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Etude comparée : Quand Canal + fait mine de s’intéresser au féminisme…

MLa télévision française a beaucoup de mal à parler de féminisme. Même à l’occasion de la journée de la femme, date féministe s’il fallait n’en retenir qu’une seule, le service public n’a rien trouvé d’autre à proposer… qu’une émission 100% femmes sur France 2, en deuxième partie de soirée, sous la tour Eiffel et animée par Alessandra Sublet qui déclarait se sentir “de moins en moins féministe” pour une histoire de paires de couilles. Il paraît que les temps changent et pourtant, les clichés les plus antiféministes résistent, tout comme leurs cousins, à savoir les clichés racistes. Et malheureusement, ce ne sont pas les reportages de Canal + qui nous feront penser le contraire.

2015, chez Canal +, c’est l’année Charlie, année Liberté d’expression, année liberté de l’information, année de la démocratie et année du vent. 3 reportages, sous forme de portraits accompagnés de courts entretiens résument à eux la pensée Canal + et ont attiré mon attention. Ainsi, ces 3 reportages réunissent tout ce qu’il y a de plus caricatural et de plus sournois dans la mentalité « féministe » de Canal+.

Mona Eltahawy, Anne Cécile Mailfert et Rokhaya Diallo.

Mona Eltahawy, Anne Cécile Mailfert et Rokhaya Diallo. 3 visages, 3 féminismes.

Il y a d’abord un reportage dans la Nouvelle Edition sur Mona Eltahawy, à l’occasion de la sortie de son livre, «Foulards & Hymens ». Canal + annonce la couleur : Mona Eltahawy est féministe et musulmane. Et pleine d’humour, en plus. Trio gagnant ! S’ensuit une présentation ultra laconique de l’auteur féministe musulmane : elle est journaliste, a couvert la révolution égyptienne au cours de laquelle elle a été violée et brutalisée et aujourd’hui, elle a les cheveux rouges et de chouettes tatouages sur les bras. On mentionne rapidement le fait qu’elle ait été arrêtée dans le Métro de New York alors qu’elle taguait sur une affiche « anti-musulmane » (le mot « Islamophobie » est probablement plus difficile à prononcer) sans donner de plus amples détails. La présentation paraît complète, or, il aurait fallu mentionner ce qui a véritablement rendu célèbre Mona Eltahawy, à savoir cet article publié dans « Foreign Affairs » intitulé « why do they hate us ? »… C’est cet article, truffé d’essentialisations, d’orientalisme et qui diabolise les hommes arabes et musulmans, qui l’a propulsée au rang de ces féministes arabes alliées du Nord et dont l’occident raffole comme il raffole des dattes et des cornes de gazelles : juste pour la touche « arabe ».

En revanche, Canal + s’attarde un peu sur le voile que portait Mona Eltahawy. Après tout, son libre s’appelle bien « Foulards & Hymens », n’est-ce pas ? Eltahawy avoue ne pas avoir été heureuse lorsqu’elle le portait. «Une fois dans le bus, il y avait une femme assise en face de moi qui portait un niqab. Elle a essayé de me convaincre de me couvrir le visage aussi», raconte-t-elle. «Je lui ai montré mon voile en lui disant “ça ne suffit pas ?”. Elle m’a répondu : “si tu veux manger un bonbon tu le préfères emballé ou pas emballé ?”. Je lui ai répondu : “Je suis une femme, pas un bonbon”.» C’est l’argumentaire anti-voile de la Nouvelle Edition sauce bistro du coin : « voyez ces femmes qui ont subi le harcèlement en terre barbare, oops, en terre arabe, et vous osez porter le voile ici ?! En plus, elles vous disent qu’elles n’étaient même pas heureuses de le porter ! ». Bien… Par contre, la Nouvelle Edition aurait quand même du préciser un détail qui a toute son importance : Mona Eltahawy était forcée de porter le voile parce qu’elle vivait en Arabie Saoudite, là où le voile est une obligation. Non, Canal présente cette histoire du voile comme si Mona Eltahawy l’avait réellement choisit pour finir par le regretter alors que dans les faits, elle a été forcée et donc, naturellement, ne pouvait être heureuse.

On se décide enfin à parler du livre ! Pour dire quoi ? Rien. Mona Eltahawy lit son introduction et signale que les femmes du moyen orient et d’Afrique du Nord sont souvent réduites à ce qu’elles ont sur la tête – le voile, toujours le voile – et entre les jambes. Tout ça, pour ça… Mais une arabe qui parle vaguement de sexualité, qui s’extasie devant une statue qui cache le sexe d’un ange par une feuille, à la TV Française, en accablant un peu le moyen orient, quitte à donner dans l’essentialisation la plus basique, c’est un plaisir qui ne se refuse pas. L’ironie, c’est que ce reportage fait exactement ce que dénonce Mona Eltahawy : il l’a réduite à ce qu’elle a sur la tête (un voile puis les cheveux rouges) et ce qu’elle a entre les jambes.

Place à Anne Cécile Mailfert dans Le Supplément. Elle est présentée par Guillaume Hennette comme une féministe « pas Femen » car elle ne « va pas montrer ses seins pour essayer d’avoir raison sur différentes causes ». La déception des hommes assis autour de la table est palpable au son de leurs gloussements mais peu importe : Anne Cécile Mailfert est issue d’une structure du féminisme dit « classique », comprenez par là « féminisme mainstream, légal et bien lisse». Elle est même présentée sous le charmant nom de « féministe 2.0 », comprenez par là « la féministe légitime car si elle est 2.0 cela veut dire qu’elle est la suite de l’originale, c’est à dire la 1.0 ». Le sujet qui lui est consacré ressemble à une collection de bandes dessinées Martine. On a le droit à l’épisode de Anne Cécile gratte des subventions chez Google France « parce qu’ils font vachement de bénéfices ». Puis l’épisode Anne Cécile en brainstorming avec son équipe féministe (épisode avec un casting 100% blanc, seuls les meubles, la bière et certains vêtements étaient de couleur, probablement pour des raisons de budget serré, la faute à Google, sans doute) pour trouver une stratégie pour imposer la parité aux prochaines élections. Vient après l’épisode Anne Cécile et ses copines dans le métro pour une action « anti harcèlement en perruque », sans grand intérêt. Je ne vais pas m’attarder sur les épisodes Anne Cécile et le cyber harcèlement et Anne Cecile raconte son Avortement pour m’arrêter sur l’épisode Anne Cécile et l’ex-prostituée Nigériane. Comme d’habitude, la féministe blanche a sauvé, grande surprise, une femme noire, prostituée probablement contre son gré et sans doute « sans papiers », qui, cerise sur le gâteau, attend un enfant dont Anne Cécile sera la marraine. Le spectateur n’a pas le temps de voir Anne Cécile Mailfert se gargariser d’incarner un « féminisme pas déconnecté » selon ses propres mots que le contre argument se fait entendre : Rokhaya Diallo, autre militante féministe, reproche à l’association Osez Le Féminisme et donc à Anne Cécile Mailfert d’incarner un féminisme déconnecté car blanc, bourgeois et pas très représentatif de l’ensemble des femmes. La suite du portrait enchaîne sur de courts extraits de l’épisode Anne Cécile & la PMA, laissant le spectateur stoïque devant une Anne Cécile Mailfert qui déclare, en faisant cette grimace propre aux addicts, à propos de l’engagement féministe : « Nan, j’sais pas, c’est un peu une drogue j’crois… Mais c’est une drogue qui fait du bien ! ». Vive le pétard, donc.

Après ce bref portrait, Anne Cécile Mailfert rejoint le plateau du supplément, en compagnie de Ségolène Royal. L’interview est plaisante. Anne Cécile Mailfert déplore l’absence d’un ministère du droit des femmes mais aussi l’absence de femmes têtes de listes, en rajoute une couche, et à raison, sur l’éternel écart de salaires, le temps partiel, les discriminations à l’embauche en 30 secondes chrono sous le regard d’une Ségolène Royal qui préfèrerait sans doute être dans son bain à regarder un téléfilm avec Shannen Doherty … Ah ces féministes ! Elles râlent toujours décidément ! Vient ensuite la fameuse affaire de la jupe qui a secoué la planète laïcité en ce début d’année. Anne Cécile Mailfert juge qu’il ne faut pas exclure. Elle est d’ailleurs tellement choquée et marquée par cette affaire qu’elle a… relayé le hastag sur Twitter. C’est donc ça, le féminisme 2.0 ! Relayer un hastag is the new activisme français ?! Maïtena Biraben pose la question à 5 millions de dollars (question Google pour celles et ceux qui ont suivi) : Féministe et voilée, c’est possible ? Réponse de la féministe 2.0 droguée? « Toute femme qui se revendique féministe euh… se revendique féministe. » Merci madame Mailfert pour l’autorisation. Droguée et cheftaine du féminisme, rien que ça. « Euh… nous on va pas juger est-ce qu’on est plus ou moins féministe euh… donc donc… (…) on ne dévoile pas, nan nan, on n’impose pas ça, pas du tout, c’est un peu violent, non ». Bonne nouvelle, le féminisme 2.0 ne veut pas dévoiler. Poursuivons. « par contre, euh euh, nous on a une position sur le voile qu’est de dire que les voiles, pas seulement le voile musulman, pour nous ce sont, c’est un signal qui est envoyé de… bah de se cacher pour les femmes et c’est vrai que nous on est contre ». Anne Cécile Mailfert, je ne sais pas si ce sont les drogues qui parlent, mais quand on vous pose des questions sur le voile, inutile de tenter une pirouette en parlant « des voiles, pas seulement le musulman » quand la question est exclusivement centrée autour du foulard musulman. C’est ni brave, ni courageux. C’est juste la réponse typique de celles qui veulent s’éviter une accusation d’islamophobie en parlant « de tous les voiles ». Bien joué, mais en 2015, plus personne n’est dupe. Quant à l’idée de cacher les femmes… Ces femmes voilées, qui les cache ? Le voile ou les écoles qui les refusent, les entreprises qui les recalent, les hommes qui les agressent ? Ces femmes qui, souvent, aimeraient que leurs idées soient entendues et contribuer à un féminisme enrichi d’expériences différentes pour créer un féminisme encore plus puissant, vous les trouvez cachées ? Pourtant, croyez-le ou non, ces femmes qui ne méritent pas votre activisme 2.0, elles ont pourtant des tas de contribution à faire sur ce qu’elles vivent en terme de harcèlement, de machisme, de discrimination et de marginalisation. Devant une telle perle argumentative, Maïtena Biraben demande à Ségolène Royal si l’on peut être voilée et devenir féministe. Réponse culte : «  On peut être voilée et devenir féministe (…) on peut être voilée dans la sphère privée et enlever son voile dans la sphère publique ». Preuve irréfutable de l’ignorance socialiste qui ne sait même pas en quoi consiste le port du voile et décrète qui sera féministe ou pas. L’entretien se termine dans une ambiance bon enfant, colorée, comme d’habitude. Le Supplément a présenté la fille légitime du féminisme dit « des première, deuxième et troisième vague », plus souriante que celles qu’on connaissait et surtout sur tous les fronts ! Infatigable, presque sans langue de bois et convaincue, Canal + a réussit a forger les esprits : le féminisme français majoritaire, qui a raison tout le temps et sur tout (et qui est à gauche en plus !), ce sera ELLE. Les propos d’ Anne Cécile Mailfert sur le voile ont provoqué une petite polémique qui a entrainé le départ de militantes d’Osez le féminisme. Certes, l’accusation d’islamophobie semble grossière mais quand la nouvelle dirigeante de l’association déclare aux Inrocks : « Nous considérons le voile comme un symbole d’oppression patriarcale. (…) Cependant nous n’avons pas de solution pour le combattre, car les femmes musulmanes sont victimes d’une double oppression, raciste et sexiste, et nous ne voulons pas les stigmatiser ». Alors, pourquoi tenir un discours en plateau et dire l’inverse aux Inrocks ? Au passage, sachez que chercher une solution pour combattre le voile tout en cherchant à ne pas stigmatiser (sans se cacher de soutenir des initiatives qui stigmatisent comme la journée sans voile), c’est de l’insanité. Pour finir, il aurait été intelligent de la part de Canal d’interroger Anne Cécile Mailfert sur des problématiques d’actualité, comme la pénalisation des clients de prostituées et le projet de loi d’interdiction du voile dans les universités, histoire de laisser s’exprimer ce féminisme « pas déconnecté ». Une prochaine fois, peut être ?

Lorsque le supplément consacre un portrait à Rokhaya Diallo à l’occasion de la sortie de sa BD, « Paris d’amies », et de son ouvrage « Moi raciste? Jamais! », l’ambiance est largement différente. Le sujet s’appelle « Les Clashs De Rokhaya Diallo ». Le ton est donné. Le qualificatif de Féministe 2.0 étant déjà prit, la voix off présente Rokhaya Diallo comme l’une des « rares femmes noires dans le paysage médiatique français », pour ensuite faire référence à elle comme « la femme des clashs » et « l’anti-zemmour de service ». Ah, Zemmour : bizarre comme il est le seul nom à revenir quand on parle de racisme, comme s’il cristallisait tout seul ce racisme contre lequel Diallo se bat! Amis du supplément, Zemmour n’est que l’expression la plus vulgaire du racisme décomplexé. Passé cette brève introduction, le spectateur aura le droit à un résumé plus que caricatural des combats de Diallo ; en effet, elle est, dans l’ordre «une militante qui agace à droite comme à gauche» (en langage beauf, on appelle ça une chieuse ou une féministe, mais Canal + a trop de classe pour ça), quelqu’un qui combat «en faveur du voile et contre l’islamophobie» avant de se demander qui elle est et ce qu’elle défend vraiment. Tremblez ! Le portrait revient sur son passage chez RTL au moment des attentats lorsque Rioufol lui a demandé de se désolidariser des terroristes. Puis, on parle vaguement de ses oppositions avec Elizabeth Levy qu’on annonce comme «l’une des cibles régulières de Rokhaya Diallo». Ici, le mot « cible » n’est pas un choix anodin ; en effet, ce terme permet de faire passer E. Levy pour la victime des attaques de Rokhaya Diallo. Brillant procédé de diabolisation qui permet de prendre en otage la cervelle du spectateur qui désormais ne peut voir le combat de Rokhaya Diallo que d’un mauvais œil.

Et en effet, le mauvais œil est partout dans la suite du portrait. Les Y’A Bon Awards ? Des récompenses des perles racistes « parfois très critiquées ». Par qui ? Par Caroline Fourest en personne. La voix off n’en dira pas plus, sans même citer les propos qui lui ont valu une banane d’or et qui ne sont que mensonges et calomnies. On donne l’impression de récompenses gratuites, non méritées, injustes. Pas un mot non plus sur les membres du jury, pourtant assez diversifié. Christophe Barbier est venu chercher son prix pour des unes « considérées comme Islamophobes ». Justes considérées? De toute façon, la voix off n’est pas « sûre qu’il y retournerait ». Le pauvre. A se demander si Canal ne le considèrerait pas, lui aussi, comme étant « l’une des cibles régulières de Rokhaya Diallo » ! Le reportage mentionne quand même la présence de Melissa Theuriau dans l’entourage de Rokhaya Diallo, histoire d’apporter une petite touche de crédibilité intellectuelle mais le spectateur n’a pas encore le temps de la laisser remonter dans son estime que le supplément touche au sacro saint sujet de tous les temps : Charlie Hebdo. Qu’en dit-on ? Qu’elle a signé une pétition contre le soutien à Charlie Hebdo au moment de l’incendie de 2012. Bien. Mais il en faut encore plus : on mentionne également que les vilains Indigènes de la République, autrement dit le Diable en personne dans le monde médiatique, ont également signé la pétition. Et Canal enfonce le clou : Rokhaya Diallo serait antisémite. Source : un entretien de Dieudonné et de Soral réalisé pour la chaine LCP. Que lui reproche-t-on ? D’avoir présenté Soral juste comme un polémiste. Ah… Et présenter Rokhaya Diallo comme la femme des clashs ou l’anti-zemmour de service, on en parle ? Pourquoi reprocher aux autres ce qu’on n’applique pas ? Et surtout… qui ne connaît pas Alain Soral ?! La fin du portrait n’est guère plus favorable à Rokhaya Diallo qui sera toujours présentée comme « féministe pro-voile », « en faveur du voile ». Comme pour Mona Eltahawy : on réduit les combats des féministes « non filles légitimes des vagues passées » à quelques points de vue.

L’interview sur le plateau laisse place à une Maïtena Biraben beaucoup plus pugnace que d’habitude. Le sujet Dieudonné revient. Rokhaya Diallo déplore que tous les racismes ne soient pas traités de la même façon. Aucune réaction en face. Quant à Charlie Hebdo, Maïtena Biraben déclare : « vous êtes pour la liberté de porter le voile si on le souhaite, pour la liberté de se prostituer mais contre la liberté d’aller trop loin dans l’humour si Charlie Hebdo le souhaite ! ». Rokhaya Diallo a beau expliquer qu’elle a le droit de ne pas être d’accord avec l’humour Charlie mais Maïtena Biraben la reprend, esprit charlie oblige : « vous trouvez que c’est islamophobe !». Elle rappelle qu’elle a signé une pétition de « non soutien » (sans préciser que la pétition ne faisait aucunement suite aux attentats du mois de Janvier 2015, probablement pour entretenir l’ambiguïté). Que voulez-vous que Rokhaya Diallo lui réponde quand des questions aux nombreux sous-entendus s’enchaînent ? Au final, MB fera une preuve flagrante de racisme light en déclarant qu’elle s’ignorait raciste puisqu’elle ne voyait pas de racisme dans le fait de dire « Tu es Espagnole ? J’adore la paëlla ». Ne réussissant pas à la convaincre, Biraben diffuse des extraits de sketchs du Jamel Comedy Club. Réponse de Diallo ? La nuance est dans « la bienveillance ». Heureusement que Rémy Pflimlin, présent sur le plateau à ce moment là, rappelle que les témoignages issus du livre de Diallo sont véridiques car issus de la plateforme internet. Boom, changement de sujet, on passe à nouveau à Dieudonné et Soral ! Rokhaya Diallo rappelle que le fait d’interviewer une personne n’est pas un signe d’adhésion à ses idées. Maïtena Biraben trouve quand même scandaleux que Rokhaya Diallo n’ait pas donné d’autorisation de diffusion de son interview dans son portrait… Et on a envie de lui répondre que le mal est déjà fait mais Canal n’aime pas trop les résistances… La fin de l’entretien portera sur des questions somme toutes déjà entendues sur la diversité à la télé…

Que retenir de ces trois portraits différents ? Premièrement, Canal aborde le féminisme en version accélérée. C’est très court et surtout, très stéréotypé. 3 féministes, 3 histoires différentes, 3 parcours différents, 3 niveaux de médiatisation différents, 3 affiliations différentes pour 3 femmes qui évoluent dans des cercles différents mais on parlera toujours et encore du voile. On ne se prive pas de raccourcis, de contre vérités, de petites calomnies subliminales et de coller des étiquettes : Mona Eltahawy la féministe ET musulmane ex-voilée puis décolorée qui adore le mot « VAGIN », Anne Cécile Mailfert la féministe « classique » et donc la plus légitime au titre de féministe de base et Rokhaya Diallo, la féministe « contrefaite » car « pro-voile » qu’on ose à peine nommer féministe quand on ne parle pas d’elle comme d’une agitatrice, reine du clash et qui aurait, la vilaine, ses cibles. Belle schématisation !

Deuxièmement, Canal refuse systématiquement de parler du contenu des combats (livres, films, textes…) pour parler des auteures comme si cela était plus important. Pourquoi ne pas avoir développé quelques points des thèses de Mona Eltahawy ou de Rokhaya Diallo ? Pourquoi insister sur des informations personnelles, certes à l’origine de leurs combats, sans montrer le rapport avec les luttes ? Pourquoi ne pas poser des questions de fond sur les combats que mènent ces femmes, quittent à ce qu’elles ne développent qu’un seul point ?

Troisièmement, Canal passe sous silence ce qui lui chante. Présenter Mona Eltahawy en prétendant que sa « célébrité » a commencé avec la révolution égyptienne, c’est à la fois mensonger et grossier. Taire sa présence aux seins d’organisations qui se définissent elles mêmes comme appartenant au féminisme islamique, que “tout le monde” en France a en horreur, trahit soit une manipulation soit un manque de recherches de la part de Canal. De même que dire d’Osez le féminisme que c’est une association « qui a prit ses distances avec le parti socialiste » sans expliquer que certaines membres de cette association n’ont aucun complexe à côtoyer  des gens vraiment pas à gauche (pensez à Caroline De Haas, membre historique d’OLF qui a rejoint le collectif « Féministes pour une Europe Solidaire » aux côtés de Mailfert mais aussi d’une certaine Annie Sugier… qui était l’une des animatrices du site ultra islamophobe « Riposte Laïque »…), c’est cacher une vérité très dérangeante qui aurait du interpeller… Mais on ne se gênera pas pour inventer des filiations idéologiques Dieudonné – Alain Soral – Rokhaya Diallo sur la base d’une interview donnée pour LCP. Comme c’est étrange…

Enfin, pour terminer, il serait intelligent que Canal traite du féminisme autrement. Montrer des féministes qui écrivent, luttent, discutent de stratégies, c’est bien mais sans expliquer la pertinence de ces luttes dans les sociétés actuelles, c’est nul. En conclusion, bon courage aux féministes qui luttent, réellement, sans avoir à déformer la vérité tant qu’elle leur est favorable à coups d’actions et/ou de reportages bidons et j’ai une tendre pensée pour celles persuadées, du haut de leur grandeur, que leur mission sur terre et de libérer tout le monde, y compris celles qui ne se reconnaissent pas dans leurs luttes et qui n’hésitent pas à discréditer leurs adversaires en les insultant, elles qui appartiennent à cette gauche qui ose encore affirmer que l’islamophobie consiste à taxer une personne d’islamophobe pour discréditer ses propos :

1-2

3-4 5

Il est clair que je préfère la version Twitter de Anne Cécile Mailfert qui a le mérite d’être beaucoup moins “sous drogue” que sa version télé qui ne sait que sourire mécaniquement et répondre à côté des questions! Envoyer bouler des interlocuteurs en les traitant de #troll, ça, c’est certain, c’est le féminisme 2.0.

Ils viennent de découvrir ce que c’est que d’être noir-e, chez libé !

Avec la diffusion de “Trop Noire pour être française?” sur Arte, la rédac’ blanche de chez Libé vient de faire la découverte du siècle. Non, chez libé, quand on ne dénigre pas le vote de la Grèce qu’on rapproche sans honte du FN juste pour mieux vomir la décision d’un peuple, on découvre les noir-e-s ! Vous pensiez que l’abolition de l’esclavage, que les (peu nombreux) débats sur la colonisation et la traite négrière, les élections d’Obama, l’attentat de Charleston et les émeutes de Ferguson & Baltimore avaient éduqué Libé sur la question noire? Vous êtes d’une naïveté, pauvres amis! Bien entendu, chez Libé, pour parler de noirs, on est blanc. On est des “non basanés”, des “non recalés du corps traditionnel français”, des “sans commentaire”, des exclus du marché juteux du racisme, des chanceux (ou chanceuses) qui ne connaissent pas le bonheur de vivre une vie dans laquelle on vous demande assez souvent d’où vous venez puis d’où vous venez “à la base, quoi” vu que “je suis français-e” ne suffit jamais comme réponse. Mais bon, après, on parlera d’intégration, oubliant que c’est à ceux qui ne voient la francité qu’à travers la blanchité de faire le travail…

Ainsi, Libé découvre les noir-e-s et s’intéresse, à l’occasion d’un documentaire, à cette problématique. Un appel aux témoignages a été lancé… et j’en ai ri. Comme si les témoignages étaient rares au point de nécessiter une telle mobilisation. Comme si “nous” n’en parlions pas assez. Comme si Rokhaya Diallo, Amandine Gay ou même le collectif Mwasi n’existaient pas mais bon, souvenons-nous que Libé est un journal pro-establishment qui doit forcément considérer les sources citées précédemment comme étant de mauvaise qualité… parce qu’elle ne sont pas blanches et donc n’ont pas de caution intellectuelle ? Je n’ose le croire… Mais Libé est un journal où travaillent de grandes intellectuelles comme Elsa Maudet qui, grosse surprise, vient de découvrir qu’un hastag comme #TuSaisQueTesNoirEnFranceQuand est l’occasion pour le racisme le plus décomplexé de s’exprimer sans la moindre retenue. Passé ce constat, l’article de Maudet laisse place aux témoignages, 100 fois lus et entendus mais qui, pour des oreilles et des yeux blancs doivent ruisseler de subversion! Du jamais vu au pays des ignorants.

La

La niaiserie antiraciste…

S’ensuit une interview de la réalisatrice du documentaire «Trop noire pour être Française ?», Isabelle Boni-Claverie, toujours par Elsa Maudet et dont les questions trahissent sa candeur. En effet, non seulement, les questions posées dans l’entretien sont aussi basiques qu’un formulaire d’entrée sur le sol canadien mais surtout… on évite les questions qui sont trop subversives (pour libé ?).  Maudet apprend de la bouche de la réalisatrice que «si les stéréotypes perdurent, c’est qu’ils ont une utilité sociale» et demande laquelle (!). Je n’ose croire que c’est la méconnaissance d’un sujet aussi complexe ou tout simplement l’ignorance qui nécessite un complément d’informations. C’est ici vous dire le fossé qu’il y a entre ces gens comme Elsa Maudet, blancs, non racistes (sans être antiracistes non plus) avec leur vie bien propre qui n’ont pas à souffrir du moindre stéréotype qui soit handicapant pour eux ou elles et la vie des autres qui est souvent faite de galères et de stigmatisation. Cette simple question et toute la naïveté qui en découle prouve combien les non concerné-e-s par les oppressions racistes mais qui se veulent souvent être les plus mobilisé-e-s au nom d’un certain humanisme propre à leur “rang” sont à des lieux de s’imaginer la dure réalité de l’existence noire. Pour ces gens là, le racisme, c’est brutal, caricatural et ça a les traits d’un Lepéniste en puissance ou d’un skinhead et rien d’autre. On nie au passage que le racisme est un système d’une perversité inouïe et qu’il traverse la société puisqu’il est tout simplement structurel. On nie également que le racisme, de gauche à droite, tend à conforter les majorités dans leurs position dominantes sur le dos de minorités et que le discours ambiant a tellement bien prit que même nos plus grands anti-racistes blancs… finissent des fois par faire preuve de racisme à leur tour ! Le racisme, c’est pas juste le cortège du FN, ce sont également et surtout, le refus de décoloniser son esprit, le refus de prendre conscience de la pleine humanité d’une personne de couleur en la renvoyant systématiquement à ses origines comme on renvoie systématiquement les femmes à leur féminité (ou l’idée qu’on se fait de la féminité) pour leur éviter d’exister autrement. Mais ça, Elsa Maudet n’en parlera jamais.

Une interview qui traite du racisme anti-noir. Ok. Mais éviter les contextes historiques, les questions liées à l’héritage colonial et les luttes de ces cinquante dernières années, c’est ce qui s’appelle une faute de débutante… C’est comme parler des conflits qui perdurent actuellement en Irak et en Syrie sans jamais faire référence à leur contexte mais également à ce qui les a précédé. De ce fait, l’article d’Elsa Maudet, par sa simplicité et sa naïveté s’inscrit dans la lignée de cette culture cruche de l’antiracisme niais, tellement estampillé “Parti Socialiste”, tellement estampillé “S.O.S Racisme”, qui ne remet jamais en question ses privilèges, qui fait de l’émotionnel sur une discrimination raciale sans jamais montrer à qui elle profite ni même admettre que le racisme profite toujours aux dominants, qui ne voit aucun mal dans des panels avec 99% de blancs venus discuter de racisme et d’exclusion à la place des principaux concernés, qui nie d’autres paroles en leur ôtant toute légitimité, qui ne questionne jamais le racisme d’état, ni même les deux poids / deux mesures qui sont la faute de tout l’échiquier politique et qui n’admet jamais le racisme de son antiracisme. Bon courage à toutes celles et tous ceux qui n’éprouvent aucun complexe à donner dans la niaiserie journalistique, à caresser des problématiques dans le sens du poil sans oser aller là où on aimerait tant qu’ils aillent. Mais bon, il parait que c’est pas bon pour le vivre-ensemble, alors…

 

Quand Rokhaya Dit allo…

J’ai longtemps pensé à écrire cet article sans jamais le publier tant « le cas Rokhaya Diallo » est compliqué et révélateur de ce climat froid français. Je me suis rapidement rendu compte qu’il est impossible d’aborder une figure aussi « controversée » auprès de l’establishment sans avoir à se présenter. Disclaimer : je ne suis pas mandaté par Mme Diallo pour parler d’elle, de même que je ne suis pas financé par Dieudonné ou Soral, pathétiques personnages qui feront eux aussi l’objet d’un article, ni même que je n’ai aucun lien avec un quelconque lobby. Je tiens également à préciser, que je ne donne pas tout à fait dans le complot « islamico-socialo-prostitueur-lgbt-féministo-conquérant » et autres inépties dignes de journalistes en manque d’arguments qui refusent aux autres ce dont ils se réclament, à savoir l’indépendance d’esprit. Je ne connais Rokhaya Diallo qu’à travers ses livres, ses articles et ses apparitions médiatiques et je n’ai décidé d’écrire cet article que lorsque je me suis aperçu que son « cas » prouvait la pertinence de ses luttes mieux que n’importe quel ouvrage.

rokhaya dialloSoumise au lobby des proxénètes, Anti Charlie Hebdo, féministe pro-voile, faux nez de Tariq Ramadan, agent des USA, ect…  Une chose est sûre : quand on n’aime pas, on sait très bien dans quel camp ranger une personnalité, quitte à la calomnier et à lui inventer des connexions qui n’existent pas. Quand on ne rentre pas dans le moule, quand on a le malheur d’émettre des critiques saines et constructives mais qui ont le défaut de chambouler les dominants dans leurs idées et leurs idéaux, on devient une Rokhaya Diallo (admirez la rime !).

Tout a réellement commencé avec le « Y’A Bon AwardGate ». Chaque année, des trophées « bananes » sont remis aux hommes politiques, journalistes et artistes qui ont tenu des propos à caractère raciste. En 2012, c’est la méga célèbre Caroline Fourest, star des médias, qui a reçu un prix suite à sa sortie sur les « associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus, lever des fonds pour le Hamas », lors d’une convention du parti socialiste. Le jury, dans sa majorité, vote « Caroline Fourest » mais seule Rokhaya Diallo subit les foudres de l’essayiste qui ne comprend pas sa “victoire”. Dans l’article qu’elle publie sur le Huffington Post, elle ira jusqu’à écrire que « le but de Rokhaya Diallo et de son association (Les Indivisibles) n’est pas de militer contre le racisme » tout en lui inventant des liens suspects avec, je vous le donne en mille, tous les méchants de la terre : les indigènes du Royaume, le département Américain et Michel Collon, le «roi des complotistes»… Tout ça parce que Caroline Fourest, qui se présente comme intellectuelle humaniste féministe antiraciste universaliste démocrate et apôtre du « il faut critiquer » refuse… la critique. Au-delà de la critique, elle refuse juste tout débat en calomniant Rokhaya et sa bande (mais sans nommer les membres du jury), qui, à la lecture de l’article de Fourest, n’est bonne qu’à s’allier avec des extrémistes qui soutiennent l’intégrisme. En réagissant de la sorte, toute discussion est abandonnée puisqu’elle part sur la base d’accusations répugnantes. Marque suprême de Caroline Fourest : elle, la femme blanche si proche des médias et du pouvoir, sait qui est “réellement” raciste et pense être arbitre de cette question. Il y a de quoi rire nerveusement… Petite mention à l’attention de Caroline Fourest et de son fan club : si vos propos sont considérés comme racistes, inutile de pleurnicher. Inutile de parler des “autres” car ce sont vos propos à vous qui intéressent et qui interpellent. Inutile également de faire des amalgames immondes avec des attentats ou de laisser croire que les gens qui ne sont pas d’accord avec vous sont donc prêts à “Payer le ticket de bus à ceux qui rêvent de (vous) emmener en forêt pour (vous) bâillonner ou (vous) lapider”. Inutile de nous “rappeler” combien vous vous battez contre le racisme et donc nous rappeler que vous faîtes partie de la lutte antiraciste alors que nous ne parlons pas de la même chose. Vous pratiquez un antiracisme qui honore le racisme puisque vous ne le voyez qu’à travers sa forme la plus caricaturale et la plus stéréotypée, c’est à dire dans la bouche de l’extrême droite, alors que le but aujourd’hui est de montrer que sa banalisation est telle qu’il peut avoir, des fois, le visage de quelqu’un qui se dit de gauche… et qui se présente comme une intellectuelle humaniste féministe antiraciste universaliste démocrate.
Cet incident, qui aurait pu servir de genèse pour un vrai débat sur le racisme en France à partir de deux perspectives différentes, n’a servi en réalité qu’à isoler Rokhaya Diallo; en effet, quand on est une minorité qui se refuse à suivre la ligne de l’antiracisme “officiel” comme SOS Racisme, l’establishment vous lâche. Ce n’était que le début de la chasse à la Rokhaya.

En 2011, suite à l’incendie des locaux de Charlie Hebdo, Rokhaya Diallo co-signe une tribune contre le soutien apporté au journal. Même si la démarche peut sembler choquante pour certains pour des raisons de “timing”, la tribune vise plus à donner un éclaircissement de la position des signataires vis à vis du contenu de Charlie Hebdo et son rôle dans un contexte de “débat sur l’identité nationale” qu’une apologie du terrorisme. Une fois de plus, seule Rokhaya Diallo est retenue, présentée souvent comme la seule co-signataire de la tribune. Chacun peut la consulter librement sur internet et, une fois de plus, si elle semble inappropriée parce qu’elle “tombe mal”, il faut quand même lire et tenir compte des raisons qui ont justifié la publication de cette tribune. Cet évènement, lui aussi, vient noircir le parcours de Rokhaya Diallo qui est désormais considérée, dans le grand inconscient, comme étant de connivence avec les intégristes, les fanatiques religieux et les terroristes qui mènent des opérations criminelles de ce genre.

Entre temps, il faut bien se l’avouer, Rokhaya Diallo est devenue une figure presque incontournable des médias. Ses apparitions sont très regardées et, n’en déplaise à ses détracteurs, elle est invitée à débattre face à des personnalités qui ne sont pas “faciles” et qui sont plus dans l’injure et le mépris que dans la discussion et l’argumentation. Elle collabore aussi à différentes publication, sur des thèmes très variés (racisme, négrophobie, islamophobie, prostitution, viol, droits civiques, etc…) ce qui permet à la fois de faire connaitre ses idées mais également de comprendre dans quel courant de pensée elle s’inscrit. Mais trop d’indépendance, tue l’indépendance et “ça finit par se payer”….

rokhaya-diallo-en-larmes-sur-rtl-face-600x315-1Après les problèmes de digestion de Caroline Fourest viennent les problèmes d’égo surdimensionnés d’Isabelle Alonso. En effet, fin 2013, en plein débat sur la pénalisation des clients des prostitué-e-s, Rokhaya Diallo et Morgane Merteuil (membre du Strass, le syndicat du travail sexuel) publient une tribune dans Libération. Leur constat est simple : si les débats féministes semblent se concentrer sur les femmes les moins privilégiées, il serait bon de laisser les premières concernées décider pour elles mêmes ce qui est bon pour elles plutôt que de choisir à leur place et contre elles en leur laissant la parole. Sauf que, Isabelle Alonso, elle, ne supporte pas cette simple idée. A son tour, elle publie un article sur son blog. Je pensais y trouver une réponse à cette tribune et j’ai trouvé… plus qu’une réponse. En fait, Isabelle Alonso prouve combien le fossé est grand entre les féministes de l’establishment et celles des minorités car, pour Isabelle Alonso, lorsque deux féministes demandent à ce que la parole des premières concernées soit écoutée, Isabelle Alonso comprend qu’il lui est demandé de se taire et de rester dans sa case… De même, lorsque deux femmes signent une tribune en tant que journaliste pour l’une et travailleuse du sexe pour l’autre, Isabelle Alonso s’adresse en retour à… une musulmane et une prostituée. Après avoir chouiné sur deux paragraphes insupportables à lire, elle ne peut s’empêcher de ramener le débat autour d’elle en demandant “Où suis-je donc allée chercher le droit de me considérer personnellement impliquée par le port du voile ou l’exercice de la prostitution, au point d’émettre une opinion sur les sujets, alors que je me balade cheveux au vent même quand il pleut et que je baise gratis pour peu qu’on m’invite à dîner (…) Non mais de quoi je me mêle! C’est vrai kouâ, merder!”. Oui, je sais, c’est d’un ridicule égocentrique mais c’est également la marque de fabrique de ce texte qui s’enfonce dans la victimisation lorsque son auteure écrit : ” Que Rokhaya et Morgane veuillent bien me fournir la liste des sujets sur lesquelles ma parole serait légitime car issue d’une pratique personnelle et d’une expérience concluante. Et tant qu’elles y sont, qu’elles participent à l’élaboration des épreuves d’obtention d’un CAP de la pensée, Certificat d’Aptitude Personnelle à ouvrir sa gueule, ramener sa fraise et émettre une opinion. Elles pourraient faire partie du jury, ça a l’air de cadrer avec leur vision de la démocratie.” Après avoir balancé une blague de beaufs sur le CAP et, par dessus le marché, traité Merteuil et Diallo d’anti démocrates, Isabelle Alonso montre que lorsque des avis dits “minoritaires” demandent à être entendus, pour elle, cela signifie qu’il lui a été demandé de se taire… ce qui est faux. Maintenant, qui peut avoir envie de débattre avec quelqu’un qui a décidé d’interpréter la tribune de Rokhaya comme une espèce d’affront et qui y répond par un article condescendant ? Qui peut avoir envie de débattre après avoir lu un article qui rabaisse des auteures sans même les citer (ou alors écorcher le prénom de Rokhaya avant de se reprendre… ah, décidément, ces noirs et leurs prénoms! Pouvaient pas s’appeler Roberta?!) ? Et cet article, sur le fond, que dit-il de la position d’Isabelle Alonso ? Du n’importe quoi car elle écrit qu’elle se sent “solidaire par chaque fibre de (son) être avec toutes les femmes atteintes personnellement”. Vraiment ? Solidaire au point de rebondir immédiatement à la seconde où des femmes font un constat largement partagé au sein du mouvement féministe, à savoir que certaines paroles sont niées, voir ignorées ? C’est ça la solidarité d’Isabelle Alonso : penser à la place de toutes les femmes quitte à enfermer les femmes qui ne pensent pas comme elle dans un statut d’anti démocrates communautaristes. Encore un exemple de paternalisme puant, tellement symptomatique de ce féminisme dominant qui se considère comme un club fermé où celle qui ne respecte pas la pensée dominante est accusée de tous les torts. C’est ce féministe soit disant “universaliste” qui met des fils barbelés entre les différentes écoles de pensées, se créant en réalité son propre univers, parfaitement épuré de toute pensée divergente. Chouette.

Les attentats qui ont coûté la vie à la majorité des membres de la rédaction de Charlie Hebdo ainsi qu’à deux policiers ont remis au goût du jour le texte signé par Rokhaya Diallo en 2011. Outre le fait qu’on a donné l’impression qu’il est apparu après les attentats du mois de Janvier 2015, il faut voir avec quelle force on a cherché à la rendre, bizarrement, de loin ou de près, responsable des attaques. Ainsi, Jeanette Bougrab, qui s’est présentée comme la compagne de Charb contre l’avis de la famille de ce dernier, est la première à désigner, indirectement, Rokhaya Diallo (à travers l’association Les Indivisibles et la cérémonie des Y’a Bon Awards) comme complice des attentats. En gros, si vous n’êtes pas Charlie, que vous ne l’avez jamais été, voir même que vous avez été critique vis à vis du journal, en particulier sur le traitement de l’Islam à travers les caricatures, et ben vous êtes accusée de complicité. J’ose une comparaison : lorsqu’une femme battue meure (et c’est malheureusement loin d’être un fait rarissime), accuse-t-on tous les masculinistes les plus endurcis de complicité de féminicide ? Non. Alors pourquoi établir des rapports de responsabilité alors qu’ils n’ont pas lieu d’exister ? Pourquoi Jeanette Bougrab cherche-t-elle à rendre responsables d’actes barbares des personnes qui n’ont jamais descendu la moindre personne ? N’est-ce pas là une façon de limiter toute critique sous prétexte qu’elle pourrait inspirer des carnages dans une rédaction ?
Toujours dans le contexte Charlie, Rokhaya Diallo est prise à part par Ivan Rioufol lors d’une émission de radio. Son crime ? Ne pas avoir crié haut et fort combien elle se désolidarisait des terroristes. Au nom de quoi ? De son identité de musulmane. En France, en 2015 et à une heure de grande écoute, en plein débat sur le terrorisme, le djihadisme et la liberté sous toutes ses formes, on demande à une journaliste, au simple motif qu’elle a la même religion que les tueurs, de se désolidariser… N’est-ce pas là une façon d’entretenir l’amalgame le plus abject ? N’est-ce pas là une façon des plus ignobles d’entretenir l’idée selon laquelle tous les musulmans sont identiques et donc responsables les uns des autres et donc qu’ils doivent agir collectivement et surtout qu’ils sont d’accord sur tout? N’est-ce pas là une marque évidente d’un amalgame qui laisse croire que tous les musulmans approuvent cette tuerie brutale et sont donc, sauf s’ils l’expriment, en approbation devant le terrorisme ? Immonde. Toutes les personnes qui ont écouté l’émission ont pu sentir la douleur et le chagrin de Rokhaya Diallo qui ont vibré jusqu’à notre coeur. Et cet épisode n’a fait que contribuer à l’isolement de Rokhaya Diallo qui se devait, quand même, de montrer patte blanche comme si, de fait, elle était une espèce de pom pom girl du terrorisme. Cela dit, à l’exception de certaines personnes présentes ce jour là comme Laurence Parisot, rares fût les réactions. Enfin, sauf Caroline Fourest, qui a tenu son mot à dire lors de sa chronique “Charlie & les Charlots” sur cet échange en déclarant : “Il y a ce petit con qui exige de cette petite conne de se désolidariser en tant que « musulmane », alors que c’est bien parce qu’elle est conne et non musulmane qu’elle vous a craché dessus depuis tant d’années.” Pour Fourest, Rokhaya Diallo reste une conne  quoiqu’elle fasse. Elle n’avait qu’à soutenir Charlie au lieu d’être critique, elle aussi, voyons. C’est ça la démocratie ? Tout le monde d’accord sinon celui qui pense différemment n’est qu’un con ?  Caroline Fourest, celle qui a littéralement perdu son sang froid (et à raison) en direct face à l’homophobe en chef Béatrice Bourges qui doutait de son agression, aimerait-elle qu’on se serve de cet échange pour en profiter pour la traiter de conne et donc, implicitement, valider les remarques de Bourges ?
Libre à chacun d’aimer ou de ne pas aimer Charlie Hebdo, mais de là à parler de liberté pour, dans le même temps, ostraciser ceux qui ne sont pas Charlie, c’est vicieux… mais tellement inattendu de la part de l’establishment et de son mode de fonctionnement.

Tous ces éléments ont planté le décor pour Rokhaya Diallo qui ne sera plus considérée comme la gentille journaliste féministe antiraciste qu’elle est. Même s’il semble intéressant de voir qu’elle est, à présent, plus qu’une femme noire dans les médias, il est désolant de voir que parce qu’elle n’est pas LEUR noire à eux – les masses dirigeantes – elle ne peut pas être des leurs et donc bénéficier du respect total qui est accordé à toute personne racisée qui se plie à cet espèce d’assimilationisme de la pensée. Lorsque Rokhaya Diallo a partagé, sur Twitter, une vidéo opposant Nacira Guénif à Claude Askolovitch, ce dernier l’a très mal prit, au point de l’accuser de “faire commerce du malheur des autres”… le comble de l’ironie quand on sait que celui qui fait commerce de l’islamophobie que vivent les musulmans, n’est pas du tout concerné par le problème. Mais peu importe : Rokhaya Diallo se rebelle, le dominant s’énerve alors que tout allait bien auparavant et cela semble faire le bonheur de l’extrême droite. Diviser pour mieux régner…

Ainsi, la réputation de Rokhaya Diallo est faite. Parce qu’elle n’est pas “d’en haut” et ne suit pas les ordres et les chemins tout tracés, elle est l’ennemie. C’est ce qui motivera son bannissement de la semaine pour l’égalité homme-femme en Mars 2015 par la maire socialiste du 20ème arrondissement de Paris. Pourquoi ? A cause de sa position sur Charlie Hebdo et du prix satirique attribué à Caroline Fourest. Par ailleurs, la maire, Mme Calandra, ira plus loin en sous-entendant que Rokhaya Diallo serait l’alliée de Ben Laden lorsque , sur le sujet des troupes militaires en Afghanistan, elle aurait soutenu le leader d’Al Qaeda sur RTL… Waw, Rokhaya Diallo en combattante islamiste, on n’y avait jamais pensé. En réalité, voici ce Rokhaya Diallo a dit : “ce que vous dites, c’est que maintenant que Ben Laden nous a menacé en nous demandant de retirer les troupes, il n’est plus question de le faire, et je trouve que c’est absolument anormal de raisonner comme ça. On aurait dû les retirer. On aurait dû les retirer de puis bien longtemps, et le fait que Ben Laden se prononce ou pas dessus ne doit avoir absolument aucune incidence sur notre position “. Difficile d’y voir une quelconque apologie du terrorisme mais quand on n’aime pas Diallo, on chercher à la discréditer alors qu’au final, elle ne fait que dire qu’il aurait fallu retirer les troupes d’Afghanistan, que cela plaise à Ben Laden ou pas. Mais quand on s’est embarqué dans une campagne de diabolisation, on a aucune honte à tronquer des citations, à créer des contresens, à voir dans une position idéologique autre chose tant que ça peut contribuer à salir un opposant, on y va! Et le pire, c’est que cela ne s’arrête pas là puisque Calandra proposera un débat à Diallo en déclarant, après avoir dit qu’elle était “faite pour le féminisme comme moi pour être archevêque” : «Si un jour Mme Diallo veut débattre, pas de problème, je la défoncerai !». Trop la classe. Où sont les féministes ? Elles soutiennent Calandra. Est-ce que quelqu’un veut expliquer à la dame que dire qui est faite pour le féminisme et qui ne l’est pas est une démarche anti-féministe ? Est-ce que quelqu’un peut expliquer à une socialiste qui veut organiser un débat sur les violences faites aux femmes que dire “je la défoncerai”, en plus d’être une menace, ça la fout super mal ? Personne pour demander aux féministes de se désolidariser de cette dame ? Aux femmes blanches du XXème arrondissement ? A touts les Frédérique du monde ? A toute la famille Calandra ? Allo, y’a quelqu’un…??? Peu importe : le mal est fait. Et ce mal est resté impuni parce que c’est celui des privilégié-e-s de l’establishment, de celles qui ont le pouvoir sur les minorités et qui, de ce fait, peuvent bannir en se fondant sur des ragots et en invoquant des motifs hors sujet, la parole de quelqu’un en osant se proclamer “Charlie” et donc pour la liberté d’expression. Dans la même foulée, lors de la promotion de son livre consacré au racisme, on lui reprochera une interview jugée complaisante de Dieudonné, ennemi de l’establishment (et à raison, étant donné ce qu’il est devenu…) tout en ne trouvant rien à redire sur son interview tout aussi “complaisante” de Christine Boutin qui a des idées tout aussi condamnables. Mais bon, quand le coupable est désigné, pourquoi l’écouter ?

Alors, au final, on comprend bien que Rokhaya Diallo fait partie de ces ennemi-e-s de l’intérieur qu’il faut neutraliser mais sans jamais le dire. Par conséquent, on continue la campagne de diabolisation par association : impossible de parler d’elle sans parler de l’appel qui a été signé contre le soutien à Charlie Hebdo, impossible de parler d’elle sans lui faire comprendre qu’elle défend un antiracisme “incongru” (“Dire à quelqu’un tu es espagnole, ça tombe bien, j’adore la Paëlla, c’est raciste ? Ah bon ?!” s’étonne Anne Elizbeth Lemoine sur le plateau de C à Vous, c’est vous dire le fossé…), impossible de parler d’elle sans mentionner le vilain prix remis à Caroline Fourest, ect… Aucune chance de “se faire son opinion” n’est donnée à la personne qui découvre Rokhaya Diallo lorsqu’elle apparait car elle lui a tout de suite été présentée comme étant “dans le mauvais camp”. Et à force de répéter cela 1000 fois, au final, ça s’inscrit dans l’esprit et ça s’estompe que très difficilement. J’en ai pour preuve le portrait qui lui a été consacré dans le Supplément où le mot “voile” a été prononcé 7 fois en 4 minutes comme si l’engagement féministe de Diallo se limitait à cela alors qu’on a jamais parlé de ses positions sur le nappy, le viol, etc… On l’invite pour parler de son livre mais on rappelle quand même au téléspectateur “naïf” qu’elle a beau ne pas être membre des indigènes de la République, elle a quand même à peu près la même position qu’eux sur certains sujets. J’attends toujours qu’on fasse la même chose avec d’autres invités, cette fois bien mieux placés en France sur l’échelle du pouvoir et de la domination mais vu qu’on sait avec qui jouer les chiens de garde, je doute que cela arrive.

Au final, il est quand même extrêmement difficile de ne pas voir dans “le cas Rokhaya Diallo” tout ce qui nuit à la “République”, à savoir cette impossibilité de décoloniser son esprit et son rapport aux minorités émergentes. Il faut, non pas concéder, mais largement accepter et encourager l’idée que les opinions de ceux qu’on nomme “les autres” doivent exister dans la discussion. Sauf si l’on craint qu’elles soient trop subversives et qu’elles menacent les privilèges des décideurs. Je vais me risquer à une analogie en parlant des anti-mariage pour tous : a-t-on eu raison de laisser parler Béatrice Bourges, Ludivine De La Rochelle, Frigide Barjot et Christine Boutin ? Sans hésiter, oui. Pourquoi ? Parce qu’on a pu connaitre leur position, l’étudier, la décortiquer, la critiquer et expliquer ce qui nous opposait. A-t-on connu une guerre civile ou créé deux France ? Non. Parce qu’on a discuté, justement. Et à celles et ceux qui redoutent tant l’affrontement, n’ayez crainte : Nadiaa Geerts et Caroline De Haas sont toujours en vie depuis qu’elles ont débattu avec Rokhaya Diallo! Vous pouvez donc, soit continuer à “défoncer” sur le papier ou sur vos antennes, soit discuter sainement en face à face mais, la lâcheté étant la caractéristique principale de beaucoup de monde, je doute qu’un débat ait lieu de sitôt…