de détresse, il ne faut pas croire la version officielle, non. Là le complot n’est pas discutable. “On les connait” comme on dit… Aïcha s’est suicidée, pour Toranian, parce qu’elle était trop libre, devergondée, bref « pour un ourlet trop court ». Comme Fourest et l’affaire “Rabia Bentot”, ne croyez pas tout ce qu’on vous raconte, à commencer par la police et la principale concernée ou ses proches : c’est la liberté des musulmanes qu’on veut punir ! Paternalisme puant…

Au lieu de revenir sur terre et dans le réel, Toranian continue dans les délires. Pour émouvoir encore plus son lectorat en pantoufles de mohair, elle établit un parallèle des plus immondes avec une autre affaire, celle de la collégienne, Sarah, qui a été exclue de l’école pour port de jupe jugée ostentatoire. Le rapport entre les deux ? Aucun. Ah si: elles sont toutes les deux musulmanes, ce qui est un point commun suffisant aux yeux de l’auteure de l’article pour se lancer dans une comparaison des plus inappropriées. Tandis qu’elle voit Aïcha comme une icône de la liberté qui est morte pour ses choix de vie, Valérie Toranian voit en Sarah une provocatrice prosélyte qui a réussi son coup, et qui à présent pose pour les journalistes tout en narguant ses professeurs et la “République”. Bien que Sarah ne mérite pas ce qui lui est arrivé car elle n’a pas enfreint la loi, elle ne mérite pas son nouveau statut (qui reste vraiment à définir mais qui en tout cas ne plait pas à tout le monde). Pourquoi ? Parce qu’elle ferait de l’ombre à Aïcha ? A lire cet article, on pourrait le penser tant Toranian regrette que Aïcha n’ait pas été autant soutenue. Sauf que, chère Mme Toranian, les deux affaires n’ayant vraiment rien à voir, il ne faut pas vous tromper de colère mais en vouloir à la société qui méprise certains comportements, en l’occurrence ceux qui ont été prêtés à Aïcha, plutôt que les élans de solidarité envers une jeune musulmane exclue de l’école alors qu’elle n’aurait pas du l’être.

Le texte de Toranian va toucher à sa fin mais ne peut s’achever sans que son auteure fasse un nouveau parallèle avec, cette fois, l’Afghanistan. Et oui, car quand on veut vraiment faire flipper le français moyen, inutile de rester en France, il faut avoir recours à des images fortes. Et quoi de plus fort que l’Afghanistan, pays qui concentre en lui toutes les images flippantes de l’oppression des femmes ? Ainsi, pour faire écho au suicide de Aïcha, Valérie Toranian écrit : “Il n’y a qu’une vraie victime dans cette histoire : Aïcha, morte pour un ourlet trop court. Morte de l’intolérance, de l‘ignorance et du machisme. Morte pour n’avoir pas su résister à la police des mœurs, instance garante de la réputation des jeunes filles. A Kaboul, cette police s’appelle le Comité du Vice et de la Vertu : elle surveille… la longueur des ourlets.” Il ne manquait plus que la musique et la peur pouvait s’inviter. Et oui, ces immigrés, ces musulmans, ils ont importé avec eux en France, d’horribles traditions liberticides qui viennent souiller notre territoire ! Tremblez, tremblez! Que répondre à cela si ce n’est que lorsqu’on sait qu’on est dans l’exagération, on exagére encore plus ? Que dire à une personne, qui se veut féministe, mais qui dans le même temps n’hésite pas une seule seconde à procéder à des mises en concurrence de femmes qui n’ont rien à voir juste pour mieux en descendre une et, au final, montrer à quel point “on” déteste la liberté ? Que dire à Valérie Toranian sur son indécence ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on va exploiter deux faits divers complètement différents “à consonance musulmane” pour les opposer et désigner une vraie gagnante par opposition à une tricheuse ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on se borgne à parler d’Aïcha qu’on ne connait pas mais qu’on désigne comme victime de sa soif de liberté alors que rien ne prouve ses dires ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on ne respecte même pas la douleur de sa famille et de ses proches qu’on désigne comme étant, implicitement, responsables du drame car ils lui ont fait payer son “écart” ? Valérie Toranian ne fait que s’inscrire dans la lignée des féministes blanches de l’establishment qui  n’ont aucune honte à puiser dans les ragots et les mythes urbains pour mieux dépeindre une “autre” france, celle du péril islamique où la barbarie “pas-de-chez-nous” a été importée et où les femmes sont forcées de vivre à la mode Afghane.

Par pure provocation, j’ai quand même quelques questions à poser à Valérie Toranian. Puisque, on l’aura compris, elle est féministe et friande de beurettes libérables à sa façon, aurait-elle écrit un article aussi idéologique si Aïcha avait survécu ? En tant que féministe, se serait-elle précipitée à son chevet et aurait-elle appelé ses ami-e-s des médias pour lui donner la parole ou aurait-elle écrit un article bien moins porté sur l’émotionnel en dénonçant le Porn Revenge comme atteinte à la dignité de toutes les femmes, qu’elles viennent de milieu où le sexe est pas un tabou ou non ? Se serait-elle passée d’une référence à l’Afghanistan au profit d’une référence avec le projet de loi sur le renseignement qui lui, risque de créer un nouveau rapport à la vie privée dans ce genre d’histoires? Je ne le saurai jamais.