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Quand Valérie Toranian ment…

Quand on est une obsédée de « l’islam des quartiers » et qu’on a été le sponsor officiel de mouvements comme NPNS, quoi de mieux que de récupérer un sordide fait divers pour étaler une critique lâche, plaquer ses fantasmes dessus et faire sa propre promo ? Je vous le demande.

Petit rappel des faits : dernièrement, une jeune fille prénommée Aïcha s’est suicidée. D’après ce que rapportent plusieurs articles, son suicide fait suite à l’apparition sur les réseaux sociaux d’une vidéo « sexy »  et aurait provoqué un violent lynchage. La jeune fille, asphyxiée par la honte et le harcèlement, se serait suicidée en se défenestrant depuis l’appartement de sa grand-mère. Ce fait divers n’a malheureusement rien d’original ; en effet, depuis de nombreuses années, on assiste au sordide essor du «Porn Revenge» qui consiste, pour certains individus, majoritairement masculins, à se venger de leur ex-compagne en publiant tout document (photo, mail, vidéo, etc…) intime sur le net dans le but de se « venger » par l’humiliation. Bien que le sujet soit d’actualité, peu de gens, excepté la réalisatrice Ovidie, se sont penchés sur la question, certainement parce le phénomène cristallise encore trop peu de peurs et n’est pas réellement rentable sur le papier. Ainsi, Aïcha a été décrite, de façon implicite comme une victime du Porn Revenge; la plupart des bulletins d’informations la concernant ont dressé le portrait d’une adolescente harcelée, insultée, menacée et intimidée pour cette “sex tape” qui l’a présentait, soit-disant, en compagnie de son amant, un adolescent noir, lui aussi issu des quartiers. Oui. Une beurette, un noir, du sexe, une caméra, la banlieue pour lieu commun et un suicide pour la fin : chez les journalistes monomaniaques du péril islamique libertaire, on sort le champagne.

Sauf qu’entre temps, la police et les proches de la famille n’ont jamais confirmé cette histoire qui ne serait qu’un tissu de mensonges : non seulement Aïcha n’a jamais été harcelée, mais elle ne figurerait même pas sur la vidéo ! Mais trop tard : un fait divers avec une jeune beurette qui met fin à ses jours à cause de la “honte” est un plat trop bon pour ne pas être avalé goulûment par des journalistes qui n’ont pas eu leur dose de faits divers “à caractère musulman” comme Valérie Toranian… ou des sites d’extrême droite. Aucun bulletin d’information n’a publié de communiqué pour revenir sur leurs affirmations préremptoires mais peu importe : il ne faut pas rater une opportunité d’exploiter le filon juteux de la barbarie musulmane de banlieue. Là où toute personne un minimum humaine se contenterait de juste regretter qu’une adolescente se suicide, Valérie Toranian, elle, saute sur cette occasion pour baver.

Après avoir dirigé le magasine Elle et avoir, grosso modo, enseigné aux femmes l’art de s’aliéner en suivant toute une liste de diktats, Valérie Toranian s’occupe aujourd’hui de la Revue Des Deux Mondes. Bien que toujours dans l’univers bobo, Valérie Toranian ne peut vivre sans casser de l’islam de temps à autre. Après avoir profité des tragiques évènements du mois de Janvier pour rappeler, je paraphrase, dans son édito, que les assassins qui ont tué les membres de la rédaction de Charlie Hebdo sont avant tout « des musulmans », qu’il est tout à fait possible d’être « islamophobe et républicain » puisque l’islamophobie n’est qu’une tactique empêchant toute critique de l’Islam, Valérie Toranian n’allait pas laisser passer ce fait divers sans ajouter sa touche… en faisant preuve d’une subjectivité qui en dit long sur ses intentions. En introduction, Toranian explique qu’à 15 ans il existe des codes (comme s’ils disparaissaient à l’âge adulte!) qui sont communs à tous les ados, avec lesquels on ne plaisante pas mais, qui, grande surprise, sont différents pour les jeunes filles musulmanes, qui, elles ont le droit à un autre code : celui de la pureté. Ces jeunes filles, que l’auteure voit comme les martyrs de la communauté musulmane, seraient surveillées, contrôlées, jusque dans leurs choix vestimentaires qui seraient désormais limités au port du foulard. Sur quoi Mme Toranian fonde cette idée ? On se le demande. Parce qu’au fond, parler d’un code qui existerait et serait propre aux ados, c’est, somme toute, banal, mais dire qu’il en existerait un “custom-made” pour toutes les adolescentes musulmanes, c’est au mieux, du fantasme ringard, au pire, de la propagande dans la veine des écrits d’Ayan Hirsi Ali. Mais Valérie Toranian ne se refuse rien!

Après avoir joué les sociologues de comptoir, Valérie Toranian va jouer les enquêtrices super engagées dans “l’affaire Aïcha”. Car si la police et les proches de la victime ne sont pas en mesure de nous en dire plus sur ce qui a poussé la jeune fille à se defenestrer, Mme Toranian, elle, parce qu’elle est la discrète libératrice des « filles des quartiers », elle sait ce qui s’est réellement passé  : Aïcha est morte en payant “le prix fort de la liberté”. Comme dans les fantasmes de journalistes mythomanes, avec V. Toranian, quand on est une jeune musulmane issue du 93 et dans une situation de détresse, il ne faut pas croire la version officielle, non. Là le complot n’est pas discutable. “On les connait” comme on dit… Aïcha s’est suicidée, pour Toranian, parce qu’elle était trop libre, devergondée, bref « pour un ourlet trop court ». Comme Fourest et l’affaire “Rabia Bentot”, ne croyez pas tout ce qu’on vous raconte, à commencer par la police et la principale concernée ou ses proches : c’est la liberté des musulmanes qu’on veut punir ! Paternalisme puant…

Au lieu de revenir sur terre et dans le réel, Toranian continue dans les délires. Pour émouvoir encore plus son lectorat en pantoufles de mohair, elle établit un parallèle des plus immondes avec une autre affaire, celle de la collégienne, Sarah, qui a été exclue de l’école pour port de jupe jugée ostentatoire. Le rapport entre les deux ? Aucun. Ah si: elles sont toutes les deux musulmanes, ce qui est un point commun suffisant aux yeux de l’auteure de l’article pour se lancer dans une comparaison des plus inappropriées. Tandis qu’elle voit Aïcha comme une icône de la liberté qui est morte pour ses choix de vie, Valérie Toranian voit en Sarah une provocatrice prosélyte qui a réussi son coup, et qui à présent pose pour les journalistes tout en narguant ses professeurs et la “République”. Bien que Sarah ne mérite pas ce qui lui est arrivé car elle n’a pas enfreint la loi, elle ne mérite pas son nouveau statut (qui reste vraiment à définir mais qui en tout cas ne plait pas à tout le monde). Pourquoi ? Parce qu’elle ferait de l’ombre à Aïcha ? A lire cet article, on pourrait le penser tant Toranian regrette que Aïcha n’ait pas été autant soutenue. Sauf que, chère Mme Toranian, les deux affaires n’ayant vraiment rien à voir, il ne faut pas vous tromper de colère mais en vouloir à la société qui méprise certains comportements, en l’occurrence ceux qui ont été prêtés à Aïcha, plutôt que les élans de solidarité envers une jeune musulmane exclue de l’école alors qu’elle n’aurait pas du l’être.

Le texte de Toranian va toucher à sa fin mais ne peut s’achever sans que son auteure fasse un nouveau parallèle avec, cette fois, l’Afghanistan. Et oui, car quand on veut vraiment faire flipper le français moyen, inutile de rester en France, il faut avoir recours à des images fortes. Et quoi de plus fort que l’Afghanistan, pays qui concentre en lui toutes les images flippantes de l’oppression des femmes ? Ainsi, pour faire écho au suicide de Aïcha, Valérie Toranian écrit : “Il n’y a qu’une vraie victime dans cette histoire : Aïcha, morte pour un ourlet trop court. Morte de l’intolérance, de l‘ignorance et du machisme. Morte pour n’avoir pas su résister à la police des mœurs, instance garante de la réputation des jeunes filles. A Kaboul, cette police s’appelle le Comité du Vice et de la Vertu : elle surveille… la longueur des ourlets.” Il ne manquait plus que la musique et la peur pouvait s’inviter. Et oui, ces immigrés, ces musulmans, ils ont importé avec eux en France, d’horribles traditions liberticides qui viennent souiller notre territoire ! Tremblez, tremblez! Que répondre à cela si ce n’est que lorsqu’on sait qu’on est dans l’exagération, on exagére encore plus ? Que dire à une personne, qui se veut féministe, mais qui dans le même temps n’hésite pas une seule seconde à procéder à des mises en concurrence de femmes qui n’ont rien à voir juste pour mieux en descendre une et, au final, montrer à quel point “on” déteste la liberté ? Que dire à Valérie Toranian sur son indécence ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on va exploiter deux faits divers complètement différents “à consonance musulmane” pour les opposer et désigner une vraie gagnante par opposition à une tricheuse ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on se borgne à parler d’Aïcha qu’on ne connait pas mais qu’on désigne comme victime de sa soif de liberté alors que rien ne prouve ses dires ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on ne respecte même pas la douleur de sa famille et de ses proches qu’on désigne comme étant, implicitement, responsables du drame car ils lui ont fait payer son “écart” ? Valérie Toranian ne fait que s’inscrire dans la lignée des féministes blanches de l’establishment qui  n’ont aucune honte à puiser dans les ragots et les mythes urbains pour mieux dépeindre une “autre” france, celle du péril islamique où la barbarie “pas-de-chez-nous” a été importée et où les femmes sont forcées de vivre à la mode Afghane.

Par pure provocation, j’ai quand même quelques questions à poser à Valérie Toranian. Puisque, on l’aura compris, elle est féministe et friande de beurettes libérables à sa façon, aurait-elle écrit un article aussi idéologique si Aïcha avait survécu ? En tant que féministe, se serait-elle précipitée à son chevet et aurait-elle appelé ses ami-e-s des médias pour lui donner la parole ou aurait-elle écrit un article bien moins porté sur l’émotionnel en dénonçant le Porn Revenge comme atteinte à la dignité de toutes les femmes, qu’elles viennent de milieu où le sexe est pas un tabou ou non ? Se serait-elle passée d’une référence à l’Afghanistan au profit d’une référence avec le projet de loi sur le renseignement qui lui, risque de créer un nouveau rapport à la vie privée dans ce genre d’histoires? Je ne le saurai jamais.