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Le barrage ? Sans moi et sans émois.

“Faire des miracles demande beaucoup de travail. La plupart des gens abandonnent avant qu’ils ne se produisent”.

Sheryl Crow – Maybe that’s something (The Globe Sessions)

Malheur, urgence, désespoir : Marine le Pen est au second tour de cette tragi-comédie burlesque que l’on appelle l’élection présidentielle. Face à Emmanuel Macron. Oui, Marine Le Pen. La fille de Jean Marie. Celle qui a nettoyé la vitrine mais pour y exposer les mêmes produits que son père. Le risque qu’elle accède au pouvoir est grand. Musique d’ambiance et plan au ralenti.

Cette fois, la nouvelle n’indigne pas, contrairement à 2002. Pas de cris d’effroi, de débats, de longues tirades passionnées saupoudrées de paroles creuses ou d’humanisme servit en deuxième partie de soirée. Rien. Un moment de botox vocal où même les quelques pourcents séparant Macron de Le Pen n’ont pas abouti sur un commentaire. Horreur de la froide fatalité acceptée.

Puis, quelques heures après, on a appelé à barrer la route au Front National. Tweets, tribunes, blogs, billets d’humeur : l’appel à sauver le soldat démocratie était lancé mais telle une flèche aiguisée en direction des abstentionnistes et sans dialogue préalable. Démocratie ? On peut faire mieux. Taper sur ceux qu’on pense convaincre en les accablant et en les culpabilisant ? Contreproductif et ignoble. Aussi vulgaire et violent que d’insulter une jeune fille insensible aux sifflets qu’elle récolte sur son passage parce qu’elle ne s’arrête pas mais après tout, on s’en fiche : la fin justifie les moyens. Le plaisir d’incarner ce bras fièrement musclé et moralisateur qui sortira les abstentionnistes pour les pousser aux urnes est trop grand pour s’éterniser sur ces petits détails.

« Il faut éviter le pire » !

C’était ce qu’on entendait à table, à la machine à café, au bureau de tabac, dans le train, à l’entrée des aéroports et sur les parkings des super marchés. Le pire, ça serait la victoire du FN qui propulserait ce pays dans de nouvelles pages sombres de son Histoire, écrites avec le sang que les abstentionnistes ont fait couler en décidant de bouder les bureaux de votes, manquant indéniablement de respect à ces milliers de révolutionnaires morts pour la démocratie.

Le débat n’aurait pas lieu si le pire n’était pas aussi mal défini. Il apparaît difficile de concevoir que le pire, pour quelques abstentionnistes que l’on ne veut ni entendre ni comprendre, ait déjà commencé. Pour bon nombre d’abstentionnistes, le pire est déjà leur pain et leur beurre et avant que l’on ne leur sorte la carte « victimisation ! », incontournable joker de la discussion, il faudrait accepter d’entendre qu’une présidence Macron ou Le Pen ne serait, hélas, que la promesse d’une légère aggravation des problèmes déjà existants : discriminations, précarité, exclusion sociale, invisibilisation, mépris culturel, mépris de classe, violences policières, violences économiques, glorification du passé colonial, etc… Quelle serait la nouvelle donne ? Une attaque à peine plus frontale, toujours aussi injuste et humiliante, mais, comme toujours, servie sous couvert de nobles combats menés au nom du vivre ensemble, de la laïcité, du féminisme et même de l’antiracisme…

Le pire n’est donc qu’une caricature du présent. Le pire, c’est qu’on connaît le pire et qu’on le vit et que l’on a rien fait d’autre pour nous que de nous dire que ça pouvait être pire que pire, à tel point qu’on se demande vraiment d’où on peut affirmer que le pire à venir sera pire que le pire du moment présent. Passé cet enfantin jeu de mot, on sait ce qu’il y a de pire pour ceux qui veulent s’éviter le pire : la honte. Parce que c’est principalement ça qu’on veut éviter à tout prix : la honte et les explications qui en découlent, comme si l’heure de se désolidariser sonnerait mais, cette fois-ci, pas pour les mêmes. Parce que la possible victoire du FN remet beaucoup de choses en jeu, à commencer par l’aura dorée de la France qui risque de rouiller sur le plan international. Ceux qui n’ont que peu de choses à craindre du FN le savent : c’est une réputation qui est en jeu dans cette élection. Celle de la patrie des lumières, France éternelle et brillante, défendue par Fatou Diome avec la passion d’une amoureuse transie. Pays des droits humains qui risque de prouver ses limites comme un vulgaire produit de beauté surcôté.

« Mais quand même comment en est-on arrivés là ? »

Les mots sont forts, tout autant que la réalité : le pays souffre de toxicomanie raciste. Ces dernières années ont été celles du brouillage idéologique où tout le monde s’est retrouvé à faire du front national jusqu’à en droguer le pays tout entier. De l’immigration à l’Islam, à la présence dans les médias de personnages hautement contestés relayant les pires mensonges et préjugés, aux calomnies visant ceux qui ont osé contredire l’amas de haine raciste, on a eu une dose déferlante de front national, servie tous les jours dans le sirop médiatique, avalé de gré ou de force mais toujours goulument. Mais, c’était le bon front national, comprenez : celui qui sort de la bouche de dirigeants politiques, d’intellectuels qui portent bien la toilette, qui se disent Républicains, de gauche ou de droite mais qui, jamais, au grand jamais, ne seraient racistes. Comme si cela faisait une différence pour celui qui sent sur sa tête l’ombre brûlante du doigt pointé accusateur. Un racisme qui n’est pas du FN n’est pas un racisme vertueux. Il est vicieux. Fignolé pour avoir l’air propre alors qu’il demeure sale. Même quand il est dévoyé pour prétendre à la défense des femmes, de la laïcité ou d’autres combats nobles. Encore plus quand une ministre s’en sert dans un exercice de féminisme galeries Lafayette à la sauce négrophobe. Même quand un homme de gauche approuve l’extrême droite. Même quand les Unes des magazines se font toutes retoucher par le même chirurgien esthétique pour ressembler à Valeurs Actuelles.

Il y a de quoi sourire avec amertume, devant la panique des militants du barrage républicain et leur argumentaire typique d’un vendeur indépendant de contrats d’assurances du Wyoming. Passionnés et pleins d’entrain, ils auraient enfin presque compris que l’heure était grave maintenant que la flamme commençait à se rapprocher. A mes yeux, c’est comme être celui qui se trouve sur une terre torpillée par une progressive catastrophe naturelle qu’il était le seul à subir dans l’indifférence mais que le reste du monde n’a daigné considérer que lorsqu’elle s’est invitée sous sa fenêtre. Et encore : il n’a été question que de faire barrage au FN. Qu’en est-il de tout ce qui précède le FN ? Rien. Et pourtant, entre l’état d’urgence, la création du ministère de l’identité nationale, les lois antivoile ou burkini, l’impérialisme, la protection des auteurs de violences policières, le mépris, les discriminations, l’asphyxie économique des quartiers populaires avec la Loi Travail, les bombardements à l’international, la banalisation des agressions à caractère islamophobe, il y avait de quoi s’arrêter et réfléchir. A moins que les plus rusés aient compris que le maximum à faire revient à faire des promesses, choses que l’on déteste de nos jours.

S’il reste quelques âmes candides pour se demander comment on en est arrivés là, mon conseil serait d’aller vous adresser directement à ceux qui ont voté pour le FN. Comme pour l’élection de Trump, il faudrait cesser de viser lâchement ceux qui ne sont en rien responsables du résultat qu’on connait.

L’abstention veut dire l’abstention.

Parce que les leçons ne sont jamais retenues par ceux qui se bornent à croire qu’il n’ont rien à apprendre de nous, il convient de continuer à jouer à ce jeu par l’abstention. Elle est, à elle seule, un geste politique. Moins grossier que le bras d’honneur mais tout aussi symbolique. Les gens outrés par cette posture parleront immédiatement de cadeau fait au FN, de communautarisme, de division et, en épuisant les cartouches avec lesquelles ils tirent, finiront par faire tomber les masques en nous disant que de toute façon, ils n’auraient rien à craindre du FN au pouvoir et que le barrage serait surtout pour nous protéger. Quelle grandeur d’âme! Quelle bonté ! Ô, mes amis ennemis ! Triste nouvelle pour vous : je n’ai plus que le regard indifférent de Joan Crawford pour répondre à ce paternalisme teinté de mépris tellement ordinaire qu’il vous a échappé ! L’heure des génuflexions devant votre agenda est une heure morte et enterrée. Elle a épuisé toute ma souplesse et convaincu à jamais qu’être la pom pom girl d’une équipe qui ne mobilise ses troupes que pour sauver sa propre peau ne sauvera jamais la mienne alors qu’elle en a eu mille occasions. Et je n’en suis même pas désolé.

La colère, le sang et la perte

J’ai écrit cet article pour les blessés, les meurtris, les apeurés et les affaiblis. Et je n’ai pas à m’excuser des erreurs des autres. Juste à pleurer de rage les tourments de notre époque.

       D’abord, on apprend le drame. Comme en Janvier 2015, on cesse toute activité immédiatement tant la nouvelle nous glace le sang et fige tous nos muscles. On se passe de toute réflexion, de tout ce qui pourrait empêcher la communication entre le cœur et l’esprit pour se concentrer sur ce qui vient de se briser à l’intérieur. On allume sa télévision, on lâche son téléphone portable et on attend. Et l’info continue nous drogue.

            Pourvu qu’il ne se soit rien passé. Que ce soit juste un accident. Quelque chose de banal. Quelque chose qui n’ait aucune conséquence. Un pétard qui a fait trop de bruit ou un accident comme on en voit toutes les nuits. Pourvu qu’il n’y ait pas de morts. Pourvu qu’ils s’en sortent.

            La nouvelle tombe. L’horreur est revenue. Elle avait frappé la veille à Beyrouth, chez les arabes, aussi divers et différents qu’ils soient. On s’en fichait royalement. Comme d’habitude. Le moyen orient, même s’il obsède les patriotes à deux balles, même s’il fascine parfois les plus paumés de chez nous et même s’il abrite une poignée de tortionnaires amis de nos présidents bien occidentaux, c’est quand même loin sur la carte. Mais là, on sent le rapprochement.

            Pourvu que ce ne soit pas un carnage. Pourvu qu’on retrouve que des survivants. Pourvu que le plan meurtrier ait échoué. Pourvu que les médias fournissent un travail de qualité. Pourvu qu’ils soient tous en sécurité. Pourvu qu’on se réveille à tant.

            J’étais de ceux qui ont alterné les pleurs et les cris, la douleur et la rage. J’étais de ceux qui auraient pu se trouver sur les lieux, qui ont vibré dans des concerts de rock, qui ont dîné ou bu un verre en terrasse, qui ont marché dans les rues de Paris dans la sérénité. J’étais de ceux qui ne comprenaient pas, qui se demandaient « pourquoi » et qui ne voulaient pas voir de photos, entendre des témoignages, lire des messages de haine. Et puis deux mois plus tard, je suis revenu à moi, la page se tournait difficilement, avec une écornure comme pour me dire que je ne pouvais éviter ce passage dans ma vie. Dans nos vies.

La violence

           Rien ne saurait justifier l’horreur d’un attentat. Même si je ne trie pas mes larmes parce que je considère que chaque vie compte et dois compter pour toujours, je dois avouer que plus les attentats se rapprochent de nous et plus l’avenir me paraît incertain. Le danger est imminent, les rues ne sont plus sûres. La suspicion est revenue même si on a le droit à des remarques blessantes mais qu’on mettra sur le compte d’une émotion encore trop vive. On se dit que la sagesse, c’est de tolérer, en surface, temporairement, le refus des poignées de main et de la discussion, parce que des gens sont en colère. On a rien fait, on est pas plus responsables de ce que des assassins commettent mais il paraît qu’on leur ressemble, qu’on soit à peine basané, musulman convaincu, hésitant ou pratiquant, banlieusard, fan de rap ou de blues et qu’on devrait laisser passer un deuil qui nous exclu, au nom de l’unité nationale. Inutile de leur rappeler qu’on est tous concernés parce qu’il paraît qu’on a voulu toucher en priorité ces gens-là plutôt que d’autres. Et il y aura toujours un beauf pour nous dire que si les terroristes voulaient vraiment tuer du musulman, ils auraient choisit Barbès… Comme si une communauté était particulièrement épargnée. Inutile également de leur rappeler que l’attentat de Saint Denis qui a échoué allait toucher la France dans sa plus grande diversité : celle qui est noire, celle qui est arabe, celle qui est blanche, celle qui est asiatique, celle qui est croyante, celle qui est athée, celle qui aime le foot, celle qui aime accompagner ceux qui aiment le foot, celle qui se force à aimer le foot le temps d’un match…

            Comme en janvier, on est quelque chose. Cette fois, on est Paris. Dans l’émotion suscitée par la violence, on ne pond que des slogans. Nulle question de se demander ce qu’on a bien pu être avant de devenir Paris ou Charlie. Alors, j’ai décidé que je serai plus que jamais moi même plutôt que d’être ce qu’on attend de moi comme si cela coulait de source ou comme si je leur devais bien. S’indigner qu’on ne soit pas Charlie ou Paris ou s’indigner que d’autres préfèrent être Beyrouth ou Gaza, c’est le début de la fin. Crier haut et fort qu’on est un slogan, pointer du doigt ceux qui ne sont pas « comme nous », se lancer dans un recensement statistique, profiler les infidèles du camp du bien, c’est le début du fascisme. En ce qui me concerne, je refuse de céder au piège d’être « quelque chose » juste pour rassurer la planète entière de la pureté de mon âme ou de rentrer dans un moule. Et surtout, je refuse de me tromper, de crier à la planète entière « #jesuisenterrasse », car c’est là la plus grosse arnaque possible : les terroristes se foutent de qui est en terrasse, qui boit un mojito en écoutant Rihanna ou qui partage un repas dans un restaurant huppé. Ils tuent des civils innocents parce qu’ils sont dans une logique meurtrière parce qu’ils sont animés par un esprit de vengeance qui leur a rongé l’âme et rien d’autre.

            Au delà des slogans, on a réussi à créer un tout petit peu de réflexion. Pas toujours la meilleure. La France est en guerre, dit-on. Le temps d’endormir les masses, on parlera de guerre de civilisation. Le fantôme du 11 Septembre et ses thèses néoconservatrices qui ont massacré des populations innocentes sont toujours là, comme des ombres. Charlie Hebdo confirme la pensée, avec une caricature qui montre un homme buvant un coup sous la mention « ils ont les armes, on les emmerde, on a le champagne », qui me rappelle étrangement la sinistrement célèbre chanson de Michel Sardou où il était question d’opposer la culture française, vivante et avancée, face à la culture arabe, arriérée et insipide et donc tellement inférieure. Qu’est-ce qu’ils ont, à part le pétrole, disait-il. Je suis tenté de lui répondre : tellement de choses, si tu savais !

            Il suffit que quelques personnalités politiques reprennent le thème, que quelques intellectuels suivent et le concept est installé : les terroristes sont venus tuer la civilisation française, celle qui boit, danse, dîne en terrasse, aime les concerts de Rock, le foot, bref la vie. Et que ceux qui ne se reconnaissent pas dans cet art de vivre comprennent immédiatement à quel camp ils appartiennent. Vous serez avec nous ou contre nous. Certains, généralement marqués à gauche d’ailleurs, ne se cachent plus pour utiliser une rhétorique proche de celle des néoconservateurs américains en déclarant que si les terroristes ne voulaient pas s’en prendre à la France et ce qu’elle symboliserait (la frivolité, les droits de l’Homme, la laïcité, etc…), ils auraient pu s’en prendre à l’Etat en s’attaquant directement à l’Elysée. Comme si s’attaquer à un gouvernement dont l’impopularité n’est plus à prouver est comparable avec une attaque qui cible des civils qui ne bénéficient pas de la protection dont peuvent bénéficier les personnalités politiques.

            Que l’on pense la civilisation française comme celle du « bon vivre », du loisir et d’une certaine frivolité ne me gêne pas. Mais en faire la seule civilisation du « bon vivre » relève du mensonge crasseux qui déshumanise également ceux qui ne suivent pas le modèle. D’ailleurs, il serait bien de rappeler que bon nombre de Syriens ou d’Irakiens aimeraient, eux aussi, boire un verre en terrasse ou assister à un concert s’ils ne subissaient pas des frappes bien occidentales, que leur terre n’était pas soumise à la violence continuellement… Et oui, contrairement au dessin misogyne qui a circulé sur les réseaux sociaux, nos bombes ne sont pas sexuelles mais bel et bien meurtrières. Elles tuent. Elles démolissent des vies dans des écoles, des hôpitaux et des lieux de culte mais provoquent moins d’émotions que lorsque des terroristes démolissent des œuvres d’art ou égorgent leurs semblables. Et ce sont à cause de nos frappes qu’on finit par se faire zigouiller en plein Paris. Précisons également aux ignorants qui ont décidé d’ignorer nos bombes, nos drones et nos frappes, que 2015 est une très bonne année en France étant donnée qu’on a explosé les records de vente d’armes… pas toujours avec des clients exemptés de tout soupçon.

            On veut toujours nous parler de guerre de civilisation ? D’accord. A condition de tout reprendre depuis le début. La guerre de civilisation dont on nous parle, serait celle initiée par Daesh contre la démocratie, l’occident et tout ce qui ne leur ressemble pas. Sauf que, à l’origine, c’est un concept pensé et inventé en occident et pas ailleurs. La guerre de civilisation, si elle existe vraiment, elle a commencé quand on a envahi l’Irak, violé des gamines, enfermé des civils dans des prisons, bombardé des villages et des ports au nom des droits de l’homme, du féminisme et j’en passe… Et quand on abordait la question du mensonge sur les armes de destruction massive et qu’on évoquait le pillage du pétrole, tous nos grands stratèges en carton nous répliquait que c’était faux, fantasmé, délirant. 13 ans plus tard, quand on nous dit que Daesh vit du business du pétrole, c’est assez « drôle » de voir que ceux qui réfutaient toute existence du pétrole avant l’invasion américaine finissent par accepter cette information maintenant sans la questionner.

            Aujourd’hui, on s’est alignés sur la politique américaine de l’ère George W Bush quand l’Amérique cherche, timidement au passage, à s’en sortir. Sur le sujet, je ne pardonnerai jamais à Sarkozy & Hollande leur suivisme, leurs amitiés douteuses avec les pétromonarchies du golf et leur complexe de ne pas avoir fait partie de l’axe du bien lors de l’invasion américaine en 2003. Et pourquoi au final ? Pour rien de bien. Pour bombarder des peuples qui ne nous ont strictement rien fait, dont les leaders (Hussein, Khadafi, Assad, etc…) ont soit financé ou sympatisé certains de nos dirigeants, s’attiser la haine et la rancœur, interférer dans des conflits qui ne nous regardent pas et perdre nos proches dans des massacres comme ceux du 13 Novembre.

On fait quoi maintenant ?

Rien. On a vu le résultat décevant des perquisitions qui n’ont pas apporté de résultats. On a eu le droit au défilé interminables de prêcheurs de haine dont la tv raffole (Finkielkraut, Onfray, Geoffroy Lejeune, etc…). La gauche propose la déchéance de nationalité pour les Binationaux. Bravo ! Quel est le rapport ? Aucun. Comme si cela importait pour les terroristes. Comme si cela allait les retenir dans leur folie. Mais, par contre, précariser la nationalité française, par contre, ça fera augmenter le ressentiment, les tensions et compliquera le fameux « vivre ensemble » qu’on utilise pour faire complexer les plus faibles d’entre nous.

De hors sujets en hors sujets.

Premier hors sujet au lendemain des attentats : la laïcité. Je ne saisis toujours pas le rapport. Comme si la France n’était pas assez laïque, ou trop laxiste, ou trop tolérante et que si la laïcité aurait été plus appliquée (et je ne vois pas trop comment on pourrait s’y prendre), il y aurait eu moins ou pas d’attentats. Pour information, la Syrie et l’Irak, que cela nous plaise ou non, étaient dirigées par des leaders laïques. La question de la laïcité n’est juste qu’une diversion, un thème récurrent qu’on utilise pour taper sur des coupables bien désignés, des ennemis de l’intérieur. Nous ne sommes pas attaqués par manque de laïcité mais pour d’autres raisons (et je précise qu’expliquer ne justifie en rien l’attentat). Au lendemain des attaques contre Charlie Hebdo, on a eu le droit à des tables rondes sur la laïcité en présence de personnalités comme Inna Shevchenko, la leader des Femen dont le mouvement considère la laïcité comme le fait de tolérer l’intolérable (bouh la religion, c’est de la merde), dont l’expertise en la matière reste à prouver.

Deuxième hors sujet, les « minorités visibles » mais bien utilisées. Je parle ici de personnes comme Lydia Guirous ou Zineb El Rhazaoui qui, un jour, se rendront compte que leur seule utilité aura été de lire un prompteur pour servir un pouvoir qui n’a besoin d’elles que pour taper sur leurs semblables et qui s’en débarrassera une fois leur mission arrivée à terme. Si elles n’étaient pas ce qu’elles pensent avoir oublié, arabes et de culture musulmane, elles ne se seraient jamais hissées là où elles se trouvent maintenant. Ce sont des pions, des alibis, des personnes qui ne servent que pour s’éviter des accusations de racisme, mais en dehors de ça… elles sont impertinentes. Et puis, franchement, à part nous offrir des débats qui ressemblent à des combats de poules ou à des naufrages, quel est l’intérêt ? Où est la progression ? Qu’est-ce qui en ressort, à part le ridicule ?

Troisième hors sujet, la liberté d’expression. Non, je le dis et je le redis, la liberté d’expression « au sens traditionnel », n’est pas en danger. On peut être islamophobe, raciste, sexiste et s’en tirer très bien en France. On peut publier des UNES racoleuses, faire des documentaires aux sensations fortes sur nos obsessions bien françaises (voile, burqa, délinquance, excision, polygamie, etc…), être omniprésent sans craindre de s’attirer les foudres de l’état. Pire encore : la vraie liberté d’expression, celle qu’il faut défendre, c’est celle de faire des reportages qui ne soient pas censurés suite à des pressions de la part de multinationales qui veulent s’éviter des situations embarrassantes. Mais là, pas un mot de la part des plus grands défenseurs de la liberté d’expression qui l’ont résumée à taper sur l’Islam et les musulmans à coup de « oh mais on ne peut plus rien dire, de nos jours, c’est affreux ». Non, les gens, vous pouvez tout dire, tout le temps, sur tous les plateaux, dans toutes les stations de radio et le pire, dans tout ça, c’est que vous pensez incarner une espèce de résistance face au pouvoir musulman qui n’existe que dans vos fantasmes alors que penser que la parole est muselée en France est devenu une opinion quasi majoritaire. Badinter l’a dit: n’ayez pas peur d’être islamophobes!  Quant à la critique de l’Islam, sincèrement, si elle était interdite ou quasi-impossible, ça se saurait. On ne cesse de nous demander si l’Islam pouvait être critiqué et on vous le dit : allez-y ! Brûlez des drapeaux musulmans jugés salafistes (alors qu’ils ne le sont pas : reproduire la profession de foi islamique sur un drapeau n’en fait pas un drapeau salafiste, faudrait commencer à se cultiver sur la question), continuez les amalgames et le racolage. D’ailleurs, que n’a-t-on pas critiqué, dans l’Islam ? Qui ne s’y est pas donné, ne serait-ce qu’un petit peu ? Et que sont devenues les personnes qui ont critiqué l’Islam ? Ont-elles été boycottées, menacées dans leur emploi ? J’ai, quand même un message pour les modérateurs auto-proclamés de la liberté d’expression en France : du haut de votre perchoir, vous avez décidé de tout arbitrer en décidant de ce qui est raciste ou non à la place des concernés mais également de vous lancer dans un véritable lynchage de toute personne qui organise des meetings où vous n’avez pas votre place. Ca la fout mal pour les passionarias de la liberté d’expression.

Quatrième hors sujet : les mots et les réflexes haineux. Cessez de parler de Djihadisme si vous n’avez jamais lu le Coran. Cessez également de nous bassiner avec la civilisation judéo-chrétienne, ce fantasme qu’on utilise pour opposer la France « bien blanche » aux musulmans. Et puis, sincèrement, entendre parler de civilisation judéo-chrétienne dans un pays où on a persécuté des juifs il n’y a pas si longtemps que ça, relève du délire. Cessez également de prendre des airs de vierges effarouchées quand on parle de blancs, de noirs, d’arabes, etc… L’universalisme color blind, personne n’y croit plus. La preuve : on parle de déchéance de nationalité à tout le monde, y compris aux personnes racisées qui n’ont pas de double nationalité. Comme quoi les discours assimilationistes ne sont qu’une fumisterie : on sait très bien quand on a un racisé devant soit, ne nous prenez pas pour des imbéciles. Cessez également votre féminisme de circonstance, celui qui transforme les plus antiféministes en combattants de la dignité des femmes à chaque fois que l’oppression patriarcale vient de personnes « arabes ». Oui, je fais références aux viols de Cologne où certain(e)s n’ont rien trouvé d’autre à faire que de parler de choc des civilisations. Parce que des arabes violent des femmes blanches, vous sentez la terre trembler ? Vous profitez sans baisser les yeux d’un acte d’une violence ignoble pour asseoir vos théories de choc des civilisations ? Mauvaise nouvelle pour vous : le viol, malheureusement, en 2016, n’a pas attendu Cologne pour exister. On viole à Rio, New York, Casablanca, Paris, Londres, Buenos Aires, Sydney et Osaka de la même façon : en brisant une femme par la brutalité. Et dire que l’Islam est la raison de ces viols est aussi stupide et mensonger que de dire que marcher sur le sable en portant des faux cils peut entrainer le cancer des poumons. Mais, je doute que ces féministes en carton qui ont cédé à la tentation raciste (et pour le coup, vraiment complotiste !) partagent la même indignité lorsqu’elles apprennent que leurs frères « bien blancs et bien de chez elles » violent des gosses en République Centrafricaine, des femmes de ménages noires ou excellent dans le tourisme sexuel dans les pays du tiers monde. On attend toujours que vous vous désolidarisiez ! Comment ça, “nous n’avons rien à voir avec ces barbares” ? Ah, vous trouvez cette injonction ignoble ? Bravo, vous commencez à comprendre. Ou du moins, vous êtes sur le chemin. Au passage, si des violeurs qui se trouvent être musulmans « violent des occidentales au nom de l’Islam », doit-on en déduire que des violeurs qui se trouvent être fonctionnaires français ou de simples citoyens français (au sens traditionnel, comprenez « de race blanche ») violent au nom de la France et donc des français et donc en votre nom ? Vous trouvez ça bidon, bête, sans rapport ? Parfait. Comprenez notre indignité quand on engage toute une religion ou tout un pays alors qu’on agit individuellement.

Cinquième hors sujet : l’islam. Oui parce que répéter à longueur de temps « ah si, ça a tout à voir avec l’Islam » alors qu’on a rien dit sur des guerres où le christianisme a aussi été utilisé, prouve le parti prit de certaines personnes. Oui, des personnes rejoignent les rangs de l’Etat Islamique pour décapiter, tuer, massacrer. Oui, ces personnes sont musulmanes, fraichement converties pour la plupart et assez isolées dans leur islamité d’après ce qui est rapporté. Et alors ? Vous voulez vraiment entretenir la psychose ? Quand un mec viole ou tabasse une femme, au nom de sa virilité toute puissante, nous impose-t-on des débats interminables culpabilisateurs pour tous les hommes avec des non concernés ? Pour en arriver à quelle conclusion ? Et pourquoi quand, des musulmans, comme les Kurdes par exemple, mènent des combats nobles « au nom de l’Islam », on leur ôte leur islamité ? Pourquoi, quand des musulmans accueillent des persécutés, chrétiens ou non d’ailleurs, ne reconnaît-on pas le rôle positif de l’Islam pour une fois ? Pourquoi nier l’implication de l’Islam quand quelque chose de bénéfique à tous et à toutes en sort mais mettre le paquet quand ça débouche sur des attentats ? Pourquoi nous gaver de votre obsession sur le voile à chaque fois qu’une tragédie nous frappe en plein coeur ? Vous rendez vous compte que cela nourrit un ressentiment ? Que cela fait accroitre la suspicion ? Et, pour quoi, au final ? Pour rien. Inutile et blessant. Cessez également votre dernière lubie, la cause des chrétiens d’Orient, qui ne trahit que votre préférence solidaire. Vous êtes universalistes ou non…

Sixième hors sujet : les causes bidons. Parler du rôle de Starbucks ou McDo dans le terrorisme est d’une imbécillité sans nom. A croire qu’on retarde le moment où les gens iront se documenter, consulter les archives de wikileaks, revoir les débats, étudier la création de l’EI. C’est vraiment nous mépriser que de proposer ce type d’analyses. Il serait beaucoup plus intéressant de présenter la vérité sur la création de Daesh, son financement, son intérêt pour certains pays de la région mais surtout notre implication dans le conflit. Faudrait également, avec toutes les informations dont on dispose sur le conflit, qu’on pense à parler sérieusement de notre politique étrangère. Qu’on arrête un peu les danses du ventre avec l’Arabie Saoudite, qu’on veille plutôt à avoir des relations plus saines avec l’Iran, qu’on discute réellement de la Syrie et de l’Irak sans se lancer dans des débats sans rapport, qu’on réfléchisse également à une façon de ne plus faire de la politique intrusive et à laisser les peuples décider de leur destin. Et qu’on réfléchisse aux conséquences de l’Etat d’Urgence et qu’on réfléchisse à la culture de violence dans laquelle on baigne du matin au soir. Ca aussi, c’est devenu “typiquement français”…

J’étais de ceux qui étaient choqués en 2001, en 2003 et toutes les années qui ont suivi. A chaque attentat. En parlant avec mes amis du Liban, je m’estimais heureux de vivre sur une terre qui ne connaisse aucune guerre et où, malgré les difficultés du quotidien qui, hélas, sont devenues ordinaire, il était possible de vivre. De sortir sans craindre pour sa vie. De monter dans un bus ou un métro le cœur léger. Maintenant, on se demande si chaque instant n’est pas un danger potentiel.

J’ai revu les photos des personnes qui ont perdu la vie. Majoritairement jeunes. Ces turcs, français, tunisiens, syriens, irakiens, burkinabés. Ces gens-là n’ont peut être jamais soutenu la moindre intervention militaire, ont vécu dans la joie et l’insouciance alors qu’on bombardait et qu’on préparait des guerres. Ils ont payé le prix de leur vie. Alors qu’on aurait largement pu éviter cela.

En Novembre, j’écrivais que je voulais juste dormir, pour fuir la réalité et me faire incarcérer dans un rêve. Un beau rêve. Là où ils seraient tous encore en vie, une dernière fois. Aujourd’hui, avec la spirale dans laquelle nous nous sommes engouffrés, la colère que j’éprouve envers nos dirigeants et nos médias en quête de sensations fortes, je n’arrive même plus à rêver d’eux.

PS : Je n’ai jamais été Charlie et je ne le serai probablement jamais. En revanche, je suis solidaire de toutes les personnes qui ont perdu la vie ainsi que leurs proches, qu’elles soient victimes d’attentats, de guerres civiles ou de guerres maquillées comme des actes destinés à apporter de la lumière dans l’obscurité. Parce que nos morts = leurs morts = la mort de l’humanité, sans distinction.

Urgence : La Marche de la Dignité

Marche de la dignitéQu’il est loin le temps où les luttes étaient téléguidées par un état qui se voulait bienveillant et où la récupération ne se faisait pas attendre. Qu’il est loin le temps où les racisé-e-s, probablement parce que méprisés dans leur identité multiple (jeunes, banlieusard-e-s, pauvres, “issu-e-s de l’immigration”, etc…) ne pouvaient se révolter qu’à condition de ne pas froisser l’état, de ne pas chambouler l’ordre établi et d’avoir principalement dans leurs rangs des cautions blanches et au profil d’intellectuel. Aujourd’hui, on a marché pour affirmer plus que jamais notre dignité.

Au départ, la marche a été diabolisée avant d’avoir lieu. Entre Yael Mellul, avocate connue pour son soutien inconditionnel à Israël et à sa politique catastrophique, qui a inventé une marche de la dignité avant même qu’elle ait lieu (!) en la faisant passer pour, grande surprise, un évènement antisémite et Caroline Fourest qui relaie un énième mensonge, via la Revue Prochoix, amalgamant Tariq Ramadan, le Hamas, la Manif pour tous, avec l’organisation de la marche, on aura tout fait pour jeter le discrédit sur la Marche. En plus, ce ne sont pas des racistes du FN, mais des “gens bien” qui sonnent l’alerte, vous avez vu! Bref, cet évènement, dont l’appel a été lancé par la Mafed (Marche des Femmes Pour La Dignité) n’a pas bénéficié de la promo dithyrambique et de la large couverture médiatique dont bénéficient les manifestations qui émanent de responsables politiques. Comme d’habitude, les mensonges pleuvent car, pour les dominants, quand on se sent au bout de ses arguments, il ne reste plus qu’une seule arme pour convaincre : diaboliser l’opposant quitte à tomber dans la bassesse, la lâcheté et la calomnie. Mais tant qu’on fait ça “pour la République”

Ici, pas de protestations débiles avec inscriptions au feutres sur corps sveltes et slaves avec slogans sans saveurs, ni réflexion. Cette marche s’inscrit dans la lignée des luttes historiques; ce sont des luttes qui n’ont jamais cessé d’exister car en 30 ans de débats interminables, rarement entre concerné-e-s, mais qui, malheureusement, ne pouvait que continuer à être pertinentes tant la situation des quartiers populaires s’est aggravée. Entre temps, il y a eu des révoltes urbaines, l’aggravation des crimes policiers, une banalisation d’un racisme décomplexé et exacerbé par le mythe d’un racisme anti-blanc, l’augmentation et la féminisation de l’islamophobie, sans oublier la pauvreté dont les quartiers populaires et leurs habitants sont les premières victimes. 2005 a été l’année du coup de projecteur pour les banlieues mais surtout le déclencheur d’une nouvelle génération d’activistes et de militants qui ont marché pour leur dignité, dans une société française ou leur parole est régulièrement confisquée, lorsqu’elle n’est pas déformée ou caricaturée. La Marche de la dignité, c’est l’expression la plus légitime qui puisse exister car elle émane cette fois directement des premier-e-s concerné-e-s qui sont et restent les premier-e-s sur le terrain. Elle échappe non seulement à la tutelle bienveillante et paternaliste du parti socialiste mais est également un message fort envoyé au gouvernement.

Mais les trolls racistes n’ont rien vu de tout ça. Ils ont vu de la racaille (probablement car la marche émanaient de gens “basané-e-s”). D’autres y ont vu de l’anti-France. J’y ai vu de la force. J’y ai vu à la fois la dénonciation du racisme d’état, du capitalisme, du sexisme, des violences policières, de l’impérialisme, la transphobie, l’islamophobie, la négrophobie. Mais ça, les “imbéciles d’en face” comme on les appelle, ils n’y comprennent rien. Aurore Bergé, qui récemment s’affichait en maillot de bain sur twitter lors de la foireuse affaire du Bikini, déclarait: “La est celle de l’indignité. Celle qui appelle au boycott d’Israël et crache sur la République.” Sauf que le chantage au patriotisme bidon (patriotisme flatté par des gens qui se tapent royalement de la France et dont la cause première est de chanteur leur amour pour Israël), pour des gens qui ne se reconnaissent pas dans la République, qui attendent encore l’égalité, la liberté et la fraternité, ça ne marche pas. De même que de se refuser de voir le rapport flagrant entre les oppressions systémiques des habitants des quartiers populaires et de leurs semblables avec l’oppression subie par le peuple palestinien depuis des décennies relève d’une mauvaise foi exemplaire. En réalité, on se solidarise dans la Palestine car c’est devenu un miroir de la situation bien française : une population de quasi enfermement, un apartheid, des lois d’exception (la laïcité a été dévoyée pour contrer les musulmans, n’en déplaise aux trolls religiophobes qui pensent se dédouaner de leur racisme quand ils affirment haïr “toutes les religions”), un taux de chômage monstrueux, une mixité sociale nulle, des moyens réduits et surtout la confiscation de son propre destin qu’on refuse encore aux premier-e-s concerné-e-s d’accomplir.

François Hollande promettait de lutter contre le délit de faciès. On attend toujours. Depuis, son ministre des transports, Alain Vidalies, a déclaré préférer la discrimination au risque d’attentats. En même temps, quand on est un homme blanc “mainstream”, la discrimination, on ne connait pas. On vous souhaite de vivre au quotidien le mépris, l’humiliation et la haine des contrôles systématiques, fondés uniquement sur votre couleur de peau, des jeunes abattus par la Police et nous en reparleront. On reparlera également du récépissé, abandonné par Valls car ce serait une mesure “trop lourde”…. On préfèrera bombarder la Syrie ou valser avec les Saoudiens, c’est certainement moins lourd sur la conscience que de lutter contre les abus dans la police. Les associations qui se solidarisent des victimes de violences policières vous le diront : le but, ce n’est pas d’incriminer l’ensemble du corps policier mais de garantir la liberté à tous de circuler sans contrôle au faciès mais surtout de garantir une vraie paix sociale.

Cette marche a quand même fait des déçu-e-s : pour ceux qui s’attendaient à des hymnes au fondamentalisme, à des “Allahu Akbar” scandés en même temps que des slogans antisémites avec des prières de rue dans le fond, il faudra vous trouver d’autres fantasmes. Par conséquent, on mettra la focale sur la présence du Parti Des Indigènes de La République. Pour l’establishment, il n’est pas concevable de marcher à leurs côtés, tant le PIR est désigné comme sémant la confusion et catégorisant la société; en effet, pour Pierre Kanuty, il est impossible de parler de racisme d’état “quand la ministre de la justice est noire”. Super convaincant… Et pourtant, ce ne sont pas les membres du NPA, d’Europe Ecologie, de l’Union Juive Française pour la Paix, des Juifs et Juives Révolutionnaires ou d’autres organisations anti-racistes qui se sont retenus de marcher pour réaffirmer leur dignité aux côtés du PIR. Une fois de plus, le chantage ne fonctionne pas. Surtout qu’en face, quand il est question, dans le camp dit “progressiste”, de lutter en faveur de la prostitution, cela ne gêne personne de faire ami-ami avec Guy Geoffroy dont les positions anti “mariage pour tous” ne semblent pas tout à fait rimer avec celles des abolitionnistes. Qu’on taxe le PIR d’antisémitisme est un sujet qui mérite, au moins, qu’on mette à plat tout ça une bonne fois pour toutes mais qu’on en fasse la raison principale du dénigrement de cette marche prouve, une fois de plus, combien l’establishment déteste qu’une lutte lui échappe des mains. Qu’est-ce qu’on déteste voir des dominés s’organiser, s’émanciper, se libérer, entreprendre ses luttes pour sa propre destinée! En réalité, qu’on le veuille ou non, la Marche est la synthèse de réflexions issues de décennies de luttes. On se lève pas un beau matin avec un sentiment de révolte; cette Marche est un événement majeur qui rappelle des affaires d’injustices flagrantes (Zyed et Bouna, Amine Bentounsi, Ali Ziri, Lamine Dieng, Mahmadou Marenga, Abou Bakari Tandia, Samir Abbache, Taoufik El-Amri, Albertine Sow, Louis Mendy, Chulan Liu, Lamba Soukouna, Remy Fraisse, etc…). On a hérité des fondements des luttes historiques qui permettent de repenser la dignité dans une société ou le racisme est d’Etat. Pour la personne non concernée, comprenez que le racisme d’état vous consume de l’intérieur, vous fait haïr et mépriser votre propre être (ce qui a pour conséquence d’engendre des individu-e-s comme Lydia Guirous et autres personnes qui détestent ce qu’elles sont) et aujourd’hui, la dignité de cette marche, c’est de clamer haut une résistance.

FemmesLes femmes ont porté la Marche. Elles étaient, dans leur immense diversité, présentes sur tous les fronts. On a rendu hommage à ces combattantes qui compilent des tas d’oppressions et qu’on a utilisées contre les hommes des banlieues qui, comme on le sait tous grâce à des associations comme NPNS (merci le PS!), seraient plus machistes et violents que les hommes blancs qui ne vivent pas dans les quartiers populaires. J’ai vu des femmes au discours sans appel mais néanmoins drôle (“Ta main dans mon afro, mon poing dans ta gueule!”), des femmes qui luttaient à la fois contre le capitalisme et le sexisme, des femmes qui rendaient hommages à leurs soeurs des pays du sud sans l’universalisme blanc narcissique. J’ai entendu les paroles de Stella Magliani Belkacem qui a rappelé que le changement ne pouvait venir que de luttes, admiré les femmes en luttes du 93, écouté Amal Bentounssi. J’ai entendu des discours trop souvent décriés comme étant “anti france” là où la France se prive de ce qui pourrait la sauver : la dignité des plus dominés. Ces femmes et ces hommes, qu’ils soient issus des organisations féministes, de la brigade anti-négrophobie, des Indivisibles ou d’associations anti impéralistes, nous ont montré par leur seule présence et parfois dans leurs mots durs que la dignité est notre plus grande arme. Quoi de plus normal que la Marraine de cette marche soit Angela Davis, icône incontestable des luttes féministes et anti racistes!

En conclusion, aux sceptiques des luttes non encadrées par le blantriarcat, aux frileux de la révolte populaire, aux mythomanes pyromanes, aux analphabètes de la dignité, sachez que vous avez perdu. Pas une guerre ou une bataille mais vous avez perdu la main sur nous. Nous ne serons plus jamais instrumentalisés par un quelconque pouvoir, qu’il soit de gauche ou de droite. Nous nous refusons à nous haïr entre nous pour que vous vous sentiez bien au dessus de nous. Nous nous refusons à vous laisser définir NOS luttes, NOS oppressions et NOTRE dignité. Vous qui nous avez tant sermonné sur tant de sujets sans jamais vous exprimer sur ce qui nous a profondément meurtri (la précarité, la marginalisation, la discrimination, les farces artistiquement racistes comme Exhibit B, etc…) tout en perdant du temps à disqualifier des concepts comme l’islamophobie, la “race” ou la gentifrication par manque de reconnaissance de votre propre racisme mais aussi par ignorance, vous n’avez plus de pouvoir sur nos propres luttes. Nous avons notre agenda et il sera contre l’oppression. Nous sommes tous et toutes solidaires de toute notre âme envers les victimes de la violence, qu’elle soit nationale ou internationale et qu’elles se trouvent en occident ou ailleurs. Le charlisme d’état, l’antiracisme niais et raciste, le refus de certaines réalités sémantiques ou sociétales, la hiérarchisation des oppressions, la concurrence des luttes, la surveillance de masse, l’instrumentalisation des blessures, la violence d’état et notre invisibilisation… On en veut pas. Et on luttera. Et on n’attend pas que la licra, Sos Racisme ou Gilles Clavreul et autres “antiracistes de canapés” se manifestent pour affirmer NOTRE dignité à nous.

PS : Bien essayé le chantage. Mais… venant de la part de personnes qui, pour le coup, font VRAIMENT monter le #FN dans ce pays, gardez vos conseils pour vous. Le #FN, c’est juste la pointe de l’iceberg, la caricature. Mais avant la caricatures, il y a beaucoup de monde et qui ne s’en rend même pas compte… tant les esprits ne sont pas décolonisés.

Chrétiens d’Orient, Crétins d’Occident

“Tout le monde passe sa vie à apprendre comment faire du troc : Il suffit de savoir qui a besoin de quoi pour manipuler les gens comme on veut.” écrivait Anita Nair dans L’inconnue de Bangalore en 2013. Et malheureusement, il est triste de constater combien cette simple citation est criante de vérité lorsque le sujet des chrétiens d’Orient est amené sur la table. Parce qu’en occident, après les droits des LGBT en contrée exotique ou les droits des femmes en “terre d’Islam”, il faut encore vendre le choc des civilisations en récupérant à son compte le triste sort d’un groupe plus ou moins minoritaire, à savoir les “Chrétiens d’Orient”.

On découvre un christianisme arabe alors qu’on pensait les arabes comme étant exclusivement musulmans. Mais là, grosse émotion : on a découvert en 2014 les chrétiens d’orient et on s’arrête à ça sans jamais expliquer leur histoire, leurs différences internes et leurs différents statuts selon les sociétés dans lesquelles ils existent. L’expression est sensée “nous parler”, comme s’il s’agissait d’un groupe lisse et uniforme sauf que, pour toute personne un peu instruite sur le sujet, les chrétiens du Liban dans toute leur diversité, ne sont pas les mêmes que ceux d’Irak, de Syrie ou d’Egypte. A l’intérieur des pays dans lesquels ils se trouvent, ils sont tout aussi arabes que les autres croyants et n’ont aucune spécificité particulière à l’exception de leur religion. Malheureusement, l’espèce d’engouement médiatique pour ces minorités occulte cette réalité car on aime se plaire dans l’idée d’un groupe monolithique qui serait devenu la cible prioritaire, voir exclusive des attaques. Dans un occident qui fait encore référence à ses racines chrétiennes pour mieux renier ses musulmans, le sort des arabes chrétiens résonne :  ce sont “nos chrétiens à nous” qui souffrent, de “bons arabes” avec qui la solidarité est presque innée car ils sont chrétiens. La machine est lâchée : on arbore la lettre “nûn” dans son nom sur les réseaux sociaux pour se solidariser des victimes chrétiennes de l’Etat islamique (cette lettre faisant référence aux nazaréens, littéralement “peuple de nazareth” en arabe) et on poste quelques photos d’églises vandalisées. On parle de ces chrétiens du matin au soir, comme s’ils étaient les seuls victimes et sans jamais reprendre l’histoire là où elle a commencé. Non, en occident, on ne fait pas de pédagogie et on présente un tableau qui peut mettre d’accord à peu près tout le monde : les laïques, les islamophobes, les chrétiens les plus fervents et mêmes les athées “bouffeurs de curé” sont submergé d’une émotion jusqu’à présent inédite. A l’UMP (enfin… chez les Républicains…), on se mobilise et à fond. Pécresse et Fillon parlent de minorités persécutées et se demandent même “Si l’Etat français ne se préoccupe pas des chrétiens d’Orient, quel État le fera?”. Le PS se félicite des efforts déployés par la France et appelle la communauté internationale à réagir. Bon, au FN, même si on ne veut pas les accueillir, on veut quand même attirer l’attention sur la situation des réfugiés Syriens chrétiens au Liban. Et les autres groupes religieux ? On s’en fiche.

Une étrange solidarité qui en dit long sur l’idée qu’on se fait de l’Orient…

Parce qu’en réalité, le soutien des occidentaux aux Chrétiens d’Orient n’est qu’un soutien d’occidentaux à d’autres occidentaux mais qu’on voit différemment; en effet, le terme “orient” est complètement figé en occident. Chez nous, Orient veut dire arabo-musulman et rien d’autre. L’Orient, en occident, c’est l’Islam ou, quand on est un peu rigoureux, des Islams. Ainsi, toute personne issue de l’Orient mais étant d’obédience chrétienne est perçue comme occidentale parce qu’on croit encore que le Christianisme est une spécificité occidentale… d’où ce rapprochement avec ces chrétiens d’orient. Inutile de rappeler aux pasionarias de la cause des Chrétiens d’Orient que les trois monothéismes sont nés en Orient et sont donc, avant tout, orientaux, avant de s’être étalés jusqu’en occident. Inutile également de leur rappeler qu’en mettant la focale uniquement sur les chrétiens, on donne l’impression que le sort des autres groupes ne les intéresse pas, voir même qu’il les indiffère. Inutile aussi de leur montrer que cette vague de sympathie pour les minorités chrétiennes donne l’impression, en plein débat sur la laïcité et le communautarisme, qu’on ne s’émeut que du sort de “ceux qui nous ressemblent dans nos racines les plus profondes”. Inutilement également de leur rappeler que d’appeler à la solidarité envers un groupe persécuté qui fuit la guerre alors qu’on refoule sur notre sol des gens qui fuient également des persécutions, c’est juste se moquer du monde. Enfin, inutile de ne pas voir ici une contradiction évidente de la classe politique qui considère communautariste tout soutien à la Palestine (où, curieusement, les chrétiens palestiniens, lorsqu’ils sont victimes des politiques sanguinaires de l’Etat d’Israel n’ont jamais eu le droit à un tel soutien) sans voir dans son soutien aux chrétiens d’Orient un soutien tout aussi… “communautariste” ?

pho604a386a-10e9-11e4-9ed5-8037e64775c4-805x453_1Le Vatican a demandé aux leaders musulmans de prendre position en faveur des chrétiens d’Orient, un peu à la manière de Carayon (UMP) qui avait demandé aux français de confession musulmane de prouver leur “islam modéré” en manifestant en masse. On apprécie le conseil! On peut également demander à tous ces députés émus de manifester leur refus de la violence en se désolidarisant de tous les responsables politiques occidentaux qui ont enclenché des guerres au Moyen Orient, tuant au passage, qu’ils le veulent ou non, des musulmans ET des chrétiens. Et si ces hommes politiques sont tellement émus de la situation actuelle des chrétiens d’orient, pourquoi se bornent-ils à n’en parler que maintenant qu’ils subissent la barbarie de l’Etat Islamique (Daesh) ? Pourquoi ne pas remonter aux origines du problème, à savoir le soutien à des interventions impérialistes, à des régimes dictatoriaux et à une colonisation qui n’en finit plus ? Pourquoi ne jamais dire explicitement que si nous n’avions pas soutenu ces guerres, si nous n’avions pas accepté de danser avec des dictateurs, rien de ce qui se passe actuellement ne s’y passerait ? Pourquoi récupérer de façon aussi fallacieuse le tragique sort d’une partie de l’orient – la bonne car elle pratique une religion “bien de chez nous”, sans halal ni imam – alors qu’il s’agit d’une crise qui n’épargne personne ? Pourquoi choisir nos victimes ? Et surtout, pourquoi entretenir l’idée d’une minorité plus persécutée que d’autres alors que Chrétiens & Musulmans résistent ensemble ? N’est-ce pas là une formidable et presque respectable façon de faire vivre le mythe de la guerre des civilisations ?

Je ne vais pas parler de Gaza. Non pas que je trouve logique qu’on parle de communautarisme toujours pour les mêmes (noir-e-s, arabes et musulman-e-s dans la plupart des cas) et qu’on leur demande de montrer patte blanche alors qu’il n’a jamais été demandé à un seul juif “d’occident” de se démarquer de l’occupation Israëlienne. Simplement parce que les chrétiens de Gaza, qui subissent également des violences, ne sont jamais inclus dans le groupe “chrétiens d’Orient” car leur oppression vient d’un occupant qui n’est pas musulman. Des juifs (Israël) ou des chrétiens (usa) qui buttent de l’oriental, majoritairement musulman, mais aussi chrétien des fois, ça ne plait pas, tout comme des musulmans qui s’entretuent ne font plus vendre de papier et ne font plus pleurer nos politiques. Pourquoi en débattre? On vous parlera de femmes qui se libèrent de la Burqa, de combattantes Kurdes sexy à en réchauffer la banquise et de persécutions atroces commises par des monstres qui osent encore se réclamer de l’Islam car c’est bien ce qui est visé. La seule chose vaguement musulmane qui interesse la populace, c’est un sensationnalisme du plus mauvais goût aux travers d’images chocs montrant la destruction d’oeuvres d’art de l’âge d’or de l’Islam et d’avant. Une belle façon subliminale, en plein débat populaire sur “la liberté d’expression”, de bien montrer la barbarie musulmane dans toute sa splendeur. Les Chrétiens d’Orient permettent également, aux chers peuples démocratiques toujours éclairés, de montrer leur soudaine générosité en terme d’immigration comme on a pu le voir dans le supplément où une famille chrétienne d’Irak est accueillie par une famille française dans le Nord… à une époque où la France expulse comme jamais et sans le moindre complexe et où Eric Woerth joue avec nos instincts les plus bas en mélangeant les concepts d’immigration dite “musulmane” et d’acquisition de nationalité française. Sarkozy compare même l’afflux de migrants à des dégâts des eaux… Sympa. Et après, ils oseront vous parler, la larme à l’oeil, des chrétiens persécutés d’Orient sans rien faire d’autre que d’en parler. On aurait aimer voir nos élites politiques qui font preuve d’un tel humanisme et d’une telle compassion pleurer le sort des Rohingyas qui sont un peuple, musulman cette fois, mais surtout le plus persécuté d’après l’ONU. On aimerait également voir ces personnalités médiatico-politiques de Droite aux USA qui pleurent les massacres de Chrétiens en Irak alors qu’ils ont applaudit la guerre. On aimerait également voir plus de reportages sur les origines du conflit, qu’il s’agisse de la création de Daesh, mais aussi un comparatif un peu plus réaliste entre l’Irak d’avant et l’Irak d’après vu que certains s’obstinent à croire qu’on a bien fait d’aller envahir un pays souverain pour destituer un dictateur “au nom de la liberté” en même temps qu’on se promène main dans la main avec des chefs d’état d’Orient qui sont loin d’être des champions des droits de l’homme ET de la démocratie.

Le Terrorisme, les massacres et les persécutions qui nous intéressent sont ceux qui mettent en scène la domination musulmane

Alors cessons de parler à tout va d’union nationale, d’égalité et de solidarité quand on a encore des réflexes de caste et recours à des expressions comme “chrétiens d’Orient” pour créer des hiérarchies entre les victimes et choisir quel peuple nous émeut prioritairement et comment on va se servir d’un conflit à des kilomètres de chez nous pour mieux manipuler nos peuples. Si on veut nous toucher dans nos émotions les plus profondes, nous toucher dans ce qui nous reste d’humain, commençons par cesser de s’ingérer dans les histoires politiques d’autres pays, commençons par réfléchir et écouter tout le monde avant d’envahir, de coloniser, de déshumaniser et de piller. Et rappelons nous qu’il est facile de nous faire croire en l’idée d’un islam qui aurait le monopole de la barbarie quand on sait que la barbarie de Daesh n’existe pas sans l’Occident, que nos militaires français – et donc engagés en notre nom -, s’en donnent à coeur joie en violant des petits africains, que 9 noirs ont été tués dans une église par un homme blanc sans connexion à un quelconque groupe musulman, qu’un athée à tué 3 musulmans de sang froid au seul motifs qu’ils étaient musulmans, que nous avons – par le biais de nos élus – soutenu les pires opérations, qu’il y a déjà eu cette année des actes de terrorisme mais passés sous silence car non opérés par des musulmans et surtout, que des colons israéliens s’en prennent à des lieux de culte Chrétiens exactement avec la même violence aveugle que l’Etat Islamique mais jamais faire la Une, mais surtout rappelons nous qu’il est facile de présenter des faits pour leur donner une dimension bien spécifique à partir du moment où on est dans une démarche de manipulation des esprits qui ne profite qu’à un tout petit groupe d’individus qui n’a que faire du peuple qui l’a porté dans les sphères les plus hautes du pouvoir.