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Des Burkinis et des hommes

« Êtes-vous déjà tombés par hasard sur votre reflet dans le miroir ? C’est là qu’on voit ce qu’on est depuis l’extérieur et c’est ce qu’il est impossible de voir depuis l’intérieur… »

                                                                                                                     Dorothy Dandrige

La France d’avant

Avant, quand la France était encore un pays où l’air y était presque respirable, l’été pouvait se passer sans qu’une polémique inutile et de mauvais goût ne s’invite à toutes les tables. Les plus chanceux voyageaient, ramenant des anecdotes et des récits d’aventures rocambolesques pour divertir ceux qui n’avaient pas été autant privilégiés. Dans l’ensemble, bien avant notre époque de paranoïa identitaire et d’automatismes racistes décomplexés, on allait bien. On avait que faire de débats de bouts de table, de futilités diverses et de polémiques gratuites auxquels on ne réservait même pas un encadré dans un mensuel. Tout allait bien…

Aujourd’hui, tout va mal. Les caisses sont vides, la rage est en pleine croissance, ce secteur d’avenir qui recrute partout y compris là où l’on se croit antiraciste. Un an après la fausse affaire du maillot de Reims qui aurait du nous servir à tous de leçon, nous voilà repartis pour un tour sur le cheval excité de l’islamophobie. Un an après bien des drames, bien des morts et bien des pistes de réflexion à explorer, nous revoilà retombés dans les bas fonds de la haine et sans même s’empêcher, sans même avoir tenté de se retenir de tomber dans le précipice.

Vite, une polémique !

Polémique n°1234598 sur l'islam. Encore une...

Polémique n°1234598 sur l’islam. Encore une…

Donc une polémique de plus sur l’Islam. Un Casual Friday à la française qui dure depuis longtemps pour 6 millions de musulmans. En fait, nos polémiques islamophobes sont comme les rumeurs prenant pour cible cette pauvre Jennifer Aniston : on finit par être autant désolés pour ceux qui font carrière dessus que pour les principaux concernés qui, quoiqu’ils et souvent elles aient à dire, se retrouvent privés de parole et donc dans l’incapacité de se défendre. On en avait l’habitude, me direz-vous. Après la viande Halal, le foulard, la burqa, le foulard qui veut mettre une burqa et manger halal, au volant ou en terrasse, nous voilà au bon point de départ : ce que certaines femmes musulmanes portent. On parle donc, non sans condescendance, de Burkini, ce maillot de bain couvrant, absolument identique à une combinaison de plongée mais sur lequel bien des fantasmes sont brodés. En fait, ce débat, ce n’est que la version estivale d’un autre débat classique et indémodable, celui du foulard, mais dans une version inédite aujourd’hui, un numéro hors série, une édition limitée et d’été pour celles et ceux qui ne parviendraient à attendre le prochain débat autour de l’interdiction du foulard (en bibliothèque ou au cinéma, à vous de choisir vu qu’il faudrait le bannir partout, comme la pire des choses sur cette terre). Pauvre France, ridiculisée par les médias étrangers, prise en otage par une vilaine obsession, un péché loin d’être mignon puisqu’il blesse et rabaisse. Pauvre France, incapable de plonger le nez dans ses priorités et de faire sa propre psychanalyse et d’y puiser ses torts et ses remords. Pauvre France, incapable de se regarder autrement qu’en s’éblouissant de ses lumières et incapable de voir que son universalisme n’est qu’un narcissisme dont la mission est de faire perdurer son beau reflet partout sur terre et, de préférence, dans tous les cœurs.

Il paraitrait donc que le burkini serait à la fois contraire à la dignité de la femme, une menace pour la laïcité (nouvelle religion d’état, soumise à interprétations diverses) et le symbole d’un combat intégriste. Pour ce qui est de la dignité des femmes, j’attends toujours de voir où est l’indignité dans cette tenue et ce qui fait qu’un bikini ou maillot de bain classique n’incarne pas l’indignité. Pourquoi l’un et pas l’autre ? Pour ce qui est d’une menace pour la laïcité, alors si chaque tenue à connotation religieuse, pour raison évidente ou non, est une menace pour la laïcité, nous sommes soit devenus extrêmement paresseux d’un point de vue intellectuel, soit des réacs qui s’ignorent et invoquent la laïcité à tout bout de champ, comme une issue de secours. Rappelez-vous tout de même que la France est un état laïc et que cela s’arrête là. Les maillots de bains, les tongs, les serviettes et les parasols sont libres de porter des symboles religieux. Quant à parler d’uniforme intégriste, cela traduit une méconnaissance presque risible de l’intégrisme musulman : croyez-vous que pour Daesh, Al Qaeda ou même l’Arabie Saoudite notre grande alliée que le burkini est ne serait-ce que tolérable ? Croyez-vous l’espace d’une seconde qu’il soit acceptable, dans l’idéologie fondamentaliste, qu’une femme se rende à la plage et s’y baigne ? Est-ce que nos maitres à penser sont à ce point limités en terme d’arguments pour nous faire détester le Burkini et par extension les femmes qui le portent et la communauté dont elles ne sont qu’un échantillon ?

Les polémistes en herbe

Peu importe l’opinion à avoir sur le Burkini : le travail a déjà été mâché. Dans un billet publié sur le Huffington Post, Caroline Fourest est claire : « Toute personne un tantinet féministe ou simplement inquiet du radicalisme se sentirait mal à l’aise à l’idée de se baigner à côté d’une femme ou d’un groupe de femmes en burkini. ». Merci de donner raison aux critiques de l’establishment féministe qui parlent de mouvement « dans une phase stalinienne » : au nom de qui parle Caroline Fourest ? De quel droit ? Quel est ce type de féminisme qui prétend relayer la parole du féminisme même le plus léger et les inquiétudes des gens face au radicalisme ? Surprenant pour une essayiste qui tartine ses essais d’universalisme, de démocratie et autres foutaises qui, sous sa plume, sont utilisées comme des armes. Elle poursuit : « Quand on va à la mer, c’est pour se détendre, pas pour se prendre les problèmes psychologiques ou les convictions idéologiques des autres en pleine figure. Si quelqu’un est si mal à l’aise avec son corps et croit en la pudeur, il peut tout simplement éviter de se baigner en public et choisir des espaces plus pudiques… Comme une piscine privée ou sa baignoire. ». Parfait condensé de nombrilisme (« quand on va à la plage, c’est pour… »), de mépris sur une incompréhension (les personnes ayant un rapport différent à la semi nudité sont taxées de souffrir de problèmes psychologiques, c’est très sympa. Ca rappelle étrangement les thèses homophobes de certains psys des années 70…) et de mépris classiciste : la dame vous invite à trouver une piscine privée (était-elle au courant qu’on a refusé une privatisation ?) ou à nager dans sa propre baignoire. Il y a quelque chose de très drôle et on ne peut plus révélateur dans cette dernière phrase : un racisme en filigrane qui fait exactement ce qu’on craignait que l’intégrisme face aux pauvres femmes musulmanes. Retourne à ta baignoire n’est que le nouveau retourne chez toi, un chez toi ridicule, pauvre, en Afrique en général, étroit, exactement comme cette baignoire. C’est très ironique, finalement, de vouloir défier le sexisme des fondamentalistes en faisant leur travail, c’est à dire renvoyer les femmes musulmanes à leur foyer et les condamner à l’invisibilité. Mais comme c’est dramatique de faire, pour le coup, le travail de Daesh en continuant dans la logique de division, de mépris et d’invisibilation. Et on osera se plaindre de l’efficacité des discours des recruteurs ?! On fait leur SAV, avec de tels mots ! Mais bon, étant donné les nombreux mensonges qui étayent l’oeuvre de cette femme, on peut se dire qu’elle va changer d’avis prochainement et opérer un demi tour, hein.

Dans un registre voisin, Raphaël Enthoven, incarnation du mâle blanc dominant qui a son mot à dire sur tout à commencer par ce qu’il n’a jamais traversé, s’est demandé, certainement au terme d’une longue réflexion si les partisans du burkini le défendent au nom de la tolérance qu’ils invoquent pour le port du string sur les plages saoudiennes. Oui, comme d’habitude, toute discussion sur l’Islam vestimentaire ne peut se passer du point « Arabie Saoudite », certainement plus parlant que le point Iran, Pakistan ou Afghanistan, des noms de pays à faire froid dans le dos de toute personne « un tantinet féministe », si vous voyez ce que je veux dire…

Or, là n’est pas la question. Dans cette comparaison, il y a trois choses à retenir.

  • La première réside dans la limite posée par le sujet : quand on parle d’Arabie Saoudite où de ce qui se passe en terre d’islam terrifiant, c’est par manque d’éléments sur la situation donnée. Non, ce qui se passe en Arabie Saoudite ou ailleurs, ne doit pas s’inviter dans une polémique nationale. Ce qui se passe en Arabie Saoudite doit rester en Arabie Saoudite et cela devrait être aussi simple que ça.
  • La deuxième chose, c’est le mépris affiché pour les Saoudiennes et leurs droits. Vraiment, le string sur la plage, c’est la première chose qui vous vient en tête quand il s’agit de réfléchir à la condition de ces femmes ? Est-ce que le philosophe est à ce point assoiffé d’images crues de culs de saoudiennes pour tomber à ce niveau ? Ou est-il simplement en train de faire la preuve flagrante de son manque de connaissances sur la situation ?
  • La troisième chose, c’est le racisme qui découle d’un tel procédé. Les musulmans, quoiqu’on en dise, quoiqu’on en pense, en France, sont, dans leur extrême majorité, des citoyens français. Tout le blabla color blind, intégrationiste « tout le monde a sa chance » se pète la gueule quand on renvoit les musulmans en général et les musulmanes en particulier à ce qui se passe en Iran, en Afghanistan et en Arabie Saoudite. Les musulmans sont des français contrefaits,  quand on les rattache à ce qui se passe ailleurs. Et on osera après se plaindre de la racialisation des musulmans, d’une fierté religieuse ostentatoire, d’un désintérêt pour la nation exprimé par de faibles taux de participation aux élections ou dans d’autres secteurs ? Qui pousse qui dans les bras de l’autre dont on ne se sert que pour mieux complexer et brimer ? Qui se sert d’une imagerie raciste et réductrice pour faire valoir ses arguments ? Enthoven s’était déjà illustré dans un cyber clash avec le rappeur Kery James. Il ne semblait pas avoir apprécié les mots durs d’un de ses titres où il chantait « Rabzas et Renois, à leurs yeux, on est toujours des étrangers ». Aujourd’hui, à la lecture de cet article où sont comparées musulmanes françaises et musulmanes saoudiennes, on ne peut que comprendre la position de Kery James.

Et nous dans tout ça…

europe-double-standard-on-freedom-of-speechJe ne parlerai pas de ces journaux qui n’auront rien trouvé d’autre à faire que de relayer des articles vides d’intérêt sur les situations marocaine, algérienne et saoudienne : notre establishment adore recevoir des renforts de l’étranger quand il a une idée à faire passer. Qu’est-ce qu’on adore crier à l’intégration des “musulmans” comme s’ils venaient de musulmanie, d’une part, et leur parler de théocraties musulmanes auxquels ils sont étrangers de l’autre! Quand je lis que les musulmans doivent s’adapter aux lois du pays, je vois que le travail est réalisé sans que cela ne gêne personne : on parle de musulmans comme d’éternels migrants n’ayant que le droit de la fermer. Belle image que l’on donne du pays des droits de l’Homme, hein. Vous la voulez l’intégration ou vous voulez la retarder en créant une sous catégorie déjà blessée par le racisme général ? Savez-vous que vous vous adressée à une catégorie aux multiples polémiques stériles, gangrenée par votre haine, détachée du bloc national, désintégrée par sa religion mais rappelée à l’ordre par la plume de journalistes maghrébins du Maghreb, haute autorité s’il en fallait une pour mieux dompter la bête musulmane de France ? Savez-vous qu’avec ces polémiques, vous faites du tort là où on aimerait qu’on nous fasse enfin du bien ?

Je ne parlerai pas non plus des associations de féminisme pro-establishment à la OLF qui ne peuvent condamner les arrêtés anti-burkini sans en rajouter une couche sur les religions (toutes les religions qu’elles vous disent, histoire de s’éviter une accusation d’islamophobie, grande technique déjà relevée et commentée précédemment), les iraniennes et les pauvres musulmanes oppressées en France qui n’attendent qu’un dévoilement de masse pour goûter à la joie de vivre. Restez entre socialites, mesdames, et continuez de taxer d’islamogauchistes ceux qui, dans l’ensemble, n’ont que faire de votre racisme et de votre vision néocolonialiste du monde.

Je ne parlerai pas non plus des humanistes du dimanche, ceux qui n’ont que du « moi je » à la bouche, ce fameux « moi, quand je vais dans un pays étranger… », ce « moi » faussement universaliste, intellectuel, intègre, bref colonialiste qui ne considère le monde dans son ensemble qu’à la lumière de sa grande sagesse et expertise de comptoir, qui parle et parle, sans jamais écouter, à la place de, au nom de et sans crainte de basculer dans le racisme ou l’exclusion, parce qu’il a un ami musulman qui lui aurait confié sa honte d’être musulman, parce qu’il a lu le Coran, parce qu’il est issu des lumières, jamais suspecté d’impureté de sang, jamais renvoyé à d’autres pays ou réduit à une citoyenneté religieuse dont il n’a jamais voulu mais suffisamment intelligent, du moins plus que les concernés, ces abrutis, pour pouvoir parler en leur nom.

De même que je ne vais pas m’attarder sur les musulman-e-s de services, pom pom girls d’une France où ils ne servent qu’à valider le travail d’accablement car, amis politiques, on sait qu’on ne vous sert qu’à ça. Nous ne sommes pas dupes des politiques ambitieux et de leur besoin de visages basanés mais républicains, d’en bas mais voulant se hisser tout en haut d’un navire sur le point de couler après être tombés dans le piège de Daesh et de sa propre bétise.

Aujourd’hui, il est urgent de comprendre que tout ce remue ménage ne profite, au final, qu’à faire la guerre. On adore la guerre, plus que la paix. La guerre, c’est contemporain, masculin. L’expression ultime de la puissance et de l’arrogance. J’ai bien peur qu’une grosse guerre ait déjà commencé ici, chez nous, sans dire son nom et qu’elle continuera sa macabre danse très loin, emportée par le vent de la propagande, jusqu’aux portes de nouvelles terres à conquérir puis à exploiter.

Je ne veux pas de vos guerres, ni même de votre sagesse, intellectuels progressistes devenus réacs ou féministes ouvertement racistes. Il faut dire que, depuis quelques années, je suis insensible à vos performances, même quand l’effort de paraître sympathique est là, même quand vous vous autorisez, de façon temporaire, une crise d’islamogauchisme et que vous donnez l’impression d’être de nouvelles personnes. Voyez-vous, j’ai une mémoire d’éléphant : je n’oublie pas tout ce qu’on se prend en pleine figure, même sous couvert d’humanisme ou d’un autre « isme » qui, je le sens, ne servira, dans quelques années, qu’à servir de totalitarisme. « I am still mad as hell » (« Je suis toujours aussi furieuse ») chantaient les Dixie Chicks dans Not Ready To Make Nice quand, de façon très pudique, l’Amérique de Bush s’excusait de les avoir mises de côté. Pour le moment, je suis déjà furieux et c’est largement suffisant.

Un voile de haine, de bêtise et d’ignorance au nom du féminisme

Aujourd’hui, à Paris, s’est tenue la deuxième manifestation contre le foulard sobrement intitulée “journée sans voile”. Un tel non évènement devrait faire sourire. En effet, on ne peut que rire en imaginant des femmes, musulmanes ou non, mais surtout non voilées venues manifester contre le port du voile. Personnellement, cela me fait le même effet que d’imaginer des végétariens se réunissant pour clamer haut et fort leur refus de la viande ou des personnes non tatouées rassemblées autour du dicton “Tatouage = aliénation”. Absolument ridicule. Oui, en 2015, la folie du militantisme anti-foulard, quand elle ne touche pas des journalistes qui disent absolument n’importe quoi, est arrivée au stade du triste spectacle où se mêlent des personnalités très controversés, des slogans simplistes et… non, c’est à peu près tout.

On a compris. On le sait maintenant : l’ennemi est intérieur, il y a une cinquième colonne islamiste en France, les hommes musulmans sont tous des barbares qui s’ignorent, l’obscurantisme a gagné, les femmes voilées sont le cheval de troie du fondamentalisme islamiste, ect… On connait par coeur ce slogan féministe du début des années 2000, cette chanson devenue un tube, reprise comme dans un restaurant karaoké, par toutes les bouches, qu’elles soient sincèrement féministes ou féministes “de circonstance”. Après tout, pourquoi s’interdire de  s’approprier un langage féministe tant qu’il exclue des musulmanes, méprise des musulmans et permet surtout de lyncher l’Islam ? On a compris! Mais les initiatrices de ce pathétique projet, elles, ne comprennent toujours pas ce qui se joue dans cette affaire et leurs maladresses en sont la preuve.

Le féminisme sans voile… Ehmmmmm!

Elles ont lancé leur projet sur Facebook. Elles, ce sont les trois protagonistes qui sont, pour 2 tiers, de culture musulmane. Elles prétendent s’adresser aux neo-communataristes, ce groupe flou dont j’ai parlé, qui n’est souvent défini comme tel que par l’extérieur. Tiens, tiens : trois femmes, majoritairement musulmanes, issues de la banlieue, qui se constituent dans un mouvement avec des  revendications politiques et qui finissent par taxer les autres de communautarisme… Cherchez la logique! Leur appel au rassemblement aurait pu servir de pièce clé à une réflexion sur la question du voile, maintes et maintes fois débattue, généralement en l’absence des principales concernées, si cet appel n’était pas un espèce de tract de propagande mal articulé. Premièrement, je remarque qu’elles ne savent pas à qui s’adresser. Elles ont juste “Marre de votre indifférence, de votre connivence, de votre condescendance !!!”. Le “votre” se rapporte à un “vous” qui n’est jamais clairement identifié. C’est le “vous” des “néocommunautaristes” dont le nom n’est jamais cité.   Degré zéro du courage. Passons. Comme dans tous les textes de propagande, ça affole le lecteur; en effet, ça parle de “nos sœurs en Terres d’Islam qui, elles, n’ont d’autre choix que de s’affubler de burqa ou de niqab” ( l’argument classique de la solidarité féminine musulmane, généralement en deuxième position entre  l’égyptienne excisée et l’Afghane mariée de force) mais également de ” jeunes filles, qui par leur refus de se voiler, l’ont parfois payé de leur vie”. Sortez les mouchoirs mais ne leur demandez surtout pas de quelles terres d’islam elles parlent ou la moindre source : au royaume des anti-voiles énervées, l’anecdote vaut l’argument et plus l’anecdote est larmoyante, mieux elle passe. Aucun commentaire à faire ! Comme dans tous les textes de propagande, on parle pour ne rien dire. C’est le cas, lorsqu’il est écrit : “vous nous livrez au patriarcat le plus implacable de notre temps. Vous faites abstraction de la dangerosité de l’islam radical et refusez de voir la réalité économique et sociale de leur propagande. Vous refusez d’entendre leurs objectifs proclamés pourtant haut et fort.”. Là, une question me traverse l’esprit. De quoi parlez-vous ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire de réalité économique et sociale de leur propagande ? Qu’est-ce que ça signifie ? Quels objectifs ? De la part de qui en particulier ? Pardonnez mes questions naïves mais j’aimerais réellement comprendre car, idéalement, quand on est victime d’une pression fondée sur des stéréotypes, il me semble contre productif de reproduire des stéréotypes… Comme dans tous les textes de propagandes, ça s’emmêle les pinceaux. Jugez-en par vous même : ces femmes s’inscrivent dans la lignée de ce féminisme à 2 euros qui dénonce ce qu’il…. finit par faire, c’est à dire amalgamer,  lorsqu’elles déclarent “Vous assimilez à une minorité islamiste l’ensemble des musulmans qui pratiquent paisiblement leur religion. Par cet amalgame, vous instrumentalisez cette majorité pour accréditer le fanatisme” ! En gros, le “vous” flou (car on ne sait toujours pas à qui elles s’adressent), commet un amalgame dégueulasse qu’elles commettent à leur tour sans voir une seule seconde leur énorme incohérence. Allez comprendre… Pour finir, comme dans tous les textes de propagande, ça ment à fond. Petit florilège du collectif des femmes pinocchio : “Vous offrez complaisamment vos médias aux femmes voilées qui proclament leur choix”, “vous négligez l’embrigadement dont une majorité est victime, comme vous refusez de voir la complicité active d’une minorité d’entre elles”, “vous méprisez le combat des femmes de culture musulmane de nombreux pays qui se sont affranchies du voile au nom de la liberté, de l’égalité et de la dignité”, “vous détournez l’Histoire pour cautionner le voile qui n’est réapparu en nombre croissant qu’avec l’islamisme politique.”. Oui, ces femmes ne connaissent pas la honte. Mais elles finissent quand même leur tirade, bientôt mythique, par une question : “Qui tire profit du retour en force du voile ?”. Et là, j’ai envie de répondre, chères féministes de pacotille, que s’il est difficile de répondre clairement à cette question étant donné sa complexité qui change d’un contexte géopolitique à un autre, qu’il est juste certain qu’il bénéficie plus à des hommes politiques en pleine panne créative et qui ne peuvent plus répondre aux défis économiques du monde actuel qu’à n’importe quelle âme “d’en bas”.

Capture d’écran 2015-07-11 à 00.35.55Je suis, pour ma part, fatigué du débat sur le port du voile. Fatigué de cette obsession n’est pas saine parce qu’elle marginalise celles dont on pense qu’il est notre devoir de sauver alors qu’elles n’ont rien demandé. De même que je suis fatigué de ces féministes de circonstance qui servent à légitimer l’islamophobie la plus flagrante en tant que “racisme qui flotte dans l’air” et racisme d’état. Oui, nous savons que certaines des “plaignantes” sont d’origine arabe et alors ? C’est la même chose que NPNS mais en pire car cette fois le soutien est presque unanime. Maintenant, existe-t-il des femmes forcées de se voiler ? Absolument. Faut-il lutter pour leur liberté ? Oui. Sauf que ce type d’initiative, outre le fait d’être construit sur un ramassis d’incohérences, de contre-vérités et d’anecdotes embarrasse plus qu’autre chose. Catholiques fervents ou non, vous étiez embarrassés par la manif pour tous ? Ne vous en faites pas : d’autres ont repris les mêmes méthodes pour une initiative tout aussi débile. Si le voile est largement considéré par le féminisme français comme l’aliénation par excellence, alors presque tout est aliénation. Formons un collectif des femmes sans string, des femmes sans épilation, des femmes sans jupe, des femmes sans mari, des femmes sans talons, des femmes sans enfants, des femmes sans tatouage, des femmes sans opération de chirurgie esthétique, des femmes sans rente, des femmes sans grain de beauté, des femmes sans cheveux blancs ou carrément sans cheveux tout court! Sérieusement, où va-t-on ? Et surtout, vous qui êtes des femmes dites “expérimentées”, ne trouvez-vous pas abject de vouloir inspirer une loi pour interdire le voile aux mineures ? Vous qui scandez des slogans à la hauteur de votre idiotie tels que “Voile = Obscurantisme”, vous ne trouvez pas, sur le plan intellectuel, que c’est une arnaque lamentable que de faire croire que la suppression du voile entrainerait de facto la disparition de l’obscurantisme ? Vous ne trouvez pas obscurantiste d’interdire formellement un choix libre, sans prendre en compte que les femmes sont toutes différentes, toutes avec leur propre parcours d’émancipation ? Allez faire un tour du côté de régions du monde où le voile est presque absent du paysage pour voir que l’obscurantisme ne discrimine ni race, ni religion, ni société.

Je ne pourrais jamais comprendre ou approuver des hommes qui se donnent le droit de forcer une femme, qu’elle soit de leur entourage ou non, à se voiler. De même que je réprouve totalement les pays qui forcent les femmes à se voiler mais aussi les compétitions de sport qui forcent les femmes à porter des jupes. Chaque femme, qu’elle soit musulmane ou non, doit avoir le droit de disposer de son corps. C’est leur corps et donc leur décision. Sauf que vous, vous avez décidé de faire du petit féminisme de café; ça vient interrompre Edwy Plenel en plein débat, ça ne s’intéresse qu’aux questions qui concernent de loin ou de près l’islam comme si le reste du combat féministe était acquis… En tout cas, bravo à vous car en récupérant ce thème qui est devenu presque autant incontournable que celui de l’IVG, vous vous préparez à une petite percée médiatique. Et pour preuve : vous avez déjà le soutien de  La Ligue du droit international des femmes, Mohamed Sifaoui, Libres MarianneS, Ni putes ni soumises, Zineb El Rhazoui et de l’ufal (Union des familles laïques). On a les amis qu’on mérite… En attendant, les victimes dans l’histoire, ce sont ces femmes voilées qu’on s’autorise à agresser sans qu’aucune d’entre vous ne se solidarise au nom de ce féminisme universaliste qui place des barbelés entre vous et chaque femme qui ose porter ce voile que vous accusez de tous les maux.

D’ailleurs, en parlant d’universalisme, pourriez-vous lâcher les baskets aux “femmes arabes” ? Vous qui êtes françaises tout autant que n’importe quelle française, pourriez-vous expliquer cet éternel comparatif avec ces femmes que vous ne connaissez pas ? Pourriez-vous m’expliquer pourquoi les musulmanes françaises ne devraient pas se voiler au nom d’autres musulmanes, celles que vous adorez, celles qui vivent en Iran ou en Arabie Saoudites, parce qu’elles sont forcées à porter le voile ? Pourquoi, vous qui en avez marre (et à raison) qu’on vous ramène à vos origines, à cette catégorie de “française issue de l’immigration”, vous considérez qu’une musulmane française doit effectuer des choix en fonction de ceux que d’autres musulmanes vivent au quotidien dans une contrée lointaine tandis qu’une française “de souche” et non musulmane n’a jamais à effectuer de comparatif? Vous parlez d’intégration mais vous n’avez aucun mal à vous désintégrer du sol français pour faire passer vos idées. Tout comme vous n’avez aucun mal à taper sur les femmes voilées que vous faites passer pour des complices de l’intégrisme. L’idée du fervent catholique que l’on comparerait à Civitas ferait dresser les cheveux de n’importe quelle personne mais l’amalgame “femme voilée= terroriste” ne vous pose aucun problème. Vous en avez marre de l’irrespect fait aux musulmanes non voilées ? Je comprends. Mais ne vous en prenez pas à la voilée, affrontez la source de l’irrespect! C’est comme blâmer des femmes qui entretiennent leur silhouette au lieu de vous attaquer à l’injonction permanente d’être “belle” ou aux industries qui fixent des normes absolument délirantes.

Pour conclure, merci aux idiotes utiles du racisme de la manif sans voile. Je ne peux résister à la tentation de vous proposer quand même, d’éclaircir un peu vos positions, en commençant par clairement identifier les “néocommunautaristes” à qui vous vous en prenez. La réflexion devrait vous mener à comprendre que le “communautarisme” est non seulement vu et conçu de l’extérieur mais surtout jamais par ceux et celles qu’il vise. J’aimerais également vous présenter à des féministes arabes qui auront forcément grâce à vos yeux car non voilées et qui vous diront l’embarras dans lequel elles se trouvent et la paralysie de leurs luttes quand d’autres ailleurs, sous couvert d’universalisme et de solidarité, verrouillent leurs projets. Et à toutes celles qui parlent de culpabilité, de laïcité et autres thèmes chocs très à la mode dans le contexte actuel, vous êtes grillées : on sait pertinemment que votre grandiloquence ne cache en réalité qu’une haine épidermique du voile qui est probablement lié à ce racisme respectable qu’est devenue l’islamophobie.

En attendant, je vous laisse à vos débats grotesques. En hommage à vous, j’appelle à un rassemblement du collectif des “salariés sans vacances” à Paris prochainement en présence de salariés qui ont fait le choix de ne pas partir en vacances mais qui demandent donc l’interdiction des vacances pour… ceux qui partent en vacances. Probablement parce que le ridicule ne tue pas mais lance des carrières.

Patric, j’en veux pas… Enfin pas comme ça.

Des fois, il arrive que des gens sortis de nulle part viennent en soutien de luttes qui ne les concernent pas. C’est bien sauf que des fois, ces personnes veulent parler encore plus fort que les personnes directement concernées. On a tous connu cet énergumène blanc venu du fin fond “des lumières” pour apprendre au racisé ce qui est raciste et ce qui ne l’est pas comme on a tous connu ces hommes venus montrer aux femmes ce est sexiste et ce qui ne l’est pas. Merci pour la leçon mais je crois qu’il serait souhaitable que les premières personnes concernées soient écoutées et décident à leur place de ce que représentent leurs luttes, sans qu’une personne dresse un portrait de leur situation à coups de figures de styles qui ont plus leur place dans un roman sentimental que dans une discussion d’ordre politique. Malheureusement, des gens qui peuvent nous sembler “clean” comme Patric Jean peuvent incarner cet archétype du mec blanc moralisateur et engagé sur le papier. Je dois avouer que j’ai du passer par Wikipédia pour en savoir plus sur cet homme dont je n’ai entendu parler de lui que lors des “débats” sur la question de la pénalisation des clients de la prostitution. J’ai entendu parler de “Zéro Macho” et là, foutu pour foutu, j’étais intrigué! Bon, je suis néanmoins ravi de ne pas m’être plus penché sur cette association quand on sait qu’elle compte parmis ces rangs un véritable guignol du féminisme masculin (auquel Patric Jean s’identifie pudiquement en se présentant comme “pro-féministe”), à savoir Christian Delarue. Et quand je lis ses tirades absolument délirantes sur les histoires de jupes ostentatoires, je suis rassuré: je me suis arrêté de me torturer inutilement à temps. En réalité, l’objet de mon texte porte sur le dernier  article de Patric Jean, sobrement intitulé “Les Nouveaux Nazis”. Je ne vais pas y passer par 4 chemins : Patric Jean veut “bien faire” mais il est complètement à côté de la plaque. Le pire dans tout ça, c’est qu’il représente à merveille cette caste qui commente tranquillement une situation qu’il vit de loin, voir de “très loin”, en donnant des leçons mais sans jamais renoncer à ses privilèges.

Autant que je le dise sans détour : Patric Jean n’est sans doute pas raciste mais fait dans l’antiracisme niais. C’est, au mieux, digne de la plume de Nadia Khouri Dagher, au pire, de l’ignorance. Il se demande sur son blog, “comment font les jeunes dits “des banlieues” pour se tenir si tranquilles malgré la violence qui leur est faite. Racisme institutionnalisé, ghettoïsation de la pauvreté, violences policières”. C’est vrai ça, comment font-ils ?! Je lui réponds : ils luttent et la ferment. Quand on parle en banlieue de désarroi, on est tout de suite considéré comme étant dans une démarche de “revendication” mais une revendication perturbatrice car on est des sauvages qui ne savent pas se tenir. Quand on commence à saisir les moyens à disposition, on a le droit à de jolies leçons de morale où le mot “République” est répété à tort et à travers comme pour essayer de colmater ce qui se passe. Enfin, ça c’est dans le meilleur des cas. Généralement, on préfère mettre la focale sur des histoires destinées à divertir ou effrayer les masses comme l’arnaque du communautarisme qui serait une menace sur le “vivre ensemble”. Patric Jean s’improvise psychiatre spécialiste des banlieues en disant que nos pauvres jeunes auraient honte de “ne pas coller au modèle, (…) de ne pas pouvoir consommer selon les injonctions à la mode, (…) d’appartenir à une classe sociale ou de porter une couleur de peau qui fait peur. Cette honte a souvent dégénéré en une haine de soi conduisant toujours aux mêmes conséquences: drogue, alcoolisme, violence contre les siens”. Alors là, n’importe quoi. Patric Jean, vous vous égarez. Pour reprendre les termes des banlieusards que vous ne connaissez pas, vous racontez que de la merde. En banlieue, on a pas honte d’être pauvre, on a mal d’être pauvre. On a mal d’être isolés géographiquement, d’être prioritaire dans les contrôles et les brutalités policières, d’avoir peu de ressources, on a mal quand on entend des injonctions à se désolidariser de terroristes comme si on était, du fait d’avoir une religion en commun, automatiquement solidaires d’actes barbares. On a pas honte d’appartenir à la France d’en bas, la France populaire, on a mal de ne pas pouvoir s’arracher à cette couche pour rejoindre une France qui ne reconnait pas tous ses enfants et qui se refuse à garantir l’égalité des chances. Quand à la couleur de peau…. Désolé mais une fois de plus, c’est du grand n’importe quoi. Personne n’a honte d’être basané car noir ou arabe. Par contre, on a mal de savoir que notre couleur de peau est plus qu’une caractéristique physique sur laquelle on plaque des fantasmes et des peurs; on a pas honte de sa couleur, on a mal de voir que pour ceux qui sont blancs, et qui symbolisent le pouvoir car ils sont la majorité, on est tout un ensemble de choses dégradantes : beur ou beurette, bougnoule, délinquants, intégriste, etc… On a pas de complexes ou de honte par rapport à sa couleur de peau même si elle n’est pas la référence, même si on nous le rappelle implicitement à travers cette façon quasi systématique qu’on nous renvoie à des origines supposées (ce “chez vous” qui désigne un “chez soi” qui n’est jamais considéré comme étant la France). On ne se déteste pas avant de sombrer, fatalement, dans la drogue et l’alcool. Il faut arrêter cet enchainement de stéréotypes qui n’existent que dans les fantasmes les plus fous, bon sang !

Si Patric Jean parle quand même avec un peu de justesse du racisme envers les noirs et les arabes, notamment en parlant de sa mutation en islamophobie sous couvert de laïcité, mais loupe un gros détail : le continuum colonial. Et oui, désolé, mais quand il parle de “ces populations”, il oublie de mentionner qu’elles ont un statut de dominés qu’elles ont hérité de l’ex-statut de colonisés de leurs grands parents. Il oublie de préciser que le premier critère commun dans les affaires d’agressions de femmes voilées en banlieues, de contrôles au faciès, d’accusation de communautarisme et autres condamnations, c’est que l’ennemi désigné et humilié, c’est quelqu’un qui descend de l’histoire coloniale. Il oublie de préciser que lorsque nos politiques daignent s’intéresser à nos banlieues présentées comme en déficit de civilisation, c’est uniquement pour faire des danses du ventre qui n’aboutissent qu’à la création d’associations paternalistes et racialistes (NPNS, Sos Racisme, etc…) ou à récupérer quelques “divers” pour les promouvoir dans des postes à haute responsabilité. Et les revendications des quartiers, on les écoute ? Jamais. On fait du cosmétique : on pioche dans la masse, on prend quelques noirs qu’on met en valeur en pensant que le seul fait de voir des gens issus des quartiers populaires va régler tous les problèmes de ces gens. Non merci.

Comme tout féministe se réclamant de Zéro Macho et donc du féminisme blanc mainstream, impossible pour Patric Jean de ne pas parler du voile lorsqu’on aborde la question des banlieues. Ce n’est pas un cliché, voyons. L’égalité salariale, la PMA, la garde alternée, c’est pas pour les bougnoules, hein. Parlons-leur de ce qui les concerne mais avec condescendance. Patric Jean déplore que “la question du voile a transformé en une semaine des milliers d’hommes en combattants pour les droits des femmes alors qu’on ne les a jamais entendus sur cette question ni avant ni après”. Bon, on lui dit? Premièrement, il parle de milliers d’hommes ce qui est abusif. Patric Jean étant un artiste, je lui pardonne cet excès à moins qu’il soit muni d’un registre avec le nombre exact des “combattants” (pourquoi ne pas parler de défenseurs et utiliser le terme de “combattants” ?). J’ai, en revanche, beaucoup moins de facilité à pardonner le mensonge qui consiste à dire que ces hommes se sont transformés en combattants des droits des femmes. Il faudrait savoir qu’à moins de se déclarer ouvertement féministe / combattant des droits des femmes, aucun homme qui a “défendu” le port du voile ne l’a fait sous l’angle du féminisme. On peut défendre le droit à porter le voile ou n’importe quel autre droit sans s’inscrire forcément dans une démarche féministe, non ? Quant à dire qu’on a jamais entendu ces hommes s’exprimer sur le sujet, il faudrait quand même sortir du monde féérique de Disney et regarder la vérité en face : si les musulmanes qui portent un voile ont été privées de parole car considérées comme étant forcées et/ou sous la coupe des hommes, pensez-vous VRAIMENT que ce sont des hommes qui vont être entendus sur la question ? D’ailleurs, ces milliers d’hommes, vous pensez vraiment qu’ils vont s’exprimer prioritairement sur ce sujet, sachant qu’ils risquent de tomber dans la caricature du “je défends mon droit à voiler les femmes” ? Les principales intéressées sont constamment absentes des débats qui les concerne et vous pensez que ce sont leurs frères, pères, fils, cousins, voisins, amants, copains qu’on va écouter ? Ca la fout mal pour un féministe que de demander aux hommes d’avoir un avis sur des problématiques de femmes à leur place. Ca la fout mal également de les considérer comme des combattant des droits des femmes uniquement sur la question du voile en banlieue et de ne pas en faire de même quand ces mêmes combattants parlent de précarité, de chômage et d’exclusion qui sont aussi des thématiques féministes. Mais puisqu’il le dit… Cela dit, je précise qu’être en désaccord avec une situation ne fait de personne un combattant; c’est non seulement nourrir un mépris sur ce qu’est réellement la lutte que de taxer abusivement de combattant quelqu’un qui a juste une idée différente. Par contre, ce qui serait bien, avant de tomber dans les hyperboles qui donnent à croire qu’il y aura une foule d’hommes venus défendre le port du voile, ce serait aussi de dire comment le voile est systématiquement présenté dans les médias… cela pourrait expliquer bien des choses.

Le reste de l’article aborde la question de la laïcité. Même si je peux reconnaitre certains arguments, j’ai quand même manqué de m’étouffer de rire quand j’ai lu le passage sur le dernier clip de Médine. On dirait que Patric Jean fonde son article sur des bases solides! D’après Patric Jean, Médine “crie maladroitement une haine que nous avions prévue”. Adroitement, ça voudrait dire quoi ? Sans mentionner Caroline Fourest, Nadine Morano ou Copé ? Sans dire la réalité ou en bannissant les “gros mots” parce que ça fait tâche ? A moins que le problème soit le rap? Médine aurait-il dû le faire sur un air d’Opéra ? Pour Patric Jean, le clip de Médine et les thèmes de son titre tombent comme ça. Aucun rappel des faits, ni explication ni retour sur les travaux de Caroline Fourest ou les sorties immondes de Morano ou Copé. Peut être que Patric Jean croit en la haine innée des habitants des banlieues qui rappent en dehors de tout contexte social, juste pour cracher une rage qui sort de nulle part… On voudrait bien des explications mais Patric Jean n’a pas le temps, il faut faire vite car nous allons droit vers le choc des civilisations : “Nous allons donc nous retrouver entre, d’une part les “nouveaux nazis” (le terme s’applique ici parfaitement) et les exclus devenus fous (de dieu). Nous n’aurons pas à choisir un des deux camps. Seulement à subir deux folies qui s’affronteront parce que nous aurons été indifférents ou cyniques.”. Vite, agissons pour la survie du “vivre ensemble”! C’est Patric Jean qui vous le dit. Et avant que le péril islamique ne l’ait emporté, il vous fait prendre connaissance de son plan : “il nous reste à nous les blancs, laïcs, refusant tout racisme et révoltés contre les injustices sociales, à faire savoir que nous sommes là et que nous ne cèderons pas à cette folie qui nous emporte”. Bon. Déjà, je ne vois pas l’intérêt de se présenter comme laïc, du moins dans ce contexte mais pourquoi pas. Après, dire aux habitants des quartiers que vous êtes là, désolé, mais on s’en fiche. “Je suis là pour toi”, c’est la phrase passe partout, super usée, un cliché parmi les clichés. C’est une phrase tout prête, toute faite, à congeler et à décongeler selon les circonstances et qui ne veut absolument rien dire. C’était la phrase de ma meilleure amie qui, depuis, vit à Beverly Hills et n’est là qu’à distance, ce qui est une blague. “Je suis là”, quand on a pas défini le “là” et qu’on s’exprime dans un confort qui n’a rien à voir avec le quotidien des gens dont on parle, c’est inutile. Surtout que, jusqu’à présent, “je suis là” pour les banlieues, bon nombre de gens l’ont dit. On a pas lu de chroniques ou vu de vidéos de Patric Jean dans le procès Zyed & Bouna. On a pas entendu Patric Jean sur le projet de loi d’interdiction du foulard à l’université. Non. Patric Jean quand il se pense “là”, c’est à dire avec les banlieues, c’est pour leur rappeler combien leur sort est injuste avec un article bidon qui a plus sa place dans les pages de Nous Deux que dans une discussion sérieuse. Et si être là pour les banlieues, c’est être là comme vous l’êtes pour les prostituées, c’est à dire taxer d’aliéné-e-s, de taré-e-s, de dominé-e-s qui se contraignent sans se rendre compte les pauvres, avec toute la condescendance du monde, je pense qu’on va s’en passer, hein.

J’aurai adoré écrire un autre article mais malheureusement face à un tel ramassis de bêtises, comment ne pas écrire autre chose ? J’aimerais applaudir un discours d’allié authentique sur les banlieues mais ce que j’ai lu, c’est de la candeur condescendante. Ben ouais, quoi, comment qu’ils font les gens des banlieues pour accepter leur condition, quoi ?! Ils ont qu’à devenir riches, tiens! Je sais bien que le m’expose à une accusation de lynchage (comme Patric Jean l’a fait lorsqu’il a parlé du Y’a Bon Award de Caroline Fourest, partant au passage dans un délire d’histoire de la religion vraiment hors sujet) car c’est le propre des habitants de banlieue : quand on ose affronter ceux qui pensent nous tendre la main, on est “violents” parce qu’on est des sauvages. On ne répond pas, on ne critique pas, non, pour “eux”, on lynche. On est devenus paresseux, menaçants et “des gens avec des revendications politico-religieuses” le jour où on a décidé d’ouvrir nos gueules et de tracer notre propre destinée et c’est là que les emmerdes ont commencé. Sur ce, laissons Patric Jean donner des cours de sociologie de banlieue si ça l’aide à soulager sa conscience. Laissons-le s’exprimer sur le voile, lui qui a la connaissance et la science et qui s’estime tant concerné. Laissons le également nous enseigner la vie, nous les ignares, mais rappelons lui que, quand même, un mec blanc cis qui parle des banlieues, du foulard et de la pauvreté sans expliquer le pourquoi du comment et sans mentionner un seul instant ses privilèges, c’est quand même un truc de bobo bienveillants paternalistes.

PS : Quand Patric Jean ne soutient pas les Femen ou méprise les travailleuses du sexe, il déplore la ré-election de  Netanyahu qu’il impute aux islamistes. Oui, je sais, c’est vraiment du n’importe quoi.

PS 2 : Dans le rayon “vraiment à côté de la plaque”, il n’y a qu’à voir la réaction de Patric Jean sur l’interdiction du film Much Loved au Maroc qu’il interprète comme une censure d’état sur le fait de montrer la violence de la prostitution… Il a tout faux : si ce film a été censuré, c’est pour la bonne et simple raison qu’au Maroc, la prostitution est prohibée et que ce qui est censuré en réalité, c’est le fait qu’il existerait une prostitution mais qui aurait été “abolie”. Cette censure est donc faite pour “rassurer” ceux que l’idée de la prostitution irrite (essentiellement pour des raisons religieuses ou morales) mais aussi pour lutter contre le cliché du Maroc, paradis du tourisme sexuel. Mais bon… puisqu’il vous l’dit…

Quand Audrey veut Pulvariser le voile….

Voile. Foulard. Burqa. Niqab. Tchador. Voile. Voile. Voile… Voilà le champ lexical du débat féministe du Grand 8 suite à l’interview de Diam’s sur TF1. Le droit à l’IVG, l’inégalité salariale, le mythe de la beauté, le “Fat Shaming”, les viols dans l’Armée, on en parlera quand ? Pas aujourd’hui.

r-DIAMS-large570Diam’s, rappeuse qui a connu son heure de gloire s’est retirée de la scène médiatique. Elle s’est convertie à l’Islam, est devenue maman et porte le voile. Après cela, elle est apparue deux fois dans l’émission 7 à 8 pour assurer la promotion de ses livres. Ce que Diam’s a à dire, que ce soit sur le terrorisme, son rôle de mère, son amour des diamants ou ses moments de détresse, les bourgeoises de D8 s’en tapent. Ce qui les importe chez Diam’s, c’est… c’est… suspense… c’est… son voile! Elle a beau répondre à des questions qui portent sur sa “nouvelle vie”, sur l’extrémisme, le blasphème et l’attentat à Charlie Hebdo, ce que les animatrices du grand 8 ont retenu de cet échange, c’est son voile. Car, n’en déplaisent à ces féministes du petit écran, elles reproduisent un mécanisme sexiste qui consiste à se limiter à l’apparence d’une femme lorsqu’elle apparait publiquement plutôt que de discuter de ses propos. J’aimerais qu’elles me contredisent et j’attends donc de voir sur quoi porteront leurs commentaires lorsqu’elles parleront de l’interview d’un rappeur ou d’un acteur…

Au pays des multiples lois anti-voiles, le cas Diam’s sait rassembler à peu près tous les intolérants des différents coins de la France. Il y a les bobos qui n’ont jamais écouté un seul morceau de rap et qui se pissent dessus à la vue d’un mec en airmax et qui trouvent que “c’est du gâchis”. Il y a les actrices islamophobes revendiquées qui n’ont rien compris et trahissent leur ignorance et leur bêtise à coups de tweets débiles. Et il y a Audrey Pulvar.

Audrey-Pulvar-enfourche-une-nouvelle-vie_article_landscape_pm_v8Je l’aimais bien  Audrey Pulvar (enfin, sauf quand elle s’agenouille face au CRIF ou qu’elle soutient Shimon Peres façon pom pom girl, cela va sans dire). Dans Le Grand 8, émission talk show française calquée sur l’émission américaine The View, Pulvar est claire : elle est opposée au port du voile, cet “outil d’asservissement des femmes” et en plus, c’est même pas une obligation coranique. Chapeau Audrey, merci pour le scoop ! Je pense qu’il convient de lui rappeler que si le voile est un signe d’asservissement des femmes alors tous les signes sont des signes d’asservissements. Qu’est ce qui, dans le monde de Pulvar, celui du féministe mainstream blanc bien propre, décide de ce qu’est un outil d’asservissement ou pas ? Qui décide pour qui ? Qui parle à la place de qui ? Toujours au sujet de Diam’s, elle déclare qu’elle “a bien de la chance d’être en France, dans un pays dans lequel les droits des femmes sont à l’égal de ceux des hommes (!) parce que évidemment les musulmanes peuvent divorcer, se séparer, se remarier, sauf que dans la plupart des pays musulmans, pas dans tous mais dans la plupart des pays musulmans (!), les femmes qui divorcent perdent automatiquement la garde de leurs enfants et elles n’ont pas un maintient de leur niveau de vie. Donc y’a beaucoup de femmes dans les pays musulmans qui ne divorcent pas car elles savent qu’elles perdent la garde de leurs enfants”. Quand une musulmane ose porter un voile et par dessus le marché, ne pas se comporter en femme soumise, il faut l’humilier. Elle qui a osé porter le foulard dans lequel les féministes mainstream ont décidé d’y voir le patriarcat et la soumission, elle a divorcé des féministes. C’est gênant pour les féministes mainstream. Elles ont été trahies. Elles ont donc le droit de la salir. Pour elles, Diam’s a fait le choix de la soumission en se voilant et devrait donc “vivre en soumise”… mais ce n’est pas son cas. Donc, il faut lui montrer sa “chance” en lui renvoyant à la gueule la situation dans les pays musulmans (dont les citoyennes sont toujours soumises, privées de tout, opprimées, excisées et tout le blabla cher aux féministes mainstream) sur la question du divorce. Or, en faisant référence à ces pays musulmans, Audrey Pulvar trahit son racisme latent à l’encontre des musulmanes. En agissant ainsi, elle la désintégre d’ici pour la comparer à ce qui se passe dans un ailleurs dont elle devrait se sentir automatiquement proche juste parce qu’elle est musulmane. Excusez ma candeur, mais quand une femme juive divorce en France, lui rappelle-t-on combien elle a la chance de divorcer parce que en Israël, c’est pas aussi simple ? Quand une cubaine avorte à la Havane, lui rappelle-t-on combien elle est chanceuse parce que d’autres femmes d’Amérique Latine n’ont pas le droit d’avorter ? Non car ces femmes, contrairement à la musulmane, sont bien d’ici tandis que Diam’s, elle, parce qu’elle porte le voile est exotisée. Elle est désormais “française mais…” et doit répondre pour les millions de musulmanes d’ailleurs avec qui, elle a sans doute moins de points communs qu’avec Audrey Pulvar. C’est un procédé récurrent chez nos féministes mainstream qui n’ont cessé de parler aux femmes voilées françaises des iraniennes qui se battent contre le voile. Ces mêmes féministes qui crient à l’intégration et à l’assimilationisme mais qui n’hésitent pas à faire référence à la situation d’autres pays, majoritairement musulmans ou non, souvent rétrogrades, dont ne sont pas originaires ces femmes voilées françaises juste pour les culpabiliser. A les écouter, chaque femme musulmane devrait, dans n’importe lequel de ses choix, se référer à ce que vivent les Iraniennes et les Saoudiennes (ou les Afghanes, très à la mode dernièrement) avant de faire des choix personnels. Je ne vais même pas m’éterniser sur la question du divorce qui est présentée par Pulvar comme n’étant pas en faveur des mères dans “la plupart des pays musulmans mais pas tous”. J’ignorais qu’elle avait une telle expertise sur le sujet ! Je ne savais pas que présenter le journal sur France 3, jouer les chroniqueuses du samedi soir sur France 2 et les grincheuses sur D8 enrichissait les cerveaux de connaissances sur le droit des pays musulmans ! Peut-on juste expliquer à Audrey Pulvar que, le divorce, au Maroc, au Qatar, en Arabie Saoudite, en Libye, en Syrie, au Yemen, en Turquie, en Indonésie, ce n’est jamais la même chose d’un point de vue de la loi et que tous les pays musulmans ne sont pas identiques ? Peut-on lui rappeler que le mythe du monde musulman monolithique, c’est une technique presque périmée des néo-conservateurs ? Pour une journaliste, j’avoue qu’une telle faute me consterne! Sauf que Madame Pulvar ne s’arrête pas là. On a beau lui dire qu’il existe des femmes qui choisissent le voile en étant réellement volontaires, pour elle, c’est faux. Pulvar a-t-elle mené l’enquête, questionné toutes les porteuses de voile, recensé, préparé des fiches et des statistiques comme Robert Ménard ou ne fait-elle que répéter ce que les féministes mainstream ne font que répéter depuis des années sans la moindre preuve? A-t-elle lu l’ouvrage de Faïza Zerouala pour baser son argumentation, a-t-elle fait le b.a-ba de toute étude à savoir s’adresser aux premières concernées, a-t-elle documenté son point de vue ? A-t-elle assisté à un cours d’ Amal al-Malki ou discuté avec Ibtihal Al-Khatib ? La réponse est sans doute non. Mais elle sait mieux, Audrey Pulvar… Le journalisme de cette dame est un journalisme “sur le pouce” qui saisit les pires caricatures et les pires stéréotypes pour fonder dessus un argumentaire. Bravo.

Elisabeth+Bost+Arrivals+Global+Gift+Gala+q-q03OvRJyolA l’exception de Hapsatou Sy, le reste du plateau du grand 8 approuve la position d’Audrey Pulvar. Roselyne Bachelot est offusquée et parle de “répudiations”. Dès là, c’est un miracle qu’on ne parle pas de tout ce qui suit ce terme, à savoir l’Afghanistan, la Burqa, le Terrorisme, les Crimes d’Honneurs, Les Tournantes, etc… Quand Diam’s dit recevoir des insultes, Elizabeth Bost, bourgeoise de service, déclare que ce n’est pas vrai. “Je n’ai jamais entendu dire des sauvageonnes voilées et des barbares barbus, non, on peut se dire comme avec Audrey, que le voile, on a l’impression que ça oppresse la femme sans forcement dire les sauvageonnes voilées, les barbares…”. Là, aussi argumentation implacable. Puisqu’elle vous le dit ! Juste parce qu’elle n’a jamais entendu de ses propres oreilles une insulte islamophobe ne veut pas dire que le phénomène n’existe pas. Pur réflexe de bobo qui croit que le monde s’arrête au delà de sa propre expérience. D’ailleurs, pour Elizabeth Bost, les femmes voilées insultées ont juste des problèmes d’audition; quand on vous insulte (et on sait que c’est malheureusement fréquent) ou du moins que vous avez l’impression qu’on vous insulte, c’est pour votre bien : à travers le “sale voilée” qu’on crie à la gueule des musulmanes, l’arrachage des voiles et les humiliations, pour Elizabeth Bost et sa bande, on ne ferait que vous dire qu’on a “l’impression que votre voile oppresse”. Quelle est la différence entre ce raisonnement et celui qui laisse croire qu’à travers un viol, on laisse dire à une femme qu’elle n’avait qu’à ne pas sortir vêtue de façon indécente ? Aucune. Je serai ravi d’entendre les tartufferies de Bosc quand une femme se fait traiter de pétasse ou qu’elle reçoit une main au cul dans le métro. Ca serait pour faire passer quel message ? A moins que certaines femmes subissent une violence qu’il est acceptable de nier parce que ce serait pour leur bien et que d’autres aient pleinement le droit au statut de victime ? J’attends que l’intéressée se manifeste.

Mais quand on est comme Audrey Pulvar, c’est à dire persuadée de détenir la vérité immuable, il est difficile de débattre. Audrey Pulvar fait du féminisme universaliste blanc dont les frontières s’arrêtent là où on la froisse, elle, la VRAIE féministe. Impossible de mettre le moindre bémol, elle doit avoir le dernier mot. Comme on est loin de la tradition d’écoute du féminisme! Hapsatou Sy a beau parler de femmes voilées qui choisissent de porter le voile, c’est tout simplement impossible. “Le propre de l’aliéné, c’est qu’il ne sait pas qu’il est aliéné”. Boum. C’est lâché comme un proverbe : c’est sage, inattaquable et ça ne doit pas être questionné. Mais ça sort de la bouche d’Audrey Pulvar et que j’aurai énormément de mal à prendre au sérieux ce qu’elle a à dire sur l’aliénation quand elle m’apparait tout aussi aliénée que celles qu’elle critique. En effet, quelle différence entre choisir de porter le voile et de choisir de s’épiler, de se maquiller, de maigrir, de se faire poser des implants mammaires, de porter une jupe, un jean, une robe ? Aucune. Existerait-il donc des aliénations prioritaires sur d’autres, au point de les combattre sans avoir à rougir de n’importe quel moyen à utiliser, quitte à être dans l’exclusion des femmes ? On penserait que oui… Par la suite, Audrey Pulvar ira même jusqu’à établir une comparaison des plus abjectes avec les victimes de viol qui ne sont pas prises au sérieux au moment de porter plainte car on leur reproche leur tenue jugée “aguichante”; pour elles, les musulmanes qui portent le voile le font pour se soustraire au regard des hommes. “C’est comme dire à une femme qui est violée “mais tu n’avais qu’à mettre une mini-jupe”. C’est rendre la femme responsable de l’attirance qu’elle provoque” dit-elle. Je cherche encore le rapport entre le port du voile et le viol mais si Audrey Pulvar l’a dit… J’aimerais juste préciser à Audrey Pulvar que les femmes voilées, étant donné qu’elle aime penser pour elles, ne sont pas idiotes ni débiles. Pensez-vous qu’elles portent le voile réellement pour échapper aux viols ? Savez-vous réellement ce qu’est le viol ou vous avez, en dépit de votre statut de féministe, encore en tête le cliché de la femme violée qui est forcément une jeune femme un peu saoule et légèrement vêtue qui se retrouve dans un lieu mal famé ? Savez-vous qu’il existe des femmes voilées qui ont été violées, par leurs coreligionnaires, par des athées ou dans le cadre de la guerre du golfe, par des militaires américains venus “libérer la femme irakienne” ?!

On l’aura compris : Diam’s et son livre n’existent plus. Ses propos n’intéressent pas alors qu’il y avait là matière à débattre. Le temps est certainement compté, diront-elles. Le voile n’est pas banalisé : à chacune apparition de ce bout de tissu, il faut en remettre une couche. Twitter se lâche quand une femme voilée apparait sur un plateau “normalement” pour parler d’autre chose que de son voile. Dans le sujet consacré à Diam’s, on agite les clichés. On parle des “pays musulmans” quand on ne veut pas faire référence à l’Iran ou à l’Arabie Saoudite. On parle de domination et d’asservissement avec hypocrisie comme si du haut de sa tête nue, de son athéisme et de son statut d’animatrice télé, on était le modèle de liberté et de réussite qu’il faut suivre à tout prix. On fait du féminisme un espèce de code de conduite aussi répressif que n’importe quelle religion car il émet des listes de tenues vestimentaires acceptables ou non et quand il rejette, il le fait à coups de lois discriminantes. On parle du Coran, aussi. Mais vite fait, dans les grandes lignes, juste pour vous dire qu’il ne parle pas du voile donc vous n’avez rien compris, bande de cruches. On est pas musulmane mais on “sait mieux”, complexe de l’ex-colon oblige, que l’indigène qui a mal lu et qui, même si c’est une musulmane, est jugée moins apte à interpréter ses propres textes religieux qu’une non musulmane. Idéalement, on récupère des musulmanes et des musulmans qui ne sont pas en faveur du choix du voile pour valider la justesse de sa position comme Hugh Heffner a récupéré des playgirls pour montrer combien le play boy club était fantastique pour les femmes. On oubliera qu’on fait des alliances avec des gens parfois pas très fréquentables car tous les coups sont permis. Après, peu importe que des musulmanes voilées voient dans leur démarche du féminisme : les féministes ont décidé entre elles (et eux) ce qui était bon pour elles. J’adorerai blâmer Audrey Pulvar individuellement mais hélas, elle ne fait que suivre l’establishment. Avant elle, toutes les féministes mainstream pro-establishment qui ont un rapport extrêmement violent avec l’Islam n’ont pas résisté à la tentation de la lutte contre le foulard; c’est même devenu un fond de commerce bien juteux. Des pages de ELLE de l’époque de Valérie Toranian, aux textes de Zelensky, Badinter et Sugier, aux ouvrages de Caroline Fourest et de Nadia Geerts, le voile est devenu le sujet de rassemblement de toutes les féministes. Encore mieux que l’égalité salariale, la PMA ou l’IVG. Et le voile, ça réconcilie et convoque à la table les France qui font semblant de se détester mais, union islamophobe oblige, on a trouvé de quoi oublier nos différents le temps d’un lynchage en bonne et due forme.

C’est dans cette lignée que la jeune génération féministe semble prendre le relai. Dernièrement, Anne Cécile Mailfert était interrogée sur la question de l’engagement féministe et du voile. Et comment répond-elle à Maïtena Biraben qui lui demande si on peut être féministe et voilée ? Par une sublime pirouette qui laisse entendre “sa vision du voile” et son incroyable ignorance : “Toute femme qui se revendique féministe euh… se revendique féministe. Euh… nous on va pas juger est-ce qu’on est plus ou moins féministe euh… donc donc… (…) on ne dévoile pas, nan nan, on n’impose pas ça, pas du tout, c’est un peu violent, non, par contre, euh euh, nous on a une position sur le voile qu’est de dire que les voiles, pas seulement le voile musulman, pour nous ce sont, c’est un signal qui est envoyé de… bah de se cacher pour les femmes et c’est vrai que nous on est contre”. Un savant mélange de propos confus qui laissent entendre que si Osez le féminisme ne dévoile pas des musulmanes, l’association trouve que le voile est l’idée de cacher les femmes. Bof. En gros, OLF recale les voilées dans son association et donc ne les reconnait pas féministes. Anne Cécile Mailfert parle de “tous les voiles”, histoire de dire “toutes les religions” et de s’éviter une quelconque accusation d’islamophobie comme le religiophobe dit “détester toutes les religions” pour s’éviter des ennuis, ce qui est à la fois abject et hypocrite quand on sait que le voile dans le débat public, c’est dans 100% des cas celui des musulmanes. Ségolène Royal qui était là, elle, a un avis bien plus clair et franc : “On peut être voilée et devenir féministe (…) on peut être voilée dans la sphère privée et enlever son voile dans la sphère publique”. L’échange aura duré 30 secondes avant que l’ex candidate à la présidence de la République bifurque en changeant légèrement de sujet pour dire qu’on est quand même “courageuses d’être encore féministes”. Madame Royal, c’est à cause de votre marginalisation décomplexée des femmes voilées que certaines se désintéressent du féminisme (mainstream) et que, d’une certaine façon, il existe encore un plafond de verre pour les femmes, contrairement à ce que Hilary Clinton raconte. Pire encore : en leur disant qu’elles peuvent être voilées en privé mais dévoilées en public, vous trahissez votre ignorance sur ce sujet. Et dire que ce sont ces mêmes gens là qui vont expliquer aux musulmanes que le Coran, elles l’ont mal lu et qu’il ne mentionne pas le voile, ect… Eduquez-vous avant de parler !

Au final, pas surprenant que les agressions envers les femmes voilées soient en constante augmentation. Ces femmes là ne sont plus que des voiles. Elles sont idiotes, ne se rendent pas compte de leur aliénation. Nadia Geerts veut les libérer de leur prosélytisme inconscient. Femen veut les foutre à poil voyant dans la nudité une liberté qu’elles refusent de concéder aux danseuses du moulin rouge. La ministre des droits des femmes veut les exclure de l’université. Pour en faire quoi, en fin de compte ? Des non voilées. Seront-elles plus libres, plus insérées sur le marché de l’emploi, moins marginalisées ? Pas certain. Mais, chez les féministes blanches mainstream, ce qui compte, c’est de prendre une décision qui soit purement symbolique, qui soulage leur conscience et leur donne l’impression d’avoir fait avancer leur agenda, peu importe que des femmes doivent renoncer à un choix personnel car toute subjectivité leur a été confisquée. Ne venez donc pas pleurer sur votre sort : vous avez fixé des frontières, un peu floues, donc ne tentez aucune danse du ventre pour essayer de séduire certaines âmes féministes exotiques juste pour apporter de la couleur à vos mouvements sans jamais questionner vos propres rapports de domination, votre propre racisme et votre rejet de celles qui ne rentrent pas dans votre moule.

Ils parlent de communautarisme…

Disclaimer : Je rappelle, une fois de plus, ne pas être un agent ni du complot LGBT-Islamo-marxiste-conquérant, ni du choc des civilisations. Je précise également ne pas bosser pour l’establishment, ni pour Daesh ou encore les frères musulmans. Je rappelle encore, pour finir, qu’il est pénible d’avoir à rappeler ces choses là pour être lu car une fois qu’on vous qualifie (sans la moindre preuve) de “faux nez de Tariq Ramadan” ou d’être allié de l’islamisme, vous avez presque perdu…

Il existe des termes qui sont à la mode tellement on les entend. En ce moment, je n’en peux plus de ce mot : communautarisme. Ce serait la cause de tous nos malheurs. Vous cherchiez un dénominateur commun au terrorisme, au machisme “de banlieue”, au chômage, à la précarité, à l’échec scolaire, à la faillite de “l’intégration”? Ne plongez pas le nez dans des études et n’allez surtout pas sur le terrain régulièrement, lâchez juste le mot “communautarisme” : tout le monde comprendra, en se contentant juste d’esquisser un léger rictus d’approbation. Ironie de l’histoire : même si ce mot est dans toutes les bouches, personne ne sait réellement de quoi il est question. Pour caricaturer les discours dominants, on parlera de communautarisme lorsqu’on verra un groupe d’individus “qui se ressemblent et donc s’assemblent”. On leur prêtera également un nombre d’intentions jamais vérifiées mais présentées comme des revendications destinées à perturber la paix sociale et l’égalité avec bon nombre de fantasmes pour endormir le peuple. Cela devrait, à priori, concerner tout le monde sauf que, dans les discours ambiants qui n’existent que pour lutter contre le communautarisme, cela ne concerne uniquement des minorités racisées et aucun autre groupe.

1_photo_4Vu que je prêche par l’exemple, je vais faire appel à votre pop culture pour comprendre ce concept foireux. Prenons les héroïnes de Sex & The City; elles pourraient être considérées comme communautaristes. Après tout, il s’agit de 4 femmes hétérosexuelles, élégantes, New Yorkaises, bourgeoises, consuméristes, centrées sur elles tranquillement dans leur petit monde… Mais pour l’establishment, ce n’est pas du communautarisme. Par contre, bande de filles, à savoir 4 noires d’origine modeste car “issues des banlieues”, pour l’establishment, c’est du communautarisme. La différence entre les deux ? Le privilège de la liberté : le premier groupe, Sex & The City, composé à 100% de femmes blanches est libre d’exister sans avoir à se justifier sur sa composition alors que le second doit justifier dans son existence le fait qu’il ne compte pas de femmes blanches. Le groupe de femmes racisées est perçu comme un groupe de femmes qui se sont “unies” sur une base ethnique tandis que l’autre apparait comme normal alors qu’il est tout aussi “critiquable” d’un point de vue “diversité”. Par conséquent, privilège blanc oblige, Sex & The City échappe à l’appellation “communautariste” tandis que Bande de Filles ne peut être qu’une horreur de communautarisme. Cette simple comparaison est déclinable à l’infini. Regardez les émissions de TV qui traitent du sujet : le communautarisme, c’est toujours 3 arabes, 3 noirs ou 3 rroms ensemble. Par contre, pas un mot sur 3 blancs ensemble, jamais. Pourquoi ? A cause du privilège blanc : lorsque le sujet est évoqué, ce n’est jamais sous l’angle blanc qui ne peut pas être menaçant et à l’origine des failles évoquées en introduction. Jamais remis en cause.

Alors, le communautarisme – des racisé-e-s, cela va sans dire, c’est super mal. Ca fait flipper. Ils sont la menace qui pèse. Sauf que… en réalité, le “communautarisme” d’un groupe n’existe que pour celui qui se perçoit à l’extérieur du groupe sans jamais questionner ses dynamiques culturelles et / ou sociales. Avant de mépriser des populations qu’on prétend vouloir sauver, s’est-on réellement posé la question de ce qui crée ce qu’on a décelé de communautariste chez ces gens-là ? Est-ce qu’on peut s’imaginer deux secondes, soyons fous, que des personnes peuvent former un groupe qui a des choses en communs qui ne sont pas ce qu’on voit d’elles ? Est-ce qu’on peut se dire que ces 4 filles arabes – désignées sous le terme de “beurettes” pour faire fantasmer le vieux beauf qui s’est découvert un faible pour les maghrébines depuis qu’il a vu Tabatha Cash dans Raï – forment un groupe avant tout parce qu’elles sont amies, soeurs, collègues, cousines, camarades et pas forcément parce qu’elles sont arabes ? Par contre, 3 lesbiennes “visibles” ou 3 gays “visibles”, eux, n’auront jamais à répondre d’accusation de communautarisme, pas plus que l’ensemble de la rédaction de journaux qui font fortune sur ce concept depuis des années, à coup de Unes et d’articles à tout va. Pourquoi les racisés seraient, tout à coup, devenus communautaristes ? Personne n’a daigné y répondre. Personne n’a daigné interrogé les principaux concernés. Personne n’a questionné le rapport entre l’environnement social, la différence de traitement d’un groupe à l’autre, non. On nous montre des communautaristes qui font peur et à nous de nous démerder avec cette horrible menace qui plane sur nous, blablabla…

Pour nous faire haïr les minorités visées à travers la haine du pseudo communautarisme qui n’existe que dans la tête de ceux qui en parlent, il faut une caution. Et pas n’importe laquelle : une caution bisounours, prête à penser, facile d’emploi et qui tient en deux mots puisqu’elle s’appelle le “vivre ensemble”. Forcément, quand on prend les gens pour des moutons, pas la peine de se lancer dans des théories foireuses : on va utiliser un mot simple à retenir et à comprendre. Par conséquent, en pointant du doigt “les communautaristes”, on veut nous monter des gens qui refusent le “brassage” car ils refusent le “vivre ensemble”. On nous fait croire, que parce que passe devant nos yeux un groupe d’individu-e-s ” de couleurs”, que ce groupe refuse tout ce qui ne lui ressemble pas car il s’est fondé sur sa propre “couleur”. On va nous faire croire également que c’est un refus du “vivre ensemble” que de vivre en cité au lieu de “vivre avec les autres”, en niant les réalités sociales. C’est à la fois prendre les gens pour des cons mais surtout faire dire, une fois de plus, aux premier-e-s concerné-e-s ce qui n’a jamais été dit. Cela n’est bien entendu valable que pour les minorités. Une bande d’amis blancs qui va au golf, sort en boite, dîne en terrasse, se balade en voiture, fait son shopping ou la queue devant la cigale, ça, c’est pas du communautarisme et eux, ils veulent vivre ensemble. Que faudrait-il faire pour ne pas donner l’impression d’être communautariste ? Rester une minorité et se trimballer avec un panneau qui dirait “je suis racisé-e mais je reste ouvert-e aux blancs, venez me voir, y’aura des Free Hugs !” ? Et pourquoi émettre une remarque toujours aux mêmes groupes lorsque d’autres semblent avoir le privilège de faire sa petite vie tranquillement sans qu’on ne lui consacre des doubles pages dans Libé, sans qu’on mette le doigts sur ses caractéristiques communes de ses relations, sans décortiquer méticuleusement son mode de vie, sans qu’on lui dise combien son “comportement” trahit ses revendications politiques ? Pourquoi ne pas faire exploser ce privilège blanc si on veut vraiment “vivre ensemble” ? Et surtout… pourquoi ceux et celles qui fustigent le communautarisme sont… eux mêmes communautaristes. Il existe donc un communautarisme blanc, d’en haut, humaniste, laïque et fier mais que le débat actuel ignore pour mieux ce concentrer sur le communautarisme du pauvre, qui est définit par les autres.

Pour ce qui est du “vivre ensemble”, ne nous laissons pas avoir par cette énorme farce. Si la démarche était sincère, le vivre ensemble devrait impliquer des actes concrets à savoir l’abolition des frontières : plus de classes, plus de castes, plus de différences, la chance pour tout le monde. Plus de petits, plus de grands, plus de banlieue, plus de ville. Cela voudrait signifier un abaissement des riches au niveau des pauvres pour que “ensemble” soit une réalité mais, bizarrement, là, personne ne répond présent. D’ailleurs, humanistes anti-communautaristes auto-proclamés, où étiez-vous, lorsque nous parlions d’identité nationale, d’unité nationale? Où était votre fabuleuse idée du “vivre ensemble” lorsque l’on expulsait des sans papiers, qu’on parlait de “ghettos” pour désigner les quartiers populaires, qu’on liquidait des budgets essentiels, qu’on racialisait des maux “bien français” comme le sexisme lorsque l’on parlait de banlieue ? Où étiez-vous, lorsque au nom d’une laïcité qui serait garante du “vivre ensemble” et un rempart contre le grand vilain communautarisme, on excluait des jeunes femmes portant le voile de l’école comme on s’apprête à les exclure de l’université ? Vous voulez “vivre ensemble” mais selon des règles qui ne bénéficient pas à tous.

Comme on peut pas parler de communautarisme sans évoquer son hypocrisie face aux “mouvements” tout aussi “communautaires” mais jamais décriés car majoritairement blancs, on ne peut pas évoquer des soit disant revendications communautaristes avec lesquelles on terrorise la France, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Qu’en est-il réellement ? Rien. Ah si, les catholiques de la manif pour tous. Sauf qu’on ne parle pas d’eux en terme de “communautaristes”, y compris lorsqu’ils fricotent avec un candidat à la présidentielle à des fins vraiment politiques. Par contre, quand des musulmans se rencontrent annuellement à un salon au bourget, on ne râtera pas une occasion de parler de communautarisme, allant même jusqu’à créer des liens complètement incongrus avec les évènements de Janvier. Lorsque des musulmans prient dans la rue, l’alarme communautariste est sonnée, de gauche à droite, quitte à parler d’ordre public ou d’occupation… Vous existez, et ben, vous existez trop ! Par contre, lorsque des gens animés par une islamophobie qui vit dans leurs veines se rassemblent autour du saucisson et du pinard dans la rue, on est choqué du silence de nos élites qui” luttent contre le communautarisme”.

Pour se rendre compte de l’arnaque qu’est le concept de communautariste, il suffit de regarder qui en parle à outrance : des beaufs qui n’ont aucune expertise à faire valoir en la matière, qu’ils soient de gauche ou de droite. Je ne vais pas tous les énumérer mais ce sont en général des personnes qui vivent loin des personnes désignées comme communautaristes et qui, par conséquent, sous couvert de lutte pour le vivre ensemble et donc pour le “bien commun”, pensent avoir une quelconque expertise en la matière. Sauf que, le communautariste est fondé sur des intentions stéréotypées qu’on prête aux gens : on pense que tel groupe est dans la revendication juste parce qu’il est racisé. Les plus grands théoriciens bidons de la lutte contre le communautarisme oublient juste une chose et il est possible que ce soit un oubli volontaire : le communautarisme dont il parle, il n’est que le produit d’une politique d’état et donc décidé par l’état sans qui il n’existerait pas. C’est l’état qui parque les pauvres dans des “ghettos”, tout comme c’est lui qui est responsable de la politique de la ville et du chômage. Vous considérez 3 noirs ensemble sur un banc comme une immonde provocation, un immonde affront au “vivre ensemble”, un “repli communautaire” féroce qui narguerait l’indivisibilité de la République ? Allez donc vous mélanger. C’est facile de fustiger mais, vous, la haute France qui méprise et prête des intentions à des individus qui n’ont aucune démarche politique dans le simple fait d’exister et d’être visibles, quelle est votre contribution? Pourriez-vous nous communiquer une liste de vos amis, collègues et proches qui vienne apporter de la crédibilité à votre “combat”? On pourrait calculer le taux de juifs, musulmanes, animistes, hindous, noirs, arabes, réunionnais, indiens, chinois, protestants et vous dire, en fonction des résultats si vous êtes universalistes ou communautaristes, avec remise d’une carte tricolore avec une médaille “anti-communautariste”. On pourrait également demander aux anti-communautaristes du Dimanche de nous donner des gages de sincérité de leur “vivre ensemble” afin d’évaluer si leur démarche vise à promouvoir réellement la mixité ou juste à créer une atmosphère de péril “communautariste” dont le but serait de mettre à terre la France.

La vérité, c’est que le communautarisme est inévitablement partout. Ce n’est pas juste un “phénomène” qu’il faut cantonner aux banlieues et aux quartiers “ethniques” des grandes villes. Je considère le public d’un meeting de l’UMP aussi communautariste que celui du FDG, tout comme je considère Barbès aussi communautariste que St Michel, Belleville ou Haussman. Le public d’un film de Jennifer Aniston, celui d’un film de Stallone, d’un concert de 30 Seconds to Mars ou de Béyoncé… tous ces groupes sont communautaristes, selon ce qu’on a décidé de voir en premier lieu. La différence, c’est que, contrairement aux humanistes obsédés par les “obsédés du complot”, je ne tombe pas dans le complotisme pour éviter de me pencher sur les échecs des différentes politiques de la ville. L’establishment a décidé de mettre la focale sur le communautarisme des pauvres pour rassurer les dominants et leur garantir le statut quo de leurs privilèges. Ce faisant, il invalide le vrai travail qui est mené par des populations qui n’aspirent qu’à exister autant que n’importe qui d’autre. En attendant, on pourra toujours s’ériger en martyr du communautarisme qui détruirait la société en découvrant des sites de drague dits “ethniques” mais on ne rentrera jamais dans des analyses aussi virulentes lorsqu’il est question de la pornographie qui exploite aussi le communautarisme ou du CSA qui se montre très frileux à l’idée d’intégrer – car c’est au sommet d’intégrer et non la base – des minorités raciales. On pourra toujours pleurer en voyant un groupe perçu comme “communautariste” mais tant que l’on continuera à enfermer et à coller des étiquettes pleines de mépris, comment voulez-vous qu’on croit au “vivre ensemble” ? D’ailleurs, vous avez peur de la viande halal, d’un foulard, d’une barbe, d’une jupe longue mais vous tenez à vivre ensemble ? Pour ma part, je ne veux pas vivre avec un grand nombre de personnes – l’axe qui va de l’islamophobie à l’antisémitisme en passant par le sexisme, le racisme et l’homophobie – à commencer par ceux qui, à votre façon, surfent sur des peurs fondées sur des fantasmes sans jamais s’attaquer à leur origine : l’état.

Quand Valérie Toranian ment…

Quand on est une obsédée de « l’islam des quartiers » et qu’on a été le sponsor officiel de mouvements comme NPNS, quoi de mieux que de récupérer un sordide fait divers pour étaler une critique lâche, plaquer ses fantasmes dessus et faire sa propre promo ? Je vous le demande.

Petit rappel des faits : dernièrement, une jeune fille prénommée Aïcha s’est suicidée. D’après ce que rapportent plusieurs articles, son suicide fait suite à l’apparition sur les réseaux sociaux d’une vidéo « sexy »  et aurait provoqué un violent lynchage. La jeune fille, asphyxiée par la honte et le harcèlement, se serait suicidée en se défenestrant depuis l’appartement de sa grand-mère. Ce fait divers n’a malheureusement rien d’original ; en effet, depuis de nombreuses années, on assiste au sordide essor du «Porn Revenge» qui consiste, pour certains individus, majoritairement masculins, à se venger de leur ex-compagne en publiant tout document (photo, mail, vidéo, etc…) intime sur le net dans le but de se « venger » par l’humiliation. Bien que le sujet soit d’actualité, peu de gens, excepté la réalisatrice Ovidie, se sont penchés sur la question, certainement parce le phénomène cristallise encore trop peu de peurs et n’est pas réellement rentable sur le papier. Ainsi, Aïcha a été décrite, de façon implicite comme une victime du Porn Revenge; la plupart des bulletins d’informations la concernant ont dressé le portrait d’une adolescente harcelée, insultée, menacée et intimidée pour cette “sex tape” qui l’a présentait, soit-disant, en compagnie de son amant, un adolescent noir, lui aussi issu des quartiers. Oui. Une beurette, un noir, du sexe, une caméra, la banlieue pour lieu commun et un suicide pour la fin : chez les journalistes monomaniaques du péril islamique libertaire, on sort le champagne.

Sauf qu’entre temps, la police et les proches de la famille n’ont jamais confirmé cette histoire qui ne serait qu’un tissu de mensonges : non seulement Aïcha n’a jamais été harcelée, mais elle ne figurerait même pas sur la vidéo ! Mais trop tard : un fait divers avec une jeune beurette qui met fin à ses jours à cause de la “honte” est un plat trop bon pour ne pas être avalé goulûment par des journalistes qui n’ont pas eu leur dose de faits divers “à caractère musulman” comme Valérie Toranian… ou des sites d’extrême droite. Aucun bulletin d’information n’a publié de communiqué pour revenir sur leurs affirmations préremptoires mais peu importe : il ne faut pas rater une opportunité d’exploiter le filon juteux de la barbarie musulmane de banlieue. Là où toute personne un minimum humaine se contenterait de juste regretter qu’une adolescente se suicide, Valérie Toranian, elle, saute sur cette occasion pour baver.

Après avoir dirigé le magasine Elle et avoir, grosso modo, enseigné aux femmes l’art de s’aliéner en suivant toute une liste de diktats, Valérie Toranian s’occupe aujourd’hui de la Revue Des Deux Mondes. Bien que toujours dans l’univers bobo, Valérie Toranian ne peut vivre sans casser de l’islam de temps à autre. Après avoir profité des tragiques évènements du mois de Janvier pour rappeler, je paraphrase, dans son édito, que les assassins qui ont tué les membres de la rédaction de Charlie Hebdo sont avant tout « des musulmans », qu’il est tout à fait possible d’être « islamophobe et républicain » puisque l’islamophobie n’est qu’une tactique empêchant toute critique de l’Islam, Valérie Toranian n’allait pas laisser passer ce fait divers sans ajouter sa touche… en faisant preuve d’une subjectivité qui en dit long sur ses intentions. En introduction, Toranian explique qu’à 15 ans il existe des codes (comme s’ils disparaissaient à l’âge adulte!) qui sont communs à tous les ados, avec lesquels on ne plaisante pas mais, qui, grande surprise, sont différents pour les jeunes filles musulmanes, qui, elles ont le droit à un autre code : celui de la pureté. Ces jeunes filles, que l’auteure voit comme les martyrs de la communauté musulmane, seraient surveillées, contrôlées, jusque dans leurs choix vestimentaires qui seraient désormais limités au port du foulard. Sur quoi Mme Toranian fonde cette idée ? On se le demande. Parce qu’au fond, parler d’un code qui existerait et serait propre aux ados, c’est, somme toute, banal, mais dire qu’il en existerait un “custom-made” pour toutes les adolescentes musulmanes, c’est au mieux, du fantasme ringard, au pire, de la propagande dans la veine des écrits d’Ayan Hirsi Ali. Mais Valérie Toranian ne se refuse rien!

Après avoir joué les sociologues de comptoir, Valérie Toranian va jouer les enquêtrices super engagées dans “l’affaire Aïcha”. Car si la police et les proches de la victime ne sont pas en mesure de nous en dire plus sur ce qui a poussé la jeune fille à se defenestrer, Mme Toranian, elle, parce qu’elle est la discrète libératrice des « filles des quartiers », elle sait ce qui s’est réellement passé  : Aïcha est morte en payant “le prix fort de la liberté”. Comme dans les fantasmes de journalistes mythomanes, avec V. Toranian, quand on est une jeune musulmane issue du 93 et dans une situation de détresse, il ne faut pas croire la version officielle, non. Là le complot n’est pas discutable. “On les connait” comme on dit… Aïcha s’est suicidée, pour Toranian, parce qu’elle était trop libre, devergondée, bref « pour un ourlet trop court ». Comme Fourest et l’affaire “Rabia Bentot”, ne croyez pas tout ce qu’on vous raconte, à commencer par la police et la principale concernée ou ses proches : c’est la liberté des musulmanes qu’on veut punir ! Paternalisme puant…

Au lieu de revenir sur terre et dans le réel, Toranian continue dans les délires. Pour émouvoir encore plus son lectorat en pantoufles de mohair, elle établit un parallèle des plus immondes avec une autre affaire, celle de la collégienne, Sarah, qui a été exclue de l’école pour port de jupe jugée ostentatoire. Le rapport entre les deux ? Aucun. Ah si: elles sont toutes les deux musulmanes, ce qui est un point commun suffisant aux yeux de l’auteure de l’article pour se lancer dans une comparaison des plus inappropriées. Tandis qu’elle voit Aïcha comme une icône de la liberté qui est morte pour ses choix de vie, Valérie Toranian voit en Sarah une provocatrice prosélyte qui a réussi son coup, et qui à présent pose pour les journalistes tout en narguant ses professeurs et la “République”. Bien que Sarah ne mérite pas ce qui lui est arrivé car elle n’a pas enfreint la loi, elle ne mérite pas son nouveau statut (qui reste vraiment à définir mais qui en tout cas ne plait pas à tout le monde). Pourquoi ? Parce qu’elle ferait de l’ombre à Aïcha ? A lire cet article, on pourrait le penser tant Toranian regrette que Aïcha n’ait pas été autant soutenue. Sauf que, chère Mme Toranian, les deux affaires n’ayant vraiment rien à voir, il ne faut pas vous tromper de colère mais en vouloir à la société qui méprise certains comportements, en l’occurrence ceux qui ont été prêtés à Aïcha, plutôt que les élans de solidarité envers une jeune musulmane exclue de l’école alors qu’elle n’aurait pas du l’être.

Le texte de Toranian va toucher à sa fin mais ne peut s’achever sans que son auteure fasse un nouveau parallèle avec, cette fois, l’Afghanistan. Et oui, car quand on veut vraiment faire flipper le français moyen, inutile de rester en France, il faut avoir recours à des images fortes. Et quoi de plus fort que l’Afghanistan, pays qui concentre en lui toutes les images flippantes de l’oppression des femmes ? Ainsi, pour faire écho au suicide de Aïcha, Valérie Toranian écrit : “Il n’y a qu’une vraie victime dans cette histoire : Aïcha, morte pour un ourlet trop court. Morte de l’intolérance, de l‘ignorance et du machisme. Morte pour n’avoir pas su résister à la police des mœurs, instance garante de la réputation des jeunes filles. A Kaboul, cette police s’appelle le Comité du Vice et de la Vertu : elle surveille… la longueur des ourlets.” Il ne manquait plus que la musique et la peur pouvait s’inviter. Et oui, ces immigrés, ces musulmans, ils ont importé avec eux en France, d’horribles traditions liberticides qui viennent souiller notre territoire ! Tremblez, tremblez! Que répondre à cela si ce n’est que lorsqu’on sait qu’on est dans l’exagération, on exagére encore plus ? Que dire à une personne, qui se veut féministe, mais qui dans le même temps n’hésite pas une seule seconde à procéder à des mises en concurrence de femmes qui n’ont rien à voir juste pour mieux en descendre une et, au final, montrer à quel point “on” déteste la liberté ? Que dire à Valérie Toranian sur son indécence ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on va exploiter deux faits divers complètement différents “à consonance musulmane” pour les opposer et désigner une vraie gagnante par opposition à une tricheuse ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on se borgne à parler d’Aïcha qu’on ne connait pas mais qu’on désigne comme victime de sa soif de liberté alors que rien ne prouve ses dires ? Qui peut se targuer d’être féministe quand on ne respecte même pas la douleur de sa famille et de ses proches qu’on désigne comme étant, implicitement, responsables du drame car ils lui ont fait payer son “écart” ? Valérie Toranian ne fait que s’inscrire dans la lignée des féministes blanches de l’establishment qui  n’ont aucune honte à puiser dans les ragots et les mythes urbains pour mieux dépeindre une “autre” france, celle du péril islamique où la barbarie “pas-de-chez-nous” a été importée et où les femmes sont forcées de vivre à la mode Afghane.

Par pure provocation, j’ai quand même quelques questions à poser à Valérie Toranian. Puisque, on l’aura compris, elle est féministe et friande de beurettes libérables à sa façon, aurait-elle écrit un article aussi idéologique si Aïcha avait survécu ? En tant que féministe, se serait-elle précipitée à son chevet et aurait-elle appelé ses ami-e-s des médias pour lui donner la parole ou aurait-elle écrit un article bien moins porté sur l’émotionnel en dénonçant le Porn Revenge comme atteinte à la dignité de toutes les femmes, qu’elles viennent de milieu où le sexe est pas un tabou ou non ? Se serait-elle passée d’une référence à l’Afghanistan au profit d’une référence avec le projet de loi sur le renseignement qui lui, risque de créer un nouveau rapport à la vie privée dans ce genre d’histoires? Je ne le saurai jamais.

 

Lydia Guirous : Nouvelle PomPom Girl de l’Islamophobie décomplexée ?

Au rayon des nouvelles venues opportunistes à tendance caution « beur », je vous présente Lydia Guirous ! Quoi ? Vous ne connaissez pas la toute dernière coqueluche de l’UMP ? Vous devriez, pour commencer, la suivre sur Twitter, puis lire ses différentes interviews qui foisonnent actuellement. Hélas, avec un tel patronyme et un tel faciès, cette personne n’est utile à l’UMP que dans le rôle de l’arabe du moment, une espèce de relève à Rachida Dati pour parler des seuls thèmes qu’une personne de sa catégorie semble avoir le droit d’aborder, à savoir tout ce qui a à voir, de loin ou de près, avec l’Islam, de préférence sous le spectre de l’islamisation rampante, du communautariste islamiste, du halal généralisé et autres faits présentés à la France contemporaine comme étant les causes principales des maux de notre époque. Oui, je sais : ça pue l’arnaque et le plan B mais “ils” veulent qu’on y croit, alors, allons-y et croyons.

guirDonc après NPNS, voici Lydia Guirous. Difficile de ne pas voir de rapport entre un mouvement qui a contribué à racialiser la question du sexisme dit “de banlieue” et les premiers pas de cette figure du militantisme islamophobe beauf tant le concept est similaire : on va prendre une maghrébine un minimum instruite” (comprenez par là “une arabe qui ne fait pas trop caillera et qui a un brushing soigné”), qui adore la France à en crever et surtout qui est tellement consciente de sa chance qu’elle défend sa patrie comme une VRAIE française bien de chez nous ; à l’UMP, Lydia Guirous occupe le poste de secrétaire nationale en charge des valeurs de la République et de la laïcité parce que à Droite, on a comprit que la politique qui touche à ce qui n’est pas “issu du corps traditionnel français”, c’est pour les arabes et des noirs. On ne laisse pas aux arabes et noirs le soin de s’occuper de l’économie ou de la culture : les personnes racisées sont utilisées pour des “trucs de racisés”. Le concept n’a rien de nouveau pour le citoyen averti: les noms de Fadela Amara, Safia Lebdi, Loubna Méliane et autres figures d’origine maghrébines propulsées dans des groupes qui émanent du pouvoir doivent vous dire quelque chose…

Lydia Guirous est ce que la République aime considérer comme un pur produit de l’intégration réussie, garanti 0% islam, 100% « laïcité » de combat et d’exclusion. Admirez : elle est née en Kabylie, arrivée en France à 6 ans, a réussi ses études avant de se retrouver promue chez l’UMP comme nouvelle pompom girl de l’islamophobie d’état. L’exclusion des lycéennes portant le voile ou une robe longue ? Elle est pour, car c’est une provocation. Même son de cloche pour les mamans voilées accompagnant les enfants lors des sorties scolaires, les repas de substitution dans les cantines et l’invisibilité de l’islam dans sa “République”. Par contre, elle ne mettra pas sur le même plan le catholicisme, puisqu’elle considère qu’il a une histoire riche de 2000 ans en France, ce qui est faux, comme une certaine… Marine Le Pen. La laïcité qui ne traite pas toutes les religions à égalité ? Fallait l’inventer. Enfin, tout cela devrait être normal selon elle, au nom du “vivre ensemble”, le nouveau slogan de ceux et celles qui vivent surtout “entre eux”, non pas parce qu’ils sont réunies autour de valeurs fédératrices universelles mais entre privilégiés à des niveaux différents mais à l’intérieur d’une même caste. A écouter Lydia Guirous, tout va bien en France pour tout le monde  à condition de “travailler”. Donc échec = pas travaillé. En aucun cas, Lydia Guirous ne mentionne le fait qu’on ne puisse pas réussir même en ayant travaillé car elle se veut comme preuve vivante de la réussite; Elle y est arrivée ? Vous devez donc y arriver, c’est aussi simple que ça pour elle. Faute d’avoir des arguments, Lydia Guirous a systématiquement recours à des anecdotes personnelles pour expliquer comment s’en sortir… comme si chaque personne était identique, qu’il n’y avait que le travail qui pouvait permettre de s’élever socialement et niant qu’il existe dans notre société une longue liste d’obstacles qui varient d’une personne à l’autre. Rien de bien nouveau pour la Droite décomplexée et son discours moraliste, qui ignore la réalité des mécanismes d’exclusion, du rejet et de la marginalisation. Et avec une maghrébine comme porte parole de ce discours, la voix des principaux marginalisés est invalidée puisqu’on l’a devant vous, cette preuve que le travail paie toujours ! Et comme si cela ne suffisait pas, il faut que Mme Guirous publie un livre pour valider son parcours et s’acheter une crédibilité dans le paysage médiatico-politique. Bon, je dois avouer que n’ayant pas d’insomnies, je n’ai pas eu à lire son pavé dans son intégralité mais le peu qui en ressort est à l’image de son auteure : narcissique, manichéen et niais. Ca s’appelle « Allah est grand et La République aussi ». Un titre bidon  met en concurrence l’Islam et la République sur un mode du  « ok, vous pouvez croire mais à condition de respecter les lois de la tout aussi divine République, quand même !» pour un ouvrage à l’argumentation faible sensé sceller « l’engagement pour la France » de son auteure. Pour une femme qui se dit féministe et qui donc, par définition, sait combien une catégorie d’individus doit lutter contre les stéréotypes et les amalgames pour conquérir sa liberté et sa dignité, Lydia Guirous excelle dans la contradiction en produisant à son tour une série d’amalgames qui contribuent à renforcer l’ambiance “péril islamique français” de son livre. Par ailleurs, faute grave de l’auteure : aucune “solution” concrète et/ ou un minimum subversive n’est apportée pour résoudre les problèmes dont elle parle sans même évoquer leurs origines… Faut de temps, sans doute. Par contre, pour ceux qui sont à la recherche de déclarations d’amour à la France, de séances de self adoration, lisez son livre : l’auteure ne manque pas une occasion d’étaler son “jeune” parcours comme s’il avait quelque chose d’extraordinaire, tout en criant son amour de cette République toujours généreuse et fondamentalement égalitaire qui aurait abdiqué face aux musulmans qui sont tous apprentis intégristes ou déjà intégristes… Lydia Guirous ne manque pas une occasion de se présenter en victime qui s’est sacrifiée, en usant et en abusant des termes à la mode qu’elle oppose entre eux (communautarisme / vivre ensemble, islam / laïcité, ect…) mais en veillant à se présenter toujours comme étant LA résistante. Yamina Benguigui pourrait en faire un film !

J’attends que Mme Guirous, qui, comme d’autres qui l’ont précédée dans le rôle de la Zoubida de Droite, nous explique réellement en quoi ses dires et ses prises de position vont contrer le grand méchant FN ? En quoi amalgamer, mentir, rabaisser et stigmatiser permet de ne pas faire le jeu du FN et « faire avancer les choses » ? En quoi se la jouer « plus française » que la « française », à détourner volontairement le sens des propos de ses adversaires politiques en leur faisant dire ce qu’ils n’ont jamais dit, donne envie à un seul musulman ou une seule musulmane, fussent- ils « modérés », l’envie de la soutenir dans sa lutte ? Lydia, ça fait quoi de devenir la mascotte de revues comme Valeurs Actuelles, Causeur et Dreuz ou de sites comme Riposte Laïque? Ca fait quoi d’avoir, dans ses soutiens les plus fervents, des magazines qui ne cachent rien de leur soutien aux interventions militaires colonialistes au moyen orient, leur homophobie et leur antisémitisme ? Ca fait quoi de n’exister politiquement qu’à travers une critique de la gauche et de son “laxisme” et de n’être instrumentalisée que pour ça ? Je ne m’adresse même pas à la « musulmane » ou à la maghrébine d’origine mais je parle à celle n’a que les termes “république », de méritocratie, de justice et d’égalité à la bouche veut contribuer à “améliorer la situation” et je demande : ça fait quoi d’être uniquement invitée dans les médias comme figure politique de la Droite pour parler de la problématique quartiers / islam / intégrisme et complètement mise de côté pour parler d’économie, d’éducation, de fiscalité ou d’entreprenariat ? Ca va, la conscience, pas trop l’impression de servir les dominants pour mieux écraser les dominés qui eux, ne peuvent parler, que s’ils adoptent une posture d’assimilé blanchi dans le reni de ses origines ?

Ce qui est succulent avec les pompom girls de l’islamophobie comme Lydia Guirous, c’est de lire sur leur visage et au son de leur voix leur douleur quand l’autorité blanche “bien française” leur rappelle qu’elles ne sont pas “comme eux”. C’était le cas lors de son passage sur TV5, lorsque Patrick Simonin l’a présentée comme une « jeune immigrée Kabyle arrivée en France avec un rêve français », ce à quoi l’intéressée a immédiatement répondu « je suis Française! », avec la réactivité qui trahissait sa gêne. Parce que le rêve français dont Lydia Guerous parle sans jamais réellement le définir, c’est ça : être française “sans commentaire”. Mais, très chère Lydia, vous souffrez et vous avez beau couvrir la “République” d’amour et de déclarations passionnées, elle, par le biais d’un journaliste lambda vous renvoie à votre case et à votre caste l’air de dire “vous êtes quand même bien différente”, histoire de vous humilier dans une justification à laquelle vous répondez spontanément comme pour vous prouver à vous même votre francité qui est refusée par ceux qui, en dépit de vos “efforts” et de vos engagement vous voient encore comme une Kabyle… Et là, on a juste envie de demander à Lydia Guirous si “travailler”, comme elle le prétend, ça contribue à ce que des journalistes s’adressent à elle sans avoir à lui renvoyer ses origines en pleine face et en la présentant comme une immigrée, fraîchement débarquée. Comme quoi, ça ne sert à rien de taper tant sur ses semblables qui “fautent” en s’affichant en hijab, babouches et djellabah, mangent halal, ect… Plus tard, Lydia Guirous a été interrogée sur le débat autour de l’interdiction du voile à l’université (quand je vous dis qu’elle n’est “bonne qu’à ça”…) et a eu l’occasion de prendre sa petite revanche lorsqu’elle a  déclaré « Quand je vais en Algérie, je quitte ma mini jupe, les étrangers doivent quitter le voile à l’université ». Waw ! Les femmes voilées sont donc des étrangères ? Un voile est porteur d’une nationalité ? Vous avez le même discours sur la couleur de peau et de cheveux ou ça s’arrête avant ? Du coup, vous, par votre faciès, accepteriez-vous que l’on vous catalogue “étrangère” en niant votre francité comme vous vous le permettez avec les femmes voilées ? Cela peut paraitre secondaire mais cet amalgame là montre à quel point Lydia Guirous a intériorisé l’amalgame nauséabond largement répandu qui veut que la francité soit quelque chose qui “se voit” sur une personne. Et ça sort de la bouche d’une femme qui a été présentée comme une immigrée et qui est loin de représenter physiquement l’image que l’on se fait de la Française “typique”…

Je suis à peu près tout les médias dans lesquels cette femme peut s’exprimer. Non pas par pur sadisme mais parce que, comme c’était le cas avec Benjamin Lancar, j’aime assister aux séances de tapinage médiatique où l’apprenti-e UMPien-ne se veut plus UMP que l’UMP et dans le cas de Lydia Guirous, plus français que le français au point de décider du haut de sa “grandeur” qui est républicain, laïque ou juste bon à se faire virer. Je ne peux m’empêcher d’imaginer les cadres blancs de son parti se frotter les mains en la voyant intervenir et en se disant “elle parle bien, t’as vu, elle est bien!” parce qu’elle sert avec brio les idées de l’UMP. Regardez chacune de ses interventions : elle agit en porte parole de l’UMP sur des thématiques délicates mais qui, dans la bouche d’une arabe, ne peuvent être taxées de racisme. Son passage le plus remarqué est évidemment chez Taddei sur France 3, où à court d’argument, elle a confessé, grosso modo, que l’égalité homme – femme était une utopie (!), mais où elle a également révélé sa méthode; pour exister, il suffit de donner dans le « moi je », signe de son égocentricité et son carriérisme, mais aussi de faire des raccourcis ridicules (critique d’une situation d’une France = “vous savez, être français c’est pas une insulte, c’est pas un gros mot”) pour mieux se placer en détentrice de la vérité, quitte à nier les réalités sociales. A l’écouter, pas d’islamophobie ni de racisme en France. Les attaques contre les mosquées et les agressions, ça ne compte pas ? Ou alors c’est mérité étant donné le contexte de fondamentalisme largement relayé par les médias, donc ça n’a aucune valeur à ses yeux ? On dirait… Et nier ne fait qu’empirer les choses. Car dire qu’il n’y a pas d’islamophobie juste parce qu’on ne l’a pas vécue personnellement, c’est à peu près aussi immonde que ces personnes qui balaient de la main l’existence de l’insulte raciste ou sexiste parce qu’ils ne l’ont pas vécue.

Je ne vais même pas m’eterniser sur les concepts bidons dont parle Guirous, comme le fameux “complexe du colonisé” qui expliquerait que la France aurait capitulé face aux musulmans qui sont tous des salafistes en puissance… Ni même commenter les anecdotes personnelles destinées à lui garantir un statut de victime, tant chéri par des gens comme Valérie Toranian qui adorent les musulmanes opprimées ou ex-musulmanes survivantes de l’islam des cités devenues émancipées grâce à la laïcité salvatrice et tout le tralala… Non. Je ne vais pas m’étendre non plus sur l’arnaque de la lutte contre le grand méchant communautarisme qui n’intéresse Lydia Guirous et sa caste que lorsqu’il est noir, pauvre, rom, arabe et/ou musulman mais qui ne choque pas la soit disant républicaine qu’elle est lorsqu’il est question du communautarisme de l’assemblée nationale ou des élites. Je ne vais pas m’étendre sur les mythiques revendications religieuses – toujours présentées comme émanant de musulmans sans même la moindre preuve – qui n’intéressent pas Lydia Guirous quand il est question de dénoncer la pression de mouvements chrétiens sur les questions relatives aux droits LGBT ou même, j’ose le dire, les revendications clairement assumées du CRIF qui pèsent énormément sur notre soutien inconditionnel à Israël. Je ne vais pas m’étendre non plus sur l’ignorance de Lydia Guirous qui s’interroge naïvement sur les restaurants japonais halal comme si aujourd’hui, en France, le débat portait sur la religiosité ou non de la nourriture au lieu du fait que certaines personnes ont encore du mal à se nourrir aujourd’hui et en France.

Je vais laisser Lydia Guirous se crasher en politique comme ses précédentes. Jouer les pompom girls islamophobes, au bout d’un moment, ça doit épuiser, surtout que ce genre de ressources, ça lasse vite ! Fadela Amara doit surement être pleine de conseils à ce sujet. Laissons là dans ce long moment d’égarement où la fiction l’a emporté sur la réalité, où la caricature est devenue une réalité mais attention… plus dure sera la chute ! Et oui, car, tant qu’on sert les intérêts de quelqu’un et qu’on joue les sténos avec brio, tout va bien, mais le jour où on veut faire péter le plafond de verre et défendre ses propres idées qui sont pas tout le temps celles de la majorité de son groupe, on finit par se faire taper sur les doigts! Je ne regrette qu’une seule chose : ne pas être une souris pour voir comment la pompom girl réagit lorsqu’elle entend Lagarde dire que l’ex roi d’Arabie Saoudite était un féministe discret, ou quand Brice Hortefeux balance une blague bien lourde sur les arabes ou même quand Laurent Wauquiez encourage les maires à violer la loi en refusant de marier des couples homosexuels au nom de cette même vision fantasme et obsolète de la République. Dans ces moments-là, Lydia Guirous, vous croyez qu’elle se révolte, monte sur ses grands chevaux “républicains” et laisse exploser son désaccord ou vous croyez qu’elle se contente juste de sourire bêtement sans trop la ramener pour ne pas risquer sa place ? Je vous laisse imaginer…

PS : Quand on partage les mêmes idées que le FN qu’on prétend combattre, qu’on est islamomaniaque et qu’on publie un livre qui reçoit les louanges d’un site comme Riposte Laïque, on sait de quel côté on se trouve. Et on se dit surtout qu’on a les soutiens qu’on mérite…